Histoire et politique, poésies, par Paul Ferry

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Souverain (Paris). 1849. In-16, VI-216 p..
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Publié le : lundi 1 janvier 1849
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HISTOIRE ET POLITIQUE
POÉSIES.
KAKCY,.IMP. HINZELIN ET Ce,
place du Marché, 67.
HISTOIRE ET POLITIQUE
2§><£>2§gO©
PAII
PAUL FERRY.
PARIS,
SOUVERAIN , LIBRAIRE, RUE DES BEAUX-ARTS , S.
1849.
Chez tous les peuples l'époque la plus favorable aux
arts et aux lettres a toujours été celle qui suivit les
grandes crises révolutionnaires qui ont agité et boule-
versé le globe.
Les esprits, trop longtemps absorbés par les gigan-
tesques luttes des partis, de la tribune et du forum, se
sont toujours plu à se reporter vers d'autres tableaux,
ou à revoir les scènes émouvantes et terribles, dont ils
avaient été spectateurs et acteurs, embellies des charmes
de la poésie.
VI PREFACE.
Après soixante années de bouleversements périodi-
ques , après un dernier ouragan qui a emporté les dé-
bris du trône et inauguré pour elle une ère nouvelle
et glorieuse, la France présente le spectacle que tour
à tour ont offert les nations civilisées : elle sent le
besoin de revenir au culte des arts, ces rois qui ne pas-
seront point.
Architecte inconnu, j'apporte une pierre à l'édifice
littéraire qui va se réédifier.
Les pages de ce volume, écrites avant et pendant le
cours des mémorables événements qui se sont déroulés
sous nos yeux, sont les aspirations et impressions d'une
âme jeune et ardente, animée d'un brûlant amour de
tout ce qui est grand et généreux, d'une haine pro-
fonde de tous les despotismes, et dont la devise sera
toujours ; Dieu, Patrie et Liberté.
LIVRE PREMIER
QUELQUES PAGES DE NOTRE HISTOIRE.
POÈME
EN QUATRE CHANTS.
CHANT PREMIER.
I.
Déjà, par ses exploits, dans la France affranchie
Le peuple avait détruit l'antique monarchie ;
Déjà son bras puissant au creuset de ses lois
Avait jeté la pourpre et le bandeau des rois ;
10 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Et de la Liberté les vaillantes armées,
Ces phalanges de fer par sa voix enflammées,
Avaient puni l'orgueil de plus d'un souverain
Et délivré les bords arrosés par le Rhin.
Imposants souvenirs! époque glorieuse!
L'aigle de Frédéric, un jour victorieuse *,
Loin de nos bataillons fuyait de toutes parts,
Le Piémont sïnclinait devant nos étendards,
L'Autriche à tous nos voeux soumettait sa puissance,
Et Rome obéissait aux ordres de la France.
En marchant sur les pas du moderne César
Qui devait enchaîner tant de rois à son char,
Nos soldats aguerris, phalanges immortelles,
Avaient osé braver les glaces éternelles
Qui hérissent les flancs des monts audacieux
Dont les sommets blanchis se perdent dans les cieux;
Et du vieux Saint-Bernard ayant franchi la crête,
Ils avaient à la France assuré la conquête
De cette terre antique où jadis les Gaulois
Avaient fait trembler Rome au bruit de leurs exploits :
Leurs fils volaient aussi de victoire en victoire;
Partout ils triomphaient : le livre de l'histoire
A l'immortel burin de la noble Clio
Offrait un feuillet d'or pour graver Marengo,
Combat qui retentit dans l'Italie entière,
Où Desaix termina sa trop courte carrière!
LIVRE PREMIER. il
II.
Couvert de ses lauriers moissonnés dans les camps,
Étouffant sous ses pieds les débris des volcans
D'où s'échappaient encor de vives étincelles
Qui rendaient à ses voeux quelques Français rebelles,
Des champs de Marengo l'héroïque vainqueur
Vint éblouir un peuple épris de sa valeur ;
Et le soldat enfin, montant au rang suprême,
Ceignit son noble front du puissant diadème
Que devaient écraser les peuples et les rois
Sur lesquels il pesa de son immense poids.
III.
Pour porter la terreur aux bords de la Tamise,
Pour tenir sous ses lois l'Angleterre soumise,
Le nouvel empereur, armant ses légions,
Des Bretons menaçait les froides régions.
Soudain le potentat qui tient les clefs du pôle
Abandonne des czars la sainte métropole ;
De ses fougueux guerriers vomis par les déserts
Déjà sur tous les points les chemins sont couverts;
Le pillage est l'espoir de ces hordes tartares :
Le perfide Autrichien s'unit à ces barbares,
12 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Et, par l'or des Anglais devenant leur vassal
Arrête des Français le projet colossal.
Ses soldats, menaçant notre heureuse patrie,
Au sein de la Bavière exercent leur furie,
Et semblent défier, dans leur projet hardi,
Le vainqueur d'Aboukir, d'Arcole et de Lodi.
Mais des Francs, dont l'armée effrayait l'Angleterre,
Bientôt sur le Danube éclate le tonnerre;
Des potentats ligués, sur ses rives en deuil,
Bientôt l'aigle a puni le téméraire orgueil :
Trente combats divers préparent leur défaite;
Et le champ d'Austerlitz a sonné la retraite.
En désordre, Alexandre au sein de ses états
S'éloigne, anéanti par le sort des combats ;
Et l'Autrichien soumis implore la clémence
De l'homme des Destins qu'outragea sa démence.
IV.
Après tant de hauts faits, de magiques exploits,
Quand Vienne du vainqueur eut reconnu les lois,
La Paix, en descendant de la voûte étoilée,
Allait régner enfin dans l'Europe ébranlée ;
Les peuples imploraient ce règne bienfaisant ;
Mais le funeste orgueil d'un despote puissant *
Vint l'exiler encore, et la vierge en alarmes
LIVRE PREMIER. 15
S'éloigna de nos bords en répandant des larmes.
Le démon des combats rouvre le champ de Mars,
Bellone a déployé ses sanglants étendards ;
Les foudres de la guerre au loin se font entendre;
A cet appel nos preux ne se font point attendre,
Et, fidèles au nom qu'Austerlitz leur donna,
Ils vont braver la mort sous les murs d'Iéna.
Dans les champs désolés de la riche Allemagne
La Victoire, en chantant, partout les accompagne;
Eylau, Fridland, Esling, gigantesques combats,
Jusqu'aux murs de Wagram ont signalé leurs pas ;
Et la Paix, qu'imploraient les peuples des deux mondes,
Par ces derniers exploits sortit du sein des ondes.
QUELQUES PAGES DE NOTRE HISTOIRE.
POÈME.
CHANT DEUXIEME.
Pour prix du sang versé par nos vaillants guerriers,
La France reposait à l'ombre des lauriers,
Et l'arbitre des rois, sans rallumer sa foudre,
Les voyait à ses pieds se courber dans la poudre ;
16 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Notre patrie enfin régnait sur l'univers ;
Sous le poids de sa gloire elle oubliait ses fers ;
Quand, sous le ciel du Nord, la moderne Carthage
Attire tout à coup un violent orage.
Les traités sont rompus; le hasard des combats
Va décider encor du destin des états :
La Paix s'enfuit des lieux où sa douce présence
Ramenait le bonheur, le calme et l'espérance ;
Et l'Europe alarmée en ces tristes moments
Semble encor s'agiter jusqu'en ses fondements.
Dans les camps revolez, combattants intrépides !
Armez encor vos bras, héros des Pyramides !
Le Scythe , de nouveau bravant votre courroux,
Sous son pôle glacé vient défier vos coups !
Allez, le tambour bat; allez aux Moscovites
Apprendre que pour vous il n'est point de limites ;
Que les héros du Nil sur le palais des czars
Peuvent aussi planter leurs brillants étendards !
En regrettant la paix la France se soulève ;
Le vainqueur de Wagram a ressaisi son glaive ;
Sur ses pas de géant cinq cents mille guerriers
Vont sous le ciel du Nord moissonner des lauriers.
L'écho, qui retentit du choc bruyant des armes,
Sur les bords du Niémen va semer les alarmes.
LIVRE PREMIER. 17
Comme de noirs torrents roulant dans les sillons,
On voit sur tous les points passer nos bataillons ;
La gloire les enflamme et l'aigle d'or les guide ;
Ils dévorent l'espace en leur élan rapide :
Comme une immense nef qui plane sur les mers,
Notre armée en son vol sembler fendre les airs.
Déjà, depuis vingt ans, ces terribles phalanges,
Dont la lyre a cent fois répété les louanges,
Ont bravé mille morts sous les cieux étrangers.,
Et leur voix chaque jour appelle les dangers.
Les voyez-vous passer comme en des jours de fêtes ? ,
Et demain le canon tonnera sur leurs têtes,
Leurs rangs par les boulets tomberont foudroyés !...
L'oeil croit voir à l'aspect des drapeaux déployés;
Les voiles d'un navire à l'immense carène
Qu'un vent impétueux dirige vers l'Ukraine.
Bientôt a retenti le signal des combats ;
Le Scythe vient enfin défier le trépas :
Sous les murs de Smolensk, que protège une armée,
L'airain tonne, et vomit, dans des flots de fumée,
Des bombes et du fer les éclats déchirants
Qui, tels qu'une hydre, vont dévorer mille rangs.
Le sang coule à grands flots ; un horrible carnage
Signale des guerriers l'indomptable courage ;
Le choc des bataillons faisant gémir les airs
A la voix de l'airain mêle d'affreux concerts....
1*
18 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Pressé de toutes parts, à la faveur des ombres,
Le Moscovite fuit loin des mornes décombres
De Smolensk ébranlé jusqu'en ses fondements ,
Et les Francs ont passé sur ses débris fumants.
Dans leur bouillante ardeur que Bellone dirige,
Ils vont du Champ-Sacré détruire le prestige * ,
Et, dépassant ainsi les murs de Paulowa,
Leurs yeux ont découvert les champs de Moscowa.
A ce moment encor, dans ces vastes contrées,
Les frimas dévorants de leurs blanches livrées
Ne couvraient point le sol où nos vaillants soldats
Passaient pour s'élancer à de nouveaux combats.
Un soleil radieux règne sur celte plage '
Où de nombreux exploits signalaient leur passage ;
A ses brillants rayons , comme un magique éclair,
Les armes, les cimiers étincellent dans l'air....
Et cependant un jour, image déplorable !
D'un peuple de héros désastre épouvantable !
Ces lieux où triomphants nos guerriers ont passé,
Couverts sur tous les points par un voile glacé,
Aux yeux n'offriront plus que le désert horrible ,
Gouffre où s'engloutira notre armée invincible ! ! !..
QUELQUES PAGES M NOTRE HISTOIRE.
POEME.
CHANT TROISIEME.
S2>&^ SEQ <S> © O <Ei *&& ^Q
•sSSJiStëee-
MOSCOWA ! nom célèbre aux pages que nos preux
Léguèrent à l'histoire, à nos derniers neveux,
Depuis ces jours sanglants, depuis ces jours d'orage
Où de ses fils la France invoquant le courage,
20 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Contre les défenseurs d'un pouvoir détesté,
Jeta son cri de guerre au cri de liberté ;
Depuis ces jours fameux où, plus prompts que la foudre,
Les fiers républicains jetèrent dans la poudre
Ce Brunswick, qui voulait, dans son farouche orgueil,
Faire du sol français un vaste champ de deuih;
Depuis ces jours de gloire où leurs pas gigantesques
Portèrent la terreur dans les sérails mauresques,
Où sur les monuments tombeaux des Pharaons
Leurs triomphantes mains burinèrent leurs noms ;
Jusques à ce moment de sanglante mémoire
Où Waterloo reçut leur dernier cri de gloire,
Où la Victoire en deuil, en son vol incertain,
Abandonna ses fils à la voix du Destin,
Après avoir, pendant leur immense carrière,
Protégé mille fois leurs pas et leur bannière ! !...
Le soleil d'Austerlitz se lève, et nos guerriers
Sous ses feux éclatants vont cueillir des lauriers ;
Déjà leurs fronts brunis que la fatigue oppresse
A l'appel du canon rayonnent d'allégresse.
Le signal est donné. La flamme, les éclairs
Sillonnent l'étendue, obscurcissent les airs.
SUT la ligne entière
Mille bataillons
LIVRE PREMIER.
21
Dans leur marche altière
Foulent les sillons ;
Le bronze qui tonne
Dans l'air qui résonne
Vomit sur les rangs
Ses feux dévorants,
Ainsi qu'un cratère
Déchirant ses flancs
Lance sur la terre
Ses brasiers brûlants.
Centaure intrépide
Au poitrail d'acier,
Dans son vol rapide,
L'épais cuirassier,
Ainsi qu'une bombe
Aux bonds égarés,
S^lève et retombe
Au sein des carrés.
Sa masse accablante
Dans ces rocs mouvants,
Dans ces murs vivants
Jette l'épouvante
Et sème la mort,
Qu'il brave, impassible,
Sous le feu terrible
22 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Des guerriers du Nord.
Sur les trois redoutes,
Sanglants boulevards,
Défendant les routes,
Couvrant les remparts
De la métropole
Reine de ce pôle,
L'archange du mal,
Au sein d'un nuage,
D'un affreux carnage
Donne le signal.
La mort en silence
Décime les rangs ;
Son fantôme immense
Plane sur les Francs ;
Leur masse s'élance ;
L'effroi les devance,
Et sur les canons
Mille exploits célèbres
Signalent leurs noms.
Enfin les ténèbres,
Ramenant la nuit,
Trompant leur audace,
Dérobent la trace
LIVRE PREMIER.
Du Scythe qui fuit.
Immortelle gloire !
Jour cher à Clio!
Des cris de victoire
Retentit l'écho....
Mais, douleur amère !
Plus d'un preux errant
Demande en pleurant
Son ami, son frère,
Parmi les mourants....
Tableaux déchirants !
Aux cris d'allégresse
Se mêlent, hélas!
Des cris de tristesse
Que l'on n'entend pas !.
Au retour du soleil nos cohortes vaillantes
Vers les murs de Moscou s'avançaient triomphantes.
QUELQUES PAGES DE NOTRE HISTOIRE,
POEME.
CHANT QUATRIÈME.
S2)diDPOE;ci.iSaiRjJ
Les dômes de Moscou, ses murs silencieux,
Des vainqueurs de Smolensk avaient frappé les yeux ;
Déjà leurs nobles coeurs s'ouvraient à l'espérance
D'oublier leurs périls et leur longue souffrance,
2
26 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Et surtout de braver sous un toit protecteur
D'un hiver menaçant l'inclémente rigueur.
Mais, hélas ! pour les Francs déception amère !
Leur espoir s'est éteint comme une ombre éphémère :
Cette riche cité, ces palais somptueux,
De décombres fumants sont un amas affreux.
Dans ce tableau d'horreur, l'oeil avec épouvante
De la destruction voit l'image effrayante ;
Tout s'embrase et s'écroule aux regards des vainqueurs,
Qui veulent, mais en vain, arrêter les fureurs
Du terrible élément brisant leur espérance,
Prélude des malheurs qui menaçaient la France.
Le géant dont un roc a reçu le tombeau,
Aux sinistres clartés de l'immense flambeau
Qui, rougissant le ciel de ses lueurs funèbres,
Dissipe de la nuit les épaisses ténèbres ,
Pour calmer la douleur des malheureux soldats ,
Et pour leur inspirer un espoir qu'il n'a pas,
Parcourt les rangs confus de sa nombreuse armée :
Dans de sombres pensers son âme est abîmée
En consolant ses preux dont les yeux assombris
Errent sur tous les points pour trouver des abris ;
Mais il dit, et soudain le feu de sa parole
A ranimé les coeurs dont il était l'idole,
LIVRE PREMIER.
27
Seul lieu propice encore à prendre du repos,
Un toit couvert de chaume a reçu le héros ;
Les demeures des czars, les palais, sa conquête,
De leurs riches lambris n'abritent point sa tête;
Pour trône impérial l'homme prédestiné
N'a plus, en ce moment, qu'un toit abandonné.
Il est seul ; au dehors son élite guerrière
Dans le sein de la nuit veille sur la chaumière :
Il a rêvé longtemps à quelque grand dessein ;
Enfin son front pensif s'est courbé sur son sein ;
Le sommeil de son aile a touché sa paupière.
Tout à coup, près de lui, des torrents de lumière
Surgissent, et soudain, en s'élançant des cieux ,
Une vierge immortelle apparaît à ses yeux.
Des fers chargent les mains de cette auguste idole;
Mais sur son noble front rayonne une auréole ,
Et son regard céleste, empreint de majesté,
Décèle sa grandeur et son nom redouté
Des tyrans , dont la race odieuse et féconde
Par le glaive homicide ensanglanta le monde.
A cette vision sous un dôme de feu ,
Un insolite effroi frappe le demi-dieu ;
Sa bouche veut en vain combattre cet empire,
La parole en naissant sur ses lèvres expire :
Il avait reconnu celle qu'il exila,
28 HISTOIRE ET POLITIQUE.
La sainte Liberté! dont le front se voila
/ Quand le soldat, portant la main sur la couronne,
Passa de son pavois sur les degrés d'un trône.
L'ardente déité domine le héros,
Et du lieu le silence est troublé par ces mots :
» Mon nom fut prononcé dans les murs de Lutèce ;
» Ce nom qu'avaient chéri l'Italie et la Grèce
» Le fut par un peuple opprimé ;
» Dans ses mains de géant il fit gronder la foudre ;
» Un trône vermoulu s'écroula dans la poudre,
J> Et mon règne fut proclamé.
» Quatre lustres à peine, en leur courte carrière,
» Ont étendu leur voile, ont jeté leur poussière
» Sur ces jours de gloire et de deuil;
» Et le mortel qui m'aime avec idolâtrie,
» Quand tu roules ton char dans l'Europe flétrie,
» De moi ne trouve qu'un cercueil.
» Au milieu de mes jours de triomphe et d'orage,
» Un soldat, que la mer vomit sur le rivage,
» Grandit en défendant ma loi;
» De lauriers immortels il ceignit ma couronne ;
» Mais, trahissant ma cause, il releva le trône...
» Tu le sais, ce soldat, c'est toi!
LIVRE PREMIER. 29
» Hélas ! je fus vingt fois éperdue et mourante
» Avant que des Français la nation géante
» Se courbât sous ton pied vainqueur :
» En souillant mon drapeau de leur guerre intestine,
» Bien des traîtres, sans doute, ont hâté ma ruine;
» Mais toi seul m'as frappée au coeur !
» Tu pouvais, dédaignant le poids d'un diadème,
» Me sauver, t'élever au-dessus de toi-même ,
» Etre le plus grands des mortels !
« Mais ton ambition obscurcissant ta gloire,
« Au despotisme assis sur un char de victoire
» Tu fis redresser des autels!
» Si tu dotas Clio des noms de cent batailles,
» Plus d'une mère en deuil pleure les funérailles
• Des fils arrachés de ses bras!
« Le sang a cimenté ta puissance usurpée ;
» Les rois n'ont pu briser ton invincible épée,
» Mais crains l'approche des frimas!...
» Sur tes preux affaiblis crains de les voir s'abattre ,
» Ces nouveaux ennemis qu'ils ne pourront combattre
» Sur les ruines du Kremlin !
» Redoute les efforts de l'Europe outragée :
» Quand un astre éclatant touche à son apogée ,
» Bientôt commence son déclin !...
50 HISTOIRE ET POLITIQUE.
» Soldat audacieux ! ainsi qu'un météore,
» Sur le monde ébranlé tu brilleras encore
» Avant de descendre au cercueil ;
» Mais jamais sans péril un tyran ne me brave :
» Tu détruisis mon règne, et tu mourras esclave ,
» Victime de ton fol orgueil ! !... »
Elle dit; à ces mots une main souveraine
Burina dans les cieux : — WATERLOO ! SAINTE-HÉLÈNE ! ! !
!E PASSÉ.
I.
Que voulez-vous de moi, spectres aux blancs suaires?
Faut-il porter pour vous ma prière aux autels ?
De sacrilèges mains, de coupables mortels
Troublent-il9 votre cendre au sein des ossuaires ?
52 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Pourquoi présentez-vous à mes doigts sans vigueur
Cette lyre aujourd'hui muette,
Et qui fut autrefois le fidèle interprète
Des nobles sentiments qui remplissent mon coeur ?
Dois-je encore exalter le nom de la patrie ?
Dois-je encor célébrer la gloire de ses fils,
Et suivre dans les camps leur phalange aguerrie
Des plaines du Batave aux remparts de Memphis?
Ah ! plutôt de ces jours où, peuples de victimes,
Vous gémissiez, livrés en proie aux oppresseurs,
Dois-je stigmatiser les innombrables crimes,
Et faire retentir le cri de vos douleurs?
Oui, je vous ai compris ! cette tâche m'est chère !
Aux malheurs, aux vertus mon luth est consacré ;
Pour flétrir les tyrans, pour consoler la terre,
Ses cordes toujours ont vibré !
II.
Que recèlent tes flancs sous leur poudre éternelle,
Abîme ténébreux où tout va s'engloutir?
Frappe les nations de ta voix solennelle,
De tes enseignements éclaire l'Avenir !
LIVRE PREMIER.
Passé! sombre chaos aux entrailles profondes ,-
Que tu couvres de sang, de larmes et de deuil,
Tristes fruits des fléaux qui dévorent les mondes :
L'ignorance et l'orgueil !
III.
Quel est, présidant aux batailles,
Cet homme à l'oeil impérieux,
Qui par d'immenses funérailles
Signale ses pas en tous lieux?
C'est un Attila dont la rage
Passe pour sublime courage
Aux yeux des flatteurs de son rang ;
C'est ce qu'admire le vulgaire,
C'est un oppresseur de la terre ,
C'est ce qu'on nomme un conquérant!
Il règne par droit de victoire,
Et ses exécrables forfaits
Seront peut-être dans l'histoire
Parés du titre de hauts faits !
Telles sont les leçons perfides
Et les exemples homicides
Que l'on donne aux enfants des rois :
Les peuples, à leurs yeux débiles ,
HISTOIRE ET POLITIQUE.
Ne sont que des troupeaux dociles
Par le ciel voués à leurs lois !
IV.
Dans les siècles où l'ignorance
Étendait ses voiles épais,
Que nous offrent, ô noble France,
Tes fastes de guerre et de paix ?
Entrant dans une nouvelle ère,
Tes fils quelquefois en arrière
Tournent leurs yeux irrésolus ;
Dis-nous quels étaient de nos pères
Et les malheurs et les misères
Dans ces siècles qui ne sont plus.
Qui surgit du sein des ténèbres
Qui couvrent nos premiers destins,
Et porte ses armes célèbres
De la Baltique aux champs romains?
C'est toi qui de la Germanie
Domptas le sauvage génie;
C'est toi, petit-fils de Martel,
Toi qui dans l'éternelle ville
Fondas sur la tombe d'Emile
Un trône au ministre du ciel !
LIVRE PREMIER.
Du sceptre usurpé sur la race
D'où sortirent nos premiers rois,
Par ton génie et ton audace,
Tu fis sanctifier les droits.
Ta gloire grandissait la France :
Ainsi qu'aux jours de sa puissance
Ce soldat empereur et roi,
Qui, tenant nos mains enchaînées ,
Dans ses modernes destinées
Nous fit reculer jusqu'à toi.
De la royauté populaire
Tu fus le type glorieux ,
Et l'on s'inclinait sans colère
Devant ton bras victorieux :
Des vestiges de barbarie
Tu. purifiais la patrie ;
Tu prévoyais un nouveau jour ;
Tu prévoyais, sage pilote,
Qu'après le règne du despote
Celui du peuple aurait son tour.
Mais au trône de ton empire
Quels sont, hélas"! tes successeurs?
Des princes en proie au délire,
Des rois fainéants, oppresseurs !
56 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Leur lâche et coupable indolence
Laisse à côté de leur puissance
S'élever un pouvoir rival :
C'est à l'ombre de leurs couronnes
Qu'on bâtit les vastes colonnes
De l'édifice féodal.
En proie à ce fléau terrible,
Sur les cités et les hameaux,
Au sein de tout foyer paisible,
Vont se déchaîner mille maux.
Les grands-vassaux, soumis naguères,
Vont livrer de sanglantes guerres
A leurs indignes souverains :
Partout la discorde s'élève ;
Partout les bras s'arment du glaive;
Partout le sang rougit les mains !
V.
Hélas ! sur notre rivage,
Heureux et libre autrefois,
Renaît l'antique esclavage;
Le faible n'a plus de droits :
Sous cet odieux servage,
Du paternel héritage
LIVRE PREMIER. 57
Le fils se voit dépouillé;
L'épouse, les yeux en larmes,
Et voilant en vain ses charmes,
Entre dans un lit souillé !
Et ce régime d'outrages,
Ces effroyables excès,
Traversant le cours des âges,
Désolent les champs français!
En vain plus d'un nom illustre
Donnait encor quelque lustre
A la couronne des rois ;
Leurs cruautés, leur mollesse,
Leurs forfaits et leur bassesse
Faisaient détester leurs lois.
D'une glorieuse tige
Rejetons dégénérés,
En vain d'un dernier prestige
Leurs noms étaient entourés :
De leurs royales tourelles,
Les Seigneurs, sujets rebelles,
Humiliaient leur orgueil ;
Et dans ces jours de misères
Il ne restait à nos pères
Que les larmes et le deuil.
58 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Mais, écrasant l'édifice
De la féodalité,
Sur l'autel de la justice
Apparaît la Liberté:
A sa grande voix tout tombe ;
Le despotisme succombe;
Le peuple brise ses fers ;
Et son règne qui commence
Donne d'une lutte immense
Le signal à l'univers.
Deux fois, terrible naufrage,
Le trône, sous ses lambris,
Fut emporté par l'orage
Qui dispersa ses débris....
Le peuple, éteignant la foudre,
Doit-il sortir de la poudre
Les ruines du Passé ?
Doit-il renier sa gloire
Et repousser sa victoire
En s'avouant insensé ?
Devons-nous de nos conquêtes
Faire le lâche abandon,
Et courbant encor nos tètes
Aux rois demander pardon?
LIVRE PREMIER. 59
Réveillant notre mémoire,
Réponds, Passé, sombre histoire!
Déchire ton voile épais !
Sous la royauté bannie,
Dans une heureuse harmonie,
Goûtait-on bonheur et paix?
Que recèlent tes flancs sous leur poudre éternelle,
Abîme ténébreux où tout va s'engloutir ?
Frappe les nations de ta voix solennelle,
De tes enseignements éclaire l'Avenir !
1848.
L'AVENIR.
Telle cette fleur, plante égayant le jeune âge,
Qui, spectacle bizarre offert sur les sillons,
Du disque du soleil imitant les rayons,
Se tourne incessamment vers sa brillante image ;
2*
i2 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Telle, rêvant des jours et des destins meilleurs,
Et du sein de l'ivresse et des maux de ce monde, -
De l'homme la pensée errante et vagabonde
Se tourne vers un phare aux obscures lueurs.
Ce phare est l'Avenir, que des voiles sans nombre,'
De leurs replis mystérieux
•Entourant sa vaste pénombre,
Dérobent aux profanes yeux :
En vain les esprits en démence
Veulent franchir le vague immense
Qu'un suprême pouvoir mit entre nous et lui ;
Bravant ces faibles yeux qui brûlent de l'étreindre,
Dans son éternité que rien ne peut atteindre,
Il se dérobe ainsi qu'un jour qui nous a fui.
Cependant, en ces temps antiques
Où l'esprit du Seigneur enflammait Ezéchiel,
Saints échos des voûtes du ciel,
Des harpes, des voix prophétiques
Ont retenti dans Israël.
Éclairant de la nuit l'obscurité profonde,
Ces pilotes jetés sur la nef du vieux monde
Lui présageaient l'écueil :
Au nom de Jéhovah, par leur parole austère,
LIVRE PREMIER. , 45
Des princes de la terre
Ils abaissaient l'orgueil.
Mais leurs accents sacrés se sont tus : des ruines
Couvrent les monts et les collines
Où le ciel à Moïse avait dicté ses lois :
Un silence de mort règne dans ces vallées
Qui ne sont plus troublées
Par sa puissante voix.
Leurs échos sont muets ; plus rien ne nous révèle
Des éternels moteurs la sentence éternelle ;
Vers un but ignoré vont nos pas incertains.
Plus de puissant oracle; et dans ma rêverie,
Sur l'avenir du monde et de notre patrie,
J'interroge en vain les Destins.
» Vastes cieux ! exaucez mon ardente prière ;
« A mon regard trop faible apportez la lumière
» Dont vous avez frappé les yeux de vos élus !
" Autrefois , Dieu puissant, tu parlais à la terre ;
« Aujourd'hui, ce n'est plus que la voix du tonnerre
» Qui parle.aux mortels éperdus!
». Annonce-t-elle ta colère,
» Cette voix qui résonne: au haut du firmament ?
Ai HISTOIRE ET POLITIQUE.
» Vas-tu frapper cet hémisphère
» Et punir notre égarement?...
» Hélas ! si les vertus aux vices ont fait place,
« Et si notre coupable race
» Longtemps caressa des erreurs,
» Si tes fils égarés ont pu te méconnaître,
» Aux vertus ils peuvent renaître :
» L'oppression, le doute avaient flétri leurs coeurs !
» Les fétiches, les dieux frivoles
» Tombent chaque jour sous leur main ;
» Le culte honteux des idoles
» Cessera peut-être demain.
» Les rois, qui pour régner ont usurpé la foudre,
» Vainement aujourd'hui veulent se faire absoudre...
» Ah ! loin de nous frapper de ses terribles coups,
« Cette gerbe de feu qui brille sur nos tètes,
» Des peuples sur ces rois célébrant les conquêtes,
« Vient signaler contre eux ton fulminant courroux!
» La Liberté, ta fille , a conspiré la chute
» Du dernier trône des tyrans,
» Et les peuples, Seigneur, dans cette grande lutte,
» Sous son ombre ont pressé leurs rangs.
n Guides-tu leurs bras et leurs armes ?
» Après ces mortelles alarmes
LIVRE PREMIER. 45
» Tous leurs maux seront-ils finis ?
« A-t-elle enfin sonné, l'heure de la justice?
» Protèges-tu leurs pas dans cette sainte lice ?
» Leurs étendards sacrés par toi sont-ils bénis ?
» Parle ! parle ! ma voix t'implore ;
» Le doute consume et dévore ;
» D'un jour nouveau pour moi viens éclairer mes yeux !
» T'invoquer ne peut être un crime;
» Je crois, Seigneur, la foi m'anime :
» Patrie, honneur, vertus après toi sont mes dieux!...,»
Ainsi, dans un délire étrange,
Ma voix s'exhalait dans les airs....
Autour de moi soudain tout change
Sous un vaste réseau d'éclairs....
Mon âme prend un nouvel être,
Un feu tout divin me pénètre;
Sous moi la terre fuit avec rapidité....
Je vole et plane dans l'espace,
Et du globe, confuse masse,
A mes yeux toute la surface
N'est qu'un point dans l'immensité....
« Le ciel exauce ta prière ;
» Ouvre ta débile paupière,
» Regarde, audacieux mortel!
40 HISTOIRE ET POLITIQUE.
» Devance le cours des années,
» Vois quelles sont les destinées
» Que vous réserve l'Éternel! »
Résonnant au sein de la nue,
Une voix sonore, inconnue,
Avait fait entendre ces mots ;
El des nations assemblées
Jusqu'à mes oreilles troublées
S'élevaient de lointains échos.
Ces échos, qui de l'hémisphère
S'élevaient jusqu'au sein des cieux,
Criaient oppression, misère,
Déceptions, joug odieux....
De bien rares cris d'allégresse
Aux cris de l'humaine détresse
Se mêlaient comme un bruit fatal,
Et dans la douleur unanime
Semblaient être au fond de l'abîme
Le rire de l'être infernal.
« Juste Dieu! que vois-je et qu'entends-je?..
» Sur les enfants infortunés
» De maux quel funeste mélange
» Et quels fléaux sont déchaînés!...
LIVRE PREMIER. 47
» Sont-ce là les destins propices
» Que par les plus grands sacrifices
»• De grands peuples ont achetés?
» Envers toi furent-ils coupables ?
» Les malheurs dont tu les accables,
» Seigneur, les ont-ils mérités?
La voix qui tonnait dans la nue
Reprit: — « Trop aveugle mortel,
» Sur sa justice méconnue
» Tremble d'interroger le ciel !
H Le divin Martyr du Calvaire
» But aussi dans la coupe amère
» De vos maux qu'il a partagés :
» Il est bon, équitable et juste;
» Sur vous s'étend son bras auguste;
» Regarde : les temps sont changés. «
Soudain dans les airs qui gémissent
Sous le vaste dôme des cieux
De nouveaux échos retentissent
Comme des sons harmonieux.
Dieu ! ce n'est plus le cri des larmes,
Du désespoir et des alarmes :
C'est un cantique universel;
Et cet hymne de la nature
HISTOIRE ET POLITIQUE.
S'élève comme un doux murmure
Jusqu'au trône de l'Éternel !
Des générations futures
Mes yeux embrassent le tableau :
Des despotes et des parjures
S'est évanoui le drapeau;
Aux vertus des temples s'élèvent;
Plus d'idoles ne se relèvent;
Partout règne la Liberté ;
Et du monde, peuple de frères,
S'unissent les deux hémisphères
Au saint nom de l'humanité!
Mais, couvrant d'un voile
Tout ce que dévoile
Un jour radieux,
Moteur d'un orage,
Quel sombre nuage
Aveugle mes yeux ?
La nue enflammée
Semble être une armée
Que le fer détruit ;
L'éclair m'enveloppe ;
De la vieille Europe
S'éteint l'heureux bruit....
LIVRE PREMIER. 49
Au sein de l'espace,
Où tout fuit et passe
Devant mon regard,
Un esprit m'entraîne :
Comme dans la plaine,
Quand le vent déchaîne
Sa bruyante haleine,
Son souffle hagard,
La feuille arrachée
Aux dômes des bois
Vole desséchée
Sans but et sans lois.
Du cri des tempêtes
Sous leurs noires têtes
Les airs ont gémi,
Mon coeur a frémi ;
La voix du tonnerre
Épouvante, atterre
Mon front chancelant,
El mon pied tremblant
A heurté la terre....
Et dans les souvenirs confus
Qui sont gravés en traits de flamme
Au sanctuaire de mon âme
5
50 HISTOIRE ET POLITIQUE. LIVRE PREMIER.
Mes pensers restent confondus ;
Et mon regard ardent s'attache vers les nues,
Vers les régions inconnues
Où mon esprit s'est élevé;
Et je m'écrie en mon délire :
« L'ai-je vu, l'ai-je vu, ce qu'a tracé ma lyre ?
» L'ai-je entendu?... l'ai-je rêvé?.
1848.
IIVRE DEUXIEME.
m PROSCRIT.
i.
LÉ VALLON D'A*****.
Dans les riants sentiers d'une vaste prairie
Que serpente en son cours un paisible ruisseau
Je promenais ma rêverie
Et gagnais à pas lents le chemin d'un hameau.
84 HISTOIRE ET POLITIQUE.
Non loin de moi marchait un homme jeune encore,
Mais dont les traits flétris par la douleur
Annonçaient un mortel qui depuis son aurore
Avait été frappé par la main du malheur.
A cette heure du jour la voix de Philomèle
Troublait de ses concerts
Le silence des airs;
Et l'oiseau fidèle
Qui fuit les frimas,
Que dans nos climats
Le printemps rappelle,
Par ses chants d'amour
Célébrait ses plaisirs et chantait son retour.
Du ruisseau s'échappant de sa limpide source
Le murmure produit par sa rapide course
Achevait de répandre en ces champêtres lieux
Un charme séducteur, qu'un riant paysage
Et qu'un ciel sans nuage
Venaient doubler encore en captivant les yeux.
L'infortuné toujours cheminait en silence ;
Mais l'aspect de ces lieux paraissait le charmer ;
Ces lieux semblaient lui faire oublier sa souffrance,
Et son triste regard parut se ranimer.
LIVRE DEUXIÈME. 65
Une larme soudain vint mouiller sa paupière,
Une larme donnée à quelque souvenir ;
Puis sa voix murmura cette ardente prière
Qu'apporta jusqu'à moi le souffle du zéphir :
« 0 Dieu dont la main bienfaisante
» Fait luire dans mon coeur
n Un rayon de bonheur,
» Entends ma voix reconnaissante
n Qui s'élève pour te bénir !
n Et vous, beaux lieux de ma naissance,
» Dont j'ai tant regretté l'absence,
» Recueillez mon dernier soupir.
» 0 France! ô ma patrie!
» Toi dont le souvenir
» A mon âme flétrie
» Venait toujours s'offrirj
» Après plus de quinze ans d'exil et de souffrance,
» Enfin je te revois!... O mon Dieu, sois béni!
» Tu combles en ce jour ma plus chère espérance;
» Mes maux sont oubliés, mon exil est fini !... n
Puis, d'un accent plus doux, il dit avec tristesse,
En entendant les doux concerts
Du chantre ennemi des hivers :
56 HISTOIRE ET POLITIQUE.
« Du vallon enchanteur si cher à ma jeunesse
n Les frimas viennent te bannir ;
» Mais, plus heureux que moi, dans ces riantes plaines,
n En oubliant tes peines,
« Tu reviens pour aimer, j'y reviens pour mourir!
En prononçant ces mots l'infortuné chancelle,
Brisé par le poids de ses maux,
Et tombe, en proie à sa douleur mortelle,
Aux pieds de deux jeunes ormeaux.
Je m'approchai de lui ; ma main d'abord tremblante
Pressa la sienne avec effroi :
Elle était froide et défaillante...
Mais il rouvrit les yeux, et les fixant sur moi :
« 0 vous qui semblez prendre en pitié ma misère,
Dit-il d'un accent douloureux,
» Votre coeur me paraît généreux et sincère ;
n Hélas! ainsi que moi, vous serez malheureux! »
Vous souffrez ? « Ce n'est rien, rien qu'un peu de faiblesse
» Qui va se dissiper par un léger effort ;
» Mais daignez'.'soutenir mes pas faibles encor
» De ce lieu, dont l'aspect m'oppresse ,
» Jusques à ce banc de gazon
n D'où l'oeil peut découvrir les bois et le vallon ;
» Là j'attendrai que ma force renaisse. »

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