Harangues d'Eschine et de Démosthène sur la Couronne , traduites par P.-A. Plougoulm,...

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L. Hachette (Paris). 1834. In-8°.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1834
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HARANGUES
D'ESCHINE
ET
DE DÉMOSTHÈNE
SUR LA COURONNE.
1MRPIMERIE DE E. DUVERGER
Jill" DE YBJlXIUlL. II' 4.
HARANGUES
D'ESCHINE
ET
DE DÉMOSTHÈNE
SUR LA COURONNE,
TRADUITES
PAR P.-A. PLOfJGOULIU,
AVOCAT.
PARIS.
LIBRAIRIE DE L. HACHETTE,
ANCIEN ÉLÈVE DE L'ÉCOLE NORMALE,
rue Pierre-Smraziu , UO 12.
MDCCCXXXl V
« Le discours de Démosthène sur la cou-
ronne réalise cet idéal qui est dans nos ames;
on ne peut souhaiter une plus grande élo-
quence. » C'est ainsi que parle Cicéron, et
quand on songe à ce que devait être l'idéal
de l'éloquence dans un génie que la nature
et l'art avaient porté si haut, on est curieux
de connaître l'œuvre qui a mérité cette
louange extraordinaire et satisfait un tel
juge.
Si, par un long travail, il m'a été donné
d'approcher quelquefois de l'inimitable sim-
plicité du modèle, si je n'ai pas eu le mal-
heur d'éteindre tout-à-fait ce parler plein de
magnanimité, tenant du haut et du grand S
(i) Plut., trad. d'Amyot,
vr
que de beautés seront révélées à ceux qui
ne peuvent admirer l'original!
Je n'entreprends pas de louer Démos-
thène; que pourrais-je dire qui n'ait été
bien dit1? Le peintre qui copie ne vante pas
son modèle, il s'applique à le rendre; la fi-
délité du travail témoigne de son admira-
tion. Qu'il me soit seulement permis de
citer quelques paroles d'un de mes amis;
elles m'ont paru remarquables. Après lui
avoir lu les deux harangues, je l'ai prié
de m'en dire son avis. « La première partie
du discours d'Eschine, m'a-t-il dit, est une
discussion de droit vive et pressante; c'est
(1) Voy. Cicéron, Quintilien, Longin, Fénélon, La Harpe.
- M. Villemain a donné dans la Biographie universelle l'ar-
ticle Démosthène. On y trouve, comme dans tous ses écrits
de ce genre, cette critique qui voit de haut, qui pèse avec
justesse et exprime les jugemens les plus sûrs avec une préci-
sion, une élégance admirables. M. Villemain est sans contre-
dit le premier critique de notre époque.
M. Boullée, ancien magistrat, vient de publier une Vie de
Démosthène ; c'est un ouvrage très estimable.
VIl
un bon plaidoyer. La seconde, où il attaque
la politique de Démosthène, me paraît bril-
lante, véhémente, quelquefois même pathé-
tique; et pourtant, malgré cet éclat, cet
appareil d'éloquence, je ne suis pas ému.
L'orateur ne m'entraîne pas, ne se fait pas
oublier. C'est qu'une chose essentielle lui
manque, la bonne foi. Eschine était de ceux
que Philippe avait gagnés, qui le servaient
et parlaient pour lui dans Athènes; Démos-
thène, au contraire, lutta pendant quinze
ans contre Philippe pour la liberté de la
Grèce; l'un trahit sa patrie, l'autre la défen-
dit en bon citoyen. Au jour du combat, la
différence se marque. L'un, tout grand ora-
teur qu'il est, ressent une terreur qu'il ne
peut cacher; l'autre se présente avec fermeté,
fort de sa conduite plus encore que de son
éloquence. La conscience d'Eschine le trou-
ble, embarrasse et refroidit son talent; celle
de Démosthène l'échauffé, l'élève, le porte
VIII
au-delà des limites de son talent même.
Tant il est vrai que l'orateur n'est puissant
que par sa conviction, et que pour qu'il ait
empire sur les hommes, il faut que la voix
qu'il leur fait entendre s'accorde toujours
avec cette voix intérieure qu'il entend seul !
—Et la harangue de Démosthène, qu'en
pensez-vous? Je vous ai vu plus d'une fois
ému en l'écoutant.—Oui, j'ai ressenti une
émotion profonde, mais il me serait difficile
d'en rendre compte. Un souvenir qui me
revient en ce moment vous en donnera une
idée assez fidèle. Quand nous possédions les
deux chefs-d'œuvre de la sculpture grecque,
le Laocoon et l'Apollon du Belvédère, sou-
vent je me suis oublié des heures entières à
les contempler, à me pénétrer de leurs beau-
tés infinies. Mon ame s'élevait, se dégageait
à la vue de cette perfection qui la rendait
heureuse. J'éprouve ici quelque chose de
pareil; c'est la même admiration qui me
IX
transporte et m'attendrit. Je veux relire cette
belle harangue et la relire encore; c'est tout
ce que je peux dire, comme je disais en quit-
tant mes deux statues : Je viendrai vous re-
voir! »
Ces paroles, qui ne s'adressaient qu'au
modèle apparaissant à travers ma faible co-
pie , m'ont paru justes et belles; on me par-
donnera peut-être de les avoir rapportées.
Je ne mets pas ici de ces analyses prélimi-
naires qui ne font que décolorer l'ouvrage
et émousser le plaisir de la surprise. Je rap-
pellerai seulement en quelques mots les cir-
constances qui amenèrent cette lutte fa-
meuse.
Après la bataille de Chéronée, où finit v,
l'indépendance de la Grèce, Athènes fit ré-
parer ses murailles, comme si elle eût eu
encore sa liberté à garder! Démosthène fut
chargé du soin de cette réparation; présider
à un ouvrage public était toujours une fonc-
x
tion importante. L'argent qu'il avait reçu
de la ville ne suffisant pas, il fournit de ses
deniers, et une somme assez forte. Un ci-
toyen, nommé Ctésiphon, proposa par un
décret de lui décerner une couronne d'or
pour cette libéralité envers la patrie mal-
heureuse , et surtout pour l'affection qu'il
avait toujours portée au peuple. Une cou-
ronne d'or était une grande récompense,
comme l'érection d'une statue et l'entretien
au Prytanée. Le sénat approuva ce décret
sans craindre d'irriter Philippe en couron-
nant son ennemi; action noble, imitée plus
tard par les juges qui condamnèrent Es-
chine. Il y avait chez ce peuple athénien
un fonds de générosité, de courage, un
certain point d'honneur; Philippe le sen-
tait: aussi craignit-il toujours de l'irriter,
de le pousser au désespoir; il le caressait
après l'avoir vaincu, il le tenait sous sa main
sans la lui faire sentir.
x 1
Démosthène voulait conserver à sa patrie
un gouvernement libre; mais il ne s'abu-
sait pas sur l'inégalité de la lutte qu'il sou-
tenait contre Philippe. Ne pouvant sauver
son pays qui n'était plus digne de la liberté,
il résolut d'en retarder l'asservissement, ré-
sultat glorieux qu'il obtint par la seule force
de la parole contre un roi puissant par son
génie, par son armée, par la vénalité des
Grecs. Dans toute sa carrière politique, il
voulut constamment une même chose, une
chose grande et belle. Un homme de carac-
tère est encore plus rare qu'un homme de
génie : Démosthène fut l'un et l'autre.
Philippe s'était fait par son or de nom-
breux partisans dans Athènes. Eschine l'a-
vait d'abord combattu , mais envoyé près de
lui en ambassade, il ne put résister aux sé-
ductions ordinaires du prince, et travailla
dès lors avec d'autres orateurs à lui livrer le
commandement des Grecs. Cette politique,
XII
qui n'était au fond que de la trahison , don-
nait pour excuse la nécessité de réunir sous
un seul chef la Grèce épuisée par ses divisions
intestines. Mais la Grèce asservie, que de-
vient-elle? un instrument de conquête; elle
ne vit plus pour elle, ou plutôt elle a cessé
d'être, en cessant d'être libre. Dès lors la
question est jugée.
Le décret de Ctésiphon exaltant les ser-
vices de Démosthène devait irriter le parti
macédonien. En couronnant l'implacable
ennemi de Philippe, le peuple protestait
contre la domination étrangère, et réprou-
vait ceux qui l'avaient aidée. De là cette
accusation d'Eschine, cette lutte terrible des
-.,
deux rivaux ; de là aussi les deux chefs-d'oeu-
vre dont la postérité s'est enrichie.
L'accusation déposée dans les mains de
l'archonte, Eschine ne la suivit pas; il
voyait Démosthène, malgré le mauvais suc-
cès de ses conseils, toujours aimé et honoré du
XIII
peuple; il garda le silence pendant huit ans.
Durant ce temps, de grands événemens
s'accomplissent; mais le destin de la Grèce
ne change pas ; il demeure fixé par une seule
bataille. Ce corps composé de membres si
divers, reste abattu sous un seul coup qui .-
pourtant n'avait atteint qu'une partie ; tant il
était usé, chancelant, corrompu!
A la mort inattendue de Philippe, Dé-
mosthène qui ne désespère jamais, essaie
encore une fois de ranimer la Grèce. Les
peuples resteront-ils esclaves sous un enfant!
Quelques-uns répondent à sa voix, entre
autres les Xhébains qui chassent la garnison
macédonienne.
Que la renommée est chose vaine et capri-
cieuse pour les nations comme pour les indi-
vidus! Combien de fois n'a-t-on pas répété
que la gloire de Thèbes était née, était morte
avec Epaminondas? Cependant ce sont les
Thébains que nous voyons à Chéronée parta-
XIV
ger avec les Athéniens une glorieuse défaite;
ce sont eux qui les premiers secouent le joug
d'Alexandre. Et qu'en arrive-t-il ? Thèbes est
détruite, elle disparaît de la Grèce, comme
dit Eschine! Les Athéniens recueillent ce
peuple infortuné pour qui l'histoire elle-
même n'a pas été juste!
Alexandre irrité ordonne aux Athéniens
de lui livrer plusieurs de leurs orateurs, et
surtout Démosthène. Les conquérans ont de
tout temps détesté cette puissance de la parole
qui réveille les ames et les rappelle à leur
propre dignité. Mais les colères d'Alexandre
ne duraient pas; sa grande ame revenait
promptement. Il se réconcilia si bien avec les
Athéniens qu'il les chargea de maintenir les
peuples de la Grèce en repos, durant son ab-
sence. En effet il allait accomplir cette con-
quête que Philippe lui avait laissée toute pré-
parée ; il allait en Asie pour y répandre la
Grèce, selon la belle pensée de Plutarque.
xNi
M L'empire de Darius est détruit. Les Lacé-
démoniens, qui ne s'étaien t pas relevés depuis
leur désastre à Leuctres, essaient une guerre
dans le Péloponèse ; ils sont défaits par Aiiti-
pater. Le parti macédonien domine dans
Athènes.
C'est alors qu'Eschine réveille son accusa-
tion ; elle est portée devant un tribunal com-
posé d'un grand nombre de juges. Le con-
cours des Grecs est immense ; ils se pressent
autour de l'enceinte où les orateurs vont être
entendus. Tous deux s'avancent au milieu
de leurs partisans, l'un avec cet air brillant
et animé, image de son éloquence; l'autre
avec cette figure austère et recueillie, que les
veilles, les chagrins et l'âge 1 ont sillonnée.
Bientôt après, au milieu d'un profond si-
lence, la scène s'ouvre, et en ce jour furent
entendues les choses qui jamais aient le plus
fait honneur à la parole humaine.
(i) Démosthène avait alors plus de cinquante ans.
X V1
Il y avait six ans que la liberté de la Grèce
était perdue ; Démosthène rappela ses ser-
vices et tout ce qu'il avait fait contre Phi-
lippe avec la même assurance que si Athènes
eût été victorieuse. Ce fut la dernière fois
qu'il parla sur les destinées de la Grèce, la
dernière fois aussi qu'on entendit dans Athè-
nes une voix éloquente et libre. Ainsi, à tous
les caractères de grandeur que porte cette
œuvre immortelle, se joint encore la solen-
nité toujours attachée aux grandes choses
qui finissent!
1
HARANGUE
D'ESCHINE.
Athéniens, vous avez vu les brigues de certains
hommes dans la place publique, leurs préparatifs
de guerre, leur armée en bataille; que veulent-ils?
abolir nos règles et nos usages. Pour moi, je me
présente, me confiant d'abord aux dieux, puis
aux lois et à vous, et persuadé qu'auprès de vous
l'intrigue n'est pas plus puissante que les lois et la
justice.
Je voudrais, Athéniens, que le conseil des Cinq-
2 HARANGUE
cents1, que les assemblées du peuple fussent sa-
gement gouvernés par ceux qui les président, et
que les lois établies par Solon sur la discipline
des orateurs, reprissent toute leur force. On ver-
rait alors, comme ces lois l'ordonnent, le plus âgé
des citoyens2 monter le premier à la tribune, et
sans bruit, sans tumulte, conseiller à la ville ce
que, dans son expérience, il jugerait le plus utile.
Les autres viendraient ensuite, à leur tour et selon
leur âge, donner librement leur avis. Ainsi la
république serait bien gouvernée, et les accusa-
tions très rares. Mais ces règles, autrefois recon-
nues sages, sont aujourd'hui détruites. Les uns
vous proposent sans pudeur des décrets con-
traires aux lois; d'autres appelés à présider, non
par le sort, comme il serait juste, mais par Fin
trigue, font passer ces décrets iniques. Si quelque
magistrat légitimement élu veut présider avec jus-
(i) Le sénat.—«Tous les ans, les tribus s'assemblent séparé-
ment pour former un sénat composé de cinq cents députés,
qui doivent être âgés au moins de trente ans. Chacune d'entre
elles en présente cinquante; ils sont tirés au sort. » (royage
d' Anach.)
(a) « C'est ce qui maintient et conserve les villes et états en
leur entier, quand les conseils des vieux et les prouesses des
4
jeulleS"y ont les premiers lieux. » (Plutarque.)
D'ESCHINE. 3
tice, et déclarer fidèlement vos suffrages, ils le me-
nacent de l'accuser devant le peuple, comme si le
gouvernement de la chose publique n'appartenait
plus à tous, mais à eux seuls : ils traitent les ci-
toyens en esclaves, ils s'érigent en maîtres, brisant
les formes judiciaires établies par les lois, et fai-
sant servir vos décrets à leurs violences. Aussi l'on
n'entend plus chez nous cette belle et sage pro-
clamation : Quel est celui qui veut monter à la
tribune, d'abord parmi les citoyens au-dessus de
cinquante ans, puis parmi les autres Athéniens,
selon leur âge? Ni les lois, ni les prytanes, ni les
proèdres 4, ni la tribu qui a la préséance, et qui
compose la dixième partie de la ville2, ne sauraient
plus contenir la licence des orateurs.
Dans un tel état de choses, au milieu de ces dés-
ordres que vous reconnaissez vous-mêmes, il ne
vous reste plus, ou je me trompe, qu'un seul
débris de pouvoir, c'est le droit d'accuser les
(i) Présidens des assemblées.
(2) ,(Chacune des tribus avait à son tour la prééminence sur
les autres. Cette prééminence se décidait par le sort, et le
temps en était borné à trente-six jours pour les quatre pre-
mières classes, à trente-cinq pour les autres. Celle qui est à
la tête des autres s'appelle la classe des prytanes. » (Voyage
d'Anach. )
fi HARANGUE
infracteurs des lois. Si vous renoncez à ce droit, ou -
si vous souffrez qu'on vous l'enlève, je vous pré-
dis que bientôt vous aurez livré l'état aux mains
de quelques hommes. Vous le savez, Athéniens,
tous les peuples reconnaissent trois sortes de gou-
vernemens, la monarchie, l'oligarchie, la démo-
cratie. Les deux premières sont régies par la vo-
lonté des chefs; la démocratie, par les lois qu'elle
se donne. Sachez donc et persuadez-vous bien,
que lorsque vous entrez au tribunal pour juger une
infraction de la loi, vous allez en même temps pro-
noncer sur votre propre liberté. Aussi le législa-
teur 1 a-t-il écrit d'abord dans le serment des juges:
Je jugerai selon les lois. Il savait que là où les lois
sont respectées, le pouvoir du peuple est en sû-
reté. Que cette pensée vous soit toujours présente,
et détestez ces hommes qui violent les lois par
leurs décrets: ne voyez jamais là une faute légère,
mais toujours un grand crime; ne vous laissez
pas enlever le droit de le punir. Repoussez et les
sollicitations de ces généraux ligués depuis long-
temps avec certains orateurs pour la ruine de
l'état, et les prières de ces étrangers qui viennent
devant vous, intercéder pour des prévaricateurs,
(i) Solon, le législateur par excellence.
D'ESCHINE. 5
et les enlever aux tribunaux. Comme chacun de
vous, Athéniens, aurait honte d'abandonner son
poste dans le combat, de même aujourd'hui ayez
honte d'abandonner le poste qui vous est assigne
par les lois; elles vous constituent en ce jour gar-
diens du pouvoir populaire. Ce qu'il ne faut pas
oublier non plus, c'est que tous les citoyens, ceux
qui assistent à ce jugement, comme ceux que leurs
affaires retiennent ailleurs, ont remis cette ville en
vos mains, et vous ont confié sa liberté. Songez,
Athéniens, au respect que vous leur devez; sou-
venez-vous de votre serment, souvenez-vous des
lois, et si je convaincs Ctésiphon d'avoir proposé
un décret qui les viole, un décret plein de men-
songes, nuisible à l'état, abrogez ce décret ini-
que, affermissez dans notre ville le gouvernement
populaire, et punissez ces ennemis des lois, qui
sont aussi les vôtres et ceux de tout l'état. Si vous
m'écoutez dans cet esprit, j'ai l'assurance que vos
suffrages seront équitables, conformes à votre
serment, utiles à tous.
Je crois en avoir assez dit sur le dessein gé-
néral de cette accusation; je vais maintenant par-
ler en peu de mots des lois sur les comptables,
lois que Ctésiphon a violées par son décret. Dans
ces derniers temps, on a vu des citoyens revêtus
6 HARANGUE
des plus grandes charges, administrant les de-
niers publics, commettre d'insignes prévarica-
tions ; puis appeler à leur secours des orateurs
du sénat et du peuple1, et long-temps avant de
rendre leurs comptes, se faire décerner des éloges
et des proclamations. De là, quand ces comptes
étaient rendus, un grand embarras pour les ac-
cusateurs, et surtout pour les juges. La plupart
des comptables, convaincus de fraude, surpris
même en flagrant délit, échappaient néanmoins
aux tribunaux, et cela devait être: se pouvait-il
qu'un homme proclamé dans les fêtes publiques,
couronné par le peuple pour son désintéresse-
ment et sa justice, fût, dans la même ville, dans la
même année, flétri comme coupable de concus-
sion ? Les juges auraient eu honte de donner un
tel spectacle : ils étaient donc forcés de juger, non
selon le crime, mais selon l'honneur du peuple.
Frappé de cet abus, un magistrat fit une loi fort
sage, qui défend expressément de couronner un
comptable. Malgré cette prévoyance, on a ima-
(i) , Les orateurs de l'état. C'étaient dix citoyens distingués
par leurs talens, et spécialement chargés de défendre les in-
térêts de la patrie dans les assemblées du sénat et du peuple. )
(Voy. d'Anach.)
D'ESCHINE. 7
giné des paroles plus puissantes que les lois, et
si vous n'étiez avertis, vous pourriez vous y laisser
tromper. Parmi ceux qui veulent couronner les
comptables contrairement aux lois, il en est de
modérés, si toutefois on peut l'être dès qu'on en-
freint les lois. Du moins ils voilent leur honte, en
ajoutant ces mots : on couronnera le comptable
après qu'il aura rendu ses comptes. Le mal, il est
vrai, est toujours le même; car les éloges et les
couronnes précèdent encore les comptes ; mais
l'auteur d'un pareil décret montre du moins que,
s'il enfreint la loi, il rougit de sa faute. Ctésiphon
néglige ces précautions, il saute par-dessus la loi;
c'est Démosthène comptable, Démosthène dans
l'exercice de sa charge, qu'il veut couronner!
Il est un autre subterfuge qu'ils ne manqueront
pas d'employer. Ils vous diront : l'emploi qu'une
tribu confère par un décret, n'est pas une charge,
c'est une commission: quant aux charges propre-
ment dites, les thesmothètes1 les tirent au sort
dans le temple de Thésée, ou bien le peuple les
donne par suffrages dans des assemblées tenues
(i) « Les trois premiers archontes ont chacun en particu-
lier un tribunal. Les six derniers , nommés thesmothètes, ne
forment qu'une seule et même juridiction. « (Var. d'Anach.)
8 HARANGUE
exprès, par exemple, le commandement de l'in-
fanterie et de la cavalerie, et autres semblables : le
reste n'est que commission, et s'accorde par dé-
cret1. A leurs discours j'oppose votre loi; vous
l'avez faite précisément pour détruire de telles
subtilités. Il y est écrit en termes exprès : Ceux
qui reçoivent une charge par les suffrages du
peuple (le législateur les comprend toutes sous
un seul mot; il appelle charges tous les emplois
conférés par le peuple) ; tous les préposés à des
ouvrages publics (Démosthène était préposé à la
réparation des murs, le plus considérable des
ouvrages publics ) ; ceux qui ont le maniement
de quelques deniers publics pendant plus de
trente jours; ceux qui président à un tribunal
(tout citoyen préposé à un ouvrage public pré-
side à un tribunal); que leur ordonne la loi? de
remplir, non leur commission, mais leur charge,
après avoir subi un examen devant les juges. Les
magistrats, même nommés au sort, n'en sont pas
(i) cc Nous appelons "Pxa les magistrats que leur ministère
met en droit de prononcer des jugemens, et, ce qui les carac-
térise plus particulièrement, de donner, d'expédier des ordres.
Nous appelons £ 7rtp.s).>jT«? ;¡:ai ETrtdTKTKf, les inspecteurs, ou
s'il est permis de parler ainsi, les curateurs à qui leurs fonc-
tions n'acquièrent point un pareil droit. » (Arist. Polit.)
D'ESCHINE. 9
exempts; ils n'entrent en charge qu'après cet
examen. La loi leur ordonne, comme à tous les
autres, de présenter leurs comptes au greffier et
aux juges établis pour les vérifier. On va vous lire
les lois qui prouvent ce que j'avance.
Lois.
Lors donc qu'ils appelleront commission ce que
le législateur appelle charge, vous devrez leur
rappeler cette loi, l'opposer à leur audace, et mon-
trer que vous n'accueillez point un dangereux so-
phiste qui croit avec des mots renverser les lois ;
mais que mieux il parle pour soutenir un décret
illégal, plus il encourt votre colère. Car il faut,
Athéniens, que l'orateur parle comme la loi; si
son langage est différent, vous devez donner vos
suffrages plutôt à la justice de la loi, qu'à l'impu-
dence de l'orateur.
Démosthène m'opposera une raison invincible,
du moins c'est ainsi qu'il l'appelle ; je veux en
dire quelques mots. « Il est vrai, dira-t-il, j'ai été
« chargé de la réparation des murs ; mais j'ai donné
« à la ville cent mines de mon propre argent, et
« j'ai exécuté un ouvrage plus parfait. De quoi
10 HARANGUE
« suis-je comptable, à moins qu'on ne le soit d'une
« libéralité ? »
A ce raisonnement, voici ma réponse ; écoutez-la,
je la crois juste et utile. Dans une ville aussi éten-
due, aussi ancienne que la nôtre, nul n'est exempt
de rendre compte de tous ceux qui, de façon quel-
conque, touchent à la chose publique. Je vais le
montrer par des exemples dont vous serez sans
doute étonnés. Les prêtres et les prêtresses, qui ne
font que recevoir vos dons et offrir pour vous
des prières aux dieux, la loi les déclare compta-
bles, non pas chacun en particulier, mais les
familles en corps, comme les Eumolpides, les Ce-
ryces 1 et tous les autres. Il en est de même des
triérarques2, et pourtant ils ne manient pas les de-
niers publics; ils ne font pas comme ces gens qui
reçoivent beaucoup de votre argent, en emploient
(i) Familles sacerdotales, ainsi nommées parce qu'elles des-
cendaient d'Eumolpe et de Ceryx, qui avaient institué les mys-
tères de Cérès à Eleusis.
(2) «C'est ainsi qu'on appelait les capitaines de vaisseaux; on
en nommait deux pour chaque galère ; ils servaient six mois
chacun. Mais il s'agit ici des citoyens obligés d'armer des ga-
lères à leurs dépens, pour le service de la république. » ( Yoy.
d'Anach.)
D'ESCHINE. 1 1
fort peu, et qui viennent ensuite se vanter de
vous donner du leur, quand ils ne font que
vous rendre le vôtre; mais ces hommes, de l'aveu
de tous, sacrifient leur patrimoine à l'ardeur de
vous servir. Et non-seulement les triérarques,
mais nos compagnies les plus considérables su-
bissent l'examen des tribunaux. D'abord la loi
ordonne au sénat de l'Aréopage 1 de rendre ses
comptes. Ce conseil redoutable, juge souverain
des plus grandes affaires, la loi le soumet à vos
suffrages. Les membres de l'Aréopage ne seront
donc jamais couronnés2? Non, leur institution
s'y oppose. Ils ne sont donc pas sensibles à la
gloire ? Très sensibles, au contraire. Il ne leur
suffit pas de s'interdire l'injustice; la moindre
faute, parmi eux, ils la punissent avec rigueur3 :
(i) « Il ne faut pas confondre ce qu'on appelait le sénat à
Athènes, qui était un corps qui changeait tous les trois mois,
avec l'Aréopage dont les membres étaient établis pour la
vie, comme des modèles perpétuels. » (Montesquieu, Esprit
des lois. )
(2) Nommés à vie; ils étaient toujours en charge et tou-
jours comptables.
(3) « On est étonné de la punition de cet aréopagite qui
avait tué un moineau qui, poursuivi par un épervier, s'était
réfugié dans son sein, Qu'on fasse attention qu'il ne s'agit
12 HARANGUE
vos orateurs sont loin de cette austérité ! En-
fin, le sénat des Cinq-cents est comptable éga-
lement; c'est encore le législateur qui l'a voulu,
et il se défie tellement de ceux qui n'ont pas
rendu leurs comptes, que dès le début des lois,
il dit: Le magistrat comptable ne s'absentera pas.
Quoi! direz-vous, parce que j'ai été en charge, je
ne m'absenterai pas? Non, de peur que vous ne
preniez la fuite, emportant les deniers de la ville,
ou après avoir mal géré ses affaires. En outre,
il est défendu au comptable de consacrer ses
biens, de faire des offrandes aux dieux, de passer
par adoption dans une autre famille, de disposer
de sa fortune par testament, et autres choses pa",
reilles. En un mot, le législateur saisit, comme son
gage, tout ce que possèdent les comptables, jus-
qu'à ce qu'ils aient satisfait à la république. A la
bonne heure, me dira-t-on; mais il est tel homme
qui n'a rien reçu, rien dépensé des deniers pu-
blics , et qui néanmoins a pris quelque part à
l'administration de l'état. Eh bien! celui-là même
est obligé de se présenter devant les juges et d'ap-
point là d'une condamnation pour crime, mais d'un juge-
ment de mœurs , dans une république fondée sur les mœurs. »
(Montesq.)
D'ESCHINE. 13
porter ses comptes. — Mais de quoi rendra-t-il
compte, puisqu'il n'a rien reçu, rien dépensé?-
La loi répond: il écrira cela même, qu'il n'a rien
reçu, rien dépensé. Ainsi, de tout ce qui se fait
pour la chose publique, il n'est rien qui ne doive
être examiné, recherché, discuté. Comme preuve
de ce que je dis, écoutez les lois.
Lois.
Lors donc que Démosthène vous dira, d'un air
triomphant, qu'il n'est pas comptable de ses libé-
ralités, répondez-lui : Démosthène, ne devais-tu
pas laisser faire, par le héraut des comptes, cette
proclamation conforme à nos lois et aux usages
de nos ancêtres: Qui veut se porter accusateur?
Laisse à tout citoyen le droit de les discuter, tes
libéralités; qu'il soit libre à chacun de montrer
que tu n'as rien donné; au contraire, beaucoup
reçu, et dépensé fort peu; car ce n'est pas moins
de dix talens que tu as reçus ! Ne cherche point à
emporter les honneurs; n'arrache pas les suffrages
de la main des juges; ne marche pas avant les
lois, mais suis-les; car c'est l'obéissance aux lois
qui maintient le gouvernement populaire.
C'en est assez, je pense, sur leurs subtilités. Et
l4 HARANGUE
maintenant, que Démosthène était comptable lors-
que Ctésiphon proposa son décret; qu'il prési-
dait à la fois à la réparation des murs et aux
dépenses du théâtre, et qu'il ne vous a rendu
compte ni de l'une ni de l'autre charge, c'est ce
que je vais vous montrer par les registres publics.
Greffier, dites-moi sous quel archonte, quel mois,
quel jour, dans quelle assemblée Démosthène a
été préposé à l'administration des deniers du
théâtre.
Dates.
Quand je ne prouverais rien de plus, Ctésiphon
serait justement condamné; car il est convaincu,
non par moi, mais par les registres publics. Autre-
fois, Athéniens, la ville avait un contrôleur qu'elle
choisissait à chaque prytanie1, et qui lui ren-
dait compte des deniers publics. Par la confiance
que vous eûtes en Eubule, vous réunîtes plusieurs
charges en sa personne. Cet exemple prévalut
jusqu'à la loi d'Hégémon. C'est ainsi que les ad-
ministrateurs des deniers du théâtre furent en
(i) Trente-cinq jours, temps durant lequel la classe des
prytanes était en exercice.
D'ESCHINE. I 5
même temps contrôleurs, receveurs, intendans
des ports, réparateurs des chemins, en un mot ad-
ministrateurs de presque toute la chose publique.
Je n'entends blâmer ici ni accuser personne; je
veux prouver seulement que la loi ne permet pas
de couronner, avant la reddition des comptes, un
citoyen comptable d'une seule et de la moindre
charge ; et c'est lorsque Démosthène était revêtu
de presque toutes les charges à la fois, que Ctési-
phon ose le couronner! En effet, à l'époque du
décret, il était réparateur des murs, il gérait les de-
niers publics, il infligeait des amendes comme les
autres magistrats, il présidait à un tribunal. Pour le
prouver, mes témoins seront Démosthène et Cté-
siphon eux-mêmes. Sous l'archonte Chéronide,
le vingt-neuvième jour de Targélion1, dans une
assemblée du peuple, Démosthène demanda par
un premier décret, qu'on réunît les tribus, le se-
cond et le troisième jour de Scirrhophorion2; par
un second, que chacune d'elles nommât des ci-
toyens chargés de veiller aux ouvrages et à la dis-
tribution des deniers; et il fit sagement, puisqu'il
voulait que la ville eût des hommes responsables
(i) Juillet.
(a) Août.
16 HARANGUE
auxquels elle put demander compte des dépenses.
Lisez les décrets. <
Décret. s
Mais il insiste, et soutient qu'il n'a été nommé
réparateur des murs ni par le sort, ni par le peu-
ple; et à ce sujet, Ctésiphon et lui feront de longs
discours. Ma réponse sera claire, précise, et dis-
sipera en un moment tous ces vains artifices.
Mais je veux auparavant vous dire quelques mots
sur les diverses charges de la république. Nous
avons, Athéniens, trois sortes de magistrats : d'a-
bord, et ce sont les plus connus, ceux qui sont
nommés au sort, ou choisis par le peuple; en se-
cond lieu, ceux qui ont le maniement des deniers
publics pour plus de trente jours, ou qui sont pré-
posés à des ouvrages publics. La troisième classe
est ainsi désignée par la loi : Etsi quelques autres,
en vertu d'un choix particulier, président à un
tribunal, ceux-là aussi rempliront leur charge
après avoir subi l'examen. Si donc l'on retranche
les magistrats choisis par le peuple, et ceux nom-
més au sort, il faudra toujours reconnaître pour
magistrats élus, et remplissant une charge, ceux
que des tribus, des tiers de tribus ou des bourgs
DESCHINE. 17
2
auront préposés au maniement des deniers pu-
blics. C'est ce qui arrive lorsque, comme aujour-
d'hui, quelque ouvrage est imposé aux tribus,
ou des fossés à creuser, ou des galères à con-
struire. Les lois vont prouver si je dis vrai.
Lois.
Rappelez-vous ce que vous venez d'entendre,
que le législateur ordonne à tout magistrat, élu
par une tribu, de remplir sa charge, après l'exa-
men juridique. Or c'est une charge que la tribu
Pandionide a conférée à Démosthène; elle l'a pré-
posé à la réparation des murs : à cet effet, il a reçu
dix talens, ou peu s'en faut. Une autre loi défend
de couronner un magistrat comptable. Vous, Athé-
niens, vous avez fait serment de juger selon les lois.
C'est un comptable que Ctésiphon veut couron-
ner, et il n'a pas ajouté : après qu'il aura rendu
ses comptes. J'ai prouvé qu'il a violé la loi; mes
témoins sont les lois, les décrets, mes adversaires
eux-mêmes: un homme coupable de ce crime
peut-il être plus manifestement convaincu?
Je veux montrer à présent qu'il a encore violé les
lois touchant la proclamation de la couronne. En
effet, la loi ordonne de proclamer dans le sénat,
18 HARANGUE
si c'est le sénat qui couronne ; si c'est le peu-
ple, dans l'assemblée du peuple, jamais ailleurs.
Qu'on me lise la loi.
Loi.
Athéniens, telle est la loi, et elle est fort sage.
Sans doute le législateur a pensé que l'orateur ne
devait pas étaler sa gloire aux yeux des étrangers;
qu'il devait se contenter des honneurs reçus dans
sa ville, par les mains du peuple; et non, pour un
vil intérêt, briguer les proclamations. Voilà ce
qu'il a voulu ; et Ctésiphon, que veut-il? Lisez son
décret.
Décret.
Vous l'entendez, Athéniens; la couronne dé-
cernée par le peuple sera proclamée dans le
Pnyx1, dans l'assemblée du peuple, jamais ail-
leurs. Ctésiphon non-seulement foule aux pieds la
loi sur les comptables, mais encore il change le
lieu de la proclamation. Ce n'est pas dans l'as-
semblée qu'il veut proclamer son héros, mais sur la
(1) Place à côté de la citadelle, où le peuple s'assemblait
quelquefois.
D'ESCHWE. i 9
scène, dans le temps des nouvelles tragédies; non-
seulement devant le peuple Athénien, mais en
présence des Grecs: sans doute afin que la Grèce
entière puisse voir à quel homme nous accordons
nos honneurs !
Après avoir si manifestement violé les lois, il
cherchera encore à les éluder, de concert avec Dé-
mosthène. Je vais vous dévoiler leurs artifices, de
peur que vous n'y sovez trompés. Que la loi défende
de proclamer hors de l'assemblée du peuple, une
couronne décernée par le peuple, c'est ce qu'ils
n'oseront nier; mais ils produiront pour leur dé-
fense une loi sur les fêtes de Bacchus ; encore
n'en liront-ils qu'une partie, pour mieux vous
surprendre. Cette loi ne regarde nullement l'ac-
cusation présente. Ils vous diront qu'il en existe
deux sur les proclamations; l'une ( celle que je
rapporte ) défendant expressément de proclamer
hors de l'assemblée, la couronne donnée par
le peuple; l'autre, opposée à la première, per-
mettant cette proclamation au théâtre, le jour des
nouvelles tragédies1, pourvu que le peuple y con-
(i) Les poètes réservaient leurs pièces nouvelles pour les
fêtes solennelles de Bacchus, qui attiraient un grand nombre
de s pectateurs.
20 HARANGUE
sente. C'est, diroiit-ils, d'après cette dernière loi que
Ctésiphon a rédigé son décret. A cette ruse nou-
velle, j'oppose vos lois, mon inébranlable appui
durant tout ce débat. Si ce qu'ils disent était vrai,
et qu'un tel abus existât chez nous, de laisser sub-
sister les lois abolies parmi les lois en vigueur,
d'en avoir deux sur le même objet, et opposées
entre elles, que dirait-on d'une république où une
même cliose serait à la fois permise et défendue ?
Mais il n'en est pas ainsi, et puissiez-vous ne
jamais tomber dans une telle confusion! Du reste,
le fondateur de notre république y a pourvu. Il
a expressément ordonné aux tliesmothètes de
réviser les lois chaque année, de rechercher avec
soin s'il en existe de contradictoires, ou d'abro-
gées parmi celles en vigueur, ou plus d'une sur
un même sujet. Que s'ils en trouvent dans l'un
de ces cas, il leur est enjoint de les transcrire
sur des tablettes et de les afficher aux statues des
héros. Le législateur ordonne aussi aux prytanes
d'assembler le peuple, et de déclarer les noms des
auteurs de ces lois. Les suffrages étant recueillis
par le chef des proèdres, les unes sont abolies,
les autres maintenues, en sorte qu'il n'y a jamais
qu'une seule loi sur la même matière. Lisez les
lois.
D'ESCHINE. 1i
Lois.
Si donc il existait, comme ils le prétendent,
deux lois sur les proclamations, les thesmothètes
s'en seraient nécessairement aperçus ; les pry-
tanes les auraient soumises au peuple qui eût
abrogé l'une ou l'autre, ou celle qui permet la pro-
clamation au théâtre, ou celle qui la défend. Puis-
que rien de pareil n'a eu lieu, ils sont évidemment
convaincus d'avancer une chose non-seulement
fausse, mais impossible. Où ont-ils puisé ce men
songe? Je vais vous le dire, après avoir rappelé
l'origine des lois sur les proclamations au théâtre.
Au temps des nouvelles tragédies, on voyait des
gens proclamer, sans le consentement du peuple,
qu'ils étaient couronnés par une tribu ou par un
bourg. D'autres, après avoir fait faire silence par le
héraut, affranchissaient leurs esclaves, en pre-
nant tous les Grecs à témoin. Quelques-uns, chose
encore plus blâmable, se prévalant d'un droit
d'hospitalité obtenu dans une ville étrangère, fai-
saient publier que tel peuple, celui de Rhodes, par
exemple, celui de Cliio, ou tout autre, les couron-
nait pour leur vertu et leur courage. Et ils ne vous
demandaient pas votre consentement, comme font
aa HARANGUE
ceux que le sénat ou le peuple couronne, et qui
prennent un décret de vous, le tenant à grande
faveur. Ils agissaient de leur propre autorité, sans,
s'inquiéter de votre approbation. De là un double
mal: d'abord, spectateurs, acteurs etchoréges, tout
le théâtre était troublé; ensuite, ces couronnes,
ainsi proclamées, donnaient plus de gloire que
celles décernées par le peuple. Pour celles-ci, le lieu
était marqué, c'était l'assemblée; elles ne pou-
vaient être proclamées ailleurs; celles-là, au con-
traire , l'étaient en présence de tous les Grecs ;
les unes en vertu d'un décret et par votre con-
sentement; les autres sans décret, sans consen-
tement de votre part. Pour corriger cet abus, un
de nos législateurs porta une loi qui n'a rien de
commun avec la loi sur les couronnes données
par le peuple, et qui, par conséquent, ne la dé-
truit pas : car ce n'était pas l'assemblée qui était
troublée, c'était le théâtre. L'auteur de cette loi n'a
pas entendu abroger celle qui existait, il n'en avait
pas le pouvoir; il n'a voulu que prohiber ces al-
franchissemens au théâtre, ces proclamations de
couronnes étrangères ou décernées par les tribus,
par les bourgs ou par tous autres. Voilà ce qu'il
défend comme contraire aux lois et à votre auto-
rité, sous peine d'infamie pour le héraut.
D'ESCHINE. 23
Telle est donc la loi: pour les couronnes du
sénat et du peuple, le lieu de la proclamation est
fixé, le sénat ou l'assemblée; pour celles des tribus
et des bourgs, jamais de proclamation aux tragé-
dies nouvelles, afin que ces honneurs ne soient ni
mendiés ni usurpés. De plus, toute proclamation
non autorisée par le sénat, par le peuple, ou par
une tribu, est interdite. Il suit de tout cela, que les
couronnes étrangères sont les seules qui puissent
être proclamées au théâtre. Je peux tirer des lois
elles-mêmes une grande preuve de la vérité de mes
paroles.
La couronne d'or, proclamée en plein théâtre,
la loi la consacre à Minerve ; elle l'enlève à celui
qui l'a reçue. Qui de vous cependant oserait ac-
cuser d'avarice le peuple d'Athènes? Est-il, je ne
dis pas une ville, mais un simple particulier, de
sentimens assez bas, pour proclamer, enlever et
consacrer dans le même moment, une couronne
qu'il vient d'offrir? Mais cette couronne est étran-
gère; c'est pour cela qu'elle est consacrée. Il ne
faut pas qu'un citoyen s'accoutume à préférer la
bienveillance d'une autre ville à celle de sa patrie,
de peur que son cœur ne se corrompe. Quant à la
couronne décernée dans l'assemblée du peuple,
jamais personne ne songerait à la consacrer. Il est
24 HARANGUE
permis à celui qui l'a reçue de la conserver; ses
descendans et lui peuvent garder ce souvenir dans
leur maison, afin de n'oublier jamais le zèle et
l'affection qu'ils doivent au peuple. C'est pour la
même raison que le législateur a défendu de pro-
clamer une couronne étrangère au théâtre, sans
l'agrément du peuple. Il a voulu qu'une ville qui
désirait couronner un des vôtres, vous en deman-
dât la permission par une ambassade, pour que
le citoyen vous sût plus de gré de votre consente-
ment, qu'à la ville étrangère de sa couronne. Écou-
tez les lois à ce sujet.
Lois..
Lors donc qu'ils vous diront, pour vous trom-
per que la loi permet de couronner au théâtre,
si le peuple y consent, souvenez-vous de leur
répondre: oui, si c'est une ville étrangère qui
couronne; mais si c'est le peuple d'Athènes, le
lieu est marqué; il est défendu d'être proclamé
hors de l'assemblée. Ces deux mots : jamais ail-
leurs, commente-les tout le jour; tu ne prouveras
jamais que ton décret soit conforme aux lois.
Reste maintenant cette partie de l'accusation,
à laquelle je m'attache principalement; je parle
D'ESCHINE. 25
du motif que Ctésiphon allègue pour décerner
une couronne à Démosthène. Il s'exprime ainsi
dans son décret : « Et le héraut proclamera au
théâtre, devant tous les Grecs, que le peuple
Athénien couronne Démosthène pour sa vertu et
son courage, et surtout parce qu'il n'a cessé de
procurer, par ses paroles et ses actions, le plus
grand bien du peuple. » Ce que j'ai à dire est
simple et facile à saisir. Je dois, comme accu-
sateur, vous démontrer que ces louanges don-
nées à Démosthène, sont fausses; que bien loin
qu'il n'ait jamais cessé, il n'a jamais commencé
de procurer le bien du peuple par ses actions et
ses discours. Si je le prouve, Ctésiphon sera jus-
tement condamné; car toutes les lois défendent
de rien insérer de faux dans les actes publics.
Ce sera à l'accusé de prouver le contraire. Vous,
Athéniens, vous serez juges de nos raisons; le rôle
de chacun est marqué.
Rechercher toute la vie de Démosthène serait
la matière d'un trop long discours. A quoi bon
vous parler de cette incision qu'il se fit lui-même
à la tête, et dont il accusa, devant l'Aréopage, Dé-
momèle de Péanée, son parent? Pourquoi rap-
peler sa conduite envers Céphisodote, com-
mandant de la flotte envoyée dans l'Hellespont?
26 HARANGUE
Démosthène, comme triérarque, portait le général
sur son vaisseau; il mangeait à sa table, sacri-
fiait avec lui, participait aux mêmes libations,
honneur qui lui fut accordé à cause d'une an-
cienne liaison entre les deux familles. Cepen-
dant, lorsqu'une accusation capitale fut intentée
à Cépliisodote, Démosthène n'eut pas honte de se
joindre à l'accusateur! Dirai-je son aventure avec
Midias, les soufflets qu'il reçut en plein théâtre,
dans ses fonctions de chorége; avec quelle bas-
sesse il vendit, pour trente mines, et son injure
et la condamnation déjà prononcée par le peuple,
contre Midias, dans le temple de Bacchus? Ces
faits et d'autres pareils, je les passe sous silence,
non que je veuille tromper votre attente ni mo-
dérer mon accusation : je crains seulement que
vous ne me reprochiez de dire des choses, vraies
sans doute, mais trop anciennes et trop connues.
Eh quoi ! Ctésiphon, celui dont la perversité est
tellement avérée, que l'accusateur n'a pas à crain-
dre de paraître calomnier, mais seulement de dire
des choses trop anciennes et trop connues, est-ce
une couronne d'or que mérite un tel homme ?
N'est-ce pas plutôt un jugement qui le flétrisse? Et
toi, qui dans tes décrets oses écrire le mensonge
et violer la loi, dois-tu échapper aux tribunaux,
D'ESCHINE. 27
ou, par ton châtiment, donner à la ville une juste
satisfaction ?
Quant aux crimes publics de Démosthène,
j'en parlerai plus clairement. Je sais que dès le
début de son discours, il doit diviser son adminis-
tration en quatre époques. La première comprend
le temps de nos guerres avec Philippe, au sujet
d'Amphipolis, et finit à la paix et à l'alliance
qui furent l'œuvre de Philocrate, complice de Dé-
mosthène, comme je le prouverai. La seconde,
toute la durée de cette paix, jusqu'au jour où elle
fut rompue, et la guerre rallumée par un décret
de ce harangueur. La troisième, le cours de cette
guerre jusqu'au malheur de Chéronée : la qua-
trième enfin, les affaires présentes. Ces divisions
ainsi faites, il doit m'apostropher et me demander
laquelle de ces quatre époques j'entends attaquer,
et dans quel temps je l'accuse de n'avoir pas cher-
ché le bien du peuple. Si je refuse de répondre, et
que je me couvre le visage en prenant la fuite, il
dit qu'il me poursuivra, que me découvrant la
face et me traînant à la tribune, il me forcera de
répondre. Afin qu'il ne se promette pas cet inso-
lent triomphe, et que vous, Athéniens, vous soyez
instruits d'avance, je réponds sur-le-champ. Dé-
mosthène, en présence de nos juges et de ces
28 HARANGUE
citoyens qui nous environnent, en présence de Lous
les Grecs que ce débat rassemble (et jamais accu-
sation publique n'attira un plus nombreux con-
cours); je te réponds: Ces quatre époques, telles
que tu les as divisées, je les accuse toutes. Si les
Dieux me secondent, si les juges nous écoutent
avec impartialité, et que je puisse me rappeler tout
ce que je sais de toi, je prouverai que notre ville
doit son salut aux Dieux et à quelques hommes
sages, et tous ses malheurs au seul Démosthène. Je
suivrai l'ordre qu'il doit suivre; je parlerai de ces
diverses époques, en terminant par les affaires
présentes.
Je remonte à cette paix que tu as proposée, d'ac-
cord avec Philocrate. Athéniens, vous auriez pu
la conclure de concert avec toute la Grèce, si
quelques hommes vous eussent permis d'attendre
le retour de vos députés, envoyés vers les peuples
pour les appeler à une assemblée ou l'on devait
se liguer contre Philippei. Vous auriez pu, de l'a-
veu des Grecs, recouvrer la prééminence. Tous
ces avantages, vous les avez perdus par Démos-
thène et Philocrate, par l'avarice de ces deux
hommes vendus à votre ennemi, et conspirant
(i) Cette assemblée devait se tenir à Athènes.
D'ESCHINE. 2Q
contre vous. Que si d'abord, étonnés de ces pa-
roles, vous les trouvez peu dignes de foi, je vous
prie de m'écouter dans la même disposition où
nous sommes, quand nous examinons un ancien
compte de finances. Souvent nous venons au tri-
bunal avec des préventions injustes; cependant,
lorsque le compte est vérifié, personne n'est assez
opiniâtre pour ne pas reconnaître comme vrai
ce que le calcul a démontré vrai. Faites de même
aujourd'hui; si quelques-uns de vous ont apporté
cette opinion, que Démostliène n'a jamais parlé
pour Philippe, de complicité avec Pliilocrate, qu'ils
s'abstiennent de condamner ou d'absoudre, avant
de m'avoir entendu; autrement, ils ne seraient pas
justes. Mais si je vous rappelle fidèlement toutes les
circonstances, si je produis le décret que Démos-
thène a proposé conjointement avec Pliilocrate, si
la vérité , exacte comme le calcul, le convainc
d'avoir présenté, également avec Philocrate, plu-
sieurs décrets au sujet de la paix et de l'alliance;
d'avoir flatté avec la dernière bassesse et Philippe
et ses envoyés; de nous avoir empêchés de faire la
paix en commun avec tous les Grecs; d'avoir livré à
Philippe, Cersoblepte, roi de Thrace, notre ami et
notre allié; si je vous prouve clairement tout cela,
je vous demanderai une chose fort raisonnable
3o HARANGUE
sans doute, ce sera de convenir avec moi que,
dans la première des quatre époques, il ne s'est
pas admirablement conduit. Je parlerai de ma-
nière que vous me suivrez très aisément.
Philocrate proposa un décret qui permettait à
Philippe de nous envoyer un héraut et des dépu-
tés, au sujet de la paix et de l'alliance. Ce décret
fut attaqué comme contraire aux lois. Le temps
du jugement arriva; Licine était accusateur; Phi-
locrate se défendit, et soutenu par Démosthène,
il fut absous. A quelque temps de là, Thémistocle
devint archonte, et aussitôt Démosthène entra
au sénat, non par le sort1, mais par argent et par
intrigue, dans l'unique but de seconder Philocrate
et d'action et de parole, comme l'événement l'a
montré. Philocrate fit passer un second décret,
en vertu duquel on devait choisir dix ambas-
sadeurs qui se rendraient près de Philippe, et
le prieraient de nous envoyer des députés, avec
plein pouvoir de négocier la paix. Démosthène fut
(i) Il y a dans le texte: ni comme sénateur en titre, ni
comme suppléant. Chacune des dix tribus présente cinquante
sénateurs et leur en donne -pour adjoints cinquante autres
destinés à remplir les places que la mort ou l'irrégularité de
conduite peut laisser vacantes. Les uns et les autres sont tirés
ni sort. (Foy. d'Anach.)
D'ESCHINE. 31
choisi. A son retour, il préconisait la paix et con-
firmait les rapports de ses collègues. Seul des sé-
nateurs, il proposa de conclure un traité avec le
héraut et les députés de Philippe; en quoi il sui-
vait les traces de Philocrate : l'un avait autorisé
l'ambassade de Philippe, l'autre traite avec les
ambassadeurs. Mais écoutez le reste, et donnez-
moi toute votre attention.
Démosthène s'était tout à coup brouillé avec
ses autres collègues ; il les calomniait : aussi ne
furent-ils pour rien dans cette affaire. Tout fut
conduit par Démosthène et par Philocrate, comme
cela devait être. Ensemble ils allaient en ambas-
sade, ils rédigeaient ensemble les décrets. Mais,
par ces décrets, que voulaient-ils ? Par le premier,
qu'on n'attendît pas le retour des députés envoyés
pour soulever les peuples contre Philippe, et que
seuls vous fissiez la paix. Par le second, ce n'était
plus la paix seulement qu'ils demandaient, mais
une alliance avec Philippe; sans doute afin que
les peuples qui tenaient encore pour vous, tom-
bassent dans le découragement, en voyant qu'au
moment même où vous les appeliez à la guerre,
vous traitiez pour vous seuls et de la paix et de
l'alliance. Par le troisième décret, ils excluaient
Cersoblepte du traité; car déjà Philippe levait des
32 HARANGUE
troupes contre le roi de Thrace. Celui qui, à prix
d'argent, se procurait ces avantages, n'était point
à blâmer: avant le serment et le traité, il lui était
permis de chercher son intérêt. Mais les traîtres
qui lui vendaient les forces de l'état, méritaient
toute votre colère. Ce Démosthène qui se dit au-
jourd'hui l'ennemi d'Alexandre, comme il se di-
sait alors l'ennemi de Philippe, cet homme qui
me reproche l'amitié du roi de Macédoine, c'est
lui qui fit perdre à notre ville l'avantage des con-
jonctures. En effet, il demanda que les prytanes
assemblassent le peuple le huitième jour d'Ela-
phébolion 1, jour consacré aux sacrifices d'Escu-
lape! Une assemblée dans un jour solennel, chose
inouïe jusque là! Et sous quel prétexte? Afin, disait-
il, qu'aussitôt les députés venus, le peuple délibérât
sur les propositions de Philippe. Ainsi, pour des
députés non encore présens, il indiquait une as-
semblée, vous enlevait un temps précieux, préci-
pitait l'affaire ; et dans quel dessein ? Je l'ai déjà dit,
pour que seuls et sans les autres Grecs, avant le
retour de vos députés, vous fissiez la paix. Bientôt
après arrivent les députés de Philippe2; les vôtres
(i) Mai.
(2) Ces députés étaient Antipater, Euryloque et Parménion.
D'ESCHINE. 33
3
étaient encore par la Grèce, appelant les peuples à
la guerre. Alors Démosthène fait passer un second
décret. Ce n'est plus sur la paix qu'il veut qu'on
délibère, c'est sur l'alliance; et cela, sans attendre
vos députés, aussitôt après les fêtes deBacchus,
le 18 et le 19 du mois. Ce que je dis est-il vrai?
Ecoutez les décrets.
Décrets.
Ainsi, Athéniens, après les fêtes de Bacchus on
tint deux assemblées. Dans la première, fut pro-
duit le décret commun à tous les alliés, et dont je
vais rappeler brièvement les points principaux.
D'abord, les auteurs de ce décret proposèrent de
ne délibérer que sur la paix; pour l'alliance, ils
n'en firent pas mention, non par oubli, mais per-
suadés que la paix elle-même était plutôt néces-
saire qu'honorable. Ils ajoutaient (comme contre-
poison de la perfidie de Démosthène), que les
autres Grecs pourraient venir dans les trois mois,
s'inscrire, avec le peuple d'Athènes, sur la même
colonne1, et participer aux sermens et aux traités.
(1) « Nous vîmes ensuite des colonnes où l'on avait gravé
des traités d'alliance entre divers peuples de la Grèce; on les
avait déposés dans le temple pour les rendre plus sacrés. »
(Voy. d'Anach.)
34 HARANGUE
De là de grands avantages: d'abord, ce délai de
trois mois donnait aux députés des Grecs le temps
d'arriver; en second lieu, une assemblée générale
nous conciliait la bienveillance de la Grèce, en
sorte que si la paix venait à être rompue, nous
n'étions pas réduits à combattre seuls et sans
être préparés , comme cela nous est arrivé par la
faute de Démosthène. Le décret va justifier ce que
j'avance.
Décret en faveur des alliés.
Ce décret, je l'appuyai, j'en conviens, comme
tous ceux qui parlèrent dans la première assem-
blée. Le peuple se retira, emportant cette opinion,
que la paix se ferait, qu'elle serait commune à
tous les Grecs ; mais que pour l'alliance, il ne con-
venait pas d'en délibérer, à cause de l'appel fait aux
autres peuples. La nuit se passe; le lendemain,
nous revenons à l'assemblée : alors Démosthène
s'empare de la tribune et n'en laisse approcher
personne. A quoi bon, dit-il, tous les discours de
la veille, si les députés de Philippe ne les approu-
vent? Pour lui, il ne connaît point de paix sans
alliance. « Il ne faut pas, ajoute-t-il (je me
souviens de son expression, sauvage comme sa

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