Galerie, par Antoine Chaine

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tous les libraires (Lyon). 1853. In-8° , 32 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1853
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Voici un petit Recueil que j'intitule CÉLERIS , parce qu'il m'a
paru former comme une réunion de tableaux ayant pour caractère
la diversité. Souvent, en parcourant notre Exposition lyonnaise,
j'ai passé de délicieuses heures à errer de l'oeil d'une toile à l'autre
sans liaison de sujet, tournant de l'attention grave au sourire, selon
la nuance, mais admirant toujours. Ce souvenir m'a donné le titre.
Je n'ai conservé qu'une suite dans ces rêveries, celle de temps;
toutes se succèdent dans l'ordre de la composition. Parmi ces
pièces, il en est une qui m'a valu l'approbation flatteuse de notre
grand poète, et qui fut d'abord confiée à lui seul. Oh! n'était le
besoin de couvrir un peu ma faiblesse, la pièce elle-même et
l'approbation fussent restées dans mon coeur ! *
Un dernier mot sur ce Recueil. Sans doute j'aurais pu prendre
un genre plus en rapport avec les préoccupations actuelles, mais la
rêverie sera toujours ce qui s'enchâsse le mieux dans les vers; et
en livrant ces pages intimes, j'ai fait un sacrifice au public , et par
respect pour lui. La rêverie, d'ailleurs, est douce chose: peut-être
n'y aurait-il pas d'exagération à dire qu'en dehors de Dieu, nous
n'avons qu'elle de consolant. Parlerez-vous de l'amour, il nous
manque; on le rêve, voilà tout. Oui, à ces natures sensibles que
le sentiment trop amer des réalités de la vie écarte invinciblement
de l'action, prière et rêve, c'est tout ce qu'il reste de bon. La
prière les entretient du Ciel, et le rêve, qui voile un peu les durs
aspects de l'existence, leur adoucit le pèlerinage. Qu'elles s'ins-
pirent donc de l'une et de l'autre et attendent!
Lyon , 7 février 1853.
OU DONC?
Où donc est le bonheur? — On dit dans un sourire ;
Mais il cesse sitôt d'être signe d'amour!
Où donc est le bonheur ? — Dans le chant de la lyre ;
Mais elle est imparfaite au terrestre séjour.
Où donc est le bonheur? — On le dit dans le rêve
Qui vient montrer à l'âme un mirage vermeil ;
Mais il passe si vite. un instant nous l'enlève,
Et la réalité reparaît au réveil.
VAGUE.
Quand le ciel a voilé son azur de nuages,
Et presse vers les monts le déclin d'un beau jour,
Que les flots assoupis meurent sur les rivages,
Alors, du sommet de sa tour,
Contemplant tristement les vastes solitudes,
Des larmes dans les yeux, le coeur plein de soupirs,
Elle redit l'objet de ses inquiétudes,
Celui de ses brûlants désirs ;
Et jamais sur son front un rayon d'espérance
Ne vient pour un instant éclaircir le souci,
Car ce front jeune encor et calme d'innocence,
Par un orage est obscurci.
— 8 —
Vous qui passez le soir, oh ! respectez sa peine,
Ne lui demandez pas la cause de ses maux ;
Mais donnez-lui des pleurs si votre âme est sereine.
Si près des siens vos jours sont beaux !
m.
NOVEMBRE.
Quejce soleil mourant qui du nuage pâle
\ Nous verse ses adieux,
Que ce vent froid du nord gémissant comme un râle,
Que ce ciel pluvieux ;
Que ces coteaux de brume où meurent feuille à feuille
Les arbres rabougris,
Ce dernier chant d'oiseau qu'un écho faible accueille,
Et ces prés défleuris ;
Que ce silence amer d'où l'attentive oreille
N'entend rien s'élever,
Et déjà défaillant, l'automne qui sommeille,
Vous font tristes rêver.
IV.
CLAIR DE LUNE.
C'était un soir à la lune dormante,
Où soupirait la bfise caressante,
Avec douceur ; '
Soir imprégné de vague mélodie :
11 élevait ma pensée agrandie
Vers le Seigneur.
Comme un rayon qui glisse sur la branche,
Auprès de moi, sous une forme blanche ,
Vint se poser
Un inconnu ravissant de jeunesse ;
Et j'étendis les bras avec ivresse.
Pour l'embrasser.
— 12 —
II me parlait de sa prospère étoile,
Sic racontait, en écartant tout voile,
Son beau passé;
Et son regard, sa voix était si tendre
Que je sentais du plaisir de l'entendre
Mon coeur bercé.
Puis je le vis s'enfoncer dans l'allée,
Par les vapeurs légèrement voilée,
Et j'entendis,
Comme une voix murmurer dans mon âme :
De votre amour doit refleurir la flamme
En paradis.
V.
SOIRS D'ÉTÉ.
Quand le jour baisse sur la plaine ,
Que des cités le bruit s'endort,
Et que du soir la molle haleine
Vient éveiller nos rêves d'or; •
Lorsque, limpide et sans nuage,
Le ciel revêt son tendre azur,
Que l'ombre amie du feuillage
Verse sur nous son clair obscur ;
Lorsque tout se berce et soupire
De vague extase et de sommeil,
Qu'on se sent vivre, qu'on aspire
Vers l'idéal, autre soleil :
Oh ! c'est alors que l'âme heureuse,
Sur l'aile ardente de sa foi
Quitte la terre soucieuse,
Prie et, Seigneur, s'élève à loi !

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