Guerre aux passions ! ou Dictionnaire du modéré, par M. D... y [Durzy], royaliste-constitutionnel

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Janet et Cotelle (Paris). 1821. In-8° , VI-272 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1821
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GUERRE
AUX PASSIONS !
OU
DICTIONNAIRE DU MODÉRÉ.
Cet ouvrage se trouve aussi :
Chez
DELAUNAY,
PONTHIEU,
LIBRAIRES , AU PALAIS-ROYAL.
PELICIER , LIBRAIRE, PLACE DU PALAIS-ROYAL.
IMPRIMERIE DE A. BELIN.
GUERRE
AUX PASSIONS!
OU
DICTIONNAIRE DU MODÉRÉ ;
PAR M. D...Y,
ROYALISTE-CONSTITUTIONNEL.
« J'espère que mes idées s'éloigneront
» également de la licence et de l'esprit
» de servitude ; j'userai en citoyen de la
» liberté dont la vérité a besoin. »
DUCLOS.
A PARIS,
CHEZ JANET ET COTELLE, LIBRAIRES,
RUE NEUVE DES PETITS-CHAMPS, N°. 17.
Décembre 1821.
AVANT-P.ROPOS.
L'ESPRIT de parti dénature et calomnie le passé
pour exploiter le présent à son profit : selon ses
accusations, personne en France ne serait irré-
prochable.
Après une révolution de vingt-cinq ans, à
laquelle tout le monde a pris part, la sagesse
suppose que nul n'a démérité du prince et de
la patrie ; ou du moins elle restreint à un très-
petit nombre la classe des individus répréhen-
sibles. «
Je suis convaincu que l'indulgence pour les
hommes, les opinions, et même bien des actes
qu'on désapprouve, peut se concilier avec l'amour
sincère du Roi et de la Charte. Je voudrais pro-
pager cette conviction; tel est le but de cet
écrit.
L'indulgence, en politique comme en mo-
rale , n'exclut point une foi immuable dans les
principes que la raison proclame vrais et justes.
Deux opinions prédominent de nos jours :
certains hommes croient que le trône s'affaiblit
en plaçant ses fondemens hors de sa force
vj AVANT-PROPOS.
propre ; les autres pensent qu'il ne peut plus
être solidement établi que sur la puissance de
la loi. Je me glorifie d'être au nombre de ces
derniers.
Fidélité au Monarque légitime, attachement
aux doctrines constitutionnelles ; voilà les senti-
mens qui ont dirigé ma plume. Si l'on m'attribue
la moindre intention qui n'en émane point,
ma conscience la désavoue, et son témoignage
me consolera d'avoir été mal compris.
Mes affections privées m'ont rendu souvent
pénible l'expression de mes principes. Il est plus
doux d'obéir au coeur qu'à la raison; mais j'ai
dû me rappeler le mot d'un ancien : Amicus
Plato, amicus Aristoteles, magis arnica Ve-
ritas.
ERRATA.
Page 11, ligne 3, après ceux des petits colléges ; lisez :
qui ont été.
Page 137, ligne 10, Dicere de vitiis, parcere de per-
sonis, lisez : Parcere personis , dicere de vitiis.
Page 56, à la fin du 1er. alinéa, lisez : (p. 121. )
GUERRE
AUX PASSIONS !
OU
DICTIONNAIRE DU MODÉRÉ.
A.
ABUS (I).
LES abus de l'ancien régime ne justifient point
les excès révolutionnaires ; mais les excès révo-
lutionnaires ne sauraient légitimer le retour des
abus de l'ancien régime.
ACCEPTATION.
En droit politique comme en droit civil, une
donation acceptée a les effets d'un contrat.
(I) Mon dessein n'est pas de donner des définitions
exactes des mots que je passe en revue; mais seulement
d'exprimer l'idée que doit y attacher un Modéré , ou les
réflexions qu'ils peuvent lui suggérer. Le premier article
indique l'esprit dans lequel sont écrits les autres : il est le
sommaire de cet opuscule.
I
2 DICTIONNAIRE
Jamais acceptation nationale ne fut plus una-
nime que celle du pacte public qui nous régit.
Il a été invoqué tour à tour par les hommes
des opinions les plus opposées; dès que chacun
des deux partis qui luttent l'un contre l'autre ,
en France, s'est cru opprimé, il s'est appuyé
sur la Charte pour obtenir ce qu'il réclamait.
Tous deux l'ont donc reconnue pour le titre
dans lequel sont écrits et consacrés les droits de
tous les Français.
L'assentiment général de la nation a converti
la Charte concédée par le pouvoir royal, en
un contrat indissoluble.
La volonté d'un grand peuple autorisée par
son souverain ne saurait être séditieuse.
ACQUÉREURS DE DOMAINES NATIO-
NAUX. — Propriétaires dont les droits sont
garantis par l'Etat.
Les partis se sont emparés des intérêts de
ces propriétaires; l'un pour les attaquer, l'autre
pour les défendre; tous deux pour les exploiter,
chacun au profit de ses voeux.
Avec un but différent, les défenseurs de prin-
cipes contraires se plaisent également à exagérer
les inquiétudes des acquéreurs de biens natio-
naux; ici, on prétend qu'ils ne se rassureront
DU MODERE. 3
jamais, parce que la morale publique s'élève
contre eux; là, on affirme qu'ils s'alarment vi-
vement de réclamations indiscrètes, dirigées
contre leur fortune.
Ces clameurs sont presque étrangères aux vé-
ritables intéressés.
Les anciens propriétaires se plaignent peu ; ils
regardent les effets de la révolution comme le
sage considère les résultats d'un tremblement
de terre. Ils reconnaissent que la politique,
comme la nature, est forcée, à certaines époques
désastreuses, de consommer une foule de ruines
particulières pour accomplir un système de lois
générales. On s'agite pour eux bien plus qu'eux-
mêmes ne s'agitent.
Les nouveaux propriétaires ne sont pas non
plus les propagateurs des craintes que l'on sug-
gère sur le maintien des ventes nationales.
Ils savent que tous les droits se prêtent un
appui mutuel, dans une société civilisée; et que,
la propriété n'ayant d'autre base que le droit
civil, on ne pourrait invalider leurs contrats
d'acquisition, sans ébranler la généralité des
propriétés, qui reposent toutes sur des actes ci-
vils.
Outre la garantie ordinaire du droit commun,
ils en trouvent une qui est spéciale et formelle
4 DICTIONNAIRE
dans notre droit public (I). Si un seul des prin-
cipes de la Charte était violé, aucun ne serait
désormais immuable. La nation ne compterait
plus ni sur l'égalité de l'impôt, ni sur le droit
d'admissibilité aux emplois, ni sur la liberté
des cultes , ni sur les chambres représenta-
tives, etc. etc., ni sur aucune des bases de la
constitution.
Qui pourrait croire un gouvernement assez
insensé pour saper lui-même les fondemens de
l'édifice social ?
Les acquéreurs de biens nationaux sont plus
que tous les autres Français intéressés au main-
tien de la Charte, et par conséquent de la royau-
té légitime. Le bon sens le plus grossier indique
en effet Qu'une conséquence disparaît avec son
principe ; et la Charte émane de la légitimité
qui l'a octroyée.
La légitimité n'a pas de plus zélés défenseurs
que ceux dont elle a garanti les propriétés contre
ceux qui lui contestent chaque jour le droit dont
elle a usé.
( Voyez BIENS NATIONAUX et INVIOLABILITÉ. )
ADRESSES. — Expression de sentimens lé-
(I) Voyez l'art. 9 de la Charte.
DU MODÉRÉ. 5
gitimes qui ne doit contenir aucune provocation
illégale.
A chaque événement qu'un parti dominant
croit pouvoir exploiter à son profit, il enjoint
à ses affidés d'obtenir des adresses. Trop sou-
vent ces sortes de suppliques ont un motif secret,
outre le motif apparent. Des projets tout pré-
parés sont soumis aux corps qui doivent en
voter l'adoption. Leur rédaction est complexe ;
elle exprime à la fois le voeu très-légitime que
la circonstance suggère, et un autre voeu lié
si habilement avec le premier qu'on ne peut
atténuer celui-ci, sans affaiblir celui-là. Un
homme raisonnable hésite-t-il à adopter la ré-
daction proposée, on feint de croire que la
moindre observation a pour but de protester
contre le voeu légitime. Les dissidens, effrayés
d'être soupçonnés de principes qu'ils seraient les
premiers à désavouer et à flétrir, se taisent et
signent.
Exemple.
Un attentat moins dangereux qu'insolent (I),
est commis dans le palais de nos rois. L'existence
du trône et des institutions qu'il nous garantit,
(I) Expressions du Roi.
6 DICTIONNAIRE
est attachée à celle de l'auguste dynastie qui
nous gouverne. Rien de plus naturel que de
témoigner au monarque la douleur et l'indigna-
tion qui animent tous les coeurs. Eh bien ! les
projets d'adresse mêlent à l'expression de ces
sentimens la demande de mesures sévères contre
un parti que l'on déclare convaincu en masse de
l'attentat dont gémit la France. On implore une
marche nouvelle, ou plus active du gouverne-
ment. On donne au monarque des conseils très-
énergiques sur ce qu'exige le salut de l'Etat ;
et ces conseils tendent toujours à proscrire cer-
taines doctrines et certains hommes.
Ah ! lorsqu'un sentiment généreux remplit
vraiment le coeur de ses inspirations, n'est - on
pas trop ému pour songer à demander le
triomphe de ses intérêts et la persécution de ses
adversaires !
AINESSE ( droit d' ).— Dévolution au premier
né d'une famille du patrimoine de ses frères et
soeurs. — Privilége contraire à l'art. Ier. de la
Charte.
Autrefois , les enfans dépouillés par le droit
d'aînesse, trouvaient des moyens d'existence
dans certaines carrières qui leur étaient exclusi-
vement réservées.
DU MODÉRÉ. 7
Aujourd'hui, si on les privait de leur portion
de patrimoine, quelle serait leur ressource ?
Les nouvelles moeurs et la nouvelle constitu-
tion de la monarchie, permettent-elles de ré-
server à quelques familles les premières places de
l'armée, de l'église, de l'administration, etc., etc.?
La prérogative du droit d'aînesse est grosse
de tous les autres priviléges.
( Voyez SUBSTITUTION. )
AFFINITÉS.
Les groupes d'intérêts qui ont le plus d'affi-
nités par leurs craintes ou par leurs espérances, se
sont peu à peu réunis par le besoin d'une dé-
fense ou d'une attaque commune. Les hommes
les plus exclusifs , dans toutes les opinions , ont
cédé à cette loi d'une impérieuse nécessité.
(Voyez ORAGE. )
AGENT DE POLICE. — Instrument d'op-
tique dont l'objet est de découvrir une perspec-
tive , et non de la créer.
ALARMISTES. — Trembleurs incurables,
qui ne peuvent ou ne veulent point être rassurés
sur les prétendus dangers qu'ils rêvent chaque
jour.
Selon eux, ce le trône est sans cesse menacé ;
8 DICTIONNAIRE
la faction révolutionnaire veille , et médite de
nouveaux crimes ; des complots se trament;
nous marchons sur des volcans, etc., etc. »
Voilà leurs phrases favorites.
C'est un assez triste moyen de consolider un
gouvernement que de le présenter toujours
comme prêt à s'écrouler ; les alarmistes ne sont
pas les défenseurs les plus habiles de la mo-
narchie.
Examinons leur argument favori : " La maison
de Bourbon a un grand nombre d'ennemis,
parce que son retour a froissé beaucoup d'inté-
rêts. »
Mais la sagesse royale n'a-t-elle pas prévenu
cette funeste conséquence, qui aurait pu résulter
d'une restauration opérée sous un prince moins
éclairé ? La Charte garantit les divers intérêts que
l'on suppose froissés : républicains, acquéreurs
de biens nationaux, soldats de la révolution,
hommes nouveaux en tous genres, jouissent des
libertés, de la fortune, de la gloire, des avantages
quelconques qu'ils ont acquis dans la grande lutte-
En répétant sans cesse que ces classes nom-
breuses sont ennemies de la légitimité, on ne
prouve rien, si ce n'est qu'elles ne sont point
aimées de ceux qui leur adressent cette odieuse
inculpation.
DU MODÉRÉ, 9
Accusateurs opiniâtres , soyez conséquens :
ne reprochez-vous pas aux hommes que vous
appelez révolutionnaires d'avoir servi Buona-
parte, parce qu'ils trouvaient sous son égide la
garantie des conquêtes qu'ils avaient faites sur
l'ancien régime ?
Hé bien ! l'auguste fondateur de la Charte a
reconnu, a ratifié, ces conquêtes dans le pacte
social.
Pourquoi les mêmes raisons ne détermine-
raient-elles pas, chez les mêmes hommes, les
mêmes sentimens?
Leur position n'est pas plus fâcheuse qu'au 18
brumaire ; au contraire, ils ont une possession
plus longue, qui a , chaque jour, ajouté un droit
de plus aux faits consacrés, par le temps et par
les lois.
Il y a plus : la garantie donnée par la Charte
est plus précieuse pour les hommes de la révo-
lution, que toutes celles qu'ils avaient déjà ob-
tenues, ou qu'ils auraient pu obtenir encore.
Elle est en effet la seule qui émane d'une auto-
rité compétente pour rendre légitime ce qu'il
y a eu d'illicite dans la révolution. L'illégalité
n'était que relative à la dynastie dépossédée de
la monarchie française. Cette dynastie seule a
pu l'effacer en l'adoptant.
10 DICTIONNAIRE
Concluons de là que les Français dont les
alarmistes semblent le plus se défier, sont les plus
intéressés au maintien du trône légitime.
La supposition injurieuse que nos princes bien
aimés ont en France des ennemis nombreux
est heureusement gratuite : elle repose sur une
fausse base, sur l'idée que l'ancien régime a re-
pris possession de la France au moment de la
restauration. Cela aurait pu advenir en 1793;
mais cela n'est pas advenu en 1814. Un sage
couronné, un monarque qui a connu le besoin
de son siècle, a concédé aux Français tout ce
qu'ils demandaient de juste en 1789; et il a
légitimé les faits qu'un quart de siècle avait éta-
blis. Cette concession a été d'autant plus volon-
taire que la France, lorsqu'elle la reçut, était
dans une position presque désespérée où elle ne
pouvait rien attendre que de la longanimité de
son roi.
Qui ne trouverait pas complètes des garanties
assises sur un droit inattaquable, et sur des faits
indestructibles ?
( Voyez CONSPIRATIONS. )
ALLIANCE ( sainte ). —Assurance mutuelle
des trônes contre les incendies politiques.
( Voyez TRÔNE. )
DU MODÉRÉ. II
ALMANACH.
Un almanach de département place, sur la
liste des députés , les représentans des grands
colléges avant ceux des petits colléges , antérieu-
rement élus.
« A tous seigneurs,
Tous honneurs. »
( Voyez SENTINELLE. )
ALOYAUX. — Surnom burlesque qu'on don-
ne, dans un certain monde, aux députés du ventre.
C'est une plaisanterie sans conséquence : soit ;
mais elle établit une différence entre la droite
et le centre, elle indique un reste de rancune.
« Chassez le naturel, il revient au galop (I). »
On entend de belles dames du faubourg Saint-
Germain , qui connaissent mieux l'art de plaire
que l'Iliade, dire qu'Aloyaux est composé de
Loyaux et d'un Alpha privatif. Qui leur a donc
soufflé ce mot grec ? Ce ne peuvent être leurs voi-
sins de l'hôtel des Missions ou de la grande Au-
mônerie : ils sont, trop charitables!!
( Voyez DÎNEURS, MINISTÉRIELS.)
ARISTOCRATIE. — Influence exclusive de
(I) Boileau.
12 DICTIONNAIRE
la noblesse dans la chambre populaire d'un gou-
vernement représentatif. — Existence des pri-
vilèges sous une constitution dont le principe
est l'égalité de droits. — Excès de pouvoir des
hommes d'autrefois dans les institutions créées
pour un peuple nouveau.
L'Aristocratie ne cherche pas précisément à
rétablir l'ancienne constitution. Ses chefs ont
reconnu et proclamé que cela est impossible ;
d'ailleurs, la constitution actuelle lui offre au-
tant de bonnes chances que telle autre qu'il fau-
drait fonder sur ses ruines. L'Aristocratie ne
veut donc point détruire la Charte, mais seule-
ment enter l'ancien régime sur un arbre destiné
à produire des fruits bien différens.
Son effort journalier tend à reconquérir sur
les lois d'aujourd'hui quelque chose des lois d'au-
trefois; dans quel but positif? elle l'ignore en-
core. Elle suit un instinct aveugle, elle obéit à
une impulsion de sentiment plutôt qu'à une vo-
lonté réfléchie.
Dépouillée de la majeure partie de son influence
par une révolution qui l'a terrassée, elle s'appuie
sur une classe puissante qu'elle a eu l'adresse de
séduire. ( Voyez GRANDE PROPRIÉTÉ. )
Je ne nie point que quelques grands proprié-
taires ne regrettent les abus de l'ancien régime ;
DU MODERE. 13
mais l'immense majorité a trop de générosité
pour se livrer à un calcul personnel, et trop
d'expérience de la révolution pour ne pas sentir
le danger de la contre-révolution.
Quoique les desseins de l'Aristocratie soient
vagues encore, l'impétuosité de ses ressenti-
mens décèle les passions qui l'agitent. Son in-
discrète ardeur manifeste ses voeux avant que ses
moyens de succès soient bien déterminés.
( Voyez CONTRE-RÉVOLUTION. )
Sa tactique jusqu'ici ressemble en plusieurs
points à celle qu'elle déploya en 1789 (I). Elle
sème l'inquiétude et la défiance de l'avenir, sup-
pose aux amis des libertés constitutionnelles (2)
des desseins hostiles contre le trône, et les ac-
cuse d'avance de tous les événemens que pour-
rait provoquer une opiniâtre résistance à la
marche naturelle de l'esprit humain, et au dé-
(I) Nous ne parlons que des énergumènes du parti; il
compte dans ses rangs beaucoup d'hommes sages, pour
qui les leçons du passé ne sont point infructueuses. Mais
souvent, dès que les troupes légères de l'avant-garde sont
engagées , le gros de l'armée se fait un devoir de les sou-
tenir.
(2) Ces libertés n'étaient alors que des propositions de la
nation ; aujourd'hui elles sont des principes fondamentaux
d'une constitution proclamée par le Monarque lui-même.
14 DICTIONNAIRE
veloppement loyal des institutions fondees par
la sagesse du roi.
De même qu'à l'époque de la séance royale du
25 juin, elle présente le voeu national comme
une criaillerie séditieuse , et s'écrie que le gou-
vernement doit se montrer fort. Elle cherche
encore à engager le pouvoir royal dans sa cause
pour s'en faire de nouveau un instrument de
défense ou d'agression. Toute la différence
c'est qu'en 1789, elle croyait se procurer par
cette haute alliance le secours de quelques ré-
gimens français, et qu'aujourd'hui elle laisse
entrevoir , avec complaisance , qu'elle peut
compter sur d'énormes masses de baïonnettes
européennes.
ARMEE. — Garantie de l'indépendance na-
tionale.
Dans l'état actuel de l'Europe, la France a-t-
elle une attitude convenable à son importance
politique ?
Plusieurs prétendent que l'extension de nos forces
militaires serait trop onéreuse ; d'autres disent
qu'elle serait dangereuse.
Les premiers allèguent l'intérêt des finances;
ils ignorent qu'il ne peut exister qu'un simula-
DU MODERE. 15
cre de finances à l'ombre des étendards étrangers.
Les autres osent prétexter l'intérêt du roi;
quel blasphême ! n'est-ce pas donner à croire
que ce prince aimé du peuple, ne saurait trou-
ver dans son royaume deux cent mille soldats
dévoués. Cette odieuse supposition est une in-
jure adressée à tous les Français et au Monarque
lui-même.
Le système des vétérans eût réuni sous nos
drapeaux une nombreuse élite de guerriers
éprouvés, sans épuiser le trésor.
Une armée composée, non de prolétaires, mais
de citoyens, ne semble jamais redoutable à des
ministres dont le gouvernement obtient l'assen-
timent de la nation. ( Voyez TRÔNE. )
ARTISTES. (Voyez GENS DE LETTRES.)
ASCENDANT.
L'ascendant irrésistible que les caractères vé-
hémens exercent sur la plupart des esprits modé-
rés , ressemble à la puissance magnétique , au
moyen de laquelle certains êtres très-forts attirent
à eux des êtres plus faibles.
Dans la nation comme à la chambre des dé-
putés , la droite et la gauche menacent d'aspirer
le centre.
16 DICTIONNAIRE
ASSEMBLÉE CONSTITUANTE. — Corps
de législateurs pleins de sentimens nobles et
généreux, qui ont jugé tous les hommes d'après
leur coeur.
C'est une sorte de bon ton, dans un certain
monde, de censurer et de honnir les premiers
fondateurs de ces franchises précieuses, de ces
immunités nationales, que la Charte a rétablies
et consacrées
Nous jouissons des principes bienfaisans et
salutaires que les constituans ont proclamés ; ces
principes se sont épurés, il est vrai, de toute tache
révolutionnaire à la source légitime dont ils dé-
coulent aujourd'hui ; est-ce une raison pour dé-
crier les membres des derniers États-Généraux
de la France, qui ont exercé, avec tant de lu-
mières, de justice et de désintéressement, des
pouvoirs nationaux, légitimés par quatorze siè-
cles d'existence ? Quels présens si funestes nous
ont-ils donc faits?
Est-ce la liberté des cultes, l'égale répartition
des charges de l'Etat, le droit d'égale admissi-
bilité de tous les citoyens aux emplois publics , la
destruction des lettres de cachet", et la liberté
individuelle ?
Est-ce l'abolition des privilèges, des dîmes et
DU MODÉRÉ. 17
des droits féodaux, ou bien celle des voeux
monastiques ?
Est-ce la suppression de la vénalité des offices,
des jurandes et des maîtrises ?
Est-ce la réforme de l'ancienne procédure cri-
minelle, la cessation de l'atrocité des peines,
l'adoption du jury dans nos lois?
Est-ce le droit de pétition, la responsabilité
des agens du pouvoir, l'inviolabilité des pro-
priétés, ou tant d'autres principes libéraux, re-
connus par notre constitution actuelle ?
Est-ce le morcellement des grandes propriétés
du clergé, pour en rendre l'exploitation plus
utile à l'État?
Est-ce l'institution de la garde nationale, la
création des justices de paix, ou la division de
la France en départemens ?
Mais toutes ces innovations subsistent encore
aujourd'hui !
Pourquoi donc cette animadversion et ce
déchaînement contre les novateurs qui les ont
introduites dans notre droit public ?
Attaquer avec tant de persévérance et d'achat
nement l'Assemblée constituante, ce n'est pas
montrer un grand amour pour ceux de ses actes
que la sagesse de notre Monarque a sanctionnés.
( Voyez CIVILISATION. )
18 DICTIONNAIRE
B.
BASCULE.
Système par lequel un gouvernement, après
avoir fait un appel inutile à la raison des gou-
vernés, se sert de leurs passions mêmes, pour
comprimer tour à tour les passions contraires.
On comprend que ce système semble odieux
à ceux dont il froisse alternativement les in-
térêts ; on conçoit moins facilement qu'il mérite
le reproche d'être immoral.
A défaut d'un mobile plus noble , la morale
elle-même se sert des passions pour régir le coeur
humain; et souvent ce n'est qu'en les armant
habilement les unes contre les autres, qu'elle
parvient à y fonder son empire.
Chez une jeune fille indolente, elle combat
la paresse par le désir de plaire ; chez le mari
défiant, la jalousie par la honte du ridicule;
chez l'étudiant dissipé, elle oppose l'émulation
à l'entraînement du plaisir ; chez le soldat peu
courageux, la crainte du déshonneur à la crainte
de la mort.
Quels effets merveilleux n'obtient-elle point
par cette lutte des divers mouvemens de l'âme !
L'avarice ne tient pas contre l'amour ; l'esprit
d'intrigue est réprimé par l'orgueil; l'égoïsme
cède au désir de la gloire ; la haine se laisse dé-
DU MODERE. 19
sarmer par l'intérêt : dans tous ces cas, c'est par
un vrai système de bascule que s'établit le règne
de la morale.
Comment la politique qui suit la même mar-
che serait - elle immorale ?
Les hommes extrêmes dans leurs opinions
compromettent non-seulement le salut de l'État,
mais leurs propres intérêts ; l'expérience a prouvé
qu'ils sont, les premiers, victimes de leurs excès.
Peut-il être immoral de comprimer, les unes
par les autres, des passions nuisibles à la so-
ciété entière et aux individus qu'elles agitent,
dans l'intérêt du bien général et de ceux - là
même qui se laissent égarer par elles ?
BIENS NATIONAUX. —Propriétés vendues
et garanties par l'Etat.
L'État n'est pas moins tenu qu'un particulier
de garantir, en cas d'éviction, l'acheteur auquel
il a vendu.
Si donc, contre toute attente , les acquéreurs
de biens nationaux étaient jamais évincés, l'Etat
leur devrait :
1°. La restitution du prix (1) ;
2°. Celle des fruits indûment perçus (2);
(1) Art. 1630 du Code Civil.
(2) Art. 1630 , Ibid.
20 DICTIONNAIRE
5°. Les impenses utiles (1); et même les dé-
penses voluptuaires, puisqu'il serait reconnu que
la vente a été faite de mauvaise foi (2) ;
4°. L'augmentation de valeur des proprié-
tés (5);
5°. La restitution des droits perçus par le fisc
à tous les détenteurs successifs (4);
6°. Des dommages-intérêts proportionnés au
désordre que jette dans une fortune une dé-
possession survenue après une jouissance de
27 à 31 ans (5), et après toutes les mutations
qu'ont dû favoriser les garanties les plus solen-
nelles (6).
Ainsi la restitution des biens nationaux est
plus à craindre pour l'État que pour les acqué-
reurs eux-mêmes, à moins qu'il ne se décide à
(1) Art. 1634 du Code Civil.
(2) Art. 1635, Ibid.
(3) Art. 1633, Ibid.
(4) Art. 1377, Ibid.
(5) Art. 1382 et 1630, Ibid.
(6) La garantie qui existe dans tout contrat de vente ,
par la seule force de la loi, a été en outre positivement
stipulée , dans les ventes de biens nationaux ; les articles
93 et g4 de la Constitution de l'an 8, contiennent une
sanction formelle de celte garantie, devenue plus invio-
lable que jamais , par l'art. 9 de la Charte.
DU MODERE. 21
violer à l'égard de ceux-ci les principes du droit
commun.
L'Etat n'est jamais disposé à s'appauvrir ou
à compromettre la confiance dont il a besoin,
dans l'intérêt d'une classe particulière.
BONNE FOI.
Chacun se croit de bonne foi ; nul ne croit à
la bonne foi de ceux qui ne partagent pas ses
opinions.
Il y a peu de discours et d'actions qui ne puis-
sent être considérés sous deux aspects différens.
Pourquoi ne pas les voir sous le plus beau jour ,
ne pas attribuer aux hommes des motifs ho-
norables ? Pourquoi ce qui vous semble blâ-
mable dans leur conduite, ne serait- il pas le
résultat de l'erreur ? Qui donc est infaillible ?
Censeur sévère, es - tu bien sûr de ne pas te
tromper ? ne t'est-il jamais arrivé d'accueillir
des idées dont tu as reconnu plus tard la fausseté?
Sois franc, la plupart de ces doctrines que
tu professes avec tant d'intolérance, tu ne les
as ni étudiées, ni approfondies, ni jugées. Tu
les as reçues , sans examen , de l'enseignement
de tes intérêts et de l'autorité de tes passions !
( Voyez TOLÉRANCE.)
32 DICTIONNAIRE
BONS HOMMES DE LETTRES. — Pédans
capricieux qui donnent des férules aux Muses et
aux Grâces, lorsqu'elles ne veulent point se coif-
fer d'un éteignoir.
( Voyez HONNÊTES GENS,. )
BOUTE-FEU. — Incendiaire qui enflamme
les haînes au lieu de les éteindre.
Les boute - feu sont des méchans , ou des in-
sensés , ou des marchands de phrases.
( Voyez JOURNALISTES. )
BUONAPARTISTES. — Partisans prétendus
de Napoléon.
On peut distinguer en deux classes les hommes
auxquels on reproche d'être buonapartistes :
La première et la plus nombreuse , se com-
posé des militaires qui ont servi sous les drapeaux
français, lorsque Napoléon marchait en vain-
queur d'un bout de l'Europe à l'autre. L'éclat
et la gloire qui ont illustré nos armes exaltent
leur imagination ; ils parlent avec enthousiasme
de leurs, brillantes campagnes, et des beaux
faits d'armes qui les ont signalées; ils font du
passé et du présent une comparaison qui leur
semble douloureuse. On en conclut assez légère-
ment , qu'ils regrettent leur empereur, qu'ils
aspirent à ressaisir leurs dotations, à conquérir
DU MODÉRÉ. 23
de nouveaux grades, à sacrifier à leur cupidité
les trésors et le sang des Français, etc., etc. J'ai
causé avec une foule de ces braves: aucun des
sentimens coupables qu'on leur prête ne germe
dans leur coeur. Tous ceux qui sont éclairés et
capables de raisonnement, avouent avec fran-
chise que Buonaparte, dévoré d'une soif inex-
tinguible de domination et de conquêtes, a dissipé
sans fruit l'or et le sang de la France, immolé
nos générations, étouffé la liberté, avili le mo-
bile généreux de ses premiers défenseurs , sacri-
fié enfin tous les élémens de la prospérité pu-
blique , pour assouvir son insatiable ambition ;
ils reconnaissent que l'état actuel de nos fi-
nances et notre position politique ont fait une
loi au gouvernement de réduire un état mili-
taire gigantesque, et de licencier une foule de
guerriers distingués par leurs services et leurs
talens.
Ils ne dissimulent pas qu'ils ont été dévoués à
leur empereur , mais ils ajoutent qu'ils sont dis-
posés à servir avec le même zèle le Monarque
qui dirige aujourd'hui les destinées de la France.
« La patrie, disent-ils, dans leur langage, a
adopté un autre chef; le voeu de la patrie fut
toujours celui de nos coeurs. » Cette phrase, il est
vrai, ne doit point paraître fort orthodoxe aux
24 DICTIONNAIRE
partisans de la légitimité ; mais puisque Dieu a
permis que le principe de la légitimité fût quel-
que temps méconnu en France, et même en
Europe, pour nous en faire mieux sentir la sa-
lutaire nécessité, est-il au pouvoir humain d'a-
néantir tout à coup, dans l'esprit de la généra-
tion actuelle, les idées qu'a dû lui suggérer cette
erreur ? Quoi ! les nations et les souverains
auront reconnu Napoléon par des traités ! plu-
sieurs rois auront même contracté avec lui des
alliances de famille ! le pontife suprême de la
religion sera venu le sacrer dans la capitale de
la France ! et vous ferez un crime à un par-
ticulier d'avoir obéi à cet homme que le destin
avait placé si haut, à cet homme qui, avant
d'être égaré par l'ivresse de la fortune et du pou-
voir , fit sortir l'ordre et la monarchie du chaos
révolutionnaire, releva les autels, recréa l'ins-
truction publique, réunit nos lois et coutumes
diverses en un code uniforme , rappela sur le sol
natal des milliers de proscrits, porta la gloire
de nos armes à son apogée , et sut, au milieu de
ses guerres continuelles, creuser des canaux,
ouvrir des routes nouvelles, enrichir la France
des plus beaux monumens ! Certes, si jamais il
fut permis de croire à la maxime omnis potestas
a Deo, ce fut à l'égard du plus grand colosse
DU MODÉRÉ. 25
de puissance que l'Europe ait vu depuis Charle-
magne.
On traite encore, et moins injustement peut-
être , de buonapartistes, les individus apparte-
nant aux familles qui doivent à Napoléon leur
grandeur nouvelle. Quels sont ceux qui leur
adressent ce reproche ? Les admirateurs de l'an-
cienne noblesse française , de ces courtisans de
l'exil et du malheur, qui n'ont jamais cessé d'ai-
mer les princes auxquels ils avaient voué leur
coeur et leur épée ; et ne voient-ils pas que la
noblesse de Buonaparte devait quelque attache-
ment au chef à qui elle avait consacré ses voeux
et son bras ? Ces hommes, placés au premier
rang social, ne tenaient-ils donc par aucun lien
de reconnaissance à l'auteur de leur élévation?
Ont-ils pu voir s'écrouler, sans nul regret, un
trône qui avait répandu sur eux les rayons de
sa. splendeur ? Mais résulte-t-il de là que les
familles redevables de leur illustration à Buona-
parte ne soient pas aujourd'hui sincèrement sou-
mises à l'auguste dynastie des Bourbons ? N'é-
taient-elles pas françaises avant le règne de
Napoléon ? Ont-elles cessé de l'être depuis ? Ja-
mais elles ne séparèrent leurs destins de ceux
de la France. Elles ont perdu quelques avantages,
il est vrai; mais elles conservent leurs titres et
26 DICTIONNAIRE
leurs rangs , et ce qui est bien plus précieux,
l'estime et la reconnaissance publique, pour les
talens et les services qui les recommandent. Enfin
peuvent-elles se croire à jamais déshéritées de la
faveur du prince, sous un roi qui s'entoure avec
un égal empressement des anciennes et des nou-
velles gloires de la France (I), qui tient compte
du sang qu'on a versé pour la patrie pendant
son absence, parce qu'il n'a jamais cessé de
l'aimer en père ? Le devoir et la reconnaissance
n'attachent-ils pas ces familles, comme toutes
les autres, au royal bienfaiteur qui nous a sauvés
deux fois dû joug étranger, et nous a réconci-
liés avec l'Europe ? L'intérêt d'ailleurs leur fait
craindre toute crise nouvelle. On n'espère jouir
de ce qu'on a su acquérir qu'avec l'ordre, et
le maintien de ce qui est : désordre et renver-
sement sont les deux fléaux les plus redoutables
pour quiconque a beaucoup à conserver; et les
(I) Quelques anciens nobles assurent que les hommes
nouveaux ne peuvent être dévoués sincèrement à l'an-
cienne dynastie. La plupart de ceux qui portent ce ju-
gement rigoureux, sont des hommes anciens qui, avant
le retour de nos princes légitimes , avaient servi avec zèle
et capacité une nouvelle dynastie. Qu'ils fassent aux
autres l'honneur de les juger d'après eux-mêmes. De nou-
veaux devoirs inspirent de nouveaux sentimens.
DU MODÉRÉ. 27
cent jours ont assez prouvé que la guerre civile et
la guerre étrangère suivraient une révolution ana-
logue au délire qui les avait provoqués.
Certains enthousiastes s'indignent mal à propos
de ne pas entendre des milliers de Français qui ont
servi, dans les carrières militaire ou civile, sous
Buonaparte , le traiter de brigand , de scélérat,
de farouche usurpateur, etc., etc. Il est une cer-
taine pudeur qui défend d'outrager l'idole qu'on
a vénérée, même lorsqu'elle n'obtient plus au-
cun hommage. D'ailleurs le caractère français
éprouve une répugnance invincible à battre un
homme après sa chute. Malgré tout le mal que
Napoléon a fait à la France, n'oublions pas
qu'il a eu l'honneur de lui commander. Il a pro-
digué nos trésors et nos soldats, et a deux fois
attiré un million d'étrangers sur le sol de la pa-
trie ; cela n'est que trop vrai : mais il y a peu de
familles dont quelque membre n'ait servi dans
son gouvernement ou sous ses drapeaux ; et par
égard pour nous-mêmes, il est sage peut-être
de ne pas trop rappeler l'odieuse tyrannie à la-
quelle nous sommes restés si long-temps asservis.
Les buonapartistes prétendus ont des biens,
des titres, des intérêts divers à conserver, aussi
bien que les meilleurs royalistes ; ils ont prouvé
qu'ils préfèrent un ordre monarchique à l'anar-
28 DICTIONNAIRE
chie révolutionnaire. Ils ont besoin du trône
pour maintenir l'un, et de principes stables pour
éloigner l'autre. Ils veulent le Roi et la Charte.
C.
CANAPÉ. — Siége de quelques hommes dont
les actions et les discours ont prouvé un égal
dévouement au Roi et aux libertés publiques. —
Refuge où les doctrines de la Charte ne sont pas
torturées par les passions.
Pour rendre une association de sages ridi-
cule , on l'a plaisantée sur son petit nombre (I).
La sagesse est-elle donc l'apanage de la multi-
tude ? Si au lieu de compter les voix , on pesait
les talens et les vertus, les services et les ar-
gumens, le parti du Canapé occuperait une
grande place sur la scène politique.
On lui reproche un langage inintelligible pour
le vulgaire ; il apporte, il est vrai, dans cer-
taines définitions, une métaphysique un peu
obscure. Mais il y a des mots dont il a bien
éclairci le sens par des exemples ; tels sont : indé-
pendance d'opinion , fidélité à tous les devoirs,
persécution pour le Roi, destitution pour la
Charte, sacrifice de ses intérêts à ses principes ,
etc., etc. (Voyez DOCTRINAIRES et MONARCHIE. )
(I) Victrix causa diis placuit, sed victa Catoni. LUCAIN.
DU MODÉRÉ. 29.
CENSURE. — Douane établie pour prévenir
l'importation de la pensée.
CENTRE DE LA NATION.—Immense ma-
jorité des Français , également ennemie des abus
de l'ancien régime et des excès de la révolution.
Le centre peut appuyer tour à tour les partis
opposés; il ne sera jamais l'esclave ni l'oppres-
seur d'aucun.
Depuis la restauration , on l'a toujours vu
voler au secours du plus faible, et l'abandonner
dès que celui-ci a voulu abuser de la force qu'on
lui avait prêtée.
Après les cent, jours, il a combattu pour les
hommes d'autrefois, qui venaient d'être horri-
blement froissés ; après l'entraînement de 1815,
il a combattu pour les hommes d'aujourd'hui,
qu'on avait traités avec trop de rigueur.
Dans les sessions de 1820 et de 1821, les der-
niers l'ont appelé à la défense des libertés pu-
bliques ; les premiers au secours de la royauté.
Il s'est trouvé, parmi ceux à qui l'on faisait ce
double appel, des convictions diverses ; le centre
s'est divisé.
Des hommes qui ont les mêmes antécédens,
les mêmes besoins et les mêmes désirs, ne res-
tent pas long-temps désunis;
30 DICTIONNAIRE
Ils se dirigent vers leur but commun, dès que
les nuages qui le cachaient sont dissipés.
( Voyez MODÉRATION.)
CENTRE DROIT. — Parti royaliste-consti-
tutionnel.
Si dans ce moment le centre droit semble
rallié à l'extrême droite , c'est que les hommes
dont il se compose , témoins des excès de la
démocratie dans nos jours d'orages , craignent
que ses amis ne favorisent quelque atteinte à
la royauté.
Ils ne se dissimulent pas qu'en combattant
avec l'extrême droite, ils compromettent leurs
propres intérêts ; mais leur premier voeu est la
royauté, parce qu'elle leur paraît la seule ga-
rantie de l'ordre et le seul boulevart contre
l'anarchie.
Leurs craintes , chimériques ou fondées, n'en
sont pas moins sincères (I).
Au commencement de nos troubles, une nom-
breuse majorité de la nation appuyait le parti dé-
mocratique, parce qu'elle était indignée des abus
de l'aristocratie. Aujourd'hui, une nombreuse
majorité appuie le parti aristocratique, parce
qu'elle, est indignée des abus de la démocratie..
(I) Voyez GRANDE PROPRIÉTÉ.
DU MODÉRÉ. 31
Les souvenirs récens ont plus d'influence sur
la volonté que les anciens souvenirs.
CENTRE GAUCHE. — Parti constitutionnel-
royaliste.
Les Français représentés par le centre gauche
ne sont pas moins serviteurs fidèles du Roi que
sincèrement attachés à la Charte. Ils s'hono-
rent d'avoir à leur tête des hommes qui ont
prouvé un égal dévouement au monarque et aux
libertés publiques.
Quelle défiance peuvent-ils donc inspirer ?
Tout ce qui n'est pas pour nous est contre
nous, s'écrient quelques personnages. En vertu
de cette maxime, on place dans la même caté-
gorie les hommes dont les antécédens sont le
plus opposés. On ti'aile de Jacobins tout ce qui
ne marche pas à la suite d'un parti dominateur.
On ne distingue plus celui qui, pendant les cent
jours, a servi le Roi à Gand, de celui qui, à la
même époque, a servi Napoléon à Paris : voilà
bien la justice des passions !
Il est des raisonneurs plus spécieux, dont voici
l'argument favori :
" Ceux qui votent avec les ennemis du trône,
» sont eux - mêmes ennemis du trône. »
Répondons d'abord que dans cette accusation,
32 DICTIONNAIRE
on pose en principe ce qui heureusement n'est
qu'une hypothèse. Le trône constitutionnel n'a
point d'ennemis en France, car tous les intérêts
peuvent fleurir sous son abri.
Supposons un moment le contraire; n'arrive-
t-il pas souvent que l'on se rencontre en quelques
points avec des hommes dont on diffère sur
d'autres ? Lorsque M. de Villèle et ses amis vo-
tèrent pour les libertés publiques avec l'extrême
gauche en 1817, étaient-ils ennemis du trône?
Tout ami de la Charte et du Roi doit se ren-
contrer avec les amis de la Charte, lorsqu'il
s'agit des intérêts constitutionnels.
« Mais , objecte-t-on, la] Charte n'est qu'un
" acccessoire de la royauté ; comment des
" royalistes l'entendraient-ils autrement que les
» amis du roi ? » Parce que ceux qui se préten-
dent exclusivement amis du Roi, ne sont pas
infaillibles. Il existe hors de leur sein d'autres
serviteurs du Roi très - fidèles et très - dévoués,
qui sont convaincus que la constitution émanée
du trône sans interprétation est la seule base sur
laquelle il soit indestructible.
De même que le centre droit craint de bonne
foi pour la royauté, le centre gauche craint de
bonne foi pour la Charte. Il a donc dû se rallier
souvent aux défenseurs du palladium national.
DU MODÉRÉ. 33
S'il y a dans l'opposition actuelle , comme on se
plaît à le supposer , quelques hommes assez in-
sensés pour désirer ou la république, ou un
changement de dynastie, il est bien affligeant
que leurs desseins hostiles soient secondés par
les hommes qui en déploreraient le plus l'exécu-
tion, et en seraient les premières victimes. Il
suit de cette fausse position du centre gauche ,
qu'un nombre immense de citoyens qui veut
son roi légitime avec les libertés publiques, s'ac-
coutume à regarder comme organes et chefs de
son opinion, les députés qui réclament ces li-
bertés avec le plus de violence. C'est ainsi qu'en
inquiétant les droits nationaux, en favorisant
les tendances qui leur sont contraires, on se
prive de l'utile appui d'une foule de défenseurs
honorables. Lorsque les constitutionnels-roya-
listes combattent le ministère , ils n'en portent
pas moins dans leurs coeurs deux sentimens très-
conciliables; l'amour de la royauté, l'amour
des immunités françaises. Ils se voient réduits à
ne pouvoir obéir au premier sans compro-
mettre le second, ni s'abandonner à celui - ci
sans paraître renoncer à celui - là.
CHAMBRE DES DÉPUTÉS. — Représenta-
tion nationale.
3
54 DICTIONNAIRE
On peut distinguer la nation entière, comme la
chambre des députés, en quatre grandes classes :
La droite,
Le centre droit,
Le centre gauche,
La gauche.
C'est - à - dire :
Les royalistes extrêmes, qui veulent la royauté,
fondée sur un système aristocratique ;
Les royalistes-constitutionnels (I) , qui veu-
lent la royauté et la Charte ; .
Les constitutionnels-royalistes (2) , qui veu-
lent la Charte et la royauté ;
Les constitutionnels extrêmes, qui veulent la
royauté, fondée sur un système démocratique.
La première et la dernière classes luttent entre
elles pour assurer le triomphe de leurs propres
intérêts : elles s'efforcent d'interpréter la Charte,
celle-ci dans le sens le plus démocratique, celle-
là dans le sens le plus aristocratique.
La troisième et la quatrième désireraient la
Charte telle qu'elle est. Après avoir long-temps
uni leurs efforts pour comprimer l'effervescence
(1) (2) Ces deux classes ont les mêmes intentions , et
forment les mêmes voeux; nous ne les distinguons ici que
pour indiquer les tendances diverses que leur impriment
des inquiétudes opposées.
DU MODÉRÉ. 35
des partis extrêmes , elles ont éprouvé, dans
les deux dernières sessions, des craintes diffé-
rentes qui les ont divisées : l'une a jugé la royauté
en péril, elle s'est ralliée à la droite ; l'autre a
cru la Charte menacée, elle s'est rapprochée de
la gauche.
Tous les partis, comme on voit, aspirent égale-
ment au maintien de la royauté et de la Charte ;
mais l'aristocratie et la démocratie ont dessein
d'exploiter la Charte , chacune à leur avantage.
( Voyez CENTRE DROIT , CENTRE GAUCHE ,
ARISTOCRATIE, DÉMOCRATIE. )
CHAMBRE DES PAIRS. —Seule aristocratie
légitime.
La chambre des pairs s'est montrée jusqu'ici
pour la nation un pouvoir bienfaisant et tu-
télaire; la nation bénit et révère l'aristocratie
légitime.
Les sentimens de respect et de reconnaissance
que le deuxième pouvoir de l'Etat a su se con-
cilier, sont bien honorables; car il ne les tient
encore que du caractère personnel de ses mem-
bres et du caractère public qu'ils ont collecti-
vement déployé. Malheureusement nos insti-
tutions n'ont pas encore attribué aux grands
personnages placés, par la Charte, au premier
36 DICTIONNAIRE
rang social, tous les élémens de force et de
crédit qu'ils doivent réunir.
La popularité, la fortune, la puissance, ob-
tiennent surtout la vénération des hommes ; les
nobles pairs ont su conquérir le premier moyen de
domination réelle par l'éclat de leurs services et de
leurs talens, et par la haute protection qu'ils ont
accordée aux franchises et aux intérêts nationaux.
La France applaudirait à toutes les attributions qui
leur assureraient immuablement les deux autres.
Les prérogatives conférées à l'aristocratie re-
connue par la constitution ne seraient point des
priviléges anti-constitutionnels ; elles ne sau-
raient être vues avec déplaisir par le peuple ; car
elles seraient établies dans l'intérêt de l'État,
et non dans celui des familles qui en jouiraient.
CHARTE CONSTITUTIONNELLE.
— Grande transaction politique. — Pacte d'al-
liance entre l'ancien et le nouveau régime.
La charte consolide celles des institutions d'au-
trefois qui sont encore compatibles avec les
moeurs de nos jours ; elle garantit les innovations
utiles et les intérêts nouveaux ; elle prévient le
retour des antiques abus et des excès récens.
La concession qui en a été faite, est un hom.
mage au pouvoir royal ; ses dispositions sont une
DU MODÉRÉ. 57
reconnaissance des droits du peuple. Elle ac-
corde toutes les prétentions, concilie tous les
voeux , satisfait à tous les besoins ; ne devrait-
elle pas réunir tous les Français ?
Malheur aux imprudens qui affectent de sé-
parer les intérêts de la Charte de ceux de la lé-
gitimité ! ils affaiblissent à la fois le pouvoir
royal et les libertés publiques. Séparer ces deux
élémens indivisibles du bonheur de la France ,
c'est les compromettre tous deux.
La légitimité n'est pas seulement nécessaire à
la stabilité du trône ; elle garantit la Charte qui
en est émanée, et qui disparaîtrait avec elle. La
Charte offre à son tour le plus ferme appui à la
légitimité, puisque cet oeuvre d'un sage couronné
n'est que la consécration du voeu national, qui ne
peut être comprimé sans produire tôt ou tard
d'effroyables convulsions,
CHOUANS ET VENDÉENS.
Voici un des griefs favoris des libéraux :
Les émigrés , les vendéens , les chouans ont
toutes les places, jouissent de toutes les dignités,
sont comblés de toutes les faveurs. Cela est maté-
riellement impossible. Le petit nombre de ceux
qui ont échappé aux désastres de la cause qu'ils
ont défendue , ne suffirait pas pour remplir le
38 DICTIONNAIRE
grand nombre d'emplois militaires, civils, admi-
nistratifs et financiers qui existent en France ; en
outre, cela est manifestement faux : on peut
s'en convaincre en ouvrant l'Almanach royal.
Supposons toutefois que la plupart des hommes
qui ont défendu l'ancien régime , soient indem-
nisés de leurs pertes et de leurs souffrances par
quelques avantages (1) ; la justice et la morale
sanctionnent ce qui semble une injustice à cer-
tains esprits. Parlons sans détour : la cause de
l'ancien régime a été celle de nos princes, de ces
princes généreux qui n'ont pas hésité un moment
à consacrer un nouveau droit public , dès qu'ils
ont été sûrs qu'il était appelé par les voeux et
Commandé par les intérêts de la majorité des
Français. Aujourd'hui que les descendans de nos
Rois sont replacés sur le trône de leurs pères ,
pourraient-ils abandonner les serviteurs fidèles
qui ont partagé leur exil et leurs infortunes !
N'oublions pas que l'ancien régime était la con-
stitution établie ; que de loyaux militaires (2)
(1) S'il était vrai qu'il existât une préférence réelle en
faveur des victimes de la révolution , ce serait une con-
séquence momentanée de circonstances extraordinaires ,
qui ne détruirait pas le principe de l'égalité des droits.
(2) Toute la noblesse française était particulièrement
vouée à la garde du trône.
DU MODÉRÉ. 39
devaient regarder comme un devoir de combattre
pour son maintien, sans raisonner sur ses imper-
fections. Il s'est trouvé des hommes qui, au lieu
de se jeter dans les discussions politiques, ont
défendu ce qui existait, c'est-à-dire , la reli-
gion (1), la monarchie , l'ordre social. Vous qui
les décriez , pourquoi vous sont - ils odieux ?
Ils ont porté les armes contre, la France, dites-
vous ! O ciel ! la France de Marat et de Robes-
pierre était-elle donc la véritable France ? Le dé-
sordre , l'anarchie , l'athéisme levaient une tête
altière. Pouvait-on regarder leur règne coupable
comme un gouvernement légitime ? N'était-il
pas permis de croire , avec bonne foi, que, l'on
travaillait au bonheur de la France en combat-
tant pour la contre-révolution? Combien de Fran-
çais de l'intérieur, opprimés, prisonniers, traînés
à l'échafaud, aspiraient aussi à la contre-révolu-
tion !
Qu'on me permette une comparaison : suppo-
sons que Buonaparte, à son retour de l'île l'Elbe ,
(1) Aujourd'hui que nos autels sont dépuis long-temps
relevés , on ne peut se faire une juste' idée du désespoir
que jeta dans toutes les âmes vertueuses la destruction
du culte de nos pères. Les vendéens se battaient pour
conserver une religion à la France , c'est-à-dire , pour y
maintenir le premier fondement de toute société.
40 DICTIONNAIRE
se fût maintenu sur le trône, et que les amis de
la liberté eussent réussi à enchaîner son bras de
fer dans les liens d'une constitution libérale. Quel
qu'eut été le gouvernement dont il serait de-
venu le chef, libéraux, soyez francs , et répon-
dez : auriez-vous trouvé mauvais qu'il élevât le
général Bertrand à la dignité de maréchal de
France ? Non , votre conscience le proclame.
Pourquoi donc pensez-vous autrement lorsqu'il
s'agit des compagnons d'exil de nos princes ?
Cette différence tient à un sentiment que je
m'abstiens de définir ; surmontez-le : vous trou-
verez que le Roi montre bien de la modération
en n'accordant qu'à un seul de ses vieux amis , le
bâton de. maréchal. Supposons même ( pour
vous concéder tout ) que le Roi, en obéissant à
l'impulsion de son coeur, blessât une sorte d'en-
gagement tacite qu'il aurait pris, selon vous ,
de ne protéger que les hommes et les choses de
la révolution ( engagement qui violerait les art.
1 , 3 et II de la Charte ) , serait-ce là un motif
d'animadversion contre les chouans, les ven-
déens et les émigrés ? Quand on a long-temps
suivi une bannière malheureuse , quand on a
souffert les désastres d'un parti, n'a-t-on pas
le droit d'être admis à ses avantages, s'il voit
luire des jours plus heureux ? N'y a-t-il pas dans
DU MODÉRÉ. 41
le coeur de l'homme un instinct de justice et de
morale qui lui dit : « Tu dois participer au bon-
heur de ceux dont tu as partagé la disgrâce ? » Si
vous aviez montré un dévouement sans bornes à
un monarque dans ses infortunes, seriez-vous
blâmable pour accepter de lui quelques faveurs
dans sa prospérité ? Prononcez.
(Voyez ÉMIGRÉS.)
CIVILISATION. — Agrandissement de la
raison humaine. — Progrès des lumières qui
amène, chez les peuples, la réforme et l'amé-
lioration des institutions.
La France, qui revendique l'honneur d'avoir
proclamé, la première, les principales conquêtes
de la civilisation moderne , ne saurait en être
déshéritée.
La Charte constitutionnelle que nous devons
à la sagesse royale, a consacré, comme principes
de notre nouveau droit public :
La représentation nationale , art. 15.
L'égalité devant la loi, art. I.
L'égale répartition des charges de l'État, art. 2.
L'égale admissibilité aux emplois civils et mi-
litaires , art. 3.
La liberté des cultes, art. 5.
42 DICTIONNAIRE
La liberté individuelle, art. 4.
La liberté de la presse , art. 8. (1)
L'inviolabilité des propriétés , art. 9.
L'inviolabilité du monarque , art. 13.
La responsabilité des ministres , ibid.
Le droit de pétition, art 53.
L'institution du jury, art; 65.
Le retour de la barbarie pourrait seul nous en-
lever ces bienfaits de la civilisation.
( Voyez CONQUÊTES. )
CLASSES MOYENNES. — Sève nationale.
— Propriétaires qui fécondent par le travail un
patrimoine modeste. — Négocians dont l'exis-
tence repose sur une industrie utile. — Citoyens
éclairés et laborieux qui exercent les professions
et les arts nécessaires à la vie sociale.
Est-il un seul de ces hommes qui n'ait le be-
soin et le désir de voir fleurir l'agriculture , le
commerce, les bonnes lois? Ne sont-ils pas tous
intéressés à choisir des députés capables de con-
server ou d'obtenir ces fondemens de la prospé-
rité publique ?
(I) A Dieu ne plaise que nous ayons dessein d'attaquer
les lois qui modifient ces principes! Ce sont des lois de
l'État : tout citoyen doit s'y soumettre ; mais elles ne
détruisent pas les principes dont les circonstances ont fait
suspendre l'application.
DU MODÉRÉ. 43
Quelle est donc la cause dés défiances qu'un
parti puissant a, propagées contre les classes
moyennes ? Ces classes ont employé les voies
constitutionnelles qui étaient en leur pouvoir,
pour s'opposer aux envahissemens d'une aristo-
cratie menaçante : Inde iroe. Peut-être n'ont-elles
agi ainsi que dans l'intérêt de la royauté, qui
depuis Philippe-le-Bel a trouvé si souvent dans
le tiers-état ses plus fidèles alliés. L'ordonnance
du 5 septembre était un appel au peuple ; il n'est
jamais, sourd à la voix de son roi. Supposons que,
sur quelques points de la France, il ait été mû
par ses intérêts personnels ; est-il bien facile à ce
peuple, qui depuis trente ans a vu sortir de' son
sein des capitaines , des magistrats, des législa-
teurs, des monarques même, auxquels l'Europe
a reconnu quelque talent, de ne point repousser
de tous ses efforts l'ilotisme politique ?
CLERGÉ ANCIEN. — Corps des ecclésias-
tiques , qui formait le premier ordre du royaume
dans l'ancienne monarchie française. — Succes-
seurs des apôtres zélés et des pieux cénobites
auxquels la France doit les bienfaits du christia-
nisme, le défrichement d'une partie de ses landes,
et la conservation des connaissances humaines
pendant le règne de la barbarie.
44 DICTIONNAIRE
Un grand relâchement s'était glissé, sans doute,
dans la discipline de l'ancien clergé français;
mais il n'a que trop cruellement expié la part
qu'il peut avoir prise aux abus qui ont provoqué
la révolution. La plupart de ses membres ont
été moissonnés par la faux révolutionnaire, ou
ont succombé dans l'exil. Quelques vieillards
vénérables, échappés, par miracle, à la plus san-
glante des persécutions, survivent encore parmi
nous. Peuvent-ils se défendre de souvenirs dou-
loureux, peuvent-ils . oublier que les premiers
résultats de notre régénération politique furent,
pour les membres du clergé , une ruine com-
plète, la proscription et la mort (I) ?
Ils ont pardonné à leurs persécuteurs; ils n'ont
reparu au pied de nos autels que pour appe-
(I) La violence morale qu'on a voulu imposer au cler-
gé, en exigeant de lui un serment que réprouvait sa cons-
cience , suffirait seule pour le justifier de ne pas aimer la
révolution. En outre, le clergé étant un des ordres poli-
tiques de l'Etat , devait défendre une constitution qui
lui était en partie confiée. Les motifs qui rendent les
membres de la noblesse excusables d'avoir témoigné de
l'aversion pour les choses et pour les hommes de la révo-
lution, justifient aussi de ce sentiment les membres du
clergé. Lisez l'article Emigrés, comme complément de
celui-ci.

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