Histoire du général La Fayette, par un citoyen américain, traduite de l'anglais par M*** [Dubergier]

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Ponthieu (Paris). 1824. In-8° , 104 p..
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Publié le : jeudi 1 janvier 1824
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HISTOIRE
DU GÉNÉRAL
DE LAFAYETTE
HISTOIRE
DU GENERAL
DE LAFAYETTE,
PAR UN CITOYEN AMERICAIN;
TRADUITE DE L'ANGLAIS,
PAR M. ***.
Un grand homme appartient à l'univers entier,
ARNAULT fils, (Régulus.)
PARIS,
CHEZ
PONTHIEU, LIBRAIRE, PALAIS ROYAL, GALERIE DE BOIS.
JEHENNE, PASSAGE FEYDEAU, n° 4.
1825.
HISTOIRE
DU GÉNÉRAL
DE LAFAYETTE;
La famille du général de Lafayette occupe de-
puis long-temps un rang distingué dansl'histoire
de France. En 1422, le maréchal de Lafayette
défit le duc de Clarence à Beaugé, et préserva
ainsi son pays de la domination de Henri V roi
d'Angleterre. Une de ses aïeules, quoique n'ap-
partenant pas à la ligne directe, madame de La-
fayette, connue par sa correspondance avec ma-
dame de Sévigné dont elle était l'amie intime, fut
l'un des plus brillants ornements de la cour de
Louis.XIV. C'est elle qui fit le premier roman,
dont le succès reposait sur la peinture des moeurs
domestiques, et qui devint ainsi la fondatrice d'un
genre très-répandu de la littérature moderne. Le
père du général succomba à la bataille de Mün-
den, n'ayant survécu que deux ans à la naissance
de son fils. Ces souvenirs honorables, et beau-
(6)
coup d'autres laissés par sa famille, et dispersés
dans les différentes parties de L'histoire de France,
depuis près de cinq cents ans, sont des titres de
distinction que l'on se plaît à recueillir, lorsqu'ils
se rapportent à un homme si digne de les rece-
voir et d'y ajouter.
Le général de Lafayette naquit en Auvergne,
le 6 septembre 1757. Très-jeune encore, il fut
envoyé au collège du Plessis à Paris, où il reçut
une éducation brillante, et où il puisa une con-
naissance étendue des anciens auteurs. Il en donna
deux fois, dernièrement à Cambridge, des preuves
remarquables, par des citations heureuses de Ci-
céron, improvisées dans des circonstances qu'il
n'avait pu prévoir. Plus tard, on l'envoya à Ver-
sailles, où la cour résidait habituellement ; là,
son éducation fut poussée encore plus loin, et il
fut fait officier, comme la plupart des jeunes gen-
tilshommes. Agé de seize à dix-sept ans, ilépousa
la fille,du duc d'Ayen, fils du duc,de Noailles, et
petitt-fils du grand chancelier d'Aguesseau. Tout
paraissait lui assurer en. France, l'avenir le plus
brillant :possesseur d'une grande fortune qui s'é-
tait accumulée pendant sa longue minorité; placé
au rang des premiers personnages de l'Europe ;
assuré par sa naissance et par son alliance del'ap-
pui des premières familles de France; exerçant
déjà une grande influencé dans la société et com-
mandant la confiance par son caractère et par ses
(7)
manières ouvertes et sincères, qui, depuis, l'ont
toujours distingué, et lui ont donnée un Empire si
puissant sur l'esprit des hommes; il ne lui restait
qu'à suivre la brillante carrière qui lui était ou-
verte, pour n'avoir rien à désirer.
Ce fut cependant à cette époque que la lutte
orageuse des Américains, pour conquérir leur in-
dépendance, devint l'unique objet des pensées et
des sentiments de M. de Lafayette. Il fit connais-
sance avec nos agents à Paris, et fut instruit par
eux de l'état de nos affaires. Rien ne pouvait être
moins engageant pour lui, soit qu'il cherchât la
réputation ou l'instruction militaire ; car noyre
armée, était alors dans un état trop critique pour
lui offrir l'un ou l'autre : elle, battait en retraite à
travers le New-Jersey laissant derrière elle des
traces ensanglantées, (1). D'ailleurs, nous avions
tellement perdu notre crédit en Europe, que les
ccommissaires, (comme on les appelait) quoiqu'ils
n'eussent aucune mission, furent obligés, à la fin,
de faire connaître à M. de Lafayette, qui persis-
tait toujours à leur offrir ses services, qu'ils ne
(1) Les Américains n'avaient pas encore d'expérience : ils
l'aquirent ainsi que la tactique militaire, en défendant leur
liberté. Ils étaient donc, dans le commecement, forces a la
retraite devant des troupes aguerries et plus nombreuses. Fuir
dans de pareilles circonstances, c'est apprendre à vaincre.
(Note du Traducteur)
( 8)
pouvaient pas même lui offrir des moyens con-
venables de transport. « Eh bien! dit-il, j'achete-
rai un vaisseau et je l'équiperai. » Il le fit. Le
vaisseau fut préparé à Bordeaux, et envoyé dans
le port d'Espagne le plus voisin , pour le mettre à
l'abri de toute atteinte de la part du gouvernement
français. Pour mieux cacher ses desseins, M. de
Lafayette fit, peu de temps avant de s'embarquer,
uni voyage de quelques semaines en Angleterre;
et il fut très-recherché. a son reyour, il ne s'ar-
rêta pas un moment à Paris, pas même pour voir
sa famille; mais il se hâta de continuer sa route
dans le plus grand sécret, afin d'assurer sa sortie
de France. Ce ne fut que lorsqu'il était ainsi en
chemin pour s'embarquer, que l'on commença à
connaître son entreprise aventureuse.
L'effet que produisit cette nouvelle à la cour
et dans la capitale, fut beaucoup plus grand qu'on
ne pourrait peut-etre se l'imaginer maintenant ;
on vit lord Stormont, ambassadeur anglais, re-
quérir le ministère français d'envoyer des ordres,
non-seulement à Bordeaux, pour le faire arrêter,
mais aussi aux commandants de la station des
Indes occidentales. Le ministère s'empressa de
satisfaire à sa demandé ; car, à cette époque, il
désirait maintenir la bonne intelligence avec l'An-
gleterre, et il était très-irrité contre ce jeune
homme, qui avait ainsi exposé les deux nations
à une rupture. En effet, une lettre de cachet l'at-
(9)
teignit à Passage , sur l'extrême frontière de
France, ou il fut arrêté et ramené à Bordeaux.
Là, son entreprise est sur le point d'échouer en-
tièrement ; mais, aidé par un ou deux de ses amis,
il épie une occasion favorable, se déguise en cour-
rier, se noircit la figure, met une perruque et
part à chévàl , ordonnant, sur la route, des
chevaux de poste, pour une voiture qu'il avait eu
soin de faire suivre derrière à une distance con-
venable ; et ainsi travesti, il passe heureusement
les frontières des deux royaumes, ayant seule-
ment trois ou quatre-heures d'avance sur ceux
qui étaient à sa poursuite pour l'arrrêter de nou-
veau. Il arrive bientôt au port ou son vaisseau l'at-
tendait. Sa famille, cependant, lui fait adresser
les sollicitations les plus pressantes pour l'enga-
ger à revenir, mais elles arrivent trop tard, il
était en mer. Ce départ, comme le dit madame du
Deffand, produisit une agitation extraordinaire
dans toutes les sociétés de la cour de la capi-
tale (1) Pareille choise arriva à Londres ; Gibbon,
(1) De tous les départs présents, celui qui est le plus sin-
gulier et le plus étonnant, c'est celui de M. de Lafayette. Il
n'a pas vingt ans ; il est parti ces jours-ci pour l'Amérique; il
emmène avev lui huit ou dix de ses amis, il n'avait confié son
projet qu'au vicomte de Noailles, sous le plus grand secret;
il a acheté un vaisseau, l'a équipé, et s'est embarqué à Bor-
deaux. Sitôt que ses parents en ont eu la nouvelle, ils ont fait
courir après lui pour l'arrêter et le ramener; mais on est ar-
( 10)
dans une lettre datée du 12 avril 1777 , s'exprime
ainsi : « Nous ne parlons que du marquis de La-
fayette qui était ici il y a quelques semaines. C'est
un jeune homme d'environ vingt ans, possesseur
de cent trente mille livres de rente, neveu de
M. de Noailles ambassadeur ici. Il a acheté le
Yacht du duc de Kinston ( erreur ) et est allé, re-
joindre les Américains. La cour paraît fâchée,
contre lui. »
Immédiatement après son arrivée pour la se-
conde fois à Passage, le vent étant favorable , il
s'embarqua. La route ordinaire que suivaient alors
les navires de commerce, en relations avec nos
colonies, était de faire voile vers les Indes occi-
dentales, et de remonter le long de nos côtes,
pour entrer dans le Port qu'il leur était possible
d'aborder. Mais cette route aurait exposé M. de
Lafayette à être arrêté par les commandants de
la station française, et il avait presque autant de
raisons de les craindre, qu'il en avait de craindre
les croiseurs anglais Lorsqu'il eut donc passé les
rivé trop tard, il y avait trois trois heures qu'il était embarqué.
C'est une folie, sans doute, mais qui ne le déshonore point,
et qui au contraire marque du courage et du désir de la gloire.
On le loue plus qu'on ne le blâme. Mais sa femme qu'il laisse
grosse, de quatre mois: son beau-père, sa belle-mère, et toute
sa famille, en sont fort affligés. (Lettre de madame du Deffand
à H. Walpole, 31 mars 1777)
( 11 )
Iles. Canaries, M: de Lafayette dit à son capi-
taine de faire voile directement vers les États-
Unis. Le capitaine s'y refusa, donnant pour rai-
son , que s'ils venaient à être pris par les Anglais
et conduits à Hallifax, le gouvernement français
ne les réclamerait jamais, et qu'alors il ne leur
resterait d'autre espoir qu'une mort obscure dans
une forteresse, ou sur un ponton. Cela était
vrai ; mais M. de Lafayette le savait, auparavant.
Il insista donc, et comme le capitaine persistait
plus positivement encore dans son refus, M. de
Lafayette lui dit, que le navire lui appartenait,
qu'il avait fait ses arrangements en conséquence ,
et que, s'il ne voulait pas aller directement vers
les Etats-Unis, il allait le faire mettre dans les fers
et donner son commandement à l'officier qui ve-
nait après lui. Le capitaine fut donc obligé de se
soumettre , et M. de Lafayette lui fit une obliga-
tion de 40,000 francs, à titre de dédommagement,
en cas d'accident. Alors ils firent voile vers la
partie méridionale des États-Unis, et arrivèrent,
sans être inquiétés, à Charlestown, le 25 avril
( 1) M. de Ségur, dans ses Souvenirs et Mémoires, donne,
sur, l'évasion de. M. de Lafayette, les détails les plus intéres-
sants. Il était son confident, son ami, son complice, et devait
s'embarquer avec lui : mais il fut gardé à.vue par sa famille.
(Note, du Traducteur. )
La sensation produite par son apparition dans
ce pays fut, naturellement, beaucoup plus grande
que celle qu'avait produite son départ d'Europe.
On la regardera toujours comme l'une des cir-
constances les plus remarquables et les plus im-
portantes de notre révolution ; et, comme l'a dit
souvent celui qui n'eut pas une petite part dans
ses épreuves et dans ses succès, il n'y a que ceux
qui vivaient alors, qui peuvent avoir une idée
exacte de l'impulsion, qu'elle donna, et des espé-
rances qu'elle fit renaître chez une population
presque découragée par une longue suite de dé-
sastres. Et ce devait être ainsi; car cela nous ap-
prenait que,dans les rangs de la première noblesse
d'Europe, on pouvait encore trouver des hommes
qui, non-seulement, s'intéressaient à nos efforts
et à notre position, mais qui ne craignaient pas
de partager nos souffrances ; cela nous apprenait
que la lutté obscure et presque désespérée dans
laquelle nous nous étions engagés pour conqué-
rir notre liberté dans un coin éloigné du monde,
pouvait encore trouver de l'appui parmi ceux qui
devaient naturellement aimer le pouvoir et l'éclat
du despotisme; cela nous apprenait que, enfin,
nous attirions les regards et l'intérêt des contrées
qui ajouteraient à nos proprés ressources une force
suffisante pour conduire à bien nôtre entreprise.
A peine arrivé, M. de Lafayette reçut l'offre
d'un commandement dans notre armée, mais il
( 13 )
le refusa ; et il est à remarquer que, pendant tout
il? temps qu'il est resté à notre service, il sem-
blait vouloir montrer qu'il était venu seulement
prêter un appui désintéressé à notre cause. Il
commença donc par habiller et équiper, à ses frais
un corps à Charlestown, et entra à notre service,
comme volontaire, sans solde. Il vécut dans la
famille du commandant en chef dont il gagna
l'amitié et la confiance. Le 31 juillet 1777 il fut
nommé major général, par une délibération du
congrès, et blessé à Brondy-Wins dans le mois
de décembre de là même année. En 1778, il ser-
vit dans, plusieurs provinces des États-Unis, soit!
comme major général, soit comme commandant
en chef d'une division séparée; et après avoir
reçu les remerciements du congrès pour les ser-
vices importants qu'il nous avait rendus, il s'em-
barqua a Boston, en janvier 1779, pour révenir
en France, pensant qu'il pourrait, pendant quel-
que temps, nous être plus utile en Europe qu'en
Amérique.
Il arriva à Versailles, résidence ordinaire de laj
cour, le 12 février, et le même jour, il eut une
longue conférence avec M. de Maurepas, premier
ministre. On ne lui permit pas dé voir le roi ; et
nous avons appris que, dans une, lettre qu'il avait'
reçue de la cour le jour suivant, on lui avait si-
gnifié l'ordre de n'aller voir que ses parents, es-'
pèce de censur qu'il avait encourue pour avoir
( 14)
quitté la France sans permission; mais cette dé-
fense était presque insignifiante' pour lui, car
sa naissance et son mariage l'alliaient avec la
plupart des personnes de la cour; et celles qui
lui étaient étrangères venaient en foule à son
hôtel pour le voir. M. de lafayette contribua
beaucoup par ses efforts à nous rendre très-favo-
rable le traité qui fut conclu, a peu près à la même
époque, entre la France et l'Amérique. Il travailla
sans relâche à déterminerle gouvernement à nous
envoyer une flotté et des troupes; et ce né fut
que lorsqu'il eut réussi, et qu'on lui eut assuré que
le comte de Rochambeau le suivrait promptement,
qu'il s'embarqua pour retourner, en Amérique. Il
atteignit le quartier général de l'armée, le 11 mai
1780, et communiqua confidentiellement au com-
mandant en chef les importantes nouvelles qu'il
apportait.
Aussitôt après son retour, il reprit sa place dans
notre armée et montra le même zèle et le même dé-
sintéressement que lors de sa première arrivée. On
lui donna le commandement séparé d'un corps
d'infanterie, d'environ 2,000 hommes, qu'il ha-
billa et équipa, en partie, à ses frais, et que ses
efforts infatigables, ses sacrifices sans cesse répé-
tés , et une sage discipliné, rendirent le meilleur
de l'armée. Ceux qui put lu l'histoire de notre
pays,, savent tout ce qu'il a fait pour nous pen-
dant qu'il était à la tête de dette division. Sa
marché forcée vers la Virginie, en décembre
1780, après s'être procuré, à Baltimore, sur son
crédit, 2,000 guinées pour subvenir aux besoins
pressants de ses troupes; la délivrance de Riche-
mond, qui, sans lui, tombait au pouvoir de l'en-
nemi ; la conduite et les manoeuvres habiles qu'il
opposa longtemps au général anglais Cornwallis,
qui, dans une lettre interceptée, se vantait folle-
ment que « l'enfant ne pouvait lui échapper ; » en-
fin le siège de York-Town, la prise de la redoute
et la reddition de la place en octobre 1781, sont
les preuves de ses talents militaires et de son dé-
vouement à la cause des États-Unis : dévouement
dont il n'a jamais été récompensé; et dont, sous
certains rapports, il ne pourra jamais l'être.
M. de Lafayette voulut, cependant , faire en-
core de plus grands efforts en notre faveur, et,
dans ce but, il annonça qu'il allait retourner en
France; le congrès avait déja, par plusieurs déli-
bérations, reconnu ses talents et ses services ; mais
il le fit plus solennellement que jamais par celle
du 23 novembre, dans laquelle outre toutes les
autres marques dapprobation, il exprima le désir
que les ministres étrangers près de notre gouver-
nement entrassent en conférence avec lui sur les
négociations, qui nous intéressaient; marqué de
respect et de déférence, dont nous ne connais-
sons nul autre exemple.
Une brillante réputation lavait précède en
(16)
France, où la cause des Américains commençait
à être populaire. Les efforts et les sacrifices qu'il
avait faits pour elle, et qui d'abord avaient paru
si aventureux et si romanesques, produisaient
alors un enthousiasme général. Voltaire, dans le
voyage remarquable qu'il fit à Paris pendant que
M. de Lafayette était aux États-Unis, pour la pre-
mière fois, ayant rencontré madame de Lafayette
à l'hôtel de Choiseul, lui fit une longue harangue
sur les brillantes destinées, qui attendaient son
mari comme défenseur de la grande cause de la li-
berté des peuples ; et dans son admiration il tomba
à ses genoux.
Avant son retour , les, beaux vers suivants, de
Gaston et Bayard de Du Belloy avaient été souvent
applaudis et redemandés au théâtre ; et madame
Campan nous dit qu'elle en avait longTtemps con-
servé une copie de la main de l'infortunée reine
Marie Antoinette qui les avait transcrits parce
qu'ils avaient été appliqués publiquement au fa-
vori du peuple à cette époque.
..... ... ... . . Eh! que fait sa jeunesse,
Lorsque de l'âge mûr je lui vois la sagesse ?
Profond dans ses desseins, qu'il trace avec froideur,
C'est pour les accomplir, qu'il garde son ardeur...
Il sait défendre un camp, et forcer des murailles ;
Comme un jeune soldat, désirant les batailles,
Comme un vieux général, il sait les éviter
Je me plais à le suivre etm^me a l'imiter
( 17 )
J'admire sa prudence et j'aime son courage :
Avec ces deux vertus un guerrier n'a point d'âge.
Act. I., sc. IV (1).
Si tels étaient déjà les sentiments et l'enthou-
siasme du peuple français pendant qu'il était en-
core absent, il n'est pas étonnant qu'à son retour
il fût suivi par la foule dans les rues où il passait ;
que dans un voyage à une de ses propriétés, dans
le midi de la France , les habitants des villes qu'il
traversait vinssent le recevoir avec les plus grandes
marques de distinction et lui décerner les hon-
neurs civiques ; et que particulièrement il fût re-
tenu près d'une semaine à Orléans par les fêtes
qui lui avaient été préparées:
(1) Pareille chose était arrivée à la représentation de l'A-
mour français, de Rochon de Chabannes, en 1780; mais cette
fois l'auteur l'avait provoquée en y introduisant le portrait
suivant :
On est compté pour rien, quand on est inutile: '
L'oisiveté , monsieur, est une mort civile....
Voyez ce courtisan à peu près de votre âge :
Il renonce aux douceurs d'un récent mariage,
Aux charmes de la cour, aux plaisirs de Paris,
La gloire seule échauffe, embrase ses esprits;
Il vole la chercher sur un autre hémisphère, etc.
La ressemblance était telle qu'il était impossible de s'y mé-
prendre ; aussi le nom de M. de Lafayette, que l'on entendait
d'abord prononcer' avec quelque hésitation parmi les specta-
teurs, fut bientôt proclamé hautement au milieu des applau-
dissements universels.
( 18 )
Toutefois, l'admiration générale dont il était
l'objet ne lui fit pas oublier nos intérêts. Au con-
traire, quoique les négociations pour la paix fussent
déjà avancées, il ne cessa de presser le gouver-
nement français de nous envoyer de nouvelles
troupes, comme le plus sûr moyen de hâter la
conclusion, du traité qui devait mettre fi.n à la
guerre. Il réussit, enfin ; et le comte d'Estaing re-
çut l'ordre de se tenir prêt à faire voile vers les
États-Unis, aussitôt que M. de Lafayette l'aurait
rejoint. En effet, arrivé à Cadix, il trouva quarante-
neuf vaisseaux et vingt mille hommes prêts à le
suivre d'abord pour la conquête de la Jamaïque (1),
ensuite pour venir nous seconder ; et ils eussent
atteint nos côtes au commencement du printemps,
si la paix n'eût rendu leur secours inutile. Une
lettre de M. de Lafayette, écrite de la rade de
Cadix le 5 février 1783, apporta cette grande
nouvelle au congrès.
Lorsque l'ordre et la tranquillité furent réta-
blis, M. de Lafayette reçut de pressantes invita-
(1) Dans une des conférences du comte d'Estaing avec
Charles III, roi d'Espagne, sur les arrangements relatifs à cette
èxpédition, le comte fit observer à sa majesté qu'il pourrait être
convenable de laisser, pour quelque temps, M. de Lafayette
gouverneur de la Jamaïque, dans le cas où l'on réussirait à
s'en rendre maître. « Dieu m'en garde, s'écria le roi alarmé,
« il en ferait bientôt une république. »
(19)
tions pour venir visiter le pays dont il avait si
puissamment servi la cause. Washington, en par-
ticulier, lui fit les plus vives sollicitations. Cé-
dant donc à l'amitié, au désir, général et emmêmé
temps à cet attachement pour les États-Unis dont
il a donné des preuves toute sa vie, il s'embarqua
encore une fois et abonda à New-York, le 4
août 1784. Son séjour y fut court, il se rendit
de suite à Mout-Vernon où il passa quelques
jours dans la famille de Washington dont il avait
été long-temps un membre chéri; visitant en-
suite Annopolis, Baltimore, Philadelphie, New-
York, Albony et Boston, accueilli partout par les
plus grands témoignages de joie et d'enthou
siasme, il repartit pour la France. Sur le point
de quitter les États-Unis, pour la troisième, et,
comme tout semblait alors le faire croire, pour la
dernière fois, le congrès lui envoya, en septem-
bre 1784, une grande députation formée, pour
plus de dignité, d'un membre de chaque état, char-
gée de prendre congé de lui au nom de toute la
nation et de l'assurer que « les États-Unis avaient
« pour lui une affection toute particulière, qu'ils
« ne cesseraient jamais de s'intéresser à tout ce qui
« pourrait le concerner, et qu'ils faisaient les voeux
« les plus ardents et les plus sincères pour son
« bonheur et pour sa gloire. » Il fut arrêté en
mêrne temps que les État-Unis, par l'organe du
congrès réuni, écriraient une lettre à sa majesté
(20)
très-chrétienne pour lui exprimer la haute opi-
-nion qu'ils avaient du zèle, des talents, et des
services militaires du marquis de Lafayette, et
pour le recommander à la faveur de sa majesté.
Nous ne croyons pas qu'il eût été possible de lui
offrir un témoignage plus complet de notre re-
connaissance et de notre vénération.
Pendant l'année qui suivit l'arrivée de M. de
Lafayette dans sa patrie, il trouva que l'esprit
publie y était beaucoup plus agité par les ques-
tions de droits politiques qu'il ne l'avait été jus-
qu'alors. En 1785, il se rendit pour peu de temps
en Prusse, dans l'intention d'y voir les troupes
de Frédéric II, et il reçut de ce grand monarque
l'accueil le plus affecteux et le plus distingué
Par un concours singulier de circonstances, il
rencontra souvent, à la cour du roi de Prusse,
lord Cornwallis et plusieursautres officiers contre
lesquels il avait combattu dans la compagne
qui finit à York-Town. Bientôt, les discussions
graves et menaçantes qui commençaient, à s'éle-
ver en France hâtèrent son retour. Il prit part
dans quelques-unes de ces discussions, et se tint
à l'écart relativement aux autres; mais , dans
toutes les circonstances, il a toujours fait con-
naître ouvertement et librement ses opinions ; et
on a pu remarquer que ses principes n'ont jamais
varié. Il travailla pendant quelque temps avec
Malesherbes, ministre de Louis XVI, à faire rendre
( 21)
aux protestants les droits politiques dont ils
étaient privés, et à les replacer sur le même pied
que tous les autres Français; mais tous ses efforts
à ce sujet furent sans résultat. Ce fut lui aussi
qui, le premier en France, éleva la voix contre
la traite des Noirs ; et il est digne de remarque,
qu'après avoir consacré Une somme considérable
à racheter des esclaves dans une des colonies, et
à leur donner l'éducation convenable pour les
préparer à l'émancipation , la faction qui, en 1792,
le proscrivit comme ennemi de la liberté, revenu
dit,ces mêmes esclaves pour les rendre à leur
première servitude. Enfin, à peu près à la même
époque, il essaya avec M. Jefferson, notre mi-
nistre, de former une ligue entre quelques puis-
sances européennes contre les pirates barbares-;
ques,qui, si elle avait eu lieu, aurait, plus fait
pour leur anéantissement que n'a fait l'associa-
tion de sir Sidney Smith, et ne feront probable-
ment les victoires de lord Exmouth.
Mais pendant qu'il s'occupait des questions
que ces discussions avaient fait naître, arrivaient
à Paris, de toutes les parties de la France, les
éléments nécessaires pour de grands changements
politiques; et en février 1787 s'ouvrit l'Assem-
blée des Notables. M. de Lafayette en fit natu-
rellement partie ; et il contribua beaucoup, par
les opinions et les principes qu'il y professa, à
donner à ses délibérations un caractère remar-
( 22)
quable. Il proposa l'abolition des odieuses lettres
de cachet, dont dix-sept avaient été lancées
contre Mirabeau avant qu'il eut atteint sa tren-
tième année, ainsi que ce dernier le déclara dans
l'Assemblée nationale ; il proposa l'affranchisse-
ment des protestants qui, depuis l'abolition de
l'Édit de Nantes , avaient été réduits à une nul-
lité politique encore plus dégradante que cette
qui pèse maintenant sur les catholiques d'Irlande.
Il fit la motion, et l'on remarquera en passant
que c'était la première fois que l'on se servait en
France de ce mot qui marquait un grand pas
vers les assemblées déliberatives régulières, il fît
la motion de convoquer des représentants du
peuple. « Comment, » dit le comte d'Artois, à
présent Charles X, qui présidait l'assemblée des
Notables, « sont-ce les États-Généraux que vous
«demandez?» «Oui» repartit M. de Lafayette,
« et encore quelque chose de mieux. » Expressions
dont le sens eût été promptement saisi par ceux
qui vivent sous un gouvernement représentatif,
et qui cependant, à cette époque, étaient à peine
intelligibles pour les Français (1). M. de Lafayette
(1) Personne ne se leva pour appuyer cette motion ; et ce-
pendant, deux ans après seulement, les États-Généraux fu-
rent convoqués, conformément au voeu de la nation, que
M. de Lafayette avait si bien prévu, lorsque nul autre n'y
pensait encore.
( 23 )
fut aussi un membre très-influent des États-Géné-
raux qui s'assemblèrent en 1789, et prirent le
nom d'Assemblée nationale. Il proposa dans cette
assemblée la déclaration des droits de l'homme
semblable à la nôtre, et ce fut par son influencé
et pendant qu'il était encore a la tribune pour
appuyer sa motion, que fut rendu, dans la nuit
du 14 juillet, au moment où la Bastille tombait
sous le canon du peuple, le décret sur la respon-
stabilité des ministres, décret qui offrait un des
premiers éléments d'une monarchie représenta-
tive. Deux jours après, il fut nommé commandant
en chef de la garde nationale de Paris, et se
trouva ainsi placé à la tête de cette milice qui
s'organisait alors dans toutes les parties du
royaume, et dont on voulait faire la force mili-
taire de la France, comme en effet elle la devint
bientôt par ses sages directions.
L'importance du commandement militaire qui
lui était confié, et encore plus sa grande in-
fluence personnelle, le mettaient constamment
en contact avec la cour et le peuple, position dé-
licate et difficile, surtout à l'égard du parti po-
pulaire dont il était moins le chef que l'idole, et
qui, dans l'état menaçant de trouble et d'exalta-
tion où il était déjà, commençait à se livrer aux
violences les plus atroces. La haine injuste d'un
parti contre la reine, haine excitée par des ca-
lomnies sans fondement, était alors à son plus
( 24 )
haut degré. La résidence de la cour à Versailles,
à quatre lieues et demie de Paris, et de l'Assem-
blée nationale qui y tenait ses séances, furent
encore, pour la capitale, une nouvelle source de
jalousie, d'irritation et de haine. Le peuple de
Paris arbora donc, en signe .d'opposition, la co-
carde municipale bleue et rouge dont les effets
devenaient alarmants. Le 26 juillet, M. de La-
fayette, qui était inquiet sur les conséquences
d'une division si marquée, et qui savait de quelle
importance sont souvent les petits moyens de
conciliation, ajouta à la cocarde bleue et rouge
la.couleur blanche de la cocarde royale, et la
plaçant à son chapeau, au milieu des acclama-
tions de la multitude, il prédit « qu'elle parcou-
« rerait tout le monde;» prédiction déjà à moitié
accomplie, depuis que la cocarde tricolore a été
adoptée comme signe d'émancipation en Espagne,
à Naples, dans quelques parties de l'Amérique du
sud et en Grèce.
Cependant la tendance générale des esprits vers
une révolution allait toujours croissant. Les trou-
bles de ces temps, plutôt que le manque réel de
moyens de subsistance, amenèrent la famine dans
la capitale; et la populace des faubourgs s'étant
rassemblée et armée, résolut de marcher sur-
Versailles : la plus grande partie avait le désir in-
sensé de se venger sur la famille royale ; le reste
voulait seulement ramener le roi à Paris et le:
forcer à rester aux Tuileries, palais plus ancien,
mais moins habitable que celui de Versailles. La
garde nationale demandait à grands cris à accom-
pagner cette multitude effrénée; M. de Lafayette
s'y opposa; la municipalité de Paris, après quel-
que hésitation, finit par appuyer le désir de la
garde nationale ; il résista presque toute la jour-
née du 5 octobre : mais, voyant la route de Ver-
sailles déjà encombrée par plus, de 100,000 indi-
vidus, hommes et femmes, et considérant que
cette masse effrénée avait des armes-, même des
canons, il demanda à l'autorité compétente l'ordre
de marcher, et, après l'avoir reçu, il partit, à
quatre heures après midi, pour se rendre à un;
poste où le danger lui paraissait imminent et où
son devoir l'appelait.
Il arriva à Versailles à 10 heures du soir. Il
était à cheval depuis le,point du jour et avait fait
pendant toute la journée, tant à Paris que sur la
route, des efforts incroyables pour arrêter la
multitude et calmer l'exaspération des esprits.
« Enfin, le marquis de Lafayette entra dans le châ-
« teau, dit madame de Staël, et traversa la salle
« où nous étions pour se rendre chez le roi. Cha-
« cun l'entourait avec empressement, comme s'il
«eût été le maître des événements, et déjà le
« parti populaire était plus fort que son chef, les
« principes cédaient aux factions, ou plutôt ne
« leur servaient que de prétexte. M. de Lafayette
(26)
«avait l'air très calme; personne ne l'a jamais vu
«.autrement : mais sa délicatesse souffrait de l'im-
« portance de son rôle ; il demanda les portes in-
«térieures du château pour en garantir la sûreté.
« On se contenta de lui accorder celles du dehors. »
Le refus de bai remettre lies autres n'avait rien
d!outrageant pour lui; il était occasionné seule-
ment par l'étiquette de cour, d'après laquelle le
service intérieur auprès du roi et de sa famille
était confié à sa seule garde. M. de Lafayette ré-
pondit donc de la garde nationale et des postes'
qu'elle occupait ; ne pouvant étendre sa responsa-
bilité au-delà ; et ses engagements furent remplis
avec fidélité et avec le plus grand dévouement (1).
La famille royale se mit au lit entre deux et trois
heures, et M. de Lafayette, cédant aux fatigues de'
cette effroyable journée , s'endormit aussi à quatre
heures et demie. Une partie de la populaces'intro-
duisit dans le palais par un passage peu connu ,
qu'elle avait découvert dans l'un des endroits qui
n'avaient point été confiés à la garde de M. de
Lafayette. Cette populace effrénée était évidem-
ment conduite par des personnes qui connais-
(1) On soupçonnait si peu que le danger fût pressant, que
la garde des postes intérieurs n'avait été augmentée nulle,
part, et que les moindres changements n'avaient été faits
dans l'ordre journalier, excepté ceux qu'avait demandés M. de
Lafeyette.
saient les issues secrètes; et les noms de Mirabeau
et d'un grand personnage furent étrangement
compromis dans cette circonstance. Les assassins
cherchaient la chambre de la reine; ils la trou-
vèrent aisément. Deux de ses gardes sont massa-
crés en un instant, et elle-même n'a que le temps
de se sauver presque nue. M. de Lafayette arrive
aussitôt avec la garde nationale protège les gardes'
contre la férocité de cette populace, et sauve la
vie à la famille royale qui avait été si près d'être
sacrifiée à l'étiquette de là cour.
Le jour vint éclairer cette scène affreuse dans
le magnifique palais dont la construction avait
épuisé les revenus de Louis XIV, et qui, depuis
un siècle, était la résidence la plus fastueuse de
l'Europe. Dès le matin, la populace se précipita
dans le vaste espace qui, à cause des riches ma-
tériaux dont il est formé, porte le nom de Cour-de-
marbre. Elle demandait, d'un ton menaçant, que
le roi revînt à Paris, et que la reine, qui venait à
peine d'échapper au poignard, parût au balcon.
Le roi, après une courte consultation avec ses
ministres, annonça l'intention où il était de re-
tourner dans sa capitale. Mais M. de Lafoyette ,
qui craignait d'exposer la reine au milieu de cette
multitude altérée de sang, se rendit chez elle,
et, avec une hésitation respectueuse, lui demanda
si son dessein était d'accompagner le roi à Paris.
« Oui, répondit-elle, quoique je n'ignore pas les
( 28)
« dangers de ce voyage. — Etes-vous bien déter-
« minée ? — Oui, monsieur. — Consentez donc à
« vous montrer au balcon, et souffrez que je vous
« y accompagne. — Sans le roi, reprit-elle en hé-
« sitant? Avez -vous remarqué les menaces ? —
«Oui, madame, je les ai remarquées; mais osez
« vous confier à moi. » Il la conduisit au balcon.
Ce moment très-délicat laissait peser sur lui une
grande responsabilité ; mais, d'un autre côté, il
était bien persuadé que rien ne pouvait être plus
dangereux que de la laisser partir environnée de
cette populace, avant d'en avoir changé les sen-
timents. Ne pouvant faire entendre sa voix au mi-
lieu de l'agitation du tumulte et des cris, il fallait
qu'il parlât aux yeux; il se tourna donc vers la
reine, et avec cette admirable présence d'esprit
qui ne l'a jamais quitté, avec cette grâce et cette
dignité qui étaient l'attribut distinctif de l'an-
cienne cour de France, il; lui baisa la main en
présence de cette immense multitude. Un moment
de silence et d'étonnement suivit; mais bientôt
cette conduite fut. interprétée, et l'air retentit
des cris de « Vive la reine ! Vive le général! » pro-
férés par cette populace changeante qui deux
heures auparavant s'était trempé les mains dans
le sang de ses défenseurs.
Le même jour, le club des Jacobins tint sa
première séance. M. de Lafayette, qui s'était dé-
claré à la fois contre ce club et contre ses desseins,
( 29 )
organisa conjointement avec Bailly, maire de Paris,
un club opposé; et pendant plus de dix-huit-mois
la victoire resta douteuse entre ces deux partis.
Cet état de choses, et les débats qu'il occasionna
placèrent M. de Lafayette dans une position em-
barrassante et dangereuse. Il avait à s'opposer aux
vues anarchiques des Jacobins, sans cependant
revenir vers les principes de l'ancien despotisme,
et on peut dire à son honneur, qu'il le fit toujours
avec persévérance et loyauté. Lorsqu'au vingt
juin 1790, on fit tout-à-coup, dans l'Assemblée na-
tionale, la proposition d'abolir les titres de no-
blesse, M. de Lafayette, fidèle à ses principes, se
leva le second pour appuyer cette motion. Une
petite discussion s'engagea, et l'on objecta que, s'il
n'y avait plus de titres, on ne pourrait plus en
accorder comme récompense, ainsi que le fit
Henri II, qui, suivant les termes de son brevet,
avait crée un individu obscur, « noble et comte,
« pour avoir sauvé son pays à telle époque. » — La
« seule différence, reprit M. de Lafayette, sera
« que les mots noble et comte seront supprimés, et
« que le brevet contiendra seulement que dans
«telle, occasion, une telle personne a sauvé l'état. »
Ds ce moment, M. de Lafayette renonça au titre
de marquis, et il ne l'a jamais repris. Depuis la
restauration des Bourbons et la renaissance de
l'ancienne noblesse, il n'est distingué en France,
que par celui de général. Au moins, si on lui donna
quelque fois une autre qualification, ce ne furent
jamais ses amis.
On venait enfin d'achever la constitution qui
offrait, pour base principale, une monarchie re-
présentative beaucoup plus populaire que celle
d'Angleterre. M. de Lafayette avait fait les efforts
les plus constants pour en fixer le plan et en hâter
le travail ; et chacun désirait qu'elle fût reçue et
reconnue par la nation de la manière la plus so-
lennelle. Le jour choisi, comme le plus convena-
ble, pour cette cérémonie, fut le quatorze juillet
1790, anniversaire de la prise de la Bastille ;et le
vaste espace appelé Champ-de-Mars, d'après le
Campus Martius des Romains, fut le lieu fixé pour
cette grande fête nationale et cette imposante so-
lennité. Deux cent mille individus de tout sexe et
de tous les rangs, confondus avec les plus humbles
artisans, travaillèrent sans relâche et firent, en peu
de semaines et avec des terres rapportées, un am-
phithéâtre de quatre milles de circonférence, dont
les côtés disposés en tertres étaient réserves pour
le peuple français, et au milieu duquel s'élevaient
l'autel et le trône. Dès le matin du jour fixe pour
cette cérémonie, le roi, la cour, le clergé, l'As-
semblée nationale, une députation militaire des
quatre-vingt-trois départements, et plus de quatre
cent mille ames, se réunirent dans ce vaste am-
phithéâtre. Après que la messe fut dite, m. de
Lafayette qui, ce jour là, avait le commandement
(31)
militaire de quatre millions d'hommes représentés
par quatorze mille députés militaires, et qui te-
nait dans ses mains la puissance de la monarchie,
prêta serment à la constitution au nom de toute
la nation, sur l'autel érigé au milieu de l'enceinte.
Tous les yeux étaient tournés vers lui; toutes les
mains étaient levées en signe d'adhésion au ser-
ment qu'il prononçait. Ce fut, sans doute, la cé-
rémonie la plus imposante et la plus solennelle
qu'on ait jamais vue dans le monde ; et peut-être
aucun homme n'a jamais joui plus complètement
de la confiance de tout un peuple, que M. de La-
fayette, lorsque, dans cette grande journée, il se
trouvait ainsi investi du caractère le plus impor-
tant..
Cependant , le Champ-de-Mars, comme l'a fort
bien observé madame de Staël, fut le dernier mou-
vement d'un véritable enthousiasme national en
France. Le pouvoir des Jacobins allait toujours
croissant, et la révolation tombait de plus en plus
dans, les mains de la populace. Lorsque le roi vou-
lut se rendre à Saint-Cloud avec sa famille pour y
remplir les devoirs de sa religion sous la direction
d'un prêtre non assermenté , c'est-à-dire qui n'avait
point prêté un certain serment civil, qui, aux yeux
de plusieurs catholiques consciencieux, dégradait
ceux qui s'y soumettaient, la populace et la garde
nationale se portèrent tumultueusement à sa ren-
contre pour arrêter sa voiture. Aussitôt qu'il eut
( 32)
connaissance du danger* M. de Lafayette arriva;
et dit au roi, «S'agit-il pour votre majesté d'un
«point de conscience, nous mourrons, s'il le faut,
« pour le satisfaire » ; et en même; temps il lui offrit
d'ouvrir un passage par laforce ; mais le roi, après
avoir, hésité un moment ; se détermina à rester à
Paris.
M.; de Lafayette, dans toutes les circonstances*
resta strictement ^fidèle à ses serments; et,- dans
ces;derniers ,temps,-il.défendit la liberté duroi,'
aussi- sincèrement ; qu'il 'avait. défendu la liberté
du peuple. Chaque jour sa'position devenait de
plus en plus dangereuse. Il aurait pu s'emparer
d'un grand pouvoir, et-par-là se mettré; eh sû-
reté. Il aurait pu recevoir l'épée de connétable^
portée parles Montmorency, mais il la refusa :
il aurait pu prendre le titre-de généralissime de
la garde nationale, qui lui; devait son existence;
mais il ; pensa; què^ pour la sûreté de l'état, un
semblable pouvoir ne'devait pas; exister. Ayant
dpnc organisé cette milice, suivant le plan qu'il
avait originairement formé, il se démit de tout
commandement, lors de la dissolution de l'Assem-
blée constituante, avec ce désintéressement, dont
peut-être Washington seul a fourni un autre
exemple. II. se retira à la campagne dans une de
ses propriétés, suivi, comme plusieurs annéesau-
parayant , par le ; peuple qui. accourait en foule
( 33 )
sur son passage pour lui témoigner son enthou-
siasme et son admiration.
Bientôt, la guerre qu'on déclara à l'Autriche,
le 20 avril 1792, l'obligea de quitter la vie trans-
quille, à laquelle il venait de se livrer. Il fut un
des trois généraux auxquels avait été donné le
commandement des armées françaises. Il eut à
supporter les travaux les plus pénibles et les fa-
tigues les plus grandes au commencement de cette
x guerre qu'il n'avait pas approuvée ; et il surmonta
les obstacles graves et menaçants,' dont quelques-
uns avaient été semés à dessein sous ses pas par
les factions de la capitale. Mais les jacobins for-
maient alors à Paris un corps bien organisé, et
ils travaillaient sans relâche à renverser la con-
stitution. Les violences et les atrocités de tous
genres étaient devenues fréquentes; il ne restait
plus aucune trace de cet ordre public que M. de
Lafayette n'avait cessé de recommander en toute
occasion (1).
Dans cet état de choses, il sentit que se taire
eût été abandonner les principes au maintien des-
( 1) Il est remarquable que M. de Lafayette dans les dis-
cours et dans les adresses-qu'il lit dans l'intervalle de 1787
à 92 n'a presque jamais prononcé le mof liberté sans y joindre
quelque invitation ou quelque rappel à l'ordre public. Depuis,
ces mots ont été généralement unis, mais ils n'ont pas toujours
eu la même force que lorsque M. de Lafayette en faisait usage;
3
(34)
quels il avait dévoué sa vie; et avec un courage
que peu d'hommes, à quelque âge que ce soit,
sont capables de montrer; avec une modération
qu'il conserva toujours, il écrivit, le 16 juin, à
l'assemblée nationale, une lettre dans laquelle il
dénonçait ouvertement la faction toujours crois-;
santé des jacobins, et demandait que les auto-
rités constituées missent fin aux atrocités dont
cette faction était publiquement l'instigatrice,
Dans cette lettre,, il osa même dire : « Ne laissez
pas attaquer l'autorité royale, car elle est garan-i
tie par la constitution ; qu'elle soit indépendante*
car son indépendance est une des sources de no-
tre liberté; faites respecter le roi, car il est in-
vesti de la majesté nationale; qu'il choisisse un
ministère qui.ne soit sous l'influence d'aucune
faction; et s'il existe des traîtres, qu'ils soient
punis seulement par. 1e glaive de là loi.» Il n'y
avait aucun autre homme en France qui eût osé
faire un tel pas, à cette époque ; et il fallait toute
l'influence de M. de Lafayette, pour exprimer
impunément de tels sentiments et de telles opi-
nions.
Les jacobins parurent d'abord éviter toute
contestation avec lui. Il avait dit à l'Assemblée:
« Abolissez le règne des clubs, laissez régner la
loi ; » et ils craignaient qu'il n'eût assez de pou-
voir pour faire exécuter ce conseil. Ils commen-
cèrent donc, après la lecture de cette lettre, par
(35)
en nier l'authenticité;; ils déclarèrent qu'elle, était
fausse, Dès que M. de Lafayette eut connaissance;
de cette manoeuvre, il se rendit à Paris et avoua
sa lettre à la barre de l'Assemblée. Mais il était ar-
rivé trop tard, là journée du 20 juin avait ren-
versé la constitution, et, quoiqu'il conservât, au
milieu de ses ruines, un air calme et imposant*
et qu'il la défendît encore aussi fièrement que ja-
mais, il se vit, après tout, environné, et menacé
par ceux qui en avaient triomphé. Il avait encore
de son côté la majorité de l'Assemblée, car, lors?
que lé 8 août, il fut mis en accusation, plus des
deux tiers votèrent en sa faveur. Cependant le
trouble et le désordre croissaient de plus en plus
tous les jours. Le 9 août, l'Assemblée déclara
qu'elle n'était plus libre; et, eu moins de deux
jours,, lé; nombre de ses membres fut réduit au-
dessous du tiers; alors la capitale fut entièrement
livrée à la terreur du 10 août. M. de Lafayette,
ne pouvant plus rien faire à Paris, retourna sur
les frontières des Pays-Bas où était son .corps
d'armée. Mais l'esprit de faction et de désordre
avait aussi gagné les soldats. H fit néanmoins tous
ses efforts pour s'assurer de leur fidélité, et leur
proposa de prêter de nouveau serment à la con-
stitution.; Un grand nombre s'y refusa ; dès lorfe
il devint évident que les troubles dé Paris et Ceux
4e l'armée ne lui laissaient plus aucune sécuri té,
3.
( 36 )
Déterminés et intéressés à le perdre* à cause de
sa lettre, ses adversaires devinrent ses juges, et
ils appartenaient à un parti connu pour ne jamais
marquer une victime sans consommer le sacrifice.
Le 17 août donc, accompagné de trois de ses
officiers-généraux, Alexandre Lameth , Latôur-
Maubourg et Bureaux de Puzy, il quitta l'armée,
et, en peu d'heures, fut hors des frontières. Son
dessein était d'atteindre le territoire neutre de la
république de Hollande qui était tout près, et, de
là-, de rallier le parti constitutionnel, ou de passer
soit en Suisse soit aux Etats-Unis, où sa famille
aurait pu le rejoindre. Il ne quitta la France que
lorsqu'il ne lui restait plus d'espoir; cela est cer-
tain , car, avant que son évasion fût connue à'
Paris, ce qui restait de l'Assemblée nationale avait*
à une grande majorité, rendu contre lui un dé-
cret de haute trahison, ce qui équivalait à l'ordre
de le conduire à l'échafaud.
M. de Lafayette et ses compagnons espéraient
éviter les postes ennemis, mais ils n'y réussirent-
pas; ils furent pris dans la nuit par une pa-
trouille autrichienne et bientôt après reconnus.
Au lieu de les considérer comme prisonniers de
guerre, seule qualité-en vertu de laquelle ils
avaient pu être arrêtés et détenus, on les ex-
posa aux traitements les plus indignes, parce
qu'ils avaient été les partisans de la constitution'.
(37)
Après quelque temps de détention*! les Autri-
chiens les livrèrent aux Prussiens, pensant qu'ils
pourraient les garder plus commodément à cause
de la proximité de leurs forteresses. Ils furent
d'abord renfermés à Wesel sur le Rhin, et en-
suite dans les donjons de Magdebourg. Mais, à la
fin, les Prussiens se lassèrent de porter l'odieux
d'une conduite aussi indigne et aussi ; opposée
au,droit des gens* envers des hommes qui com-
mandaient le respect et les égards par leur rang,
leur caractère et encore plus par là manière
dont ils avaient été arrêtés. Ils les rendirent aux
Autrichiens, avant de conclure la paix, ,et, ces;
derniers les transférèrent dans le donjon le plus
malsain.de la citadelle d'Olmutz. Il est difficile de
s'imaginer toutes les souffrances. auxquélles M. de
Lafayette fut livré, dans la. seule vue d'exercer sur
lui une vengeance cruelle.et barbare. On: l'avertit
qu'il ne verrait jamais que les quatre murs, de sa
Prison ; qu'il ne recevrait aucune; nouvelle, de perk
sonne ; qu'il ignorerait les événements ; que son
nom resterait inconnu dans la citadelle, et que,
dans tous lés rapports qu'on enverrait a là cou i\
sur ce qui le regardait, il serait seulement dési-
gné par un nombre convenu,; qu'il n'entendrait
plus; parler de sa famille, ni de ses malheureux
compagnons 1 d'infortune. En même téinps, on né"
lui laissa ni couteau, ni fourchette, comme pour
lui annoncer que. les maux auxquels il était ré-
( 38]
serve devaient naturellement le porter à se do»-
uef la mort (I).
Ses souffrances furent presque au-dessus de ses
forces, et plus d'une fois.le manque d?air, l'hu-
midité et la saleté dégoûtante de son donjon, le
mirent sur les bords dé la tombe. Sa constitutiori
fut affaiblie par des maladies long-temps ignorées
de sa famille et de ses amis ; il fut même, à une
époque, de sa captivité, réduit à une telle extré^
mité-, que l'excès de ses souffrances fit tomber
tous ses cheveux. A la même époque, ses biens
en France furent confisqués, sa femme jetée en:
prison, et les Fayettistes (c'est ainsi qu'on appe-
lait les partisans de la constitution) punis !de
mort.
Cependant ses amis épièrent dans toute l'Europe
les occasions de se procurer 1 de ses nouvelles ,■ et
de s-assurer s'il existait encore. -M. le-comte Lally
Toléndal * qui avait quitté la France alôrs-coùvèrté
de sang* fut un de ceux qui firent les efforts les
(I) Le, principal mptif de la vengeance du, gouvernement,
autrichien fut, à n'en pas douter, l'opinion où il était que
M. de Lafayette, ayant dirigé les premiers mouvements de
la révolution française, avait par là provoquéle's événements
qui conduisirent au renversement delà monarchie, et furent
cause de la mort de de. l'infortunée- reine Marie-Antoinette
d'Autriche. M.Lameth, à la sollicitation de sa famille, fut mis;
en liberté parle gouvernement prussien , après que les'trois
autres prisonniers eurent été transférés en Autriche.-
(39)
plus grands et les plus Constants pour apprendre
ce qu'il était devenu. Ce gentilhomme fit à Londres
la connaissance du docteur Erick Boll-man hano-
vrien , qui* immédiatement après lès Massacrés'
dû dix août 1792, ayant été chargé par niadàmë
de Staël de protéger la fuite du comte de Narbohné,
était venu à bout, par son adressé et par son cou-
rage , de lé condui rè sain et sauf en An gléterré.
L'esprit entreprenant du docteur Boll-man le porta
facilement à se mettre à la recherche 4 de M. de
Lafayette. Dans la première expédition qu'il fit
en; 1793, sur le continent, dirigée par des amis de
M. de Lafayette à Londres, il apprit seulement
que le gouvernement Prussien s'était déterminé
à remettre ce dernier entre les mains des Autri-
chiens et que très-probablement il avait déjà été
traasféré; mais il lui fut absolument impossible
de savoir précisément où il était alors, ni même'
s'il vivait.
Les amis de M. dé Lafayette ne se découragèrent'
pas. En juin 1794, ils envoyèrent de nouveau le
docteur Boll-man en Allemagne pour s'àsstirer de
solif sort et S'il vivait encore, pour favoriser son
évasion. Il suivit avec beaucoup dé peiné là tracé
dés prisonnière français' jusqu'aux frontières dé
Prusse, ou il fut informé que l'escorte autrichienne
à laquelle ils avaient été remis, avait pris la route
d'Olmutz, place forte de la Moravie, à cent cin-
quante milles au nord de Vienne, et sur les limités
(4o)
de la Silésie. A Olmutz, il apprit que plusieurs
prisonniers d'état étaient détenus dans la citadelle,
avec les mêmes précautions et le même mystère*;
observés autrefois à l'égard du masque de fer. Il
ne douta plus que M. de Lafayette ne fût du
nombre, et il fut confirmé dans cette opinion par
le chirurgien du poste, dont il avait fait la con-
naissance comme confrère. A l'aide d'un moyen
très-ingénieux, le docteur Boll-man se servit du
chirurgien, sans que celui-ci s'en doutât, pour
faire connaître ses projets à-M. de Lafayette et en
obtenir une réponse. Enfin, après un délai de
quelques mois, pendant lequel le docteur Boll-
man avait fait un long voyage à. Vienne pour éloi-
gner tous les soupçons, il fut convenu que l'on
choisirait* pour tenter la délivrance du général,
l'une des promenades qu'on lui faisait faire régu-
lièrement à cause du délabrement de sa santé.
Aussitôt que ce plan fut arrêté, le docteUr Boll-
man retourna à Vienne et le communiqua à un
jeune américain appelé Francis K. Huger, qui-se
trouvait accidentellement en Autriche ; il était fils
d'une personne chez laquelle M. de Lafayette
avait d'abord été reçu à son arrivée en Amérique,-
près Charlestown. Ce jeune homme qui avait des
talents peu communs, et une résolution héroïque,
entra dans tous les projets que lui soumettait le
docteur Boll-man, et se dévoua entièrement à leur
exécution. Eux seuls sur le continent, avec M. de
(40
Lafayette, avaient connaissance de leur détermi-
nation. Une chose seulement les gênait, c'est que,
n'ayant jamais vu ce dernier, ils ne le connaissaient
ni l'un ni l'autre. Ils convinrent donc avec lui, à
leur arrivée à Olmutz, dans le mois de novembre
suivant, que, pour éviter toute méprise au moment
de l'exécution, chacun d'eux tirerait son chapeau
et s'essuierait le front en signe de reconnaissance.
Alors le docteur Boll-man et M. Huger s'assurent
du jour où devait sortir M. de Lafayette, et envoient
leur voiture, en avant à Hoff, à vingt-cinq milles
environ sur la route qu'ils veulent prendre, avec
l'ordre de la tenir prête à une heure fixée. Ils se
décident à tenter à cheval la délivrance du géné-
ral, ne mettent point de balles dans leurs pistolets,
et ne prennent point d'autres armés, pensant qu'il
n'était pas permis de commettre un meurtre,
même pour accomplir un si beau dessein.
Informés qu'une voiture dans laquelle sont un
prisonnier et un officier, avec un soldat derrière,
vient de passer la porte de la forteresse, et per-
suadés que ce prisonnier ne peut être que M. de
Lafayette, ils montent à cheval, la suivent, la dé-
passent, et ralentissant alors leur marche, pour
la laisser passer de nouveau devant eux, ils échan-
gent avec le prisonnier le signal convenu. A 2 ou
3 milles de la ville, là voiture quitte la grand'-
route, et s'étant arrêté dans un chemin moins;fré-
quenté, au milieu d'un pays découvert, M. de
( 42 )
Lafayette descend pour prendre un peu d'exer-
cice, gardé seulement par l'officier qui l'avait
accompagné. Ce moment est évidemment le plus
favorable, les deux amis le saisissent; ils arrivent
tout-à-coup , et après une faible résistance de la
part de l'officier, que son soldat avait abandonné
pour porter l'alarme à la citadelle, ils délivrent
le prisonnier. Mais, par un contre-temps fâcheux,
l'un des chevaux s'est échappé pendant la lutte,
il n'en reste plus qu'un pour effectuer leur fuite,*
aussitôt M. de Lafayette le monte, et M. Huger
lui dit en anglais d'aile; à Hoff. M. de Lafayette
a mal entendu, il croit qu'on lui dit en anglais
go off, c'est-à-dire partez ; il attend un moment
pour voir s'il peut leur être utile; il s?élôigne,
puis revient encore pour demander s'ils ont be-
soin de lui; enfin pressé par ses amis il part -ail-
petit galop.
Le cheval qui s'était échappé est bientôt repris ;
le docteur Boll-man et M. Huger montent dessus
pour suivre et aider M. dé Lafayette , mais,il né
veut pas marcher, il se cabre, les jette à ferre , et
les laisse pendant un moment tout étourdis dé
leur chute (I). Après l'avoir encore Une fois mt-
trappe, M. Boll-man le monte seul, M. Huger pèn-
(I) Ce cheval était destiné à M. de Lafayette. L'autre, qu'il
fut obligé de monter, avait été choisi exprés pour1'porter
deux personnes.

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