Frère et soeur. Elégie. (Signé : R. D.)

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L. Hébrail, Durand et Delpuech (Toulouse). 1873. In-8°. Pièce cartonnée.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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FRÈRE
ET SOEUR
ÉLÉGIE
Oui, fût-on. mort, se souvenir, c'est vivre ;
Fût-on vivant, oublier, c'est mourir!
R. DENIS.
PRIX : 75 CENTIMES
Vendu au profit des ouvriers sans travail.
TOULOUSE
L. HÉBRAIL, DURAND & DELPUECH, LIBRAIRES-ÉDITEURS
5, RUE DE LA POMME, 5.
i873
&\oMadame Léonie C'""
A qui dois7i^^3|'ésser ce modeste poème,
OEuvrecFKrTïour naïf et de tendre pitié ?
Votre nom respecté vient ici de lui-même,
O vous, coeur courageux, modèle d'amitié!
Je vous ai dit comment j'aimais ma chère sainte
Elle fut si souvent notre doux entretien !
Vous vous en souviendrez, et comprendrez ma plainte,
Vous qui, depuis cinq ans, la remplacez si bien !
R. D
FRÈRE ET SOEUR
I
Au désert! Au désert!... Descendez, bons génies!
Fugitifs de l'Eden, enchantez l'avenir,
De vos sereines harmonies.
Au désert ! Au désert ! Descendez, bons génies !
Anges gardiens du souvenir !
Quand vous passez sur nous, le doux vent de vos ailes
Exhale la senteur des printemps disparus.
, L'âme des amours immortelles
Se berce rafraîchie au doux vent de vos ailes,
Messager de nos chers Elus.
Ah ! sur l'homme qui pleure et redemande une âme,
Versez, versez à flots la fraîcheur des hauts lieux !
' Quand dans son coeur le deuil réclame,
Sur le passant qui pleure, et va, cherchant une âme,
Voltigez, anges radieux !
II
Il n'avait pas sept- ans. « Remy, lui dit sa mère,
« Une soeur va venir •, soyez bon petit frère !
« Allons, vous êtes grand, cédez votre berceau.
« — Non, jamais, cria-t-il. N'ai-je pas été sage,
« Mère, que vous mettez vos baisers à partage ! »
Toute la veille au soir le marmot fit tapage,
Et promit, pour finir, de la jeter à l'eau.
Pourtant, le jour venu, près de la nouveau-née
On l'amena boudeur, la mine refrognée.
Il voulut bien alors la regarder un peu,
Quand sa mère lui dit : « Elle vient du bon Dieu ;
« Allons, ouvrez vos bras, vite, mon petit homme,
« Et vous direz comment il vous plaît qu'on là nomme. »
Petit homme, en grondant, ouvrit ses bras jaloux,
Et fit à l'importune un nid sur ses genoux
Enfin, d'un air chagrin il se pencha sur elle,
Et l'ayant regardée, il la trouva bien belle !...
Son front était si grand, et ses yeux, tout petits,
Semblaient deux fleurs de lin écloses sous un lis.
Et sa bouche entr'ouverte et ne sachant rien dire
Comme un reproche ami balbutiait un sourire.
5
« Je me vengerai bien, oh, va ! je suis ta soeur,
« Et nous verrons un jour ce qu'en dira ton coeur. »
Quand on la rapporta, vers le soir, du baptême :
« Qu'en pensez-vous, méchant? — Ma foi, dit-il, je l'aime ! »
III
Il tint parole. A peine, ayant rouvert ses yeux,
L'ange qui l'endormait remontait vers les cieux,
D'un pied impatient, se glissant en cachette,
Le bambin s'en venait agacer la couchette,
Courait, volait, sautait, alentour s'ébattait
Plus vif et plus léger qu'aile de farfadet.
Puis, comme un papillon qui tourmente sa rose,
Il ouvrait d'un baiser sa paupière mi-close,
Et plus que de raison inclinant le berceau,
En culbutant le nid, faisait crier l'oiseau
Alors, pour apaiser sa petite colère,
Il chantait, la tenant ferme sur ses genoux,
La ballade au refrain mélancolique et doux
Qu'à vos larmes, enfants, murmurait votre mère
Quand vous étiez petits... Vous en souvenez-vous?.
IV
Eveillez-vous, ma belle,
Ma belle, éveillez-vous !
Entendez-vous la tourterelle
Et la pernette sous les houx !
Entendez-vous la tourterelle
Près du ramier jaloux !
Un jour vous chanterez comme elle.
Ma belle, éveillez-vous !
Dansez, dansez, ma belle,
Dansez sur mes genoux -,
Voyez là-bas la tourterelle
Et la pernette sous les houx.
Un jour vous danserez comme elle
Et ferez des jaloux.
En attendant, dansez, ma belle,
Dansez sur mes genoux.
Endormez-vous, ma belle,
Ma belle, endormez-vous.
La colombe a plié son aile
Sous l'aile du ramier des houx.

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