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Sophie Flamand

 

 

Fusion

 

 

Nouvelle


 

À mon mari Bernard Swysen et à mes filles, Capucine, Cléo et

Fanny, en espérant avoir enfin réussi à leur faire peur.

À mon éditeur, Eric Lamiroy, qui a, entre autres qualités, celle,

inestimable, de connaître toutes les bonnes tables de Bruxelles.

Préface

S’il est généralement admis que les femmes viennent de Vénus, il me paraît assuré que certaines d’entre elles font un crochet par l’Enfer avant d’arriver sur Terre. Cet Enfer dont les pavés brûlent de bonnes intentions.

J’avais l’impression, comme ça, à première vue, que Sophie F était une jeune mère de famille normale et bien élevée, du genre à ne pas mettre ses coudes sur la table et à respecter les feux de signalisation. Après avoir découvert la longue nouvelle que vous allez lire, je n’en suis plus tout à fait sûr. Et je me demande avec inquiétude si ses trois filles sont toujours en bonne santé.

En fait, ayant compris de quoi elle était réellement capable, quand elle m’a demandé de lui faire une préface, lâche comme la plupart des hommes censés venir de Mars, je n’ai pas osé refuser. C’est donc sous une menace non exprimée mais latente, Damoclès en sursis, que j’écris ces quelques lignes.

Et pourtant ce récit (vécu ?) d’amour trop maternel commence gentiment. La langue est agile, le verbe coloré et les situations cocasses. On se prend à s’amuser, à rire parfois, à sourire souvent en se demandant jusqu’où cet excès de passion va nous mener. Et quand on le découvre, il est trop tard. Votre sourire s’est figé, un frisson vous parcourt et vous vous dites que c’est impossible.

Eh bien oui, c’est possible puisqu’elle l’a fait. Puisqu’elle a OSÉ le faire. C’est-à-dire écrire ce que vous n’auriez jamais imaginé lire un jour.

Bon courage !

 

 

Jean Van Hamme

à 1.200 kilomètres de Sophie F


 

Les personnages de ce récit sont entièrement fictifs.


 

Encore heureux.

 

 


 

Si Pauline n’avait qu’un enfant et pas de mari, c’était un choix. Farouche et hautement revendiqué. Et si cet enfant était une fille, c’était aussi un choix. « Que ferais-je d’un garçon ? » disait-elle comme si on lui avait proposé une yaourtière.

À une époque où il se murmurait avec désapprobation qu’il serait devenu possible de choisir le sexe de son enfant, caprice réservé à quelques milliardaires zinzins et probablement musulmans, à cette époque, Pauline avait une grande fille de 6 ans aux composantes génétiques dûment sélectionnées. Pauline avait des relations.

Malgré un appartement fonctionnel et très lumineux, Pauline passait le plus clair de son temps aux abords de l’école. Pourvus de bancs chichement encadrés d’arbustes, lesdits abords recevaient à heure fixe moult parents plus ou moins glandeurs, plus ou moins pressés. Seule Pauline y avait élu domicile. Bien avant l’arrivée de la camionnette du glacier, elle avait pris ses aises sur le meilleur des bancs, celui d’où l’on découvrait une partie de la cour de récré. Sans hâte, elle installait la paille dans le berlingot de jus de fruit, déballait les biscuits du goûter, dépliait le K.W. Bien avant l’heure, elle était prête.

Peu à peu d’autres parents la rejoignaient.

C’était un moment que Pauline savourait entre tous. Son air placide et ses yeux vifs s’amusaient de telle mère déjà pourvue de trois gamins et engoncée dans une grossesse gémellaire. Pauline compatissait avec jubilation. Elle contemplait avidement telle autre dont le divorce récent et brutal rendait à tout instant possible une tentative de rapt. Ou telle encore, courant toujours bien que jamais en retard et que deux morveuses s’échinaient à ralentir. Et les pères qu’elle voulait incompétents, et les grands-mères qu’elle subodorait dépassées, et la clique des baby-sitters, naturellement mercenaires et probablement sadiques.

Pauline toutefois ne s’attardait guère sur le banc. Bien avant la sonnerie qui lançait l’hallali, elle était au premier rang devant la grille, droite et ferme, sans renverser une goutte de jus de fruit, une miette de biscuit. Elle savait, elle sentait que sa fille l’attendait, frémissait comme elle, et comme elle était prête. Prête avant les autres.

Les autres, bâcleurs et désorganisés, cohorte mal déterminée de pauvres imbéciles qui recelait sans doute des pervers. Pauline, elle, savait où elle allait. Elle savait aussi qu’elle suscitait la jalousie des autres mères qui admiraient la beauté de sa fille, ses dons et son intelligence. Qui l’enviaient d’être une si bonne mère, ferme et chaleureuse, organisée et tendre, jamais prise en défaut. D’ailleurs c’était auprès d’elle que les parents brouillons se renseignaient. Y avait-il bien piscine demain ? À quelle heure se terminerait l’excursion de lundi ? Fallait-il oui ou non apporter son déguisement la veille de la fancy-fair ? Pauline répondait en souriant. Non, il n’y avait pas piscine demain, la monitrice avait une grippe intestinale. Le retour de l’excursion était prévu à 16 heures dix. Oui, il faut apporter le déguisement la veille sauf pour les maternelles.

Première sur les lieux, Pauline avait le temps de saluer chacun. Le directeur, les surveillantes, les instituteurs, les femmes de charges, la secrétaire, la psychologue, les profs de gym, de religion, de langue étrangère, Pauline connaissait chacun en particulier et disait ce qu’il y avait à dire afin que nul n’ignore qu’elle était ce que tous convoitent d’être : une bonne mère. Elle ne perdait toutefois pas son temps en vains bavardages et parvenait avant tout le monde au but qu’elle s’était assigné : rejoindre sa fille.

Alors que de nombreux parents s’échinaient encore à retrouver leur progéniture dans la cohue, Pauline tenait déjà sa fille d’une main. Pauline n’y avait aucun mérite et le reconnaissait. Simplement, sa fille n’était pas une de ces petites sottes qui s’égaient dès qu’elles le peuvent. Elle n’était point idiote, savait parfaitement que sa mère serait là pour la chercher sans la moindre faille, jamais, et donc se tenait prête. Pauline pensait souvent que la vie serait plus belle si tous les enfants étaient comme sa fille.

Tenez, regardez ! Il y a plusieurs minutes déjà que cet affreux Jojo à la recherche de son cartable fait poireauter son père. Et cette grande bécasse de 10 ans qui ne prétend pas quitter les lieux sans un dernier secret à sa meilleure amie. Et cet autre abruti qui oublie son manteau. Et cette jeune connasse qui veut parler à Madame. Et cet autre débile qui s’empêtre dans ses lacets. Qu’ils sont laids ! Qu’ils sont cons ! Tous ! Tous, autant qu’ils sont ! Pauline se sent devenir mauvaise. Alors elle regarde la parfaite image de sa fille et s’apaise. Elle est une bonne mère. Il reste un peu d’espoir pour l’humanité.

Bien que première arrivée, Pauline ne se mêle pas au conglomérat visqueux des parents hâtifs qui se pressent déjà au portail. Elle aime sa fille, elle. Elle se renseigne, elle discute avec l’institutrice. Sous couvert de connaître les prouesses de sa fille – qu’elle n’a nul besoin qu’on lui explique, elle est la mère, non ? – elle cherche, et trouve, la faille de l’enseignante. Cette grosse dinde s’imagine réellement être une éducatrice ! Et lui dire qui est sa fille ! Grotesque ! Il faudrait supprimer l’enseignement ! Qu’on fasse confiance aux mères, nom de nom ! Il est vrai que quand on les voit ! Pauline soupire... Que l’humanité est gourde ! Et comme on aime mal les enfants. Pas étonnant que tout va de travers... Heureusement, Pauline, elle, va droit. Tout droit.

L’appartement est clair et prévisible. Pauline observe avec une satisfaction proche du rengorgement sa fille déposer son cartable dans le casier prévu à cet effet, tout à côté de l’entrée, puis jeter les déchets de son goûter dans la poubelle, délacer ses mocassins et enfiler d’immaculées pantoufles religieusement installées au pied du lit. Pas une fausse note Pourquoi il y en aurait-il d’ailleurs ? Pauline ne vit pas dans un souk. Les gestes quotidiens s’enchaînent avec aisance et toutes deux sont déjà installées à la table des devoirs. Pauline aide sa fille, vigilante, attentive et fière. Pas une erreur, pas une plainte, pas une tache. Le stylo ergonomique glisse sans trembler sur le cahier, alignant les sons et les mots, répondant aux...

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