Histoire du prieuré de la Magdeleine-lez-Orléans, de l'ordre de Fontevraud : avec pièces justificatives... / par Ludovic de Vauzelles,...

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J. Baur (Paris). 1873. Prieuré de la Magdeleine lez-Orléans (Maine-et-Loire). La Magdeleine-lez-Orléans (France). III-340 p. ; in-8.
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Publié le : mercredi 1 janvier 1873
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HISTOIRE DU PRIEURÉ
DELA
MAGDELEINE
LEZ-ORLÉANS
Blois. Imprimerie J. ^Marchand, rue Haute, 2
HISTOIRE
<DV CP%IET)T{É
DE LA
MAGDELEINE
LEZ-ORLÉANS
DE L'ORDRE DE FONTEVRAUD
Avec pièces justificatives et cinq planches gravées sur cuivre
PAR
LUDOVIC DE VAUZELLES
Conseiller à la Cour d'appel d'Orléans.
Dicebamque In uidnlo meo vioriar, et
sicut palran multiplicabo dies Nsnc
autem in memetipso marcescit anima mea,
et possident me dies afflictionis.
Job, c. xxix, v. 18, et c. xxx, v. 16.
PARIS
J. BAUR, LIBRAIRE,
rue des Saints-Pères, Il.
ORLÉANS
H. HERLUISON, LIBRAIRE,
rue Jeanne-d'Arc, 17.
1873
A LA MÉMOIRE
D'ÉMILE, MON FILS UNIQUE,
'Décédé à la SMagdeleine, le 25 Janvier 1873, dans sa
quatorzième annéc.
JE vieillirai sans toi, puisqu'ainsi Dieu l'ordonne
J'attacherai ton nom à mes derniers travaux;
J'immortaliserai la frag ile couronne
Que je t'ai vu ravir à tes jeunes rivaux
Si ton regard pieux cherche encor sur la terre
Les deux infortunés qui pour toi n'ont rien pu,
'Bénis cette maison, désormais solitaire,
Protége cet écrit, dont le charme est rompu.
O Dieu, console-nous! de tes miséricordes
Sur notre cher enfant épanche le trésor-!
Quand nos jours s'écoulaient, filés de soie et d'or,
xous chantions « Sois loué, toi qui nous les accordes! »
']Jans notre affliction nous te louons encor,
Mais la harpe est brisée avec toutes ses cordes.
Ludovic de VAUZELLES.
AVANT-PROPOS
E zi'ai point, à vrai dire, choisi le sujet de cet
ouvrage; il s'est comme imposé à moi. Elevé à la
éMagdeleine, je savais que ce lieu avait été long-
temps occupé par des religieuses de Fontevraud; mais,
quoique la pioche ou la charrue eût remué plus d'une fois
en ma présence des ossements qui sont leurs restes, je ne
m'étais point d'abord enquis de leurs destinées. ']Jans la
jeunesse, on a lesyeux tournés vers l'avenir; il faut avoir
vécu pour s'intéresser au passé. L'histoire du vieux mo-
nastère, comme bien d'autres, n'a jamais été écrite, et
quand je désirai la connaître, il me fallut la reconstituer.
C'était une oeuvre ardue, vétilleuse, hérissée de difficultés
sans nombre, quoique imperceptibles, et plus digne assu-
rément des Lardier, des La cMainferme, des Estiennot,
ces vaillants historiograplzes de l'Ordre, ces patients
disciples de saint Benoît, que d'un magistrat ou d'un
Il
poëte. Je l'entrepris toutefois, et après avoir eu la témé-
rité de l'entreprendre, j'eus le courage de l'achever.
Aujourd'hui, si je donne au public cette monographie, ce
n'est pas pour me prévaloir du travail qu'elle m'a coûté
travail obscur, je le sais, et pourtant considérable, car les
quatre vents du ciel en avaient dispersé les éléments; et
ces éléments réunis, je me suis d'abord trouvé comme un
homme qui, avec un tas de sable, voudrait refaire le granit
d'un sphinx. {Mais j'ai pensé que cette publication pourrait
jeter quelque lumière sur la vie intime et les constitutions
d'un Ordre illustre, en même temps qu'elle comblerait une
lacune de notre histoire locale. Je n'ai donc rien négligé
pour la rendre aussi exacte et aussi complète que possible:
et à cet effet, j'ai compulsé, non seulement nos vieux anna-
listes et tout ce qui a été imprimé sur Fontevraud, mais
encore, et soigneusement dépouillé, les documents origi-
naux que plusieurs années de recherches m'ont fait décou-
vrir, soit el Orléans, soit à dangers, soit à Paris, soit dans
d'autres localités. Aussi bien, m'étais-je promis de disputer
aux industries malsaines, qui, comme une marée montante,
menacent et enserrent autour des villes les derniers asiles
de la méditation et des joies simples, ce petit coin de terre,
modus agri non ita magnus, consacré par sept siècles de
prières et de pieuses pratiques. En i834, quand mon père
l'acquit, ce n'était plus qu'un vignoble il y planta pres-
que un bois, y bâtit une maison plus agréable que magni-
fique, et m'apprit ainsi à régler mes désirs sur mes be-
soins
Disce, puer, virtutem ex me,
Fortunam ex aliis.
Le souvenir et l'habitude, l'amour des champs, la beauté
du site m'ont retenu dans cette retraite, en sorte qu'elle a
III
toujours été pour moi cette chose très-douce et très-grande,
le foyer, c'est-à-dire une patrie dans la patrie. Qu'elle
reprenne donc, au moins dans cet écrit, son ancien lustre,
et qu'après quatre-vingts ans d'oubli, ses morts se lèvent
Ils peuvent me répondre, car je sais leurs noms. Je les
peindrai tels qu'ils furent, suivant l'ordre et le caractère
des temps victimes volontaires ou résignées, mais quel-
quefois aussi frémissantes. Oui, qu'ils se lèvent et qu'ils
s'avancent: les vierges d'abord, précédées de leurs Prieures
et de leurs Discrètes, (et qu'elles me pardonnent si j'écarte
un peu leurs voiles, je ne le ferai qu'avec respect); les
moines ensuite, dans les sentiments de sujétion qu'ils pro-
mettaient de leur garder jusqu'à la mort! Leve^-vous,
û trépassés! Surgite mortui Et dites-nous si vous avie\
trouvé sous la bure le secret dit bonheur que nous cher-
chons.
La Magdeleine, 2(i avril 1872.
HISTOIRE
DE LA
MAGDELEINE LEZ ORLÉANS
CHAPITRE PREMIER.
E prieuré de la Magdeleine-lez-
Orléans appartenait à l'Ordre
de Fontevraud (i), dont les
nombreux monastères bâtis
pour la plupart au milieu des
déserts et des forêts, étaient dis-
tribués en quatre provinces. Situé au cœur du
royaume, entre un grand fleuve et la route que
(;) On écrit également Fontevrauld et Fontevrault. L'orthographe
que nous adoptons est la plus conforme aux règles de transformation
française des mots latins terminés en aldus.
2 LA MAGDF.LEINE-LEZ-OKLÉANS
l'on suivait le plus ordinairement pour aller de
Fontevraud à Paris, il devint promptement le plus
considérable de la province de France (i) et l'un
des premiers de l'Ordre (2); une réforme accomplie
dans ses murs au quinzième siècle le rendit
célèbre. Mais il paya cher ces avantages; car l'in-
vasion étrangère et lés guerres civiles ruinèrent
plusieurs fois son église et ses édifices, que la spé-
culation privée, après la Révolution, se hâta d'a-
bolir tout à fait.
La rive droite de la Loire, à l'ouest d'Orléans,
s'élève d'une manière peu sensible d'abord, mais
continue, à partir de l'ancienne maladrerie appelée
le Sanitas, pour s'abaisser ensuite, par une pente
assez rapide, à l'extrémité occidentale de cMaison-
%puge, propriété qui fut habitée, comme on sait,
par le duc d'Antin, fils de Mmc de Montespan.' Le
monastère de la Magdeleine occupait la partie
supérieure de cette colline, et n'était éloigné que
d'une demi-lieue (environ deux kilomètres) de la
cathédrale d'Orléans. Il avait pour limite au nord
le faubourg qui porte son nom.
C'était un lieu consacré au culte depuis longues
(1) La province de France comprenait i 5 prieurés celle de Bretagne,
i5; celle d'Aquitaine ou de Gascogne, i3; celle d'Auvergne, i5. Il y
avait en outre quelques prieurés qui étaient hors la règle (Hermant,
Histoire des Ordres religieux, 1710, 4 vol. in- 12, t.IL)
(2) «Hujus ordinisprimariusPrioratus est sanctce zMarice SMagdalenœ
cis Oiureliam, cujus Ecclesia vocata est prunum S. éMarice de Hospi-
tio. » (La Saussaye, Qdnnales Ecclcsics Aurelianensis Paris, 161 5
in-40, l. 9, XIL)
CHAPITRE PREMIER 3
années, quand le Bienheureux Robert d'Arbrissel,
instituteur de Fontevraud, y établit une succursale
de cette célèbre abbaye. Mais, avant d'entrer dans
plus de détails, il importe de rappeler ce que l'on
sait d'un personnage dont il a été si diversement
parlé.
Né vers 1047, en Bretagne, de parents pauvres
qui l'élevèrent dans la piété, Robert embrassa l'état
ecclésiastique et se fit bientôt remarquer par de
rares talents et de plus rares vertus.' Après avoir
été vicaire général de l'évêque de Rennes, et s'être
appliqué dans l'exercice de cette charge à rétablir la
bonne discipline du clergé, aussi bien qu'à corriger
les mœurs très-corrompues de son siècle, ce qui
lui suscita beaucoup d'ennemis, il enseigna pendant
deux ans la théologie à Angers puis, dégoûté du
monde, se retira dans la forêt de Craon en Anjou,
où il vécut en anachorète, d'herbes et de racines
sauvages, couchant sur la terre nue et se couvrant
de peaux de bêtes comme un autre saint Jean-
Baptiste. Mais le bruit d'une conduite si extraor-
dinaire lui attira des visiteurs, qui ne tardèrent pas
à devenir ses disciples il fonda pour les rece-
voir, dans cette même forêt, le monastère de la
Roë (1094), dont il fut quelque temps le supé-
rieur. Puis le pape Urbain II ayant fait appel à son
zèle apostolique pour prêcher la première croisade,
il se mit avec quelques-uns de ses disciples à par-
courir les villes et les campagnes, pieds nus,
comme nous le représente un de ses contempo-
4 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
rains (1), la barbe longue et les habits en lambeaux,
mais entraînant tous les cœurs par la véhémence
passionnée de ses exhortations (2), et faisant cha-
que jour de nouvelles recrues pour la guerre sainte.
D'autres s'attachèrent à ses pas c'étaient les
faibles, les infirmes, ceux qui craignaient les
aventures, ceux qui n'avaient d'autres armes ou
d'autres ressources que la prière. Les femmes
surtout, dont il devait élever si haut l'autorité,
et qu'il considérait sans doute comme les meilleurs
et les plus nobles instruments de la moralisation
chrétienne les femmes le suivirent en foule (3)
cortège étrange, car toutes les conditions sociales
y étaient représentées, .et qu'il importait d'astrein-
dre sans retard à une discipline régulière sous
peine de voir s'y introduire la confusion.
C'est alors, vers l'an 1099, que Robert fonda
sur les confins de l'Anjou, du Poitou et de la Tou-
raine, au milieu d'un vallon inculte situé dans le
(1) Marbode de Rennes.
(2) Abailard l'appelle le Héraut du Christ;' d'autres le nomment
l'Organe du Saint-Esprit, le Vicaire du Très-Haut. Pierre, évêque de
Poitiers, parle du tonnerre de ses saintes exhortations Baldric, arche-
vêque de Dol, dit qu'il y avait en lui un parfum d'éloquence divine, et
que sa parole était 'un rayon du soleil d'Orient, une étoile lumineuse qui
dissipait les ténèbres de l'ignorance.
(3) M. de Pétigny, de l'Institut, dans un remarquable article inséré au
tome I" (4e série) de la Bibliothèque de l'Ecole des Chartes, et intitulé
cRpbert d'Arbrissel et Geoffroi de Vendôme, établit l'authenticité des
lettres pleines de reproches adressées à Robert par Marbode de Rennes
et Geoffroi de Vendôme mais en même temps il démontre, et, suivant
nous, d'une manière irréfutable, que ces lettres « peuvent s'interpréter
« dans un sens plausible, sans détruire la réputation de sainteté qu'a
« laissée le célèbre prédicateur, et sans démentir la haute idée que les
« témoignages contemporains nous ont donnée de ses vertus.
CHAPITRE PREMIER 5
voisinage de la petite ville de Candes, l'abbaye de
Fontevraud, sorte de monastère double (monaste-
rium duplex [i]), pouvant recevoir tout à la fois
des religieuses et des religieux (2). Les commen-
cements de l'Ordre furent pénibles; mais bientôt
l'assistance généreuse de hauts personnages permit
à Robert, non seulement de faire vivre avec faci-
lité toute cette multitude, mais encore de rempla-
cer par d'importants édifices les pauvres cabanes
(tuguriola) qu'il avait d'abord élevées; par une
église somptueuse et des chapelles les oratoires
primitifs et par des murs, les fossés qu'il avait
tracés pour séparer les hommes des femmes.
Il plaça son institut sous l'invocation particu-
lière de la sainte Vierge et de saint Jean l'Évangé-
liste. Dans une idée tout ascétique fondée sur ce
que plusieurs ont appelé le Testament de Jésus-
Christ, il voulait reproduire et perpétuer entre les
religieuses, qui figuraient la sainte Vierge, et les
(i) Il existait beaucoup de ces monastères doubles avant le xn° siècle.
« C'était, dit M. de Montalembert, un fruit propre à la jeunesse de
«l'Eglise, laquelle, comme toutes les jeunesses, a connu des hardiesses,
« des dangers, des orages, des désordres d'une nature propre à cet âge,
« mais qui disparaissent en temps utile.» L'Ordre fondé par le B. Robert
a survécu aux institutions du même genre, et il n'est pas le seul, mais
il est le dernier qui ait offert cette particularité d'une abbesse com-
mandant à des moines en même temps qu'à des religieuses.
(2) On construisit d'abord dans une même enceinte trois monastères
distincts, savoir le Grand-Moutier, qui fut occupé par les vierges et
les honnêtes femmes la Magdeleine, qu'il ne faut point confondre avec
la Magdeleine d'Orléans, et où l'on plaça les pécheresses converties
Saint-Lazare ou Saint-Ladre, qui fut destiné aux lépreux des deux
sexes. On bâtit ensuite un quatrième monastère appelé Saint-Jean-de-
l'Habit, pour les religieux.
6 LA MAGDELEJNE-I.EZ-ORLli'ANS
religieux, qui représentaient saint Jean, les rap-
ports de bienveillance maternelle et de dévoue-
ment filial que le Sauveur lui-même avait établis
entre sa mère et le disciple bien-aimé, quand, du
haut de la croix, il avait dit à Marie Fename,
voilà votre fils, et au disciple Tloilà votre
mère (i). Chaque maison de l'Ordre comprit donc
dans une même enceinte mais séparés soigneu-
sement par des murs, deux groupes de bâtiments
claustraux et deux églises, ou plutôt une église
dédiée à la sainte Vierge, pour les femmes, et une
chapelle dédiée à saint Jean l'Evangéliste, pour les
hommes (2). Le prieuré de Saint-Jean ou l'Hc.-
bit (3), car c'est ainsi qu'on le désignait, était
dirigé par un prieur mais ce dernier dépendait lui-
même de la prieure, qui exerçait la juridiction
spirituelle et temporelle sur toute la communauté,
comme l'abbesse de Fontevraud sur tout l'Ordre.
Les religieux, en un mot, relégués au second
plan, étaient institués pour la seule utilité des
religieuses et entièrement subordonnés à leur
(;) Evangile selon saint Jean, chap. XIX.
(2) Une visite que nous avons faite à l'Encloitre, près Chàtellerault,
au mois d'octobre t8y, nous a permis de constater que la distribution
des bâtiments de cet ancien monastère, dont la majeure partie subsiste
encore, était exactement la même que celle indiquée par notre ancien
plan de la Magdeleine. L'église, qui est une œuvre très-remarquable du
douzième siècle, et qui a été érigée en paroisse depuis la Révolution,
vient d'être remise en son premier état par les soins éclairés du véné-
rable curé de l'Encloitre, M. l'abbé Frsppier.
(3) Pour « habitation. Ce mot désignait un logement d'importance
secondaire, par opposition à celui de monastère, qui servait à qualifier
l'édifice occupé par les religieuses.
CHAPITRE PREMIER 7
service. La règle établie par Robert différait peu,
d'ailleurs, de celle de saint Benoît elle ne com-
prenait qu'un petit nombre d'articles pour les
femmes, et un plus petit nombre encore pour les
hommes (i).
En substance, elle imposait aux religieuses,
dont les occupations ordinaires étaient la prière,
la lecture et le travail, d'observer en tout temps
le silence et de rester en tout temps voilées de
n'employer à leurs vêtements que la laine la plus
grossière du pays, sans teinture et non tondue
d'avoir toujours la tête rasée de s'abstenir de
viandes, même en cas de maladie de préparer
elles-mêmes leurs aliments de se rendre toutes
ensemble à l'église et d'en revenir toutes ensemble;
de ne jamais sortir du cloître, pour aucun travail,
qu'avec la permission de l'abbesse. Si celle-ci allait
en voyage, elle devait être accompagnée de deux
religieux et d'un séculier, ou tout au moins d'un
religieux et d'un séculier. Malades, les religieuses
ne pouvaient recevoir le Viatique ni l'Extrême-
CI) On en trouve le texte dans Honorat Nicquet {Hijloire de l'Ordre
de Font-Evraud, Paris, Michel Soly, 164/2, in-4*.) « J'ay tiré toutes
« ces constitutions (dit-il, p. 283) d'un livre ancien des Formulaires de
« l'Ordre noté K, et de celuy qui est communément appellé la Gauffre,
K qui est à dire le Recueil des Constitutions. » Michel Cosnier en a
également rapporté une partie dans ses Notes sur la vie de Robert d'Ar-
brissel. Comme il y avait à Fontevraud trois exemplaires manuscrits
des Statuts, et qu'ils contenaient des versions dilférentes, les auteurs de
l'Histoire littéraire (t. X, p. 167), en ont conclu avec raison que toutes
ces rédactions étaient postérieures à la mort du fondateur.
8 LA JIAGDELE1NE-L1ÎZ-0KLÉANS
Onction que dans l'église mortes, elles étaient
revêtues d'un cilice et portées en terre par les
prêtres et les frères qui seuls les accompagnaient
jusqu'au lieu de la sépulture.
Les religieux, de leur côté, observaient le silence
et vivaient en commun, sans avoir rien en propre.
C'est la çellérière qui pourvoyait à leurs besoins;
et les reliefs de leur table étaient rendus aux reli-
gieuses, qui les distribuaient aux pauvres. Vêtus
comme celles-ci de laine grossière, ils portaient à
la ceinture un couteau de la valeur de deux deniers
dans une gaîne de la valeur d'un denier. Aucune
femme n'avait accès près d'eux pour être employée
aux usages domestiques. Ils disaient chaque jour
l'office canonial; tous les dimanches et fêtes, ils
devaient entendre la messe à l'Habit, et assister
ensuite au chapitre. La règle leur imposait encore
l'obligation de se faire saigner trois fois l'an. Enfin,
quoiqu'ils fussent placés sous les ordres immédiats
d'un prieur, ils ne pouvaient être admis à la pro-
fession que par l'abbesse, au Grand-Moutier, et
par la prieure, dans les autres monastères.
Robert, après avoir fait approuver son nouvel
institut en 1106, par le pape Pascal II, confia la
direction de Fontevraud à Hersende de Cham-
pagne, veuve du seigneur de Montsoreau, et lui
associa dans cette charge une femme d'une pru-
dence singulière (millier sapientissima), Pétronille
de Craon, veuve du baron de Chemillé, qu'il
choisit plus tard pour abbësse, et qui la première
CHAPITRE PREMIER Q
en porta le titre (i), Hersende n'ayant jamais eu
que celui de prieure et s'étant surtout occupée de
la conduite des bâtiments. Il reprit ensuite, avec
ses disciples, ses missions évangéliques et parcou-
rut plusieurs provinces en y fondant des monas-
tères tant était grand le nombre des personnes
qui, subjuguées par sa parole, faisaient pénitence
et voulaient recevoir de sa main l'habit religieux
Ainsi s'élevèrent, avec une rapidité qui tient du
prodige, toutes ces anciennes maisons de l'Ordre,
qui en furent comme les filles aînées les Loges,
dans le diocèse d'Angers; Chaufournois et Relay,
dans le diocèse de Tours la Puye, l'En cloître,
Gaine, dans le diocèse de Poitiers Or sait, dans
le diocèse de Bourges la Lande et Tuçon,
encore dans le Poitou; la cMagdeleine, dont
nous écrivons l'histoire et plusieurs autres en
divers diocèses.
Jean II, alors évêque d'Orléans, avait auprès
de lui, comme doyen des chapitres de Saint
Samson et de Sainte-Croix, un personnage fort
extraordinaire et tel qu'en produisait l'époque féo-
dale, parce qu'elle laissait plus de champ qu'au-
cune autre à la bizarre et sauvage énergie de cer-
tains caractères, Etienne de Garlande prêtre
homme politique et soldat, qui, après avoir vécu
dans le désordre, finit ses jours dans la piété. Bien
qu'Etienne ne fût encore ni chancelier de France,
(i) On ne voit guère que des princesses qui aient été investies après
elle de cette dignité.
10 LA MAGDELEINE -LEZ-ORLEANS
ni sénéchal, sa voix était déjà prépondérante dans
les conseils de Louis le Gros. Sans doute, comme
le pense Symphorien Guyon, il ne demeura pas
étranger à la détermination que prit l'évêque
d'appeler Robert d'Arbrissel dans son diocèse.
Robert et Jean II s'étaient rencontrés, d'ailleurs,
au Concile de Beaugency en 1104.
L'évèque, sur la demande, non seulement du
chapitre de Sainte Croix, mais encore de ses
diocésains, que la présence du nouvel apôtre avait
remplis d'enthousiasme concéda à celui-ci au
commencement de l'année 1 1 1 3 (1), un peu au-
delà du prieuré de Saint-Laurent-des-Orgerils
dans un site agréable et solitaire qui domine toute
la vallée de la Loire et du Loiret, le lieu et l'église
de Sainte-Marie-Magdeleine-de-l' Hôpital, où l'on
recueillait les pauvres filles étrangères, comme., à
la maladrerie de Saint-Lazare, les hommes. C'est
en souvenir de cette ancienne destination que le
monastère de la Magdeleine ne fut appelé pen-
dant longtemps que l'Hospice ou l'Hôtel (Hospi-
tiumj. L'acte de donation (2), rédigé en latin,
était scellé en cire blanche du sceau de l'évêque,
et revêtu non seulement de la signature, mais
encore du cachet particulier de chacun des do-
nateurs. En voici la traduction
(1) Quelques auteurs disent 1112, parce que, selon l'ancienne ma-
nière de compter, l'année ne commençant qu'à Pâques, ce que nous
appelons aujourd'hui le commencement de l'année 1 1 1 3 formait la
dernière partie de l'année 1 1 12. En 1 1 i'i, Pâques était le 6 avril.
(2) Pièce justif. 1.
CHAPITRE PREMIER 1 1
« Au nom de la sainte et indivisible Trinité. Moi Jean,
par la miséricorde de Dieu, évêque d'Orléans Sachent tous
ceux qui honorent la sainte religion de Jésus-Christ que
devant moi se sont présentés Étienne doyen, Philippe pré-
chantre, Archambaud sous-doyen, Burchard archidiacre, et
avec eux vénérables personnes les nobles & bourgeois d'Or-
léans, lesquels ont demandé que, pour la rédemption de mon
âme, je concédasse et donasse à l'Eglise de Fontevraud et à
ses religieuses, afin qu'elles pussent s'y employer au service
de Dieu, l'église de la bienheureuse Marie-Magdeleine-de-
l'Hôpital (i), qui est en vue de la ville d'Orléans, sur le
fleuve de Loire. Auxquelles observations et requêtes prêtant
l'oreille, appliquant mon esprit et faisant droit, j'ai, par le
(i) La copie, fort incomplète d'ailleurs et très-fautive, qui se trouve à
Paris, dans le manuscrit intitulé Cartularium monasterii Fontis-Ebral-
di, dit seulement aEcclesiam Beate dlar-ie de Hospitali; » mais les ex-
traits publiés par Pavillon (La Vie du bienheureux Robert d'Arbrissel,
1667, in-40, p. 552 des Preuves), et par le P. de la Mainferme (Clypeus
Ilascelltis Foutebraldeusis ordiiiis, Saumur et Paris, 1684 3 vol.
in-8o, t. II, p. 66) portent, aussi bien que le texte du Gallia Christiana
et de Polluche, que nous traduisons ci Ecclesiam 'Beata; cMarice
Magdalence de Hospitali. » Il importe néanmoins de remarquer que
dans les chartes antérieures au xiva siècle, le prieuré d'Orléans est
seulement désigné comme il suit Locum qui Qdurelianensi pago Hos-
picium appellatur (Charte de Louis le Gros, 1 1 1 3) Beata Maria
aiurelianensis Hospicü (Charte du même, 11 19) Locum saucta
Mariœ de Hospitio juxla Qdurelianum (Bulle de Calixte II, 11 19);
Locum Hospitii (Bulle d'Anastase IV, 1 1 53) Sancta Maria de tlospi-
tali (Ch. de Louis VII, ii65); Beata Maria de Hospicio (1176);
Hospicium A urelianense ( 1 1 77, 1 23o); Hospicium juxta A urelian ( 1 248,
1263) Hospicium (1267) Conventus de Hospitio monialium juxta
Aureliall, (1267, i3ii); Hospitium monialium juxta Aurelian. (1276).
Viennent ensuite les dénominations françaises Lostel aus nonains
dOrliaus (12.7'i) Lostel de le% Ollicns (1291); Le Moustier de lostel
aus nonains le% Orlies (1293) le Couvent de lostel ans nonnains de la
Magdalene lies Orliens (i343); le prieuré de la Magdalene le; Or-
liens (1374) lhostel et prieuré (ou prioréj de la Magdalene le; Or-
liens (1374, 1381, 1392, 1448); le Convent de la Magdalaine de
lostel aux nonnains le; Orliens (1375); la Magdalaine empres Or·
lies (1392); la Magdalene (1450); le prieuré conventuel de la
Magdalene le^ Orléans (1437, 1469, 1471); le Convent de la Mag-
daleyrre leT Orleans (r5o8).
12 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLEANS
conseil des personnes susnommées, et aussi de l'approbation
et consentement de tout notre Chapitre, et suivant le vœu
du peuple d'Orléans, concédé et donné l'église en question
aux religieuses de Fontevraud, pour en jouir à perpétuité
et s'y employer au service du Seigneur tout-puissant. De
telle façon toutefois que l'Eglise d'Orléans, à cause de cette
donation, ne perde aucun des droits et priviléges qu'elle
avait anciennement dans la dite église de l'Hôpital mais
que celle-ci garde soumission et obéissance à l'évêque d'Or-
léans (i), au doyen et à son archiprêtre. J'ai aussi augmenté
les revenus de l'église concédée, et pour venir en aide aux
religieuses qui s'y établiraient, je leur ai, sur mes revenus
propres, donné toute la dîme des terres circonvoisines, dîme
dont j'avais l'entière disposition, quoiqu'attachée à la dite
église. Et pour rendre inviolable la donation dont il s'agit,
j'ai voulu qu'elle fût confirmée par l'apposition de notre
sceau et corroborée par l'apposition des sceaux et signatures
de nos chanoines. »
« Seing de JEAN, évêque.
RETIENNE, doyen.
̃j- de Philippe, préchantre.
-j- cTArchambaud, sous-doyen.
-{- de BURCHARD, archidiacre.
•j- de VULGRIN, archidiacre.-
7 WErmenfred, archidiacre.
̃\ d'ETIENNE, archidiacre.
f d'HuGuES, scolastique.
d'OBRic, sous-chantre.
-J- de FULCHER, archiprêtre.
de ZACHARIE, cellérier.
•j- d'ALGRIN, chancelier.
Y d'HuRGnN, chanoine.
j d'EUDES, prêtre et chanoine.
f éHngelger, chanoine. »
(i) On voit qu'à l'origine les monastères de Fontevraud n'étaient
pas exempts de la juridiction de l'Ordinaire. Une bulle du pape Ho-
norius III, du 18 février 1224 (V. S.), bulle dont le texte est rapporté
dans Nicquet, p. 279 et suiv., les plaça sous la dépendance immédiate
CHAPITRE PREMIER I 3
2
L'acte n'est pas daté mais il se réfère à l'an
1 1 13, si l'on en juge par une charte de Louis VI,
dit le Gros (i), qui confirma, cette même année,
la donation de Jean II (2). Ajoutons que le roi fut
considéré dès lors comme l'un des fondateurs du
monastère (3) une bulle de Calixte II (4), datée
de Marmoutier-lez-Tours, 17 octobre 11 19, lui
attribue expressément cette qualité « Locum
sancte Marie de Hospitio juxta Aurelianum, ex
dono episcopi Aurelianensis et capituli canonico-
rztm Sancte Crucis et Lodoici regis »
C'est-à-dire « Le lieu de Sainte-Marie-de-l'Hos-
« pice près Orléans, donné par l'évêque d'Or-
« léans, par le chapitre des chanoines de Sainte-
« Croix et par Louis, roi de France. »
du Saint-Siège, qui y exerça sa surveillance par un visiteur apostolique.
Le P. de la Mainferme, reproduisant la charte de Jean II a une époque
où les choses étaient dans ce dernier état, a remplacé par des points
la phrase qui nous occupe, phrase bien précieuse pour notre histoire,
puisqu'étant contraire aux prétentions ultérieures des religieuses de la
Magdeleine et de leur Ordre, elle démontre par cela même l'authenti-
cité de la charte de fondation.
(1) La charte de Louis VI n'existe plus, croyons-nous, en original.
Nous en donnons le texte (Pièce justif. II), d'après une copie du xv,
siècle, dont nous devons la transcription au savant archiviste du
Loiret, M. Maupré. Cette pièce n'est datée que de l'année, mais une
note marginale, qui se trouve au recto, porte « T)u j5 avril i 1 i'3
Chartres de fondatiort de l'eglise de la Magdeleine.
(2) Elle fut également confirmée, en 1 182, par Manassès de Gar-
lande, évêque d'Orléans. (Pièce justif. XIV.)
(3) Aux xvne et xviii» siècles, « les nobles dames, prieure, religieuses
« et convent de Sainte Marie Magdeleine lez Orléans », dans la formule
des actes, n'oublient jamais de rappeler que leur prieuré est de fon-
dation royale.
(4) On en trouve le texte dans le Gallia Christiana, Eccles.
Fictav Fons-Ebraldi, t. II, et dans Nicquet, p. 218.
14 la magdeleine-lez-orléans
La charte de Louis VI (i) nous apprend que
l'évêque, en concédant l'Hospice, libre et quitte
de toutes charges aux religieuses, leur avait
abandonné cinq sols, un denier, une obole, qu'il
percevait chaque année, à titre de cens, sur les
terres dépendantes de l'église, et de plus, les droits
de justice qu'il avait au dit lieu pour le vol et pour
le sang versé, droits fort importants, puisque l'a-
mende était perçue par le justicier, et que le crime
pouvait entraîner dans certains cas la confiscation
de tous les biens du condamné.
Le roi avait lui-même doté la communauté
lors de son établissement, du lieu dit Chaumontois,
situé dans la forêt d'Orléans, sur la paroisse de
Montereau près Lorris. La charte rappelle et rati-
fie cette donation, aussi bien que les libéralités
faites par l'évêque.
Toutes les fois qu'il s'agissait d'établir un nou-
veau monastère, Robert y envoyait de Fontevraud
des religieuses éprouvées par une longue pratique
de la vie conventuelle « diutina religione in Fon-
tevraldensi claustro probatas (2) » Il en fut ainsi
pour la Magdeleine, ou, si l'on aime mieux, l'Hos-
pice.
Une femme d'un mérite distingué, soeur Mar-
io Pièce justif. II.
(2) Les Bollandistes, Vie de 1{pbert d'Arbrissel, par André, moine de
Fontevraud, contemporain de Robert, chap. III.
CHAPITRE PREMIER 1 5
cilia Riveria, Rueria ou de Rueriis(i), gouverna
comme première prieure la communauté nais-
sante douze religieux partirent également de
Fontevraud sous la conduite d'un prieur, Eudes
Ruffin (Odo Ru.ffinus), et bientôt la double colonie
put s'installer dans des cellules que Marcilie fit
construire et dans les bâtiments qui existaient déjà
autour de l'ancienne église de l'Hospice. Cet asile
du pauvre suffit d'abord à ceux qui s'appelaient
les pauvres de Jésus-Christ.
En janvier 1117 (nouveau style), le prieuré re-
çut la visite du B. Robert d'Arbrissel, qu'accom-
pagnaient son disciple préféré, Bernard d'Abbe-
ville, fondateur de la congrégation de Tyron, et
quelques autres. Atteint déjà de la maladie qui
devait l'emporter, Robert était parti de Chartres
pour aller visiter, à Tours, le tombeau de saint
Martin il s'était arrêté à Blois pour y donner
quelques consolations à Guillaume III, comte de
Nevers, son ami, que Thibaud II, comte de Blois,
retenait prisonnier puis, il s'était rendu à Or-
léans. C'est au monastère de l'Hospice qu'il prit
congé de ses disciples avant de partir pour Orsan,
(1) Nos vieux auteurs orléanais, Le Maire et Symphorien Guyon, di-
sent Rueria; Nicquet, de Rueriis D. Estiennot, ^Riveria ou Rueria;
et Robert Hubert, en français, traduit tantôt de Ruère, tantôt de Ré-
vère. Le cartulaire de Fontevraud porte 'Rjveria. Nous avons vaine-
ment recherché s'il existait quelque parenté entre notre Marcilie et
Adélaide dite Riveria ou Rivaria, fille de Widon, qui, avec sa mère
Aremburge, donna à Robert d'Arbrissel le lieu même où fut bâtie l'église
de Fontevraud.
16 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
dans le Berri (i)t, où peu de temps après il mou-
rut (2).
Cependant le roi Louis VI se préoccupait des
besoins du prieuré, dont les revenus étaient encore
bien modiques. Par une nouvelle charte datée de
11 19, il autorisa les religieuses à prendre chaque
jour, à perpétuité, pour leur chauffage, une char-
retée de bois vif dans la forêt d'Orléans, au lieu
dit Chanteau, dépendant de la garde de Neuville.
De plus, il leur donna, près du clos d'Alberic ou
d'Aubry (apud clausium Alberici), pour en jouir
à perpétuité, l'étendue de terre qu'une charrue
peut mettre en rapport, et dix arpents de prés dans
le voisinage d'Usseau. Le tout, pour le rachat de
son âme et de l'âme de ses parents (3).
(1) La vie du B. Robert d'Arbruissel, par Nicquet, chap. XXXII, et
xottes sur la royalle abbaye de Fontevrault, par Besnard, (François-
Yves), né, suivant M. Port, en 1762, près Brissac, mort en 1842, à
Paris, ami et collaborateur de l'historien Bodin. M. l'abbé Edouard,
qui prépare une Histoire de Fontevraud, nous a communiqué quelques
passages de ce manuscrit, dont il possède une copie, et que nous cite-
rions avec plus d'assurance si l'original avait passé sous nos yeux.
D'après les renseignements qui nous sont donnés, l'oeuvre de Besnard
comprendrait huit chapitres, subdivisés en paragraphes, en tout io3
pages,et l'on y trouverait beaucoup de documents inédits empruntés à
la Sainte-Famille du P. Lardier.
(2) En 11 17 (N. S.). On célébrait son anniversaire au prieuré de la
Magdeleine, le 24 février, et les calendriers spirituels imprimés à Or-
léans au xviii" siècle nous apprennent qu'il y avait à cette occasion fête
au Châtelet.
(3) La charte où sont consignées ces donations existe aux Archives
nationales, à Paris, et elle y est précieusement conservée comme la plus
ancienne des chartes royales originales que possèdent les layettes
du Trésor. M. Teulet, par ce motif, l'a reproduite in extenso dans les
Layettes du Trésor des Chartes (Paris, H. Pion, 1863, 2 vol. in-4').
Elle est revêtue du sceau de Louis VI, en cire blanche, plaqué, et on lit
CHAPITRE PREMIER 17
Le branle était donné en ces temps si grossiers
d'ailleurs, la foi était vive, on craignait les peines
éternelles ce fut à qui suivrait l'exemple du roi.
Et chose remarquable presque tous les biens
dont jouit par la suite le prieuré de la Magdeleine
lui furent ainsi attribués pendant les deux pre-
miers siècles de son existence. Nous reviendrons
dans un instant sur ces libéralités, dont on entre-
voit déjà le pieux intérêt.
La Magdeleine, pendant cette période de for-
mation et d'accroissement, fut visitée à plusieurs
reprises par Pétronille de Chemillé car cette
première et vigilante abbesse de Fontevraud se
transportait partout où les affaires de son Ordre
l'exigeaient. Un touchant usage existait alors des
maisons religieuses appartenant à des Ordres diffé-
rents contractaient entre elles une sorte d'alliance
spirituelle dont le but était un échange, une réci-
procité de prières. Pétronille se trouvait au
prieuré d'Orléans avec Augarde, prieure de Fon-
tevraud, et Hugues de Désert (i), religieux de
au dos l'annotation suivante Littcre reddite de hospitio monialium
De Ilemore de Chantai; ce qui indique, dit M. Teulet,
que la pièce est rentrée au Trésor après le rachat de la concession (Pièce
justif. 111). Les donations de Louis VI furent maintenues par ses succes-
seurs, et le P. Lardier cite des lettres confirmatives données à Blois par
François 1", le 25 avril i 529 (Bibl. nat., ms. fr. 1 1985).
(1) Augarde, de la maison de Roanais. Hugues, célèbre ermite qui,
après avoir peuplé de ses disciples les déserts de la Normandie, construi-
sit pour les recevoir le monastère de la Chaise-Dieu ou de Notre-Dame-
du-Désert, dans le diocèse d'Evreux. Vers 11 34, il céda cette maison à
l'Ordre de Fontevraud, auquel il se donna lui-même, et dont il aida à
fonder plusieurs monastères.
l8 LA MAGDKLEINE-LEZ-ORLÉANS
l'Ordre, quand Pierre le Vénérable, neuvième
abbé de Cluny, leur accorda, aussi bien qu'à
Marcilie, prieure de l'Hospice, et à Eudes Ruf-
fin, prieur, qu'on célébrerait pour eux à Cluny,
quand ils ne seraient plus, le même service que
pour les moines, et de plus, un trentain et un
anniversaire. Une semblable association fut établie
entre les religieuses et, Thomas abbé de Mo-
rigny ( i ), célèbre prédicateur évangélique à la
suite d'un sermon qu'il avait prononcé dans le
chapitre de l'Hospice en présence de Pétro-
nille(2).
C'est encore pendant le séjour de cette abbesse
au monastère de l'Hospice, que furent confirmés
par un seigneur nommé Burchard, les concessions
de dîmes et autres droits que Lancelin de Meung
(Lalzcelinus de Magdund) et Béatrix de la Ferté
(Beatrix de Feritate ou de Firmitate), père et
mère du dit Burchard, avaient faites à l'église de
Fontevraud, tant sur Chanvre (Canabum) près
de Meung que sur Chaussy en Beauce (3) La
(1) L'abbaye de Morigny était située près d'Etampes, dans la circons-
cription qui forme actuellement le département de Seine-et-Oise.
(2) Le texte latin fort ancien auquel nous empruntons ces détails a
été relevé, au xvii« siècle, par le P. Lardier, sur le livre des obits de
Saint-Jean-de-l'Habit de Fontaines en France, prieuré de l'Ordre situé
dans le diocèse de Meaux. Il est cité par Nicquet, et Michel Cosnier le
reproduit dans ses Notes sur la Vie de Robert d'Arbrissel par André (La
Flèche, 1641, in-4'). On le trouvera sous le n'IV de nos pièces justifi-
catives.
(3) Il y avait à Chaussy-lez-Thoury (Calciacum, Chauciacum, Cau-
ciacum), une petite communauté de Fontevristes. Béatrix leur avait
donné tout ce qu'elle possédait au dit lieu, tant en dîmes qu'en terres,
CHAPITRE PREMIER I9
charte indique que Béatrix avait attribué aux
religieuses de l'Hospice, pour leur part, la moitié
du moulin à eau de la Nivelle, situé près de
Meung, sur la Grande-Mauve (i).
Cependant il devenait nécessaire de mettre les
anciens bâtiments plus en rapport avec leur nou-
velle destination il s'agissait tout à la fois de
les agrandir et de les distribuer pour la vie conven-
tuelle sur le plan des autres monastères de l'Ordre.
Mathilde d'Anjou (2). qui succéda à Pétronille
comme abbesse, ordonna tous ces travaux (3) en
visitant le monastère l'an ii5o. Elle fit égale-
ment élever le cloître des hommes, mais le cloître
seulement, la chapelle dite de Saint- Jean-Ï1 Evan-
géliste ayant été édifiée dès l'origine par ordre
comme aussi un droit d'usage dans la garde de Neuville « pour edifier et
ardoir n, droit qui fut confirmé par Louis VII, en 1 1 53 Manassès de
Garlande, dont la ratification avait été requise parce que ces biens étaient
dans la mouvance des évêques d'Orléans, donna en outre à la commu-
nauté (1 162) l'église même de Chaussy. Les archives de Maine-et-Loire
(Fontevraud) possèdent encore des chartes afférentes à cet objet ou
relatives à Chaussy. Mais cette maison ayant refusé d'accepter la ré-
forme de l'Ordre à la fin du quinzième siècle, fut détruite, comme plu-
sieurs autres, et son église replacée sous la juridiction épiscopale. La
Saussaye et S. Guyon nous apprennent que le curé de Saint-Fiacre de
Chaussy, au dix-septième siècle, était nommé par l'évêque d'Orléans,
sur la présentation de l'abbesse de Fontevraud.
(1) Pièce justif. V.
(̃2; Fille de Foulques V, dit le Jeune, comte d'Anjou, du Maine et de
Touraine, et roi de Jérusalem.
(3) Le Maire, Antiquité^ de l'Eglise et diocèse d'Orléarts, in-4",
p. i32 Symphorien Guyon, Histoire d'Orléans, ire partie, p. 36g;
Extrait d'un manuscrit de Robert Hubert sur les Abbayes d'Orléans et
de l'Orléanais (i65o), communiqué par M. Vergnaud-Romagnési.
Archives de Maine-et-Loire (Fontevraud).
20 LA MAGDELEINE-LES-ORLÉANS
de Louis VI (i). Puis, à la requête pressante des
religieuses elle acheta la seconde moitié du
moulin de la Nivelle, y adjoignit une chapelle
qui eut nom la Magdeleine (2), et plus tard
envoya 100 s. parisis pour réparer les dégâts
survenus au dit moulin. Mathilde, en un mot,
accrut de tout son pouvoir les ressources du
prieuré, qui, dès l'année 11 19, nourrissait, paraît-
il, dans les cellules construites ou aménagées
par Marcilie, jusqu'à 135 religieuses ou reli-
gieux (3), et dont la population devint bientôt
(t) Du moins, si le passage de Lottin, auquel nous empruntons cè
détail, se réfère à la Magdeleine « Il 112. Louis VI, dit-il, fait bâtir à
« Orléans, hors des murs de la ville et au couchant, dans le voisinage de
« Saint-Laurent-des-Orgerils, une petite chapelle, sous le nom de Saint-
ci Jean-1'Evangéliste.» (Recherches historiques sur la ville d'Orléans, t. I,
p. 92).
(2) La chapelle était, par arrêt du Parlement du 23 février 1488,
exempte de toute juridiction et droit de cure de Saint-Pierre de Meung
Elle fut reconstruite en 1632. La communauté possédait sur la rive
droite du Loiret, près d'Olivet, une autre chip;lle de quelque impor-
tance, laquelle était placée sous l'invocation de saint Julien le Pauvre,
martyr. « Elle est signalée, dit un Extrait des anciens titres, par une
« infinité de peuple qui y va en voyage tout le long de l'année la fête
« se célèbre le 28 aoust. Elle a été décorée d'indulgences à perpétuité et
« de confrairie par bulle expresse de Philippe, cardinal evesque de
« Toscane, Adrian, cardinal de Sainte-Sabine, Anthoine, cardinal de
» Saint-Anastase, et Louis, cardinal de Saint-Silvestre, donnée àAm-
« boise, l'an V de Léon X pape, et scellée de trois sceaux de cire rouge
« en captes de fer blanc, le i5 mars 1 5 1 7. Lad. chapelle est exempte
de tout droit envers le curé, soit d'offrandes ou autrement, par sen-
« tence du 26 mars 1427, et transaction du i3 septembre i 6o3. » (Ar-
chives de Maine-et-Loire, Fontevr.) Les restes de la chapelle de Saint-
Julien, convertis en habitation rustique, se voient encore près du châ-
teau de La Fontaine.
(3) Nous ne trouvons l'indication de ce chiffre que dans Lottin (t. I,
p. 94), et nous ne savons où il l'a puisé. Mais il ne semble pas invrai-
semblable, si l'on songe qu'à la même époque, d'après l'abbé Suger, il
n'y avait pas 'moins de quatre à cinq mille religieuses ou religieux à
Fontevraud.
CHAPITRE PREMIER 21
si considérable que l'on dut en envoyer une
partie à Chaumontois.
Le savant Dom Estiennot de la Serre, colla-
borateur de Mabillon et de Denys de Sainte-
Marthe, dit avoir inutilement recherché (i) par
qui et à quelle époque avaient été construits les
bâtiments qui reçurent cette petite communauté;
on sait seulement qu'ils étaient occupés par des
religieuses de l'Hospice en 1 163, quand Louis VII,
dit le Jeune fit don à Chaumontois, aux reli-
gieuses de Brandelou qui avaient, croit-on, la
même origine, et aux lépreux de Lorris, de la
dîme du pain et du vin de sa table, lorsqu'il séjour-
nerait dans cette ville (2). Le 26 octobre 1239,
saint Louis s'arrêta dans le monastère de Chau-
montois, pour y prendre un repas. On suppose
qu'il avait été entraîné jusque-là en suivant une
chasse dans la forêt d'Orléans. Les religieuses
reçurent à cette occasion une somme de 40 sols
(5o fr. 63 c.) [3]. Il ne paraît pas que la vie con-
ventuelle ait été longtemps pratiquée à Chaumon-
(1) Antiquités Bénédictines du diocèse d'Orléans, La cMagdeleine,
Bibl. nat., ms. lat., 12739, in f., p. 233 et suiv. et, pour les Preuves,
p. 556 et suiv.
(z) Pièce justif. VIL- Cette libéralité a été confirmée par Charles VII,
août 1444 par Charles VIII, déc. 1483 et Ier mai 1492 par Louis XII,
déc. 1499; par François I", déc. D20 par la reine Claude, iôfév.
i52o; par Henri II, sept. 1547; par Charles IX, août idGi par
Henri III, 28 mars 1 5y5 (Archives de Maine-et-Loire, Fontevr., Extrait
des titres concernant la Magdeleine, ms. de 27 folios, écriture du
xvu° siècle).
(3) D. Bouquet, Rec. des Histor. des Gaules et de la France, t. XXII,
p. Gio.
2 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
tois réduite à l'état de simple ferme ou de grange,
cette maison conserva le nom à'oAbbaye-aux-
Nonnains (i) et continua d'appartenir à la Mag-
deleine.
Le prieuré d'Orléans eut, bientôt après, une
autre succursale appelée Sainte-Marguerite-de-
Montgousson. Elle était située dans la forêt de
Montargis, sur la paroisse de Paucourt, qui dé-
pendait alors du diocèse de Sens. Un célèbre
anachorète, Sévin de Chappes (2), avait dirigé
pendant vingt ans cette maison, après y avoir
réuni quelques moines qui menaient aux environs
(1) Il résulte d'une `Déclaration du 10 février 1620, que l'Abbaye
aux ZTSÇonnains ne comprenait que i3 arpens, en bâtiments, terres,
prés, fossés et autres dépendances mais les religieuses possédaient tout
à côté, aussi dans la forêt d'Orléans, un autre héritage appelé le Bou-
chet, d'une étendue de to6 arpents i quartier. Elles avaient en outre
des droits d'usage dans la garde de Chaumontois. « C'est assavoir, dit un
« titre du 17 janvier 1487, que les demourans esdicts lieux de l'Abbaie
« aux nonnains et du Bouchet ont accoustumé de prendre bois sec et
« mort bois et bois mort, et pareillement ont droict de pasturage pour
« toutes leurs bestes, tant aumailles que brebis, et de mettre et tenir
« cent porcs et ung ver, en temps de paisson, en toute et par toute la
« contrée appellée vulgairement l'usaige aux nonnains. » (Archives du
Loiret, Fonds de la Magdeleine).
(̃z) Ce que nous en disons est rapporté .par D. Estiennot, dans le
chapitre qu'il a consacré à la Magdeleine, Il ne parait pas toutefois que
Sévin ait fait sa résidence habituclle à Montgousson. C'était, d'après
M. L. Jarry, qui, dans son Histoire de la Cour-1)icu (Ordre de Ci-
teaux), a recueilli ce qu'on sait de ce personnage, un seigneur de la
cour de Louis Vil qui, ayant embrassé la règle de saint Benoît, fut
successivement abbé de Sainte-Marie-de-Lanche, près Châteauneuf, où
il avait d'abord fondé un ermitage; abbé de la Cour-Dieu (ri 6g)
puis abbé du Gué de l'Orme. Il se retira ensuite avec quelques uns de
ses compagnons au Gué de Chappes-en-Bois, près Lorris, où il pratiqua
la règle de saint Benoit enfin, par un acte de 1 187, il s'incorpora
avec ses compagnons à l'abbaye de Fleury-Saint-Benoît, où l'on croit
qu'il mourut.
CHAPITRE PREMIER 23
la vie érémitique. Il la céda, en 1 174 (1), aux
religieuses de l'Hospice concurremment avec
Pierre de Courtenay, dont il la tenait sans doute
et le roi Philippe-Auguste, en 1184, accorda au
nouvel établissement la dîme de tout le pain et de
tout le vin qui seraient dépensés par lui et la
Reine lorsqu'ils seraient à Montargis (2). Le
monastère de Montgousson, dont les ruines se
voyaient encore en 1682, reçut des religieuses de
la Magdeleine jusque vers la fin du quatorzième
siècle. On le réunit alors, avec les terres qui en
dépendaient, au domaine de la manse conven-
tuelle, puis on l'arrenta par baux emphytéotiques.
Un arrêt du Grand-Conseil le rendit aux reli-
gieuses, en i655 mais ses revenus étaient tombés
presque à rien (3).
On connaît les causes générales qui, pendant
les douzième et treizième siècles, favorisèrent la
multiplication des monastères, en augmentant
leurs richesses. C'était l'époque où les peuples
de l'Occident se précipitaient vers Jérusalem. Il
fallait de l'argent pour subvenir aux frais de ces
lointaines expéditions il en fallait pour s'équiper
beaucoup de seigneurs vendirent tout ou partie
de leurs propriétés aux monastères. D'autres, en
(1) Archives du Loiret, La Magdeleine, liasse relative à Mont-
gousson.
(2) Pièce justif. XVIII.
(3) Vers le milieu du XVIII* siècle, Montgousson, que l'on appelait
aussi Montcochon, fut, après de longues négociations, cédé par les
religieuses au duc d'Orléans.
2-J. LA MAGDELElNE-LEZ-OIiLEANS
prenant la croix, firent des fondations ou des do-
nations pieuses, afin de se rendre le Ciel favo-
rable. Nombre de femmes et de jeunes filles,
restées sans ressource sans protection et sans
asile, se réfugièrent dans les cloîtres. Enfin, tous
ceux qui se virent dans l'impossibilité de partir
s'efforcèrent de témoigner leur zèle par des lar-
gesses. Nous avons parlé de la communion de
prières qui existait entre plusieurs Ordres': hâtons-
nous de dire que les laïques ne demeuraient pas
étrangers à ces pieuses affiliations; et telle fut,
dès l'origine, la réputation de sainteté dont jouit
dans le monde l'Ordre fondé par le B. Robert,
que les plus illustres personnages, afin d'être
associés aux prières qui se disaient dans ses
églises, principalement pour le repos des trépassés,
cherchèrent à s'assurer par des aumônes propor-
tionnées à leur rang et à leur fortune le droit de
faire inscrire sur ses nécrologes les personnes
qu'ils avaient perdues et d'y figurer eux-mêmes
après leur mort. C'est ce qu'on appelait participer
au Bénéfice de Fontevraud. Il faut attribuer à ces
causes multiples les donations qui furent faites au
prieuré de la Magdeleine, soit par les souverains,
soit par les seigneurs séculiers ou ecclésiastiques,
soit par les particuliers. Point de famille d'ailleurs,
si elle était de condition (i), qui, lorsqu'un de ses
(t) D. Estiennot cite, d'après les anciennes chartes, comme ayant pris
le voile à l'Hospice, des jeunes filles nobles issues des seigneurs de Châ-
teaudun, de Meung, de Cléry, d'Orléans, de Montpipeau, de Fleury, de
Relay, de Courtenay.
CHAPITRE PREMIER 2
membres prenait l'habit, ne tînt à honneur d'ac-
croître ou le domaine ou les revenus du monas-
tère. Il serait difficile et sans intérêt. aujourd'hui
de dresser la liste complète de ces libéralités et
de ces dotations nous nous contenterons de
relater les principales, celles dont les titres étaient
comme la fleur du chartrier.
En n65, Louis VII, à la naissance de son fils
aîné Philippe-Auguste, fit don aux religieuses de
l'Hospice de la dixième partie du pain et du vin
qui se consommeraient, tant en sa maison qu'en
celle de la reine, quand ils seraient à Orléans (i).
La charte qu'il délivra à cet effet fut confirmée
par les rois ses successeurs (2).
En 1 178, Alix, reine de France, troisième femme
de Louis VII, donna à son tour une carruée et
demie de terre auprès d'Estrepoy (3).
Pierre de France, cinquième fils de Louis le
Gros, plus connu sous le nom de Courtenay, eut
douze enfants de son mariage avec Elisabeth,
héritière de cette maison. La plus jeune de ses
filles, Agnès, ayant résolu de se consacrer à Dieu,
(O Pièce justif. VHI.
(2) Du temps du P. Lardier, la charte originale, revêtue du grand
sceau, se voyait encore au Trésor de la Magdeleine, lequel possédait
également les chartes confirmatives de Charles VII, lat. Troyes,
août 1444; de Charles VIII, lat., Orléans, déc. 1483, et fr., Paris,
1" mai 1492 de Louis XII, Iat., Orléans, déc. 1499; de François I0',
lat., Amboise, déc. i52o; de la reine Claude, Romorantin, 16 fév. i520
(V. S.) de Henri II, fr., Fontainebleau, sept. 1547; de Charles IX, fr.,
août i56i de Henri III, Paris, 28 mars 1575.
(3) Archives de Maine-et-Loire, Fontevr., Extrait ms. des titres concer-
nant la Magdeleine.
26 LA MAGDKLEINE-LEZ-ORLÉANS
on crut qu'elle se retirerait à Fontevraud, où se
trouvaient déjà deux de ses cousines, Basilie et
Marguerite de Braine ou de Dreux, et sa tante,
la reine Eléonore de Guienne. Mais elle préféra
entrer au monastère de l'Hospice, peut-être, dit
Pavillon, « à raison de l'aspect, ou bien à cause
« que le Roy son oncle s'en estoit déclaré le pro-
« tecteur. » Elle y fut prieure de l'année 1191 à
l'année I zoo. Pierre, quand elle prit le voile,
alloua en aumône aux religieuses, avec le consen-
tement de sa femme et de deux de ses fils, dix
livres parisis de rente annuelle, à percevoir le len-
demain de la Saint-Martin, sur ses revenus de
Fay (aux Loges) réservant sur cette somme
soixante sols pour le vêtement d'Agnès tant
qu'elle vivrait affectant le reste à l'achat de
chaussures pour les religieuses. Il leur donna en
même temps la moitié de la dîme qu'il avait au
dit Fay, le lieu de Montgousson avec ses dépen-
dances et le tiers de la terre d'Auranvilliers (1),
(de Auranvillerio), qu'il avait achetée de Renaud
l'aîné. Philippe-Auguste ratifia en 1183 cette do-
nation, et Gui, archevêque de Sens, la confirma
à son tour l'année suivante, aussi bien que l'aban-
don fait aux religieuses, par Sévin de Chappes,
du monastère de Montgousson (2)
Le ler octobre i23i, la reine Ingeburge, qui,
(1) Une charte confirmative porte de Averc.nvillari (d'Avcranvilliers),
et une autre, de Guloviler.
(2) Pièces justif. XV, XvI et XVII.
CHAPITRE PREMIER 27
dans sa retraite de Corbeil, consacra à la prière et
aux bonnes œuvres les dix dernières années de
sa vie, assura aux religieuses de l'Hospice la per-
ception régulière de cinq sols parisis par jour, que
Philippe-Auguste, son mari, leur avait donnés en
aumône sur la Prévôté d'Orléans, et qu'on avait
cessé de leur payer quotidiennement après sa
mort (t). Louis XII confirma cette disposition le
29 janvier 1499.
Saint Louis, par une charte datée de l'abbaye
de Notre Dame la Royale (Maubuisson), près
Pontoise, 8 juin 1248 (2), autorisa également les
religieuses de l'Hospice à prendre à perpétuité
sur la Prévôté d'Orléans, aux termes ordinaires,
c'est-à-dire à la Toussaint, à la Chandeleur et à
l'Ascension, cinq sols parisis par jour, soit 91
livres 5 sols parisis par année (3), qu'il ne leur
avait d'abord attribués qu'à titre d'aumône volon-
taire. Il se réserva toutefois la faculté de les leur
faire payer en autre lieu. Les religieuses touchè-
rent intégralement cette rente jusqu'à l'époque où
les Anglais mirent le siège devant Orléans (1428);
(1) Pièce justif. XXII.
(2) Pièce justif. XXIV. L'original, revêtu du grand.sceau, existait au
Trésor de la Ma'gdeleine, du temps du P. Lardier.
(3) En monnaie décimale, c'est 6 fr. 33 c. 245 par jour, soit 231 1 fr.
34 c. 425 par année, la valeur moyenne intrinsèque du sol parisis,
déduite du cours combiné des principales espèces d'or et d'argent au
temps de saint Louis, étant, d'après MM. de Wailly et L.-Delisle, de 1 fr.
26 c. 649. Mais, pour apprécier exactement la valeur relative de la
somme donnée, il faudrait encore tenir compte du pouvoir de l'argent,
qui était, au milieu du xiu° siècle, beaucoup plus considérable qu'au-
jourd'hui.
2 LA JUGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
mais après le siège, elles ne reçurent plus que 70
livres parisis jusqu'à Louis XII, <r tant », disent les
lettres patentes accordées par ce prince le 28
décembre 1499, « au moyen de la diminution du
« domaine et revenu de nostre duché d'Orléans,
« advenue à cause des guerres qui furent pour lors,
« que pour ies affaires qui survinrent à feu nostre
progeniteur, que Dieu absoille (1). Ces lettres
ordonnèrent que la rente constituée par saint
Louis fût régulièrement payée à l'avenir (2). Au
xviie siècle, les dames de la Magdeleine recevaient
de ce chef 114 livres, en quatre termes, sur le
domaine d'Orléans.
Au mois de juillet 1 27 1 Philippe le Hardi, sur
la représentation des religieuses qu'il leur était
difficile, à cause de l'éloignement de Chanteau,
d'user du droit de chauffage qui leur avait été
concédé par Louis le Gros, leur permit de prendre
la même quantité de bois dans la garde de Go-
mets (Goumiers), qui était plus rapprochée (3).
Ce droit, étendu par Philippe le Bel en 1 307 (4),
à deux charretées par jour, dont une de bois
(1) Anciens titres et copies de lettres des archives du convent de la
Magdelaine le.f Orléans, 1640, redige, eu or-dre par le P. F'. Jean
Lardier, relibieux de Fontevraud et confesseur dud.t convent, 9 vol.
in-4°, papier, (Bibl. nat., ms. fr., 11977 à ng85).
(2) Les lettres de Louis XII furent confirmées par chartes de Hen-
ri II, 25 sept. 1547; de François II, 16 janvier 1 55g de Charles IX,
19 août t 56t de Henri III, 28 mars 1276 de Henri IV, 21 mars i5g4;
de Louis XIII, 19 murs ICI.} (Archives de Maine-et-Loire, Fontevr.,
Extrait ms. des titres concernant la Magdeleine).
(3) Pièce )ustif. XXVII.
(4) Pièce justif. XXIX,
CHAPITRE PREMIER 29
3
mort, à prendre chaque semaine en un seul
voyage, et augmenté encore de trente charretées
dans la forêt de Chanteau (i), en i3io, fut con-
verti depuis en une somme de 25o livres sur le
domaine royal (2). Aux termes d'une charte datée
d'Orléans, 25 juillet 1343, Philippe de Valois
donne « aux Religieuses, prieure et convent de
l'ostel aux Nolznains de la éMagdalene lies Or-
liens toute liberté pour faire enlever quand bon
leur semblera, et non plus seulement au jour le
jour, les deux charretées de bois qu'elles a prei-
gnent en la garde de Gomés (3). »
Au mois de janvier 1291 (vieux style), Jeanne
de Châtillon, comtesse de Blois, veuve de 'Pierre
d'Alençon, troisième fils de saint Louis, légua
aux Nonnains de l'ostel de le\ Olliens (sic) [4],
20 livres pour acheter une rente, afin de faire
son anniversaire, et 5 sols pour pitance (5). La
(1) Pièce justif. XXXI.
(2) Lettres données à Metz, le 29 nov. i56t, par Charles IX, et
confirmées par ses successeurs.
(3) Pièce justif. XXXII.
(4) Sur les variations singulières qu'a subies depuis l'origine le nom
de notre ville, on peut consulter le travail plein de solide érudition et
de judicieuse critique publié en 1871, par M. Anatole BaHly, sous ce
titre Etymoloâie et Histoire des mots « Orléans » et « Orléanais »,
et inséré par la Société des Sciences et Belles-Lettres d'Orléans, au
tome XIII (seconde série) de ses Mémoires. Si. Loiseleur, chargé par la
Société de l'examen de cet ouvrage, a fait à son tour d'intéressantes
recherches sur le même sujet.
(5) L'usage s'était introduit au douzième siècle, quand on célébrait un
anniversaire, d'ajouter queldfue chose à la nourriture des religieuses et
des religieux. On remplissait ainsi le vœu des fondateurs; mais ces
jours de fête, qui revenaient annuellement, s'étant multipliés avec les
fondations, la discipline dut naturellement en souffrir.
30 LA MAGDELE1NE-LEZ-0RLÉANS
dite rente devait être départie au prieuré le jour
où se ferait l'anniversaire (i).
Enfin, par son testament du 21 mai 1392,
Blanche, duchesse d'Orléans, fille du roi Charles
le Bel et épouse de Philippe, premier duc apana-
giste d'Orléans, légua aux Religieuses de la Mag-
dalaine empres Orliens, trente sols (2).
Signalons encore parmi les principaux bienfai-
teurs de la Magdeleine
io Eudes de Chardonelles (Odo de Cardonellis),
qui, vers le milieu du xlle siècle, en prenant
l'habit religieux à l'Hospice, avec sa femme, ses
trois fils et ses deux filles, donna à la commu-
nauté toutes les terres qu'il avait à Chardonelles,
en présence et avec l'approbation du comte Thi-
baud (3).
2° Garnier (Garnerius) et sa femme Millensis,
qui, l'an 1 167, sous le priorat de sœur Idoine et
de frère Eudes Ruffin, se donnèrent au prieuré
(1) Histoire de la Maison de Chastillon-sur-Marne, par André du
Chesne (Paris, t 62 t, in-f., p. 79 des 'Preuves). Pour satisfaire à l'acquit-
tement de cette rente, Guy de Chastillon, comte de Blois, par acte du
t avril i337, reconnut avoir abandonné à ses chières et amées les non-
nains d'Orliens, la somme de 100 s. tournois, sur les restes des comptes
du receveur de Blois pour l'année 1 336, et les autorisa en conséquence
à se faire payer cette somme, au terme de Noél t 33g, par Jean Guillon,
boisseron de la forest de Blois (Docum. inéd. sur l'Orléanais, par A.
Dupré, Mém. de la Soc. Arch. de l'Orléanais, tom. XI).
(2) £Mém. de la Soc. Q&rchéol. de l'Orléanais, t. IX, p. 1 15, Testa-
ment de Blanche, duchesse d'Orléans, publié par M. G. Vignat.
(3) Pièce justif. IX.
CHAPITRE PREMIER 3 1
de Sainte -Marie- de -l1 Hospice avec tous leurs
biens (i).
3° Etienne, chevalier de Poonville {Stephanus
.miles de Poonvilla), qui, avec le concours d'Ode-
line, sa femme, et de Robert, Etienne et Pierre,
ses enfants, donna, l'an 1176, au monastère de
la Bienheureuse Marie-de-l'Hospice où il avait
deux filles religieuses, 36 mines de froment à
percevoir, chaque année, le jour de la Saint-
Rémy, sur sa dîme d'Angerville-la-Gâte. Manas-
sès de Garlande, évêque d'Orléans, fut présent à
cette donation et la confirma, après que le dona-
teur lui eut conféré, pour en faire respecter les
clauses, le droit d'exercer la justice, tant séculière
qu'ecclésiastique, sur ceux de ces biens qui étaient
situés dans le diocèse d'Orléans (2).
40 Noble homme Herchembaud, dit Pire-Loup
(Vir nobilis Hœrchenbaudus Pejor Lupo cogno-
mine), qui, en 1 176, avant d'entrer dans l'Ordre
de Grand-Mont, donna en aumône à la Bienheu-
reuse Marie-de-l'Hospice et à ses religieuses, pour
son anniversaire, celui de Marie sa femme, et
celui de Geoffroi son fils, deux muids, l'un d'hi-
vernage, l'autre de mars à percevoir chaque
année, au mois d'août, sur sa dîme de Bacon.
Manassès de Garlande approuva et confirma cette
donation (3).
(i) Archiv. de Maine-et-Loire, Fontevr., Extrait ms. des titres concer-
nant la Magdeleine.
(2) Pièce justif. X.
(3) Pièce justif. XI.
32 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
5° Pierre de Chaource (Petrus de Càorciis), qui
garantit aux religieuses de Sainte-Marie-de-l'Hos-
pice le service annuel de 24 mines d'hivernage
sur sa dîme de Bacon, redevance que leur avait
accordée Hodeburge son aïeule, en plaçant dans
leur monastère une de ses filles comme religieuse,
mais qui avait été l'objet de diverses contesta-
tions (il)
6° Tession de Lorris (Tessio de Lorriaco), qui,
l'an 1177, du consentement de ses fils Etienne,
Odon et Philippe, et en présence du roi Louis VII,
qui se trouvait alors à Châteaudun, donna en
aumône aux religieuses de l'Hospice d'Orléans
quatre muids de froment à percevoir annuelle-
ment sur sa grange de Chesnoy en Gâtinais, les dits
muids livrables à Chaumontois, le jour de la fête
de saint Rémy plus, cinq sols que Jean de
Courcy lui payait chaque année, à titre de cens,
le jour de la Nativité (2).
7° Raoul de Fay (Radulphus de Faia), qui, par
acte passé à l'Hospice, dans la maison des clercs,
au mois de décembre 1184, donna aux religieuses,
pour le rachat de son âme, cent sols à percevoir
annuellement, le jour de l'Assomption, sur le péage
de sa métairie de Celle. A cette donation partici-
pèrent son gendre, sa fille et leur fils et, en signe
de perpétuelle garantie, aussi bien que de consen-
tement, ils rendirent par un baiser de paix l'obli-
(1) Pièce justif. XII.
(2) Pièce justif. XIII.
CHAPITRE PREMIER 33
gation irrévocable. Le roi Louis IX la confirma
en juin 1233 (i).
8° Isabelle de Fleury (Isabella de Floriaco)
qui, lorsqu'elle fit profession au monastère de
l'Hospice, l'an 1191, donna une mesure de fro-
ment à prendre chaque année sur Misery (2).
go Pierre de Thoury (Petrus de Thoriaco), qui,
l'an 1204, en présence de Hugues de Garlande,
évêque d'Orléans, donna en aumône perpétuelle à
l'Hospice une terre qu'il avait à Estrepoy, avec
haute, basse et moyenne justice (3).
io° Etienne de Saint-Lié (Stephantcs de Sancto-
Lœto), qui, l'an 1207, donna aux religieuses de
l'Hospice, avec l'approbation de l'abbesse de Fon-
tevraud, Adilidis (Adèle de Blois), une maison
située à Orléans, rue de l'Eguillerie. Défense fut
faite l'année suivante, sous peine d'excommunica-
tion, de troubler les religieuses en la jouissance
de cette maison (4).
iio Geoffroi, vicomte de Châteaudun (Gaufri-
dus vicecomes Castri Duni), qui, en 1211, céda
à l'Hospice sa maison des champs de Lézenville,
avec ses dépendances (5).
12° Jean Paris et sa femme Hildeburge, qui,
avec le consentement de leur fils Renaud et de
(0 Pièce justif. XXIII.
(2) D. Estiennot et Polluche (loc. cit)
(3) Archives de Maine-et-Loire, Fontevr., Extrait ms. des titres con-
cernant la Magdeleine.
(4) Ibid.
(5) D. Estiennot (loc. cit.)
34 LA MAGDELEINE-LEZ-OKLÉANS
leurs filles Tiphaine et Marie, donnèrent aux reli-
gieuses de l'Hospice, le 10 avril 1215, en pré-
sence de Manassès de Seignelay, évêque d'Or-
léans, neuf arpents de terre à l'Ormeteau, et en
même temps leur firent remise de 2 sols de cens
qu'elles étaient tenues de leur payer annuelle-
ment sur la maison qu'elles avaient audit lieu (1).
i3° Hernaud Boutillier, chevalier (Hernaudus
Buticularius, miles), qui, en présence d'Ylaria,
prieure de l'Hospice, l'an 1218, donna au monas-
tère, où Mathea et Marguerite, ses filles, entraient
comme religieuses, les revenus qu'il avait à Jan-
ville, et qui provenaient de la succession de sa
sœur Marguerite avec cette clause, que les dits
revenus serviraient à l'entretien de ses filles pen-
dant leur vie et appartiendraient ensuite à la
communauté, laquelle serait tenue de faire célé-
brer chaque année l'office divin pour le rachat
de son âme de celle de sa femme et de celle
de ses parents (2).
140 Renaud Gras ou Le Gras, clerc (Regiyaaldzrs
Pillguis clericus), et Théry Morin le jeune (Terri-
cus Morini junior), qui, le i5 février 1225 (V. S.)
donnèrent à l'Hospice, Renaud en y prenant
l'habit de religion, et Théry, à titre de perpétuelle
aumône pour le rachat de son âme, chacun un ar-
pent de vigne situé près de Saint-Julien sur Loiret,
(i) Archives du Loiret, La Magd., copie collationnée sur l'original le
t° mars 1714.
(2) Pièce justif. X!X.
CHAPITRE PREMIER 35
en censive du roi. Ces deux arpents appartenaient
originairement à Marie, veuve de Mathieu Gras;
mais elle en avait abandonné un à Renaud, son
fils, pour sa part héréditaire, et avait vendu l'autre
à Théry. A l'acte intervinrent les enfants et les
frères de la veuve Gras qui tous prêtèrent foi
corporelle en la main de l'Official du Doyen d'Or-
léans, ceux-ci, pour garantir les dites vente et
donations; ceux-là, pour témoigner qu'elles avaient
leur assentiment (i).
i5° Hugues de Horoüer, chevalier (Hugo de
Hororio, miles), qui, après avoir contesté aux
religieuses de l'Hospice la dîme de Meneville,
que Hugues de Meneville, chevalier, leur avait
concédée en aumône perpétuelle, sans prendre
son autorisation, quoique la dîme dont il s'agit fût
dans sa mouvance, déclara, au mois de mars i23i,
la leur abandonner pour le' rachat de son âme,
avec le consentement de sa femme, de Geoffroi
de Patay, son fils, et de ses autres enfants (2).
i 6° Philippe Boelly, chevalier, qui, l'an 1249,
concéda aux religieuses sept mesures de blé à
percevoir chaque année sur le moulin de Flix (3).
170 Jean d'Orléans, chevalier, qui légua pour
son anniversaire aux religieuses du prieuré de
l'Hospice une rente sur des terres près Cléry.
Cette donation fut confirmée et augmentée par
(1) Pièce justif. XX.
(2) Pièce justif. XXI.
(3) D. Estiennot (loc. cit.)
36 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
Marguerite, sa veuve, et elle est relatée dans des
lettres de Guillaume le, de Bussi évêque d'Or-
léans, du mois d'octobre 1257 (1).
180 Baldric du Portereau (Baldricus de Porte-
rello), qui, au xIIIe siècle, donna à l'église de l'Hos-
pice, où sa fille était religieuse, une vigne qu'il
avait derrière le monastère de Saint-Julien sur
Loiret, sous la condition que ses fils retiendraient
annuellement la moitié de la récolte pour en em-
ployer le prix au vêtement de leur sœur, mais que
l'héritage, après la mort de celle-ci, appartiendrait
en pleine propriété au prieuré de l'Hospice. Le
même Baldric, suivant la condition stipulée, habilla
avec le revenu de la dite vigne E., qui pour lors
était prieure, en présence de G., frère et prêtre de
l'Hospice, et de ses propres fils, Jean et Haimeric,
qui donnèrent leur consentement (2).
190 Raoul Grosparmi, évêque d'Orléans, qui,
par son testament du 17 mars i3io (V. S.), légua
40 sols aux religieuses de l'Hospice (3).
20° <\ Venerable et discrete personne frere Jehan
« Olivier, prebstre prieur du prioré et Eglise de la
« Magdalene lez Orliens », qui, prenant en considé-
ration «la grant, singulière et parfaicte devocion et
« affection qu'il a envers ladite Eglise et prioré de
(iBibl. nat., Archives du Loiret, cabinet des titres, 974,4 vol.
-in-40 manuscrits, t. I", Titres de la' Magdeleine d'Orléans.
(2) Pièce justif. XXVI.
(3) Ce testament, qui contient beaucoup d'autres legs pieux, a été
publié par M. G. Vignat, au tome VI des Mém, de la Société Arch. de
l'Orléanais.
CHAPITRE PREMIER 37
« la Magdaiene et aux religieuses, chappelains et
« clercs religieux d'icelle, de laquelle église et prioré
« par longtemps il a esté prieur et a eu l'administra-
« cion, charge et gouvernement», leur cède, quitte,
délaisse et transporte, pour en jouir à titre de rente
annuelle et perpétuelle, la quantité de trois muids
de blé-froment (mesure d'Orléans), savoir deux
muids aux religieuses, et un muids aux chape-
lains et clercs religieux, à prendre « la sepmaine
« que ledit frere Jehan yra de vie à trespassement v,
sur deux moulins à eau situés sur la rivière du
Loiret, près de Saint-Julien-le-Pauvre-lez-Orléans.
11 est spécifié dans l'acte que les dits moulins
ont été édifiés depuis douze ou quatorze ans par
les soins du prieur, et en partie de ses deniers, et
qu'avant ces travaux, le revenu de l'héritage était
presque nul. En revanche, la communauté sera
tenue de faire chanter et célébrer à perpétuité
pour le donateur, « à tel jour qu'il yra de vie à
« trespassement, ung anniversaire solempnel avec
« la messe de Requiem, ainsi que en tel cas est
« acoustumé de faire pour le salut et remede de lui,
« de ses parents et de ceux qui lui ont monstré et
« enseigné la science, par le moyen de laquelle il a
« eu en sainte Eglise sa vie et estat honnestement
« jusques à present, si comme icellui frere Jehan
« disoit. » Jehan Olivier prêta foi corporelle de
tout ce qui précède en la main de Bureau, clerc
notaire juré du Châtelet, et fit enregistrer l'acte
par le Garde de la Prévôté d'Orléans, le samedi
38 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
3o novembre 1448. Marie d'Harcourt, abbesse
de Fontevraud, ratifia cette donation le 6 décem-
bre de la même année (1).
A ces libéralités, il faut en joindre d'autres qui,
pour être puisées au trésor spirituel de l'Eglise,
n'en contribuaient pas moins à la prospérité ma-
térielle du prieuré, en lui procurant d'abondantes
aumônes.
C'est ainsi qu'en 1257, le pape Alexandre IV,
par une bulle donnée à Viterbe, le 4 des Ides
d'avril (10 avril), accorda 40 jours de pardon à
ceux qui visiteraient l'église de l'Hospice, le jour
de la fête de sainte Marie-Magdeleine, patronne
de la communauté (2).
Mais, dix ans plus tard, en mai 1267, une inté-
ressante cérémonie vint consacrer en quelque
sorte ce patronage. Le 20 avril précédent, saint
Louis, assisté de Simon de Brion, cardinal de
Sainte-Cécile et légat du Saint-Siège en France,
qui fut pape sous le nom de Martin IV s'était
transporté à l'abbaye de Vézelai (diocèse d'Au-
tun), pour faire placer dans une nouvelle châsse
des reliques qu'on y conservait depuis plusieurs
siècles comme celles de sainte Marie-Magdeleine
ce qui montre, observe l'abbé Fleury qu'il ne
croyait pas trop qu'elles fussent à là Sainte
Baume en Provence, quoiqu'il y eût été treiîe
(1) Pièce justif. XXXIII.
(2; Le P. Lardier, t. X du ms. déjà cité.
CHAPITRE PREMIER 3g
ans auparavant (1)-. Toujours est-il que le roi
et le cardinal donnèrent une portion assez consi-
dérable de ces reliques à Robert de Courtenay,
évêque d'Orléans, qui, à son tour en fit don
aux religieuses de la Magdeleine dont sœur
Agathe était prieure. A partir de cette époque,
le monastère est plus rarement appelé l'Hos-
pice nom sous lequel les lettres de l'évêque
le désignent encore une fois, mais en rappelant
qu'il avait été élevé en l'honneur de celle qui
arrosa de ses larmes et essuya de ses cheveux
(i) Fleury, Histoire ccclésiastique, édit. in-4', t. XVIII, p, 102.
Les reliques de sainte Marie-Magdeleine, que l'on vénère en divers lieux,
proviennent de trois sources différentes.
Il y a d'abord celles de Rome. On lit dans quelques auteurs grecs du
septième siècle et des siècles suivants, qu'après l'Ascension de J.-C.,
sainte Marie-Magdeleine accompagna la sainte Vierge et saint Jean
l'Evangéliste à Ephèse, qu'elle mourut dans cette ville et qu'elle y fut
enterrée. En effet, on montra pendant un temps son tombeau à Ephèse.
En 89o, Léon-le-Philosophe fit transférer ces reliques à Constantino-
ple, et l'on croit qu'elles furent apportées à Rome après la prise de
Constantinople par les Latins en 1204. Toujours est-il que le pape
Honorius III, vers 1216, renferma lui-même le corps saint, dont il ne
manquait que le chef, sous un autel qu'il dédia à sainte Marie-Magde-
leine dans la cathédrale de Saint-Jean-de-Latran.
Il y a ensuite les reliques de Vézelai. Ce sont celles dont saint Louis
et Simon, cardinal de Sainte-Cécile, firent la translation en 1267.
Simon, devenu pape (1281), envoya à l'église de Sens une côte prove-
nant de ces reliques, et dans la bulle il déclare que le corps de sainte
Marie-Magdeleine est à Vézelai (Fleury, Hist. Eccl., V XVIII, p. 365).
Nicolas III, son prédécesseur, avait fait la même déclaration en rz7g
(Baillet).
Il y a enfin les reliques trouvées le 4 décembre 127g, à Saint-Maxi-
min en Provence, localité voisine de la Sainte-Baume ou Sainte-
Grotte. Charles d'Anjou, prince de Salerne, qui avait une très-grande
dévotion à sainte Magdeleine, assista à la translation solennelle qui fut
faite le 5 mai 1280, à Saint-Maximin. Les reliques demeurèrent long-
temps dans une chapelle souterraine, au milieu de l'église fondée à cette
occasion par le prince de Salerne et donnée par lui aux Dominicains
40 LA MAGDELEINE-UÎZ-ORLÉANS
indignes les pieds sacrés de Jésus (i). La récep-
tion des reliques se fit avec une grande solennité,
en présence de l'évêque, qui, après avoir visité le
monastère, prit la parole devant un nombreux
auditoire. Il institua une fête commémorative
laquelle se célébrait tous les ans avec un service
solennel le dimanche après l'Ascension. Il ap-
mais, en 1660, on en renferma la principale partie dans une urne en
porphyre, présent du pape Urbain VIII, laquelle fut placée sur le grand
autel. Louis XIV et plusieurs seigneurs de la cour assistèrent à cette
translation, qui s'accomplit avec beaucoup de magnificence. Le reste
des reliques fut laissé dans la chapel!e souterraine, et on y conserva
longtemps le chef de la sainte renfermé dans un reliquaire d'or enrichi
de diamants et surmonté de la couronne de Charles II, roi de Sicile,
comte de Provence. Devant le reliquaire était une belle statue d'or
émaillé qui représentait la reine Anne de Bretagne, à genoux.
La prétention qu'ont eue plusieurs églises de posséder le corps de la
sainte s'explique par l'incertitude qui a toujours existé sur le point
fondamental c'est à savoir si Marie-Magdeleine, Marie de Béthanie,
soeur de Lazare, et la femme pécheresse sont une seule et même per-
sonne, ou trois personnes différentes. La première opinion, rejetée par
les Grecs, a été généralement suivie chez les Latins jusqu'au commen-
cement du seizième siècle, époque où Jacques Lefèvre d'Etapies publia
sur la question deux traités qui donnèrent lieu à de vives polémiques.
On invoque en faveur de l'opinion qui confond les trois saintes, l'au-
torité de Clément d'Alexandrie, d'Ammonius, de saint Grégoire-le-
Grand mais l'autre opinion a eu pour elle saint Théophile d'Antioche,
saint Irénée, Origène, saint Chrysostôme, saint Macaire, qui confon-
dent quelquefois Marie-Magdeleine avec la femme pécheresse, mais
jamais avec Marie de Béthanie et parmi les pères latins, saint Am-
broise, saint Jérôme, saint Augustin, à la,suite desquels se sont
rangés Bossuet, Fleury, Tillemont, Godescard, la plupart des mo-
dernes. « On peut assurer, dit Calmet (cDissert. sur les trois Ma-
M ries), que l'opinion qui distingue Marie-Magdeleine de la femme pé-
« cheresse, ainsi que de Marie de Béthanie, est l'opinion dominante
« aujourd'hui parmi les savans. Le P. Lacordaire, de notre temps,
n'en a pas moins essayé de faire revivre l'ancienne tradition.
Le bréviaire romain ne distingue point les trois femmes de l'Evan-
gile et marque au 22 juillet la fête de Marie-Magdeleine; mais cette
sainte et Marie de Béthanie ont des offices dif1ërents dans plusieurs
bréviaires.
(1) Pièce justif. XXV.
CHAPITRE PREMIER 41
prouva les indulgences octroyées par Alexandre IV
et en accorda de nouvelles (60 jours), pour la ré-
mission des peines dues à la justice divine, à
ceux qui, le jour de la fête, cette même année ou
la suivante, feraient quelque don aux religieuses
en visitant leur église. Le légat, de son côté, ac-
corda aux mêmes conditions, par lettres données
à Saint-Denis le 6 des Ides de juin (8 juin) 1267,
cent jours de- pardon le jour de la translation et
quarante jours durant l'Octave (1).
Simon de Brion avait pu vérifier par lui-même
combien de tels secours étaient nécessaires au
prieuré. C'était le moment où saint Louis méditait
la malheureuse expédition de Tunis, et le pape
Clément IV venait de lui accorder pour trois ans,
ainsi qu'à son frère Charles d'Anjou, roi de Si-
cile, ce qu'on appelait la décime, c'est-à-dire la
dixième partie des revenus ecclésiastiques. Le
cardinal, chargé comme légat de recueillir cette
contribution de guerre, se vit obligé d'en exemp-
ter la Magdeleine comme trop pauvre. Il écrivit de
Paris, le 2 des calendes de mars (fin de février) 1 273
(V. S.) au pape Grégoire X en le priant de
relever les religieuses des excommunications et
autres censures ecclésiastiques auxquelles elles se
trouvaient exposées pour n'avoir point satisfait à
ses ordonnances et quelques mois après au
deuxième concile oecuménique de Lyon, il prit
(i) Le P. Lardier, tom. X du rns. déjà cite.
42 LA MAGDELEINE-LEZ-ORLÉANS
chaleureusement leurs intérêts et acheva de les
justifier (i). Grâce à ses instances, le prieuré de
l'Hospice fut également exempté de la décime
accordée par le Souverain Pontife, pour six ans,
à Philippe le Hardi, afin de favoriser le dessein
que ce prince avait conçu et qu'il ne réalisa pas,
de se croiser à son tour. Les religieuses de la
Magdeleine, il faut le dire, en étaient réduites,
pour vivre, à demander publiquement l'aumône.
Plusieurs titres anciens, cités par le P. Lardier,
mais aujourd'hui perdus, en faisaient foi et l'on
trouve à ce sujet dans les copies manuscrites lais-
sées par D. Estiennot et Polluche, le texte d'un
rapport (2) envoyé le 23 mars i2y5 (V. S.) par
deux chanoines de Saint-Aignan (3) Jean des
Roches et Me Henri de Vampilion, à Jean de
Hysca, hospitalier de Saint-Jean de Jérusalem, et
à frère Jean de Faremoutier, collecteurs pour
(i) Le P. Lardier, t, X du ms. déjà cité. Le Maire, Antiquité;,
etc., p. i32.
(2) Pièce justif. XXVIH.
(3) Les chanoines de Saint-Aignan relevaient immédiatement du
Saint-Siège, et on les voit, dans différentes circonstances, délégués par
les papes pour prendre connaissance des affaires de la Magdeleine,
auxquelles l'Ordinaire devait rester étranger. C'est ainsi qu'une bulle de
plomb de Jean XXII, donnée à Avignon l'an V de son pontificat (1 32 1),
désigne le sous-doyen de Saint-Aignan avec deux autres « pour prendre
a congnoissance d'un différend entre les religieuses de l'Hospice et noble
c homme Lancelot, vicomte d'Orléans au sujet du paiement d'une
certaine quantité de blé. Une autre bulle donnée à Avignon par Ur-
bain V, le 16 des Calendes de mai 1 365, « porte mandement au chantre
« de Saint-Aignan de prendre connaissance du bien saisy et distrait du
« prieuré de la Magdeleine, et particulièrement des dixmes. (Lardier,
t. X, Bibl. nat., ms. fr. 1 1985).
CHAPITRE PREMIER 43
la province et le diocèse de Sens, dont Orléans
dépendait
e Sachez, y est-il dit, que, selon la teneur de la Commis-
sion que vous nous avez adressée, nous nous sommes per-
sonnellement transportés au monastère des religieuses qui
habitent près d'Orléans, et là diligemment enquis de ses
produits ou revenus. Or, d'après le témoignage de personnes
dignes de foi, et entendues sous serment, savoir, le prieur et
la prieure, et autres personnes vénérables ayant longtemps
administré la dite maison, nous avons trouvé que ses pro-
duits ou revenus ne suffisent qu'à grand'peine, tant ils sont
modiques, à la subsistance des religieuses qui s'y emploient
au service de Dieu, et à celle de leurs frères, parce que la
communauté s'est accrue. Elle se compose en effet d'environ
180 personnes, lesquelles mènent une vie si petite et si aus-
tère, que, sauf le Carême, l'Avent et les autres temps de
jeûnes solennels, où elles usent de légumes et de potage (i),
elles se contentent le plus souvent, en temps ordinaire, de
pain et de vin à moins que leur pauvreté ne doive, par
événement, quelque allégeance aux aumônes ou largesses
des vivants et quelquefois aux legs de ceux qui ne sont plus.
Nous savons en outré par les anciens collecteurs de la décime
que les dites religieuses ont été totalement affranchies de
celle concédée au roi de France et au roi de Sicile, et à ce
sujet nous avons vu, sous le sceau de l'archevêque de Tours,
la copie d'une lettre du Vénérable Père Odon, évêque de
Tusculum, autrefois légat du Saint-Siège apostolique. »
Cette indigence n'était que relative. Constatons,
pour résumer et .compléter tout à la fois ce que
nous avons dit des libéralités dont le prieuré de la
Magdeleine fut l'objet, que, sans parler de rentes
(1) Comme on se contentait, en temps de jeûne, d'un seul repas, on
le faisait plus substantiel.

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