Henri V et la monarchie traditionnelle

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Dentu (Paris). 1872. France (1870-1940, 3e République). In-18.
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Publié le : lundi 1 janvier 1872
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HENRI V
ET LA
MONARCHIE TRADITIONNELLE
Ce que je désire, c'est que la France
me connaisse et qu'elle sache que je
suis prêt à me dévouer tout entier à
son bonheur.
M. le comte de Chambod,
lettre du |7 mars |851.)
NOUVELLE EDITION
REVUE ET AUGMENTÉE, ET ORNÉE D'UN PORTRAIT
PARIS
E. DEXTU, LIBRAIRE-EDITEUR.
PALAIS-ROYAL, 17-19, GALERIE D'O RLEANS. .
1872
HENRI V
ET LA
MONARCHIE TRADITIONNELLE
TOULOUSE
IMPRIMERIE L. HÉBRAIL, DURAND & Ce
5, RUE DE LA POMME, 5
HENRI V
ET LA
MONARCHIE TRADITIONNELLE
Ce que je désire, c'est que la France
me connaisse et qu'elle sache que je
suis prêt à me dévouer tout entier à
son bonheur.
(M. le comte de Chambord,
lettre du 17 mars 1851.)
NOUVELLE ÉDITION '
REVUE ET AUGMENTEE , ET ORNEE D' UN PORTRAIT
PARIS
E. DENTU, LIBRAIRE-EDITEUR,
Palais-Royal, 17-19, galerie d'Odéans.
1872
I
« Dieu est plein à la fois de clarté et de
mystère ; il brille sans se dévoiler. De toutes
les générations humaines, la nôtre devrait en
être la plus convaincue, car il n'en est aucune
qui ait vu s'accomplir tant et de si grandes
choses à la fois imprévues et chargées de révé-
lations éclatantes. Plus qu'aucun autre, notre
siècle serait impardonnable d'être impie ; Dieu
n'a jamais été si visible. Visible et en même
temps impénétrable ; les choses qui se sont
passées de nos jours ont surpassé infiniment
les plans et les forces des hommes ; Dieu seul
les a pu faire ; les plus aveugles le reconnais-
1
— 6 —
sent. Maintenant que veut-il faire de nous?Les
plus clairvoyants ne le démêlent point (1). »
Ces lignes que M. Guizot traçait, il y aura
bientôt dix-huit ans, sont aujourd'hui d'une
frappante vérité. Un édifice politique dont on
se plaisait à célébrer la grandeur et la solidité,
s'est écroulé soudain, à la suite d'événements
tels que notre histoire n'en offre pas d'exem-
ples. La France, qui venait d'être appelée à
couronner cet édifice, l'a vu disparaître en un
jour sous l'accumulation de ses propres fautes,
sous le poids de son ignominie ; et l'on s'est
demandé comment, dans la France de Henri IV
et de Louis XIV, le régime du Deux-Décembre
avait pu courber pendant tant d'années la nation
sous son joug funeste. Quoi de plus imprévu
qu'un tel dénouement pour la masse des esprits,
même éclairés? Mais comment ne pas recon-
naître la main de Dieu dans cet éclatant
châtiment qui, en même temps que l'aven-
turier parvenu au pouvoir par la fourberie,
l'audace et le crime, frappe la France qui l'a
amnistié, qui l'a subi, qui, un moment, l'a
(1) Revue contemporaine du 15 avril 1853, t. VII, p. 5,
article intitulé ; La France et la maison de Bourbon avant
1789.
—7—
regardé comme un sauveur? » Lorsque Dieu
envoie sur la terre les exécuteurs des châti-
ments célestes, a dit le plus grand écrivain de
ce siècle, tout est aplani devant eux : ils ont
des succès extraordinaires, avec des talents
médiocres. Nés au milieu des discordes civiles,
ces exterminateurs tirent leurs principales
forces des maux qui les ont enfantés et de la
terreur qu'inspire le souvenir de ces maux :
ils obtiennent ainsi la soumission du peuple,
au nom des calamités dont ils sont sortis. Il
leur est donné de corrompre et d'avilir, d'anéan-
tir l'honneur, de dégrader les âmes, de souiller
tout ce qu'ils touchent, de tout vouloir et de
tout oser, de régner par le mensonge, l'impiété
et l'épouvante, de parler tous les langages, de
fasciner tous les yeux, de tromper jusqu'à la
raison, de se faire passer pour de vastes génies,
lorsqu'ils ne sont que des scélérats vulgaires :
car l'excellence en tout ne peut être séparée de
la vertu (1). » Deux fois en un demi-siècle Dieu
a laissé s'abattre sur la France, comme sur une
proie, cette dynastie dont l'aigle est un si juste
(1) Chateaubriand, De Buonaparte et des Boubrons, édit.
originale. Paris, Marne frères, 1814, p. 46.
— 8 —
emblème ; deux fois la France, en s'échappant
meurtrie de ces serres terribles, s'est sentie
atteinte dans son honneur, dans ses intérêts,
dans son existence même. Au début de ce siècle,
elle avait au moins conservé des souvenirs de
gloire; aujourd'hui, elle n'a recueilli que la
ruine et la honte. Et quand, dans ce grand dé-
sastre, elle cherche à se retrouver elle-même,
elle constate avec stupeur que la main du des-
pote a tout atteint, tout corrompu, tout détruit.
Ah! c'est que, sous ce sceptre qu'elle croyait
protecteur, « l'irréligion, le goût des jouissances
et des dépenses au-dessus de la fortune, le
mépris des liens moraux, l'esprit d'aventure,
de violence et de domination, descendaient du
trône dans les familles (1) » ; et trahie, vendue,
déshonorée, la France s'est vue tout à coup
plongée dans les horreurs de l'invasion, « par
le plus grand et le plus irrémissible des cri-
mes (2), » et est descendue jusque dans les
profondeurs de l'abîme.
Mais ce que disait Chateaubriand, dans une
situation aussi cruelle, bien que moins terrible
(1) De Buonaparte et des Bourbons, p. 17-18,
(2) Idem, p. 42.
— 9 —
que celle où nous nous trouvons, je le redirai
aujourd'hui : « Non, je ne croirai jamais que
j'écris sur le tombeau de la France ; je ne puis
me persuader qu'après le jour de la vengeance,
nous ne touchions pas au jour de la miséri-
corde : l'antique patrimoine des rois très chré-
tiens ne peut être divisé (1). » Au lendemain
de ses défaites de 1814, Bonaparte laissait échap-
per cet aveu, qui montrait à la fois son impuis-
sance et le seul remède à la situation : « Un
Bourbon s'en relèverait ; » et dans ses adieux
de Fontainebleau, il engageait ses soldats à
être fidèles « au nouveau roi que la France
s'était choisi (2). »
En vain chercherions-nous à nous préserver
des périls sans cesse grandissants qui nous
environnent, du démembrement qui nous me-
nace, de l'anarchie qui paralyse nos efforts et
frappe, à notre porte, en invoquant des prin-
cipes et des institutions contraires aux tradi-
tions, aux moeurs et au génie de la France. La
République peut s'imposer au pays dans un mo-
ment de crise; elle peut être un régime de
(1) De Buonaparte et des Bourbons, p. ].
(2) Nettement, Histoire de la Restauration, t. I, p. 215.
- 10 —
transition; elle ne saurait devenir la forme défi-
nitive de notre Gouvernement. Elle n'offre point
au pays les conditions d'ordre, de sage liberté,
de stabilité, qui sont indispensables à son repos
et à sa sécurité (1).
Où trouver ces conditions, si nécessaires alors
que tout est compromis, que personne n'est
assuré du lendemain, que non-seulement la
fortune et l'existence des citoyens, mais le sort
du pays, sont mis en question?
Nous ne craignons pas de le dire : la France
ne peut être sauvée que par le retour aux insti-
tutions qui ont assuré pendant de longs siècles
sa grandeur et sa force, que par la restauration
de l'antique race dont les destinées ont été si
intimement unies à la sienne, et dont présente-
ment les descendants souffrent de ses souf-
frances d'une façon d'autant plus poignante
qu'il ne leur est pas donné do s'y associer de
près et de travailler à les adoucir.' On a trop
oublié ce que la France doit à ces institutions
(1) Les républicains eux-mêmes le sentent bien. M. Ch.
Didier écrivait en 1849 : « Les ennemis les plus dangereux
de la République ne sont ni à Frohsdorf ni ailleurs ; ils sont
dans son propre sein. » (Une visite à M. le duc de Bordeaux,
6e édit., p. 104.)
— 11 —
méconnues et dénaturées ; on a trop oublié que,
comme l'a dit, dans une circonstance solennelle,
'illustre orateur, le grand citoyen qui vient
d'acquérir de nouveaux et impérissables titres
à la reconnaissance de la France, « il y a quelque
chose de plus respectable que le nombre, que
le génie, que la gloire : c'est le droit (1) ; » on
a déclaré suranné ce dogme antique de l'héré-
dité du pouvoir que l'Empire déchu avait voulu
greffer sur le dogme de la souveraineté popu-
laire. Mais s'il est vrai que l'on ne détruit que
ce que l'on remplace, il est permis d'affirmer
que ce dogme ne semble pas en train de dispa-
raître. « Les traditions sont comme la vérité,
elles régnent alors même qu'on les nie ou qu'on
les persécute : une nation, pas plus qu'un indi-
vidu, ne change à son gré les conditions essen-
tielles de son existence. Elle y est liée comme
l'arbre au sol, comme le fleuve à sa source (2). »
(1) Discours de M. Thiers sur la question romaine, 13 avril
1865. — Depuis que ces lignes sont écrites, la France a
paye noblement sa dette de reconnaissance à M. Thiers, en
l'envoyant à l'Assemblée nationale avec vingt-six nomina-
tions. Lamartine n'en avait obtenu que dix en 1848.
(2) Ces observations, si sensées qu'elles ont le caractère
de l'évidence, ont été faites dans un très remarquable écrit
intitulé : Etude politique . M. le comte de Chambord, publié à
— 12 -
Depuis qu'elle a rompu avec son passé monar-
chique, avec toute son histoire, la France a été,
selon la juste expression de M. Guizot, « comme
un astre qui, jeté hors de son orbite, errant en
tout sens, cherchant sa place et son cours, por-
terait partout sa propre perturbation (1). »
Et pourtant, tout esprit impartial, qui envi-
sagera le passé froidement et sans parti pris,
reconnaîtra, avec le grave historien qui honore
sa verte vieillesse en racontant à la jeunesse
nos glorieuses annales (2), que, « jusqu'au jour
où la France s'est ainsi égarée dans ces espaces
inconnus où l'abîme appelle l'abîme, la maison
de Bourbon s'est montrée digne et capable de
la haute mission que la Providence assigne aux
familles royales ; qu'elle a fidèlement, habile-
ment et heureusement guidé et servi la nation
française dans sa carrière de civilisation et de
gloire (3). »
Bruxelles en 1859, et qui précède la Correspondance du
prince. (Un vol. in-12 de XCIX et 189 p. ; il y a aussi une
édition in-8°.)
(1) La France et la maison de Bourbon avant 1789, p, 21.
(2) Histoire de France depuis les temps les plus reculés jus-
qu'en 1789, racontée à mes petits enfants. (Paris, Hachette.)
(3) La France et la maison de Bourbon avant 1789, p. 21.
— Si nous interrogions d'autres historiens peu suspects,
— 13 —
Ce qui a fait dans le passé notre force et
notre incomparable gloire, c'est l'indissoluble
union de la monarchie et de la nation. Henri IV
a inauguré cette politique vraiment française,
vraiment nationale, au lendemain de nos dis-
nous les entendrions proclamer les mêmes vérités. « La suc-
cession des temps, écrit M. Augustin Thierry, fait apparaître
une suite de rois et de ministres s'employant à cette grande
oeuvre et mettant au service de la même cause tout ce qu'ils
ont d'âme et de génie... De l'avènement de Louis-le-Gros à
la mort de Louis XIV, chaque époque décisive dans le pro-
grès des différentes classes de la roture en liberté, en bien-
être, en lumières, correspond, dans la série des règnes, au
nom d'un grand roi ou d'un grand ministre. » Le seul divorce
entre la royauté et le tiers-état a empèché l'établissement
d'une constitution qui devait compléter la liberté civile et
fonder la liberté politique : " L'accord manqua sur les con-
ditions d'un régime à la fois libre et monarchique ; l'oeuvre
mal assise dos constituants de 1791 croula presque aussitôt,
et la monarchie fut détruite. » (Essai sur l'histoire de la for-
mation et des progrès du tiers-état. Paris, 1853, p. IX-X et
188.) — M. Théophile Lavallée a dit, en parlant des tra-
vaux par lesquels Louis XIV continua l'oeuvre dont les Bour-
bons avaient fait « la pensée dirigeante de leur politique et
l'affaire principale de leur gouvernement : » « Tout fut prévu,
étudié, combiné avec un art parfait, une minutieuse intelli-
gence des lieux, le sentiment national le plus éclairé, le plus
pratique ; tout fut fait aussi sans bruit, sans éclat, comme un
travail ordinaire et obscur; les pièces , les documents, les
détails ont été à peine connus des contemporains : cela s'ap-
pelait tout simplement le règlement des places des frontières...
1.
— 14 —
cordes civiles : « le premier, il porta dans le
gouvernement la pensée habituelle de l'intérêt
public, supérieur à tout intérêt de personne, de
classe ou de parti. » Il donna à la France la
liberté de conscience; il plaça le droit, la justice,
le bon sens et le bien public au-dessus de toutes
les dissensions et de toutes les prétentions reli-
gieuses, aristocratiques ou populaires (1); il fut
non le roi d'un parti, mais, dans toute la force
du terme, le roi de France.
Ces grandes traditions se poursuivirent, à tra-
vers des phases diverses, mais avec une inva-
Rien de moins éclatant et qui éveillât moins l'envie, rien de
plus habile et de plus sûr; tous nos points vulnérables devaient
être couverts ou directement par nous-mêmes, ou indirecte-
mont par nos voisins; en même temps, la triple ligne de for-
teresses qui faisait de la France un camp retranché de vingt
millions d'hommes, la ceinture de petits Etats neutres ou
alliés qui complétait et garantissait notre frontière, nous don-
naient, si besoin était, une base formidable pour des agres-
sions extérieures... Ce grand travail, unique dans l'histoire
moderne, qui n'a jamais été suffisamment connu ni suffisam-
ment admiré, a fait pendant un siècle le salut de la France ;
il est la gloire éternelle des trois personnages qui l'accompli-
rent : Louis XIV, Vauban et Louvois. » (Les frontières de la
France, p. 34, 60-61.)
(1) M. Guizot, La France et la maison de Bourbon avant
1789, p. 8-9.
- 15—
riable constance (1), jusqu'à .l'avènement du
prince qu'on a appelé «. le plus vertueux comme
le plus malheureux des Bourbons. » Des moeurs
pures et simples, le sentiment du devoir, l'hon-
nêteté des desseins et de la vie, des intentions
profondément bienveillantes et humaines et très
peu d'ambition personnelle (2), semblaient faire
de lui le monarque prédestiné pour cette trans-
formation politique et sociale à laquelle il se
prêtait si facilement et si loyalement. Mais la
Révolution était là : « ce n'est point l'esprit de
justice et de liberté, » dirons-nous avec l'illustre
historien que nous no nous lassons pas de citer,
car c'est la voix de la vérité et du bon sens qui
parle par sa bouche, « c'est l'esprit révolution-
naire qui, par violence et par ruse, s'est saisi
alors de la France, s'est dressé devant Louis XVI,
et a rendu vaines les meilleures dispositions et
impossible tout concert sincère et efficace entre
le pays et son roi (3). »
C'est donc de la rupture avec nos traditions
nationales, c'est de l'oubli de notre glorieux
(1) Voir à ce sujet la remarquable étude de M. Guizot.
(2) M. Guizot, l. c, p. 19-20.
(3) M. Guizot, I. c, p. 20.
— 16 —
passé que datent toutes nos infortunes et tous
nos désastres. M. Guizot l'a dit justement :
« Pour les peuples comme pour les individus,
l'ingratitude n'est pas seulement un tort grave ;
c'est une faute qui coûte cher(l). » Après avoir
proclamé Louis XVI le restaurateur des liber-
tés françaises, la nation s'est déclarée, sous son
sceptre, «opprimée et malheureuse; » elle a
trouvé incomplètes et boiteuses les libertés
qu'elle devait au gouvernement réparateur de
la Restauration. « Les révolutions lui ont
appris ce que sont vraiment l'oppression et le
malheur (2). »
Mais si la France, fatiguée de tant d'essais
infructueux, de tant de déceptions, de tant de
maux et de ruines, veut enfin s'arrêter sur
cette pente funeste qui la conduit aux abîmes ;
si, reconnaissant qu' « une révolution est un
suicide accomph' dans le fol espoir d'accomplir
soi-même sa résurrection (3), » et que prolon-
ger davantage la crise révolutionnaire serait
inévitablement arriver à. la mort à travers les
(1) M. Guizot, /. c, p. 19.
(2) M. Guizot, /. c, p. 19.
(3) M. Guizot, /. c, p. 21.
— 17 —
dernières convulsions de l'agonie, la France
cherche résolument à remonter le cours de ce
torrent impétueux où elle s'est laissée entraîner,
quels sont donc les obstacles qui l'empêchent
de renouer la chaîne de la tradition, et de cher-
cher son salut dans le principe tutélaire qui
assura ses destinées à travers les âges ?
Je sais que, comme on l'a dit spirituellement,
la grande route royale est hantée par des reve-
nants (1). Mais je sais aussi qu'il suffit d'un peu
de lumière et de bon sens pour dissiper tous ces
fantômes, qui n'existent que dans l'imagination
populaire. On a pu, sous l'empire d'illusions
aujourd'hui disparues, se priver de ce bénéfice
de la tradition « le plus envié par les pouvoirs
nouveaux et le seul qu'ils ne puissent usurper;
mais se refuser d'y revenir lorsqu'on a tout
essayé depuis sa chute, lorsqu'en retrouvant
tout ce qu'on a perdu, on garde et l'on conserve
tout ce que l'on a gagné, semblerait à notre
génération un odieux parti pris de sacrifier la
France à d'injustifiables préjugés (2). »
Pour faire apparaître cette vérité dans tout
(1) Etude politique. M. le comte de Chambord, p. X.
(2) Idem, p. XCVIII.
— 18 —
son éclat, il importe d'aller au-devant des objec-
tions, de souffler sur ces fantômes occupant la
route qui nous conduirait au port. Entrons donc
résolument sur cette route. Pour mieux faire
apprécier la valeur de ce principe traditionnel
auquel une sorte de respect humain semble
empêcher certains esprits d'avoir recours, étu-
dions-en le représentant. Sa vie, ses paroles,
ses actes, vont nous montrer ce que serait
la monarchie héréditaire en la personne de
HENRI V, et ce que le pays aurait à attendre
du retour de la maison de Bourbon.
Il
Le 29 septembre 1820, du haut du balcon-
des Tuileries, le roi Louis XVIII faisait en-
tendre ces paroles à une foule immense et
enthousiaste :
« Mes amis, votre joie centuple la mienne.
Il nous est né un enfant à tous. Cet enfant
sera un jour votre père. Il vous aimera comme
je vous aime, comme tous les miens vous
aiment. »
Henri- Charles -Ferdinand-Marie-Dieudonné
d'Artois, duc de Bordeaux, venait de naître, et
ce berceau, annoncé dans la nuit du 13 février
par le duc de Berry expirant sous le poignard
de Louvel, était salué par tous comme un gage
— 20 —
d'espérance pour la France et pour l'Europe.
Les poètes chantaient l'Enfant du miracle (1) ; le
nonce, au nom du corps diplomatique, le nom-
mait l'Enfant de l'Europe, titre ratifié par les
souverains étrangers (2) ; et le Journal des Débats
était l'écho du pays tout entier quand il traçait
les lignes suivantes : « Pour vous, jeune enfant,
objet de tant d'amour et de voeux..., vous nous
apparaissez dans nos orages politiques comme
l'étoile apparaît en dernier signe d'espérance au
matelot battu par la tempête. Qu'autour de
votre berceau viennent se rallier les efforts des
gens de bien ; contre ce berceau sacré, que tous
(1) Il est né l'enfant du miracle!
Héritier du sang d'un martyr ;
Il est né d'un tardif oracle,
Il est né d'un dernier soupir !
Aux accents du bronze qui tonne,
La France s'éveille et s'étonne
Du fruit que la mort a porté !...
(LAMARTINE, Méditation xv.)
0 joie ! ô triomphe ! ô mystère !
Il est né l'enfant glorieux,
L'ange que promit à la terre
Un martyr partant pour les cieux !...
(Victor HUGO, Ode VIII.)
(2) Lettre de l'empereur de Russie au roi Louis XVIII.
- 21 -
les complots des méchants viennent échouer!
Croissez pour imiter les vertus de la noble
famille qui vous entoure !... Croissez pour rendre
heureux un peuple qui vous reçut avec tant de
joie et d'espérance (1) ! »
Dix ans n'étaient point écoulés, et l'enfant
tant aimé et si digne de l'être, cet enfant qui,
à huit ans, s'était écrié : « Je veux être Henri IV
second, » et dont les heureuses dispositions fai-
saient dire à son grand-père le roi Charles X :
« Heureuse France, si jamais il est Roi! » devait
prendre le chemin de l'exil. Les témoignages
ne nous manqueraient pas si nous voulions
raconter ces années d'enfance, assombries par
les tristesses de l'exil, mais fécondes, car le duc
de Bordeaux y faisait l'apprentissage des mâles
vertus plus nécessaires encore dans l'adversité
que dans la bonne fortune. Nous pourrions
interroger les visiteurs de Lullworth, d'Holy-
Rood et de Prague, qui nous feraient connaître
l'intelligence précoce du prince, son esprit
(1) Dans une lettre du 6 mai 1821, publiée tout récem-
ment (Bibliothèque universelle de Genève, novembre 187 0),
Maine de Biran saluait « cet enfant précieux auquel se ratta-
chent toutes nos destinées, » et racontait d'une plume émue
es oérémonies du baptême du duc de Bordeaux.
- 22 -
d'observation, son ardente soif de savoir, la
vivacité de ses réparties, la bonté de son coeur;
nous pourrions citer cette parole de Chateau-
briand, au retour d'un voyage à Prague, en
septembre 1833 : « Parmi les enfants extraor-
dinaires que j'ai vus, nul ne m'a autant étonné
que M. le duc de Bordeaux. » Nous n'insiste-
rons pas. Qu'il nous suffise de constater que
M. Barrande, puis Mgr Frayssinous, et avec lui
l'abbé Trébuquet, ce fidèle précepteur que nous
avons vu mourir à Frolisdorf aumônier de son
ancien élève, présidèrent à l'éducation du jeune^
prince; que M. Gauchy l'initia aux sciences;
que le brave La Villate, attaché à sa personne
dès sa plus tendre enfance, fit de lui un hardi
cavalier, un nageur intrépide, et le familiarisa
avec tous les exercices violents; que le colonel
Monnier et le général d'Hautpoul lui firent
connaître toutes les parties de l'art militaire.
L'évêque d'Hermopolis a résumé en ces lignes
le plan de l'éducation de Henri de France :
« Je veux en faire avant tout un honnête
homme, un chrétien qui puisse supporter la
bonne comme la mauvaise fortune. Je lui dirai :
« Il importe peu que vous soyez Roi, Dieu seul
« en décidera; mais ce qui importe, c'est que,
- 23 -
« si vous n'êtes pas sur le trône, chacun voie et
« sente que vous êtes digne d'y monter. » Et,
dans une lettre à Madame la duchesse de Berry,
Mgr Frayssinous écrivait : « Espérons que le
jeune prince tiendra ce qu'il promet : il y a
dans son âme et dans son esprit de quoi faire
un honnête homme, un chrétien sincère et un
grand prince (1). »
De bonne heure le duc de Bordeaux com-
mença cet utile apprentissage des voyages, qui
devait compléter sa sérieuse éducation et lui
faciliter l'usage des langues étrangères, qu'il
possède si parfaitement. Dès 1836, il avait
visité, avec le colonel Monnier, les champs de
bataille qui se trouvent autour de Prague, et,
en 1838, son éducation classique étant achevée,
il avait déjà vu Vienne, Venise, Mantoue et
Milan. Au printemps de 1839, il parcourut, en
compagnie du général Latour-Foissac, du duc
de Lévis et du comte de Locmaria, différentes
provinces de la monarchie autrichienne, la
Croatie, la Hongrie, la Transylvanie, et visita
au retour le champ de bataille de Wagram, où
avaient combattu deux de ses compagnons.
(1) Vie de Mgr Frayssinous, par le baron Henrion.
- 24 -
Dans ces voyages d'observations et d'études,
bien plus que de touriste, les lectures tenaient
une bonne place, et venaient tromper les lon-
gueurs de la route. L'un des compagnons du
prince rapporte que, dans les deux mois consa-
crés à l'exploration des provinces du sud de
l'Autriche, le prince avait lu l'Esprit des Lois,
l'Histoire de la Restauration, l'Histoire de la cam-
pagne de Russie du général de Chambray, et
le dernier Voyage du maréchal Marmont (1). A
la fin de septembre 1839, le prince partit pour
Vérone, où, sous la direction du général Vin-
cent, il étudia le camp formé par Radeztki, et,
traversant Gênes, Livourne, Pise et Sienne, il
arriva à Rome, où il fut reçu solennellement
par le Souverain Pontife, et où il séjourna pen-
dant deux mois et demi.
C'était la première manifestation publique
du prince, qui avait pris récemment ce titre
de comte de Chambord destiné à rester son
appellation dans l'exil. « Ce fut à ce moment,
a dit un de ses plus complets et plus véridiques
historiens, que les préventions qu'on avait
(1) Souvenirs des voyages de Mgr le duc de Bordeaux, par le
comte de Locmaria, t. I, p. 73.
— 25 —
contre l'éducation et la personne de M. le duc
de Bordeaux disparurent entièrement. Ceux
qui avaient conversé avec lui, et il avait admis
tous ceux qui avaient demandé à lui être pré-
sentés, ne pouvaient plus penser qu'il eût reçu
une éducation peu libérale, et l'on comprit
dès lors l'attrait qu'il avait exercé sur le duc
de Cambridge, qui lui disait en le quittant
après les grandes manoeuvres de Vérone : « Je
" voulais aller à Paris, mais maintenant je
« n'irai plus que lorsque je serai sûr de vous
« y trouver. » Henri de France produisit cet
effet sur tous ceux qui approchaient de sa
personne, et qui devinrent comme autant de
témoins qui déposèrent en sa faveur. Non-
seulement, dans les soirées du palais Conti, il
conquérait les sympathies des nombreux visi-
teurs qui accouraient à ses réceptions, mais,
dans les audiences particulières où il acceptait
des conversations plus sérieuses et plus suivies
qu'elles ne peuvent l'être dans les nombreu-
ses réunions, il confirmait la bonne opinion
qu'avaient donnée de lui la bonne grâce de son
maintien à la fois plein de majesté et de cour-
toisie, et le charme d'une parole intelligente
et digne qui disait chaque chose en son lieu,
— 26 —
et parlait à chacun le langage qui pouvait lui
convenir (1). »
Dans ces voyages, d'ailleurs, tout n'était point
donné à l'existence extérieure. La vie de Henri
de France restait une vie d'application et de
travail : « A Rome, disait alors M. de Montbel
à M. de Genoude, il se lève à six heures. A sept
heures, après avoir entendu la messe, il suit un
cours de stratégie militaire avec M. de Locma-
ria, ensuite un cours de philosophie et d'histoire
de la religion avec M. Trébuquet, puis un cours
d'histoire moderne, de droit public et d'éco-
nomie avec moi. Ces études et d'autres travaux'
conduisent jusqu'à deux heures, moment où
commence une autre étude, celle de Rome
païenne et de Rome chrétienne, envisagée dans
ses monuments anciens et modernes, ses gran-
des ruines, ses temples, ses musées et ses pa-
lais (2). » Le caractère politique du prince com-
mençait à se dessiner, et l'on recueillait des
mots montrant quelle idée il se faisait des
devoirs de la royauté : « Si j'étais roi, disait-il,
(1) Henri de France, ou histoire des Bourbons de la branche
ainée pendant quinze ans d'exil, par M. Alfred Nettement
(Paris, 1845, 2 vol. in-8°), t. II. p. 185-86.
(2) Henri de France, par M. Nettement, t. II, p. 195-96.
- 27 -■
« je voudrais être roi de France et non d'un
« parti; je ne demanderais pas aux hommes ce
« qu'ils ont fait, mais ce qu'ils peuvent faire. »
Un homme de l'entourage du gouvernement de
Juillet écrivait de lui à cette époque : « Du jour
« où je l'ai vu à Saint-Pierre de Rome, j'ai été
« frappé de deux choses remarquables en sa
« personne : son air de grandeur et sa prédes-
« tination. » Un personnage de grand sens,
après l'avoir étudié de près, disait dans le même
temps : « C'est un jeune homme qu'on serait
« heureux d'aimer comme ami, s'il n'était pas
« fils de Roi. »
M. le comte de Chambordalla passer quelque
temps à Naples, où, pour la première fois, il
entendit sur la scène la langue de Molière (1),
traversa Rome au retour, et, après un séjour à
Florence, revint à Goritz auprès de la famille
royale. Dans le cours de l'année 1840, il fit un
voyage d'études stratégiques en Bohème et en
Bavière, visita les champs de bataille d'Auster-
litz, de Lutzen et de Bautzen, et parcourut au
retour une partie de la Suisse. Des études mari-
limes à Venise dans l'hiver de 1841, une explo-
(1) Souvenirs, etc., par le comte de Locmaria, t. II, p. 255.
- 28 —
ration de l'Adriatique, en compagnie de l'amiral
de Villaret-Joyeuse(l), ajoutèrent aux connais-
sances spéciales du prince, auquel rien ne res-
tait étranger.
Cette vie active et laborieuse fut interrompue
par un grave accident. Dans une promenade
aux environs de Kirchberg, résidence d'été de
la famille royale, le cheval du prince, en se ca-
brant, se renversa sur lui. Le prince, au lieu de
chercher à se dégager, força l'animal à se rele-
ver, et, dans ce violent effort, sa cuisse fut rom-
pue au col du fémur (28 juillet 1841). M. le
comte de Chambord subit un traitement long et
douloureux, et ne garda de cette fracture, pres-
que toujours mortelle , que la marque de la
faveur providentielle dont il avait été l'objet (2).
Un an plus tard, un autre prince, sur lequel
reposaient bien des espérances, était lancé vio-
lemment hors de sa voiture et succombait à la
suite de celte chute. En apprenant la mort du
duc d'Orléans, M. le comte de Chambord écri-
(1) Voir la lettre du 16 avril 1841 à M. de Villaret-
Joyeuse dans la Correspondance publiée à Bruxelles en 1859,
p. 1.
(2) Voir le récit de l'accident, par M. de Locmaria, témoin
oculaire, dans ses Souvenirs, t. II, p. 473.
— 29 —
vait à l'un de ses amis de France (28 juillet
1842) :
« À la nouvelle du triste événement dont
vous me parlez dans votre dernière lettre, ma
première pensée a été de prier et de faire prier
pour celui qui en a été la malheureuse victime.
J'ai été plus favorablement traité l'année der-
nière , et j'en rends d'autant plus grâce à la
Providence, que j'espère qu'elle ne m'a con-
servé la vie que pour la rendre un jour utile
à mon pays. Quel que soit le cours des événe-
ments, ils me trouveront toujours prêt à me
dévouer à la France et à me sacrifier pour
elle (1). »
(1) On remarquera que cette lettre, publiée par M. Nette-
ment (t. II, p. 246), porte la date de l'anniversaire de l'ac-
cident de Kirchberg.
t..
III
Le voyage de Rome avait été la première
manifestation publique de la personne du Prince.
Le voyage de Londres fut la seconde, plus com-
plète et plus éclatante encore. Dans la Ville-
Eternelle, M. de la Ferronnays avait paru au-
près de Henri de France ; Chateaubriand devait,
bravant tous les obstacles, venir dans la capi-
tale de l'Angleterre répondre du petit-fils de
Henri IV devant la France et devant le monde.
Deux mille Français, à la tête desquels se trou-
vaient des pairs de France, des députés, des
illustrations appartenant à toutes les classes, à
toutes les professions, vinrent rendre leurs hom-
mages à M. le comte de Chambord qui, après
avoir visité l'Ecosse et revu les lieux témoins
des premiers jours de son exil, s'était installé à
Belgrave-Square.
— 31 —
L'effet de cette manifestation fut immense :
chacun fut à même de reconnaître, avec Cha-
teaubriand, que « le Prince comprenait tout ce
qui était grand, qu'il voulait tout ce qui était
juste ; " et les paroles adressées à l'illustre écri-
vain, redites de bouche en bouche, devaient
montrer à la France que M. le comte de Cham-
bord était bien un homme de son temps :
« J'aime la France, avait-il dit, parce que la
« France est ma patrie, et si jamais mes pen-
" sées se sont dirigées vers le trône de mes
« ancêtres, ce n'a été que dans l'espoir qu'il me
« serait possible de servir mon pays, avec ces
« principes et ces sentiments si glorieusement
« proclamés par M. de Chateaubriand, et qui
« s'honorent de tant et de si nobles défenseurs
« dans notre terre natale. »
On retrouve là le prince qui, à la date du
8 septembre 1842, écrivait au marquis de Brézé,
l'éloquent défenseur des principes monarchiques
à la chambre des pairs :
« Vous pouvez être bien sûr du plaisir que
j'aurai à vous voir et à m'entretenir avec vous
des grands intérêts de la France et de tout ce
qui pourra contribuer un jour à son bonheur.
Servir la France, c'est me servir moi-même;
— 32 —
ce sont donc des jours bien heureux, des jours
enlevés à l'exil que ceux que je puis passer avec
des amis comme vous, qui peuvent si bien me
parler de notre pays, eux qui consacrent si uti-
lement, si honorablement leur vie et leurs talents
à la défense de ses véritables intérêts. »
On retrouve également le prince qui aimait à
s'entourer des gloires françaises, et qui écrivait
au général de Latour-Maubourg (14 décembre
1842) :
« En visitant avec lui (le général Foissac) ces
champs de bataille où vous avez si glorieuse-
ment combattu à la tête du corps d'armée que
vous commandiez, je me suis senti heureux et
fier de penser que je compte parmi les amis qui
me sont restés fidèles des hommes comme vous,
qui ont versé leur sang pour la gloire de nos
armes et porté si haut le nom français. Si j'avais
pu vous avoir vous-même pour guide, accom-
pagné par vous et par le général Foissac, je mo
serais trouvé aussi heureux qu'on peut l'être sur
la terre étrangère. »
Les résultats politiques du voyage de Lon-
dres furent précisés dans cette lettre de M. le
comte de Chambord à Chateaubriand :
« En me trouvant avec vous en parfaite com-
— 33 —
munauté d'opinion et de sentiments, je suis
heureux de voir que la ligne de conduite que
j'ai adoptée dans l'exil et la position que j'ai prise
sont de tous points conformes aux conseils que
j'ai voulu demander à votre longue expérience
et à vos lumières. Je marcherai donc avec en-
core plus de confiance et de fermeté dans la voie
que je me suis tracée.
« Plus heureux que moi, vous allez revoir
notre chère patrie. Dites à la France tout ce
qu'il y a dans mon coeur d'amour pour elle.
J'aime à prendre pour mon interprète cette voix
si chère à la France, et qui a si glorieusement
défendu , dans tous les temps , les principes
monarchiques et les libertés nationales. »
Et Chateaubriand répondait :
« Je salue avec des larmes de joie l'avenir
que vous m'annoncez. Vous innocent de tout,
à qui on ne peut reprocher que d'être descendu
de la race de saint Louis, sériez-vous donc le
seul malheureux parmi la jeunesse qui tourne
les yeux vers vous?
« Vous me dites que, plus heureux que vous,
je vais revoir la France. Plus heureux que vous!
c'est le seul reproche que vous puissiez adresser
à votre patrie. Non, Prince, je ne puis être heu-
- 34 -
reux tant que le bonheur vous manque. J'ai
peu de temps à vivre, et c'est ma consolation.
Je vous demande après moi un souvenir pour
votre vieux serviteur. »
Tel apparaissait dès lors en M. le comte de
Chambord l'homme politique. Si l'on veut con-
templer le Prince, l'homme physique et moral,
qu'on lise le portrait tracé par un journal d'Edim-
bourg, le Caledonian Mercury :
« La personne du Prince est extrêmement
prévenante ; le feu de l'intelligence brille dans
ses traits, et il a vivement rappelé à notre esprit
les portraits de son aïeul Louis XIV dans son
jeune âge. Mais, à la majesté de la figure du
grand Roi, il joint une douceur et un charme
d'expression qui lui gagnent rapidement tous
les coeurs. Ses manières sont remplies d'une
affabilité sans apprêt, et d'une bonté dont on a
eu la preuve; entre autres, dans ses questions
multipliées et pleines d'un vif intérêt sur tou-
tes les personnes qu'il a connues ici dans son
enfance. Enfin, il n'est pas un de ceux qui ont
eu le privilège de jouir de sa société qui n'en
soit sorti avise un véritable sentiment d'admi-
ration. »
N'oublions pas de mentionner le profit que
- 35 -
M. le comte de Chambord tira de son séjour
dans la Grande-Bretagne, au point de vue de
ses connaissances spéciales, en visitant avec soin
les usines, les manufactures, tous les grands
établissements publics.
Henri de France avait, le 6 novembre 1836,
perdu son grand-père, le roi Charles X, enlevé
à Goritz par une attaque de choléra. Il fut rap-
pelé brusquement en Allemagne par l'état de
son oncle, M. le duc d'Angoulème, dont la
mort (3 juin 1844) le rendit bientôt chef de la
maison de Bourbon. La notification suivante
fut alors adressée par lui aux cabinets :
« Devenu, par la mort de M. le comte de
Marnes, chef de la maison de Bourbon, je
regarde comme un devoir de protester contre le
changement qui a été introduit en France dans
l'ordre légitime de succession à la couronne, et
de déclarer que je ne renoncerai jamais aux
droits que, d'après les anciennes lois françaises,
je tiens de ma naissance.
« Ces droits sont liés à de grands devoirs,
qu'avec la grâce de Dieu je saurai remplir;
toutefois, je ne veux les exercer que lorsque,
dans ma conviction, la Providence m'appellera
à être véritablement utile à la France.
— 36 —
« Jusqu'à cette époque, mon intention est de
ne prendre, dans l'exil où je suis forcé de vivre,
que le nom de comte de Chambord ; c'est celui
que j'ai adopté en sortant de France, je désire
le conserver dans mes relations avec les cours. »
M. le comte de Chambord ne tarda pas à
s'établir à Frohsdorf, qui devait être, à partir
de ce moment, sa résidence habituelle. Quelle
fut, dès cette époque, la vie du Prince, dans
cette retraite où il allait passer ses plus belles
années -loin de la France, entouré de quelques
amis fidèles et de visiteurs dont le dévouement
ne connaissait point la distance? Ce fut une
vie toute de travail, d'application soutenue,
d'études sérieuses. Pas un livre intéressant ne
paraissait sans fixer l'attention du Prince, qui
cherchait la vérité partout, chez les adversaires
comme chez les amis. M. le comte de Chambord
n'ignorait rien de ce qui se publiait sur l'his-
toire, sur la théorie ou sur la pratique de l'art
militaire; il entretenait une correspondance
suivie avec bon nombre d'hommes éminents,
et l'oeil toujours fixé sur ce grand échiquier
où s'agitaient les affaires européennes, il ne
laissait passer aucun événement sans l'étudier
clans ses causes et dans ses effets. En 1840, le
- 37 -
Prince écrivait à Mgr Frayssinous : « Je m'oc-
cupe de choses graves et utiles, et je vous bénis
tous les jours de m'avoir forcé au travail dans
mon enfance. Je classe et je mets par écrit tous les
souvenirs de mes voyages, et particulièrement
de celui de Rome, qui a été pour moi un grand
sujet de réflexions et d'études (1). » Il avait fait
tout un travail sur les traités diplomatiques et
sur les gouvernements et les hommes qui y
prirent part depuis deux siècles. Dans cette
étude approfondie, il avait puisé la plus saine
appréciation de la situation politique de la France
en Europe : « La force de la France, disait-il
un jour au comte de Locmaria (vers 1841),
réside tout entière dans une communauté d'ori-
gine, de confiance, d'estime et d'intérêts avec
les puissances continentales ; remplacez cette
politique par l'isolement, par des, préoccupa-
tions privées de nature à favoriser les préten-
tions de l'Angleterre, et il faudra se mettre
à sa suite, il faudra se faire petit et renoncer
aux conditions de puissance que nous tenons de
la nation même. Triste destinée pour une nation
comme la nôtre; car si les rois peuvent quel-
(1) M. Nettement, l. c, t. II, p. 5-18;
— 38 —
quefois descendre avec honneur du trône, les
peuples ne peuvent jamais abdiquer leur puis-
sance sans se dégrader (1). »
La correspondance de M. le comte de Cham-
bord, à cette époque, nous le montre occupé à
sonder tons les problèmes politiques et sociaux,
recevant des communications d'hommes distin-
gués, ne négligeant aucune occasion d'acquérir
les connaissances qui le rendront utile à son
pays. A M. Pardessus, le savant jurisconsulte,
il écrit (18 août 1843) : « Le duc de Lévis m'a
remis, Monsieur, les notes dont vous l'avez
chargé pour moi, et je viens vous dire moi-même
que je les ai lues avec tout l'intérêt et l'attention
qu'elles méritent. Votre travail m'a fait d'au-
tant plus de plaisir qu'il traite de questions qui
sont l'objet constant de mes études et de mes
réflexions. En me trouvant d'accord avec vous
sur plusieurs points importants, j'ai été heu-
reux de me voir confirmé dans mes opinions
par les avis d'un homme dont j'apprécie si bien
l'expérience et les lumières. »
A un pair de Franco, le vicomte du Bouchage,
(1) Souvenir des voyages de Mqr le duc de Bordeaux, t. II,
p. 546.
- 39 -
il accuse réception (11 octobre 1844) de deux
mémoires qu'il a reçus : « Je les ai lus, dit-il,
avec d'autant plus d'intérêt et d'attention que
je m'occupe moi-même de ces graves et im-
portantes questions, qui doivent exercer dans
l'avenir une si grande influence sur les desti-
nées des nations ; je regarde comme un devoir
d'étudier dès à présent tout ce qui se rattache
à l'organisation du sort des classes laborieuses.»
« M'occupant aussi moi-même , autant par
goût que par devoir, de tout ce qui se rattache
à l'agriculture, cette source véritable de la
richesse, des nations et du bien-être des classes
laborieuses, écrit-il au colonel d'Esclaibes
(20 septembre 1844), j'éprouve un grand désir
de vous voir et de m'entretenir avec vous... Nous
visiterons ensemble les grands établissements
que le gouvernement autrichien a fondés pour
l'amélioration des chevaux, question dont l'im-
portance n'a peut-être pas été appréciée en
France jusqu'à ce jour. Ce sera un grand bon-
heur pour moi de m'associer ainsi à des recher-
ches qui doivent avoir quelque utilité pour notre
patrie, car ma plus grande consolation sur la
terre étrangère est de m'occuper de tout ce qui
peut contribuer au bonheur, à la gloire et à la
— 40 —
prospérité de la France. » Dans d'autres lettres
(9 septembre 1844, 10 octobre 1846), le Prince
se montre préoccupé des questions d'économie
politique, de finances, d'amélioration du sort
des classes ouvrières.
M. le comte de Chambord est arrivé à l'âge
d'homme. Le moment est venu de l'interroger
sur la manière dont il envisage ses droits, dont
il comprend ses devoirs, sur son programme
politique, sur la ligne de conduite tracée à ses
amis. Sa correspondance va nous fournir la
réponse sur tous ces points.
« Je regarde les droits que je tiens de ma
naissance, écrit-il le 4 février 1844 (lettre à
M. Hyde de Neuville), comme appartenant à.
la France, et bien loin qu'ils puissent devenir,
dans un intérêt personnel, une occasion de
troubles et de malheurs pour elle, je ne veux
jamais remettre le pied en France que lorsque
ma présence sera utile à son bonheur et à sa
gloire. »
« Je ne vois, dit-il ailleurs (lettre à M. de Fon-
taine), dans les droits que, d'après les antiques
lois de la monarchie, je tiens de ma naissance
que des devoirs à remplir. La France me trou-
vera toujours prêt à me sacrifier pour elle. »
— 41 —
« Dieu en me faisant naître, m'a imposé de
grands devoirs envers la France, écrit-il à
M. de Villèle (19 février 1844). Je ne les oublie-
rai jamais. Quand il m'appellera à les remplir,
je serai prêt, sans orgueil et sans faiblesse. »
En félicitant les députés flétris de leur réélec-
tion (19 mars 1844), le Prince appelle de ses
voeux le « jour heureux de conciliation où tous
les hommes sincères de tous les partis, de toutes
les opinions, abjurant leurs trop longues divi-
sions, se réuniront de bonne foi sur le terrain
des principes monarchiques et des libertés na-
tionales. »
Dans une lettre au général Donnadieu, qui
avait accueilli avec légèreté des bruits men-
songers sur son compte, le Prince rappelle que
partout où il a eu le bonheur de rencontrer des
Français, il les a accueillis avec empressement,
sans distinction de rangs, de classes, de condi-
tions, ni même d'opinions, et il ajoute :
« Si jamais la Providence m'ouvre les portes
de la France, je ne veux pas être le Roi d'une
classe ni d'un parti, mais le Roi de tous. Le
mérite et les services seront les seules distinc-
tions à mes yeux. »
Quant à ses amis politiques, M. le comte de
2
— 42 —
Chambord ne cesse de leur recommander « d'ha
biter le plus possible leurs terres et de donner
l'exemple de toutes les améliorations utiles, »
de se « montrer toujours et partout les plus
empressés comme les plus habiles à faire le
bien, » de mettre leur plume au service de la
religion et de la société. « C'est en renonçant à
une vie oisive, écrit-il (19 octobre 1846), en tra-
vaillant au bien-être du peuple et en protégeant
les intérêts du commerce et de l'industrie, que
mes amis doivent chercher à dissiper les pré-
ventions qui pourraient encore exister, et à re-
conquérir cette influence salutaire qu'ils sont
naturellement appelés à exercer et qui peut
devenir un jour si utile au pays. »
Un jour de bonheur vint luire dans cette vie
d'exilé : le 16 novembre 1846, M. le comte de
Chambord épousait l'archiduchesse Marie-Thé-
rèse- Béatrix-Gaëtane d'Este, soeur du duc de
Modène. Une princesse d'une rare vertu, d'un
dévouement à toute épreuve, qui avait dans les
veines du sang de Louis XIV et de la grande
Marie-Thérèse, unissait sa destinée à celle du
chef de la maison de Bourbon. Les deux lettres
qui suivent, adressées à l'ancien tuteur du
Prince, chargé du soin de ses intérêts, apprirent
— 43 —
à la France le mariage du descendant de ses rois
et lui firent connaître sous l'empire de quels
sentiments s'accomplissait ce grand acte :
« Monsieur le marquis de Pastoret, je désire
qu'à l'occasion de mon mariage, les pauvres
aient part à la joie que m'inspire cette nouvelle
preuve de la protection du Ciel sur ma famille
et sur moi, et il me paraît que ceux de Paris
ont un droit particulier à mon intérêt : car je
n'oublie pas que c'est dans cette ville que je
suis né et que j'ai passé les premières années
de ma vie. Je m'empresse, en conséquence, de
vous annoncer que je mets à votre disposition
une somme de vingt mille francs, que je vous
charge de distribuer.
« Dans la répartition de ce secours, vous
n'aurez égard à aucune autre considération qu'à
celle des besoins et de la position plus ou moins
malheureuse de chacun... Je n'ai qu'un seul
regret, c'est de ne pouvoir donner davantage...
Je suis sûr que mus amis sentiront comme moi
la nécessité de s'imposer de nouveaux sacrifices
et de rendre leurs aumônes plus abondantes que
jamais. Ils ne peuvent rien faire qui me soit
plus agréable ; c'est d'ailleurs le grand moyen
— 44 -
d'éloigner de notre commune et chère patrie les
maux qui la menacent, et d'attirer sur elle
toutes les bénédictions qui peuvent assurer son
bonheur. »
« Monsieur le marquis de Pastoret, vous savez
que c'est surtout par des secours distribués aux
classes indigentes que je désire marquer l'heu-
reuse époque de mon mariage et remercier la
divine Providence d'avoir écarté les obstacles
qui s'y étaient opposés jusqu'ici. Quoique forcé
de vivre sur la terre étrangère, je ne puis jamais
être indifférent ou insensible aux maux de la
patrie. En pensant à la cherté des subsistances
et aux justes craintes qu'elle inspire pour la
saison rigoureuse où nous allons entrer, j'ai
cherché comment je pourrais contribuer au sou-
lagement delà misère publique. Il m'a paru que
le meilleur emploi à faire des sommes dont je
pouvais disposer, c'est de les consacrer à éta-
blir, à Chambord et dans les forêts qui nous
appartiennent encore, des ateliers de charité
qui, offrant aux habitants pauvres de ces con-
trées un travail assuré pendant l'hiver prochain,
leur fournissent les moyens de pourvoir à leurs
besoins et à ceux de leur famille. Je vous charge
— 45 —
donc de prendre les mesures nécessaires pour
l'exécution d'un projet que j'aimerais à voir
s'étendre à la France entière. Pour moi, je me
féliciterai du moins d'avoir pu adoucir le sort
de Français malheureux qui, par leur position
particulière, ont encore plus de titres à mon
intérêt. »
Ainsi, au moment où la République de 1848
allait établir ces ateliers nationaux contre les-
quels M. de Falloux fit, à la veille des journées
de juin, un si courageux rapport, M. le comte
de Chambord avait institué des ateliers de cha-
rité dans ses propres domaines.
IV
Le Prince voyaiL venir l'orage. Tout en gar-
dant une réserve commandée par sa situation
et en se refusant à faire une déclaration publi-
que de ses sentiments, il avait approuvé la gé-
néreuse initiative prise par Pie IX ; il faisait
des voeux pour que les desseins de réformes du.
Souverain Pontife ne fussent point paralysés et
compromis par cet esprit révolutionnaire qui,
depuis soixante ans. disait-il, « a déjà été tant
de fois et en tant de lieux le seul obstacle à
l'établissement d'une sage et véritable liberté. »
A l'intérieur, il suivait avec un vif intérêt les
efforts tentés pour obtenir « la réforme de ces
lois injustes qui privent le plus grand nombre
— 47 —
des contribuables de la participation légitime
qui leur appartient dans le vote de l'impôt, et
qui, tenant sous le joug, par l'exagération de la
centralisation administrative, les communes, les
villes, les provinces, les associations diverses,
les dépouillent des droits et des libertés qui leur
sont le plus nécessaires ; » il s'associait à la
« lutte persévérante et courageuse des catholi-
ques de tous les partis en faveur de la liberté de
l'enseignement qui, écrivait-il au général de
Saint-Priest, ne devait avoir d'autre limite que
l'autorité tutélaire dont un sage gouvernement
ne saurait se départir dans l'intérêt de la so-
ciété. » — « Obligé de vivre loin de la patrie, di-
sait-il, je ne puis, hélas! jusqu'ici que me borner
à faire des voeux pour elle, étudiant avec soin
toutes les questions qui intéressent son avenir,
et me tenant au courant de la situation des
choses et des esprits par la lecture assidue des
journaux des diverses opinions et par les cor-
respondances que je multiplie le plus que je puis
avec des hommes.qui appartiennent aux diffé-
rentes nuances de l'opinion royaliste. C'est ainsi
qu'en recherchant tout ce qui me paraît de na-
ture à m'éclairer sur ce qui fait l'objet habituel
de mes méditations, j'espère me trouver prêt
— 48 —
lorsque le cours des circonstances amènera des
événements qui me permettront de travailler
plus activement, plus personnellement au bon-
heur de la France. » (Lettre du 22 janvier 1848.)
La révolution de février éclate, et ses excès,
menaçant l'ordre social, amènent au lendemain
des sanglantes journées de juin un régime de
compression militaire qui laissait bien loin
derrière lui les lois répressives de la monarchie.
Fidèle à son attitude pleine de dignité et de
modération, M. le comte de Chambord, en
réponse à de faux bruits qui avaient couru sur
sou compte, fait la déclaration suivante :
« Français avant tout, je n'ai jamais souffert,
je ne souffrirai jamais que mon nom soit pro-
noncé lorsqu'il ne pourrait être qu'une cause
de division et de trouble; mais, si les espé-
rances du pays sont encore une fois trompées,
si la France, lasse enfin de toutes ces expé-
riences qui n'aboutissent qu'à la tenir perpé-
tuellement suspendue sur un abîme, tourne vers
moi ses regards et prononce elle-même mon nom
comme un gage de sécurité et de salut, comme
la garantie véritable des droits et de la liberté
de tous, qu'elle se souvienne alors que mon
— 49 —
bras, que mon coeur, que ma vie, que tout est
à elle, et qu'elle peut toujours compter sur
moi ! »
N'est-il pas touchant et remarquable de voir,
en ces jours troublés, le descendant de nos rois
demeurer inébranlablement fidèle aux principes
d'une sage liberté, alors que, sous l'empire des
événements, tant de bons esprits en faisaient
bon marché ? Voici le voeu qu'il exprime clans
une lettre à Berryer, en date du 15 juillet
1848 :
« Puissent le spectacle de ces calamités, et
la crainte des maux qui menace l'avenir, ne
point emporter les esprits loin des grands
principes de justice et de liberté publique
qu'en ce temps plus que jamais les amis des
peuples et des rois doivent défendre et main-
tenir ! »
Comme toujours, les royalistes s'étaient mon-
trés au premier rang des défenseurs de la so-
ciété : plusieurs avaient été blessés; tous, comme
l'écrivait le Prince à l'un des combattants de
juin, cligne du grand nom de Montmorency qu'il
devait être l'un des derniers à porter, avaient
« généreusement payé leur dette A la cause
— 50 —
sacrée de l'ordre et de la société tout entière,
menacée de périr. »
Le Roi serait-il seul condamné à ne rien faire
pour la France? Bien des coeurs battaient à la
pensée que bientôt il pourrait être appelé à
mettre un terme aux maux de la patrie; et la
froide diplomatie, en supputant les chances du
scrutin pour la présidence, constatait, à la date
du 29 septembre 1848, que « le candidat qui
pourrait obtenir l'appui du plus grand nombre
d'électeurs, serait le duc de Bordeaux (1). » Mais
M. le comte de Chambord ne pouvait, ainsi que
Berryer le dit plus tard éloquemment du haut
de la tribune, rentrer en France que comme el
premier des Français, le Roi. A d'autres, plus
habiles ou moins scrupuleux, de chercher dans
l'intrigue, la ruse et la violence, les moyens d'ar-
river au pouvoir ; pour lui, il ne devait point
sortir de son attitude digne, réservée, pleine de
(1) Une année de révolution d'après un journal tenu à Paris
en 1848, par le marquis de Normanby, t. II, p. 296. L'au-
teur dit plus loin (p. 299) : « Comme les légitimistes n'igno-
rent pas que le duc de Bordeaux ne peut pas être un candi-
dat légal, il est bien possible qu'ils n'en proposent aucun
autre; mais celui qu'ils adopteront avec ensemble réussira pro-
bablement, à en juger par l'état de l'opinion dans les provinces. «

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