Hommage à la vérité , par un magistrat à la cour royale de Paris

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Migneret (Paris). 1815. France (1814-1824, Louis XVIII). In-8 °. Pièce.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1815
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Cet écrit, composé au commencement de Juin dernier ,
devait être imprimé à la fin de ce mois. lies évènemens
étant venus lui enlever le mérite de l'à-propos, l'Auteur
avait renoncé à le rendre public; mais quelques personnes
éclairées ayant pensé que la publication pouvait encore en
être utile , l'Auteur a cru devoir déférer à leur avis. Aucun
changement n'a été fait au manuscrit, et l'ouvrage paraît
tel qu'il eût paru il y a deux mois.
HOMMAGE
PAR UN MAGISTRAT A LA COUR ROYALE DE PARIS.
A PARIS,
Chez
MIGNERET, Imprimeur, rue du Dragon, N.°20,
faubourg Saint-Germain ;
Et les marchands de Nouveautés.
I8I5.
HOMMAGE
A LA VÉRITÉ.
APRÈS de longs orages, la France respirait sous
un monarque sage et pacifique ; elle commen-
çait à jouir de ce calme heureux qui est le pre-
mier bienfait de l'état social. Une révolution
subite vient de la replacer sur l'abîme. Cette ré-
volution est-elle arrivée par la faute du monar-
que et par la volonté de la nation ? ou bien
est-elle l'ouvrage de quelques hommes , et ces
hommes sont-ils comptables des suites qu'elle
peut avoir ? Voilà à quoi se réduisent tant de
questions si laborieusement agitées par nos po-
litiques depuis trois mois.
Il me semble qu'il n'y a pas en France un
homme de bonne-foi qui ne trouvât dans sa
conscience la solution de ce problème , si des
écrivains, dont la profession publique est de
mentir, ne venaient, par les suppositions les
plus absurdes et les plus odieux sophismes ,
déplacer sans cesse l'état de la question, et je-
ter de l'obscurité sur l'évidence même. Il n'est
1
(a)
pas besoin d'indiquer la source de ces impos-
tures ; mais il faut confondre les imposteurs.
J'essa'yerai de le faire : j'élèverai contre eux
une voix libre et française; et si je reste au-
dessous de mon sujet, au moins sera-t-on forcé
de convenir que je l'ai traité avec toute l'im-
partialité permise dans une cause où il s'agit
de l'honneur et du salut de la France.
On dit que la révolution dont nous venons
d'être témoins était inévitable; que si elle
n'avait été faite par l'armée, elle l'aurait été
bientôt par le peuple ; que la France ne pou-
vait supporter long-temps une domination im-
posée par l'étranger , une famille dont le réta-
blissement était le prix d'une capitulation oné-
reuse à la nation et injurieuse pour sa gloire.
On dit qu'en nous octroyant une charte qui
devait être discutée avec nous, ou soumise à
notre acceptation , Louis XVIII a méconnu les
droits du peuple ; que les princes de sa maison,
au lieu d'adhérer à cette prétendue concession
de l'autorité royale, en minaient sourdement
les principes ; et qu'une telle opposition, soute-
nue par l'influence d'un ministère perfide,
menaçait visiblement la nation du retour des
droits-féodaux et de la dîme, et les propriétaires
de biens nationaux d'une dépossession pro»
chaîne.
(3)
On dit que les Bourbons après un séjour de
vingt-quatre ans chez nos ennemis , ne pou-
vaient rapporter en France ni des moeurs, ni
des principes, ni des coeurs français; qu'essen-
tiellement ennemis du peuple qui a fait la ré-
volution , de nos libertés , de nos institutions ,
de notre gloire, ils n'offraient de garantie réelle
en France, qu'à une classe privilégée dont l'in-
térêt a toujours été en opposition avec l'inté-
rêt général ; et que devant nécessairement suc-
comber dans cette lutte inégale des vieux préju-
gés contre l'esprit du siècle, il est heureux pour
nous que leur chute soit arrivée dans un temps
où l'Empereur, saisissant de nouveau le timon
de l'Etat, pût éteindre parmi nous les fermens
d'une guerre intestine, nous soustraire au joug
de l'Europe, et nous replacer au rang glorieux
dont la fortune , ou plutôt là trahison nous a
fait descendre.
Entrons de bonne-foi dans l'examen de ces
griefs, et voyons si la nation française et la
famille royale se trouvaient réellement dans cet
état d'hostilité qui présageait l'affermissement
de l'une ou la chute de l'autre.
D'abord , est-il bien vrai que la restauration
des Bourbons ait été l'ouvrage de l'étranger ?
C'est tout ce qu'on pourrait dire, si la guerre
qui a amené les alliés à Paris, eût été com-
1..
(4)
mencée par eux, et si elle eût eu pour objet
d'imposer à la France une domination étran-
gère , un souverain repoussé par le voeu natio-
nal. Mais il est assez prouvé que l'invasion de
la France n'a été qu'une suite de l'nggression
de l'Empereur contre la Russie, de sa folle
ambition , et de son obstination à refuser, après
les plus grands revers , une loi qu'il avait si
souvent imposée à l'Europe dans le cours de
ses prospérités. Il est douteux que sous les murs
même de Paris , et lorsqu'ils eurent déclaré
qu'ils ne traiteraient jamais avec l'Empereur,
les Souverains Alliés fussent fermement disposés
en faveur des Boitrbons , et l'on doit penser
que l'un d'eux au moins n'était pas entré en
France pour y renverser la dynastie impériale.
Mais il y avait, en Europe comme en France ,
un voeu unanime, un besoin généralement
Senti, celui d'une paix durable. Une expérience
de vingt-cinq ans avait démontré l'influence
de notre organisation intérieure et de notre
système politique, sur le repos du monde. Il
fallait une révolution dans ce système , et une
garantie réelle , pour assurer la paix générale.
Tout ce qu'il y avait en France d'hommes
éclairés et véritablement amis de leur patrie,
reconnut que l'existence politique de l'Empe-
reur était désormais inconciliable avec le salut
(5)
de l'Etat. On s'accorda sur la- nécessité de sa
déchéance ; et comme on voulait respecter ses
jours, et qu'à cette condition l'établissement
d'une régence n'offrait aucune garantie, toutes
les vues se tournèrent vers le rappel des
Bourbons.
Déjà une partie du Midi s'était déclarée ; le
cri de vive le Roi retentissait dans Paris. On
avait à craindre une guerre civile. On se repré-
sentait les troubles , les intrigues , et mille dan-
gers inséparables d'une minorité. On se ressou-
vint du gouvernement paternel des Bourbons.
Le Roi fut proclamé par le Sénat, par les Re-
présentants du peuple , par les premières auto-
rités de l'Etat; il fut reconnu par les souverains
de l'Europe. Bientôt arrivèrent de toutes les
parties de la France, des adresses d'adhésion ,
où l'on voyait éclater l'amour le plus vrai, la
joie la plus touchante : adresses bien différen-
tes de ces vaines protestations que la crainte
ou la séduction nous avaient arrachées en d'au-
tres temps ; adresses votées spontanément, et
dans lesquelles on sera toujours forcé de recon-
naître la libre expression du voeu public. Dira-
t on que ce voeu a été influencé parla présence
des Alliés en France ? La chose est possible ;
mais cette influence se bornait aux moyens
d'insinuation ; elle n'a rien opéré par la force
( 6)
le sentiment qui ramenait les Français vers la
famille des Bourbons, était unanime. M. Carnot
nous l'a dit : les Alliés n'occupaient pas le
quart de la France ; et leur influence était si
peu nécessaire au Roi, qu'à son entrée dans la
capitale son premier soin fut d'éloigner de lui
les armées étrangères , ce qu'il n'eût jamais fait
s'il eût été rétabli contre le voeu de la nation.
Il n'est donc pas vrai que la famille royale
ait été rétablie en France par une force étran-
gère. Si l'entrée des Alliés à Paris, a été l'oc-
casion de son rétablissement, elle n'en a pas
été la cause. Ce qui a ramené les Bourbons,
c'est l'état où l'Empereur avait réduit la France ;
la certitude de voir empirer cet état sous le pou-
voir d'un maître absolu , aventureux et insa-
tiable , le besoin de la paix, d'une réconcilia-
tion franche et durable avec l'Europe ; en un
mot , c'est la force des choses et l'intérêt bien
senti de la nation française.
Mais quand il serait reconnu que les souve-
rains de l'Europe eussent influé d'une manière
plus directe sur la restauration de la famille
royale , serait-ce une raison pour qu'elle nous
fût odieuse? Qu'y avait-il d'humiliant pour
nous à choisir un souverain agréable à l'Eu-
rope, ou à recevoir des Alliés un prince que
nos voeux demandaient ? N'était-ce donc rien ,
(7)
après vingt ans d'une guerre d'extermination,
que de voir nos destinées confiées à un prince
dont la sagesse, les vertus et les malheurs
même nous garantissaient un règne doux et
pacifique ? Supposera-t-on que les Alliés , en
nous donnant le Roi, aient eu pour objet le-
fùtur abaissement de la France ? La France est
d'un poids trop influent dans la balance poli-
tique de l'Europe , pour qu'il entre jamais dans
les combinaisons de l'intérêt général, de la ré-
duire à un rôle subalterne. Mais si tel eût été-
le dessein des puissances étrangères , qui les-
enrpêchait de le mettre à exécution , lorsque ,
maîtresses de notre capitale, elles n'avaient plus
à combattre qu'une poignée de soldats fatigués
de la guerre , et un peuple tombé dans le der-
nier découragement ? Ce qu'elles n'ont pas fait
alors, elles ne voudront jamais le faire ; et d'ail-
leurs , elles devaient connaître le noble carac-
tère du Roi, et savoir, ce que nous avons vu
depuis , que le Roi était incapable de manquer
aux lois de l'honneur. Il a pris solennellement
au congrès la défense du Roi de Saxe et du Roi
des Deux-Siciles. Quand on soutient ainsi la
cause des malheureux t on sait, au besoin,.dé-
fendre la sienne.
Quel intérêt pouvait donc porter les Souve-
rains de l'Europe à rétablir les Bourbons eia
(8)
France ? celui de nous voir gouvernés par un
prince ami de la paix. Eh ! cet intérêt n'était-il
pas aussi le nôtre ? La gloire d'une nation con-
siste-t-elle donc toute entière à faire le désespoir
des nations voisines ? et n'est-il pas temps enfin
que nous renoncions à cette politique turbu-
lente qui, après avoir fait le malheur de l'Eu-
rope durant vingt années, nous a précipités
nous-mêmes dans un abîme de maux ? Où ce
barbare système doit-il aboutir ? à' la ruine to-
tale de la France. La destruction et la mort que
nous rapportent nos amis , vaudraient - elle
mieux que la paix offerte par nos ennemis ?
J'en appelle à tous les bons Français , à tous les
vrais amis de la patrie ; en est-il un seul, dont
la paix de Paris n'ait surpassé les espérances ,
dont la modération des Alliés n'ait excité l'ad-
miration , dont le retour des Bourbons n'ait
comblé les voeux ?
Et si l'on oppose à cette heureuse époque de
la restauration tous les maux que nous avions
faits à l'Europe , et les représailles que nous
avions à craindre, et l'état de dissolution où
nous étions réduits, qui osera se plaindre en-
core de ceux qui nous ont rappelés à la vie, de
ceux qui nous ont ramené , avec le Roi, toutes
les garanties politiques et sociales , la sécurité
la paix et le bonheur ?
(9)
Ah! qu'ils sont cruels et dignes de l'exécra-
tion publique ces ambitieux effrénés, ces agi-
tateurs perfides, qui ont fait succéder si rapide-
ment à cette heureuse révolution l'état affreux
où nous sommes ! et combien nous devons dé-
plorer l'aveuglement des hommes qui ont con-
senti à rapporter sur la France les fléaux dont
la Providence nous avaient si heureusement
délivrés.
Mais, non contens d'avoir déshonoré leur
pays par la plus indigne trahison, non contens
d'avoir attiré sur nous tous les malheurs qui
nous menacent, les factieux nous accusent ; ils
nous signalent à la haine populaire ; ils rou-
vrent les cachots de 90 ; ils veulent encore une
fois qu'il n'y ait en France , de libres et d'im-
punis , que les coupables. Mais ils ne conjureront
pas l'orage prêt à fondre sur notre patrie. Le
règne de l'imposture est de courte durée. Bien-
tôt ils paraîtront dans leur nudité , et le peuple
désabusé par le sentiment de ses maux , cher-
chera ses victimes parmi les monstres qui l'ont
trompé.
L'illusion de l'armée durera-t-elle plus long-
temps ? Le soldat a pu être égaré par d'anciens
souvenirs , séduit par des promesses fallacieuses,
entraîné par la défection de quelques traîtres ;
mais une année de braves , une armée de Fran-
(10)
çais rentrera tôt ou tard dans le chemin de
l'honneur. Quoiqu'elle eût assez fait depuis
quinze ans pour l'ambition de son chef, elle a
dû l'honorer encore et le plaindre dans sa dis-
grâce. Mais dégagée de tout serment par la
volonté nationale et par l'abdication formelle
de l'Empereur, elle ne pouvait ni le rappeler,
ni- le servir. Une armée n'est pas un troupeau
d'esclaves qui appartienne à un homme, c'est
une réunion de citoyens qui appartient à l'état.
Comment le soldat français a-t-il cueilli ces
lauriers immortels , que la trahison seule pou-
vait flétrir? c'est en servant loyalement la France
sous les divers gouvernemens qu'elle s'est don-
né sdepuis vingt-cinq ans. Ce qui était un de-
voir sous Louis XVI, sous la Convention, sous
le Directoire, sous le Premier Consul e t sous l'Em-
pereur, devenait-il une honte sous Louis XVIII?
Et l'armée qui n'a pas trahi Robespierre devait-
elle abandonner le Roi ? Les talens funestes d'un
conquérant, les vaines promesses d'un ambi-
tieux et les manoeuvres odieuses de ses com-
plices, devaient-ils séparer le soldat du citoyen?
devaient-ils pousser l'armée à sacrifier l'existence
de vingt-cinq millions d'hommes à l'intérêt d'un
seul ? Non. Le soldat a donc trahi le plus sacré
des devoirs; il a été trompé ; il l'a été de la ma-
nière la plus grossière, et le voile est près de
( 11 )
tomber. L'armée française maudira bientôt
ceux qui ont trafiqué de sa gloire , ceux qui ont
vendu son sang, ceux qui l'ont arrachée aux
drapeaux de la France pour l'enchaîner aux
bannières de l'île d'Elbe. Ne voit-elle pas déjà
les honneurs civils et militaires , la faveur , le
pouvoir et la fortune enlevés à ce qtie la France
a de plus glorieux , pour élever au-dessus de
nous et de nos enfans, ce que notre révolution.
a produit de plus abject, ce que l'île d'Elbe nous
a ramené de plus vil ? Ne voit-elle pas les an-
ciens compagnons de sa gloire et les plus fidèles
serviteurs de la France, sacrifiés à des hommes
de néant, dont le nom nous serait inconnu , si
la trahison n'y eût attaché une honte ineffa-
çable ? L'armée se dira bientôt, qu'un Roi rap-
pelé au trône par le choix de la nation et les
voeux de l'Europe , valait bien un chef ramené'
par une poignée d'Italiens, de Polonais et de
Corses. Elle appréciera ce que le Roi avait fait
pour elle. Elle saura quelle est la différence
entre des promesses mensongères et des bienfaits
réels , entre un ambitieux qui détruit et un sage
qui répare, entre une gtierre d'extermination
et un repos honorable. Elle reconnaîtra enfin
qu'il n'y a de vrais Français que ceux qui aiment
la France ; qu'une armée cesse d'être nationale,
dès qu'elle sacrifie la patrie à un seul homme
(12)
qu'il n'y a ni honneur, ni sûreté à servir des
factieux , et que la véritable gloire est là où se
trouvent les gens de bien.
Et comment l'illusion du peuple et de Par- '
mée pourrait-elle se soutenir , lorsqu'une ex-
périence de tous les jours vient accuser la four-
berie de nos oppresseurs ? La paix, la liberté ,
le bonheur , le retour de l'impératrice , le
triomphe de Murât, la neutralité de l'Autriche
et de l'Angleterre, l'insurrection de l'Italie ,
de la Belgique , de la Pologne, les déchiremens
de l'Espagne, et l'union de toute la France ;
voilà ce qu'ils nous ont promis. Que nous don-
nent-iis ? des cachots ou des fusils , des impôts
arbitraires, des confiscations, une inquisition ,
des proscriptions, la misère et la guerre ci-
vile au dedans, et au dehors, une guerre à mort
avec l'Europe toute entière.
Il n'est donc pas vrai que le retour des Bour-
bons , et la paix de Paris, en admettant même
qu'ils fussent l'ouvrage de l'étranger, aient eu
rien d'onéreux ni d'injurieux pour la France ;
il n'est pas vrai que le Roi ait compromis notre
gloire , en signant dans sa capitale une conven-
tion que l'Empereur, à la tête de cinq cent
mille hommes, offre d'exécuter, si l'Europe
veut reconnaître son usurpation. C'est la vio-
lation de ce traité qui va perdre la France, et
( 13)
c'est l'Empereur qui l'a rompu. Il est donc le
seul ennemi de la France , et loin qu'elle eût
des motifs de haine contre les Bourbons, et
qu'elle ait désiré leur chute , il est certain
qu'elle a béni leur retour , et qu'elle gémit de
les avoir perdus.
Pesons maintenant les reproches qu'on élève
contre l'administration du Roi.
« Au mépris du titre électif qui l'appelait au
» trône, Louis XVIII invoquant un droit d'hé-
» redite prescrit depuis vingt-trois ans, s'est
» avisé d' octroyer au peuple français, une
» charte constitutionelle qu'il devait recevoir
» de Lui, ou soumettre à son acceptation ,
» et il a daté son premier acte de la 19.e année
» de son règne. »
Lorsque l'on engage, en face des nations, un
procès de cette importance , au moins faudrait-
il être conséquent, et se mettre d'accord avec
soi-même.
Accuser le Roi d'avoir méprisé le titre électif
qui l'appelait au trône , c'est reconnaître , ce
me semble , qu'il a été appelé en France parle
choix de la nation , et c'est reconnaître de plus
qu'il a été légalement et régulièrement ap-
pelé. Car si le choix eût été nul, le Roi n'était
pas tenu de le respecter , et l'accusation tom-
berait d'elle-même ; mais si le choix a été libre
( 14)
et régulier, pourquoi avoir accusé les Bourbons
d'être revenus en France par les baïonnettes
étrangères ? et de quel droit l'Empereur et ses
partisans sont-ils venus nous subjuguer par
d'autres baïonnettes ?
« Nous n'avions pas été consultés , disent
» les soldats de l'île d'Elbe, et tout ce qui a été
» fait sans nous est nul et de toute nullité. »
Nul doute que les Leudes de Buonaparte ne
soient gens de conseil et d'un très-bon conseil ;
mais où a-t-on vu que la nation française fût
tenue de prendre leur avis pour règle de ses
décisions ? Est-ce là le résultat des profondes
méditations de leur chef ? est-ce là le compen-
dium de ce système libéral qu'il vient substituer
aux préjugés gothiques de la féodalité , et à la
domination tyrannique des Bourbons ?
Quoi ! notre honneur est intéressé à repous-
ser les prétentions de ces nobles à qui nous
avons permis, au bout de vingt-cinq ans,
de baiser la cendre de leurs pères ; et la volonté
nationale doit se courber respectueusement de-
vant cette aigle Prétorienne qui vient s'abattre
sur la plage de Cannes ! et l'armée Française
qui a juré de défendre le Roi et la nation toute
entière qui est menacée dans sa personne, veut
être redressée , corrigée, ramenée à l'honneur
et au devoir par une poignée d'avanturiefs,
( 15)
la plupart étrangers à la France ! Ah, conve-
venons-en , si le destin nous a condamnés à
l'humiliation, celle-ci en vaut bien une autre.
Mais sous le bon plaisir des braves , qu'il
nous soit permis de leur remontrer que , jus-
qu'au traité de Fontainebleau , nous n'étions-
pas dans l'usage de prendre leur avis dans les
matières politiques; que nous avions une règle
bien plus sûre dans les commandemens de leur
maître ; et que ce maître ayant une fois abdiqué,
nous pouvions raisonnablement nous croire dis-
pensés de faire ratifier son abdication par des
hommes qui n'ont jamais eu d'autre vouloir ,
d'autre sort, d'autre intérêt, d'autre honneur
que le sien.
Nous tiendrons donc pour constant, jusqu'à
ce que l'argument des baïonnettes nous ait
démontré le contraire, que la nation a pu, sans
consulter ces huit cents braves , appeler Louis
XVIII au trône ; que s'il y est arrivé à ce titre,
il devait y rester , et que ceux qui l'en ont
chassé , sont de véritables rebelles.
« Mais encore une fois , le Roi, dédaignant
» le voeu du peuple , a réclamé le droit de
» succession , et daté ses premiers actes de la
» 19.me année de son règne. »
Eh! où trouve-t-on que le Roi ait rejeté le
choix du peuple ? A-t-il dit quelque part qu'il
( 16)
ne remontait sur le trône que par droit de suc-
cession, et qu'il ne voulait rien devoir au choix
du peuple? Non. Il a expressément dit le con-
traire. J'ouvre la déclaration donnée à Saint-
Ouen le 2 mai 1814 5 et les premières paroles
que j'y vois, sont celles-ci : Rappelé par l'amour
de notre peuple au trône de nos pères Et
quelques lignes plus bas se trouve l'engagement
formel de respecter les garanties réservées par
l'acte du Sénat du 6 avril précédent. Voilà le
contrat formé entre la Nation et le Souverain ,
voilà les bases de la constitution posées ; et
qu'importe, après cela , dans quelle forme ces
principes seront développés, si le fond reste le
même ? Qu'importe le préambule de la charte
et la manière dont elle est datée ? Fallait-il donc
que le Roi renonçât textuellement à ce droit
d'hérédité qu'on ne lui contestait pas alors, et
dont sa famille a joui pendant huit cents ans?
Pouvait-on raisonnablement exiger de lui une
pareille renonciation ? et cette renonciation
n'eût-elle pas été une inconséquence , lorsqu'il
était évident que le premier titre de Louis-Sta-
nislas-Xavier de France, au choix de la Nation,
était Sa qualité d'héritier du dernier Roi ?
Est-ce au principe, de l'hérédité que les dé-
tracteurs du Roi font la guerre ? Mais, outre
que ce principe est de l'essence de toute mo-

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