Histoires de… Zombies

De

Vous prendrez bien de nos nouvelles !

Histoires de...” des anthologies variées, de la nouvelle au roman court, des auteurs venus de toute la francophonie, des thèmes venus des quatre coins de l’Imaginaire. Lune Écarlate Éditions présentent le plaisir de lecture à l’état pur !

Décérébré, « chose », mangeur de cerveau ou d’humain, le zombie est devenu en 10 ans un personnage fantastique bénéficiant d’une incroyable cote de sympathie alors qu’il ne nous veut que du mal !

Vous en reprendrez bien un petit bout en compagnie de Nicolas Ancion, Barnett Chevin, Pierre Gévart, Esther J. Hervy, Gulzar Joby, Denis Labbé, Léo Lallot, Frédéric Livyns, Catherine Loiseau, Aurélie Mendonça, Jean Milleman, Mythic, Bruno Pochesci, Alexandre Ratel, Franck Roger et Estelle Valls de Gomis ?

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Publié le : vendredi 13 novembre 2015
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782369761679
Nombre de pages : 382
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 Histoires de

Zombies


Collection dirigée par Marc Bailly






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Collection “Lunologie”


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© 2015 Esther J. Hervy ,Catherine Loiseau,Barnett Chevin ,Estelle Valls de Gomis,Gulzar Joby,Pierre Gevart,Brunz Martin,Léo Lallot,Frank Roger,Jean Milleman,Nicolas Ancion,Mythic,Denis Labbé,Frédéric Livyns,Aurélie Mendoça,Alexandre Ratel.Illustration © 2015 Nathy. Édité par Lune-Écarlate 66 rue Gustave Flaubert 03100 Montluçon, France. Tous droits réservés dans tous pays. ISBN 978-2-36976-167-9. Le code de la propriété intellectuelle interdit les copies ou reproductions destinées à une utilisation collective. Toute représentation ou représentation intégrale ou partielle faite par quelques procédés que ce soit, sans le consentement de l'auteur ou de ses ayants droit, est illicite et constitue une contrefaçon au terme des articles L,122,-5 et L,335-2 et suivant du code la propriété intellectuelle.


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Table des matières
Zombies
Le sinistre journal d’Alfred Ritscher
1977
Autour du lac
Sven
Mondo zombi
Récupération
Le triomphe
Les amants de Sisyphe
Un léger vent de panique
Zombie ! Zombie !
Petit Papa Errant
Zombio
L’autre
Pour l’éternité

 Table des matières



-      Esther J. Hervy : London Apocalypse 

-      Catherine Loiseau : Le sérum 

-      Barnett Chevin : Le sinistre journal d’Alfred Ritscher 

-      Estelle Valls de Gomis : 1977 

-      Gulzar Joby : Autour du lac 

-      Pierre Gevart : Sven 

-      Brunz Martin : Mondo Zombi 

-      Léo Lallot : Récupération 

-      Frank Roger : Le Triomphe 

-      Jean Milleman : Les amants de Sisyphe 

-      Nicolas Ancion : Un léger vent de panique

-      Mythic : Zombie Zombie ! 

-      Denis Labbé : Petit papa errant 

-      Frédéric Livyns : Zombio 

-      Aurélie Mendoça : L’autre 

-      Alexandre Ratel : Pour l’éternité

 LONDON APOCALYPSE

Esther J. Hervy


Sortie de terre en 1977, Esther J. Hervy n’est pas restée très longtemps sans mordre dans tous les livres bien juteux qu’elle croisait. Décidant de se nourrir elle-même, c’est au début des années 90 qu’elle commence à cultiver ses propres écrits sanglants, s’assurant ainsi ne jamais manquer de chair fraiche. 

Zombie sanglant mais zombie partageur, Esther décide alors de fournir toutes les petites boucheries du coin telles que Ansible, Les Enfants des étoiles, Ciel & Enfer ou encore Éclats de Rêves, avec des morceaux de premier choix comme « Les indésirables », « Le placard », « Promenade à cheval »...

Zombie grognant avec son temps, Esther a rassemblé le tout dans une barquette bien ficelée nommée « Les indésirables et autres contes fantastiques », en vente sur Amazon.



***


Je trouvai enfin le courage de sortir de mon trou. Je n’avais aucune idée du temps que j’avais pu y rester terré. Il faisait à nouveau jour alors j’y avais au moins passé la nuit. Le monde était devenu fou. Les hommes étaient devenus fous. Il n’y avait plus de loi au-dehors, que celle de la jungle. Tout le monde semblait être atteint d’une folie furieuse. Je ne sais pas pourquoi mais elle semblait ne pas m’avoir gagné. J’étais encore sain d’esprit. Enfin je crois. Je me trainai lentement hors du tunnel dans lequel je m’étais réfugié. Une simple bouche d’égout à peine assez large pour que je m’y glissai mais à laquelle je devais pourtant mon salut. Dehors, un silence malsain venait titiller mes oreilles en alerte. Des voitures accidentées mangeaient la moitié des trottoirs. Certaines étaient en feu, d’autres restées ouvertes, mais toutes abandonnées dans la précipitation. Je m’approchai rapidement mais avec méfiance de l’une d’elles. Une berline grise quelconque. J’en fis le tour tout en restant aux aguets puis ouvris la porte côté passager. Je fouillai la boite à gants et découvris un tube de comprimés d’aspirine que je fourrai dans ma poche. Je pris également les chewing-gums. Il n’y avait rien de plus. À l’arrière, un siège pour bébé était renversé et un biberon était tombé sur le plancher. Je sortis de la voiture pour ne pas avoir le temps d’imaginer dans quelles conditions les occupants de ce véhicule avaient été amenés à le quitter. Dans le coffre, je pris le cric : il me servirait d’arme au cas où j’aurai besoin de me défendre. Mes jambes ne me sauveraient peut-être pas une deuxième fois. Je regardai autour de moi : tout semblait mort. J’aurais préféré. Je savais qu’il n’en était rien. J’espérais seulement ne pas être le seul encore sain d’esprit. Je me mis en marche vers le centre du village, j’inspecterai toutes les maisons s’il le fallait mais je jurai que je trouverai quelqu’un pour m’aider. Je longeais la route en restant sur le qui-vive, marchant le plus silencieusement possible pour ne pas attirer l’attention d’un fou qui pourrait sortir de n’importe où. Mon arme à la main et prêt à m’en servir en cas de danger, j’évoluais vers mon but avec angoisse. En quelques heures le monde était tombé dans le chaos. Je me revoyais préparer mon plateau-repas et m’installer confortablement dans le canapé, un verre d’eau à la main. Lorsque j’allumai la télévision pour regarder les nouvelles, je ne compris pas tout de suite de quoi il s’agissait. Les images de panique et de rues en feu, mon cerveau les avait automatiquement assimilées à une scène de guerre, si malheureusement courante dans certains coins du globe moins chanceux que le nôtre. Il me fallut quelques instants avant de comprendre que les rues qui étaient montrées sur le petit écran n’étaient autres que les rues de Londres. Quand je réalisai, ma main lâcha les couverts qu’elle tenait et ceux-ci vinrent s’écraser contre la porcelaine blanche de l’assiette, produisant un bruit assourdissant de métaux entrechoqués. Je dégageai le plateau sur le canapé et me levai d’un bond, courant vers la fenêtre donnant sur l’allée. Rien de plus spécial qu’à l’accoutumé ne s’y déroulait. Le voisin déneigeait son jardin et un enfant faisait du vélo. Tout semblait calme et paisible comme à l’ordinaire. Je retournai d’un pas précipité vers la télévision, m’emparai de la télécommande et montai le son. La voix du journaliste commentait les images invraisemblables d’une ville complètement dévastée. On y voyait des gens courir dans tous les sens, hurler, piller, crier et se battre. Je n’arrivais pas à en croire mes yeux. Tout ceci était censé se dérouler à une petite cinquantaine de kilomètres de chez moi et moi, j’étais là, debout dans un salon chaud et douillet, ne sachant si je devais croire ou non à ce que la boite magique me montrait. Et puis un cri attira mon attention. Un cri de terreur. Il provenait de dehors. Sans réfléchir alors je courus vers la porte, l’ouvris et dévalai les marches du perron me menant dans le jardinet envahi par la neige. Je regardai à gauche et à droite mais personne ne se trouvait dans la rue ni aux alentours. Le voisin était visiblement rentré chez lui et l’enfant sur son vélo avait disparu. Le cri se fit entendre à nouveau. Je tournai la tête et m’aperçus qu’il venait de l’arrière de la maison voisine. Je fis le tour de ma bâtisse, la neige craquant sous mes pas. J’avançai précautionneusement, ne sachant pas ce que j’allais trouver là derrière. Je passai la tête au-dessus de la barrière, découvrant la cour de la voisine. Je fus complètement abasourdi par ce que je vis. Elle se tapait la tête contre la porte d’entrée. De l’autre côté de celle-ci, je distinguai sa fille, à l’origine du cri qui m’avait entrainé jusqu’ici. Le visage de sa mère était couvert de sang et boursouflé mais elle ne semblait pas réceptive à la douleur, comme anesthésiée. Elle continuait à frapper de son visage le bois de la porte en un rythme régulier, presque musical. La petite Loren criait derrière la vitre. Les yeux et la bouche grand ouverts, la terreur les déformant. C’est à ce moment-là que j’eus la très mauvaise idée de parler. « Madame ! » m’entendis-je dire tout haut. Ma voix raisonna dans le froid glacial et j’entendis presque l’air se briser comme du cristal tout autour de moi. Ma voisine tourna lentement la tête dans ma direction, un grotesque rictus au coin des lèvres. Son regard affamé se posa sur moi. Je restai immobile et j’arrêtai de respirer. Pendant ce qu’il me sembla être une éternité mais qui ne dura probablement pas plus de quelques secondes, elle me dévisagea de son œil vitreux. Sa fille s’était arrêté de crier et observait la scène derrière son carreau puis, elle se mit à me faire de grands gestes de la main comme pour me dire de fuir. C’est alors que sa mère se mit à courir vers moi d’une façon gauche et désordonnée, ses chaussons roses écrasant la neige de leurs délicates semelles dorées. Je reculai alors instinctivement, trébuchai sur une pierre et m’étalai durement sur l’épais manteau blanc. Quant à elle, elle se jeta sur la clôture séparant nos deux jardins. Elle tomba et se releva aussitôt, se lançant de plus belle et de plus en plus fort contre les lattes de bois, qu’elle commençait à faire bouger. « Madame ! » criai-je à nouveau, « Pour l’amour de Dieu, arrêtez ! » mais elle continuait, encore et encore. Une latte céda, puis une seconde. Je me relevai alors rapidement et pris mes jambes à mon cou, courant comme un dératé vers ma maison. Je grimpai quatre à quatre les marches du perron et refermai la porte derrière moi. Dans le salon la télévision était restée allumée, les images d’émeutes défilant toujours, le journaliste répétant de ne pas sortir de chez soi jusqu’à nouvel ordre. Je me précipitai alors vers le téléphone et composai le numéro de la police. Je mis un certain temps à réaliser que l’appel n’aboutissait pas, les lignes étaient en dérangement. 

Et puis tout était allé très vite. Je ne sais comment la voisine avait réussi à ouvrir la porte mais elle y était arrivé. Elle s’était faufilé à travers le salon avec l’intention évidente de faire de ma personne son prochain repas. Je ne sais pas non plus comment j’avais réussi à lui échapper mais il faut croire que la peur m’avait en quelque sorte donné des ailes. Je m’étais alors enfui à travers les rues, aussi vite que j’avais pu, sans me retourner. J’avais finalement découvert l’étendu du chaos. D’autres voisins, d’autres personnes se lançaient à ma poursuite. En très peu de temps le petit groupe se transforma en une foule. Je courrai droit devant moi, essayant d’éviter les malades qui tentaient de me barrer le chemin. Mon cœur cognait fort dans ma poitrine, les muscles de mes jambes me faisaient mal mais pourtant je continuais ma course effrénée à travers les rues de mon village enneigé. J’aperçus du coin de l’œil une femme se faire rattraper par ces fous qui la mirent à terre. Mon instinct de survie m’empêcha de comprendre la triste vérité du sort qui lui était réservé. Je serais devenu aussi fou que ces monstres sans cela.

J’atteignis enfin l’entrée du village et me précipitai vers ce qui était l’entrée des égouts. La nuit était maintenant complètement tombée. J’avais réussi à mettre quelques distances avec mes agresseurs et je m’engouffrai dans ce que j’espérais être une cachette efficace. Je me baissai afin de progresser rapidement dans l’étroit tunnel et me recroquevillai contre une paroi, le souffle court. Je fus presque heureux de trouver avec moi quelques rats galopant dans l’eau gelée. Eux, au moins, étaient normaux. Des rats, oui, mais des rats d’un commun rassurant.

-----

C’est en me remémorant ces dernières heures angoissantes et en essayant de trouver une explication à tout cela que je continuai mon avancée vers les habitations qui semblaient pour le moment avoir retrouvé leur calme. J’osai à peine respirer, mes yeux étaient partout et nulle part à la fois. Mes nerfs étaient à vifs, mon sang pulsait dans mes tempes à une vitesse folle. Malgré le froid qui me rongeait et engourdissait mes membres, je suais à grosses gouttes. 

Je pénétrai dans l’enceinte d’une propriété. Mes pas crissaient sous le manteau blanc qui recouvrait la pelouse. J’avançai, restant accroché à mon arme, prêt à m’en servir si un fou venait à surgir. Tout était calme. Je ne savais pas si cela était bon signe ou non. Je ne savais pas si ce silence morbide n’annonçait pas en fait une tempête qui se voudrait redoutable. J’atteignis la porte de la maison. Je tournai le bouton de celle-ci et elle s’ouvrit sans le moindre mal. La maison n’était pas silencieuse, j’entendais des voix. Je pénétrai lentement et sans bruit dans le couloir de l’entrée, mes chaussures laissant de grosses traces humides sur le tapis beige. Je continuai donc mon avancée vers le salon que je pouvais deviner sur ma droite. La télévision était restée allumée, de là provenaient les voix que j’avais entendues en entrant. Sur le canapé, face au poste, un homme était assis. Je m’arrêtai, surpris. Était-il mort ou vivant ? Ou... enragé ? Je me tenais derrière lui à environ trois mètres. Je me mis à respirer plus fort et mon cœur se mit à cogner dans ma poitrine sans que je puisse contrôler quoi que ce soit. L’angoisse me fit trembler encore un peu plus et le cric que je tenais dans la main se mit à danser dans les airs de façon presque amusante. À  la télévision, le journaliste continuait son speech : Nous avons maintenant la confirmation que tout ceci est lié à une attaque bactériologique... Le virus incriminé avait été volé au début de ce mois dans le plus grand laboratoire de recherche situé en Alaska... Nous n’en savons pas plus sur l’identité du groupe terroriste à l’origine de cette catastrophe mondiale... Le journaliste se mit d’un coup à transpirer à grosses gouttes et peina à suivre le rythme du prompteur. Les mots ne sortaient désormais plus de sa bouche avec autant de fluidité qu’avant. Il semblerait…que… excusez-moi… Il jeta un coup d’œil sur le côté de la caméra. Ses yeux inquiets semblaient vouloir dire quelque chose à quelqu’un mais il essaya de poursuivre néanmoins. Il semblerait que… les personnes atteintes…finissent par mourir au bout… au bout de quelques… de quelques… heures… Son visage était devenu blême et ses yeux avaient rougi. Il commença à trembler et de la bave coula de sa bouche. Je regardais l’écran, comme hypnotisé, oubliant même le probable cadavre qui me tenait compagnie dans ce salon inconnu. Le présentateur commença alors à haleter, comme un chien. Il avait visiblement beaucoup de mal à respirer. J’entendais crier dans le studio, les techniciens autour paniquaient mais n’osaient probablement pas approcher l’homme qui était en train de se faire dévorer par le virus tant redouté. Puis d’un coup, il se leva de son siège, regarda autour de lui… Et fonça sur la caméra. Je fis un pas en arrière. L’image se coupa, des parasites la remplacèrent. Sous le choc de ce que je venais de voir en direct, mes jambes me lâchèrent et je m’écroulai sur l’épaisse moquette. Un virus. J’osais à peine y croire. Mais lorsque mon regard se posa à nouveau sur le canapé, je me remis sur pieds avec une dextérité incroyable, mon cric bien serré dans mes mains. « Hey ! », lançai-je, « je suis armé ! » comme si cela avait pu être une menace face à un enragé. « Levez-vous doucement » ordonnai-je. Mais rien ne bougea. Je m’approchai et contournai le canapé avec méfiance. Devant l’homme, je relâchai la pression sur mon arme. Effectivement, un cadavre me faisait face. C’était un vieux monsieur. Ses cheveux gris étaient collés par plaques sur son crâne, là où le sang avait coagulé. Ses yeux entrouverts laissaient deviner la vague de tristesse et de désespoir qui l’avait sans doute envahi lorsqu’il avait rendu son dernier souffle. Peut-être avait-il repris conscience un court instant ? Peut-être avait-il réalisé toute l’horreur qu’il était en train de vivre, ou toutes les horreurs qu’il avait fait subir aux malchanceux qui avaient croisé son chemin ? Sa chemise grise et son pantalon côtelé beige étaient parsemés de taches sombres. Je ne savais pas s’il s’agissait de sang et je n’étais pas assez curieux pour aller m’en assurer. Je n’avais jamais vu de cadavre de ma vie. Encore moins dans cet état-là. J’avais l’impression d’être dans un film où le héros se trouvait face à une réalité inconcevable. Une réalité qu’il aurait voulu repousser de toutes ses forces. Je fermai les yeux et les images de ma fuite me revinrent alors. La voisine, la course, ma cachette inespérée, les rues désertes, les voitures en feu et ce silence malsain depuis que le jour s’était levé. Cette peur qui me prenait aux tripes, cette incompréhension qui paralysait mon esprit. Comment tout ceci avait put-il être aussi rapide ? Comment tous les habitants d’un village avaient pu être rayés de la carte en une nuit ? Et moi ? Pourquoi n’étais-je pas touché par cette folie qui s’était emparée de tous ? Pouvais-je considérer cela comme de la chance ? N’aurait-il pas mieux valu que je disparaisse avec eux ? 

Je rouvris les yeux lorsque le cadavre reprit vie. Sa bouche tordue émit un gargouillis totalement grotesque lorsqu’il me vit. Un bruit d’envie. Mon cœur s’arrêta de battre, le temps s’arrêta de s’écouler. Tout se figea, même le mort. Je voulus bouger mais je n’y parvins pas. Mes jambes n’obéissaient pas à mon cerveau qui s’obstinait à les convaincre de se mettre en marche. « Bouge ! » entendis-je en écho au fond de moi-même. « Bouge, cours et ne te retourne pas ! ». Mais rien n’y fit, l’horreur me clouait sur place. En revanche, l’homme commença à remuer plus que dangereusement et il tendit une main grise vers moi. Je sentis ses doigts effleurer mon mollet, alors que je tentais vainement de le frapper avec mon cric. J’aurais juré l’entendre rire. Mais peut-être était-ce tout simplement la folie qui commençait à me gagner ? Il réussit à m’attraper le bas du pantalon. Visiblement satisfait de sa prise, il commença à tirer dessus et à me faire avancer dangereusement vers lui. Sa bouche avançait à ma rencontre, prête à mordre et à satisfaire ce désir irrésistible qu’elle avait de me dévorer. Et puis un peu de mes forces me revinrent tout de même et j’arrivai à agiter la jambe pour me dégager de son emprise. Malheureusement il était bien accroché et malgré le fait que, de toute évidence, il était mort, il semblait bien plus vivant que moi. Je secouais ma jambe de plus belle et arrivai finalement à le frapper à la tête. Mes gestes n’étaient pas très précis mais je réussis tout de même à le toucher à la tempe. Sa peau terne se fendit et une espèce de liquide qui devait être un mélange de sang et d’autres matières que je ne saurais reconnaitre s’en échappèrent. Il ne sembla pas ressentir la moindre douleur mais émit un grognement. De toute évidence, le coup que je lui avais asséné l’avait mis en colère et il se redressa avec une vivacité qui me surprit. Il bondit sur moi et ses mains agrippèrent mes épaules d’une poigne étonnement ferme. Mon cric tomba sur la moquette et je me retrouvai désarmé. La force du mort-vivant me déséquilibra et nous tombâmes ensemble sur le sol, roulant presque comme deux amoureux en plein ébat. Malgré sa puissance, j’arrivai à me dégager et à prendre le dessus. Je le plaquai au sol, essayant d’éviter sa bouche qui ne cherchait que ma chair. Le cric n’était pas tombé bien loin et j’essayai de maintenir le corps sans vie mais pourtant bien vif du vieil homme entre mes jambes. Je parvins finalement à récupérer mon arme, et quand je la tins bien en main, je lui assainis autant de coup que je pus. Crâne, mâchoire, nez, menton, tout y passa. Je m’entendais hurler, comme un dément – comme un enragé – tandis que ses os se brisaient sous mes assauts. Puis je ne sentis plus le moindre soubresaut sous mes cuisses. Je finis par m’arrêter. La sueur dégoulinait sur mon visage, ma respiration était saccadée. 

Je me remis finalement debout, me laissant tomber en arrière sur le canapé. Une nausée monta du fond de ma gorge lorsque je réalisai ce que je venais de vivre. Je détournai mon regard du corps gisant sur le tapis. Je croisai mon reflet dans le miroir accroché au-dessus de la cheminée en marbre : mes yeux étaient rouges et mon visage luisant. « Qu’est-ce que… ? » essayai-je d’articuler à voix haute. Les mots ne voulaient pas sortir de ma bouche, comme si mes lèvres ne m’obéissaient plus. Mon esprit s’embuait petit à petit et ma vue se troubla. Une immense chaleur m’envahit tandis que je sentis mon cœur geler dans ma poitrine. 

Dehors, j’entendis un cri. Un cri respirant la terreur.

Je me levai, plus vivant que jamais. 

La chasse était ouverte.

 Le sérum

Catherine Loiseau



Catherine Loiseau est née en 1985 et vit recluse dans le Nord de la France, où elle se prépare à l’apocalypse zombie. Elle pratique l’escrime de la Renaissance pour apprendre à décapiter efficacement les morts-vivants et possède une collection d’épées qui lui serviront lorsque les hordes de zombies déferleront sur nous. 

L’écriture n’est qu’un prétexte qui lui sert à effectuer différentes recherches, emmagasiner des connaissances et tester pléthores de scénarios, dans le but de s’entraîner à la survie. 

Catherine Loiseau est l’auteur de plusieurs nouvelles, publiées chez Etherval, Lune Écarlate, L’Ivrebook, Brins d’éternité, Nouveau Monde, Mots et légendes… Elle publie actuellement un feuilleton steampunk sur des voyageurs planaires : « La Ligue des ténèbres » (http://catherine-loiseau.fr/la-ligue-des-tenebres). Elle espère qu’en cas d’attaque qu’elle ne pourrait maîtriser, Sam, Tom, Lady Astley et le professeur Nutter auront la gentillesse de la récupérer à bord de la Tédesplen, afin de la déposer sur un monde un peu mieux fréquenté. 

Si vous aussi vous souhaitez partager son entraînement et découvrir son univers, rendez-vous sur son site (http://catherine-loiseau.fr/), ou sur Facebook (https://www.facebook.com/cat.loiseau?ref=hl) et Twitter (https://twitter.com/Sombrefeline)


***


Le 30 mars 1892 reste pour beaucoup de Parisiens un jour important, celui où le sinistre Ravachol fut arrêté après sa série de méfaits. Une victoire pour la République.

Mais pour moi, cette date possède une autre signification tout aussi douloureuse. Il s’agit du moment où ma vie a volé en éclats. 

Bien trop occupée à dégoiser sur les anarchistes, la presse n’a pas relayé les évènements qui se sont déroulé rue de la Tour et, quelque part, je lui en sais gré. Toutes les vérités ne sont pas bonnes à être connues du grand public. Cela dit, je dois coucher sur le papier ce qui m’est arrivé. Les mots m’aident à ne pas oublier ce que j’étais et à comprendre un peu ce que je suis devenue. Écrire me permet de ne pas lâcher prise. 


***


Je me nomme Émilie Jacquet, fille d’un couple de la petite bourgeoisie. Mon père, un commerçant, avait gagné des sommes considérables grâce à un héritage et de judicieux investissements en bourse. Il avait acheté une maison rue de la Tour à Paris. Ni ma sœur ni moi n’avons connu le manque durant notre enfance. Ma mère s’enorgueillissait de la réussite des Jacquet. 

Hélas, un revers de fortune et un placement douteux rognèrent sérieusement les capitaux de la famille. Mon père en conçut une vive contrariété. Les tracas eurent raison de sa santé. Fragile, il succomba à une attaque. J’avais seize ans, ma sœur Églantine quatorze.

Nous vivotâmes pendant quelques années, avant de nous rendre à l’évidence : il nous fallait travailler. Je devins institutrice tandis qu’Églantine trouvait un poste de gouvernante. Mon oncle Albert, marin, nous aida du mieux qu’il put. Ma mère était de constitution faible et le décès de mon père l’avait durement éprouvée, nous lui épargnâmes donc les tracas d’un emploi.

L’administration me nomma dans une école de la campagne picarde. Ma sœur resta gouvernante un temps, puis elle rencontra un apothicaire, Auguste, qu’elle épousa pour qu’il subvienne à ses besoins et à ceux de ma mère. Le jeune couple emménagea dans la maison familiale. Mon oncle Albert s’absentait souvent pour des voyages en mer. Je trouvais de moins en moins de raisons pour retourner à Paris, me contentant d’écrire de loin en loin. De toute façon, Églantine et moi ne nous étions jamais vraiment entendues, la séparation ne nous pesait guère. 

Une lettre me força néanmoins à revenir à Paris. Ma mère était au plus mal. 


***


J’arrivai le 28 mars, en fin d’après-midi. Nul n’avait jugé bon de venir me chercher à la gare, je pris donc un fiacre qui me déposa sur le perron.

Je retrouvai avec des émotions mitigées la maison dans laquelle j’avais grandi. La pluie avait défraîchi la façade en divers endroits. Je remarquai que les rideaux au rez-de-chaussée, ,donnant sur la rue semblaient neufs, mais pas ceux à l’étage. Ma mère et ma sœur ne roulaient pas sur l’or, mais refusaient de le montrer aux voisins. La famille devait paraître respectable. 

La demeure était plus étriquée que dans mon souvenir, grise et sale. La pluie qui noyait Paris contribuait à l’atmosphère lugubre des lieux. Ou peut-être ma tristesse nimbait-elle la maison de ce halo pesant. 

La porte n’était pas fermée. Je la poussai. Le vestibule était plongé dans la pénombre. Églantine se rua pour m’accueillir et me serra dans ses bras. Elle n’avait jamais aimé les effusions et les démonstrations d’affection. Je compris alors que j’arrivai trop tard. Notre mère était morte.


***


Ma sœur tint absolument à ce que nous organisions une veillée funèbre. Je ne me montrai pas favorable à cette idée, mais elle insista. C’était soi-disant à la mode chez les grands de ce monde, il fallait suivre la tendance, paraître, encore et toujours. Toute à mon chagrin, je ne trouvai pas l’énergie pour me battre. Je finis par capituler. 

Églantine aimait le dramatique. De nous deux, elle était la plus capricieuse et fantasque. Elle excellait dans l’art de mettre en scène ses humeurs pour obtenir ce qu’elle désirait. Je la laissai agir à sa guise et me retranchai dans mon ancienne chambre pour pleurer ma mère. 

Les années avaient distendu les liens qui nous unissaient, mais je n’aurais pas cru que sa mort puisse autant m’attrister. Une partie de mon passé s’était envolée avec elle et je savais au fond de moi que, l’enterrement terminé, je ne franchirai plus le seuil de cette demeure. Comme cette pensée était prophétique !

La veillée débuta le 29 mars au soir. Ma sœur avait congédié la bonne et la cuisinière pour l’occasion. Nous étions seuls dans la maison. 

Je me préparai, revêtant une robe de crêpe noire à la coupe simple, avant de descendre au salon où ma mère reposait. La coutume aurait voulu que nous veillions ma mère dans une chambre, mais pour une fois, j’approuvai le choix d’Églantine : le petit salon bleu avait toujours constitué sa pièce favorite. Il était logique que la cérémonie se tienne en ces lieux. 

Ma mère gisait sur un lit piqué de lys, ses fleurs préférées. Elle avait l’air de dormir. Sa maigreur me frappa. Où était donc passée la femme joviale et replète dont je me souvenais ? Je me sentis finalement heureuse de ne pas avoir assisté à son déclin et de pouvoir garder intacte sa mémoire. 

Je saluai mon oncle Albert, venu de Nantes pour l’enterrement. Albert n’était pas très proche de sa défunte sœur, qui ne lui avait jamais pardonné de choisir la carrière de marin. Néanmoins, il se tenait là, droit et digne, et la peine que je lisais sur son visage buriné n’était pas feinte.

Je m’assis entre lui et ma sœur. Églantine sanglotait bruyamment et se tamponnait les yeux avec un mouchoir en dentelle. Elle portait une robe noire à la coupe ridicule, à coup sûr l’une des dernières modes qu’elle tentait de suivre. À côté d’elle, son mari Auguste lui tapotait la main. Il affichait un air triste de circonstance, mais je le connaissais assez pour savoir qu’il comptait en réalité combien allait lui rapporter l’héritage et ce qu’il pourrait investir dans son affaire d’apothicaire.

Ma sœur avait annoncé dans tout le quartier que nous ouvrions à tous la veillée. Néanmoins, seules trois personnes poussèrent notre porte d’entrée. Ma mère avait vécu en recluse les dernières années de sa vie et ne possédait pas beaucoup d’amis. Pour Églantine et son mari, voir les voisins déserter la veillée constituait un camouflet. Nul doute qu’on allait jaser. Pour ma part, je m’estimais heureuse de ne pas devoir affronter une horde d’étrangers venus se repaître de notre malheur. 

Les premiers invités furent le docteur Laserre et un jeune homme. Le médecin avait soigné mon père, puis ma mère sur les dernières années de sa vie. Lorsqu’il aperçut le corps, son visage rond aux cheveux blancs bouclés laissa apparaître une peine sincère. Il nous adressa, à ma sœur et moi, ses condoléances, avant de nous présenter le garçon qui l’avait accompagné.

— Alexandre, mon neveu, étudiant à la faculté. Je le forme pour prendre ma succession.

Alexandre était un jeune homme pâle à la figure dissimulée derrière une mèche rebelle de cheveux noirs. Il semblait mal à l’aise et nous salua avec timidité. J’échangeai quelques politesses avec lui, avant d’aller me rasseoir.

Le dernier invité de cette funeste soirée arriva un peu avant huit heures. Lorsqu’elle entendit la sonnerie de la porte, Églantine se leva d’un bond.

— C’est lui ! s’exclama-t-elle.

Elle fila accueillir le nouveau venu et revint en tenant par le bras un curieux homme qui me déplut immédiatement. 

— Voici le professeur Courbet, un ami de la famille, déclara Églantine.

Il devait s’agir d’un ami récent, car je ne le connaissais pas. Je l’étudiai : sa silhouette longiligne était aussi décharnée que celle d’un vautour famélique. Son nez crochu rappelait d’ailleurs le bec de cet oiseau. Il portait un complet défraîchi et il émanait de sa personne une odeur douceâtre, mélange de mauvais savon, de naphtaline et de poussière.

Il prit place dans le salon. Le silence tomba. Ma sœur marmonnait des prières. Mon oncle Albert se taisait, mais ne quittait pas le lit de mort du regard. Le docteur et son neveu gardaient la tête baissée. M. Courbet observait avec attention la pièce, les yeux écarquillés. 

J’aurais voulu que tous sortent pour pouvoir demeurer seule avec ma mère une dernière fois. Hélas, les conventions m’empêchaient de les mettre à la porte. J’avais beau déjà traîner une réputation de mégère, la compréhension de ma famille atteignait ses limites.

Nous restâmes donc assis tous ensemble, dans le silence, jusqu’à ce que les simagrées du professeur Courbet me deviennent intolérables. 

— Monsieur, vous semblez chercher quelque chose. Puis-je vous demander quoi ? m’enquis-je le plus poliment possible. 

L’homme me regarda, puis reporta son attention sur le plafond de la pièce, qu’il examina avec insistance. 

— Je sens comme une présence ici. Un spectre.

Je levai les yeux au ciel d’exaspération et m’apprêtai à lui adresser une répartie cinglante, mais ma sœur se montra hélas plus rapide. 

— Ooooooh ! s’exclama-t-elle d’un air extasié.

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