Funérailles de Mme Madeleine-Elisabeth Brunck de Freundeck née de Türckheim, née à Strasbourg le 6 août 1779, décédée à Dachstein le 13 juillet 1865

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Impr. de Ve Berger-Levrault (Strasbourg). 1865. Brunck de Freundeck. In-8 °. Pièce.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1865
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FUNÉRAILLES -
DE
f* IADELEIE-ÉLISABETH BRUNCK DE FREUNDECIi
NÉE DE TÜRCKHEIM"
NÉE A STRASBOURG LE 6 AOUT 1779
DECÉDÉE A DACIISTEIN LE 13 JUILLET 1(j5..
STRASBOURG
- IMPRIMERIE DE VEUVE BERGER-LEVRAULT
1865
FUNÉRAILLES
DE
r MADEmE EUSABETH BRUNCK DE FREUNDECK
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NÉR ME TÙRCKHEIM
NÉE A STRASBOURG LE 6 AOUT 1779
DÉCÉDÉE A DACHSTEIN LE 13 JUILLET 1865.
STRASBOURG
IMPRIMERIE DE VEUVE BERGER-LEVRAULT
1865
DISCOURS
PRONONCÉ
A L'ÉGLISE RÉFORMÉE DE STRASBOURG
LE 16 JUILLET 1865 A ONZE HEURES,
PAR
M. A. PAIRA,
PASTEUR.
MES FRÈRES,
Un vide sensible s'est fait au sein d'une des familles
les plus honorables de notre pays. Vous vous êtes réunis
ici pour rendre hommage à une noble vie, traversée par
de nombreuses épreuves.
Mme Madeleine-Élisabeth Brunck, née de Türckheim,
appartient à une génération que le mouvement des idées
a profondément émue, et que les gigantesques révolu-
tions ont soumise aux plus vives douleurs. Elle était
de ces âmes généreuses auxquelles la solennelle gravité
des événements et l'immensité des sacrifices réclamés
impriment un caractère de grandeur et d'énergie morale,
qui mérite notre admiration et notre pieux souvenir. Née
le 6 août 1779, Mlle de Türckheim était à peine entrée
dans sa 15e année, lorsque le fanatisme révolutionnaire,
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poussé à ses plus cruelles limites, la contraignit à fuir
le sol natal et à chercher un refuge inquiet dans l'exil. On
la vit, avec ses parents, traverser à pied plusieurs corps
d'armée pour se rendre à Postorf, où elle rejoignit les
autres membres de sa famille. En 1795, son père, Bernard-
Fréderic Bon de Türckheim, fut rappelé à Strasbourg,
avec le retour d'un ordre de choses plus régulier et plus
juste. Elle franchit la frontière à Baie avec sa mère et ses
jeunes frères, pour venir auprès de lui et pour lui prodi-
guer sa large part de tendresse et de dévouement. Le
malheur avait fait épanouir en elle une abnégation et une
force d'âme qui lui aidèrent puissamment à consoler tout
son entourage et à adoucir les peines de sa famille.
A l'âge de 20 ans, elle épousa M. Adrien Brunck de
Freundeck, commissaire des revues des armées du pre-
mier empire, dont le père et l'oncle ont laissé dans notre
ville une mémoire respectée.
Mais une nouvelle série d'épreuves vint labourer en tous
sens son cœur affectueux. Elle perdit un enfant tout jeune;
son mari, après un petit nombre d'années de mariage;
puis bientôt sa mère, une femme douée d'éminentes vertus
et pour qui elle nourrissait la plus vive tendresse. La mort
lui ravit, en 1830, un frère, M. Guillaume de Türckheim;
en 1831 , son père vénéré; en 1834, le fils unique qu'elle
avait entouré d'une si maternelle sollicitude.
Veuve désormais et privée de l'enfant sur qui elle avait
concentré ses plus belles espérances, toute sa joie, elle s'est
abreuvée longtemps de ses douleurs amères, cherchant à
s'entourer partout de quelque souvenir qui pût -rappeler à
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ses yeux mêmes l'image, toujours présente dans son cœur,
du fils qu'il avait fallu rendre à Dieu si prématurément.
Cependant son amour savait s'étendre avec une atten-
tion délicate sur ses enfants d'adoption : sur ses neveux et
sur ses nièces. Elle a eu la douleur de survivre à tous ses
frères. Il y a trois ans, elle vit mourir le dernier. Elle
restait donc seule, vénérable débris d'une nombreuse fa-
mille, mais offrant aux jeunes générations présentes un
centre de réunion, un foyer de saintes affections. Une
nièce habitait auprès d'elle depuis six ans, entourant ses
vieux jours du dévouement le plus filial et recueillant en
échange les plus douces marques de la tendresse mater-
nelle. C'est elle qui a prodigué à la tante bien-aimée les
soins que réclamait une santé devenue délicate, et qui a
été appelée à lui fermer les yeux, à l'heure venue du départ.
Mme Brunck s'est endormie dans le Seigneur, jeudi,
13 juillet 1865, à midi, après une courte crise d'agonie,
dans la pleine possession de toutes ses facultés et laissant
déborder de son cœur jusqu'au dernier jour des paroles et
des témoignages de la plus touchante bonté. Elle est morte
dans sa terre de Dachstein, à l'âge de 86 ans, léguant
autour d'elle de nombreux témoignages de sa charité.
Tel est le résumé succinct des principaux faits exté-
rieurs, qui ont marqué une carrière dont la durée compte
parmi les rares exceptions. Ils ont laissé d'ineffaçables
empreintes dans la vie intérieure. Une âme intelligente et
réfléchie, souvent repliée sur elle-même par le fardeau
des douleurs, n'a pas pu traverser une période de trois
générations, sans subir vivement le contre-coup des agi-
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tations de l'esprit qui ont remué tous les fondements de
la société et de l'Église. Ceux qui ont eu le bonheur de la
connaître de plus près, et de comprendre l'intime vitalité
de sa pensée et de son cœur, pourraient nous dire par
quelles phases, quelles luttes, quelles expériences succes-
sives elle a passé pour arriver, dans les dernières années
de sa vie plus particulièrement, à une effusion de foi chré-
tienne, simple, cordiale, sans formalisme.
Élevée et grandie en plein dix-huitième siècle; douée
d'un esprit lucide et large, ouvert aux graves questions
débattues devant elle; témoin de la chute d'un monde
vieilli et de l'enfantement douloureux d'un monde nou-
veau; ballottée elle-même par la tourmente terrible qu'il
a fallu traverser, Mme Brunck offre à l'observateur attentif
le tableau édifiant d'une âme qui, toujours sérieuse et
guidée par l'amour de la justice et de la vérité, est venue
apaiser sa faim et se désaltérer dans la foi vivante au
Christ, son Rédempteur. Elle a suivi, avec un intérêt con-
stant, les débats qui ont surgi dans le domaine de la phi-
losophie et de la science et qui touchent aux principes
mêmes de la morale et de la religion.
A une époque où la lutte portait non pas sur telle ou
telle forme de christianisme, mais sur la base même qui
fournit à la morale une sanction, à la justice une autorité
indispensable, son esprit a été naturellement sympathique
à cette tendance transitoire qui, pour sauver du cata-
clysme général de toutes les traditions religieuses les plus
précieuses épaves, accordait volontiers. sur les faits de la
révélation positive des concessions à la logique et à l'exa-
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men, Quelque graves que nous paraissent ces concessions,
elles étaient sans doute, entre les mains de la Providence,
, le pont jeté, comme une ressource de salut, à la société
en dérive et à l'Église dont la mission n'est pas de vivre
dans un isolement égoïste, mais de se sacrifier pour l'hu-
manité à l'exemple de son divin chef. Croire en un Dieu
créateur et à l'immortalité de l'âme, c'était alors cimenter
une alliance eptre le spiritualisme philosophique, la reli-
gion naturelle et les principes les plus généraux du chris-
tianisme.
Aux chrétiens, qui connaissent une foi plus profonde,
cette foi-là peut paraître vague et trop latitudinaire. Mais
dans la pratique l'Évangile ne nous invite-t-il pas à res-
pecter et à estimer, dans la vie des âmes, tous les germes
spirituels? «Celui qui n'est pas contre nous, dit Jésus, est
pour nous. » Quand le matérialisme triomphe et s'infiltre
dans tous les rangs de la société, cette foi-là, même dans
sa généralité, est une noble épave, qui peut conduire au
port l'âme qui s'y cramponne, le cœur tourné vers Dieu.
Jésus n'a-t-il pas dit: «Personne ne peut venir à moi, si
le Père qui m'a envoyé ne l'attire » ?
Heureuse l'âme qui, dès l'enfance, s'est sentie attirée
vers cette communion de foi intime au Sauveur et qui, au
sein des épreuves et des douleurs, en a pu savourer les
divines consolations! Mais, en cela aussi, les voies de Dieu
ne sont pas nos voies et ses pensées dépassent infiniment
les nôtres en sagesse et en profondeur. Tandis qu'un pre-
mier appel, une première lueur suffit pour amener à la
suite du Christ un certain nombre de disciples fidèles, il
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en est d'autres que le Seigneur appelle à lui par des che-
mins plus difficiles et plus longs à franchir. C'est ainsi
qu'il nous faut souvent cheminer pas à pas, accumuler
mille expériences, subir maintes douleurs, lutter contre
les entraînements du dehors, contre les murmures du de-
dans, contre les plaintes et les gémissements du cœur,
avant de nous livrer sans hésitation à la foi filiale qui nous
unit au Sauveur.
Ceux qui ont vécu dans l'entourage de la femme chré-
tienne que nous regrettons aujourd'hui, ont pu entendre
de sa bouche les témoignages, répétés avec l'énergie innée
à son âme, d'une foi vive et inébranlable dans la grâce et
la miséricorde divines, que le Christ nous a révélées et
acquises au prix de son sang sur la croix. Elle avait appris
à reconnaître et à goûter en Christ le pain de vie descendu
du ciel pour donner la vie au monde, et ces paroles de
Jésus: c Celui qui croit en moi, a la vie éternelle)) étaient
devenues pour elle l'exacte expression de ses sentiments
les plus intimes. A mesure que sa pensée, éclairée par la
parole de Dieu, scrutait avec une délicatesse scrupuleuse
et une sincérité naïve dans les profondeurs de la con-
science, elle proclamait, avec le sentiment de l'évidence,
que si Dieu, pour nous juger selon le bien ou le mal que
nous aurons fait, n'écoutait que sa sévère justice, il n'est
pas un pécheur, par conséquent pas un homme qui pour-
rait subsister devant son redoutable tribunal. L'angoisse
n'irait-elle pas en croissant pour une âme, à mesure qu'elle
saurait s'examiner avec plus de droiture et de vérité? L'in-
quiétude et le trouble seraient-ils donc le tribut effrayant
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réservé aux plus saintes d'entre les âmes? Où trouver la
consolation et la paix? Ah! c'est ici que l'Évangile est
précieux au cœur du fidèle et que nous pouvons com-
prendre l'utilité absolue et toute la valeur divine de l'œu-
vre du Christ. « Il n'y a point de condamnation pour ceux
qui sont en Jésus-Christ et qui marchent, non selon la
chair, mais selon l'esprit.» Celui qui se met au nombre
des vrais disciples du Sauveur, par une sérieuse repen-
tance et par une foi sincère, et qui s'y maintient par une
filiale obéissance à sa parole, n'a rien à craindre du Juge
trois fois saint. « Celui qui écoute ma parole, dit Jésus,
et qui croit à Celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle; il
ne sera point sujet à la condamnation, mais il a passé de
la mort à la vie. » Christ par son sacrifice nous a légué un
remède pour nous guérir, et le croyant humble et sincère
en ressent l'efficace. Christ en mourant a ouvert une source
d'eau vive, qui jaillit en vie éternelle, et le croyant s'en
abreuve. Christ en mourant a répandu son esprit de grâce
et d'amour, et le croyant s'en pénètre et s'en régénère.
La foi vivante au Christ est la robe nuptiale dont cette
âme aussi s'est revêtue pour aller s'asseoir au festin du
Fils de Dieu. Aussi ne sommes-nous pas surpris d'en-
tendre que, puisant dans les souvenirs du passé et des
épreuves les plus solennelles une autorité immense, et
tout en suivant avec un vif intérêt les 1-uttes spirituelles
de la génération présente, elle se prononçait avec décision
contre un mouvement nouveau, qui lui semblait aller en
téméraire au-devant d'une crise douloureuse pour l'Église
et pour la foi des âmes. Issue d'un siècle où elle avait vu

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