Histoire impartiale des événements arrivés à Nismes en 1790 jusqu'en 1815, ou Réponse à l'article inséré dans le journal "l'Aristarque français", par M. Louis, Vte de Perrochel...

De
Publié par

Gaude fils (Nismes). 1815. In-8° , 140 p..
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1815
Lecture(s) : 7
Source : BnF/Gallica
Nombre de pages : 138
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

HISTOIRE
IMPARTIALE
DES ÉVÉNEMENS ARRIVÉS A NISMES EN 1790
JUSQU'EN 1815
ou
RÉPONSE
A L'ARTICLE INSÉRÉ DANS LE JOURNAL L'ARISTARQUE
FRANÇAIS
Par M. Louis VICOMTE DE PERROCHEL,
ancien chevalier de l'ordre royal et militaire
de Saint-Louis.
A NISMES,
CHEZ GAUDE FILS, IMPRIMEUR-LIBRAIRE, GRAND RUE
1815.
EXTRAIT
DE L'ARISTARQUE FRANÇAIS ,
Du 31 juillet 1815
LORSQUE , dans l'un de nos derniers articles, nous
rendions grâces au Roi des bienfaits qu'il accordait
à sou peuple, , en annulant les pouvoirs des commis-
saires extraordinaires , nous étions loin d'en sentir en-
core toute l'étendue , tonte la sagesse. Ensanglantée ,
livrée aux pillages, aux excès de tous les genres , la
ville de Nismes élève la voix pour accuser l'abus de la
délégation des pouvoirs. Si elle fut entraînée avec la
France dans terreur qui nous a livrés quatre mois au
Corse, dès long-temps ferme dans sa haine pour lui,
elle ne l'a reconnu que pour se faire un appui contre
lés furieux qui pendant dix mois , au nom du Roi ,
en outrageant Sa Majesté, ses principes et sa volonté ,
ont menacé de tous les excès les citoyens de la religion
reformée
Dans le département du Gard , dès l'origine de nos
troubles civils , les opinions politiques se formèrent
Suivant la différence des cultes religieux. Dès 1790,
le sang y coula ; mais la paix publique reparut bientôt ,
et la puissance resta aux protestans.
Exclus en 1789 de toutes les carrières publiques ,
et n'ayant point d'existence politique , ils se livraient
en général au commerce. La révocation de l'édit de
Nantes avait transplanté dans des contrées lointaines
les branches de notre industrie. Mais , avec le repos
et la tolérance , une nouvelle activité s'était réveillée,
et de grandes richesses , fruit du commerce , étaient
dans les mains des religionnaires ; par principe, puisque
le second de leurs préceptes religieux est de rendre
à César ce qui appartient à César ; par besoin , tous
ils étaient propriétaires. Les protestans auraient été ce
qu'on appelait alors aristocrates , ils ne le purent pas.
Forcés d'opter entre la crainte d'être opprimés et la
cause de la révolution , presque tous ils embrassèrent
le système des idées libérales.
. Mais le danger de ce système fut modifié par l'in-
fluence de la fortune , toujours compromise dans les
mouvemens populaires. Persécutés sans être jamais
persécuteurs , victimes en 1793 sans être réacteurs
en 1794 , les protestans étaient dans le Gard les
dépositaires de l'autorité publique ; mais justes , même
dans le besoin qu'ils avaient de la conserver , ils ap-
pelèrent concurremment avec eux aux magistratures les
plus sages du parti catholique. Tous les gouvernemens
qui se sont succédés , ont adopté ce système. Une
heureuse harmonie paraissait rétablie ; la paix régnait
depuis vingt ans j le clergé catholique s'honorait, en.
entretenant une confiance réciproque , lorsque le retour
de l'auguste famille des Bourbons a servi de prétexte
à de nouveaux troubles. Vainement les couleurs royales
ont été adoptées à l'unanimité; des haines que l'on croyait
éteintes , se sont réveillées plus fortes que jamais ; la
religion a servi derechef de prétexte pour attaquer et
déplacer les fonctionnaires. La sagesse du Roi ne laissa
pas cependant fléchir la balance. Les magistrats pro-
testans qui honoraient leurs fonctions, furent maintenus,
et on leur associa les gens les plus recommandables
dans le parti contraire.
Comment , avec un pareil système de sagesse,
voyons-nous maintenant la réalisation de toutes les
craintes du parti protestant i
Nous n'hésitons pas à le dire : c'est qu'on a laissé
impunie l'audace de quelques artisans obscurs de dis-
cordes , dont les cris frénétiques proscrivaient sans me-
sures , et que la marche des ministres du Roi, pen-
dant le cours de 1814 a été tellement faible , qu'on
a cru avoir tout à redouter. Cependant , lors de la
dernière entreprise de Napoléon, le duc d'Angoulême
a vu s'enrôler sous ses drapeaux les fils des premières
familles protestantes , et ce fut presque en totalité par
eux que fut rempli l'emprunt royal. Si les troupes de
ligne, les généraux retirés dans le Gard , opérèrent la
contre-révolution napoléonienne, le département et la
ville presqu'en entier y restèrent étrangers, et les fonc-
tionnaires ne furent point persécutés.
Au commencement de juillet , les revers de l'armée
firent concevoir aux amis de la cause royale la possi-
bilité de rendre le Gard au maître légitimé. Les villes
voisines du Rhône arborèrent la cocarde blanche, tandis
que le chef-lieu du département resta soumis à l'action
directe des administrateurs et des généraux. Un commis-
saire du Roi , nommé par S. A. R. le duc d'Angbulême,
forma une armée , en donna le commandement à un
maréchal-de-camp, né dans le département, substitua au
préfet un préfet de son choix , et nomma un commis-
saire général de police.
Le choc des partis était inévitable, lorsque, le 5
juillet, des envoyés du conseil municipal de la ville,de
Nismes conclurent , avec le commissaire extraordinaire
et le général un armistice sur parole d'honneur par
lequel les deux partis rentrèrent dans leurs territoires
respectifs, en spécifiant que le sort de la capitale rê-
glerait celui du département du Gard et de la ville de
Nismes en particulier.
Pendant le cours de cet armistice, les maisons des reli-
gionnaires et bientôt celles des catholiques furent pillées
par les gens qui menaçaient la ville de Nismes. Le 15 au
soir, on y reçut l'avis de la rentrée du Roi dans sa ca-
pitale. Le 16 au matin , le drapeau blanc fut arboré una-
nimement sur les édifices publics et particuliers la jour-
née paraissait devoir s'écouler sans troubles, lorsqu'à
cinq heures du soir guelques troupes ennemies entrèrent
dans la ville ; par un mal-entendu , une partie de la garde
urbaine remît ses armes. La garnison fut insultée, som-
mée de livrer son artillerie; des coups de fusil furent
échangés ; les étrangers repousses, auxquels se joignirent
alors des malveillans intérieurs, s'emparèrent des clochers ;
Je tocsin sonna , fut répété dans toutes les campagnes :
dès deux heures du matin, six à huit mille hommes oc-
cupèrent Nismes. La garnison sommée derechef capi-
tula ,livra ses armés et ne fut pas respectée. Le pillage
alors commença par, la maison du banquier Vincens-
Mourgues, dont le fils avait servi sous S. A. R.; il .con-
tinua le 17, 18, 19, 20, 21; faiblit le 22; paraissait
arrêté le 23 lorque la détonnation d'un baril de poudre
qui fit crouler quelques voûtes des casernes fut imputé à
trahison et ranima les fureurs. Les pertes supportées par
les protestans sont grandes ; quelques maisons sont
démolies et le pillage à été organisé sur des bases régu-
lières, On a dit que les chefs affligés n'avaient rien pu j
nous aimons à le croire, mais dés renseinemens nous
forcent à en douter.
De quel profond regret ne doivent-ils pas être pézé-
très, si un commissaire du Roi, si un officier général
n'avaient point cherché à presser un mouvement qui de-
vait s'opérer naturellement : tant d'infortunés, coupables
du seul crime d'être protestans, élèveraient-ils la voix
pour les accuser de la perte de leurs fortunes et de la
perte de la cité.
C'est aux cris de vive le Roi que le sang a coulé !
C'est au nom du Roi qu'un commissaire de police or-
donne, sous peine d'être considéré comme émigré, aux
malheureux qui, après avoir tout perdu, ont cherché à
sauver leur vie, de rentrer dans leurs foyers sous qua-
rante-huit heures. La proscription sera-t-elle la suite du
pillage ?
Que dire du nouveau préfet institué, qui écrit au ministre
de l'intérieur «qu'il apprend et qu'il s'étonne de la nomi-
» nation d'un préfet du Gard; ses services et ses dangers
» lui assurant cette place qu'il n'abandonnera que sur de
» nouveaux ordres. » Ah ! s'il est juste, s'il est beau de
porter jusqu'à l'exagération l'amour du Roi, n'est-ce pas
le trahir que de lui aliéner les coeurs , que de troubler
la paix publique , que d'autoriser le meurtre et le vol en
son nom ?
Désormais, condamnés aux douleurs, pour ne pas dire
aux remords , comment les agens principaux des: scènes
de Nismes supporteront-ils la présence de leurs conci-
VIII
toyens au milieu desquels ils doivent vivre ? pèuvent-ils
se dissimuler que si, épouvantés et fugitifs, les riches;
fabricans de Nismes cessent de fournir aux travaux de
la • classe manufacturière, ils seront poursuivis par les
fureurs de cette même multitude qu'ils ont mise en mou-
vement
Peuvent-ils se dissimuler que, lorsqu'il n'y a pas de
troubles publics , c'est être coupable de haute-trahison
que de les faire naître ?
Peuvent-ils se dissimuler que le sort de la ville de
Nismes et celui du département était réglé par une.
capitulation militaire
Peuvent-ils se dissimuler que le drapeau blanc avait
été arboré sans contradiction?
Peuvent-ils se dissimuler que le sang des soldats a été
versé au mépris d'une convention de guerre ? qu'ils sont
responsables de toute l'exagération que peut prêter à
l'armée un pareil abus de la victoire ?
Peuvent-ils, enfin, se dissimuler que les malheurs ar-
rivés ont tous été prévus; qu'il était possible de les ar-
rêter, si les plus légères précautions eussent été prises.
S'il n'avoit point existé de commissaire extraordinaire,
l'autorité du Roi aurait été reconnue sans secousses dans
le Gard.
Au milieu des plus profondes douleurs, c'est au Roi
que se rallient toutes les espérances ; c'est au plus clé-
ment, au plus juste des Princes que se révèlent par des
pleurs l'amour, le respect et la confiance qu'il inspire.
Ah ! que sa bienfaisante ordonnance n'a-t-elle arraché
plutôt le pouvoir des mains inhabiles qui en ont abusé !
N'avons-nous pas assez des maux de la guerre, sans y
joindre les fureurs de la guerre civile ?
Puissent les bontés de S. M.,, en arrêtant le cours des
malheurs de la ville de Nismes, en consoler les infortunes
habitans. Que nous regrettons le triste avantage de prouver
la sagesse du Roi, par le tableau des maux qu'elle vou-
lait prévenir ! Plus que jamais répétons : rattachons-nous
au Prince qui se place entre nous et tous les excès, qui
seul peut nous sauver, et de nous-mêmes et du joug
étranger.
RÉFUTATION
D'un article sur les événemens passés dans le
département du Gard, inséré dans un Journal
intitulé l'ARISTARQUE FRANÇAIS.
Impartialité , vérité.
VOILA ma devise, celle que je crois avoir
le droit de prendre comme étranger dans le
département du Gard, et ne l'habitant que
par circonstance , et pour des affaires de
fatmlje. J'y suis peu connu, j'y vis assez
retiré, j'y vois des hommes trè-probes ,
très-honnêtes, de toutes les opinions et
de tous les cultes.
Je suis donc sans haine et sans passions.»
je ne suis d'aucun parti religieux, je suis
tout simplement royaliste, mais vrai roya-
liste ,c'est-à-dire, que je n'éloigne personne,
ni par paroles , ni par actions , de l'amour
que chaque français doit au Roi et aux
Membres de son auguste Famille ; mais ,
au contraire, que je m'efforce de détruire,
(12)
chez les uns, les fausses impressions qu'ils ont
reçues , dans le cours de la révolution, sur
les descendans de St.-Louis et d'Henri IV,
et de les ramener à ces sentimens d'amour,
d'attachement et de fidélité envers nos sou-
verains légitimes ; sentimens qui ( avant la
révolution ) distinguaient, d'entre toutes les
nations , la nation française.
C'est également , chez les antres, que je
m'élève sur les opinions, sur les actes repréhen-
sibles qui déshonorent la plus belle des causes,
et doivent affliger sensiblement le coeur du
meilleur des rois ; et ces actes sont d'autant
plus repréhensibles , que le Roi a promis
solennellement la punition des grands cou-
pables , et l'on doit être bien convaincu que
Sa Majesté éloignera de sa personne , et de
toutes fonctions , tous ceux qui avaient déjà
ressenti les effets de sa trop grande clémence,
à qui il avait pardonné, et qui, comblés de
ses bienfaits, l'ont de nouveau trahi. Si, dans
les diverses nominations depuis là nouvelle
rentrée du Roi dans son royaume , il s'est
glissé des régicides , des signataires d'une
constitution qui condamne à la mort civile
la dynastie des Bourbons, Sa Majesté à qui on.
(. 13 )
les signalera sans doute , en fera justice; il.
accédera aux voeux de son peuple, qui la lui
demandera de toutes les parties de la France.
Le Roi fera justice, ne nous la faisons pas
nous-mêmes.
Je suis sans ambition, je n'ai jamais connu
cette maladie, et d'ailleurs, à mon âge , on
en est exempt; je dois cependant l'avouer:
j'ai eu celle d'être utile aux administrés du
département du Gard, et mon amour-propre
avait pour véhicule la gloire de réconcilier,
de réunir les deux partis également exaltés
et exaspérés , et, enfin , de remettre dans
les bras d'un père une partie de ses enfans
égarés.
L'extrême désir du bien à pu me faire illu-
sion ; la tâche aurait été sans doute très-diffi-
cile et au-dessus de mes forces ; mais com-
battre sans péril, c'est vaincre sans gloire.
Cependant je reste convaincu qu'un étran-
ger , ne tenant à rien , n'étant obligé à au-
cune considération, étant doué d'une grande
fermeté de caractère , animé par les senti-
mens de justice et d'impartialité , et joignant
à tout cela les formes et l'usage des conve-
nances dans la société, je crois qu'un homme
pareil pourrait opérer tout le bien que les
administrés honnêtes des deux partis et le
gouvernement désirent également.
Je me présente donc avec l'impartialité et
la vérité, pour avouer ce qui est vrai dans
l'article inséré dans l'Aristarque fiançais, pour
contredire ce qui ne l'est pas, et ajouter des
faits positifs et notoires omis dans l'article
de ce journal.
Cette noté très-longue exigé nécessairement
une réfutation très-éténdue , et que né com-
porte pas l'insertion dans un journal peu
connu dans ce département ; et, d'ailleurs,
il importe aux habitans de connaître l'attaque
et la défense, c'est la cause de tous. Ce sera
donc par la publicité, tant dans l'étendue de
ce département que dans la capitale , et la
France entière, que seront connus des évé-
nemens d'autant plus intéressans, que les plus
récens ont des rapports directs avec un
Prince, dont la bravoure et toutes les vertus
réunies ont fait l'admiration jusqu'à l'enthou-
siasme dans tout le midi , et lui ont attiré
tous les coeurs dignes de les apprécier.
La note insérée dans l'Aristarque français, et
que je réfute, est signée H ; la voix publique,
(15)
sans cependant, je crois , aucune certitude,
désigne pour auteur M. Henri Lacoste , pro-
testant, et peut-être pour collaborateurs plu-
sieurs personnes du même culte, retirées à
Paris , et notamment M. Vincens-St-Laurens ,
conseiller de préfecture , que S. A. R. Mgr.
le duc d'Angoulême fit arrêter et envoya au
Château-d'If avec un sieur Joliclert, ex-com-
missaire-général de police à Gênes, puis à
Bordeaux, où il était lors de l'entrée de S.A.R.
et d'où il a fort bien fait de s'enfuir , dit-
on , et qui, à la rentrée de Buonaparte , a
été son commissaire-général de police à
Toulon , où il est, dit-on , encore.
Mais , de quelque main que parte la note
sur les événemens de Nismes depuis 1790 ,
elle est non - seulement condamnable dans
l'inexactitude des faits, dans les réticences et
dans les accusations fausses; mais je la regarde
comme très-impolitique et très-dangereuse
dans ses effets , pour le parti même que l'on
veut servir dans l'esprit du Roi et de ses mi-
nistres ; je la trouve criminelle, en ce qu'elle
rappelle des scènes sanglantes et affreuses ,
des souvenirs douloureux, et qu'enfin elle
ranime des haines, au lieu de les étouffer.
(16),
C'est, à mes yeux, une école dont on
n'aurait jamais cru capables des hommes
notoirement connus pour être à la tête du
parti protestant depuis le commencement
de la révolution , et qui, en minorité dans
le département, a subjugué et fait la loi à
la majorité pendant vingt-cinq ans.
J'entre en matière , forcé de rouvrir des
plaies , en commençant par les événemens
de 1790 ; mais il m'a paru indispensable
pour la cause de la justice et de la vérité ;
et , avant d'en venir à la démonstration
des calomnies lancées contre les autorités
actuelles de ce département, de prendre,
les accusateurs à la première époque ,
où , soutenu par le gouvernement d'alors,
le parti protestant leva le masque , et
ne mit plus de bornes à son ambition et
à ses folles prétentions , et de les amener,
tout puissant, jusqu'au moment où le sceptre
s'est échappé de leurs mains, par l'heureux
retour des Bourbons en France , et dévoiler
ce qu'ils ont fait à la rentrée de Buonaparte
pour le ressaisir.
( 17 )
FAITS.
Ce sont les autteurs de la note qui m'obli-
gent à parler des événemens de 1790 , puis-
qu'ils disent :
« Au commencement de la révolution, les
« opinions politiques se formèrent suivant
» la différence des cultes religieux »
El ils ajoutent t..
« Le sang coula en 1790, mais la paix
» publique reparut, et la puissance resta aux
» protestans. »
Voilà, sans doute, des aveux bien précieux,
qui jettent un grand jour sur le désir inné
et le projet constamment suivi, per fus et
nefas, d'obtenir cette puissance , premier et
principal objet des protestans.
Voyons comment, et par quels moyens,
ils ont conquis cette puissance.
Il est reconnu qu'en 1790 , les 13, 14,
15 juin et jours suivans , il y a eu dans la
ville de Nismes ce qu'on appelle LA BAGARRE,
et que le sang a coulé.
En 1790, la force armée dans Nismes était
composée d'un régiment de troupes de ligne
(Guyenne), de plusieurs légions et d'une
2
(18)
compagnie de dragons, toutes entièrement
composées de protestans ; c'est à eux sur-tout
que les grades, de capitaine, de lieutenant fu-
rent déférés ; l'état-major fut également com-
posé de protestans, et, comme ils joignaient à
l'avantage du nombre dans tontes les places
civiles et militaires celui de la richesse qui fa-
vorise toujours les projets de l'ambition, ils
ont fait la loi, sans qu'aucun catholique ait osé
s'offenser de leur orgueilleuse suprématie.
C'est cette composition de la force ar-
mée, qui n'est point dans l'ordre numérique
a raison de la population de la ville de Nismes,
dans laquelle les protestans n'entrent à peine
que pour un tiers , c'est, dis-je, cette com-
position , ni juste, ni naturelle, qui aurait dû
donner des,soupçons aux catholiques : mais
leur confiance , et toujours leur confiance, a
fait leur perte, car ils ne sont point réunis; l'é-
goisme est au plus haut degré chez eux, d'où
il résulte que, sans l'union et l'accord parfait
qui régnent chez les protestans , et qui font
leur force , les catholiques doivent subir la
loi; ils ne se sont jamais mis en mesuré de
défense d'une part , et, de l'autre , ils n'ont
pas voulu voir que de l'union dépend la
force, et que , lorsqu'elle est sur-tout ap-
puyée par les moyens pécuniaires de cha-
que membre, il doit nécessairement en ré-
sulter une prépondérance sur les catholiques.
C'est ainsi que les protestans l'ont obtenue
dans les journées des 13, 14 et 45 juin 1790
par la distribution d'argent avec lequel ils
ont corrompu les soldats de Guyenne ; c'est
avec ce funeste métal qu'ils savent employer
à propos , qu'ils s'assurent le succès (1).
Ce fut donc le dimanche 43 juin 1790,
sur les sept heures du soir , qu'un légion-
(I) Les soldats du régiment de Guyenne secouèrent
complétement le joug de la discipline ; ils ne con-
naissaient plus ni chefs, ni subordination , ni appel,-
ni retraite ; traités , festoyés , régalés par les légions
naires, ils ne paraissaient pas au quartier de tout
le jour. Le délire fut porté au point qu'à la suite d'un
festin, qui leur fut donné à la Fontaine , les dames
et demoiselles protestantes du bon ton , déposant toute-
vergogne , osèrent se mêler aux danses et aux jeux
indécens de cette soldatesque corrompue , et au grand
scandale de ceux qui ne partageaient point cette
bruyante orgie. Des soldats , pris de vin , faisaient
la farandole, tenant d'une main une femme comme
il faut , et de l'autre une fille de cabaret , ou une
prostituée des Arènes. Nous verrons bientôt les mêmes
moyens obtenir les mêmes effets.
( 20)
naire, catholique porta, dit-on, un billet aux
dragons protestans , casernes dans l'évèché,
pour leur signifier que , s'ils continuaient à
en faire un corps-de-garde, on irait les en
chasser; le légionnaire fut arrêté sur-le-champ.
Cet événement semblait ne devoir pas en-
traîner avec lui beaucoup de suite ; mais il
est évident qu'il entrait dans le plan de donner
à cette affaire tout l'éclat possible.
La nouvelle de l'arrestation de ce légion-
naire fut bientôt répandue dans toute la
cité, et quelques légionnaires catholiques,
sans réfléchir si le porteur du billet agissait,
de concert ou non, avec les dragons pro-
testans, et ne soupçonnant aucun piége, s'at-
troupèrent devant l'évêché , et réclamèrent
l'élargissement du prisonnier. Mais on peut
demander si ce prisonnier existait réellement,
ou bien s'il n'a fait que paraître pour dis-
paraître aussitôt. Ce qu'il y a de certain,
c'est qu'on n'a plus entendu parler de lui.
Il est donc évident que voilà le premier
pas , le premier acte des protestans , pour
commencer l'exécution des projets, conçus ,
médités et résolus par eux contre les catho-
liques : jamais étincelle ne produisit, avec
plus de vivacité, un embrasement général.
Ce fut alors que , pour toute réponse ,
les dragons et la compagnie n.° I , toute
également protestante , commandés par un
nommé PARIS , qui est un des commissaires
de cette dernière fédération , et qui était de
garde ce jour-là , firent feu sur les légion-
naires catholiques qui étaient venus, sans ar-
mes ; plusieurs furent blessés , et sept tués.
On doit croire qu'après une décharge aussi
brusque et aussi inattendue on courut aux
armes. En effet , les catholiques saisirent
toutes celles qu'ils purent trouver sous leurs
mains. Plusieurs combats s'engagèrent dans la,
ville ; par-tout les protestans eurent (comme
on peut le croire ) l'avantage, car ils étaient
armés de toutes pièces , et n'avaient attendu
que le signal.
Les catholiques, au contraire, pris au dé-
pourvu , l'étaient fort mal, pu ne l'étaient
même pas, puisque, dans une assemblée,
tenue le 4 mai au jardin de la société des.
catholiques , on mit en délibération divers
objets, entr'autres celui de demander que
les armes qui étaient à la citadelle, et qui
ne servaient à personne , fussent délivrées
( 22 )
sur-le-champ aux compagnies catholiques.
Cette proposition n'eut pas de succès. Les
officiers de la légion se bornèrent à faire
des notes et à réunir des preuves contre
les protestans et le régiment de Guyenne.
Mais , armés ou non armés , si les catho-
liques avaient formé une conjuration, dont
les protestans les ont accusés , pour faire
prendre le change,n'auraient-ils pas désarmé
ceux-ci et ne les auraient-ils pas massacrés
avant qu'ils dussent pu recevoir le moindre
secours ? Tout le contraire est arrivé, car,
dans les journées qui ont suivi les 14 , 15
et 16 juin , on compte plus-de mille catho-
liques égorgés, parmi lesquels on remarque
au moins six cents pères de famille, et il n'a
péri que quatorze protestans ; ils avaient dé-
sarmé le peu de catholiques armés ; toutes
les avenues étaient soigneusement gardées ,
pour empêcher les secours étrangers. En
effet , il arrivait un corps de près de trois
mille légionnaires des environs de Remou-
lins , avec seize pièces de canon ; on envoya
au-devant d'eux le régiment de Guyenne avec
quatre pièces de. canon , pour les haranguer :
ces légionnaires se retirèrent.. Les conjurés
(23.)
n'étaient certes pas les catholiques, ce n'étaient
pas les massacrés, mais bien les massacrans:
ce qui le prouve, c'est que le lendemain 14 ,
dès six heures du matin , les protestans des
Cévennes étaient entrés dans Nismes : le
coup n'était-il pas préparé ?
Les protestans alors ne connurent plus
aucun frein ; ils allaient par bandes dans les
maisons, pillant les effets qu'ils pouvaient
emporter, brisant ou brûlant ce qui ne pou-
vait leur servir. Le soir , se faisait le par-
tage , et l'assemblée électorale , qui siégeait
à cette époque, se réservait pour son lot
les papiers des catholiques, dans l'espérance
qu'ils fourniraient quelques prétextes de faire
assassiner juridiquement ceux qui auraient
eu le bonheur d'échapper au massacre.
Ces cannibales , répandus dans les divers
quartiers de la ville, arrachaient leurs vic-
times des bras de leurs femmes et de leurs
enfans. Les cris et le désespoir des familles
éplorées ne faisaient qu'augmenter leur féro-
cité. Les uns étaient cruellement poignardés
dans leurs maisons , les autres entraînés à
l'Esplanade ou sur les autres places; là, on
insultait à leur faiblesse , et avec, un plaisir
barbare on feignait de leur accorder la vie,
et on leur permettait de se retirer ; mais,
à peine avaient-ils fait dix pas, qu'on les
criblait de coups de fusil.
C'était sur-tout par les maisons religieuses,
qui offraient un accès facile et assuré à là
rapine des montagnards qui étaient moins
accourus pour combattre que pour voler ,
et qui, en outre , avaient pour un des points-
principaux de leur mission de détruire les
moines qu'ils commencèrent et voici comme-
ils s'en acquittèrent.
Les Capucins furent les premiers assaillis ;
ces cénobites, enfermés dans leur cloître ,
adressèrent au ciel des voeux ardens pour le
retour de la paix ; quelques coups de fusil,
tirés du côte dé leur enclos par des poufs
rouges sur les assaillans, servirent dé prétexte
à ceux-ci pour dire que les Capucins (braves
guerriers comme chacun sait) avaient fait
feu sur eux ; celte imposture circula dans
l'armée ; il n'y eut bientôt que le seul cri :
VENGEANCE. Au même instant, les portes dû
couvent sont enfoncées, sept pères égorgés
dans leurs cellules, la pharmacie dévastée,
les vases sabrés volés, les plus précieux effets
de l'église en leves (I) , et une partie de l'édi-
fice n'offrit en pru d'heures qu'un monceau
de décombres et de ruines
Des Capucins, on vola au College les
Doctrinaires prirent là fuite", leur maison' fut.
livrée au pillage, leurs effets leur furent en-
levés ; ceux d es pensionnaires ne furent- pas
plus respectés, et tous furent réduits à la
chemise qu'ils avaient sur le corps.
Le sort des Doctrinaires fut bientôt com-
mun aux Jacobins; une prompte fuite les,
avait heureusement soustraits à la fureur des
cannibales ; le couvent fut assiégé et emporté
de vive force et sans coup férir Les vain-
queurs brisèrent portes et fenêtres fouillè-
rent dans les appartémerts, s emparèrent de
tout ce qui était portatif, et incendièrent tout
ce qui ne l'était pas; les comestibles, les pro-
(I) Le fait est que, quelques jours après ces brigand
dages, quelques protestans sont allés à Massillargues
et y ont dansé habillés en capucins , portant les étoles,
les surplis et les chappes, et buvant tour-à-tour dans les
vases sacrés à la santé de la nation.
A St-Géniés, village de la Gardonnenque, l'ostensoir
du St-Sacrement de la paroisse St-Paul a été porté au
tout d'un bâton par les brigands venus à Nismes.
visions de toute espèce disparurent en un clin-'
d'oeil; les tonnes furent vidées, et quand,
par un heureux mélange, les transports bac-
chiques et patriotiques eurent embrasé les
coeurs de ces fiers guerriers, ils se répandirent
dans la ville pour faire de nouveaux essais
de leur courage et de leurs prouesses.
La maison du curé de St-Paul fut investie;
il s'échappa, mais on lui enleva argent, mo-
bilier, une riche bibliothèque et les effets-
les plus précieux; ensuite on lui donna pour
compagnon d'infortune, l'abbé Cabanel, qui
n'évita la mort que pour tomber dans la
misère. Quarante maisons au moins furent
ainsi traitées dans les journées des 14 et 15 ;
mais pas une protestante n'a souffert (I).
J'ai déjà dit que l'on portait à mule le
(I) Je ne puis passer sous silence , et ne pas fixer plus
particulièrement l'attention sur les persécutions et les
malheurs de tous genres qu'a éprouvé l'honnête et nom-
breuse famille de MM. Froment, dont le chef s'est rendu
digne des bontés dû Roi et des princes par son amour,
sa fidélité à leurs personnes, et par les services distin-
gués qu'il a rendus â la cause des Bourbons ; les détails
des malheurs de cette intéressante famille seraient trop
longs à faire ; qu'il me suffise de dire qu'après un
( 27}
nombre des victimes dans ces journées de
carnage et de deuil; mais peut-être le nom-
bre en est-il plus considérable. On serait
tenté dé le croire, par le soin que les pro-
testans ont pris de le cacher en enterrant
leurs victimes dans la campagne et sous les
décombres du mur de la ville, et, afin qu'on
ne reconnût pas les cadavres, ils les amon-
celaient et les couvraient de chaux vive.
Qui sait où se fût arrêté le carnage, sans
l'arrivée des braves légionnaires de Mont-
pellier, qui volèrent au secours de leurs
traité de paix fait avec M, Chabaud-Latour, sa maison
et la tour y attenant furent bombardées , ses propriétés et
celles de toute sa famille furent pillées et dévastées, ses
parens assassinés, et tout ce qui a échappé de cette fa-
mille n'a cessé d'être principalement en butte à toutes
les haines, les passions, des révolutionnaires ; mais., s'il
est une consolation dans le malheur, la première est I'es-
time de soi-même et des gens honnêtes. M. Froment,
secrétaire du cabinet du Roi, se trouve environné de
tous ces sentimens ; et ses nombreux amis , dans le
département du Gard, le lui ont asez prouvé lors de la
rentrée du Roi en France; car quinze communes., au
moins , le chargèrent de présenter à S. M. leurs voeux ,
et le corps municipal de la ville de Nismes vient de
le nommer député pour présenter au Roi son adresse»
fréres. Ils ne se laissèrent pas séduire comme
ceux de Remoulins, par les harangues des
députés du club protestant qui, à Uchaud
voulurent leur persuader de s'en retourner
en leur assurant que la paix était faite ; et si
les légionnaires de Montpellier eussent cru
les envoyés du club protestant, c'en était fait
des catholiques de Nismes.
Je ne rappelle que les principaux évé-
nemens des 13 , 14 et 25 juin 1790, il
serait trop long de présenter tous les détails
de ces affreuses journées.
Les protestans satisfaits d'avoir remporté
une victoire au prix de tant de sang in-
nocent, d'avoir porté des mains sacriléges
sur les vases sacrés et sur tous les objets
du culte catholique; mais craignant cepen-
dant les poursuites de tant de crimes, car,
à cette époque, les autels n'étaient point en-
core renversés , les ministres n'étaient point
poursuivis, chassés, dépouillés de leurs biens
patrimoniaux, comme ils l'ont été depuis,
pour avoir obéi à leurs consciences, en
refusant un serment que l'on exigeait d'eux j
les protestans ,craignant, dis-je, les poursuites
de tant d'attentats, imaginèrent de dresser
( 29 )
eux-mêmes un procès-verbal sur les événe-
mens, que la terreur signa ; c'est ainsi qu'ils
acquirent l'impunité.
Il est facile actuellement de concevoir
comment la puissance, dont convient l'au-
teur de l'article de l'Aristarque est restée aux
protestans, étant cependant en minorité dans
le département; car, sa population est de
trois cent vingt-deux mille cent quarante-
quatre habitans, et, sur ce nombre, les pro-
testans n'y entrent que pour cent dix mille
deux cent soixante-dix, c'est-à-dire, pour le
tiers.
Là population de la ville de Nismes est
de quarante mille ames, il y a dix à onze mille
protestans; ainsi , c'est la minorité qui fait
la loi à la majorité, et cette minorité qui
professe un culte seulement toléré, a l'ab-
surde prétention, l'inconcevable folie de vou-
loir renverser celui de l'état.
La révolution de 1790 marchant à grands
pas vers la chute du trône et de l'autel, et
par suite à l'anarchie, il est clair que les pro-
testans ayant pour chef de file ce M. Necker
qui a fait tant de mal à la France, et par la
terreur que les massacres ont dû inspirer
(30)
non-seulement devaient conserver la puis-
sance dont ils conviennent, mais qu'ils I'aug-
mentaient par tons les auxiliaires qu'ils ad-
mettaient dans leurs rangs , c'est-à-dire, les
révolutionnaires. Il ne suffit pas d'avoir en
main la puissance, il faut savoir s'en servir
et en faire un bon usage quand on veut la
conserver. Or, quel a été celui des protes-
tans? Une fois en possession de toutes les
places dans les administrations, ils se sont
servis de l'autorité pour conduire leurs vic-
times à l'échafaud, et s'enrichir, les uns par
des banqueroutes frauduleuses, les autres
par des acquisitions à vils prix des biens des
malheureux émigrés. Voilà la source des
richesses de beaucoup d'entr'eux, qu'ils n'at-
tribuent, dans la note , qu'à leur industrie.
Les protestans se sont constamment main-
tenus dans toutes les places civiles et mili-
taires dans tout le cours de la révolution;
ils ont donc été les puissans, et cela a dû
être; car, étroitement liés et unis, n'ayant
qu'une seule tête, qu'une seule volonté ,
qu'une fortune commune dans les besoins ;
conduits et dirigés par des chefs habiles, à
têtes chaudes, exaltées et ambitieuses ; ayant
( 3)
prudemment toujours un pied dans le gou-
vernement, et soutenus par tous ceux qui se
sont successivement chassés depuis la chute
du trône jusqu'à sa restauration ( 1814),
ils ont dû être nécessairement les puissans.
Nous verrons, dans la suite, si, en poli-
tiques habiles, ils ont fait ce qu'ils auraient
dû faire depuis la rentrée des Bourbons en
France, pour, sinon conserver la toute-puis-
sance , mais au moins politiquement la par-
tager jusqu'à nouvelle occasion de se ressaisir
de tout le gouvernail.
Je passe sous silence tous les faits et gestes
des protestans depuis 1790 jusqu'au mo-
ment où le Corse s'est emparé de l'autorité
au 18 brumaire, et depuis ce jour jusqu'à
sa rentrée en France.
C'est ici où je commence la réfutation des
inculpations fausses et calomnieuses contre
les autorités actuelles du département, et con-
tre les royalistes sur lesquels on crie TOLLE.
Je ne dissimulerai pas les fautes, et je suivrai
plus strictement le second précepte religieux
que les protestans disent être une des règles
de leur conduite, de rendre à César ce qui
(32)
appartient à César, je dirai donc : un chat
est un chat, et Rollet un fripon
Après avoir mis sous les yeux du public
les événemens de 1790 dans le département
du Gard, je reviens à la note qui commence
« par des actions de grâces au Roi, d'avoir
» annulé les pouvoirs des commissaires ex-
" traordinaires, car, la ville de Nismes, en-
» sanglantée, livrée au pillage, aux excès de
» tous les genres élève la voix pour accuser
» l'abus de te délégation des pouvoirs, et
» qu'elle n'a reconnu le Corse, pendant ses
» quatre mois d'existence en France, que
» pour se faire un appui contre les furieux.
» qui, pendant dix mois, au nom du Roi,
» ont menacé de tous les excès les citoyens'
» de la religion réformée. »
Quand on se sert du mensonge pour faire
valoir sa cause, et qu'à son aide on cherche
à voiler la vérité ; quand on calomnie la
grande majorité des habitans d'une ville ;
quand , enfin, il y a tant de témoins des
événemens qui s'y sont passés, et qui peuvent
en attester où la vérité ou la fausseté , il faut
avoir bu toute honte , ou croire à l'apathie
des calomniés pour se permettre tant'
( 33 )
d'inexactitude dans si peu dé lignes, et croire
que personne ne ramasserait le gant;
J'ai laissé les protestans savourant à plaisir
la jouissance de la toute-puissance depuis?
1790 , et constamment jusqu'en mai 1814
époque de l'heureuse et très-heureuse rentrée
des Bourbons eh France Examinons actuel-
lement si dans le changement de gouvér-
nement; les protestans ou révolutionnaires
c'est synonyme, ont perdu'(excepté dans
l'opinion ) un pouce de terrain , et si leurs-
doléances dans l'Aristarque ne sont pas les-
cris du désespoir et de la crainte de: voir
d'un moment à l'autre , le sceptre s'échapper
définitivement de leurs mains.
En juin 1814 le Roi, au bout de vingt-cinq
ans, remonte sur le trône de ses pères , re-
couvre tous ses droits ; mais quel usage en
fait-il ? Il arrive avec une charte constitu-
tionnelle qui garantit les droits de tous/ les-'
admet indistinctement à tous les emplois,
qui salarie également les ministres des deux
cultes, qui ne les différencie que par la décla-
ration de celui catholique , religion de l'état.
Le premier acte de sa puissance est d'accor- :
der amnistie générale pour tous les crimes ;
3
les délits révolutionnaires , les administra*
tions, les fonctionnaires publics de Buona-
parte restent en place; ils conservent leurs
emplois ; la puissance des protestans , sous
Buonaparle, est la même ; ils la conservent.
Le Roi sèche les larmes des malheureux
pères et mères; il leur rend leurs enfans que
le tigre allait dévorer ; la confiance renaît
de toute part ; le commerce sort du néant,
et reprend une activité inconnue depuis
vingt-cinq ans ; tous les coeurs s'ouvrent à
la joie et aux plus douces espérances de
révoir la France dans toute sa prospérité
au bout de quelques années de paix et de
tranquillité; et, dans un tel état de bonheur,
l'on se serait demandé s'il y avait eu une
révolution.
Tous les ennemis irréconciliables du trône
et de l'autel prirent le masque de la joie
et du contentement, en attendant la première
occasion de,le jeter.
Dix mois se sont donc écoulés dans-cet
état de paix, et n'a point été troublé; et si les
protestans étaient justes et de bonne foi, ils
avoueraient eux-mêmes qu'il est bien étonnant
que les. royalistes ou catholiques ( c'est sy-
(35)
nonyme à quelques exceptions près), long-
temps comprimés ayant encore sous les
yeux les massacres de leurs parens et amis
dans les affreuses journées des 13 , 14 et 45
juin 1790 n'ayent usé de la victoire, qu'en,
manifestant leur joie par des chansons qui
ne tuent pas et ne font de mal à personne ;
il est vrai de dire que le peuplé en a chanté
d'insultantes contre les protestans ; que des
royalistes par excès de zèle, mais Sans voie
de faits , ont pu exaspérer des esprits et
choquer des oreilles souveraines ; mais voilà
les seuls délits que l'on puisse reprocher aux
catholiques.
Il est donc faux que des furieux aient
pendant dix mois , à Nismes, menacé , au
nom du Roi i de tous lès exces, lès citoyens
de la religion réformée.
Nous leur demandons s'il s'est versé une
seule goutte dé sang ; s'il y à eu une seule
arrestation depuis l'entrée du Roi jusqu'au
moment du retour de Buonaparte ; et s'il n'est
pas vrai qu'elles n'ont en lieu qu'envers uni
catholique qui à été conduit en grande pompe
au fort de Briscou, pour avoir commis lé
grand délit d'avoir mis sur sa porte en gros
(36)
caractères : LES BOURBONS ou LA MORT, et
d'avoir fait entendis les cris de vive le Roi,
qui étaient appelés cris séditieux dans les
proclamations des autorités.
La puissance des protestans était encore
à cette époque dans leurs mains, car, les ar-
restations sortirent de la préfecture; et comme
chacun sait que le sieur Roland, alors préfet,
avait un penchant tout particulier pour les
amis de son ami Buonaparte, il ne resta
aucun doute que la puissance n'eût agi ,
n'eût voilé les seuls délits commis dans Nis-
mes, qui ont obligé les citoyens de la reli-
gion réformée, de reconnaître le Corse pen-
dant ses quatre mois d'existence en France ,
uniquement pour se faire un appui contre
des furieux qui chantent le soir des chansons,
et qui mettent sur leurs portes de si crimi-
nelles inscriptions.
Mais M. ou MM. les auteurs de la note plus
qu'impolitique insérée dans l' Aristarque, dites-
nous donc quel jugement l'on doit porter sur
la raison que vous donnez pour avoir reconnu
le Corse? Il est évident d'abord, et plus que
démontré, que vous ne l'appuyez que sur des
allégations fausses et mensongères ; mais se-
( 37 )
rait-il hors de vraisemblance que, constans
dans vos opinions politiques et sur-tout dans
votre haine éternelle contre le trône et l'autel,
le retour inattendu de Buonaparte, au moins
pour ceux qui n'étaient pas dans le secret,
vous a fait jeter le masque et relevé vos es-
pérances; tout ce qui s'est passé dans Nis-
mes, depuis le jour où votre idole a reparu,
jusqu'à celui où il a disparu, enfin, pour
toujours, n'est-il pas la preuve évidente et
sans réplique de ce que j'avance. Vous avez
manqué de jugement , Messieurs de la re-
ligion réformée, sur les derniers événemens;
vous vous êtes promenés quatre mois dans
le champ des illusions, et vous avez laissé
tomber le masque beaucoup trop tôt : adieu
la puissance.
« Vous rendez des actions de grâce au
» Roi d'avoir annulé les pouvoirs de ses
» commissaires extraordinaires. »
Cela veut dire que vous blâmez haute-
ment, ouvertement la mesure la plus sage
et la plus éminemment indispensable dans
les mornens extraordinaires où s'est trouvé
le gouvernement, par suite de, l'invasion de
l'usurpateur. Je dirai même que cette me-
(38)
sure était plus nécessaire dans le départe-
ment du Gard, que dans tout autre, et c'est.
une obligation que les royalistes auront à
jamais à S. A. R. Mgr. le duc d'Angoulême,
Cela veut dire encore que le Roi a annulé
les pouvoirs de ses commissaires, par l'abus
qu'ils en ont fait, ce qui est contraire à la
vérité.
J'ignore les choix de S. M. dans les dépar-
temens pour remplir des fonctions aussi im-
portantes; mais je dois croire, et je crois en
effet qu'ils ont eu par-tout, comme dans
celui du Gard, l'assentiment général ; il suffit
de se reporter à l'époque des nominations des
commissaires, et à l'annulation dé leurs pou-
voirs, pour mettre dans tout son jour et de
plus en plus la fausseté des inculpations de.
M. H......
En effet, la France entière ne connaît que.
trop l'état affreux dans lequel elle a été plongée
pendant quatre mois d'absence du Roi ; S. M.
reprend les rênes de son gouvernement, et
son premier soin est de rétablir l'ordre dans
les départemens ; voilà le besoin et la créa-
tion des commissaires; tous l'envi rem-
plissent par-tout les vues bienfaisantes du
(39)
Roi, et alors il juge; dans sa sagesse, l'inu-
tilité des fonctions de ses commissaires.Voilà
l'annulation des pouvoirs. C'est donc la pré-
sence du Roi dans son royaume après son
absence , c'est donc l'ordre rétabli qui a né-
cessité la suppression des pouvoirs, et non
l'abus que l'on en a fait. Ainsi, l'auteur de là
note est en calomnie ouverte vis-à-vis du com-
missaire extraordinaire du Roi dans le dépar-
tement du Gard : c'est ce que je prouverai.
Mais cet auteur, ou ces auteurs de la note,'
qui se plaignent si hautement des pouvoirs
donnés par le Roi àdes commissaires extraor-
dinaires, et même de l'institution de ces com-
missariats , se sont-ils plaints de celle de Buona-
parte à son arrivée à Paris, qui a inondé la
France de ses commissaires-généraux de po-
lice ? Non, sans doute, car ils ont tous été
choisis dans les rangs de ses partisans ; ont-ils
crié Tolle, quand ils ont aidé probablement
à faire nommer commissaire-général de police
à Lyon et des départemens environnans, le
sieur Jean-Baptiste Teste, avocat auprès de la
Cour royale séante à Nismes, leur patron, fils'
d'un homme cité dans les fastes révolution-
naires de ce département, ayant beaucoup
( 40)
desprit, mais fort peu de jugement, qui a
souvent été utile aux citoyens de la religion
réformée , dans les grandes occasions et
dans toutes celles où ils en ont eu besoin ?
— Ont-ils crié à l'abus des pouvoirs, lorsque
cet agent naguère de Buonaparte, ami in-
time du traître , du criminel Gilly qui com-
mandait la 9me division militaire , complo-
taient ensemble contre S. A, R. Monseigneur
le Duc d'Angoulême , et voulaient, dit-on,
faire plus que de l'arrêter ? Ont-ils crié
à l'abus d'autorité , lorsque ce commissaire
de Buonaparte , maître du télégraphe de
Paris à Lyon , faisait circuler les nouvelles
les plus fausses, les plus alarmantes,, par
ses affidés , dans le département du Gard,
et toutes à l'avantage de l'usurpateur , pour
entraîner dans son parti les incertains; lors-
qu'il dénonçait aux poignards de la faction
Buonapartiste , les royalistes qui lui faisaient
ombrage , ceux de la cour royale , non le
premier président, non le procureur-géné-
ral, signataires de l'infâme constitution, mais
les divers membres de ce corps respectable
qui ont donné l'exemple du courage et de
la fidélité au légitime souverain dont
( 41)
plusieurs ont été persécutés, mis en fuite ,
et molestés dans leurs personnes et dans
leurs propriétés? Je meplais: à rendre justice
à ce corps respectable et digne de l'estime
publique, les uns démissionnaires, les autres
ayant prêté le serment, convaincus que l'ab-
sence de la justice était un malheur souvent
irréparable.' pour les, justiciables , et que
le Roi, seulement absent aux yeux de tous ,
approuverait ( dans ce cas seulement) un
serment qui, loin du coeur, n'était que sur
les lèvres. Il est néanmoins certain que c'était
à la cour de cassation à donner l'exemple ;
et que si, elle l'eût donné comme autrefois
le parlement de Paris le donnait aux
autres parlemens , et qu'elle eût donné celui
du refus du , serment, Buonaparte quel-
que victorieux qu'il eût pu être, aurait été
perdu sans ressource , cédant arma togoe.-
Je reviens au commissaire de Buonaparte,
qui n'a point excité les plaintes des accu-
sateurs des commissaires royaux , lorsqu'à
Lyon il remplissait, dit-on, les cachots de
royalistes , mais principalement des plus ri-
ches , ce qui rappelle le bon temps, où l'on se
ressouvient commentiez verroux se fermaient
et avec quelles clefs ils s'ouvraient. Non , sans
doute, bien loin de sonnerie tocsin contre tant
de vexations et d'abus d'autorité dans l'es-
pace de quatre mois, les ennemis de toute
royauté, moins celle de leur idole, imitaient,
applaudissaient et faisaient des victimes sur
toute la surface de la France. Qui ignore
les actes arbitraires , les arrêtés des auto-
rités civiles et militaires de Buonaparte dans
les départemens de l'Ouest et d'une partie
de la France, qui envoyaient en surveillance,
loin de leurs domiciles , les nobles, les prêtres
et qui mettaient le séquestre sur leurs biens ?
Encore un moment nous revenions à 1793,
sur-tout si le projet de loi de cette assem-
blée de Buonaparte, composée en majeure
partie des frires et amis dont le sieur
Meynaud de Pançemont, premier président
de la cour royale de Nismes , et je né
saurais trop le répéter, signataire de l'article
additionnel à la constitution qui exclut à per-
pétuité les Bourbons du trône de France
qui , en vertu , sans doute de ses bons,
loyaux et royaux services, est nommé pré-
sident du collége électoral du département
de Saône et Loire; si, dis-je, le projet de loi
( 43 )
à la Merlin dont il était le rapporteur de la
commission , avait été adopté (et il l'aurait
été ), alors la France se serait retrouvée en
1793; mais la providence n'a plus voulu
de suspects , de Bastilles , ni de guillotines,
Ainsi-soit-il !
Quant à la ville de Nismes et tout le
département, nous verrons bientôt les genres
de vexations et d'actes arbitraires qu'elle
a eu à souffrir pendant les quatre mois de
sa puissance,
Cette ville et les campagnes jouissaient,
pendant les dix mois , depuis sa rentrée en
France , de la plus grande tranquillité; et,
comme il me semble l'avoir déjà dit, les
coeurs étaient ouverts à la joie et à l'es-
pérance de voir bientôt toutes ses plaies
fermées , et à ce bien-être, cette ville a
joui d'un plaisir , et d'un bonheur que
la très-grande majorité du département a
vivement senti, celui de posséder dans ses
murs le frère de l'infortuné Louis XVI,
celui de Louis-le-Désiré, Monsieur ; seul
malade à cette époque, je fus privé de l'hon-
neur de faire ma cour à ce Prince , et de
jouir de l'alégresse générale , et cette pri-
( 44)
vation me fut d'autant plus sensible, que
j'aurais pu mettre dans mes vieux parche-
mins une circonstance assez singulière dans
ma vie , celle d'avoir eu l'honneur, en 1777 ,
d'accompagner Monsieur, aujourd'hui Louis
XVIII, clans son voyage du Midi, et trente-
sept ans après , d'avoir été témoin du même
enthousiasme des Nîmois pour son frère
Monsieur.
Il aurait fallu être témoin, pour y croire,
de l'élan de tous les coeurs vers ce Prince,
si digne dé l'amour des Français , et de
l'empressement de tous les habitans accourus
de tous les points du département , pour
jouir de son auguste présence , et revoir
un Bourbon.
» Les arcs de triomphe , les emblêmes,
les devises analogues pour honorer l'entrée
de Monsieur dans la ville, offraient le coup-
d'oeil le plus ravissant, et les jours que
Nismes a eu le bonheur de posséder cet
auguste Prince , ont été des jours de fêtes :
un délit commis la nuit attrista les royalistes.
• On avait posé le buste du Roi sur une
colonne, il fut trouvé le matin brisé, à quel-
que distance;, mais, qui soupçonner d'un
(45)
pareil délit-? Quels en sont l'auteur où les
auteurs? Un royaliste peut-il en être cou-
pable ? Je ne le pense pas. Monsieur fut
instruit de ce délit, qui n'a pas été pour-
suivi, ni puni.
La garde urbaine de Nismes s'était formée;
toutes les personnes les plus aisées dans
toutes les classes la composaient; la plus
belle tenue la distinguait. Il m'a paru qu'à
cette époque tous marchaient d'accord , et
que tons faisaient un service exact , mais
je n'apercevais pas les masques sur les
figures de la grande majorité ils les lais-
sèrent tomber, lorsqu'ils apprirent l'arrivée
de l'usurpateur sur les côtes de France ;
les bupnapartistes levèrent la tête , ils ne
cachèrent plus , ni leur haine pour les
Bourbons , ni leurs espérances dans le bri-
gand qui revenait encore ensanglanter cette,
malheureuse France. Alors les royalistes;
furent mis hors des rangs de la garde urbaine,
et sur-le-champ remplacés par des hommes
pris dans la plus basse classe. Cette garde
fut augmentée même de deux compagnies
désignées Collets jaunes, dont une . entr'autre
composée de la lie du peuple , et toute la
garde entière né l'était que de protestant
buonapartistes. Ce fut dès cet instant que
les citoyens de la religion réformée res-
saisirent lés rênes de leur puissance , et
qu'ils l'exercèrent par tous leurs moyens
habituels.
Mais avant cependant de l'exercer dans
toute sa plénitude , la ville de Nismes eut
un second bonheur, celui de recevoir S A. R.
Mgr. le Duc d'Angoulêmé, gouverneur-gé-
néral des divisions militaires dans le midi.
Sa réception ne fut pas la même que
celle faite à Monsieur ; l'enthousiasme ne
fut pas aussi général, car on commençait
à apercevoir l'ancienne ligne de démarcation
entre les catholiques elles protestans; mais
elle fut très-distinctement marquée , lorsque
ceux-ci virent S. A. R. remplir exemplaire-
ment, et à l'édification de tous les fidèles,
ses devoirs religieux.
Ce Prince s'est trouvé à Nismes dans la
semaine sainte ; il a assisté aux offices avec
la piété d'un vrai catholique, et conformé-
ment aux anciens usages du Roi très-chrétien.
Que les ennemis de la religion catho-
lique ayent tourné en dérision les exercies
(47)
du culte de l'Etat; qu'ils se soient permis
des peintures affreusement indécentes dans
le réceptacle des plus outrés buonapartistes,
dans le café de l'Ile d'Elbe, dont j'aurai
occasion de parler ; qu'ils se soient formé
des opinions désavantageuses , mais assuré-
ment bien, fausses sur le caractère elle mo-
ral de ce vertueux Prince, c'est plus punissable
qu'étonnant ; car tout ce qui tend à ren-
verser les autels, soit par l'arme, du ridicule ,
soit par tous les autres moyens déjà usités,
dans la, révolution , seront toujours employés
par ses ennemis. Les catholiques au contraire
ont été édifiés de la piété du Prince ; ils
ont admiré en lui, héroïsme , valeur, fer-
meté ; et tout autant, cette douceur, cette
bonté , cette bienfaisance , apanage des
Bourbons.
Que l'on ne dise pas que dans le dépar-
tement, du.Gard , la division d'opinion , qui
malheureusement existe , et dont tout le
monde convient, n'a aucun rapport à la
différence des cultes, mais seulement aux
opinions politiques ; c'est-à-dire., entre les
royalistes et buonapartistes. Celui-là qui
proclame cette contre-vérité , n'est pas de
(48)
bonne foi, s'il est d'âge à avoir vu et
médité sur tous les événemens de la ville
de Nismes et du département. N'est-il pas
convaincu que royalistes et catholiques sont
synonimes; que protestans (dans ce dépar-
tement seulement ), révolutionnaires, répu-
blicains , buonapartistes, le sont également?
Peut-il ne pas convenir que, dans la France,
la majorité des royalistes est catholique , et
que dans le département du Gard, la ma-
jorité des protestans est buonapartiste ou
révolutionnaire; car, ce n'est pas par amour-
pour Buonaparte , dont ils ont senti le poids
du despotisme-, comme les royalistes, mais
dans l'espoir que ce tyran , qui a changé
de religion tour à tour, et qui n'en a aucune/
malgré l'observance des anciens usages de
nos Rois, d'assister tous les jours à la messe,
servirait, plus que tout autre le plan arrêté
et* suivi, de. renverser le culte catholique/
pour faire dominer le protestantisme. Quelle
inconcevable absurdité? quelle folie ?
Le Corse s'avançait, en France et vers
la capitale , sans aucune résistance , et la
plus lâche trahison: des troupes choisies
exprès, et postée» sur la ligne qu'il devait
(49)
parcourir; celles de quelques villes lui fa-
vorisaient et lui ouvraient par-tout le pas-
sage , et alors , plus il faisait de progrès
plus ses partisans , dans toute la France
s'emparaient de l'autorité. Les drapeaux et
cocardes tricolores furent plus ou moins
promptement substitués aux lis ; les troupes
de ligne par-tout ( à quelques régimens
près ) levèrent l'étendard de l'indiscipline et
de la révolte , et dans la ville de Nismes ,
les protestans , à l'aide des troupes cor-
rompues , s'emparèrent exclusivement de
cette ancienne puissance , qui menaçait les
catholiques de leur être beaucoup plus fu-
neste que celle de 1790 et années suivantes;
mais la providence en a ordonné autre-
ment. Que les ennemis de l'église catholi-
que et romaine , n'oublient jamais que Dieu
â dit que son église est impérissable.
S. A. R. Monseigneur le Duc d'Angou-
lême , héritier du panache d'Henri IV, et
digne, sous tous les rapports, de le porter
a appelé à lui tous les royalistes, que dis-je
il lui a suffi de montrer le désir d'aller com-
battre l'usurpateur et ses complices, pour les
voir se ranger en foulé sous ses drapeaux
(50)
J'ai eu moi seul le chagrin de ne pouvoir
lui offrir mes services militaires , d'être
privé de l'honneur de combattre à ses
côtés , ma santé s'y est opposée ; je lui ai
offert mes services clans le civil , c'est tout
ce qu'un ancien serviteur du Roi , et un de
ses plus fidèles sujets pouvait et devait faire.
J'ai été chargé de faire un travail sur la
composition judiciaire et administrative de
ce département ; je l'ai fait sans haine ,
sans passion , et j'ai désigné , en mon âme
et conscience, les hommes que je n'ai pas
même l'honneur de connaître pour la plu-
part , mais dont la moralité et les talens
sont reconnus généralement ; les événemens
à cette époque se sont succédés trop rapi-
dement , je n'ai pu remettre à M. le Comte
Etienne Damas-Crux mon travail, avant le
départ du Prince ; je l'ai envoyé directe-
ment à S. Exc. le chancelier de France,
chargé provisoirement du porte-feuille de
l'intérieur ; puisse ce travail être utile ; mais
on n'y verra ni régicides , ni signataires de
la constitution de Buonaparte, ni traîtres.
Un registre fut ouvert à la commune ;
à l'instant plus de trois mille personnes de
(54 )
tout rang , de tout état se firent inscrire,
malgré certaines manoeuvres que l'on em-
ploya pour arrêter cet élan : nous allons répon-
dre à MM. de l'Aristarque qui disent « que
» le Duc d'Angoulême a vu s'enrôler sous
» ses drapeaux, les fils des premières fa-
» milles protestantes. »
Nous les assurons que le nombre de ces
inscrits est de quatre, savoir: MM. Daunant
fils du maire d'alors ; Vincens-Mourgues , fils
d'un riche' négociant; Roland, fils d'un négo-
ciant, et Olivier-Desmont, fils du pasteur
de l'église réformée. On assure, et je ne ga-
rantis pas le fait, que le premier s'est mis
dans l'état-major pour, dit-on, être l'espion
du prince; on dit même que l'aveu de ce noble
emploi est sorti de sa bouche; cet aveu est
dénué de tout artifice ; quant aux autres , ils
se sont sans doute trop fatigués dès les pre-
mières journées , et, trop éloignés des clo-
chers de Nismes , ils sont revenus bien vite
voir papa et maman. On doit cependant ,
avec justice, faire une exception distinguée
en faveur de M. Olivier, que cet article ne
concerne pas.
Biais c'est beaucoup moins sous les dra-
( 52 )
peaux de S. A. R. que les fils des premières
familles protestantes ont signalé leur cou-
rage et leurs exploits militaires , que dans
la garde urbaine , dans laquelle ils ont
prouvé
Qu'aux âmes bien nées
La valeur n'attend pas le nombre des années ;
car, c'est avec autant de courage que d'ha-
bileté, que M. Daunant , à la tête de sa
compagnie, a fait faire feu sur le drapeau
blanc flottant sur les arènes, et l'a renversé ,
aux acclamations des assistans , pour y
substituer le tricolor.
A l'époque dont je parle , le général Gilly
commandait la 9.me division militaire , et il
y avait avec lui à Nismes , les généraux
Merle, Briche et Pellissier , qui tous entou-
rèrent le Prince, et lui firent, à qui mieux
mieux , les plus grandes protestations de
fidélité et d'attachement, et le général Merle
les poussa au point de mettre son épée
aux pieds du Prince , et de lui dire , qu'il
ne voulait la recevoir de ses mains , que
pour s'en servir contre l'usurpateur, et pour
le Roi.
S. A. R. franc , loyal, confiant comme

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.