Hernie inguinale épiploique gauche insolite... opération suivie de guérison... par le Dr G.-J. Martin-Saint-Ange

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impr. de V. Goupy (Paris). 1869. In-8° , 20 p., fig..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1869
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PUBLICATION DE LA TRIBUNE MÉDICALE
ÉPIPLOIQUE GAUCHE INSOLITE
CONTRACTÉE ACCIDENTELLEMENT DEPUIS SIX ANS
SYMPTÔMES GRAVES D'ÉTRANGLEMENT
.\lRRÉDUCTIBlLITÉ DE LA TUMEUR PAR LE TAXIS
>\\ OPÉRATION SUIVIE DE GUÉRISON PROMPTE
PAR LE Dr G. J. MARTIN-SAINT-ANGE
PARIS
IMPRIMERIE VICTOR GOUPY
5, RUE GARANCIÈRE
1869
HERNIE INGUINALE
ÉPIPLOIQUE GAUCHE INSOLITE
Contractée accidentellement depuis six ans ; symptômes
graves d'étranglement; irréductibilité de la tumeur
par le taxis ; opération suivie de guérison prompte (1 )
Il y a peu de maladies, dit Gottlieb Richter, en
tête de son Traité des hernies, qui soient aussi
communes, aussi diversifiées dans leur espèce et
leurs suites, aussi dangereuses sous une apparence
de bénignité que les hernies. La variété de cir-
constances qu'offrent les hernies et celle de la
conduite que le chirurgien doit tenir dans leur
traitement sont si grandes, que très-peu d'affec-
tions exigent du praticien autant de sagacité, d'ex-
périence, d'attention et d'adresse...
En effet, une hernie étant donnée, que de ques-
tions n'y a-t-il pas à résoudre avant d'agir? Et
d'abord est-elle récente ou ancienne? réductible
ou irréductible; irréductible par adhérence, par
engouement, par inflammation ou par étrangle-
ment? a-t-elle ou non été contenue par un ban-
dage? quels sont les organes qui la constituent?
(1) La lecture des remarquables et nombreux articles qu
ont paru successivement dans ce journal, concernant la l;i':lo-
tomie, m'engage a publier cette ancienne observation, qui me
paraît avoir un certain intérêt pratique.
1
est-elle véritablement étranglée ou bien enflam-
mée, et en quel point se trouve l'étranglement?
Il faut se souvenir que l'étranglement s'observe
plus souvent sur les petites et les moyennes her-
nies que sur les grosses ; qu'il est plus grave et plus
fréquent lorsqu'une anse intestinale est seule en-
gagée dans le sac herniaire ; que les perforations
de l'intestin étranglé peuvent se produire au bout
de quelques heures et quelquefois ne pas exister
après plusieurs jours d'étranglement; que les per-
forations de l'intestin sont bien moins fréquentes
et se manifestent plus lentement dans l'entéro-
épiplocèle que dans l'entérocèle; que la hernie
étranglée, surtout l'entéro-épiplocèle, peut se ré-
duire spontanément; enfin, que la hernie épiploï-
que enflammée ou étranglée est incomparablement
moins grave que la hernie intestinale étranglée.
Toutefois, des symptômes alarmants, de même
nature, peuvent se produire quand il y a inflam-
mation ou étranglement des organes hernies, sans
qu'il soit possible de déterminer alors rigoureu-
sement dans quelle proportion la cause dyna-
mique et la cause mécanique interviennent. Or,
c'est dans ces conditions défavorables, difficiles et
incertaines, qu'il faut quelquefois prendre sans
retard une détermination, la mort pouvant sur-
venir sans laisser de traces, en occasionnant dans
l'économie une perturbation profonde. Aussi,
quoiqu'en général, daus ces circonstances, on n'o-
père que les hernies étranglées qui contiennent
de l'intestin, et qu'on n'opère pas celles qui ne
contiennent que de l'épiploon, il ne faudrait pour-
tant pas suivre ce précepte en présence de symp-
tômes généraux qui présagent une fin prochaine.
Le fait dont il est ici question, et que je vais relater
avec détails, vient à l'appui de cette manière de
vïiir, en mettant en relief certaines particularités
— s —
qui Jie rendent insolite et par cela même d'un
intérêt pratique incontestable.
Voici ce dont il s'agit :
M. Goumont, marchand et ouvrier marbrier,
demeurant à Paris, rue du Cherche-Midi, 52, âgé
' de cinquante-sept ans, maigre, mais- bien portant,
éprouva, en mars 1855, une douleur vive de courte
durée à l'aine gauche. Cette douleur survint subi-
tement en faisant un grand effort pour soutenir
une lourde charge. En même temps, le malade
sentit une grosseur à l'aine gauche, du volume
d'un petit oeuf de poule, qu'il ne put faire dispa-
raître par une forte pression exercée sur elle. De-
puis ce moment, la grosseur a toujours existé sans
jamais offrir de notables changements dans son
volume. Cependant, dans le courant de l'année
1860, elle devint, à plusieurs reprises, plus volu-
mineuse que de coutume. Il suffisait alors d'une
légère pression pour la réduire à ses dimensions
ordinaires, mais dans aucun cas les manoeuvres
du malade n'ont abouti à la faire disparaître en-
tièrement. Le 9 mars 1861, M. Goumont, qui n'a
jamais fait usage de bandage, a porté assez loin
une pièce en bois pesant environ dix kilogrammes,
et il l'a enfoncée profondément dans la terre. Le
soir même de cette journée fatigante, vers les
quatre heures, il a éprouvé beaucoup de malaise
et il n'a pas dîné. Une douleur assez vive s'est fait
sentir du côté de la tumeur herniaire et dans tout
le côté gauche du ventre. Le Dr Noël, appelé à
neuf heures du soir, constate la présence d'une
hernie très-douloureuse, située dans la région in-
guinale gauche, et après plusieurs tentatives de
réduction restées infructueuses, il prescrit un li-
niment calmant, des cataplasmes de farine de
graine de lin froids, des lavements purgatifs et
une application de sangsues dans le cas où la dou-
— 6 —
leur viendrait à augmenter pendant la nuit. Vers
.onze heures du soir le malade est pris de vomis-
sements qui durent jusqu'au matin presque sans
interruption. A six heures, le Dr Noël le fait
mettre dans un bain tiède; le malade y reste une
heure environ, sans en éprouver le moindre sou-
lagement. Pendant ce court espace de temps il a
encore vomi cinq fois des matières glaireuses. Les
sangsues n'avaient pas été appliquées. A sept heu-
res du matin, sur l'invitation du Dr Noël, je me
rends auprès du malade, et voici dans quel état
nous le trouvons : décubitus dorsal, visage pro-
fondément altéré, la peau du corps cyanosée, l'ha-
leine fétide, le pouls à 120 et très-petit, voix
éteinte, crampes aux mains, aux pieds, aux mol-
lets, qui arrachent des cris plaintifs au malade;
éructations fréquentes et vomissements répétés de
cinq en cinq minutes de matières visqueuses, bru-
nâtres, ayant une odeur stercorale des plus re-
poussantes. Du reste pas de selles depuis trente
heures, suppression d'urine depuis douze heures.
Le cathétérisme fournit à peine deux cuillerées à
bouche de liquide très-foncé et d'une odeur forte-
ment ammoniacale. Le ventre est très-météorisé et
d'une sensibilité extrême au toucher; il en est de
même de la région inguinale gauche, que le ma-
lade protège avec ses mains lorsqu'on veut y tou-
cher. C'est en cet endroit qu'on aperçoit une tu-
meur du volume et de la forme d'un petit oeuf
de poule, située dans le sillon même qui constitue
le pli de l'aine, et au côté externe du cordon
spermatique, à sa sortie du canal inguinal. En ap-
pliquant légèrement la main sur la tumeur on
ressent, quand le malade fait des efforts pour vo-
mir et quand on l'engage à tousser, le choc que
les muscles abdominaux, en se contractant, im-
priment aux viscères de l'abdomen ; mais ce choc
ne se transmet pas d'une manière bien évidente à
la tumeur et ne fait pas varier sensiblement sa
grosseur. En la palpant, ensuite, avec soin, on
éprouve la sensation d'un corps mou, non élasti-
que et assez analogue à celle que procurent les
lipomes. On reconnaît également, à l'aide de ce
moyen, qu'il n'y a point de gargouillement, point
de sonorité dans la tumeur; que celle-ci est pédi-
culée, assez mobile sous la peau et un peu bosse-
lée. Une légère traction exercée sur sa partie ren-
flée permet de constater que son pédicule se dirige
vers l'orifice externe du canal inguinal, qu'il est
d'une certaine longueur et légèrement aplati.
D'après ces divers symptômes, il est permis de ju-
ger que l'on a affaire à une hernie inguinale épi-
ploïque simple. Des manoeuvres de taxis sont alors
essayées de nouveau ; elles sont faites avec tous
les ménagements possibles, vu l'extrême sensi-
bilité des parties, mais elles ne donnent pas plus
de résultats satisfaisants que celles tentées la veille
au soir; la tumeur ne peut être réduite, même en
partie. Toutes ces tentatives de réduction, au reste,
fatiguent considérablement le malade qui semble
être au bout de ses forces et sans le moindre es-
poir. Dans cet état de choses, il s'agissait de pren-
dre immédiatement un parti extrême, afin de faire
cesser les symptômes si graves de l'étranglement;
le malade, au surplus, demandait avec instance à
être délivré de ses cruelles souffrances. 11 fut alors
décidé qu'on procéderait tout de suite à l'opéra-
tion. LeDr Lexcellent, que l'on s'était adjoint pour
cela, fut du même avis. On plaça alors le malade
sur un lit de sangle, et on le soumit à l'action du
chlorofoime. Il s'établit bientôt une résolutif\t
suffisante, avec insensibilité de la peau, apréa
l'emploi de huit grammes environ de chloroforme.
Le taxis de nouveau essayé, dans ces circonstances

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