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Heureusement, il y a Eddy !

De
276 pages

« Eddy Mitchell a évolué avec intelligence tout en restant fidèle à son style.
Eddy Mitchell s’est toujours entouré d’excellents musiciens tant sur disque que sur scène.
Eddy Mitchell n’a jamais eu recours aux scandales ou aux effets tapageurs pour se maintenir en haut de l’affiche.
Eddy Mitchell est un auteur; il signe de son vrai nom, Claude Moine, la plupart des textes de ses chansons.
Eddy Mitchell est un acteur (cinéma et théâtre).
Eddy Mitchell est un dessinateur (sa vocation première, il possède un indéniable bon coup de crayon).

Eddy Mitchell est un artiste complet dont je suis « fan » depuis près de 50 ans. »

Alain Magerotte.


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Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-58044-3

 

© Edilivre, 2013

Dédicace

 

 

A M’man

Heureusement, il y a Eddy !

 

 

Par un beau jour d’automne de l’an 1964 après Jésus-Christ, M’man, gérante d’une boulangerie/pâtisserie dans une commune du Nord-Ouest de Bruxelles, à Koekelberg plus précisément, tombait sous le charme d’une chanson qui passait beaucoup à la radio.

Elle se procurait le disque (66 FB ou 1,64 Euros) par le biais d’un client, vendeur de juke-boxes de la marque Wurlitzer et de singles pour « mettre dedans ». Pour la petite histoire (belge), le client en question connaissait, des années plus tard, un certain succès dans la chanson sous le pseudonyme de Grand Jojo ; « Chef, un petit verre on a soif » et d’autres rengaines du même tonneau… de la haute poésie pour arrière-salles de bistrots !

Il est temps de mettre un terme à ce suspense insoutenable en dévoilant le titre et l’interprète de cette chanson que j’entendais à la maison plusieurs fois par jour ; un slow où voix de velours, guitare, piano, cuivres et chœurs s’unissaient dans une harmonie parfaite pour nous faire décoller : « Toujours un coin qui me rappelle » (« There is always something to remind me ») par un certain Eddy Mitchell.

Sur la face B de ce single sans pochette photo, ledit Mitchell chantait « J’ai tout perdu » (« Not for me »)…. pas tout à fait, puisqu’il venait de gagner un fan ! Je découvrais donc la voix de cet Eddy Mitchell. Mais, au fait, à quoi ressemblait-il ? Mystère…

… Un mystère vite élucidé grâce à l’émission mensuelle d’Albert Raisner (célèbre harmoniciste, rescapé du non moins célèbre « Trio Raisner ») : « Age Tendre et Tête de Bois ». Une émission diffusée sur l’ORTF ; Lille comme on disait alors… c’était grâce à l’émetteur de Lille qu’on pouvait capter les images en provenance de l’ORTF. A cette époque du noir et blanc, nous n’avions que trois postes : Bruxelles français, Bruxelles flamand et Lille…

Le grand Eddy, cheveu court et raie sur le côté, m’impressionnait dans son costume trois pièces. Pris dans un halo de lumière, jambes écartées, moue légendaire ou mine renfrognée (comme on veut), il interprétait ce « Toujours un coin qui me rappelle », entouré de couples enlacés. La magie opérait même chez mon paternel qui constatait : « Tiens, ce gars-là a changé à son avantage… depuis qu’il a fait son service militaire et qu’il n’est plus avec son groupe de voyous… »

Oh, oh… que cachaient donc ces mots lourds de sens ? Voilà ma curiosité aiguisée au plus haut point. Je questionnais aussitôt mon géniteur. Celui-ci m’apprenait que dans un passé récent, cet Eddy Mitchell arborait une tignasse « pas possible » et s’agitait avec frénésie sur des musiques sauvages, accompagné par un groupe dont il ne se souvenait plus du nom.

Il s’agissait, bien sûr, des Chaussettes Noires, premier groupe de rock’n roll français.

L’époque des Chaussettes Noires (1961-1963), je l’ai vécue mais pas connue, ayant plutôt l’âge, alors, de jouer aux cow-boys et aux indiens. Et puis même si j’avais compté quelques années de plus, j’étais coincé dans un milieu bourgeois (petite bourgeoisie, je précise) où l’on méprisait ce rock’n roll, musique barbare, qui bousculait le paysage musical français en donnant un vigoureux coup de pied à la valse musette et autres joyeusetés lénifiantes.

Bref, si gémir n’était pas de mise aux Marquises, la « rock’n roll attitude » n’était pas de mise à la maison.

Une « bonne » et « sage » éducation qui me poursuivait jusqu’à Bastogne (carrefour des Ardennes belges) où je passais mes vacances d’été en compagnie de mes grands-parents paternels. Quand un disque de Johnny Hallyday (celui-là, avec le ramdam fait autour de sa personne, fallait être sourd pour ne pas en entendre parler) passait à la radio, mon grand-père cherchait un autre programme tout en maugréant « C’est encore la bête sauvage ! »

Si on coupait le sifflet au « fer de lance », il est aisé de comprendre combien il était difficile d’entendre les autres… dès lors, je n’ai pratiquement aucun souvenir des Chaussettes Noires, pas même des titres les plus significatifs de leur carrière, enregistrés pour la plupart en 1961, l’année de leur avènement : « Be bop a lula », « Tu parles trop » (« You talk too much »), « Eddie sois bon » (« Johnny be good »), « Daniela » (la plus grosse vente, 800.000 exemplaires), « Betty » (« Baby blue »), « Je t’aime trop » (« I gotta know »), « Hey Pony ! » (« Pony time »), « Fou d’elle » (« Everybody got a date but me »), « Chérie oh chérie » (« Sugaree »), « Dactylo rock », « Le twist » (« The twist ») et « Quand je te vois » (« Pretty little angel eyes »).

Le seul souvenir que j’ai des Chaussettes Noires, date de l’été 62. Et encore… dans le mémorable « Twist du canotier », si je connaissais (pas personnellement, bien sûr) Maurice Chevalier, j’ignorais le nom de ce jeunot impertinent qui criait, moqueur, « Letwist ? » et auquel le vénérable Maurice répondait « Ouais, ouais, ouais, ouais… »

Le twist ! Si le rock, déferlant telle une tornade, drainait par son moyen d’expression un public de violents ; le twist, rythme édulcoré, rassurait et réconciliait les générations. Dès lors, il était admis dans pas mal de foyers, dont le nôtre. Qu’est-ce qu’on a twisté, M’man, ma sœur et moi sur « L’enfant do » de Petula Clark ! A la maison, il y avait d’autres disques qui me « protégeaient » du rock’n roll : « Adonis » par Dalida, « Le Mexicain » par Marcel Amont, « La marmite » par Les Compagnons de la Chanson…

Quand j’ai commencé à collectionner les disques d’Eddy Mitchell, j’ai recherché, bien entendu, ceux commis avec Les Chaussettes Noires. Contrairement aux fans de la première heure, j’effectuais le chemin inverse : London All Stars – Chaussettes Noires. Pas évident ! Le côté démo de ces premiers disques me choquait au point de ne pas les placer aux côtés de ceux enregistrés avec le London All Stars (nom du combo anglais avec lequel Eddy enregistrait depuis octobre 1963). La différence de qualité entre les deux époques était si grande que je doutais qu’Eddy fusse le chanteur du groupe (j’en souris encore aujourd’hui).

Je tentais ainsi de détecter, dans les morceaux des Chaussettes, les modulations vocales d’Eddy qui m’étaient familières. Exemple type : le « yeh eh » dans « Petite Sheila » (1961, « She she little Sheila »)… Pas de doute, c’était bien lui.

J’ai fini par me convaincre que les disques des Chaussettes Noires avaient leur place aux côtés des disques « londoniens » d’Eddy Mitchell. Car si la période « London All Stars » reste la référence du talent de l’Eddy Mitchell « années 60 », l’héroïque période des Chaussettes Noires fleure bon la douce folie d’amateurisme qui la caractérise. Le parcours Chaussettes Noires – London All Stars devient ainsi une suite logique pour un artiste en quête d’évolution, de perfection…

Et pour prouver mon repentir sincère et mon attachement définitif à la préhistoire « Mitchellienne », je profite de l’opportunité offerte par ce livre pour fustiger l’absence d’imagination des médias lorsqu’ils font référence à cette époque. Ce sont toujours les mêmes documents qu’on nous sert : les scopitones « Be bop a lula », « Daniela », « Je t’aime trop », « Fou d’elle », « Quand je te vois » ou le passage, au printemps 1961, des Chaussettes Noires au Golf-Drouot (« Eddie sois bon » en direct) dans le cadre de l’émission « Age Tendre et Tête de Bois ».

Heureusement, il y a des passionnés. Je pense à Christian Nauwelaers, rédacteur à « Juke-box magazine », qui parvient à exhumer des perles rares comme ces quelques minutes d’un documentaire de François Reichenbach tourné en février 1961, lors du Festival International du rock’n roll à Paris (on y voyait Eddy tomber à genoux sur un fougueux « Eddie sois bon ») ou encore ce film d’Henri Calef, Le temps de la fureur, réalisé au mois d’août 1961 à Juan-les-Pins, à l’occasion de la coupe du monde de rock’n roll. Les Chaussettes Noires interprétaient « Be bop a lula ». Comme les moyens techniques n’étaient pas à la hauteur, la bande-son originale était remplacée par un mixage permettant d’entendre la version studio greffée sur les images live.

En attendant le résultat des recherches d’autres fureteurs opiniâtres, on patiente en revoyant les films où apparaissaient Les Chaussettes Noires. Le meilleur était Comment réussir en amour (1962). En effet, impossible d’oublier ce savoureux passage dans lequel Eddy fustigeait Jean Poiret d’un « Alors papa, on fait du vélo ? » pendant que le malheureux s’emmêlait les pinceaux dans un twist vélocipédique. Une réplique digne de s’inscrire dans les anthologies du septième art.

Je ne voudrais pas terminer cette large parenthèse consacrée aux Chaussettes Noires…

… Sans regretter parfois l’attitude négative d’Eddy à l’égard du groupe de ses débuts. Mais, il y a eu, à ma bonne surprise, un medley Chaussettes Noires à l’occasion de ses récitals à l’Olympia du 8 au 12 janvier 1994 (Il est vrai que se profilait à l’horizon, la sortie, sous la forme d’un vieux poste de radio, d’une « intégrale » studio ; Eddy Mitchell Sessions, 1960-1992). Il était donc judicieux, à l’occasion de ses spectacles à géométrie variable (Big Band au Casino de Paris, Country/Rock à l’Olympia, Tubes au Zénith et la Totale à Bercy) de revisiter les différentes étapes d’une extraordinaire carrière…

Lors de sa tournée d’adieu de 2010/2011, Eddy offrait un nouveau medley Chaussettes Noires composé cette fois de « Tu parles trop »/« Daniela »/« Be bop a lula ».

… Et sans reproduire ensuite des extraits de presse rédigés par des journalistes complètement dépassés devant l’ampleur du phénomène rock’n roll :

… Tout comme l’été nous avait apporté Johnny Hallyday soi-même, l’hiver vient de nous faire don des Chaussettes Noires. Après Dieu, les prophètes ! Sur la scène, c’était du pareil au même : un blondasse crépu susurrait dans le micro des borborygmes pouvant à la rigueur passer pour l’incantation au grand sorcier d’une peuplade assez sous-développée pour ne pas connaître les charmes de l’O.N.U.

En fond sonore, l’accompagnement d’une batterie et de trois mandolines « surkilowatées » manœuvrées à la mode des gangsters du répertoire cinématographique américain.

Dans la salle, par contre, c’était autre chose. Hallyday, c’était une soirée de conservatoire par rapport à celle des Chaussettes Noires. De la musique de chambre comparée àune émission publique et publicitaire !

Au premier morceau, les vestes tombaient, au second, les cravates et, au troisième, la petite brune qui confiait, un instant plus tôt à sa voisine, que « Les Chaussettes Noires avaient l’air tout… » exhortait son amie à claquer des mains et reprenait le même constat de bêtise à l’intention, cette fois, du quarteron de P.P.W. (Passera Pas le Week-end) qui résistait sans mal aucun, aux charmes musicaux présumés du quintette…

… Ce fut presque une surboum, jeudi soir, au cinéma L’Alhambra à Mézières, à l’occasion du passage des Chaussettes Noires. On affichait complet bien avant l’ouverture du rideau. Que dire de ce spectacle ? A en faire la synthèse, il suffit de signaler que le bruit, les cris désordonnés et les déhanchements des spectateurs faisaient penser tour à tour, à un concours agricole, aux fêtes de la pleine lune chez les noirs d’Afrique Equatoriale, ou à la phase de l’entrée en transes d’adeptes d’une société secrète à Harlem ou à Brazzaville.

Mais reprenons le fil de nos Chaussettes Noires. On médit du rock et, ma foi, chacun est libre d’en penser ce qu’il veut. Ce n’est pas un fan qui vous parle mais un observateur du spectacle.

Eddy Mitchell, le chanteur à la toison épanouie, triture son micro avec une frénésie vaguement sensuelle, ce qui a tôt fait de mettre en émoi les spectateurs adolescents. Il entonne à sa manière les refrains typiques qui ont nom « Oh Daniela », « Hey Pony » ou « Peppermint Twist ». Dire qu’il les chante est s’avancer beaucoup ! Mais, en tout cas, il sait leur donner le balancement syncopé qui séduit irrésistiblement la clientèle. Ce n’est pas de l’art, oh non ! Mais cela invite à une participation assez frappante, et à laquelle le jeune public se garde bien de résister…

*
*       *

Dans les années 60, la vie d’une chanson était courte. Les idoles des jeunes sortaient un « extended playing » tous les trois ou quatre mois qui se présentait sous la forme d’un disque 45 tours comportant 4 chansons, avec une belle pochette photo, et coûtait 99 FB, soit 2,45 Euros.

L’« extended playing », en abrégé E.P., comportait, en général, un tube et son « second », c’est-à-dire un autre titre qui obtenait du succès mais, évidemment, moindre que le tube… sans cela, ce ne serait pas le « second », logique !

Le « second » du E.P. « Toujours un coin qui me rappelle » était « Fauché », un morceau de H. Havard (« Busted ») qu’avaient interprété Ray Charles et Sam Cooke. La version d’Eddy était une réussite totale… l’archétype de l’adaptation intelligente.

Quand l’artiste avait sorti ses trois E.P. dans l’année, on éditait ceux-ci sur un « long playing » (33 tours), en abrégé L.P., qui comportait 12 titres et se vendait à 199 FB, soit 4,93 Euros.

En conclusion ; il était plus intéressant, pour celui qui avait peu d’argent de poche, d’attendre la sortie du L.P. plutôt que d’acheter les trois E.P. (3x99FB=297FB ou 7,36 Euros). Il faisait une épargne de 98 FB (2,43 Euros) sur l’achat du prochain L.P. ! (Aujourd’hui, un album coûte 18 Euros, soit… 726FB)

Tout cela découlait d’un calcul simple… à condition que toutes les maisons de disques procédassent de la même façon. Ce n’était pas le cas. Certaines, dont celle d’Eddy Mitchell (Barclay), s’ingéniaient à compliquer les choses en ne plaçant que 2 E.P. sur un L.P., les places restantes étant occupées par des morceaux inédits, c’est-à-dire « pas sortis en E.P. » !

Il arrivait aussi qu’un des 4 titres du E.P. ne sorte pas sur le L.P. ! (Vous suivez toujours ?) Donc, si l’on désirait acquérir l’œuvre intégrale de l’artiste…

Ces astuces avaient été lancées aux Etats-Unis, dans les années 50, par le roublard colonel Parker, l’imprésario d’Elvis Presley. Une initiative qui comportait cependant un risque : tous les artistes ne « vendaient » pas comme le King Elvis. Mais en affaire, il y a des risques à prendre. Rappelons qu’il ne s’agit pas que de show, mais aussi de buziness…

Cette pratique m’a valu quelques sueurs froides avec le L.P. VoiciEddy… C’était le soldat Mitchell (premier album solo d’Eddy, sorti durant l’été 1963).

Je possédais, répartis sur 2 E.P., huit titres sur douze… il me manquait donc quatre inédits…

… Et pas moyen de mettre la main sur Voici Eddy… ! Ce fut même l’horreur quand mon disquaire attitré m’annonçait que ce L.P. était retiré du catalogue Barclay. Il me souhaitait néanmoins bonne chance dans ma quête pour le trouver.

Les années passèrent…

En novembre 1976 (décidément l’automne m’était une saison favorable), j’effectuais une énième tentative pour dégotter cette galette, devenue perle rare, en farfouillant dans les bacs d’un disquaire situé derrière la Grand-Place de Bruxelles… et le miracle se produisit ; la jeune fille qui m’accompagnait ce jour-là, le débusquait. Emue aux larmes, elle me dit : Voici Eddy… ; ému aux larmes, je répondis : « Voici mon cœur ! » (… Ils se marièrent et eurent 3 enfants…)

Le vendeur, également propriétaire d’un magasin à Anvers, l’avait ramené de la cité portuaire où il traînait dans sa cave parce que « les chanteurs français se vendaient mal en pays flamand » (sic). Le flamingantisme a parfois du bon.

La pochette de l’album Voici Eddy… C’était le soldatMitchell était splendide et l’est toujours d’ailleurs.

Eddy, buste fier, dans la pénombre, parce que le divorce avec Les Chaussettes Noires n’était pas encore prononcé, portait déjà un regard lointain (ou hautain ?) sur une époque qu’il jugeait révolue. Au verso, dans un ton kaki, notre bidasse, pour lequel la quille était proche, paraissait songeur en méditant sur son avenir.

A la sortie de l’album Frenchy en mai 2003, je ne pouvais m’empêcher de faire un parallèle entre les deux pochettes. Pris en buste, Eddy, dans une pose assez similaire, a toutefois délaissé la pénombre pour, semble-t-il, contempler fièrement 40 années de carrière en solo.

Une interprétation toute personnelle ; je vous en réserve d’autres…

Par contre, pas question d’interprétation personnelle lorsqu’il s’agit de parler de la Classe (oui, oui, avec un grand C, ce n’est pas une faute de frappe) d’Eddy Mitchell. Elle saute aux yeux.

En janvier 2004, je rencontrais Jean-Marie Périer, ex photographe de la revue « Salut Les Copains » (S.L.C.), lors du vernissage de l’une de ses expositions photos qui se tenait à la « Young Gallery » d’Uccle (commune de Bruxelles). A la question de savoir ce qu’il pensait d’Eddy, sa réponse fusait :

« Eddy Mitchell ? La Classe !… Je l’ai vu pour la première fois à la fin de l’année 1962… en Algérie… il était accompagné par Les Chaussettes Noires, mon premier concert de rock !… Tout était parfait ; la musique, les chorégraphies… Eddy et son groupe étaient habillés de la même façon ; costard/cravate… »

Je repensais alors aux cartes postales des Chaussettes Noires. C’est vrai qu’ils étaient élégants ces « jeunes voyous » dans leur costume gris-souris ou couleur lie de vin.

Je revoyais aussi ce petit cahier détachable, « Salut la mode masculine présentée par Eddy Mitchell », paru en 1965, dans un numéro de S.L.C. Les gabardines, les costumes trois pièces, les blazers et les cravates allaient comme un gant à notre rocker.

Mais la Classe d’Eddy ne se limite heureusement pas à l’aspect vestimentaire. Elle est omniprésente dans le soin qu’apporte l’artiste dans la confection de chacun de ses disques (la liste étant trop longue, je m’en tiendrai à deux ou trois exemples) :

– Il s’offrait la crème des musiciens anglais dans les studios Pye à Londres pour ses enregistrements entre 1963 et 1967.

– Ses escapades à Nashville (années 70) lui firent côtoyer le gratin de la Country music.

– Et plus récemment, en 1999, pour Les nouvelles aventures d’Eddy Mitchell, il visitait trois lieux magiques (Memphis, Los Angeles et La Nouvelle Orléans) pour donner à chacune de ses créations la coloration musicale idoine.

La Classe d’Eddy paraît aussi dans le choix de ses rôles au cinéma : l’abominable Nono de Coup de torchon, l’épicurien « ami qu’on aimerait avoir » dans Le bonheur est dans le pré, le touchant Vincent Dubois de Attention ! Une femme peut en cacher une autre !, le flic rocker de Ronde de nuit, le génial « Einstein » dans La totale, l’incompris Maurice dans À mort l’arbitre !…

La Classe d’Eddy s’étalait enfin sur le petit écran durant 16 années (1982-1998), lorsqu’il nous faisait partager sa passion pour le cinéma avec l’émission « La Dernière Séance ». Une manière inimitable de nous transmettre ses connaissances en la matière.

Alors, la Classe, mon bon Monsieur ?… « Ças’commande pas, même à Noël, ça s’commande pas… »*


*  Extrait choisi et, momentanément, retiré du contexte de la chanson « Je chante pour ceux qui ont le blues » (2003).

 

 

Le mercredi 31 mars 1965, j’étais scotché devant le poste de télé. J’avais de la chance, pas de foot au programme et puis, de toutes manières, cette année-là, le Standard de Liège ne participait pas à la coupe d’Europe. Je pouvais donc déguster sans partage l’émission « Age Tendre et Tête de Bois – spécial rock’n roll ».

Albert Raisner jouait au professeur devant le tableau noir en nous faisant découvrir les origines du rock. Il passait en revue les pionniers américains ; Chuck Berry, Little Richard, Bill Haley, Jerry Lee Lewis, Gene Vincent, Eddie Cochran, Buddy Holly et, bien sûr, Elvis. Après les ricains, les anglais ; Billy Fury, Tommy Steele, Les Shadows, Les Beatles, Les Animals, Les Rolling Stones…

Lorsque je me remémore cette soirée, je me dis qu’elle était sacrément bien fichue et que les actuelles sagas du Rock devraient s’en inspirer. En effet, les brillants historiens modernes ont une fâcheuse tendance à situer l’avènement du rock’n roll en Grande-Bretagne en 1962, avec le « She loves you » des Beatles… un titre déjà plus « yéyé » que rock…

Probablement aveuglés par une légitime admiration pour les « 4 garçons dans le vent », ces chroniqueurs patentés plongent, délibérément ou pas, Les Shadows (le groupe de Cliff Richard et d’Hank Marvin) dans… l’ombre. Quant à Billy Fury ou Tommy Steele, ils semblent ne jamais avoir existés pour ces brillants analystes.

C’est d’autant plus regrettable que Les Shadows eurent une influence prépondérante sur bon nombre de groupes anglais… et sur les Chaussettes Noires et les Chats Sauvages !… Ce qui nous ramène sur le plateau d’« Age Tendre et Tête de Bois » du 31 mars 1965 où Dick Rivers, l’ancien leader des Chats Sauvages, chantait « Va t’en va t’en » (« Go now »), son dernier tube. A la fin de l’émission, le même Dick balançait un « What I say » endiablé, exécuté en duplex avec Peter Kraus, le rocker allemand de service.

Toujours dans le cadre des amitiés rock’n rolliennes franco-allemandes, Johnny Hallyday, encore sous les drapeaux, se déchaînait sur un prémonitoire « Johnny reviens ! » (« Johnny be Good »), depuis la caserne d’Offenburg.

Eddy Mitchell, retenu par un gala (mais pas en Allemagne), tenait à être présent malgré tout et nous offrait ainsi en différé, un bijou de 24 carats : « J’avais deux amis » (« Saint-James infirmary »). Une chanson dédiée à deux grands rockers disparus : Buddy Holly, dans un accident d’avion le 2 février 1959 et, Eddie Cochran, dans un accident de voiture le 17 avril 1960.

Albert Raisner et Daniel Filipacchi (patron de S.L.C.) avaient dû se donner le mot : le numéro 32 (mars 1965) de la célèbre revue était plus Rock que d’habitude : Eddy Mitchell et Dick Rivers, tous deux vêtus de noir, sur fond rouge vif, faisaient la couverture. Un long reportage leur était consacré. Quant à Johnny Hallyday, il se réjouissait, dans La Lettre de Johnny, de la bonne forme de ses deux frères d’armes du Rock et de la bonne santé de cette musique, mon général !… pardon, en général…

Sur le 11ème E.P. d’Eddy Mitchell, « J’avais deux amis » était le « second » de « Si tu n’étais pas mon frère » (un des premiers morceaux de rock français), une composition du tandem R. Bernet – G. Magenta.

Le phrasé rock d’Eddy était tel que j’éprouvais parfois du mal à comprendre certaines paroles. Dans « Et tu pleureras » (65), j’ai mis du temps à comprendre « Leurs belles phrases toutes faites (te feront pitié)… »

Par contre, la liaison dangereuse dans « Si tu n’étais pas mon frère » ne m’avait pas échappé « … tu n’aurais pas dû z’y toucher ! »

Des petites erreurs, tout le monde en commet… Françoise Hardy, l’intello de la bande, ne chantait-elle pas « C’est à l’amour auquel je pense » au lieu de « C’est à l’amour que je pense »…

Autre constatation : les textes d’Eddy ! Différents des complaintes auxquelles ses confrères nous habituaient.

Qu’est-ce qu’ils avaient les amours malheureuses ces jeunes chanteurs ! Les titres des chansons étaient éloquents : « Ne t’en vas pas », « T’en va pas comme ça », « Derniers baisers », « Tu n’es plus là », « Je ne peux pas t’oublier », « J’irai pleurer sous la pluie », « Je ne suis plus rien sans toi », « Je m’sens très seul », « Sans toi ma mie », « J’y pense et puis j’oublie », « Moi je pense encore à toi », « En écoutant la pluie », « Mourir ou vivre », « Ne me dis pas adieu », « Maintenant tu veux partir »,… la liste est loin d’être exhaustive.

« Si tu n’étais pas mon frère » détonnait : « … Avec toi qui fut mon frère, hein !, elle peut très bien s’en aller, à vous deux vous faites la paire, vous étiez fait pour vous aimer… »

Dans le style « tu veux partir, Berthe, et bien, salut ! », Eddy était un récidiviste : « … Si Johnny veut bien t’aimer, s’il peut te supporter, va-t’en sans perdre de temps, bye… » (« Johnny merci », 1964).

Conséquence : Eddy Mitchell était étiqueté « chanteur pour garçons » ; les filles préférant la « romantique attitude », l’amoureux transi. Même « Toujours un coin qui me rappelle » n’y changeait rien.

« Eddy le dur », moi, je trouvais ça chouette. D’un naturel timide et doté d’une propension à la solitude, les filles me faisaient un peu peur et je ne comprenais rien à leur psychologie. Dans les films, elles avaient souvent un comportement qui me désarçonnait voire qui m’exaspérait. Je pestais de voir un héros de western fondre comme neige au soleil pour les yeux d’une femme. Les scènes d’amour au clair de lune, près d’un ranch, m’enquiquinaient royalement. De plus, ces scènes avaient l’art de ralentir l’action du film…

En se trouvant un hymne, le « Satisfaction » des Rolling Stones, le rock s’ancrait solidement dans les mœurs anglo-saxonnes.

En France, cette musique éprouvait plus de mal à se maintenir, même si elle fêtait son premier lustre d’existence et si, ses deux principaux représentants le défendaient âprement ; Eddy, à travers son nouvel album Du Rock’n roll au Rythm’n blues, et Johnny, en lui hurlant sa flamme dans « Rock and roll musique » (« Rock and roll music »)…

Insensible aux appels de nos deux hérauts, le pays du camembert et du beaujolais faisait les yeux doux à une nouvelle génération de chanteurs romantiques. Il y eut d’abord, en éclaireur, Guy Mardel (un ancien étudiant en droit) et son « N’avoue jamais ! »

Bingo ! La brèche s’ouvrait. Trois sirops de la même veine s’y engouffraient. Des slows assassins. Durant tout l’été, ils tenaient les stations de radio en otage : « Aline » (Christophe), « Capri, c’est fini » (Hervé Vilard) et « Le ciel, le soleil et la mer » (François Deguelt)…

Et, cerise sur le gâteau, Salvatore Adamo triomphait à l’Olympia au mois de septembre. Le sympathique belgo-sicilien n’était pas un inconnu des rockers. Il les avait déjà titillés dans « En blue-jean et blouson d’cuir ». Maintenant, il rétablissait l’autorité parentale en demandant poliment « Vous permettez, Monsieur ? », avant d’inviter une jeune fille à danser. Et quand il s’extasiait devant « Les filles du bord de mer », c’était avec une pudeur désuète… on se croyait revenu à La Belle Epoque…

Pour dénoncer et admonester tout cela, Eddy Mitchell imaginait une riposte avec « Et s’il n’en reste qu’un » (C. Moine-J.P. Bourtayre). Une riposte teintée d’humour car, après tout, il y avait des choses bien plus graves en ce bas monde, pas vrai ?

« Et s’il n’en reste qu’un » était cependant pris au premier degré, le public voyant ainsi Schmoll s’ériger en gardien du temple du rock.

« Certains veulent s’asseoir auprès de leur âme, dans l’espoir d’y trouver un barbu sans barbe, qui leur dise mes amis à Capri c’est fini, moivoici ce que j’aime, et très fortje le crie… que s’il n’en reste qu’un je serai celui-là… »

Eddy Mitchell se piquait au jeu. Lors de son passage à Bobino (19 janvier 1966 au 17 février 1966), il parodiait Adamo en chantant un imaginaire « Tango des jonquilles » qu’il interrompait brusquement pour haranguer le public :

« Et vous aimez ça ? »

Aux « non » de la foule, Eddy enchaînait sur « What I say », un classique de Ray Charles.

Quelques années plus tard, en 1979 dans l’émission « Les Nouveaux Rendez-vous » de Michel Drucker, les esprits s’étant calmés, Eddy mettait définitivement les choses au point en confirmant à l’un de ses plus chauds partisans, Georges Brassens, qu’il fallait prendre « Et s’il n’en reste qu’un » au second degré. Le brave Georges s’étant, lui aussi, laissé séduire par ce credo, cette profession de foi.

Sur le E.P. « Et s’il n’en reste qu’un », le « second », « Et tu pleureras », restait la plus belle réussite du tandem C. Moine-M. Shuman. Une chanson intense comme l’écrivait Eric Vincent dans S.L.C.

Intense, tant au niveau des paroles qu’à celui du son « spectorien » (Phil Spector, le producteur « fou », était connu pour superposer plusieurs fois les mêmes instruments en studio afin d’obtenir un mur du son, le fameux wall of sound).

« Et s’il n’en reste qu’un » se terminait sur le riff d’introduction de « Satisfaction »… titre que Schmoll avait repris sur le E.P. précédent.

« Satisfaction » devenant ainsi « Rien qu’un seul mot ». Ouais… peut-être que « Satisfaction » aurait mieux convenu à Johnny au style plus dirty… et puis, les paroles françaises étaient banales par rapport au texte provocateur de l’original…

Par contre, la provocation venait plutôt dans l’interprétation de « Satisfaction » à l’émission Télé-Dimanche du 20 mars 1966. En effet, tout en chantant, Schmoll allumait un énorme cigare qu’il faisait tournoyer entre ses doigts. A plusieurs reprises, notre rocker tirait des grosses bouffées. Mais, à bien réfléchir, était-ce vraiment de la provoc’? Ce qui était permis hier ne l’est plus aujourd’hui. J’imagine l’indignation qu’une telle attitude susciterait de nos jours…

Sur le E.P. « Rien qu’un seul mot », outre « Revoir encore », il y avait deux chansons reprises du répertoire de Tom Jones : « J’avoue » (« Untrue ») et « Je n’ai qu’un cœur » (« I’ve got a heart »)…

Du coup, certains médias n’hésitaient pas à parler du « Tom Jones français »…

« C’est sympa mais, restons sérieux, il chante mieux que moi » rétorquait Schmoll. Et modeste avec ça.

A l’instant où je rédige ces lignes, il pleut… il pleut comme souvent à Londres. Je n’y suis pas encore allé, mais c’est ce qu’on dit. C’était sûrement pour cette raison qu’Eddy Mitchell avait revêtu un trench-coat (identique à celui que porte Lino Ventura dans Le deuxième souffle) sur son nouvel album, Perspective 66.

Mains enfoncées dans les poches, Schmoll se postait au coin de la MitchellStreet. Perspective 66 comportait huit titres originaux contre quatre adaptations et Perspective 66 était le 6ème album solo en 3 ans… quel rythme !…

Voici Eddy… et Eddy in London en 1963, Panorama et Toute laville en parle, Eddy est formidable en 1964, Du Rock’n roll auRythm’n blues et Perspective 66 en 1965.

Dès le départ, Eddy Mitchell prenait la bonne habitude de donner des titres à ses albums. Très pratique pour le recensement. D’autres artistes, du moins dans les années 60, ne prenaient pas cette peine. Pour exemple, je citerai Claude François (le chouchou de ma sœur) et Dick Rivers. On désignait leurs albums en fonction de la pose de l’idole ou d’une particularité vestimentaire.

Pour Clo-Clo, ça donnait : la chemise à lignes, le nœud papillon, les bras croisés…

Pour Dick : la chemise verte, le poing sous le menton, le tas de gravier…

 

 

1966. Le samedi matin, j’aimais me rendre dans la Galerie du Commerce qui faisait la jonction entre la Place des Martyrs et la Rue Neuve dans le centre de la ville.

Libraires et bouquinistes entassaient, pêle-mêle, sur des tréteaux, des livres et des revues d’occasion. Il fallait une patience d’ange pour fouiner dans toutes ces piles. Au début, je recherchais les livres de Bob Morane manquant à ma collection. Henri Vernes, l’auteur, avait déjà soumis son héros à un sacré nombre d’aventures. La première, « La Vallée Infernale », datait de 1953.

A présent, devenu super fan du grand Eddy, j’essayais de mettre la main sur des revues dans lesquelles on parlait de lui. Car, il n’y avait pas que S.L.C. dont on trouvait facilement les numéros étant donné que ce mensuel bénéficiait d’un plus gros tirage que les autres revues du genre.

Je découvrais aussi : « Nous les garçons et les filles », « Age tendre », « Disco-Revue » (D.R.), « Bonjour Les Amis » (B.L.A.), « Juke-box » (revue belge), la petite sœur d’S.L.C., « Mademoiselle Age Tendre » (M.A.T.), « Ciné Music-Magazine », « Music-Hall »…

Des magazines qui, à l’époque, n’étaient pas encore exploités dans le cycle infernal de l’offre et de la demande imposé par les « marchands ». On se les procurait à des prix dérisoires.

D.R., « La Revue des Rockers », avait été lancé en septembre 1961 par un jeune nancéen, Jean-Claude Berthon. Les yéyés y étaient bannis. En avril 1963, le résultat d’un référendum (« Le Goût Des Lecteurs ») donnait Eddy Mitchell vainqueur devant Elvis, Gene Vincent, Eddie Cochran, Dick Rivers…

B.L.A. était une revue toulousaine. La Lettre d’Eddy, pendant de La Lettre de Johnny (S.L.C.), paraissait durant 24 numéros.

Si S.L.C. ne consacrait que deux couvertures à Eddy (N° 4, novembre 1962 et N° 32, mars 1965, partagée avec Dick Rivers), B.L.A. lui faisait l’honneur de 6 couvertures (5+1 partagée avec d’autres artistes).

Pour les amateurs de Schmoll, le plus beau numéro de B.L.A. est le « Spécial Eddy Mitchell » (mai 1963) comportant plus de 40 pages.

Cela étant dit, S.L.C. consacra de nombreux grands articles à Eddy, en vrac : « Les Chaussettes Noires en Algérie » (63), « Heureusement, il y a Eddy » (63), « Le domaine privé d’Eddy Mitchell » (64), « Le clan d’Eddy Mitchell » (64), « Et s’il n’en reste qu’un, ce sera celui-là » (66), « Je vis comme je veux par Eddy Mitchell » (66), « Ce qu’en pense Eddy Mitchell » (67), « Bons baisers du Texas par Eddy Mitchell » (67), « Plans et secrets d’Eddy 68 », « La passion selon Saint-Schmoll » (68), « Je suis le cow-boy français » (68), « Quand Eddy médite » (69), « 10 ans… ou un rocker se penche sur son passé » (1970), « Eddy Mitchell : ma maison taillée dans le Rock ! » (1971), « Le disque TERRIBLE de Mitchell » (71), etc…

Le 23 janvier 1966, Eddy Mitchell était la vedette du « Palmarès de la Chanson » du créatif Guy Lux. Au programme également, un coup de chapeau à… l’accordéon (chassez le français, il revient au galop).

A la cantine de l’ORTF, Schmoll et l’accordéoniste Aimable (qui l’était peu ce jour-là) avaient une prise de bec… Guy Lumière avait déjà été mieux éclairé dans la composition de ses programmes.

Cette altercation était relatée dans « Ici Paris » ; un journal que la concierge de l’immeuble lisait et me donnait quand il y avait un article sur Eddy… c’est-à-dire rarement…

Je me souviens pourtant de ce titre choc : Les deux femmes d’Eddy Mitchell !… A la lecture, on apprenait qu’il s’agissait de son épouse Françoise (pour l’amour) et de son imprésario Evelyne Langeais (pour le travail)…

Eddy la Classe (rappelez-vous) ne se répandait pas dans les journaux à scandales (c’est toujours d’actualité)…

« Je m’exprime par la scène et non pas par ma vie privée » clamait-il à qui voulait l’entendre, cédant ainsi volontiers la place aux abonnés d’« Ici Paris » et de « France Dimanche » qu’étaient Johnny, et forcément Sylvie, Claude François, Sheila, Dalida…

Question pudeur, Schmoll en remettait une couche dans un numéro de « Nous Deux » (mars 1966) :

« Vous me demandez pourquoi je signe mes textes Claude Moine et non Eddy Mitchell ?… Et la pudeur, qu’en faites-vous ? Décidément, vous me connaissez très mal… »

Ainsi ce « Claude Moine », qui apparaissait sur la plupart des pochettes de disque, et Eddy Mitchell ne faisaient qu’un !

Au mois de mars 1966, paraissait le E.P. « De la musique » et son « second » « Fortissimo ». C’était le 15ème E.P. solo d’Eddy. Il contenait également le plus long titre du répertoire de Schmoll : « La triste histoire (… ou l’on voit que la vie est parfois cruelle envers les humains qui se cherchent une vocation) » et confortait celui-ci dans son statut de roi incontesté du court-métrage musical.

La pochette de ce disque sera reprise dans les Eddy MitchellSessions (1960-1992) ; C.D. N° 4 : Repose Beethoven, 1963-1964)… et tant pis pour l’anachronisme photographique.

Le 7 avril 1966, Eddy Mitchell, Claude François, Hugues Aufray, Dick Rivers et Françoise Hardy, étaient les invités de Johnny Hallyday à l’occasion du « Palmarès de la Chanson » consacré à l’idole des jeunes. Si Clo-Clo choisissait d’interpréter « Retiens la nuit », Schmoll jetait son dévolu sur « I got a woman »… dommage… l’anglais/yaourt d’Eddy prêtait plutôt à sourire…

A propos de chanter en anglais… pour la deuxième année consécutive, au mois de mai, la commune de Woluwé Saint-Lambert reconstituait sur son territoire (à l’emplacement du futur Wolu Shopping Center) une petite ville de l’Ouest américain, baptisée Wolu-City.

Les nostalgiques de Rio Bravo et de Vera Cruz pouvaient, durant quelques jours, se prendre pour John Wayne ou Burt Lancaster. Des concerts étaient organisés.

En 1966, l’affiche proposait, entre autres, Antoine et ses Problèmes ainsi qu’Eddy Mitchell and his Rockers…

Dès son entrée en scène, Schmoll était conspué par une bande d’énergumènes appartenant à un club de Rockers belges, « Les Aigles ». Les types ne supportaient pas que l’on chante du rock en français ! Bel exemple de tolérance…

L’année précédente, ces « Aigles » avaient bombardé Claude François à coups de tomates au festival de Châtelet, un festival où passaient également Eric Burdon et Les Animals.

Cependant, ils ne laisseront pas Eddy sans voix (même La Grande Muette n’y était pas arrivée entre mars 1962 et août 1963). Celui-ci ira jusqu’au bout de son spectacle. Pour l’anecdote, Schmoll s’adressa à l’un de ses guitaristes en désignant le plus agité de la bande :

« C’gars-là, y vaut la peine, faudrait songer à l’empailler ! »

Un des membres de ce club « Les Aigles » sévira plus tard, en qualité de critique/Rock, dans les colonnes de l’hebdomadaire belge « Télé-Moustique » sous le nom, non pas de « l’empaillé » (ce n’était pas lui...