Histoire de saint Vincent de Paul / par Marie Durand ; avec une introd. par M. l'abbé Mullois

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E. Ponge (Paris). 1868. Vincent de Paul (saint ; 1581-1660) -- Biographies. VIII-162 p. ; in-18.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1868
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Ir
S'^T-rR-REL
IIILIOTHÈQUE DE TOUT LE MONDE
HISTOIRE
DE
SAINT VINCENT DE PAUL
PAR
MARIE DU HAN D
AVEC UNE INTRODUCTION
Par M. l'abbé MULLOIS
PARTS
ÉMILE PONGE- - GÉRANT
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HISTOIRE
DE
SAINT VINCENT DE PAUL
IMPRIMERIE L. TOINON ET C', A SAINT-GERMAIN.
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HISTOIRE
1 DE
SAINT VINCENT DE PAUL
l
£ PAR
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MARIE DURAND
AVEC UNE INTRODUCTION
Par M. l'abbè MULLOIS
PARIS
ÉMILE POINGE, - GÉRANT
DE LA BIBLIOTHÈQUE DE TOUT LE MONDE
55, RUE DE SEINE, 55
1868
INTRODUCTION
i
Il manquait certainement un livre à la Biblio-
thèque dé tout le monde; c'était une Vie de
saint Vincent de Paul. D'abord en France,
grâce à Dieu, la charité est bienvenue chez
tous. De plus, "Vincent de Paul a été vraiment
l'homme de tout le monde : l'homme des ri-
ches de la terre, en leur apprenant à échapper
à la séduction de la richesse par les charités;
l'homme des petits et des pauvres, en leur
tendant une main secourable; l'homme, ou
plutôt non, la Providence de tous ceux qui
souffraient des douleurs du corps ou des dou-
leurs de l'âme.
Saint Vincent de Paul est un saint dont la
vertu ne décourage pas ; après avoir lu sa vie,
on ne s'écrie pas avec tristesse : Ilélas ! que
c'est difficile de se sauver!. je ne pourrai ja-
mais. inutile même d'essayer!. Au con-
traire, on s'écrierait volontiers : Que c'est
VI-
beau!. qu'il est bon!. que ne puis-je le
suivre un peu de bien loin!. Essayons, je
l'aime tant !. C'était un si beau caractère!.
Voilà le vrai type du caractère français et chré-
tien!. Aussi sa mémoire est vénérée partout;
mais on ne le connaît pas en détail, si ce n'est
dans les classes lettrées; ailleurs, on en a une
idée vague : disons-le néanmoins, l'idée est
bonne, quoique bien incomplète; témoin cet
ouvrier auquel on parlait de saint Vincent de
Paul : « En avez-vous entendu parler? lui
dit-on. Je le crois bien, répondit-il; n'est-ce
pas celui qui a inventé les enfants trouvés? »
Ce qui est beau dans la vie de saint Vincent
de Paul, ce sont surtout les détails. Et il y en a
tant et de si touchants !. Il y a même des mots
qui seraient spirituels, s'ils n'étaient un pro-
duit de son cœur. Citons quelques-uns de ces
détails :
De son temps, le faubourg Saint-Marceau n'é-
tait pas beaucoup plus riche, paraît-il, qu'il ne
l'est aujourd'hui. Pauvre faubourg, quand donc
sera-t-il millionnaire? le progrès n'a pas même
encore remis ses vêtements dans un état de
complète intégrité. Donc, du temps de saint
Vincent, il y eut une cherté et on souffrait
beaucoup dans ce pauvre quartier. Il fut
VII
touché de ces souffrances; il envoya une réu-
nion de personnes charitables s'installer sur une
- place publique avec de grandes marmites : c'é-
taient les fourneaux économiques de ce temps-
là; on distribuait des soupes à la foule, et Vin-
cent de Paul, lui, distribuait de bonnes petites
instructions; on devine facilement que l'audi-
toire était nombreux. Le saint en était charmé.
Mais un jour, les prudents, les sages de l'é-
poque vinrent essayer de le désabuser et voulu-
rent lui faire comprendre qu'il pourrait bien
perdre son temps; que tout ce monde-là venait
beaucoup pour sa soupe et guère pour ses ser-
mons.
Je le sais bien, répondit-il, mais il faut parler
au corps avant que de parler à l'âme ; Notre-
Seigneur a suivi cette méthode; il a nourri la
foule au désert, redonné la vue aux aveugles,
l'ouïe aux sourds, etc. ; il commença par agir, et
puis il enseigna. Moi, je n'en puis faire autant, je
n'ai pas le don des miracles; j'y supplée autant
que possible par de la soupe.
Un jour, le même saint n'avait plus d'argent,
et beaucoup de misères restaient à soulager;
dans sa détresse, il va trouver la reine Anne
d'Autriche et réclame assistance. Je n'ai plus
rien, répondit-elle, j'ai tout donné; alors le saint
vin
s'armant d'une hardiesse toute chrétienne,
ajouta : Et vos diamants? Les voici, ré-
pliqua la reine ; je vais vous les donner, à la
condition que vous n'en direz rien à personne.
Le secret, Madame! non, répondit le saint,
je ne puis le garder ; j'ai du bien à faire : il
faut, pour l'intérêt des pauvres, qu'un si grand
exemple de charité soit connu de tout le
royaume.
Par sa naissance, saint Vincent de Paul ap-
partenait au peuple ; il aimait à redire qu'il n'é-
tait que le fils d'un paysan, qu'il avait autrefois
gardé des troupeaux : nulle vie ne va donc
mieux à tous les lecteurs. Naturellement on ai-
mera sa bonté ; et qui sait si, après avoir aimé
la charité de Vincent de Paul, on n'aimera pas
aussi son Dieu ?
Cette vie de saint Vincent est écrite avec le
style, l'entrain et la charité qui conviennent
pour inspirer ces sentiments.
J. MULLOIS.
i
VIE
DE
SAINT VINCENT DE PAUL
CHAPITRE PREMIER
Le Tout-Puissant, qui pour la proclamation de
sen Évangile a choisi quelques pauvres pêcheurs,
a r l* comme l'apôtre de la charité française un
paysan du village de Pouy.
Son nom à jamais restera populaire, tous le
bénissent ; l'orphelin abandonné l'implore, et,
comme un titre de gloire, il est devenu le patri-
moine des Filles de la Charité.
L'incrédulité s'incline, l'effervescence des révolu-
tions recule, tous les partis mettent bas les armes :
il s'agit de saint Vincent de Paul.
Le temps respecte ses œuvres ; toutes sont debout :
les Incurables, l'hospice des Enfants-Trouvés, des
2 -
asiles pour toutes les souffrances, les missionnaires,
et ces femmes, enfin, triomphe du catholicisme, les
Filles de Saint-Vincent.
Au XVIe siècle, où naquit Vincent de Paul, le cal-
vinisme et les guerres civiles avaient fait de la
France un théâtre de désolation. Une soldatesque
effrénée dévastait les campagnes ; des provinces
entières étaient ravagées; une foule de malheu-
reux erraient sans asile. Les autels étaient détruits,
les sanctuaires profanés, et les peuples, surtout ceux
des campagnes, végétaient dans l'oubli de Dieu.
Mais, ainsi que le dit saint Hilaire, « c'est le
propre de l'Église de Jésus-Christ de vaincre quand
elle est blessée, de se faire mieux connaître quand
elle est plus défigurée, et d'obtenir un plus puis-
sant secours de Dieu, quand elle semble être plus
destituée de sa protection. j)
Ce secours de Dieu fut manifesté au monde par
la naissance de Vincent de Paul; aujourd'hui nous
l'obtiendrons encore par la vertu qui fut sa force :
la charité.
Aussi tristes peut-être que celles du XVIe siècle,
les calamités morales de notre temps réclament
encore secours et protection. L'indifférence règne,
la foi s' et voilée, et notre sainte religion, comme
- 3 -
une mère dans son grand âge, a besoin de s'appuyer
sur sa fille, la charité.
Assise sur le trône pontifical, la charité rayonne
sur le monde ; elle fait briller les divines promesses
faites à l'Église : les portes- de l'enfer ne prévau-
dront pas contre elle. Elle est l'âme des œuvres de
saint Vincent de Paul; elles furent son triomphe,
elles sont le nôtre : saint Vincent de Paul était
Français ! )
Ce fut en l'annee 1576, dans le petit village de
Pouy, situé sur les confins des landes de Bordeaux,
que naquit Vincent de Paul. Son père, Jean de
Paul, et sa mère, Bertrande de Moras, vivaient en
toute droiture êt simplicité dans la crainte du
Seigneur. Son enfance se passa à garder les trou-
peaux.
Un ancien pèlerinage, sous l'invocation de la
sainte Vierge, était la station privilégiée du jeune
pâtre. A genoux et dévotement, on l'apercevait sans
cesse aux pieds de Notre-Dame de Buglose.
La Reine des Anges prit sous sa protection Vincent
son serviteur. La dévotion à la sainte Vierge fut,
dans tout le cours de sa vie, son refuge et sa conso-
lation. Dès sa jeunesse, elle développa la flamme
de son cœur : les souffrances des autres devinrent
- 4 -
les siennes ; aussi a-t-on dit que la miséricorde était
née avec lui.
Il pleurait avec ceux qui souffrent, et, ne pouvant
mieux faire, il donnait aux malheureux quelques
poignées de farine, qu'il distribuait en revenant de
quérir les sacs au moulin.
L'argent qui, de tout temps, est trouvé. trop
rare, était à cette époque, et surtout à Pouy, une
curiosité précieusement gardée. Vincent donna tout
ce qu'il possédait à un infortuné rencontré sur son
chemin.
La vénération qui s'attache à la vie du saint fait
considérer un détail presque comme une relique. Le
trésor donc, donné par le jeune Vincent, était de
trente sous patiemment amassés.
De si heureuses dispositions inspirèrent à Jean de
Paul le désir de faire étudier son fils ; il le plaça
chez les PP. Cordeliers d'Acqs ; la tradition ajoute,
moyennant soixante livres.
Le jeune écolier étudia avec zèle. La renommée
de sa science et surtout de sa vertu parvint à
M. Commet, notable de la ville ; il souhaita l'avoir
pour élever ses enfants.
En instruisant les autres, Vincent apprit lui-
même; il acheva ainsi ses humanités. Bientôt il
5 -
désira entrer dans l'Église.. M. Commet, homme
sage et de grande prud'homie, l'encouragea en ce
dessein. Aussi, le 19 septembre 1596, il reçut la ton-
sure et les ordres mineurs.
Dans le but d'étudier la théologie, Vincent de
Paul se rendit à Toulouse. Il est encore dit que,
pour solder les frais du voyage, son père se défit de
ses plus beaux, bœufs. Arrivé là, il éleva une école;
les fils des plus grands seigneurs vinrent près de lui
pour écouter ses leçons : il resta donc quelque
temps à Toulouse.
Ce fut en l'année 1600 qu'il reçut la prêtrise ; il
exerça le saint ministère l'espace de soixante ans.
L'endroit où il dit sa première messe est fort con-
testé; ce que l'on sait, c'est que, saisi d'un saint
tremblement à la pensée des redoutables mystères, il
choisit une chapelle isolée.
Sitôt après son ordination, il fut désigné pour
occuper la cure de Tilh; un compétiteur la lui con-
testa ; pour éviter de fâcheux débats, il préféra s'en
dessaisir. Il retourna à Toulouse, où il persévéra
dans l'étude , ce qui fait que saint Vincent a passé
plus de seize années à s'instruire.
En 1605, une affaire importante l'appela à
Marseille; de là, voulant aller faire un iour à Nar-
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bonne, il s'embarqua pour cette courte traversée.
Elle eut de funestes résultats, le saint lui-même
les raconte :
« Je m'embarquai, dit il, pour Narbonne, pour y
» être plus tôt et pour épargner, ou, pour mieux
» dire, pour n'y jamais être et pour tout perdre. Le
» vent nous fut autant favorable qu'il fallait pour
» nous rendre ce jour-là à Narbonne (qui était faire
D cinquante lieues), si Dieu n'eût permis que trois
» brigantins turcs qui côtoyaient le golfe de Lyon
» pour attraper les barques qui venaient de Beau-
» caire, où il y avait une foire que l'on estime être
» des plus belles de la chrétienté, ne nous eussent
» donné la charge et attaqués si vivement, que deux
» ou trois des nôtres étant tués, et tout le reste
» blessé, et même moi qui eus un coup de flèche
» qui me servira d'horloge tout le reste de ma vie,
D n'eussions été contraints de nous rendre à ces
» félons.
» Les premiers éclats de leur rage furent de hacher
» notre pilote en mille pièces, pour avoir perdu un
« des principaux des leurs, outre quatre ou cinq
» forçats que les nôtres tuèrent. Cela fait, ils nous
» enchaînèrent, et, après nous avoir grossièrement
- 7 -
» pansés, ils poursuivirent leur pointe, faisant mille
» voleries, donnant néanmoins liberté à ceux qui se
» rendaient sans combattre, après les avoir volés.
a Et enfin, chargés de marchandises, au bout de
» sept ou huit jours ils prirent la route de Barbarie,
» tanière et spélonque de voleurs sans aveu du
J)_Grand Turc, où, étant arrivés, ils nous exposè-
» rent en vente, avec un procès-verbal de notre
» capture, qu'ils disaient avoir faite dans un na-
» vire espagnol ; parce que, sans ce mensonge, nous
» aurions été délivrés par le consul que le roi tient
» en ce lieu-là pour rendre libre le commerce aux
» Français.
» Un renégat de Nice en Savoie, ennemi de na-
» ture, m'acheta et m'emmena en son temat, ainsi
» s'appelle le bien que l'on tient comme métayer du
» Grand Seigneur : car là le peuple n'a rien , tout
est au Sultan ; le temat de celui-ci était dans la
» montagne, où le pays est extrêmement chaud et
t désert. L'une des trois femmes qu'il avait était
» Grecque, chrétienne , mais schismatique ; une
» autre était Turque, qui servit d'instrument à
a l'immense miséricorde de Dieu pour retirer son
» mari de l'apostasie, et le remettre au giron de
» l'Eglise, et me délivrer de mon esclavage. Cu-
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» rieuse qu'elle était de savoir notre façon de vivre,
» elle me venait voir tous les jours aux champs où je
» fossoyais, et un jour elle me commanda de chan-
» ter les louanges de mon Dieu : le ressouvenir du
» quomodo cantabimus in terra aliena des enfants
» d'Israël, captifs en Babylone, me fit commencer,
» la larme à l'oeil, le psaume Super flumina Babylo-
» ms, et puis le Salve Regina, et plusieurs autres
» choses, en quoi elle prenait tant de plaisir, que
» c'était merveille : elle ne manqua pas de dire à
» son mari, le soir, qu'il avait eu tort de quitter sa
» religion, qu'elle estimait extrêmement bonne, pour
» un récit que je lui avais fait de notre Dieu, et
» quelques louanges que j'avais chantées en sa pré-
» sence : en quoi elle disait avoir ressenti un tel
» plaisir qu'elle ne croyait point que le Paradis de
D ses pères et celui qu'elle espérait fût si glorieux,
» ni accompagné de tant de joie, que le contente-
: ment qu'elle avait ressenti pendant que je louais
» mon Dieu ; concluant qu'il y avait en celaquelque
» merveille. Cette femme, comme un autre Caïphe,
» ou comme l'ânesse de Balaam, fit tant par ses dis-
» cours, que son mari me dit dès le lendemain qu'il
» ne tenait qu'à une commodité que nous ne nous
» sauvassions en France ; mais qu'il y donnerait tel
- 9 -
l.
» remède, que dans peu de jours Dieu en serait loué.
» Ce peu de jours dura dix mois qu'il m'entretint
J en cette espérance, au bout desquels nous nous
» sauvâmes avec un petit esquif, et nous nous ren-
g dîmes, le 28 juin, à Aigues-Mortes, et tôt après
» en Avignon, où M. le Vice-Légat reçut publique-
» ment le renégat avec la larme à l'œil et le sanglot
) au cœur, dans l'église de Saint-Pierre, à l'honneur
« de Dieu, et édification des assistants. Mondit sei-
» gneur nous a retenus tous deux pour nous mener
» à Rome, où il s'en va tout aussitôt que son suc-
» cesseur sera venu. Il a promis au pénitent de le
» faire entrer à l'austère couvent des Fate ben Fra-
» telli, où il s'est voué, etc. »
Saint Vincent demeura à Rome jusque vers l'an-
née 1608 ; il quitta l'Italie chargé d'une mission im-
portante et secrète près du roi Henri IV, de bien-
aimée mémoire.
En arrivant à Paris, il se rendit au Louvre. Le
Réarnais, pénétrant connaisseur, ne laissa pas échap-
per l'occasion et voulut s'attacher ce grand homme
de bien. Il lui fit de brillantes offres ; quelque ten-
tantes qu'elles aient été, elles partagèrent le sort de
celles faites à l'évêque de Genève. Saint François de
- Io -
Sales, ce phénix des prélats, ainsi que l'appelait
Henri IV, répondait au grand roi : « Je préfère à tout
ma pauvre épouse de Savoie, je" ne veux pas divor-
cer. » Et Henri, toujours juste, disait : « Je ne con-
nais personne qui sache assaisonner un refus plus
gracieusement que M. de Genève. »
Aux bénéfices et aux évêchés saint Vincent de
Paul préférait une vie humble et cachée; il se retira
au faubourg Saint-Germain et se dévoua au soin des
malades.
L'argent continuant toujours d'être rare, cela
décida saint Vincent à partager son logement avec
le juge de Sore, prud'homme du reste, mais un
peu méfiant. Il lui en arriva fâcheuse mésaventure.
Un beau jour, le juge ayant perdu sa bourse, accusa
saint Vincent de l'avoir volée. La méprise une fois
découverte, il en fut aux regrets et voulut à toute
force en demander pardon, fût-ce même la corde au
cou. Il l'eût vraiment mérité, ne fût-ce que pour le
scandale qu'il était allé faire chez M. de Bérulle.
Mais saint Vincent ne lui en demandait pas tant;
loin de là, il le remercia de l'avoir humilié.
La tradition rapporte que la rencontre de saint
Vincent de Paul avec M. de Bérulle eut lieu au
chevet d'un malade. Deux âmes si bien faites pour
li-
se comprendre s'unirent aussitôt : ce fut une liaison
qui devint indissoluble.
M. de Bérulle, aumônier d'Henri IV, refusa les
plus-hautes dignités. Une grande mission lui était
réservée : autour de lui se groupèrent quelques
prêtres; ils devinrent le noyau de l'Oratoire fran-
çais.
Aidé de Mme Acarie, M. de Bérulle appela d'Es-
pagne en France ces religieuses, qui, placées près
de l'autel comme une garde d'honneur, se consu-
ment, ainsi que la lampe du sanctuaire, à adorer
Dieu et à prier pour nous.
Les Carmélites s'établirent en France en 1604.
L'introduction d'ordres si précieux ne fut pas le
seul service que M. de Bérulle rendit à l'Église : par
sa science et sa piété, il convertit un grand nombre
d'hérétiques. Il avait reçu le don de la persua-
sion.
Du Perron, avec une modestie contestable, disait :
« Si c'est pour convaincre les hérétiques, amenez-
les-moi. Si c'est pour les convertir, amenez-les à
M. de Genève. Mais si vous voulez les convaincre et
les convertir tout ensemble, adressez-vous à M. de
Bérulle. » -
Saint François de Sales ajoutait : « Il a un
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des esprits les plus clairs et les plus nets qui se
soient jamais rencontrés. »
Le fondateur de l'ordre des Oratoriens en France
avait ce qui constitue la vraie puissance en ce monde :
la force unie à la douceur. Près d'un aussi émi-
nent personnage, saint Vincent de Paul souhaita se
retirer; il se mit sous sa conduite, mais non pas
comme novice de son ordre : il se sentait appelé à
une autre vocation.
Bientôt, en effet, le Père Bourgoing, curé de
Clichy, désirant entrer dans les Oratoriens, M. de
Bérulle désigna saint Vincent pour le remplacer. Les
devoirs d'un pasteur effrayant beaucoup son humi-
lité, ce ne fut que par obéissance que l'on put l'y
faire consentir.
A Clichy-la-Garenne, il se rendit donc; il y fit le
bien, il y fut vénéré et une grande ferveur récom-
pensa son zèle. -
Un jour, un cardinal lui ayant parlé :
- Eh bien, monsieur, comment vous trouvez-
vous? lui demanda-t-il.
Monseigneur, répondit saint Vincent de Paul,
j'ai un contentement si grand que je ne puis le dire.
Et pourquoi ? ajouta le cardinal.
C'est que j'ai un si bon peuple, et si obéissant
- 13 -
à tout ce que je lui commande, que je me dis à
moi-même que ni le pape, ni vous, monseigneur,
n'êtes point si heureux que moi.
Cette satisfaction du pasteur était partagée de ses
ouailles; malheureusement elle fut de peu de durée;
un an s'était à peine écoulé que M. de Bérulle rap-
pelait saint Vincent de Paul.
Un précieux souvenir se rattache au séjour que le
saint fit à Clichy-la-Garenne : en l'honneur de
Notre-Dame de Buglose, il y fonda la confrérie du
Rosaire- Vivant.
CHAPITRE II
Un des plus grands seigneurs du temps, Phi-
lippe-Emmanuel de Gondi, général des galères,
s'était adressé à M. de Bérulle, en le priant de
lui désigner un gouverneur pour élever ses enfants.
Plus désireux de la gloire de Dieu que de l'avance-
ment de son ordre, le supérieur des Oratoriens
nomma saint Vincent de Paul. L'obéissance aux
avis de son guide spirituel décida le saint prêtre;
mais ce ne fut pas sans de rudes combats livrés à
son humilité.
- 14 -
La Providence, qui le destinait à de grandes
œuvres, permit qu'il fût mis en relation avec les
puissants de ce monde, afin que, par leur concours,
il pût remplir sa mission envers les humbles et les
petits.
Chargé de l'éducation de trois jeunes seigneurs,
les historiens de saint Vincent parlent peu de lui
en qualité de précepteur; ce que l'on sait, c'est
qu'il n'éleva pas le trop fameux coadjuteur. Retz,
destiné à l'Église avant sa naissance, n'en prit pas
l'esprit ; mais, en sa fin si chrétienne, il retrouva
les principes de sa jeunesse.
Saint Vincent, à deux reprises différentes, passa
douze années en la maison de Gondi. La façon
dont il y agit est, par lui-même, relatée comme
en parlant d'un tiers, ainsi qu'il en usait lorsque
la chose à citer n'était pas humiliante. Il disait
donc : « qu'il savait une personne qui avait beau-
coup profité pour lui et pourles autres, dans lamaison
d'un seigneur; ayant toujours regardé et honoré
Jésus-Christ en la personne de ce seigneur, et la
sainte Vierge en la personne de la dame ; que cette
considération, l'ayant toujours retenu dans une
modestie et circonspection en toutes ses actions et
paroles, lui avait acquis l'affection de ce seigneur
- 15 -
et de cette dame et de tous les domestiques, et
donné moyen de faire un notable fruit dans cette
famille. »
Une si sainte manière d'envisager les choses atti-
rait son respect, et expliquait celui que les autres
lui portaient.
L'influence de saint Vincent de Paul se faisait
sentir en cette maison,- où régnait la piété. Emma-.
nueLdeGondi, général des galères, se retira plus t ard
aux Oratoriens. Malgré la vivacité de sa foi, il par-
ticipait à l'esprit de son temps. La mode des duels,
alors établie, en était arrivée à de tels excès, que ses
désastres parmi la noblesse ont été comparés à
ceux de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt. Défendus
par les édits d'Henri IV, et peut-être tolérés par
son éducation, ils furent enfin suspendus par la vo-
lonté du roi. Pendant les deux régences de femmes,
ils reprirent leur empire; sous Marie de Médicis, les
duels étaient en faveur.
Un jour, Emmanuel de Gondi, sur le point de
dégainer, s'en alla, par avance, recommander son
âme à Dieu. La messe achevée, et prolongeant sa
prière, il se trouva seul avec saint Vincent. Le saint
attendait ce moment, et se jetant aux pieds du
brave gentilhomme :
16 -
Souffrez, monseigneur, que je vous dise un
mot en toute humilité. Je sais de bonne part que
vous avez dessein de vous aller battre en duel;
je vous déclare de la part de mon Sauveur, que je
viens de vous montrer et que vous venez d'adorer,
que si vous ne quittez ce mauvais dessein, il exercera
sa justice sur vous et sur toute votre postérité.
M. de Gondi tomba lui-même aux pieds de saint
Vincent, et il renonça à son projet.
Instruite de ce qui s'était passé , Mme de
Gondi, comtesse de Joigny, sentit s'augmenter de
plus en plus le désir qu'elle éprouvait d'avoir en
saint Vincent le guide de sa conscience. Dans ce
dessein, M. de Bérulle l'aida. Le saint ne résistait
jamais au nom de l'obéissance. Cette pieuse dame
devint ainsi la première de ces âmes généreuses qui,
se dévouant à la charité, s'unirent à l'apostolat de
saint Vincent de Paul.
Le peuple des campagnes surtout inspirait le zèle
de la noble dame ; elle faisait de grandes aumônes,
visitait les malades, elle veillait à la prompte et
loyale exécution de la justice parmi ses vassaux, et,
comme la mère de la veuve et de l'orphelin, elle
les secourait et empêchait qu'il ne leur fût fait au-
cune oppression ou injustice. Enfin, elle contribuait,
- 17 -
autant qu'il était en elle, à ce que Dieu fût servi et
honoré partout où elle avait quelque puissance.
Saint Vincent aidait la comtesse de Joigny et la
dirigeait dans l'accomplissement de toutes ses
œuvres de miséricorde. Il assistait les malades,
il exhortait et instruisait les peuples par ses dis-
cours publics et particuliers, et s'employait en
toutes les manières possibles à gagner les âmes à
Dieu.
CHAPITRE III
En l'année 1616, saint Vincent de Paul se trou-
vant au château de Folleville, en Picardie, il ar-
riva qu'un homme du village de Gannes, étant
tombé dangereusement malade, envoya prier saint
Vincent de se rendre auprès de lui. Ce paysan
jouissait d'une bonne renommée; cependant sa
mort ne présentait pas le caractère de celle d'un
homme de bien. Le saint, inquiet, et cherchant la
cause du mal, la découvrit en une fausse honte, qui,
ayant retenu cet homme pendant sa vie, lui avait
fait faire de mauvaises confessions. Il lui proposa
une revue de sa conscience, une confession géné-
18 -
raie, en un mot. Le malade s'y soumit, et, la lu-
mière pénétrant dans cette âme si longtemps obs-
curcie, il avouait ses fautes avec grand repentir,
même en la présence de Mme de Gondi, qui, saisie
d'étonnement, disait à saint Vincent :
- Ah 1 monsieur, qu'est-ce que cela? qu'est-ce
que nous venons d'entendre? Il en est sans doute
ainsi de la plupart de ces pauvres gens. Ah ! si cet
homme, qui passait pour homme de bien, était en
état de damnation, que sera-ce des autres qui vivent
plus mal ? Ah 1 monsieur Vincent, que d'âmes se
perdent 1 Quel remède à cela?
Comme le grain de sénevé de l'Évangile, destiné
à ensemencer le monde, la confession du paysan
venait de faire naîtrela pensée des missions.
« Le 25 du même mois (janvier), jour de la con-
version de saint Paul, Mme de Gondi me pria, dit
saint Vincent de Paul, de faire une prédication en
l'église de Folleville, pour exhorter les habitants à
la confession générale ; ce que je fis. Je leur en re-
présentai l'importance et l'utilité, et puis je leur
enseignai la manière de la bien faire; et Dieu eut
tant d'égard à la confiance et à la bonne foi de
cette dame (car le nombre et l'énormité de mes pé-
chés eussent empêché le fruit à cette action), qu'il
- 19 -
donna sa bénédiction à mon discours ; et toutes ces
bonnes gens furent si touchées de Dieu, qu'elles
venaient toutes pour faire leur confession géné-
rale. »
Bientôt, saint Vincent ne pouvant plus y suffire,
les PP. Jésuites sont appelés, les prédications
s'étendent aux villages voisins ; voilà les missions
qui commencent. Les bénédictions qu'il plut à Dieu
de leur accorder firent dès lors pressentir les bien-
faits qui en résulteraient pour les âmes.
De tous côtés on s'adressait à saint Vincent, en
lui demandant des conseils et des avis. Une situa-
tion qui le mettait ainsi en évidence déplut singu-
lièrement à son humilité. Pour s'y soustraire, il ré-
solut de prendre un grand parti ; ainsi que Moïse,
comme pairie saint Ambroise, « s'enfuit de la cour
du roi Pharaon, de peur que le bon traitement
qu'il y recevait ne souillât son âme, et que la puis-
sance et l'autorité qui lui avaient été données ne
fussent un lien qui le retînt attaché. » Ému de cette
crainte, saint Vincent s'enfuit de la pieuse maison
de Gondi.
Il se rendit près de M. de Bérulle, lui disant,
pour toute raison, qu'il se sentait intérieurement
pressé de se retirer en quelque province éloignée,
- 20-
où il pût se consacrer à l'instruction et au soulage-
ment des pauvres gens.
M. de Bérulle, sachant que l'esprit de Dieu gui-
dait le saint homme, ne s'oppose pas à son dessein ;
il lui propose même de se rendre à Châtillon-
les-Dombes, où les ouvriers évangéliques man-
quaient.
Saint Vincent partit donc, et, une fois arrivé, il
écrivit à M. le général des galères, en le suppliant
d'agréer sa retraite, puisqu'il n'avait pas, disait-il,
assez de grâce et de capacité pour l'instruction de
ses enfants.
M. de Gondi reçut cette missive dans une pro-
vince éloignée où il se trouvait ; il écrivit alors à sa
femme :
« Je suis au désespoir d'une lettre que m'a écrite
M. Vincent, et que je vous envoie pour voir s'il n'y
aurait point encore quelque remède au malheur que
ce nous serait de le perdre; quand le sujet qu'il prend
• serait véritable, il ne me serait de nulle considéra-
tion, n'en ayant point de plus forte que celle de mon
salut et celui de mes enfants. Parlez-en à M. de
Bérulle ; dites-lui que quand même M. Vincent
n'aurait pas la méthode d'enseigner la jeunee, il
21 -
peut avoir un homme sous lui ; mais qu'en toutes
façons je désire passionnément qu'il revienne en ma
maison, où il vivra comme il voudra, et moi, un
jour, en homme de bien, si cet homme-là est avec
moij »
L'esprit de Dieu qui avait conduit saint Vincent
à Châtillon, l'y retint. De grandes œuvres d'ailleurs
lui étaient destinées. En Bresse, tout était à réta-
blir; églises, instruction, peuples, les mœurs, tout
était en décadence.
Saint Vincent se lança en apôtre dans ce vaste
champ offert à son zèJe. Bientôt une réforme géné-
rale vint consoler le pasteur, et, dans la vie de cha-
cun, on sentit l'influence du saint. Les hérétiques
se convertirent; les seigneurs dissolus revinrent au
bien; de tous côtés les louanges de Dieu retentis-
saient dans une ville où naguère son nom était
presque oublié.
On vit d'édifiants spectacles, des renoncements
sublimes. Le comte de Rougement brisant sa brave
épée : « Dans tout le monde, s'écriait-il, je ne
vois plus que cette épée qui m'embarrasse ! Que
faire? la rejeter, cette bonne et brave épée, l'ins-
trument de mes exploits, ma sauvegarde dans tant
- 22 -
de périls?. » Et le vieux preux, avec cette foi qui
ne veut que Dieu pour seul et ùnique bien, descen-
dait de cheval et brisait son épée.
Ce ne fut pas seulement par des conversions par-
ticulières que se signala le zèle de saint Vincent de
Paul ; des œuvres s'élevèrent. A Châtillon fut fon-
dée la première confrérie des Dames de Charité
pour les pauvres malades.
Destinées à être la ressource du pauvre, les œu-
vres de miséricorde sont encore aujourd'hui la con-
solation des âmes qui cherchent le royaume de
Dieu. J'ai été nu et vous m'avez vêtu; j'ai eu
faim et soif et vous m'avez donné à manger et à
boire.
Bienheureuses paroles qui, au jour du jugement,
domineront les éclats de la trompette de l'ange !
Alors que les grands et les puissants de ce monde
s'humilieront jusqu'à la poussière, l'humble Fille
de la Charité sera glorifiée et exaltée.
Tous trembleront ; les rois et les peuples séche-
ront de frayeur en la présence du Fils de Dieu, assis
sur les nuées du ciel. La charité, l'auréole au
front, relèvera la tête !. Elle aura à contempler,
dans le pauvre qui le remercie, son Sauveur Jésus-
Christ 1
- 23 -
La récompense destinée aux œuvres de miséri-
corde est dès ici-bas le bonheur ; la gloire sera dans
l'éternité; jusque-là il y a travail à supporter et diffi-
cultés à vaincre.
Saint Vincent de Paul organisa le service des pau-
vres malades ; d'abord il avait été confié à des pay-
sannes; toutes n'avaient pas les sentiments de ce
digne homme, qui disait : « Ayant considéré que
Notre-Seigneur a recommandé le service des pau-
vres, j'ai cru que je devais faire quelque chose pour
eux ; mais ne pouvant, pauvre moi même, rien leur
donner, j'ai résolu au moins de leur rendre quelque
honneur, de leur parler gracieusement quand ils s'a-
dresseront à moi, et même d'ôter mon chapeau
pour les saluer. »
Si les servantes, d'abord salariées, n'avaient pas
toutes cet empressement, saint Vincent bientôt
trouva des aides plus dignes de son zèle.
Françoise de La Chassaigne et Charlotte de
Brunard, appartenant à de nobles familles de Châtil-
lon, assistèrent, à une prédication du saint. Tou-
chées de la grâce, elles se mirent sous sa con-
duite. Dès ce jour, elles devinrent ses aides dans
l'accomplissement de toutes ses bonnes ouvres; à la
famine elles opposèrent un grenier public, et, plus
24-
tard, lorsque la peste vint désoler Châtillon, on les
vit, sentinelles de la charité, logées dans des caba-
nes près des murs, s'élancer dans la ville apportant
à tous secours et consolation.
Un jour que saint Vincent allait monter en chaire,
Mme de La Chassaigne le pria de recommander à la
charité de la paroisse une pauvre famille dont tous
les membres étaient malades, et qui demeurait à
une demi-lieue de Châtillon.
Il plut à Dieu de donner une telle efficacité à ses
paroles, qu'après la prédication un grand nombre
de personnes sortirent pour aller visiter ces pauvres
malades, leur porter du pain, du vin, de la viande
et plusieurs autres choses ; et lui-même, après l'office
de vêpres, s'y étant acheminé avec quelques habi-
tants du lieu, et ne sachant pas que tant d'autres y
fussent déjà allés, il fut fort étonné de les rencon-
trer dans le chemin qui en revenaient par troupes,
et d'en voir même plusieurs qui se reposaient sous
les arbres, à cause de la grande chaleur qu'il faisait.
Au sujet de quoi, ces paroles de l'Évangile lui vin-
rent en pensée, que ces bonnes gens étaient comme
des brebis qui n'étaient conduites par aucun pasteur :
- Voilà, dit-il, une grande charité qu'ils exer-
cent, mais elle n'est pas bien réglée; ces pauvres
- 25 -
2
malades auront trop de provisions tout à la fois,
dont une partie sera gâtée et perdue, et puis après
ils retomberon-t dans leur première nécessité.
Cela l'obligea, les jours suivants, de conférer
avec quelques femmes des plus zélées ; les ayant
disposées à sa charitable entreprise, il dressa un
projet de règlement; puis, ayant fait choix, parmi
ces vertueuses dames, de quelques officières, elles
s'assemblèrent tous les mois devant lui, et elles
rapportaient tout ce qui s'était -passé. Ainsi com-
mença la confrérie des Dames de Charité pour le
soulagement des malades 1.
Cette première fondation, mère de toutes les au-
tres, a été le modèle de celles que saint Vincent a
depuis établies, tant en France qu'en Italie et dans
bien d'autres pays.
CHAPITRE IV
Saint Vincent, au milieu des immenses travaux
que lui suscitait son zèle, se considérait toujours
comme un serviteur inutile; sans cesse il levait ses
1 Vie de saint Vincent de Paul, par Abelly, évêqne de
Rudez.
- 26 -
yeux vers le ciel, en demandant au Seigneur la
manifestation de sa volonté.
Les conseils de M. de Fresne, chargé par la mai-
son de Gondi de venir près du saint plaider la cause
de son retour, lui inspirèrent des doutes.
Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? s'é-
criait-il.
Et, comme à l'Apôtre, il lui fut répondu :
Allez vers Ananie.
Pour obéir à ce conseil, il se rendit à Lyon, près
du P. de Bence, de l'Oratoire :
Retournez à Paris, lui fut-il dit, et là, s'il
reste encore quelque difficulté, elle s'évanouira de-
vant les conseils d'amis sages qui vous feront con-
naître certainement la volonté de Dieu.
Saint Vincent de Paul se rendit'donc à Paris; à
son arrivée, il alla trouver le P. de Bérulle. Le len-
demain, veille de Noël 1617, il rentrait dans la
maison de Gondi. Son retour y fut salué comme
celui de la bénédiction de la famille ; dans l'expan-
sion de son bonheur, la comtesse de Joigny voulut
faire promettre a-u saint de ne la plus quitter.
Dès le lendemain, les missions recommencèrent
avec une nouvelle ardeur, les bonnes œuvres furent
reprises : on y ajouta celle de la confrérie des Pau-
- 27 -
vres-Malades. Elle fut établie à Villepreux, Joigny,
Montmirail, en plus de trente paroisses enfin dé-
pendantes de la maison de Gondi. -
A l'association des femmes pour le soulagement
des malades, saint Vincent de Paul joignit une con-
frérie d'hommes dont le but était de secourir, mo-
raliser et instruire les malheureux. Cette fondation
lui fut inspirée par le déplorable spectacle que pré-
sentait la ville de Mâcon. Une foule de mendiants er-
raient dans les rues, exigeant avec insolence une au-
mône que la terreur seule pouvait leur faire ac-
corder.
« Comme vrai imitateur du bon Samaritain, dit
Abelly, saint Vincent considérait tous ces pauvres
comme autant de voyageurs qui avaient été dépouil-
lés et dangereusement navrés par les ennemis de
leur salut. Il se résolut, au lieu de passer outre, de
demeurer à Mâcon pour, essayer de bander leurs
plaies, et leur donner ou procurer quelque assis-
tance. »
Il commença par obtenir l'approbation de l'évê-
que; ensuite il fit un règlement; enfin il forma un
bureau composé de dix recteurs. Les malheureux
de la ville furent divisés en deux classes : les pau-
vres honteux, évalués au nombre de deux cents fa-
- 28
milles, soutenues par l'œuvre; et les mendiants,
auxquels des distributions furent faites à jour fixe.
L'association se répandit : de nos jours nous l'a-
vons vue renaître sous le nom de Conférences de
Saint. Vincent-de- Paul.
En 1833, huit jeunes gens de la Société des Bon-
,
nes-Etudes s'unirent dans le désir de se préserver
des écarts de la jeunesse, par l'exercice de la cha-
rité. Ils établirent leurs réunions dans la rue des
Fossés-Saint-Jacques; et, en honneur des savantes
discussions qui se tenaient en ce lieu, elles prirent
le nom de Conférences. Le spectacle touchant de
leur zèle attira à eux plusieurs de leurs amis. Tous
n'étaient pas de l'avis de ce jeune saint-simonien
qui leur disait : 1
Vous êtes huit jeunes gens, et vous avez la
prétention de secourir les misères qui pullulent dans
une ville comme Paris 1 Nous, au contraire, nous
élaborons des idées qui réformeront le inonde et en
arracheront la misère pour toujours 1
Hélas 1 cette prétention jusqu'ici s'est peu réali-
sée. En revanche, la Société de Saint-Vincent-de-
Paul a pris d'immenses proportions. Elle compte
aujourd'hui, en France, plus de quatorze cents Con-
férences, et elle est établie dans presque tous les pays
29 -
2.
du monde. Destinée à préserver le pauvre, la mis-
sion de la Société de Saint-Vincent-de-Paul est la
lutte ; elle combat les influences pernicieuses, elle
écarte le vice et cherche à détruire la misère.
Contre la souffrance, la femme oppose ses su-
blimes armes , l'amour et le dévouement sou-
vent héroïque. Saint Vincent de Paul, législateur
de la charité, a compris qu'il y avait encore près
de l'ouvrier et du pauvre une mission à accomplir,
celle de l'autorité et de la tutelle. Il établit donc une
confrérie d'hommes. Placés d'abord sous le patro-
nage de saint Charles Borromée, ses membres, fiers
de leur fondateur, par-la suite revendiquèrent son
nom.
« La Société de Saint-Vincent-de-Paul, dit l'abbé
Maynard, en s'introduisant dans la demeure du
pauvre, contribue quelquefois à y créer la famille,
en faisant légitimer le mariage. Elle prend l'enfant
à son berceau et l'envoie dans les salles d'asile ; elle
le place ensuite chez les Frères des écoles chrétien-
nes ; après la première communion, elle le fait en-
trer en apprentissage ; elle ne le quitte ni dans le
travail, ni dans le chômage, ni dans la santé, ni
dans la maladie, ni même dans le malheur où l'a
précipité sa faute; elle le suit jusque dans les pri-
30 -
sons. Malade, elle s'assied à son chevet dans sa
mansarde, ou l'accompagne et le visite dans les hô-
pitaux ; elle revient surtout à son lit de mort pour
l'aider à bien finir, et, après l'avoir conduit à sa
dernière demeure, elle fait offrir le saint sacrifice
pour le repos de son âme. »
Bien digne de la charité de saint Vincent de Paul,
la Société fut fondée à Mâcon, alors qu'il se ren-
dait à Marseille.
Il y était conduit par le désir de contribuer à
l'amélioration du sort des malheureux forçats.
Saint Vincent avait été nommé aumônier royal des
galères.
CHAPITRE V
Toujours les bagnes sont une horrible chose ; à
cette époque, les galères étaient des repaires d'êtres
furieux et exaspérés par les mauvais traitements
ajoutés à leurs fers. Ils croupissaient dans la der-
nière des abjections; et, tandis que les malades,
rivés à leur banc comme à la planche du cercueil,
exhalaient déjà l'odeur du sépulcre, les valides, la
haine au cœur, la menace à la bouche, faisaient re-
- 3i -
tentir ce lieu d'épouvante d'imprécations et de
blasphèmes.
Saint Vincent de Paul, ému de compassion, inté-
ressa quelques âmes charitables au sort des malheu-
reux galériens.' Il commença donc par leur donner
du pain; puis, dit Abelly, « il écoutait leurs plaintes
avec grande patience; il compatissait à leurs peines,
il les embrassait, il baisait leurs chaînes, et s'em-
ployait autant qu'il pouvait, par prières et remon-
trances envers les comites et les officiers, à ce qu'ils
fussent traités plus humainement; et, s'étant ainsi
insinué dans leur cœur, il leur parla de Dieu :
« Mes bons amis, leur disait-il, toutes forcées
que soient vos peines, qui vous empêche de les ac-
cepter avec une résignation qui les rendra méritoires?
D'ailleurs, cette acceptation parfaite, cette soumis-
sion à la volonté de Dieu en adoucira l'amertume.
Après tout, elles dureront peu, puisque, pour les
plus malheureux d'entre vous, elles finiront avec la
vie, qui n'est jamais longue. Enfin, à le bien pren-
dre, il n'y a de vrai mal que le péché, de vrais
peines que les peines éternelles, dont Dieu vous pré-
serve 1 »
Saint Vincent resta toute sa vie aumônier des ga-
lères. Dès cette époque (1622), aidé des libéralités
32 -
de M. de Gondi, il posa les fondements d'un hôpital
destiné aux galériens malades. Les guerres et les
malheurs du temps en firent ajourner l'érection.
Pour l'obtenir, saint Vincent, plus tard, s'adressa à
Richelieu ; le grand ministre en remit l'exécution à
sa nièce chérie, cette veuve de dix-huit ans, dont
Fléchier a dit : « Elle usa de sa grandeur avec mo-
dération, et des richesses avec miséricorde. » La
duchesse d'Aiguillon, dirigée par saint Vincent de
Paul, coopéra à toutes ses œuvres; elle fonda l'hô-
pital de Marseille, et, tandis que le cardin al dirigeait
les affaires de l'Etat, sa nièce prit le ministère des
libéralités et des aumônes.
La charité de saint Vincent étendait sa flamme à
ceux qui l'approchaient; nul n'est resté insensible à
l'étincelle qui jaillissait du cœur de l'apôtre.
Un jour, en passant sur le bord de la mer, il
aperçoit une femme âgée, pâle, égarée, qui, avec
désespoir , tendait les bras vers les galères, en s'é-
criant : « Mon fils ! mon fils ! »
A ce cri, saint Vincent s'élance, court, nage et re-
joint la galère; il l'aborde, et à son désespoir il
reconnaît l'infortuné. Il court à lui, le presse dans
ses bras, l'arrose de larmes. Plus que le vice, la
faiblesse a entraîné le malheureux jeune homme,
- 33 -
soutien de sa famille, marié et père de deux enfants.
Le cœur de l'apôtre se sent saisi d'une immense
compassion. Devant une misère infinie, Notre-
Seigneur a voulu mourir; en présence d'une pro-
fonde infortune, saint Vincent de Paul eut la pensée
d'un sublime sacrifice; à l'instant il l'exécuta. Il se
précipite sur les fers du forçat, il les détache, il les
brise. et il s'en revêt lui-même !
« Le voilà donc, chrétiens, dit Maury, dans son
beau panégyrique, le voilà donc confondu avec les
forçats, chargé de chaînes, une rame à la main,
sous les dehors humiliants d'une victime des lois,
victime de la charité ! Qu'il est grand, qu'il est au-
guste dans son abjection 1 0 mon Dieu I contemplez
du haut du ciel ce spectacle vraiment digne de vos
regards ; et que tous les chœurs des anges vous bé-
nissent dans ce moment d'avoir, dans les trésors de
votre miséricorde, des récompenses éternelles pour
payer un si grand sacrifice ! »
Quand, dans le procès de la canonisation du saint,
il fut prouvé qu'il avait porté les chaînes d'un forçat
pour le rendre à sa famille désolée, le futur Benoît
XLV s'écria : « Il n'est plus besoin de miracles :
Erigantur altari,lf »
En attendant que les autels fussent élevés, saint
3IL -
Vincent était dans les fers; il en fut tiré par l'auto-
rité de M. de Gondi. Il retourna à Paris. Une de ses
premières visites fut pour les forçats détenus à la
Conciergerie.
Monseigneur, dit-il au retour à M. le général
des galères, je viens de visiter les forçats et je les ai
trouvés abandonnés dans leur corps et dans léur.
âme. Ces pauvres gens vous appartiennent et vous en
répondrez devant Dieu. En attendant qu'ils soient
conduits au lieu de leur supplice, il est de votre
charité de ne pas souffrir qu'ils restent sans secours
et sans consolation. ,
Le général, touché du récit des misères qu'on lui
fit, et frappé de la pensée de son devoir, donna plein
pouvoir à saint Vincent de" Paul. Il en commença
aussitôt l'exercice.
« A cet effet, dit Abelly, il loua une maison au
faubourg Saint-Honoré, dans le voisinage de l'église
Saint-Roch, pour y retirer ces pauvres forçats
sous bonne garde, et ayant usé d'une très-grande
diligence , il fit en sorte que la maison fût en
état de les recevoir dès la même année 1622, qu'ils
y furent menés. Ce fut en ce lieu que M. Vincent
donna une pleine étendue à sa charité, pour rendre
toutes sortes de services à ces pauvres abandonnés :
- 35 -
là il les visitait fort souvent, il les consolait, il les
instruisait; » et, ajoute une autre chronique, « les
forçats commencèrent à être nourris assez honnête-
ment dans le faubourg Saint-Honoré.
Saint Vincent établit dans la maison des forçats
deux missionnaires, le P. Portail et le P. Belin, pre-
miers disciples du saint, qui ne le quittèrent qu'à
la mort. Leur zèle, dirigé par lui, produisit de grands
fruits.
Les missions avaient changé, converti et touché
un nombre infini de pécheurs. Désireuse d'en
assurer la perpétuité, Mme de Gondi, autorisée
par son mari; fit un don considérable pour la fon-
dation d'un établissement de missionnaires. Son
beau-frère, Jean-François de Gondi, premier arche-
vêque de Paris, s'associa à l'œuvre en lui abandon-
nant le collège des Bons-Enfants, dont il avait la
disposition.
Cette fondation, couronnement des bonnes ac-
tions de Mme de Gondi, fut aussi la dernière de
sa vie. Peu de temps après, assistée jusqu'à la fin
par saint Vincent de Paul, elle alla recevoir, dans
un monde meilleur, la récompense de tout le bien
qu'elle avait fait ici-ha.
- 36
CHAPITRE VI
Après la mort de Mme de Gondi, saint Vincent,
accompagné du P. Portail, se retira au collège des
Bons Enfants, situé près la porte Saint-Victor. Bien-
tôt ils s'adjoignirent un troisième prêtre.
« Tous les trois, dit Abelly, allaient de village en
village, catéchiser, exercer, confesser et faire les
autres fonctions et exercices de la mission, avec
simplicité, humilité et charité, à leurs propres dé-
pens, sans demander ni même vouloir recevoir
aucune chose de personne. Et, comme ils n'avaient
pas le moyen d'entretenir des serviteurs pour
garder le collége en leur absence, quand ils en par-
taient pour aller en mission, ils laissaient les clefs à
quelqu'un des voisins. »
Bientôt quelques disciples se groupèrent autour
d'eux. Ils sollicitèrent l'approbation du saint-siége,
et, par une bulle d'Urbain VIII, cette compagnie
fut érigée, sous le titre de Prêtres de la Congré-
gation de la Mission.
Ils se lancèrent alors avec une nouvelle ardeur
- 37 -
3
dans le champ du père de famille. Ils se divisaient
afin de multiplier la bonne semence, et saint Vin-
cent leur disait :
Allez, voici que je vous envoie comme des
agneaux au milieu des loups. Ne portez ni bourse,
ni sac, ni chaussure. En quelque endroit que vous
alliez, annoncez la paix, guérissez les malades, et
dites-leur : « Le royaume de Dieu s'approche. »
Saint Vincent, avant tout, prêchait d'exemple ;
sans repos, le jour et la nuit, il s'en allait évangé-
lisant les peuples, surtout ceux des campagnes. Son
zèle produisait de grands fruits ; le désir d'y con-
tribuer inspira à M. Le Bon, prieur de Saint-Lazare,
la pensée de lui offrir cet établissement.
Saint Lazare-lès-Paris, seigneurie ecclésiastique
jouissant du droit de haute, moyenne et basse jus-
tice, eut jadis de brillantes destinées.
Les rois et les reines, à leur avènement, y séjour-
naient l'espace de quarante jours. Ils habitaient le
pavillon appelé le logis du roi.
Un trône était élevé sous le portique de Saint-
Lazare : c'était là que le souverain recevait l'hom-
mage de ses nouveaux sujets.
Le prévôt, les échevins, les bourgeois de la bonne
ville, venaient jurer obéissance et fidélité. Le roi
38 -
alors annonçait liesse et largesse, et le peuple criait :
« Noël ! Noël !. Vive le roi ! »
A Saint-Lazare on voyait aussi arriver, bannières
déployées, brillants chevaliers, hérauts fleurdeli-
sés. Au son des clairons hennissait le cheval de ba-
taille, l'air retentissait, on acclamait : « Montjoye!
et Saint-Denis 1 »
Le roi de France avait été à l'antique abbaye
prendre l'oriflamme. Au retour, il s'arrêtait à Saint-
Lazare ; on y fêtait la santé du roi.
Vers la seigneurie ecclésiastique se dirigeait en-
core une imposante armée ; on voyait des guerriers
bardés de fer, ils portaient une croix è l'épaule, et
ils s'écriaient : « Dieu le veut ! »
En partant pour les croisades, les rois venaient à
Saint - Lazare recevoir la pannetière et le bour-
don.
Mais voici que la chapelle est illuminée. Des
écussons couvrent les murailles, et, comme de
pleurs, la fleur de lis parsème les noires tentures.
C'est que la dépouille mortelle du roi de France,
pendant une heure, reposera à Saint-Lazare. On y
célèbre l'absoute; les prélats du royaume viennent
jeter l'eau bénite, puis les religieux de Saint-Denis
réclament le royal cercueil.
39 -
Il leur est remis par vingt quatre hanouards t,
qui l'ont porté depuis Paris, ainsi que les y autori-
sent leurs privilèges.
En dépit de tant de grandeurs, Saint-Lazare n'en
était pas moins, il faut l'avouer, la léproserie de
Paris. Au moment où le P. Le Bon en offrit la pos-
session à saint Vincent, les lépreux, grâce à Dieu,
étaient devenus fort rares. On n'en était plus à ce
temps où, pour être admis à Saint-Lazare, il fallait
être lépreux, bourgeois de Paris, né d'un légitime
mariage, et avoir reçu le jour entre les quatre prin-
cipales portes. Il y avait, toutefois, exception pour
les boulangers, qui y étaient admis de toutes les
parties du royaume. La chaleur du four était bien
pour quelque chose dans l'avantageuse exception
dont jouissaient les boulangers.
Qui sait? peut-être que de nos jours Saint-Lazare
regrette ses lépreux d'autrefois. Enfin, espérons
que les prières de saint Vincent y font souvent pé-
nétrer le repentir.
Donc, le P. Le Bon, prieur de Saint-Lazare, un
peu en querelle avec ses religieux, et pensant que,
n'ayant plus de lépreux, l'établissement devenait
1 Porteurs de sel jurés.
- 40 -
inutile, résolut de l'abandonner à saint Vincent, Il
alla le trouver, accompagné du docteur Lestocq,
lequel se chargea de faire la proposition. En l'en-
tendant, loin d'en être enchanté, le saint resta
tout interdit.
- Eh quoi ! vous tremblez ? lui dit Le Bon.
- Il est vrai, mon père, répondit saint Vincent,
que votre proposition m'épouvante, et elle me
paraît si fort au-dessus de nous que je n'ose y
élever ma pensée. Nous sommes de pauvres prêtres
qui vivons dans la simplicité, sans autre dessein que
de servir les pauvres gens des çhamps. Nous vous
sommes grandement obligés, mon père, de votre
bonne volonté, et nous vous en remercions très-
humblement; mais permettez-nous de ne pas accep-
ter votre offre.
Pendant plus de dix-huit mois le P. Le Bon con-
tinua ses instances.
a Je ne puis exprimer, racontait Lestocq, avec
quelle insistance il fut poursuivi; Jacob n'a pas eu
tant de patience pour obtenir Rachel, et tant insisté
pour obtenir la bénédiction de l'ange, que M. le
prieur et moi n'en avons eu pour obtenir un oui de
M. Vincent. »
Ce oui fut dû à l'intervention de l'abbé Duval,
- 4i -
saint prêtre qui avait la confiance de saint Vincent,
si bien qu'il le prit comme arbitre. Son avis fut
qu'il fallait accepter.
A peine le saint y était-il résigné que les religieux
de Saint-Victor élevèrent des prétentions sur le
prieuré de Saint-Lazare. Elles ne furent pas admi-
ses, ils perdirent leur procès.
Muni de l'approbation royale et de celle du pré-
vôt et des échevins de la ville de Paris, saint Vin-
cent, pour la première fois, se rendit à Saint-Lazare;
il en prit possession ; c'était le 24 mars 1632. L'ar-
chevêque de Paris vint l'y recevoir. Il y eut une
belle cérémonie, et chacun se montra très-satisfait.
« Ce qui fait bien voir, dit encore Lestocq, que
c'est la terre de promission où Abraham a été con-
duit; je veux dire, M. Vincent, vrai Abraham,
grand serviteur de Dieu, dont les enfants sont desti-
nés à remplir la terre de bénédiction ; sa famille
subsistera dans les siècles. »
A peine saint Vincent était-il à Saint-Lazare que
l'évêque de Beauvais lui proposa d'instituer des re-
traites pour préparer les jeunes clercs à la réception
des saints Ordres. Le saint accéda de grand cœur à
cette proposition, cc étant plus assuré, disait-il, que
Dieu demandait ce service de lui, l'-ayant appris par

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