Huysmans - Oeuvres LCI/72

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Ce volume contient les Oeuvres Complètes de Joris-Karl Huysmans



CONTENU DE CE VOLUME :


Version 3.0 01/04/2016


ŒUVRES
FICTION

ROMANS
MARTHE, HISTOIRE D’UNE FILLE (1877)

LES SŒURS VATARD (1879)

EN MÉNAGE (1881)

À REBOURS (1884)

EN RADE (1887)

LÀ-BAS (1891)

EN ROUTE (1895)

LA CATHÉDRALE (1898)

L’OBLAT (1903)
NOUVELLES
SAC AU DOS (1877 et 1880)

À VAU-L’EAU (1882)

UN DILEMME (1887)

LA RETRAÎTE DE M. BOUGRAN (1888)
PROSE

CROQUIS, POÈMES EN PROSE
LE DRAGEOIR AUX ÉPICES (1874)

CROQUIS PARISIENS (1880)

LA MAGIE EN POITOU: GILLES DE RAIS (1897)

LA BIÈVRE ET SAINT-SÉVERIN (1898)

SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM (1901)

DE TOUT (1902)

LES FOULES DE LOURDES (1906)

TROIS ÉGLISES ET TROIS PRIMITIFS (1908)
CRITIQUES D’ART
L’ART MODERNE

CERTAINS
PIÈCES NON RECUEILLIES
MÉLANGES EN REVUES

ÉTUDES ET PRÉFACES
PANTOMIME
PIERROT SCEPTIQUE , avec Léon Hennique(1881)
ANNEXES
LA CONVERSION DE M. HUYSMANS (1895)

LE SATANISME ET J. K. HUYSMANS (1902)

LES DERNIÈRES COLONNES DE L’ÉGLISE, L. Bloy (1903)

HUYSMANS CONVERTI LITTÉRAIRE. (1904)

HUYSMANS INTIME (1908)

UNE SÉANCE DE SPIRITISME CHEZ J.-K. HUYSMANS. (1908)

SOUVENIRS SUR HUYSMANS, R. de Gourmont (1909)

PRIÈRES ET PENSÉES CHRÉTIENNES (1910)

LE VRAI J.-K. HUYSMANS (1912)

UNE ÉTAPE DE LA CONVERSION DE HUYSMANS (1912)

J.-K. HUYSMANS ET LE SATANISME (1913)

SUR LA TOMBE DE HUYSMANS, R. de Gourmont (1913)

HUYSMANS OCCULTISTE ET MAGICIEN (1913)


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Publié le : vendredi 1 avril 2016
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782918042259
Nombre de pages : non-communiqué
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JORIS-KARL HUYSMANS
ŒUVRES COMPLÈTES LCI/72

 

La collection ŒUVRES de lci-eBooks se compose de compilations d’œuvres appartenant au domaine public. Les textes d’un même auteur sont regroupés dans un volume numérique à la mise en page soignée, pour la plus grande commodité du lecteur.

 

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MENTIONS

 

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ISBN : 978-2-918042-25-9

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VERSION

 

Version de cet ebook : 3.0 (02/04/2016), 2.0 (29/09/2015)

 

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SOURCES

 

Huysmans.org : Les foules de Lourdes, Sac au dos (1877), L’art moderne, Certains, La magie en Poitou, De tout, Mélanges en revue, Etudes et préfaces, La conversion de M. Huysmans, Le satanisme et J.-K. Huysmans, Huysmans converti littéraire, Huysmans intime, Une séance de spiritisme chez J. K. Huysmans, Souvenirs sur Huysmans, Le vrai J.-K. Huysmans, Huysmans occultiste et magicien.

Wikisource : Le drageoir aux épices, Marthe (ABU), Croquis parisiens (IA), Sac au dos (1880) (Gallica), En ménage, Pierrot sceptique (IA), A vau-l’eau, Un dilemme(IA), A rebours (Archive.org), En rade (Gallica), Là-bas (Huysmans.org) , En route (Gallica), La cathédrale (IA), La Bièvre et Saint-Séverin (Gallica), Sainte Lydwine de Schiedam (IA), L’oblat (Huysmans.org), Trois églises et trois primitifs (Gallica), Les dernières colonnes de l’église, Prières et pensées chrétiennes (IA).

La Bibliothèque Électronique du Québec : Les sœurs Vatard,

La bibliothèque numérique romande: La retraite de M. Bougran :

Project Gutenberg :J.-K. Huysmans et le satanisme (BnF/Gallica).

Internet Archive : Une étape de la conversion de Huysmans (University of Toronto, Robarts - University of Toronto)

Illustrations Internet Archive : A rebours, Croquis parisiens; A vau-l'eau;

Un dilemme, L’oblat, Trois églises et Trois primitifs, Huysmans intime, Pierrot sceptique; pantomime, Une étape de la conversion de Huysmans   (University of Toronto, Robarts - University of Toronto) ; Là-bas, Les foules de Lourdes  (University of Ottawa, Robarts - University of Toronto) ; Marthe, Le drageoir aux épices (University of Ottawa, The Centre for 19th Century French Studies - University of Toronto) ; Certains, De tout, J.-K. Huysmans, converti littéraire, Huysmans, occultiste et magicien, J.-K. Huysmans, converti littéraire, Prières et pensées chrétiennes,Le vrai J.K. Huysmans, La conversion de M. Huysmans, En ménage (University of Toronto, Kelly - University of Toronto) ; L'art moderne (Sloan Foundation, Getty Research Institute) ; La cathédrale, En rade, En route, A Vau-l'eau, L'art moderne, Sur la tombe de Huysmans  (University of Ottawa) ; Sainte Lydwine de Schiedam (University of Toronto, PIMS - University of Toronto) ; Une séance de spiritisme chez J.-K. Huysmans (University of British Columbia Library) ; La Bièvre : avec vingt-trois dessins et un autographe de l'auteur (University of Toronto, University of Ottawa)

 

–Références bibliographiques : Huysmans.org

–Couverture :salon-litteraire.com

–Page de Titre : societe-huysmans.paris-sorbonne.fr

–Image Pré-sommaire : circa 1895, Archive.org. Wikimedia Commons.

 

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LISTE DES TITRES

CHARLES MARIE GEORGESHUYSMANS (1848 – 1907)

img3.pngFICTION

img4.pngROMANS

img5.pngMARTHE, HISTOIRE D’UNE FILLE (1877)

img5.pngLES SŒURS VATARD (1879)

img5.pngEN MÉNAGE (1881)

img5.pngÀ REBOURS (1884)

img5.pngEN RADE (1887)

img5.pngLÀ-BAS (1891)

img5.pngEN ROUTE (1895)

img5.pngLA CATHÉDRALE (1898)

img5.pngL’OBLAT (1903)

img4.pngNOUVELLES

img5.pngSAC AU DOS (1877 et 1880)

img5.pngÀ VAU-L’EAU (1882)

img5.pngUN DILEMME (1887)

img5.pngLA RETRAÎTE DE M. BOUGRAN(1888)

img3.pngPROSE

img4.pngCROQUIS, POÈMES EN PROSE

img5.pngLE DRAGEOIR AUX ÉPICES (1874)

img5.pngCROQUIS PARISIENS (1880)

img5.pngLA MAGIE EN POITOU: GILLES DE RAIS (1897)

img5.pngLA BIÈVRE ET SAINT-SÉVERIN (1898)

img5.pngSAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM (1901)

img5.pngDE TOUT (1902)

img5.pngLES FOULES DE LOURDES (1906)

img5.pngTROIS ÉGLISES ET TROIS PRIMITIFS (1908)

img4.pngCRITIQUES D’ART

img5.pngL’ART MODERNE (1883)

img5.pngCERTAINS (1889)

img4.pngPIÈCES NON RECUEILLIES

img5.pngMÉLANGES EN REVUES

img5.pngÉTUDES ET PRÉFACES

img3.pngPANTOMIME

img6.pngPIERROT SCEPTIQUE , avec Léon Hennique(1881)

img3.pngANNEXES

img6.pngLA CONVERSION DE M. HUYSMANS (1895)

img6.pngLE SATANISME ET J. K. HUYSMANS (1902)

img6.pngLES DERNIÈRES COLONNES DE L’ÉGLISEL. Bloy (1903)

img6.pngHUYSMANS CONVERTI LITTÉRAIRE. (1904)

img6.pngHUYSMANS INTIME (1908)

img6.pngUNE SÉANCE DE SPIRITISME  CHEZ J.-K. HUYSMANS. (1908)

img6.pngSOUVENIRS SUR HUYSMANS, R. de Gourmont  (1909)

img6.pngPRIÈRES ET PENSÉES CHRÉTIENNES (1910)

img6.pngLE VRAI J.-K. HUYSMANS (1912)

img6.pngUNE ÉTAPE DE LA CONVERSION DE HUYSMANS (1912)

img6.pngJ.-K. HUYSMANS ET LE SATANISME (1913)

img7.pngSUR LA TOMBE DE HUYSMANS, R. de Gourmont (1913)

img6.pngHUYSMANS OCCULTISTE ET MAGICIEN (1913)

PAGINATION

Ce volume contient 1 480 569 mots et 4 466 pages

1. LE DRAGEOIR AUX ÉPICES : 55 pages

2. MARTHE, HISTOIRE D’UNE FILLE : 73 pages

3. LES SŒURS VATARD : 184 pages

4. CROQUIS PARISIENS : 97 pages

5. SAC AU DOS : 56 pages

6. EN MÉNAGE : 232 pages

7. PIERROT SCEPTIQUE : 32 pages

8. À VAU-L’EAU : 47 pages

9. L’ART MODERNE : 126 pages

10. À REBOURS : 205 pages

11. EN RADE : 146 pages

12. UN DILEMME : 53 pages

13. LA RETRAÎTE DE M. BOUGRAN : 20 pages

14. CERTAINS : 100 pages

15. LÀ-BAS : 260 pages

16. EN ROUTE : 332 pages

17. LA MAGIE EN POITOU: GILLES DE RAIS : 23 pages

18. LA CATHÉDRALE : 345 pages

19. LA BIÈVRE ET SAINT-SÉVERIN : 105 pages

20. DE TOUT : 177 pages

21. SAINTE LYDWINE DE SCHIEDAM : 246 pages

22. L’OBLAT : 323 pages

23. TROIS ÉGLISES ET TROIS PRIMITIFS : 104 pages

24. LES FOULES DE LOURDES : 180 pages

25. MÉLANGES EN REVUES : 385 pages

26. ÉTUDES ET PRÉFACES : 146 pages

27. LA CONVERSION DE M. HUYSMANS : 20 pages

28. LE SATANISME ET J. K. HUYSMANS : 14 pages

29. LES DERNIÈRES COLONNES DE L’ÉGLISE : 35 pages

30. HUYSMANS CONVERTI LITTÉRAIRE : 16 pages

31. HUYSMANS INTIME : 20 pages

32. UNE SÉANCE DE SPIRITISME CHEZ J.-K. HUYSMANS : 18 pages

33. SOUVENIRS SUR HUYSMANS : 9 pages

34. PRIÈRES ET PENSÉES CHRÉTIENNES : 46 pages

35. LE VRAI J.-K. HUYSMANS : 116 pages

36. UNE ÉTAPE DE LA CONVERSION DE HUYSMANS : 20 pages

37. J.-K. HUYSMANS ET LE SATANISME : 28 pages

38. SUR LA TOMBE DE HUYSMANS : 41 pages

39. HUYSMANS OCCULTISTE ET MAGICIEN : 20 pages

 

LE DRAGEOIR AUX ÉPICES

Le Drageoir aux épices, Dentu, 1874

Les Éditions G. Crès et Cie, 1921.

suivi de Pages retrouvées (Autour des fortifications, La grande place de Bruxelle)

55 pages

VI  LA KERMESSE DE RUBENS

VII  LÂCHETÉ

VIII CLAUDINE

IX  LE HARENG SAUR

X  BALLADE CHLOROTIQUE

XI  VARIATION SUR UN AIR CONNU

XII  L’EXTASE

XIII  BALLADE EN L’HONNEUR DE MA TANT DOUCE TOURMENTE

XIV  LA RIVE GAUCHE

XV  À MAÎTRE FRANÇOIS VILLON

XVI  ADRIEN BRAUWER

XVII  CORNÉLIUS BÉGA

XVIII  L’ÉMAILLEUSE

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SONNET LIMINAIRE

Des croquis de concert et de bals de barrière ;
La reine Marguerite, un camaïeu pourpré ;
Des naïades d’égout au sourire éploré,
Noyant leur long ennui dans des pintes de bière ;
 
Des cabarets brodés de pampres et de lierre ;
Le poète Villon, dans un cachot, prostré ;
Ma tant douce tourmente, un hareng mordoré,
L’amour d’un paysan et d’une maraîchère :
 
Tels sont les principaux sujets que j’ai traités :
Un choix de bric-à-brac, vieux médaillons sculptés,
Émaux, pastels pâlis, eau-forte, estampe rousse,
 
Idoles aux grands yeux, aux charmes décevants,
Paysans de Brauwer, buvant, faisant carrousse,
Sont là. Les prenez-vous ? À bas prix je les vends
.

I
 
ROCOCO JAPONAIS

Ô toi dont l’œil est noir, les tresses noires, les chairs blondes, écoute-moi, ô ma folâtre louve !

J’aime tes yeux fantasques, tes yeux qui se retroussent sur les tempes ; j’aime ta bouche rouge comme une baie de sorbier, tes joues rondes et jaunes ; j’aime tes pieds tors, ta gorge roide, tes grands ongles lancéolés, brillants comme des valves de nacre.

J’aime, ô mignarde louve, ton énervant nonchaloir, ton sourire alangui, ton attitude indolente, tes gestes mièvres.

J’aime, ô louve câline, les miaulements de ta voix, j’aime ses tons ululants et rauques, mais j’aime par-dessus tout, j’aime à en mourir, ton nez, ton petit nez qui s’échappe des vagues de ta chevelure, comme une rose jaune éclose dans un feuillage noir.

II
 
RITOURNELLE

Défunt son homme la roua de coups, lui fit trois enfants, et mourut tout imprégné d’absinthe.

Depuis ce temps, elle patauge dans la boue, pousse la charrette, hurle à tue-tête : Il arrive ! il arrive !

Elle est ineffablement laide. C’est un monstre qui roule sur un cou de lutteur une tête rouge, grimaçante, trouée d’yeux sanglants, bossuée d’un nez dont les larges ailes, des soutes à tabac, pullulent de petits bulbes violacés.

Ils ont bon appétit, les trois enfants ; c’est pour eux qu’elle patauge dans la boue, pousse la charrette, hurle à tue-tête : Il arrive ! il arrive !

Sa voisine vient de mourir.

Défunt son homme la roua de coups, lui fit trois enfants, et mourut tout imprégné d’absinthe.

Le monstre n’a pas hésité à les recueillir.

Ils ont bon appétit, les six enfants ! À l’ouvrage ! à l’ouvrage ! Sans trêve, sans relâche, elle patauge dans la boue, pousse la charrette, hurle à tue-tête : Il arrive ! il arrive !

III
 
CAMAÏEU ROUGE

La chambre était tendue de satin rose broché de ramages cramoisis, les rideaux tombaient amplement des fenêtres, cassant sur un tapis à fleurs de pourpre leurs grands plis de velours grenat. Aux murs étaient appendus des sanguines de Boucher et des plats ronds en cuivre fleuronnés et niellés par un artiste de la Renaissance.

Le divan, les fauteuils, les chaises, étaient couverts d’étoffe pareille aux tentures, avec crépines incarnates, et sur la cheminée que surmontait une glace sans tain, découvrant un ciel d’automne tout empourpré par un soleil couchant et des forêts aux feuillages lie de vin, s’épanouissait, dans une vaste jardinière, un énorme bouquet d’azaléas carminées, de sauges, de digitales et d’amarantes.

La toute-puissante déesse était enfouie dans les coussins du divan, frottant ses tresses rousses sur le satin cerise, déployant ses jupes roses, faisant tournoyer au bout de son pied sa mignonne mule de maroquin. Elle soupira mignardement, se leva, étira ses bras, fit craquer ses jointures, saisit une bouteille à large ventre et se versa, dans un petit verre effilé de patte et tourné en vrille, un filet de porto mordoré.

À ce moment, le soleil inonda le boudoir de ses lueurs rouges, piqua de scintillantes bluettes les spirales du verre, fit étinceler, comme des topazes brûlées, l’ambrosiaque liqueur et, brisant ses rayons contre le cuivre des plats, y alluma de fulgurants incendies. Ce fut un rutilant fouillis de flammes sur lequel se découpa la figure de la buveuse, semblable à ces vierges du Cimabué et de l’Angelico, dont les têtes sont ceintes de nimbes d’or.

Cette fanfare de rouge m’étourdissait ; cette gamme d’une intensité furieuse, d’une violence inouïe, m’aveuglait ; je fermai les yeux et, quand je les rouvris, la teinte éblouissante s’était évanouie, le soleil s’était couché !

Depuis ce temps, le boudoir rouge et la buveuse ont disparu ; le magique flamboiement s’est éteint pour moi.

L’été, cependant, alors que la nostalgie du rouge m’oppresse plus lourdement, je lève la tête vers le soleil, et là, sous ses cuisantes piqûres, impassible, les yeux obstinément fermés, j’entrevois, sous le voile de mes paupières, une vapeur rouge ; je rappelle mes souvenirs et je revois, pour une minute, pour une seconde, l’inquiétante fascination, l’inoubliable enchantement.

IV
 
DÉCLARATION D’AMOUR

Je sens sourdre dans mon âme une indicible rage, quand je pense à toi, Ninon. Qu’une fille à qui sa mère a dit : Tu es jeune, tu es belle, tu es vierge, cela se vend ; que cette fille se livre à un libertin riche et tombe de degré en degré aux excès les plus dégradants, je l’excuse ; qu’une fille se donne par amour à un homme qui, après l’avoir mise enceinte, l’abandonne comme un lâche qu’il est ; que cette fille s’étale devant le premier venu pour nourrir son enfant, celle-là, je la plains ; mais qu’une fille bien élevée, qui est à même de gagner honnêtement sa vie, se roule, de propos délibéré, dans toutes les fanges et dans toutes les sanies, celle-là, je la hais et je la méprise.

Entends-tu, ribaude infâme, je te hais, je te méprise… et je t’aime !

V
 
LA REINE MARGOT

J’avais travaillé toute la journée ; me sentant un peu las, je sortis pour fumer un cigare. Le hasard conduisit mes pas, à Grenelle, devant une guinguette à cinq sous d’entrée avec droit à une consommation.

On danse dans un jardin planté d’arbres et de becs de gaz. L’orchestre s’est installé au fond, sur une petite estrade, et un municipal adossé à un arbre fume une cigarette et jette un regard indifférent sur la tourbe malpropre qui grouille à ses côtés. Je contemple curieusement les habitués du bal. Quel monde ! des ouvriers gouailleurs, la casquette sur l’oreille, les mains crasseuses évasant la poche, les cheveux plaqués sur les tempes, la bouche avariée exsudant le jus noirâtre du brûle-gueule ; des femmes mafflues, opaques, vêtues de robes élimées, de linge roux et gras, coiffées de crinières ébouriffées, exhalant les senteurs rancies d’une pommade achetée au rabais chez un épicier ou dans un bazar.

Tandis que j’examine ce fourmillement de vauriens et de drôlesses, le silence se fait tout à coup, et, à un signal du chef d’orchestre, la flûte siffle, les cuivres mugissent, la grosse caisse ronfle, le basson bêle, et hommes, femmes vont, viennent, s’élancent, reculent, s’étreignent, se lâchent, se tordent, se disloquent et lancent la jambe en l’air.

J’en avais assez vu ; je me levais pour sortir, quand parut, au détour d’une allée, une créature d’une étrange beauté.

On eût dit un portrait du Titien, échappé de son cadre. L’amas de ses cheveux bruns, légèrement ondés sur le front, faisait comme un repoussoir à la morne pâleur de son visage. Les yeux bien fendus scintillaient bizarrement, et la bouche, d’un rouge cru, ressortait sur ce teint blanc comme un caillot de sang tombé dans du lait. Son costume était simple : une robe noire, décolletée amplement, découvrant des épaules grasses. Aucune bague ne serrait ses doigts, aucune pendeloque n’étirait ses oreilles ; seuls, de minces filets d’or ruisselaient sur sa gorge nue, qu’éclairaient de lueurs vertes des émeraudes incrustées dans un médaillon d’or fauve.

Comment était-elle ici ? Comment elle, si belle, si élégante, coudoyait-elle cette plèbe immonde ? Mais ce n’est pas possible, cette femme n’habite pas Grenelle ! son amant n’est pas ici ! Je cherchais à résoudre cette énigme, quand une espèce d’ouvrier pâle, narquois, mâchonnant un bout de cigarette, une cravate rouge flottant sur une blouse décolletée, s’approcha d’elle et colla ses lèvres peaussues sur sa mignonne bouche rose. Elle lui rendit son baiser, et l’empoignant à plein corps se mit à valser. Il la serrait dans ses bras, et elle, la tête rejetée en arrière, les lèvres mi-closes, moirées de frissons de lumière, se pâmait voluptueusement sous les brûlants effluves de son regard.

Était-ce possible ! cet homme était son amant ! Eh oui, c’était son amant ! C’est une fille entretenue par un jeune homme riche, beau, bien élevé, qui l’adore et qu’elle exècre parce qu’il est riche, beau, bien élevé, et qu’il est entêté d’elle jusqu’à la folie ! Celui qu’elle aime, le voilà ! c’est ce goujat rabougri. Ah ! celui-là ne la traite pas avec respect, n’obéit pas à ses caprices, ne lui parle pas un langage passionné ; celui-là l’insulte, la fouaille, et elle frémit de crainte et de désir, quand elle subit ses brutales caresses !

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