Henri V est l'homme du droit, le roi légitime, par A. Cuinet

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Haton (Paris). 1873. In-16, 80 p..
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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HENRI V
EST
L'HOMME DU DROIT,
LE ROI LÉGITIME,
PAR A. CUINET.
PARIS,
HATON, LIBRAIRE,
Rue Bonaparte, 33.
BESANÇON,
EN VENTE
CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES.
18 7 3.
HENRI V
EST
L'HOMME DU DROIT,
LE ROI LEGITIME,
PAR A. CUINET.
PARIS,
HATON, LIBRAIRE,
Rue Bonaparte, 33.
BESANÇON,
EN VESTE
CHEZ LES PRINCIPAUX LIBRAIRES.
1873.
PROLOGUE.
Vive le Roi ! vive Henri de Bourbon !.... C'est le sau-
veur préparé par la Providence pour finir nos malheurs,
pour nous rendre le sourire du Ciel, les bénédictions du
Seigneur, la prospérité, le bonheur.
Vive le Roi ! Ce cri a réjoui, électrisé la France en
1814 et 1815, au retour des Bourbons, et en 1820, à la
naissance de Dieudonné : qu'il enivre aujourd'hui tous
les coeurs !
Vive le Roi ! c'est le cri du ralliement. Que les divi-
sions s'apaisent, que les partis se rapprochent et s'u-
nissent pour n'en former qu'un seul ; que tous les Fran-
çais, unis entre eux comme sont unis maintenant tous
les princes de la famille royale, redisent dans un admi-
rable concert ce cri béni des cieux . Vive le Roi !
Vive le Roi ! c'est le cri du salut et de la victoire. La
France, unie, compacte, n'ayant plus qu'un seul cri :
Dieu et le Roi! peut triompher de tous les dangers, dominer
le monde et redevenir la reine des nations. La France sans
son Roi n'est plus qu'une reine découronnée, affaiblie,
abaissée ; mais avec lui elle reprend son rang domina-
teur, elle se revêt de sa force et de sa gloire, elle ceint
- 4 —
la couronne de l'honneur et ressaisit le sceptre du com-
mandement.
Aussi voyez, déjà nos ennemis frémissent et tremblent,
et nos rivaux pâlissent de crainte au seul bruit de ce
nom vainqueur. Répétons donc dans un saint enthou-
siasme , dans un sublime élan de joie, d'espérance et
d'amour, ce cri sauveur : Vive le Roi !
Vive le Roi ! vive Henri de France ! l'espoir, le salut
de la patrie, le libérateur si longtemps attendu, le roi
légitime.
Homme du droit, il rendra à la France ce don pré-
cieux ; il la relèvera de ses ruines et la conduira à ses
hautes destinées.
Fils de saint Louis, enfant de l'Eglise, il saura pro-
téger, défendre, consoler et réjouir sa mère.
Ami et père du peuple, il régnera avec douceur et
amour au milieu de ses enfants chéris pour les com-
bler de biens et les conduire au bonheur.
Vive le Roi ! vive Henri V ! Son coeur l'entraîne vers
nous ; que les nôtres l'appellent et s'élancent au-devant
de lui, et hâtons son retour par ce cri mille fois ré-
pété d'un bout de la France à l'autre : Vive le Roi !
CHAPITRE Ier.
HENRI V EST L'HOMME DU DROIT, LE ROI LEGITIME.
Homme du droit, roi légitime. Oh! qu'il est doux de
prononcer ces deux mots, depuis si longtemps bannis
des coeurs, exilés du langage. Il semble qu'on se trouve
dans un monde nouveau, qu'on entre dans une ère nou-
velle. Déjà on respire un air plus doux et plus pur, pré-
sage de meilleurs jours. Le baume de l'espérance descend
au fond des, coeurs blessés, attristés, pour en cicatriser les
plaies vives et saignantes. On sent que la patrie, déchi-
rée, agonisante, va renaître et sortir rajeunie et glorieuse
de ses ruines fumantes encore.
Pauvre France ! dans quel état elle a été, dans quel
état elle est encore aujourd'hui, hélas ! Elle est tombée,
ô douleur! ô mystère! dans un abîme dont l'oeil cons-
terné ne saurait sonder la profondeur. Envahie, vain-
cue, dévastée, elle porte aux yeux des nations étonnées
le poids bien lourd d'un châtiment terrible et d'une
immense humiliation. Et, pour comble de douleurs et
d'opprobres, elle s'est vue déchirée, ensanglantée de la
main de ses propres enfants, en présence de ses ennemis
se riant de sa défaite et de sa honte, se réjouissant de
son abaissement, qui fait leur sécurité, dévorant avec
— 6 —
une insatiable avidité sa propre substance et cherchant
à anéantir ce qui reste de force et de vie en elle.
On est frappé de stupeur quand on pense à ce désastre
sans nom, sans précédent, sans mesure. Les yeux se
remplissent de larmes et le coeur saigne quand on con-
temple tant de douleurs unies à tant d'ignominies.
La France est-elle donc humiliée à jamais ? A-t-elle à
jamais perdu son prestige et sa gloire, et sa couronne
de reine des nations est-elle pour toujours tombée de
son front déshonoré ?
Non, non, il y a en elle tant de bien, tant d'âmes qui
prient et se dévouent, elle compte tant d'héroïques sa-
crifices, tant de victimes innocentes, qu'elle est assurée
de la miséricorde du Seigneur et d'un meilleur avenir.
Non, non, je le répète, la France ne doit pas périr ;
elle reverra des jours heureux et prospères et reprendra
son rang dominateur dans le monde.
Pour cela, que faut-il ?
Il faut d'abord qu'elle revienne à Dieu, qu'elle re-
vienne à la foi chrétienne, qu'elle fasse revivre au milieu
d'elle la divine charité, qui seule peut former un peuple
de frères et donner à la patrie des fils dévoués.
Il faut aussi qu'elle revienne à la foi politique, qu'elle
rétablisse en elle le droit du pouvoir, sans lequel nul
autre ne peut exister; qu'elle reprenne la monarchie
légitime héréditaire en l'acclamant dans celui qui en
est le représentant et que Dieu a gardé jusqu'ici avec
soin et amour pour qu'il vienne, aux jours de l'épreuve
et du malheur, lui rendre la paix et la félicité.
Henri V a dit lui-même : Sachons reconnaître que
l'abandon des principes est la vraie cause de nos dé-
sastres.
— 7 —
M. le comte de Maistre, ce profond penseur, avait dit
longtemps avant lui : Tant que la France ne reviendra
pas aux principes religieux et politiques, la révolution du-
rera toujours, et personne n'a le droit de dire : C'est fini.
Le retour donc à ces principes salutaires, voilà le re-
mède, le seul remède à nos maux.
On commence à le comprendre maintenant : les es-
prits droits et éclairés par les événements sentent qu'il
n'y a rien de stable hors de là, et que pour rétablir la
société sur de solides bases il faut faire revivre les senti-
ments religieux et puis revenir au principe de la légiti-
mité, qui, en établissant la stabilité du pouvoir, fait la
force et la prospérité des nations.
Aussi partout la foi chrétienne se réveille, le monde
catholique s'ébranle. De toutes parts on accourt aux
sanctuaires du Dieu sauveur et de la Mère des miséri-
cordes pour y chercher le salut ; on regarde et on interroge
le Ciel avec confiance ; on espère, on sent que Dieu va
intervenir, on attend qu'il parle et agisse.
Le même mouvement se fait, le même courant s'éta-
blit vers la monarchie. Déjà on prononce le nom du
Roi sans crainte, on le prononce même avec confiance
et amour; on le désire, on l'appelle, on sent que le
salut est en lui et que sa main puissante peut seule
nous tirer de l'abîme affreux où la révolution et nos
discordes nous ont plongés. On regarde de tous côtés
pour voir s'il vient et pour l'acclamer dès qu'il paraîtra,
et un jour, demain peut-être — on peut le prédire
sans crainte de se tromper — la France, instruite
par tant de malheurs , lassée de tant d'essais infruc-
tueux , va se jeter de nouveau et avec enthousiasme
dans les bras du droit et chercher son repos et son
_ 8 —
salut dans ce principe sauveur des nations, comme le
vaisseau battu par la tempête cherche un abri dans le
port.
Fidèle à ses traditions qu'on voulait lui faire renier,
elle redemande aujourd'hui et acclamera demain son
Roi légitime, le digne rejeton de cette maison de
Bourbon si grande et si illustre, qui a régné si long-
temps et si glorieusement sur elle, qui, pour em-
prunter le magnifique langage d'un des plus grands
orateurs des temps modernes (1), « a lutté cent ans pour
» chasser de notre patrie l'invasion anglaise, qui l'a pré-
» servée trois fois de l'invasion allemande en armant la
» jeunesse de Philippe-Auguste, la témérité de Fran-
» çois Ier et le royal désespoir de Louis XIV ; cette mai-
» son qui a réuni à l'ombre de son sceptre paternel les
» Flamands, les Bretons, les Provençaux, les Comtois,
» les Alsaciens, et qui, de tant de langues et de tant de
» peuples, a su faire la langue de Corneille et le peuple
» de Louis le Grand ; cette maison qui, dans les jours
» où l'on accusait son déclin, nous a donné la Lorraine
» et la Corse, et qui, la veille même de sa chute, nous
» léguait, comme par testament, en Afrique une colonie,
» à Alger une grande ville et dans la Méditerranée un
» lac français. »
O France, que tu es sage et noble aujourd'hui !
Qu'ils sont beaux, tes premiers pas dans la voie du re-
tour !
O France, que de larmes j'ai versées sur ton malheur !
(1) M. Besson , supérieur du collége catholique , Oraison funèbre des
anciens élèves du collége morts au service de la France.
— 9 —
Que j'ai plaint ton aveuglement passé ! mais que je
t'aime en ce jour !
On te disait républicaine, révolutionnaire, mais on t' a
calomniée.
Les méchants n'ont pu te faire oublier le droit et la
justice ni te détacher de tes rois légitimes, de cette
dynastie chérie que Dieu t'avait donnée pour ta gloire et
ton bonheur....
Que tu en sois à jamais bénie !
La France a vraiment un merveilleux instinct de con-
servation, qui se retrouve dans toutes les crises qu'elle a
traversées. Les révolutionnaires le savent : c'est pour-
quoi ils ont tout employé, ruses, mensonges, calom-
nies, promesses, menaces, violences, pour le déraciner
de son coeur, et la France a résisté à tout Son histoire
est là pour la venger de ses détracteurs. Les années
1814 et 1815 sont inscrites dans ses annales comme des-
plus heureuses. Elle retrouvait son roi, son prince légi-
time, et avec lui le droit, l'ordre, la paix, la sécurité pour
l'avenir.
Aussi, quelle ivresse dans les coeurs! quel enthou-
siasme partout ! « Pendant plusieurs jours, dit M. Vé-
» ron (1), Paris fut en délire ; sous les fenêtres du châ-
» teau des Tuileries, tous les soirs s'organisaient des
» chants et des danses, signe de la joie universelle....
» Les princes se montraient partout, et partout ils étaient
» bien accueillis. »
Eh bien ! voici une seconde restauration non moins
heureuse que la première. La merveille s'opère sous l'oeil
(1) Mémoires d'un Bourgeois de Paris, tome 1er, page 226.
— 10 —
et par la main de Dieu. Qu'ainsi les mêmes sentiments
nous animent, que nos cris de joie et d'allégresse
montent jusqu'au ciel, jusqu'à Dieu, et que nos chants
de triomphe et d'amoureuse ivresse deviennent l'hymne
funèbre de la révolution à jamais vaincue !
En 1815, elle a reçu un rude coup ; mais, rusée et
méchante, elle a vu et compris d'où venait sa défaite,
et elle a juré d'anéantir son vainqueur. Pour cela, elle
s'attache furieuse aux flancs de la maison de Bourbon,
qu'elle regarde comme son ennemie, et, espérant
l'anéantir d'un seul coup, elle va plonger son poignard
•dans le coeur de celui qui en était alors l'espérance et la
gloire, Monseigneur le duc de Berry, prince accompli
et si grand en vertus qu'imitant le Sauveur du monde,
il demande en mourant pardon pour son assassin et offre
son sang pour le salut de la France.
Après cet audacieux forfait, la révolution se croit
triomphante, et déjà elle se prépare à régner. Mais le
Ciel a trompé son attente. Un heureux fruit de cette
victime innocente se prépare dans le secret de Dieu au
sanctuaire béni et fécondé par la vertu d'en haut.... Il y
mûrit abrité et gardé par la Providence, et au jour mar-
qué, le 29 septembre 1820, le Seigneur, toujours bon
et miséricordieux, le montre, le donne à la France.
La France entière, heureuse, enivrée, l'accueille avec
un cri d'une ineffable joie et d'un indicible amour.
C'est Dieudonné ! c'est Dieudonné ! redisent partout
mille et mille voix.... On comprend que c'est le Ciel qui
l'envoie, que tout est merveilleux, providentiel, dans sa
conservation, dans sa naissance, et qu'il sera un jour le
salut de la patrie....
Un sauveur nous est né, s'écrie-t-on de toutes parts,
- 11 —
réjouissons-nous ! Qui n'a pas vu la France alors n'a
rien vu. Dès que le canon a annoncé cette grande
nouvelle, une joie inexprimable s'empare de tous les
coeurs ; c'est un élan, une ivresse, un délire impossibles
à décrire.
Eh bien ! son retour est comme une seconde nais-
sance, plus précieuse encore que la première, et qui doit
faire éclater en nous les mêmes sentiments. Ce n'est
point un enfant qui nous est donné, mais un homme
fait, mais un prince accompli, un prince instruit, mûri,
fortifié par le malheur, un prince grand par le coeur et
par l'intelligence, qui a fait l'admiration des peuples et
des rois partout où l'exil lui a fait porter ses pas, qui a
fait surtout l'admiration et le bonheur des Français qui
l'ont visité ; un prince qui aime la France, qui l'a étu-
diée, qui la connaît, qui, dans les longs jours de son
exil, a toujours eu les regards fixés sur elle, suivant d'un
oeil attentif la marche des événements, le mouvement
des esprits, pour apprécier plus sûrement les personnes
et les choses ; qui, comme il le dit lui-même, a sérieuse-
ment approfondi toutes les questions qui intéressent son
avenir et qui s'est occupé avec soin de tout ce qui peut con-
tribuer à son bonheur, à sa gloire et à sa prospérité (1) ; un
prince, en un mot, dont toutes les pensées, les désirs, les
sentiments, les paroles et les actions, ont été pour la
France, qui a vécu pour elle plutôt que pour lui, qui est
. disposé à se dévouer, à se sacrifier pour cette chère pa-
trie, et qui est prêt à accomplir les grands devoirs que la
Providence lui impose aujourd'hui. Pour nous en con-
(1) Lettres à M. le colonel d'Esclaires, 28 septembre 1844, et à M. la
vicomte de Saint-Priest, 22 janvier 1848.
12
vaincre, écoutons ses paroles : « Je me tiens prêt à tout
» ce que la Providence peut ordonner de moi. Quoi
» qu'il arrive, j'aurai mon plan, mes résolutions, mes
» mesures arrêtées, et, le moment venu, je serai à mon
» poste, bien décidé à me sacrifier tout entier pour la
» France (1). »
Ainsi, tu le vois, ô France, ce prince a tout appris,
tout prévu; il est disposé à tout, préparé à tout....
Ce prince connaît tes douleurs, il vient les guérir ; il
comprend tes besoins, tes désirs, il vient les satis-
faire.
Le monstre révolutionnaire a dévoré ses ancêtres et tes
plus nobles enfants ; il vient le combattre, le détruire et
t'arracher à sa dent meurtrière ; il vient te rendre grande,
forte, heureuse et respectée. C'est là sa mission providen-
tielle et il est prêt pour la remplir. Il apporte avec lui
le remède aux maux passés et le gage du bonheur futur.
Ce remède, ce gage, c'est le droit, le droit héréditaire ré-
sultant du consentement de la nation librement donné et
fortifié par une possession de dix siècles, c'est le principe
de la légitimité, principe divin descendu du Ciel pour le
salut des peuples, principe sauveur qui établit la stabilité
des trônes et la paix des nations, qui soustrait le pouvoir
à l'ardeur de la convoitise, aux projets de l'ambition, qui
l'élève au-dessus des désirs et des trames des partis, qui
le transporte au sein de Dieu, d'où il découle, et qui le
rend sacré — sacré pour le prince qui, le regardant
comme un don du Ciel et comme un dépôt dont il devra
rendre compte, le possède et l'exerce non pour lui, mais
pour le peuple, non dans son intérêt, mais dans l'intérêt
(1) Lettre à M. de Corcelles, 28 février 1852.
— 13 -
de ses sujets, et n'en trahit jamais les devoirs ; — sacré
pour le peuple qui, dans la personne du prince, voyant
Dieu plutôt que l'homme ; qui, dans l'autorité royale,
voyant le pouvoir de Dieu plutôt que le pouvoir de
l'homme, l'aime, le respecte, le défend et s'y soumet
avec joie et amour, parce qu'il sait qu'en obéissant au
Roi il obéit à Dieu.
C'est ce principe qui fait la force des nations en affer-
missant le pouvoir et rendant plus étroite l'union du
souverain avec le peuple et du peuple avec le souverain.
C'est ce principe qui fait que le trône n'est jamais va-
cant, que l'on peut dire : Mort le Roi, vive le Roi ! et qui
par là éloigne et rend impossibles les changements, les
bouleversements dont nous avons eu tant à souffrir de-
puis que nous en sommes séparés.
Tous les peuples éclairés, tous les hommes supérieurs
en ont compris la valeur. En Europe, en France en par-
ticulier, tout ce qui pense et réfléchit s'en rapproche et
s'y rattache comme le pilote à l'ancre du salut.
Il avait été donné à notre siècle aveugle et révolu-
tionnaire de le méconnaître, de l'attaquer, de le repous-
ser. Mais comme il en a été puni !.... Que de malheurs !
que de sang répandu ! que de ruines sont là pour servir
d'exemples ! Par quelles mains avons-nous passé, grand
Dieu !.... Quand on pense aux horreurs de 1793, à la sur-
prise funeste de 1830, au drame lugubre de 1848, aux dé-
sastres sans nom de 1870, on frémit encore de terreur ;
on comprend quelle a été notre folie d'abandonner ce
salutaire principe, quel a été le crime de ceux qui ont
trompé et corrompu les esprits en France pour les en-
traîner dans une autre voie. Car qu'est devenue cette
belle France sous les coups mille fois répétés de la révo-
— 14 —
lution depuis quatre-vingts ans ? Cet astre si brillant ne
s'est-il pas comme éclipsé ? N'a-t-il pas en ces temps
malheureux perdu sa lumière et sa beauté ?
Ah ! si aujourd'hui nous sommes guéris, les moyens,
hélas ! ont été rudes et la leçon terrible ; mais le résul-
tat sera heureux si nous devenons désormais plus
vigilants, plus fidèles, et si nous savons mieux garder
notre trésor.
Ainsi donc, réjouissons-nous ; bientôt nos maux se-
ront passés. L'avenir apparaît sous les plus belles cou-
leurs ; nous allons rentrer dans le droit, retrouver un
Roi, le Roi légitime. Le voici!.... Il vient à nous le
coeur et les bras ouverts, le sourire sur les lèvres, des
larmes de joie et d'amour dans les yeux.... Venez, venez,
prince magnanime, sauveur si longtemps attendu, don
du Ciel, espoir de la France ; venez renouer cette longue
chaîne de rois qui lui ont donné tant de siècles de gloire
et de prospérité ; venez monter sur le trône qu'ont
illustré vos aïeux, sur ce trône qui vous appartient à
tant de titres ; venez régner sur la France par la grâce
de Dieu qui vous envoie et par le droit de votre nais-
sance, droit établi et proclamé par nos pères et qu'ils
nous ont laissé comme le plus précieux héritage ; venez
régner sur nous par vos bienfaits et votre amour, et votre
règne sera un règne heureux entre tous.
Sous votre aimable symbole, sous votre glorieux dra-
peau, tout va renaître, grandir et prospérer. La France
reprendra son rang parmi les nations, elle redeviendra
la première entre toutes par l'union désormais éternelle
entre le peuple et le roi, par l'amour mutuel de tous ses
enfants, par la pratique des vertus sociales, par le véri-
table progrès, par une ascension rapide vers le faîte de la
— 18 —
prospérité. L'autorité et la liberté seront comme deux
soeurs amies qui se soutiendront mutuellement : l'au-
torité sera forte, mais douce et bienfaisante, et se fera
aimer et bénir ; la liberté, délivrée des entraves que lui
ont imposées ceux qui l'invoquent pour mieux l'enchaî-
ner et l'asservir, se montrera partout rajeunie, souriante,
et, comme une aimable bienfaitrice, répandra sous ses
pas la paix et la vie.
O temps béni du Ciel, heureux ceux qui te verront !
heureux ceux qui te connaîtront ! Heureux moi-même
qui en vois briller l'aurore ! Je verrai content mes der-
nières années et je mourrai en paix, car mes yeux auront.
vu mon sauveur et mon Roi, le salut, la gloire de la France.
O France, reconnais, bénis, adore ton libérateur,
tombe à ses genoux, ou plutôt jette-toi dans ses bras et
va réchauffer ton coeur sur son coeur brûlant d'amour
pour toi !
Tu as cherché le repos partout, tu ne l'as trouvé nulle
part. Comme un enfant égaré, tu ne le trouveras que
dans le sein de ton père ; lui seul te donnera ce que nul
autre n'a pu te donner, la paix, la sécurité, le bonheur.
Oui, remonte aux sources de tes malheurs et dis-moi :
Que t'a donné 93 ?
— Du sang, des larmes, des ruines.
— Que t'a donné le premier empire ?
— Des guerres désastreuses qui ont ruiné tes finances,
dévoré tes enfants, resserré tes limites et qui ont failli
te faire rayer du rang des nations.
— Que t'a donné 1830 ?
— L'inquiétude au dedans, l'abaissement au dehors,
puis une prospérité factice que le moindre vent a em-
portée avec l'établissement nouveau, parce qu'il n'était
— 16 —
point fondé sur le roc des anciens principes, mais sur
le sable mouvant des institutions modernes. Il y avait
pourtant un roi sage et éclairé, des princes dévoués, des:
ministres habiles ; mais le principe faisait défaut, la
base manquait à l'édifice, et tout s'est écroulé au mo-
ment où l'on y pensait le moins.
— Que t'a donné 48 ?
— Des discordes sanglantes, des impôts exorbitants,
la ruine de l'industrie et du commerce.
— Que t'a donné le second empire ?
■— Des guerres inutiles et ruineuses, des charges nou-
velles, le despotisme sous le nom de liberté, puis l'in-
vasion, la dévastation, la ruine et un désastre comme
l'histoire n'en connaît point.
Ah ! si tu avais été fidèle à la dynastie choisie de
Dieu pour te mener à tes destinées, fidèle au principe
de la légitimité, qui est le plus sûr garant de l'ordre,
de la paix publique, de la stabilité des Etats, et sans le-
quel un royaume n'est plus qu'un vaisseau sans bous-
sole, sans gouvernail, qui peut se briser et sombrer au
premier écueil, que de malheurs et de crimes de moins
dans tes annales !.... Tu n'aurais point répandu tant de
larmes, tu n'aurais point perdu les douceurs de la paix,
l'éclat de ta gloire, le sceptre du commandement.
Mais viens reprendre tous ces biens, viens les recevoir
de la main de celui dont les aïeux ont tout fait pour
toi;... Oui, tu le sais, remonte à l'origine de ta gloire,
interroge ton histoire et dis-moi :
Qui t'a fait si belle et si grande ?
— Les Bourbons (1).
(1) Philippe la Bel a réuni et donné à la France la Champagne et le
— 17 —
— Et qu'ont fait pour toi en comparaison tous tes fiers
dominateurs?
Que te reste-t-il des conquêtes du premier empire et
des guerres du second?
Qui t'a arrachée aux mains de tes ennemis ?
— Les Bourbons.
— Qui t'a rendue si heureuse, si prospère au dedans
et si forte, si glorieuse, si respectée au dehors ?
— Les Bourbons.
— Qui t'a faite la reine des nations, la fille aînée de
l'Eglise ?
— Les Bourbons.
Ne peux-tu pas dire de cette famille providentielle ce
que Salomon disait de la sagesse : Tous les biens me sont
venus avec elle?
Cette famille s'était identifiée à toi, elle avait uni sa
destinée à la tienne, elle t'avait légué son nom, sa
gloire, ses vertus, sa fortune (1), son avenir, et, malheu-
reuse ! tu as perdu, hélas ! ce bel héritage. Ah ! viens
le ressaisir aujourd'hui, car c'est là ton seul vrai bien,
ton plus précieux trésor.
Elle avait fait un contrat avec toi, et ce contrat, ô
crime ! ô malheur ! sans motifs, sans jugement, par la
plus criante des injustices, tu l'as déchiré, peuple fran-
Lyonnais ; Philippe VI, le Dauphiné; Charles V, le Poitou, l'Aunis, la
Saintonge et l'Angoumois ; Charles VII, la Guyenne ; Louis XI, la Picar-
die et la Bourgogne, l'Anjou et la Provence ; François Ier, le Bourbon-
nais, l'Auvergne et la Marche ; Henri III, le Maine; Henri IV, le limou-
sin, la Gascogne et le comté de Foix; Louis XIV, le Roussillon, l'Artois,
la Flandre, la Franche-Comté, l'Alsace ; Louis XV, la Corse; Charles X,
l'A1gérie.
(1) Henri IV apporta lui seul au domaine de l'Etat des biens patrimo-
niaux pour plus de 16 millions de revenu.
— 18 —
çais !... Et puis (faut-il accuser ta faiblesse ou ton mal-
heur ?) tu l'as abandonnée, cette famille, aux mains de
ses ennemis; tu as laissé couler sur l'échafaud, ô forfait !
ô douleur ! le sang du plus noble de ses enfants, du
meilleur des rois; tu l'as laissée elle-même deux fois
manger le pain amer de l'exil et chercher un abri chez
les nations étrangères, étonnées d'un si profond malheur
et indignées de tant d'ingratitude. C'est ici, il est vrai,
l'oeuvre de la révolution plutôt que la tienne ; c'est sa
main criminelle qui a brisé un acte d'alliance de dix
siècles ; c'est son bras sanguinaire qui a répandu le sang
innocent et abreuvé d'amertume tant de nobles coeurs.
Toi, tu as gémi et pleuré. Mais pourtant c'est à toi à ré-
parer cette iniquité, cette injustice. Ah! comprends du
moins aujourd'hui ce qu'il te faut de respect, d'affection
et de dévouement pour payer tant d'outrages !
Viens donc en ces jours heureux, ô France, viens,
joyeuse, palpitante de bonheur et d'amour, renouer ton
pacte, renouveler ton alliance avec elle et jurer de nou-
veau fidélité à ton Roi légitime. Reviens à lui comme il
revient à toi ; redonne-lui ton coeur comme il te donne
le sien, et que ces deux coeurs, à jamais unis par la con-
fiance et l'affection, ne forment plus qu'un seul coeur sur
lequel soient écrits en caractères indélébiles ces mots si
beaux et si doux qui seront désormais ta devise et ta
règle : Union, Amour, Fidélité.
Que l'Europe entière connaisse cet acte réparateur,
qu'elle apprenne tes serments nouveaux et qu'elle sache
bien que rien, dans la suite, ne pourra te séparer de ton
Roi légitime ni du principe de la légitimité qui fait ta
force en consacrant son droit. Elle en sera heureuse pour
toi, heureuse pour elle-même ; elle y verra un gage pour
— 19 —
sa propre sécurité, car quand le trône de France est de-
bout, tous les trônes sont affermis ; quand il chancelle
et tombe, tous sont ébranlés. La France est la clef de
voûte de l'édifice social et la colonne sur laquelle repose
l'ordre européen. Aussi M. de Chateaubriand écrivait-il en
1830 ces paroles mémorables : « Cette famille (des Bour-
» bons), héritière de mille années, a laissé par sa retraite
» un vide immense. On le sent partout. Elle a ébranlé
» l'Europe dans sa chute (1). » Et celles-ci, non moins
dignes d'être citées : « La puissance de la légitimité était
» si prodigieuse, que lorsqu'elle s'est retirée, la base so-
» ciale a fui et le monde politique a tremblé (2). »
Que la révolution elle-même connaisse tes sentiments,
et qu'en te voyant aujourd'hui si joyeuse, si ardente, si
sincèrement royaliste, si dévouée, si unie, elle com-
prenne que son règne est fini et renonce à jamais à ses
projets criminels.
Et désormais il n'y aura plus de divisions, plus de
partis, il n'y aura plus que des Français, des royalistes
aimant leur Roi comme ils en seront aimés.
Animée de ces beaux sentiments, parée de grâce et
d'amour comme une épouse ornée et préparée pour
plaire à son époux, alors, ô France, tu apparaîtras belle,
gracieuse, aimable, aux yeux de ton prince, aux yeux
de Henri V, et tu entendras sortir de son coeur ce cri
touchant qui ira jusqu'au tien pour l'embraser davan-
tage encore : O France, je t'aime !
Oh ! oui, il aime la France ! Il l'a aimée jeune en-
fant, alors que la France lui souriait et qu'il souriait
(1) Tome XXIX, art. 1er, page 25.
(2) H., art. 3, page 104.
— 20 —
joyeux à la France ; il l'a aimée dans l'exil, alors que la
France semblait le méconnaître et le repousser.
Il l'aime, il l'aimera surtout comme Roi, et la France
saura ce que c'est que d'être gouvernée par un Roi qui
l'aime, un roi dont l'affection pour ses sujets dirige toutes
les actions et dont toute l'ambition est de donner à son
peuple le bonheur et la liberté.
Le bonheur, tous ceux qui demandent à régner le pro-
mettent. Mais qui le donne, si ce n'est celui que son
droit et sa naissance rendent nécessairement ami et père
du peuple ?
La liberté, idole du jour, qui peut la donner, si ce
n'est un roi légitime ? Celui qui arrive au trône par le
hasard des révolutions ou par le triomphe d'un parti ne
sera jamais qu'un despote ou un tyran, parce que
n'ayant pas le droit pour lui, il n'a plus que la force, et
l'emploi de la force conduit toujours à la confiscation de
la liberté. Nous l'avons appris à nos dépens ; car, on
s'en souvient encore, quelle affreuse tyrannie sous Ro-
bespierre ! quel rude despotisme sous le premier empire,
et quelle pression administrative, pour ne rien dire de
plus, sous le second !
Cela est donc bien constaté, celui qui arrive aux pa-
vois du pouvoir poussé par le flot révolutionnaire ou qui
s'élève par son audace ne règne pas en père, mais il
commande en maître, avec force, et jamais avec douceur.
Alors on n'obéit pas avec amour, comme des enfants,
on subit la loi par nécessité, comme dos esclaves.
Il y a ainsi une désaffection, un tiraillement, un ma-
laise dans l'Etat, qui aboutissent toujours à des catas-
trophes.
Le Roi légitime, au contraire, est nécessairement ami
— 21 —
de la liberté, parce qu'il est ami du peuple, et seul, ré-
pétons-le, il peut la donner large et entière dans les
limites assignées par la raison et la sagesse, car, guidé
par son droit, il n'a plus besoin de la force. Son pouvoir,
inattaquable et inattaqué, se soutient par lui-même, et,
sûr de son existence, il est sans défiance et il devient
doux et léger. Alors, plus d'ombrages, plus d'entraves
de la part de l'autorité, mais la confiance et l'abandon.
Le Roi n'est plus qu'un père au milieu de ses enfants;
il aime son peuple, il s'incline amoureusement jusqu'à
lui, on peut dire qu'il le sert plutôt qu'il ne le com-
mande. Le peuple, de son côté, aime son Roi, et il lui
obéit non avec crainte, mais avec joie et amour. Ainsi
tout est dans l'union et dans la paix, et on respire à
l'aise avec le parfum de l'amour, l'air pur de la liberté.
Qui l'a mieux éprouvé que la France? Qui ne se
rappelle quelle douce et sage liberté, contrastant avec le
despotisme du premier empire, existait sous la Restaura-
tion? C'est ce qui a fait dire à Chateaubriand ; « Les
» quinze années de la Restauration sont les plus libres
» dont aient jamais joui les Français depuis le com-
» mencement de leurs annales (1).
Le même Chateaubriand défendant la royauté légi-
time, s'écriait en 1831 : « Henri V est le garant de nos
» franchises. Il porte en lui, par l'ancienne volonté na-
» tionale introduite dans ses veines et mêlée à son sang,
" la vertu de donner à nos libertés une durée salu-
» taire (2). »
Heureux donc un peuple qui a un roi légitime ! La
(1) Tome XXIX, art. 1er, page 14.
(2) Id., art. 3, page 109.
22 —
légitimité, avec l'hérédité du pouvoir, est le plus beau
don de Dieu et le plus grand bien d'un pays. Attaquer
ce principe, le détruire, c'est un crime de lèse-nation.
Malheur à ceux qui chercheraient à le détruire encore !
Malheur à toi, ô France, si tu laissais de nouveau ce
trésor s'échapper de tes mains! C'est le prince lui-
même qui t'en avertit par les paroles suivantes;
écoute :
« Hors de la monarchie héréditaire, il n'y a ni repos
» ni grandeur pour le pays, condamné par une nécessité
» fatale à passer incessamment de la licence à l'oppres-
» sion, de l'anarchie au despotisme... C'est uniquement
» à l'ombre du principe tutélaire de la royauté tradition-
» nelle que peut se réaliser l'alliance si désirée d'une
» autorité forte et d'une sage liberté (1). »
Tous les hommes de fortune ou de hasard en ont
eux-mêmes compris la valeur. Car à peine sont-ils par-
venus en le foulant aux pieds, qu'ils le rétablissent en
leur faveur. Mais l'hérédité ne se décrète pas ; ce sont
les années qui la donnent et qui en font la force. C'est
ce qui a fait dire au grand Napoléon ce mot d'un sens
profond : Que ne suis-je mon petit-fils !
Ce vaste génie, accablé.par le retour offensif de l'Eu-
rope, ne s'est-il pas écrié, après sa défaite, rendant
ainsi hommage au principe dont nous parlons : Un
Bourbon s'en relèverait ! Oui, un Bourbon s'en serait re-
levé, comme 1815 le prouve, car un pouvoir légitime
héréditaire ne meurt point : il survit à toutes les tem-
pêtes, à tous les désastres.
Heureux donc encore une fois un peuple qui jouit d'un
(l) Lettre à M. de Corcelles, 23 février 1852.
— 23 —
tel bien ! Heureuse la France, qui va retrouver et pos-
séder ce droit sacré, agrandi, fortifié par une jouissance
de dix siècles !
Ah ! sachons aussi en comprendre désormais la va-
leur et restons-y attachés à jamais. Notre patrie, assise
à l'ombre de ce droit tutélaire, vivra tranquille, forte,
respectée, prospère; car ce droit, j'aime à le répéter,
est la vie des nations : sans lui, elles agonisent et
meurent dans les angoisses et les horreurs des révolu-
tions. C'est le bonheur, la gloire, le salut des peuples.
Toutes les fois qu'on s'en sépare, on tombe dans le
trouble et l'anarchie : nous l'avons vu en 1793, en 1830
et en 1848, trois dates de triste mémoire.
Mais, dès qu'on y revient, on retrouve le repos et la
paix. Nous l'avons vu en 1815 : alors, tout était anéanti,
ordre, armée, finances, etc..
Le roi légitime reparaît, et aussitôt l'ordre renaît,
l'armée se reforme, les finances se rétablissent, et tout
se répare comme par enchantement. On paie les frais
de la guerre, on indemnise ceux dont les biens ont été
pillés ou vendus, on donne du pain aux exilés et aux
malheureux, et tout cela en peu d'années, non-seule-
ment sans augmenter les impôts, mais en les diminuant
sensiblement ; non-seulement sans recourir à l'emprunt,
mais en allégeant considérablement la dette.publique (1).
Avec son roi, la France renaît, la France grandit à vue
d'oeil, et bientôt elle étonne par sa force et sa puissance
ceux qui croyaient à sa ruine et qui ignoraient tout ce
qu'il y a de vie en elle.
Ecoutons encore ici Chateaubriand, qui ne peut être
(1) La Restauration a diminué la dette publique de 527 millions.
— 24 —
suspect dans une telle cause. En parlant de la Restaura-
tion, il s'écrie : « Ces quinze années de la Restauration
» n'ont pas été sans éclat. Elles ont laissé pour monu-
» ments de beaux édifices, des statues, des canaux, de
» nouveaux quartiers dans Paris, des halles, des quais,
» des aqueducs, des établissements sans nombre, une
" marine militaire recréée, une vaillante colonie dans
» le repaire des anciens pirates, que l'Europe entière,
" pendant quinze siècles, n'avait pu détruire, un crédit
" public immense, une prospérité industrielle dont l'état
» florissant ne peut mieux s'attester que par la banque-
» route générale et l'effrayante ruine de nos manufac-
» tures et de nos places de commerce après l'établisse-
» ment de la monarchie de Juillet (1). »
Et ailleurs il dit encore : « La légitimité avait du
» sang dans les veines. Elle osa aller de la Bidassoa à
» Cadix, malgré l'Angleterre ; elle arma, combattit et
» vainquit en faveur de la Grèce et s'empara d'Alger, sous
» le canon de Malte, et déclara qu'elle ne rendrait cette
» possession que quand et comment il lui plairait (2). »
Ainsi, comme le prouvent ces citations et comme le
confirment l'histoire et le souvenir des hommes de cette
époque, la France alors parvint en peu de temps au plus
haut faîte de la prospérité et de la gloire, et put sans
crainte défier les nations voisines et rivales.
Il en sera de même cette fois encore, nous le voyons
déjà. Tout était détruit, tout est restauré; tout était
perdu, tout est retrouvé... Le Roi revient, tout revient
avec lui...
(1) Tome XXIX, art. 18, page 14.
(2) H., id., page 16.
— 23 —
Et la France, déposant son manteau de deuil, essuyant
ses larmes, revêtant sa plus riche parure, reprenant son
joyeux sourire, va monter rapidement au sommet de la
prospérité et de la gloire et atteindre à des hauteurs où
elle n'est jamais parvenue.
Un astre radieux et vivifiant s'est levé sur elle, et cet
astre sera toujours dans tout son éclat, dans toutesa
splendeur, comme le soleil en son midi. Cet astre béni,
c'est Henri Dieudonné, à qui soient honneur, gloire,
amour, à jamais !
CHAPITRE II.
HENRI V EST LE FILS DE SAINT LOUIS , L'HOMME DE DIEU.
La France, effrayée, frémissante, a entendu, il y a
quatre-vingts ans, ce mot tombé des lèvres du Seigneur :
Fils de saint Louis, montez au ciel !
A ce cri, ce fils saint du plus saint des Rois a pris
son vol vers les régions célestes : il est entré dans
l'éternelle patrie. Là, assis sur un trône plus brillant
que tous les trônes de la terre, il veille avec saint Louis
sur la France, il prie pour la France. A l'exemple du
Sauveur, il intercède pour ses bourreaux, il offre con-
tinuellement son sang pour le salut de tous. Et ce sang
innocent et pur a purifié, fécondé le sol de la patrie et
fait germer de nouveau les lis. Cette fleur si belle, ca-
chée depuis longtemps, va reparaître à nos yeux...
Salut, ô fleur bénie, emblème de l'innocence, gage
du bonheur! Lève ton front royal, brille de tout ton
éclat sur ta tige rajeunie ; viens, par ta candeur, char-
mer nos regards et embaumer nos coeurs de tes doux
parfums.
Fils de saint Louis, montez au ciel ! O parole sublime,
parole mystérieuse, si triste et si douce à la fois, je
t'aime!... Je t'aime, car c'est toi qui as enfanté cette
— 27 —
autre parole non moins belle qui tombe aujourd'hui du
ciel et qui retentit dans la France entière : « Fils de
saint Louis, revenez... revenez prendre possession de
votre domaine, monter sur le trône que vous ont légué
vos aïeux, et gouverner la France par la main et le coeur
de Dieu même. »
A cette voix, saint Louis tressaille de joie sur son
trône au ciel. Envoyé par le Seigneur, il descend ra-
dieux près de ce cher fils ; il le prend par la main et
l'amène au milieu de nous... Regarde, ô France, vois-
tu ce prince qui vient à toi souriant du sourire de
l'amour? C'est ton Roi, c'est le fils de saint Louis.
Vois-tu cet ange de bonté qui l'accompagne? Ce sera la
mère de tes pauvres.
Entends-tu cette douce invitation de saint Louis lui-
même : Reçois-le, ô France toujours chérie, avec joie, avec
amour et reconnaissance ; c'est mon fils bien-aimé, c'est
l'envoyé de Dieu, c'est le sauveur préparé par la Provi-
dence pour finir tes malheurs et le donner le repos.
O France, ô ma patrie, laisse-toi toucher par ces pa-
roles si tendres. Ouvre vite à ton Roi et tes bras et ton
coeur; presse-le sur ton sein palpitant d'amour, et qu'il
y règne, qu'il y repose à jamais pour son bonheur et
pour le tien.
N'est-il pas temps pour toi de revenir aux sources
bénies de la félicité ? N'est-il pas temps pour lui d'es-
suyer ses larmes, de goûter les douceurs de la patrie,
de revoir les splendeurs du trône ?
Et vous, prince si bon, si aimable, revenez..., revenez
sans crainte : nos bras, nos coeurs vous sont ouverts.
Venez nous rendre la paix, et avec la paix les bénédic-
tions de Dieu. Venez continuer l'oeuvre do saint Louis,
— 28 —
interrompue depuis si longtemps pour notre malheur.
Depuis que votre aïeul Louis XVI, cette noble et
sainte victime, est monté au ciel, le ciel s'est refermé
sur lui... Dieu lui a donné un autre trône, une autre
couronne, et lui a dit : « Règne ici avec moi, parce que
tu m'as fait régner avec toi sur la terre aux jours de ta
puissance ; » puis il a traité ses persécuteurs comme il
traite toujours les bourreaux de ses martyrs. Nous sa-
vons ce qu'ils sont devenus...
Mais nous avons porté le poids du crime. Dieu a re-
tiré ses lumières, ses grâces, son amour, à la France, et
c'est là la cause de nos malheurs. L'esprit du mal, l'es-
prit de vertige, s'est emparé de tous, des gouvernants et
des gouvernés ; et cette France, si catholique au temps
de saint Louis, fille aînée de l'Eglise, si aimée de sa
mère, si fidèle, si dévouée à ses intérêts, a oublié son
titre le plus beau et, méconnaissant ses devoirs les plus
impérieux, a laissé maltraiter et dépouiller sa mère...
Elle s'est ainsi découronnée et a perdu l'auréole sublime
de sa véritable gloire.
Puis, ceux qui se sont emparés d'elle l'ont enivrée
d'une gloire humaine, d'une prospérité matérielle et
mondaine qui l'ont aveuglée... Elle n'a plus regardé le
ciel ; elle a comme perdu le souvenir de son Dieu, le
souvenir de l'Eglise, sa mère. Alors Dieu s'est retiré
d'elle, alors sa mère ne l'a plus bénie ; sa main, si bonne
et si sûre, n'a plus guidé ses pas, et elle s'est follement
précipitée dans les voies de l'erreur et du mal... Elle a
cru trouver et saisir la félicité, elle n'a trouvé que ruines
et malheurs. On a voulu la gouverner sans Dieu, et
Dieu a caché son front, qui éclaire, et retiré son bras,
qui soutient et fortifie ; alors le trouble l'a saisie, et la
— 29 —
révolution, la discorde, sources de tous les maux, puis
la guerre avec tous les fléaux qui raccompagnent, la
guerre suivie des plus affreux désastres, sont venues
fondre sur elle et l'ont conduite jusqu'aux bords de
l'abîme.
Français, ouvrez enfin les yeux, regardez et voyez,
et surtout sachez comprendre... Ah ! si Dieu, dans sa
miséricorde, n'avait eu pitié de nous, que deviendrions-
nous, que deviendrait la France?
Mais voici qu'il nous envoie un libérateur destiné à
nous rendre le sourire du ciel et les bénédictions d'en
haut, à nous replacer dans les bras de notre père, sur le
sein de notre mère, d'où la révolution nous avait arra-
chés. Ce libérateur qui nous arrive si miraculeusement
est le petit-fils de saint Louis, de ce grand prince qui
a été la gloire de son siècle, l'honneur de la France, la
joie de l'Eglise, le défenseur de la religion, le modèle
des rois, l'appui du faible, de la veuve et de l'orphelin,
le protecteur des malheureux, l'ami, le père de tous.
Ce petit-fils vient à nous animé des mêmes senti-
ments, doué des mêmes qualités, orné des mêmes ver-
tus, instruit par les leçons du passé, éclairé par l'expé-
rience et par l'étude des hommes et des choses, éclairé
surtout par le flambeau radieux de la foi et par les di-
vines paroles qu'il a entendues dans ses pieux entre-
tiens avec le Ciel, alors que, loin du tumulte du monde et
du bruit des affaires, il était seul avec Dieu seul, enri-
chi des dons célestes, sanctifié par l'abondante rosée de
la grâce de Dieu. Il vient régner comme ont régné les
bons princes, les saints rois, comme a régné saint
Louis lui-même. Il vient établir un gouvernement vrai-
ment chrétien, reprendre une politique vraiment catho-
— 30 —
lique, et inaugurer en France une ère de justice et de
vérité, de prospérité et de bonheur.
Saint Louis était tellement un homme de Dieu, un
roi selon Dieu, qu'il ne voyait, qu'il ne cherchait que
Dieu en toutes choses et n'avait d'autre but que sa
gloire et le bien de ses sujets. Dieu et le peuple, c'était
là sa devise et sa règle en tout. Aussi peut-on justement
dire que son règne était le règne du bien, le règne de
Dieu sur la terre.
Quand on se rappelle les principaux traits de sa vie,
quand on considère son courage, son héroïsme, sa foi,
sa piété, sa confiance, son amour pour son Dieu et pour
son peuple, on est étonné, ravi, et on s'écrie, plein d'une
juste admiration : « Quel grand prince ! quel saint roi ! »
Les Lieux saints recouvrés, ses sanctuaires restaurés
par ses mains et enrichis de ses dons ; l'Eglise consolée,
réjouie, jouissant de la plénitude de sa liberté et répan-
dant partout ses bienfaits ; la religion aimée, pratiquée,
la vertu honorée et rendue facile par l'exemple du prince;
la France agrandie, embellie, florissante, libre et calme
au dedans, respectée et glorieuse au dehors, voilà
l'oeuvre de saint Louis.
Si le chrétien peut aujourd'hui vénérer le berceau et
le tombeau de son Sauveur, baiser la terre qu'ont foulée
ses pieds sacrés et qui a bu son sang divin ; s'il peut
aller ranimer sa foi, réchauffer son coeur, exciter son
amour dans ces lieux sanctifiés par la présence de
l'Homme-Dieu, c'est à saint Louis qu'il le doit.
Si l'Eglise, alors honorée et paisible, a pu étendre au
loin son action bienfaisante et civilisatrice, si la France
a été si prospère et le peuple si heureux, c'est à saint
Louis qu'est due toute reconnaissance.
— 31 —
O temps heureux, temps bénis du ciel, vous allez re-
naître. Le petit-fils va enfanter les mêmes merveilles
que son aïeul. Il a le même coeur, le même esprit, le
même bras ; son oeuvre sera la même.
Il a la foi, la piété de saint Louis : les preuves en sont
partout. Tous les sanctuaires où il s'est incliné nous le
redisent. Il croit, il prie comme croient et prient les
saints, comme a cru et prié saint Louis.lui-même.
Nous l'avons vu nous-même avec bonheur, accompa-
gné de sa digne et sainte soeur, Mme la duchesse de
Parme, trop tôt ravie à son affection et à l'amour de
ses enfants, qui sont si dignes d'elle, ainsi qu'à l'admi-
ration de tous ceux qui ont eu l'avantage et l'honneur de
la connaître, de cette soeur qui devrait être aujourd'hui
à côté de son auguste personne pour jouir de son
bonheur, pour s'associer à son règne, rehausser la ma-
jesté de sa cour par l'excellence de ses qualités et l'éclat
de ses vertus; nous l'avons vu, dis-je, assistant au saint
sacrifice, adorant avec le respect d'un ange et priant avec
l'ardeur d'un séraphin pour l'Eglise et pour la France...,
et ce spectacle nous a ému jusqu'aux larmes.
Il a la même grandeur d'âme, la même confiance en
Dieu. Ni les flots de l'adversité, ni les orages de la ré-
volution, n'ont pu ébranler cette âme si fortement trem-
pée. Tandis que tout s'agite et tremble autour de lui,
lui, calme et paisible, les yeux fixés au ciel, y voit le
protecteur de l'innocence, le défenseur de l'opprimé, de
l'orphelin, et il espère, car tout lui dit que Dieu est pour
lui, qu'il se montrera en son temps... Et Dieu n'a point
trompé son attente : ce temps est venu, le voici.
Il a la même charité ; le coeur de saint Louis s'est in-
cliné vers le sien pour l'embraser du même feu. Aussi

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