Hommage aux dames , par C.-L. D. [Ducollet-Dandi]

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Barba (Paris). 1831. 23 p. ; in-12.
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Publié le : samedi 1 janvier 1831
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HOMMAGE
PRIX : 1 FIIANC.
A PARIS,
CHEZ BARBA, ET CHEZ THERY, PALAIS-ROYAL;
A VERSAILLES,
CHEZ BARRESWIL, AYENGE DE SAIHT-CI.OUD.
Octobre 1831,
6 HOMMAGE AUX DAMES.
Je l'ai fait ; d'y briller, si je n'eus point l'honneur,
De m'occuper de vous j'eus du moins le bonheur!
Le bonheur! C'est un songe enfanté par la peine ,
Un superbe fantôme, une chimère vaine !
Voilà le cri commun de cent peuples divers,
Enfin le seul écho de ce triste univers,
Où l'orgueil, à l'honneur, sans cesse fait la guerre,
Où la vertu gémit, où la fourbe prospère !
Hélas ! que je vous plains , misérables mortels,
Vous, de votre infortune artisans criminels;
Vous , dont la vanité fait toute la science,
Et vous met au dessus de votre conscience !
Vous vous creusez toujours des abîmes nouveaux ,
Les remords bien souvent sont vos premiers bourreaux
Mais, pour que tout espoir soit banni de voire ame ,
L'univers désolé n'a-t-il plus une femme?
Eh quoi ! c'est au milieu de ce sexe enchanteur
Que vos coeurs abattus ignorent le bonheur !
Ah ! je le sens trop bien, votre conduile impie
Osa trahir l'objet de notre idolâtrie.
HOMMAGE AUX DAMES.
Si vous êtes chargé de son inimitié,
Votre sort est affreux et digne dé pitié !
Tels, enflammant le sein de la liquide plaine,
Dans des tems orageux les seuls frères d'Hélène,
De leurs feux protecteurs réfléchis par les flots,
Viennent rendre l'espoir aux tristes matelots :
Tel, au milieu des maux qui troublent notre vie,
Pour nous ce sexe aimable est le puissant Génie
Dont la seule présence apaise nos douleurs,
Et chasse loin de nous jusqu'aux moindres vapeurs.
Si, d'ennuis dévoré , le visage sévère,
Je cherche quelquefois un endroit solitaire
Pour rêver à mon aise à mes longs déplaisirs ;
Alors que ma douleur s'exhale en vains soupirs ,
Une femme , en ce lieu, par hasard amenée,
Vient-elle à se montrer à mon aine étonnée,
A son aspect, mon sang reporté vers mon coeur ,
Sur mon front tout à coup imprime là pâleur.
J'ai senti frissonner, tressaillir tout mon être !...
Ce désordre bientôt venant à disparaître ,
8 HOMMAGE AUX DAMES,
Mon esprit abattu déjà revient à lui;
A travers mes tourmens, quelque espérance a lui ;
C'en est fait ! je bannis un chagrin trop funeste.
Mon coeur a palpité! Cette beauté céleste
Enivre tous mes sens ! et tant d'anxiété,
Dans mes yeux a fait place à la félicité.
Dieux! quels ravissemens s'emparent de mon ame !
Je me sentais de glace, et je suis tout de flamme !
Son seul contact embaume un air rendu plus pur !
Et le ciel, pour la voir, se couronne d'azur !
Oui, la femme autour d'elle entraîne une atmosphère
De vie et de bonheur, qui brûle et régénère !
De la nature elle est la gloire et l'ornement ;
Des fêtes, des banquets, c'est l'ame et le brillant.
Veut-on que l'enjoùment, l'allégresse y réside?
Il n'est qu'un seul moyen : que la femme y préside.
C'est elle qui, l'hiver, quand les jours sont trop courts ,
D'une aimable veillée en prolonge le cours.
Est-il de voluptés ailleurs que sous l'empire
D'un sexe dont le sceptre est un léger sourire ,
Sous les traits de Vénus, toujours représenté
Par les Grâces , les Ris, et les Jeux escorté !
HOMMAGE AUX DAMES. 0
O doux présent des dieux pour nous pleins de clémerfce,
Femme ! à qui nous devons , avec notre existence
( Que tu nous accordas sur un lit de douleur ),
Et le soin de former sur ton vertueux coeur
Notre esprit, nos penchans et notre caractère ,
Les titres et de fils, et d'époux et de père !
Oui, c'est de ton coeur seul, aimable déité,
Que l'homme attend, obtient tant de félicité.
Comme fils, il te voit près de lui, sans relâche ,
Remplir avec orgueil ta glorieuse tâche,
Et le berçant encore au retour du soleil,
Et surprise d'avoir oublié le sommeil.
Iras-tu t'y livrer? Oh! non! ton sein le presse !
Rien ne paraît pénible à ta sublime ivresse !
Semblable à ce flambeau, riche dispensateur
De vie et de lumière , ensemble et de chaleur ,
Qui, depuis cinq mille ans , de son feu vierge encore
Réchauffe l'univers du couchant à l'aurore :
La femme pour les siens est un foyer d'amour ,
Sur tous , sans s'épuiser, s'épenchant tour à tour.
10 HOMMAGE AUX DAMES.
Dans l'âge périlleux qui, n'étant plus l'enfonce,
Précède l'âge mûr, enfin l'adolescence,
L'homme , loin de sa mère , et quoique faible encor,
Se voit-il obligé de prendre son essor ?
A la science , aux arts , qui l'excite et l'enflamme?
Qui dirige ses goûts? c'est encore une femme !
C'est son jeune Mentor. Ah ! l'homme bien souvent
A dû son avenir à son premier penchant.
Ils sont bien doux les droits qu'a sur lui son amante !
Mais quel est leur pouvoir 1 qu'elle devient pressante !
Par des succès hardis , s'il doit seul mériter
L'hymen que tous les deux brûlent de contracter.
Combien ce doux espoir d'obtenir son amie
.Vient élever son ame , étendre son génie !
Dans les arls, quel champion voudra se mesurer
Avec celui qu'Amour doit sans cesse inspirer?
Dans la science, il doit soutenir une thèse,
Oh! qu'à sa soif de gloire un peu d'attente pèse!
Accourez , accourez , venez remplir les bancs,
Vous qui voulez lutter, débiles aspirans !
HOMMAGE AUX DAMES./ 11
Vous aussi soyez prêts , faiseurs de syllogismes,
Avez-vous recueilli tous vos nombreux sophismes?
Vous n'en eûtes jamais tant besoin qu'aujourd'hui.
Voyez ! paraître et vaincre est Un vrai jeu pour lui !
Son triomphe est complet! Enfin elle est gagnée,
Cette thèse qu'il a si Iong-tems dédaignée !
Il montre ses lauriers à tous les yeux surpris,
Et sa fidèle amante en est le noble prix!
Epoux, il la possède, il voit à son côté
Le chef-d'oeuvre du ciel, un ange de beauté!
Oui, je crois que les dieux, pour nous faire une amie,
Ont tari les secrets de l'art et du génie!.
i
Reconnais , dans l'objet de tes saintes amours,
Celle qui pour jamais doit embellir tes jours ,
Tendre époux! que ta foi solennelle et constante,
Lui fasse aimer le titre et d'épouse et d'amante.
Mais , par un juste orgueil tendrement prévenu,
Au rang des immortels tu te crois parvenu î
Ton bonheur est pareil : le Maître du tonnerre ,
Vingt fois a recherché la Reine de la terre.

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