Histoire d'un jeune marin faite et vendue par lui-même. Nouvelle édition. (Signé : Jean Tabuteau. [12 mars 1855.])

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impr. de Mercier et Devois (Rochefort). 1870. In-8° , 48 p., fig..
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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HISTOIRE
D'UN
Faite et vendue par lui-même.
NOUVELLE EDITION.
Zénobie
ROÇHEFORT
IMPRIMERIES MERCIER ET DE VOIS, RUE DES FONDERIES, 72.
1870.
HISTOIRE
D'UN
Faite et vendue par lui-même.
NOUVELLE ÉDITION.
Zénobie.
ROGHEFORT
IMPRIMERIES MERCIER ET DEVOIS, RUE DES FONDERIES, 72.
1870.
La veille du jour où son beau-père vint le chercher.
HISTOIRE
ECRITE PAR LUI-MEME.
Vous aurez lieu d'admirer, chers lecteurs, en lisant
cette histoire, la bonté infinie de la divine Providence;
vous reconnaîtrez qu'il y a un Dieu juste, bon, miséri-
cordieux, qui soutient les malheureux orphelins et pro-
tége l'innocence opprimée. Cette histoire, je la fais non
pas pour faire connaître la méchanceté et le peu de
coeur de quelques personnes que j'ai rencontrées dans
le courant de ma vie, mais pour donner connaissance
des malheurs qui se sont continuellement opposés à
mon avancement.
Je suis fils d'un cultivateur que j'eus le malheur de
perdre dans ma plus tendre enfance; ma mère se re-
maria avec un homme qui était loin de posséder les
bonnes qualités de son premier époux. Plus jeune que
mes quatre frères et par conséquent moins raisonnable,
j'étais toujours rebuté de mon beau-père dont je sup-
_ 4 —.
portais le courroux en silence. Dès mon plus, bas âge
mon existence commençait à être bien malheureuse.
Bientôt le Ciel envoya une compagne à mes souffrances
sous la forme d'une petite soeur qui (ut confiée à ma
garde à l'âge où elle avait besoin de tant de soins. Nos
parents se rendaient pour leurs affaires à toutes les
foires voisines ; mais en partant ils fermaient la porte
de la maison et emportaient la clé, nous laissant ainsi
dehors sans pain et sans eau, en nous recommandant
de passer chez nos voisins le temps de leur absence.
Un jour, entr'autres, qu'ils nous avaient laissés comme
d'habitude, voyant arriver la nuit, et n'ayant rien à
manger, je fis un tas de pierres au-dessous d'une fe-
nêtre qu'ils avaient laissée ouverte, et, à l'aide de celte
échelle improvisée, je fis entrer ma petite soeur dans la
•maison, j'eus ensuite beaucoup de peine à y parvenir
moi-même..Notre premier travail l'ut de nous jeter sur
le pain comme des affamés, et n'ayant pas de couteau,
nous l'émiettâmes forcément. A son retour, mon beau-
père s'en aperçut immédiatement, et. après m'avoir
frappé cruellement, il m'annonça qu'une autre fois il
attacherait le pain au plafond. D'après ce fait choisi
entre mille autres pareils, nos voisins ne comptaient
guère sur la vie de ma petite soeur âgée de 15 mois,
et néanmoins je devais être son plus cruel bourreau
Voici de quelle manière arriva cet accident qui de-
vait avoir pour moi de si funestes conséquences : ma
mère ayant mis un coffre à sécher devant la maison,
je m'amusai à y renfermer ma petite soeur, et comme
elle voulut en sortir je lâchai le couvercle et lui cassai
un doigt. Egaré par le désespoir et placé entre la
crainte de mon beau-père et le spectacle des souffran-
ces de ma petite soeur, je m'enfuis de la maison pater-
nelle.
Je n'avais alors que sept ans, malgré cela je partis
pour me rendre chez mon parrain bien que privé de
toute ressource. J'y restai trois jours, après lesquels
il me conseilla de retourner chez mon beau-père. En
le quittant, je fis la rencontre d'un aveugle qui me
barra le chemin en me demandant s'il était dans la
bonne voie pour aller à un village situé non loin de là.
Je le pris par la main et me mis a le conduire ; chemin
— 5 —
faisant, il me demanda si je voulais être son conduc-
teur moyennant 3 francs par mois ; j'acceptai de grand
coeur ; mais un jour, l'ayant mal conduit, il me donna
quelques coups de bâton et je l'abandonnai aussitôt,
aussi pauvre que le jour où j'avais fait sa connaissance.
Bientôt j'aperçus un château vers lequel je dirigeai
mes pas. Je demandai à être reçu au nombre des do-
mestiques, où je restai quelque temps assez heureux ;
mais un jour, en allant faire boire les chevaux, je m'ef-
frayai à la vue d'un gros chien qui se trouvait dans le
carré et je m'enfuis. Le maître m'ordonna aussitôt de
rentrer, et comme j'hésitais il me congédia sur le
champ.
Craignant le courroux de mon beau-père, je cher-
chais toujours à m'en éloigner ; j'arrivai bientôt à un
petit village où je demandai une place à un cultivateur
qui me confia la garde d'une truie-mère. Cet animal
très malicieux me faisait faire ries courses à en per-
dre haleine ; un jour étant fatigué de courir, je l'écar-
tai dans le bois, mon maître me gronda beaucoup ;
quelques jours après il se dirigea vers un autre bois
où se trouvait un cheval mort qu'il mangeait avec vo-
racité, je le pris par la queue et le frappai à grands
coups. Pour comble de malheur, mon maître s'en aper-
çut et me congédia encore.
Je me rendis alors chez un frère de ma mère qui
me conseilla de retourner chez mes parents, je fis
semblant de m'y rendre et je pris la roule opposée.
Arrivée un petit bourg je rencontrai un jeune couple
qui fut ému de pitié en me voyant les pieds et la tête
nus sous un soleil ardent et sur une route garnie de
pierres aiguës: Le jeune homme me mit sur ses épau-
les, me porta chez lui et me demanda quel était le but
de mon voyage ; sur la réponse que je lui fis, celle que
je cherchais une place pour ma nourriture seulement,
il me fit passer la nuit chez lui, et le lendemain il m'a-
dressa à une riche maison située non loin de là ; mais
une femme qui y était employée m'en détourna et nie
conduisit chez elle pour l'aider dans ses travaux. A
peine fûmes-nous arrivés qu'elle prit mon habit pour
racommoder le sien, et elle me fil promettre de l'ap-
peler ma tante. J'acceptai avec reconnaissance, espé-
— 6 —
rant m'éloigner par là davantage de mes parents. Elle
me plaça dans une maison où je gagnai quarante cen-
times par jour, mais je ne touchais rien ; sur cela
je fis quelques observations, on me répondit que ma
tante venait,chercher le prix de mon travail. Je m'é-
criai hautement qu'elle n'était pas ma tant- et je ra-
contai comment j'avais fait sa connaissance ; dès ce
jour je reçus moi-même mon salaire.
Je ne lardai pas néanmoins à laisser dans un grand
embarras mon maître et ma nouvelle tante, car je crai-
gnais toujours de voir arriver mon oncle et ma mère
qui étaient à ma recherche. Sans savoir où j'allais, je
traversai une forêt près de laquelle je vis un grand
château vers lequel je me dirigeai ; m'etant trompé de
roule, je fus obligé de faire le tour d'un étang, et n'é-
tant arrivé qu'à la nuit je dus coucher dans la grange.
Le lendemain, n'ayant pas trouvé de place, je conti-
nuai mon chemin et fis rencontre d'un bouvier qui me
prit avec lui; un jour, m'ayant laissé seul avec la char-.
rue au bord d'un précipice, je voulus faire marcher
les boeufs qui obliquèrent à gauche, et tombèrent dans
l'abîme : un des boeufs resta suspendu ; j'appelai du
secours et on réussit à les dégager. Craignant alors
quelques mauvais traitements de la part du bouvier qui
était fort brutal, je m'enfuis au travers des landes et
j'arrivai la nuit dans un village.où un cultivateur me
prit à son service. Il m'envoyait tous les jours dans
ses landes avec un morceau de pain et quelques pom-
mes de terre pour toute nourriture ; quoique peu déli-
cat je ne m'en accommodais guère, mais heureusement
que mes compagnons de bergerie, en reconnaissance
ne. ce que j'avais sauvé leurs moutons, me donnaient
souvent de leurs vivres. Un soir, le maître s'étant
plaint que les moulons n'étaient pas bien nourris, je
lui répondis que j'avais autant de soin de ses brebis
qu'il, n'en avait de moi, et je le laissai, regrettant mes
compagnons dont un m'indiqua un château voisin où
je fus reçu, mais quelques jours après la maîtresse à
moitié folle se pendit, et le mari congédia tous ses do-
mestiques.
En butte alors aux caprices de la fortune dans une
■ ville où je guettais l'arrivée des voitures pour porter
-7 - .
les paquets des voyageurs, je fus employé tout l'été à
traîner, moyennant soixante centimes par jour, un
homme assez riche qui était paralysé ; mais, au com-
mencement de l'hiver, cette ressource m'ayant manqué,
je fus employé chez une dame où je passai toute la
mauvaise saison. Elle me céda ensuite à une de ses
amies, qui était poitrinaire, et où j'étais fort heureux;
je n'avais qu'une' ânesse à garder. Un jour, mes cama-
rades me tentèrent d'aller avec eux chercher des noi-
settes et des nids, après un moment d'hésitation j'ac-
ceptai et nous y passâmes la journée. Le soir, en ren-
trant à la maison, je Trouvai l'ânesse dans son écurie
qu'elle avait retrouvée toute seule, la maîtresse .me
congédia sans autre forme de procès ; et me voilà de
nouveau sans moyen d'existence. Je sus après que mon
remplaçant était celui qui m'avait proposé celte partie
et qu'il ne l'avait fait qu'à cette intention. Après, avoir
mangé le peu d'argent que j'avais gagné, je me vis ré-
duit à mendier mon pain pour vivre, la police me fit
alors sortir de la ville avec menace en cas de retour,
de me livrer à la gendarmerie. A ma sortie je rencon-
trai une voiture derrière laquelle je grimpai et qui
m'entraîna rapidement ; mais le postillon m'aperçut et
me fit descendre après m'avoir gratifié de quelques vi-
' goureux coups de fouet.
Pendant toute ma route, aux personnes qui me de-
mandaient d'où j'étais et qui j'étais, je répondais par
le nom d'une- ville quelconque et je tombai chez un
homme qui connaissait l'endroit que je lui citais, et
qui, après m'avoir traité de menteur en me disant qu'il
n'existait personne de ce nom, me chassa après m'a-
voir repris le pain qu'il m'avait donné. Depuis ce
temps, je me donnais comme étranger et sans famille,
ce qui me fit donner le nom d'enfant inconnu que j'ai
conservé pendant sept ans.
" Après avoir passé l'été au service d'un cultivateur
qui me congédia dès que sa récolte fut rentrée, je me
retrouvais au commencement de l'hiver sans ressource
et obligé de mendier pour la seconde fois. Un jour je
m'adressai à une dame qui me repoussa d'autant plus
durement que, quelques jours avant, sa grange avait
été incendiée par des malfaiteurs ; comme j'insistais à
-8 —
cause de l'orage qui grondait, elle me menaça de me
faire mordre par son chien. Je m'enfuis à toutes jam-
bes, éperdu de terreur, et je parcourus un bois que
coupait une rivière ; ayant les pieds nus, je n'eus pas
besoin de me déchausser pour traveser celte rivière,
au sortir de l'eau je vis avec effroi un loup qui me sui-
vait pas à pas. Je précipite ma course, et, guidé par la
lueur des éclairs, je gagne un village voisin où à la per-
mière porte que l'on ouvre au bruit de mes sanglots,
je tombe sans connaissance, étourdi parla peur que
m'avaient causée le chien, le tonnerre et le loup.
Le maître fit sortir ses chiens qui mirent en fuite l'a-
nimal, et je passai la nuit sur des chaises. La nuit sui-
vante, je me blottis dans un tas de paille à côté d'une,
étable où parquaient des moulons. Vers le milieu de la
nuit, j'entendis un grand bruit et je vis une troupe de
loups qui emportaient les moulons et qui n'en laissè-
rent qu'un en vie A la vue de ce spectacle, je m'en-
fonçai tout tremblant dans ma cachette, et au point du
jour je fis avertir les propriétaires qui, par suite de ce
malheur, ne purent m'occuper.
Après les avoir quittés, je rencontre une troupe de
saltimbanques dans laquelle je m'engage ; mais, bien-
tôt fatigué de faire des tours de force et de nettoyer
les cages aux singes, je les abandonne. Je me dirige
alors vers la mer dont je n'étais pas éloigné et en route
j'entre au service d'un cultivateur que je fus obligé de
quitter au bout de quelques jours par suite de maladie.
Je me rendis alors dans un petit port de mer voisin où,
après avoir contemplé avec extase cette immense nap-
pe d'eau, je cherchai un gîte que je trouvai dans des
tas de foin. Le lendemain je péchais des petits poissons
que je donnais aux enfants en échange d'un pain qu'ils
me procuraient à l'insu de leurs parents. Le soir j'é-
tais assis à la porte d'un calé sur une banquette et son-
geant à ma position je me mis à pleurer. Un respecta-»
ble monsieur qui passait me remarqua et demanda la
cause de mes pleurs ; sur la réponse que lui fit la maî-
tresse du café, il me fit monter eu croupe sur son che-
val et m'emmena chez lui où, après m'avoir présenté à
sa femme, il m'envoya aux champs.
J'étais heureux dans cette maison, mais j'eus la
■ — 9 —
faiblesse d'écouter un homme qui m'employa à ses
vendanges de l'autre côté de la rivière. Dès qu'elles fu-
rent terminées, il me fil embarquer comme mousse à
bord d'un bateau et remit à mon patron le fruit de
mon travail ; mais un jour que nous étions à terre,
tandis que le bateau était amané avec de vieux grelins,
une tempête s'éleva, les amarres se cassèrent, le ba-
teau partit en dérive et se jeta à la côte. Ce désastre
qui ruinait mon patron l'empêcha de me donner l'ar-
gent de mes vendanges et celui que j'avais gagné à son
service. Je me rendis alors chez un cultivateur où je
ne restai pas longtemps, tourmenté par le désir de
m'embarquer malgré le mauvais succès de mes pre-
mières tentatives sur mer Je retournai donc au port et
les marchandes de poisson qui s'y rendaient également
me firent monter sur leur voilure Aux questions qu'el-
les m'adressèrent, je répondis comme d'habitude, mais
elles ne voulurent pas me croire, et profitant de ma
ressemblance avec une famille élevée de la ville qui
avait mis un enfant à l'hospice, elles me prirent pour
ce dernier. Néanmoins, elles m'offrirent aux halles un
asile dont la police m empêcha de profiler. J'en étais
réduit, pour vivre, à vendre des coquillages aux voya-
geurs à la descente des voitures ou des bateaux à va-
peur, couchant pendant l'hiver dans de vieilles douves
de rechange, et l'été sur des tas de tamarin. Mais le
bruit que ces marchandes de poisson avaient accrédité
força la famille dont j'ai parlé plus haut à prier le
commissaire de police de me faire sortir de la ville
pour ne point me voir si malheureux, dans le doute où
ils étaient eux-mêmes que je ne fusse l'enfant en ques-
tion.
Je m'embarque alors à bord d'une petite barque qui
portait les voyageurs à la tour de Corduan et qui allait
relever les gardes situées à cinq lieues en mer. Après
quelques voyages, je passe sur un bateau plus grand
qui montait tontes les semaines du poisson en haut de
la rivière. Je fus obligé de rester dans le pays pour
avoir manqué l'heure du départ J'entre alors chez un
entrepreneur terrassier pour lui faire la soupe ainsi
qu'à ses ouvriers. Il me faisait travailler rudement et
ne me donnait que la nourriture. Au moment des ven-
— l0-
sanges, je passai de l'autre côté de la rivière où le
maître me voyant sans force et sans appui ne me don-
na que la moitié de mon salaire qui me revenait. Me
trouvant de nouveau sans place, je me rendais tous les
jours au débarcadère des bateaux à vapeur pour porter
les paquets des voyageurs. Souvent quand je n'avais
pas d'asile, je couchais dans une barraque de reven-
deuse ou derrière des piles d'oignons. Le pêcheur de
chevrettes qui m'affectionnait me donnait le matin quel-
ques sous pour acheter du pain.
Un jour, à la marée montante, je fus englouti par les
ilôts, sous l'embarcadère de Blaye et c'eût été mon
tombeau si je n'avais pas su nager ; je fus donc obligé
d'abandonner ce triste abri où j'avais passé tant de
nuits de souffrances. Il y avait non loin de là un pré
où croissaient des roseaux avec lesquels je me cons-
truisis une cabane avec laquelle j'étais bien heureux.
Le matin en me réveillant, que j'étais joyeux ! Je re-
merciai le Seigneur de me trouver si bien, j'admirai
les rayons du soleil levant, pénétrant à travers les fen-
tes de ma petite maison. Mon bonheur, hélas ! fut bien-
tôt troublé par les enfants de la ville qui venaient se
réunir autour de moi en chantant une chanson qu'ils
avaient composée sur ma naissance. Je me recomman-
dait Dieu et je sortis, malgré les pierres qu'ils me lan-
çaient, en leur disant que j'espérais leur offrir un nom
aussi honorable que le leur.
Je fus pris par un entrepreneur qui m'envoya à tra-
vailler à la construction d'un fort dont il avait la direc-
tion, mais comme il ne me payait pas, je fus forcé de le
quitter. Une jeune dame me fit alors entrer dans la ci-
tadelle où j'avais à servir le commandant de la place, le
curé et un marchand drapier. La dame de ce dernier
me prit en affection , surtout lorsque je lui remis une
petite somme d'argent qu'elle avait laissée sur le comp-
toir et que j'aurais pu m'approprier sans que personne
n'en eût connaissance. Une de ses amies, femme d'un
capitaine marchand, lui dit un jour, après avoir vanté
mon activité, qu'elle devrait m'envoyer comme mousse
à son mari, ma maîtresse lui répondit que j'étais trop
jeune pour cela ; alors mes idées de navigation me re-
prirent et je m'enfuis pour me rendre chez ce capitaine
— 11 —
qui ne put m'embarquer faute de savoir mon nom et
ma demeure que je n'osai lui dire, craignant toujours
la colère de mes parents.
N'ayant pu rien obtenir et honteux de mon escapa-
de, je n'osais point rentrer dans cette maison où j'étais
si bien et que j'avais ainsi quittée. J'allai me coucher
dans une barraque de revendeuse où ma maîtresse me
trouva le lendemain-transi de froid ; elle me gronda,
me reprit chez elle, où je l'aidai dans ses travaux et
elle m'envoya au catéchisme. Ensuite elle m'acheta une
boîte de décrotteur et des brosses, mais j'eus bientôt
honte de mon état. Un jour qu'un jeune homme assez
élégant me dit d'un air hautain de lui cirer ses bottes,
, je lui refuse net,- il s'emporte et à la suite d'une lutte
je brise ma boîte et renonce à ce métier. Néanmoins,
ne voulant pas être à charge aux bonnes gens qui m'a-
vaient si bien accueilli, je faisais, pour vivre, les com-
missions des voyageurs qui arrivaient soit par les dili-
gences soit par les bateaux à vapeur. Ayant un jour
rempli ce devoir pour la femme du capitaine du port,
elle fut si charmée de mon intelligence qu'elle pria son
mari de me procurer un embarquement, ce qu'il fit
quelques jours après. Je fus inscrit sur le rôle d'équi-
page sous le nom de père et de mère inconnus. J'ai na-
vigué pendant cinq ans sous ce titre.
Ma misère éprouva alors de grands soulagements ;
mais malheureusement j'étais en butte aux railleries de
mes camarades qui ne m'appelaient que le bâtard.
Avec ceux de mon âge, je me battais, et il faut le dire
j'étais souvent vainqueur, tandis qu'avec les grandes
personnes je faisais usage de projectiles. Ma résistance
servit du moins à faire taire ceux qui s'acharnaient le
plus contre moi. Mes voyages m'èloignaient souvent,
mais néanmoins j'avais continué de regarder mes
bienfaiteurs comme mes seuls parents. J'étais devenu
fort et fier de mes quinze ans, aussi ce fut en qualité
de marin et non en celle de mousse que j'embarquai à
bord d'une chaloupe du pays. Il y avait déjà un an que
j'y étais lorsque des jeunes gens qui voulaient faire une
partie sur l'eau vinrent me proposer de les conduire,
j'acceptai, mais à peine fûmes-nous dehors qu'il s'éleva
une tempête qui nous força de rentrer au port où ils
— 12-
me laissèrent les vivres qu'ils avaient et une petite
somme d'argent. Je portai le tout chez mes bienfaiteurs
où nous fîmes un festin à la fin duquel le père dit :
Que Dieu protège Pierre, car j'espère un jour en faire
mon gendre et le rendre heureux. — Votre fille, répon-
dis-je, ne voudrait pas épouser un bâtard, mais j'es-
père avant peu lui offrir un nom et des parents hono-
rables. — Et comment feras-tu ? me demanda le père.
J'hésitai à répondre, mais, comprenant que j'étais de
taille et d'âge à braver la colère implacable de mon
père s'il subsistait encore, je dévoilai te mystère de ma
naissance.
Mon protecteur écrivit alors à mon beau-père et la
réponse m'apprit que l'on croyait qu'il m'avait tué et
que cette tache avait empêché le mariage de deux de
mes frères. Presque en même temps que cette réponse,
arriva mon beau-père qui venait me chercher, avec des
compliments de toute ma famille. Au moment où il ar-
riva j'étais en mer, il se rendit alors avec la famille de
mon bienfaiteur sur un lieu élevé d'où on pouvait faci-
lement reconnaître la barque que je montais, car elle
était peinte de rouge. A mon débarquement je me
trouve dans ses bras au milieu des acclamations et des
cris de la ville entière venue pour contempler cette
scène touchante. Après quelques reproches sur l'af-
freuse inquiétude que je leur avais causée, il m'apprit
la mort d'une de mes tantes et d'une compagne de mon
enfance ; je sus que le reste de ma famille était en bon-
ne santé. Nous passâmes la nuit chez mes bienfaiteurs
et le lendemain nous partîmes emportant, pour tout
souvenir le portrait de la fille de mon protecteur. Trois
jours après, j'entrais dans ma maison paternelle, il est
inutile de décrire la joie que j'éprouvai en embrassant
toute ma famille. Il ne manquait à cette réunion que
mes deux frères aînés qui demeuraient à une quinzaine
de lieues. Je résolus d'aller les voir sur le champ. Sur
la roule, j'entre chez un de mes oncles où je trouve
mon frère aîné ; après l'avoir intrigué quelque temps
je parvins non sans peine à me faire reconnaître. Puis
je paris pour aller voir mon second frère, avec mon
oncle qui était son associé. La scène fut à peu près,la
même qu'avec mon frère aîné et ce ne fut qu'après
- 13 -
m'être bien convaincu ' des regrets que ma perte lui
avait causés que je me fis reconnaître. De retour à la
maison je fus trouver le curé et après avoir rempli les
obligations nécessaires je fis ma première communion
au milieu de ma famille et de mes amis attendris. Ce
devoir accompli, malgré le bonheur que je goûtais, je
résolus de reprendre la mer vers laquelle m'appelait ma
vocation. Muni de mes papiers, je fis rayer sur le grand
livre d'inscription le mot de bâtard pour y substituer
mes véritables noms. Ma douleur fut grande en trou-
vant déserte la maison de mes bienfaiteurs, j'appris
qu'ayant mal l'ait leurs affaires ils avaient été obliges de
mettre la clé sous la porte et de se retirer à cent lieues
de là. Je retournai alors chez le pilote avec lequel j'a-
vais navigué et qui s'empressa de me reprendre à son
bord ; mais ayant trouvé un embarquement plus favo-
rable, je partis pour un voyage au long cours dans le-
quel j'eus le plaisir de voir l'Angleterre et d'autres
pays étrangers ; mais d'autres peines m'étaient réser-
vées. Un de mes amis, fils d'un capitaine au long
cours, tomba à la mer et se noya malgré tous les ef-
forts que je fis pour le sauver, et moi-même j'étais
tout-à-l'heure victime de mon courage.
En revenant d'Angleterre chargés de charbon, nous
fûmes assaillis par une violente tempête qui dura huit
jours, pendant lesquels nous restâmes à la cape cou-
rante et forcés de jeter à la mer une partie de notre
chargement. Le capitaine resta constamment à la barre,
l'équipage ne pouvait approcher de l'avant et nous
étions obligés de dormir sur la dunette, amarrés avec
un bout de manoeuvre. -Ce mauvais passage m'affermit
néanmoins dans le goût pour mon état Arrivé au
port, je trouvai un voyage avantageux à bord d'un
trois-mâts commandé par un capitaine de ma connais-
sance qui se rendait aux Antilles. Le second par exem-
ple, m'ayant pris en aversion, me faisait souffrir mille
tourments, soit en me donnant des coups, soit en me
faisant travailler le double des autres. En passant de-
vant les îles de Madère, l'idée me vint de me jeter à la
mer pour gagner le rivage, mais le grand nombre de
poissons dont la mer fourmillait me fit renoncer à ce
dessein. Une autre occasion ne tarda pas à se présenter.
— 14 —
Etant arrivés à Gorée sur la côte d'Afrique, pendant
que le capitaine était à terre avec l'équipage pour faire
le lest, le second me battit rudement.
Les coups m'ayant fait fuir la maison' paternelle, je
n'hésitai pas, malgré la vue des requins, de me jeter à
la mer ; mais au bout de peu de temps la fatigue me
saisit et j'allais périr lors'que je fus recueilli par la cha-
loupe d'un navire qui avait mouillé à quelque distance,
peu s'en fallut que je ne fusse atteint par un de ces
poissons. On m'accueillit et on me porta à terre où je
me plaignis au capitaine qui infligea une légère puni-
tion au second. Je fus malade pendant un mois.
En revenant en France, nous fûmes assaillis par le
gros temps et l'équipage malade ne pouvait manoeuvrer
le navire. Pour comble de malheur, en arrivant aux
Açores près des côtes du Portugal, nous eûmes un
grand coup de vent qui nous fit rester tout le temps à
la cape. Le capitaine ne s'occupait qu'à faire du vin
chaud à l'équipage. Un coup de mer ayant embarqué
par l'arrière défonça la chambre du capitaine, ce qui
occupa l'équipage pendant toute la nuit à la relevée.
Enfin nous arrivâmes à Bordeaux où le capitaine dit que
nous étions fort heureux, d'être sains et saufs après une
pareille traversée. De là je m'embarquai pour Dunker-
que à bord d'un navire chargé de divers colis. Notre
traversée fut heureuse, et à peine déchargés nous par-
tîmes pour Stokolm, capitale de la Suède ; nous eûmes
assez beau temps pour aller, à l'exception de quelques
contrariétés qui survinrent à la rivière qui a 18 lieues
de long et qui, l'hiver, est couverte de neige. Pendant
l'hiver il fait toujours nuit et l'été le jour est continuel.
L'aspect de la Suède est assez beau et les habitants •
sont très affables pour les, Français, surtout depuis le
règne de Bernadote. Nous y étions au moment de sa
fête où il y eut un banquet somptueux. Les navires de
guerre doublèrent le salut à l'arrivée du prince du Da-
nemark que la fête avait attiré. Nous prîmes un char-
gement de fer et nous faillîmes faire côte sur Copen-
hague ; néanmoins notre traversée fut heureuse.
A notre arrivée à Lorient, je reçus une lettre de ma
famille qui me recommandait de me rendre sur le
champ pour affaires. Je m'y rendis'par terre en passant
— 15 —
par la ville où résidaient mon père et ma mère nourri-
ciers. Ayant oublié leur adresse, j'employai trois jour-
à les chercher et je restai six autres avec eux. Après
avoir terminé mes affaires avec ma famille, je retours
nai à mon port d'inscription où j'embarquai sur un na-
vire chargé de sel en partance pour Terre-Neuve. Nous
employâmes les habitants à charger et à décharger le
navire pour ne pas être obligé d'hiverner, car on dres-
sait déjà les tentes pour communiquer avec la ville, et
lorsque nous appareillâmes il n'y avait plus que trois
jours de délai au bout desquels nous aurions été obli-
gés de passer l'hiver à Saint-Pierre Miquelon. Mais
grâce au courage et à l'intrépidité de notre capitaine,
nous franchîmes cette passe difficile où il nous fallait
monter dans les haubans pour couper la glace qui em-
pêchait les voiles de se tendre. Malgré le mauvais
temps nour arrivâmes au port, bien que nous fussions
forcés de mettre à la cape tous les deux jours.
'Heureusement pour moi, j'avais trouvé à bord d'un
des gardes-pêche un camarade d'enfance qui me changea
contre d'autres effets des habits appropriés au climat.
Je ne puis m'empêcher de dire que, pendant cette tra-
versée, je rendis service à un individu qui me récom-
pensa bien mal. Je lui avais prêté une paire de bottes
de mer à cause qu'il n'avait que des souliers de paco-
tille. En arrivant il me demanda ce qu'il me devait, et
comme je le laissai à sa disposition il m'offrit de payer
le prix du ressemelage, mais loin de s'acquitter il me
porta un grand tort.
Je m'arrêtai peu à ces petites contrariétés et je me
rendis au sein de ma famille où pendant un mois
j'oubliai toutes mes fatigues pour ne penser qu'au bon-
heur. De retour dans mon port, je reçus l'ordre de me
rendre avec plusieurs autres jeunes marins à 250 lieues
de là. Pressé de me rendre à ma destination, je m'em-
presse de me mettre en route sans attendre le délai
qu'on nous avait donné, et bientôt je rencontre d'au-
tres compagnons de route dans les personnes de deux
jeunes marins qui pleuraient amèrement de ce qu'on
leur avait vole leur argent la nuit précédente. Heureux
de pouvoir leur être utile, je m'empresse de faire bour-
se commune avec eux,, et renonçant de prendre la voi-
— 16 —
ture nous fîmes la route à pied. Malheureusement ma
bonne volonté était plus forte que mes moyens, car eh
partant je n'avais pris de l'argent que pour moi seul et
nous étions trois à vivre sur cette somme. Mes res-
sources s'épuisaient de jour en jour et en arrivant à Nî-
mes nous souffrions de faim tous les trois. Je me décide
à vendre mes effets et je leur donne la moitié du pro-
duit, puis comme j'étais exténué de fatigue, je dus re-
noncer à faire route avec eux Le lendemain je trouve
un conducteur qui, moyennant un foulard et le reste
de mon argent, accepta I offre de me conduire à Tou-
lon. En arrivant dans celte ville, je rencontre mes
ceux protégés et nous fûmes heureux de voir que nos
daux étaient finis. Malheureusement notre joie fut de
murte durée : quatre jours après on me croyait déjà
mort, mais, grâce aux soins que l'on me prodigua, je
ous en sortir au bout de quatorze jours.
La vue des vaisseaux avait réveillé toute mon éner-
gie, et au lieu d'y trouver place, je fus embarqué à
bord de la Salamandre, petit vapeur qui mit à la mer
pour la première fois le 17 avril 1848. Le lendemain
nous fîmes côte à Bandols. Nous touchâmes sur une
roche à huit heures du matin avec une vitesse de 13
noeuds. On stopa immédiatement et la secousse fit tom-
ber plusieurs hommes qui étaient sur le pont. On s'em-
pressa de couper les garants des embarcations et de
hisser le pavillon en berne. A ce signal, toutes les em-
barcations occupées à pêcher se rendirent à notre se-
cours. On manoeuvra pour quitter la roche, mais à
mesure qu'on s'éloignait le navire s'enfonçait de plus
en plus. On s'occupa alors de sauver ce qu'il y avait
de plus précieux à bord, et à la dernière extrémité le
commandant ordonna de s'embarquer dans les canots
qui se trouvaient à notre portée. Pendant ce temps je
m'occupais à tirer quelques objets faciles à emporter et
je pensais à prendre une somme d'argent que j'avais
économisée depuis les trois mois que j'étais au service
et qui s'élevait à 60 fr. Elle était dans mon caisson au
moment du naufrage, mais le grand travail m'avait
beaucoup fatigué et voyant la dernière embarcation
pousser du bord je me précipitai à la mer pour la re-
joindre. Un homme de la chaloupe quitta quelques-uns
— 17 -
de ses vêtements pour me les donner ; en arrivant à
terre je me rendis dans les lieux où l'on avait mis les
objets sauvés ; un- jeune capitaine, me voyant nu-tête
sous l'ardeur du soleil, me conduisit près d'un hom-
me âgé de 70 ans, qui s'empressa de me donner un
bonnet de pêcheur en laine rouge, qui me rendait mé-
connaissable au milieu de trois cents hommes. Chaque
fois que nous arrivions à terre ce digne homme faisait
de manière à se trouver sur mon passage ; il n'était
content que lorsque j'étais près de lui: il me racontait
ses campagnes et il me comblait de bienfaits. N'ayant
presque rencontré dans mon jeune âge que des hom-
mes impitoyables et méchants, je ne savais comment
lui témoigner ma reconnaissance. Malgré sa vieillesse,
il n'hésitait pas de faire trois lieues à pied-pour venir
me voir à l'hôpital. Je garderai son souvenir pendant
tout le reste de ma vie. Son nom peut être cité dans
cette histoire : c'est Pierre Guéroir, ancien second-
maître du temps de l'Empire.
Après huit jours de travail, on était parvenu à pla-
cer des apparaux sous le navire, mais dans la nuit s'é-
lanl levé un fort coup de vent, les amarres se brisèrent
et de nouveaux travaux se présentèrent. Il s'agissait de
sauver la mâture , je voulus plongé pour dégager les
manoeuvres du pied du mât en songeant à aller cher-
cher mon argent ; mais le commandant s'y opposa.
Pendant que l'équipage était à dîner, je m'y rendis
seul, et après avoir plongé à plusieurs reprises je par-
vins à saisir la clé du coffre où était ma bourse ; mais
le bois était si gonflé que je ne pus parvenir à l'ouvrir.
Enfin je fis un dernier effort et je parvins à retirer la
clé de la serrure ployée en deux. Arrivé à terre, un de
mes camarades me demanda si j'avais réussi, je lui ré-
pondis que non et je lui remis la clé. Le commandant
en fut bientôt instruit et le lendemain il m'envoya
chercher par ses baleiniers pour plonger sous le navire
et voir si les chaînes étaient bien placées. J'y plonge
et vient rendre compte' au commandant. Peu après,
épuisé de fatigue et n'ayant rien à boire je me souvins
qu'il y. avait du bon vin à bord, je replonge et je re-
viens avec deux bouteilles, mais le maître d'équipage
qui m'aperçut me les saisit et les porta au comman-
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dant qui fut assez bon pour m'en donner une.
Quelque temps après, je fus atteint d'une maladie
qui me fit tomber tous mes cheveux, mais je reçus
d'excellents soins de la famille qui m'avait accueilli
lors de notre naufrage, et dont je garderai toute ma
vie le souvenir. Au bout de 36 jours on nous envoya
de Toulon plusieurs vapeurs dont le plus fort nous re-
morqua jusqu'à l'entrée du port, après que nous eû-
mes entouré notre navire d'une forte voile de vaisseau.
Pendant que l'on réparait notre bâtiment, mon premier
soin fut d'envoyer à la famille où j'avais logé un souve-
nir qu'elle conservera longtemps. Dès que nous pûmes
reprendre la mer on nous envoya porter des dépêches
à l'amiral qui était à Naples ; nous fûmes obligés de
finir celte traversée à la voile, car notre machine, qui
avait été avariée par son séjour sous l'eau, ne put fonc-
tionner que quelques jours. Nous entrâmes alors dans
le port où nous restâmes 28 jours en réparation. A
notre sortie, notre ancre se trouva prise avec la chaîne
d'un navire marchand, la chaloupe du vaisseau-amiral
avait déjà travaillé pendant une demi-journée avec l'é-
quipage sans pouvoir la dégager, lorsque je pris un
grelin avec lequel je plongeai, et dès que je l'eus passé
sous le bec de l'ancre on put la dégager. Nous par-
tîmes le lendemain avec l'Amiral à bord pour nous
mettre à la disposition du Pape. Mais à peine arrivés à
Gaëta, nous reçumes l'ordre de rejoindre Naples, où
il n'y avait que nous pour représenter la division fran-
çaise contre 6 vaisseaux anglais et d'autres navires
étrangers. J'avais l'habitude d'aller dans une maison
où l'on me prévint que l'armée du roi Ferdinand avait
reçu l'orde de faire une ronde de nuit et de tirer au
moindre bruit. Je voulus retourner à bord de bonne
heure, mais à peine fus-je sorti de la maison que j'en-
tendis des coups de fusil tirés sur des Français.
Nous partîmes immédiatement après avoir repris
mes effets à terre. En arrivant à Toulon, nous désar-
mâmes ; ce qui me fit perdre beaucoup d'argent que
j'avais prêté au maître et aux matelots. Je fis des dé-
marches pour embarquer à bord de la Zénobie qui ar-
mait en flûte pour porter des troupes à l'île de la Réu-
nion. Nous relâchâmes à Gorée pour prendre des vi-

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