Hygiène publique. Du moyen de prévenir la phthisie par l'emploi des hypophosphites, par J.-Francis Churchill,...

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V. Masson (Paris). 1859. In-8° , 32 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1859
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HYGIEN^ExUBLIQUE
DU MOYEN
DE
PRÉVENIR LA PHTHISIE
PAR L'EMPLOI
DES HYPOPHOSPHITES
SOUS PRESSE, PAR LE MÊME AUTEUR
DE LA CAUSE IMMÉDIATE DE LA PHTHISIE PULMONAIRE ET DE SON TRAITEMENT
SPÉCIFIQUE PAR LES HYPOPHOSPHITES. DEUXIÈME ÉDITION. UN VOL. IN-8". '
HYGIENE PUBLIQUE
DU MOYEN
DE
PRÉVENIR LA PHTHÏSIE
PAR L EMPLOI
DES HYPOPHOSPHITES
l'Ait
FRANCIS CHURCHILL, D. M. P.
PARIS
LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON
17, HUE DE L' ÉCOLE DE MÉDECINE
18 5 9
L'Auteur «e réservo lo droit u« traduotlon
^s^iis^SBSKXi?;
AVANT-PROPOS
Les pages suivantes sont la traduction d'une lettre que j'ai
adressée, il y a quelque temps , à l'un des principaux jour-
naux des Étals-Unis, Ma découverte du remède spécifique de
la phthisie pulmonaire a été publiée pour la première fois en
juillet 1857, dans un mémoire adressé à l'Académie de méde-
cine, et reproduit dans un ouvrage intitulé : De la cause im-
médiate et du traitement spécifique de la phthisie pulmonaire
et des maladies tuberculeuses, qui a paru en octobre de la
même année. Ce livre a été épuisé très-rapidement et ne se
trouve plus dans le commerce de la librairie depuis plus d'un
an. J'ai retardé l'impression de la seconde édition parce
que j'ai voulu soumettre les opinions que j'avais avancées à
l'épreuve d'une observation clinique prolongée. Cette épreuve-
est aujourd'hui finie, et les résultats en seront publiés sous peu
de jours. Si je semble anticiper aujourd'hui sur cette publica-
tion, c'est parce que le traitement de la phthisie, par sa na-o
ture même et par les difficultés qu'il soulève, ne peut guère
être compris que par les médecins, et que c'est à eux seuls
que s'adressera mon livre. Au contraire, la prophylaxie, ou
moyen de prévenir cette triste maladie , pour être réellement
utile el pour devenir d'un emploi universel, doit pouvoir
— 6 —
s'expliquer en termes assez généraux et en même temps assez
précis pour être à la portée de tous les esprits cultivés. J'ose
me flatter que l'exposé que j'en donne dans les pages suivantes
réunit ces deux conditions.
Pour apprécier quelle est l'importance de celte question, il
suffit de songer que parmi toutes les causes de misère qui affligent
l'humanité, la phthisie occupe peut-être le premier rang. Elle
détruit un sixième de notre espèce. Dans les grandes villes,
elle moissonne la fleur de la population, puisque, à elle seule,
elle tue, entre l'âge de vingt et celui de quarante ans, presque
autant d'adultes que toutes les autres maladies réunies. Ceux
qui en souffrent ne succombent en moyenne qu'après deux an-
nées de maladie; ce qui, pour les classes ouvrières, équivaut
le plus souvent à une incapacité de travail d'un an. Ce temps
est plus que suffisant pour épuiser les faibles ressources de
ceux qui vivent au jour le jour, de sorte qu'en mourant, le
phthisique lègue a sa famille non-seulement une fatale pré-
disposition à la.même maladie, mais de plus une misère
pressante et immédiate. Celte question me semble donc une
de celles dont l'intérêt est indépendant des lieux et des circon-
stances, et qui méritent le plus d'attirer l'attention générale. Il
n'est presque personne pour qui, à un moment donné, elle
ne puisse devenir la plus grave des préoccupations, car de la
solution qu'elle recevra peut dépendre pour chacun ou sa
propre existence ou celle dés êtres qui lui sont le plus chers.
Elle semblerait donc devoir se recommander d'une manière
toute particulière à l'attention de ceux qui gouvernent, de
ceux qui, d'une manière quelconque, sont appelés à diriger
— 7- — '
l'opinion publique, de tous ceux qui ressentent quelque sym-
pathie pour les souffrances de leurs semblables. Je suis.loin
de supposer cependant qu'il en sera ainsi. Tout progrès a pour
adversaires inévitables les intérêts fondés sur le mal même
qu'il vient détruire, et par la nature des choses ce sont le plus
souvent les ennemis-nés d'une découverte qui se trouvent
appelés à en être les premiers juges. Aussi, comme l'a dit un
écrivain de mérite (M. Du Hailly, Revue des Deux Mondes,
tome XIV), avec autant de vérité que de justesse : «Qu'une
"idée quelconque finisse par conquérir victorieusement sa
« place dans le monde de l'intelligence et par doter l'humanité
« du bienfait de ses applications pratiques, chaque fois l'histoire
« de son laborieux enfantement nous présentera les mêmes
« phases presque invariablement identiques: indifférence de
«l'esprit public, négation des résultats, délais sans fin, impor-
« lance contestée , expériences défigurées, à tel point qu'on
« semble.répéter les phrases stéréotypées d'un formulaire. »
Il est donc naturel et inévitable que ma découverte passe
par toutes les phases parcourues par les découvertes qui l'ont
précédée, et surtout par celles qui ont été accomplies dans l'art
de guérir. Si j'aspirais à un succès de scandale, je pourrais rap-
porter ici des faits qui paraîtraient la reproduction presque litté-
rale de ceux qui se sont passés à propos des autres découvertes
en médecine. Par respect pour l'art que je professe, je tire
un voile sur ces hontes et sur ces misères, et je laisse au
lecteur le soin d'y suppléer lorsqu'il aura lu les pages suivantes,
en lui assurant qu'il peut donner libre carrière à son imagina-
nation , sans craindre que la réalité soit dépassée. Sans doute
un temps viendra où il n'en sera pas ainsi, et où le corps
médical tout entier comprendra qu'il est non-seulement de son
devoir, mais même de son intérêt bien entendu, d'étudier les
questions de cette nature avec impartialité et surtout avec un
esprit de justice. Mais ce jour est loin de nous. 11 faudra que
pendant longtemps encore le public s'attende à voir les méde-
cins envisager les découvertes thérapeutiques, non pas comme
des questions d'utilité générale, mais avec une sorte de dédain,
comme une lutte entre des ambitions plus ou moins légitimes
d'un côté, et des intérêts établis, plus ou moins égoïstes, de
l'autre. Il faudra, par contre aussi, que le corps médical se
résigne, pour sa part, à vivre en quelque sorle à l'état de
suspicion permanente devant l'opinion publique, puisque la
malveillance systématique avec laquelle il confond dans une
réprobation commune toutes les découvertes prétendues ou
réelles, l'inertie et l'indifférence aveugles qu'il oppose à tout
progrès, fournissent la première justification du charlatanisme.
Pour ce qui me regarde, mon but sera suffisamment rem-
pli si, malgré l'indifférence des uns et l'hostilité des autres,
cet écrit peut être le moyen d'arracher à la mort quelques-
uns des deux cent mille infortunés qui, en France seulement,
souffrent constamment de la phthisie et dont la moitié suc-
combe chaque année pour être remplacée par un nombre égal
de victimes.
Paris, 9 Juin 1859.
DU MOYEN
DE
PREVENIR LA PHTHISIE
PAR L EMPLOI
DES HYPOPHOSPHITES
A M. LE RÉDACTEUR DU NEW-YORK TRIBUNE
MONSIEUR,
Si j'en juge par la controverse qui vient de se produire dans votre journal
et par le nombre des lettres qui me sont adressées à ce sujet, le traitement de
la phthisie par les hypophosphites a Je privilège d'occuper vivement, en ce
moment, l'opinion publique des États-Unis. J'ai donc pensé que les rensei-
gnements qui suivent pourraient vous paraître d'une assez grande importance
pour occuper une place dans vos colonnes.
Je veux toutefois, au préalable, dire quelques mots d'une question préju-
jdicielle qui, ainsi que vous allez le voir, demande à être éclaircie tout d'abord.
On m'écrit très-souvent pour me demander si je n'ai pas quelque agent aux
États-Unis, attendu que plusieurs personnes, me dit-on, s'y font annoncer
comme mes mandataires et comme chargées par moi d'y vendre mes médica-
ments. Je désire que l'on sache une fois pour toutes que je n'ai aucun agent
ni aux États-Unis ni ailleurs; que je n'ai aucun intérêt pécuniaire ni dans la
fabrication, ni dans la vente des hypophosphites, et que je n'en ai jamais eu.
— 10 —
En publiant ma découverte d'un remède spécifique pour les maladies de poi-
trine, je savais que ce ne serait qu'avec répugnance que le corps médical
essayerait d'un nouveau médicament dans une affection où, jusqu'alors, tous
les moyens s'étaient montrés impuissants, et je compris que le plus grand
obstacle à l'adoption générale du moyen que je proposais, ce serait le soupçon
que le mobile qui me faisait agir en le préconisant était celui de mon intérêt
personnel. Afin donc de dégager la question de ces considérations industrielles,
qui, quoi que l'on dise et quoique l'on fasse, viennent toujours compliquer et
obscurcir toute expérimentation d'un remède nouveau, non-seulement je fis
connaître, sans réticence aucune, le moyen que j'employais, mais j'ai toujours
rejeté de la manière la plus formelle les nombreuses propositions qui m'ont
été faites, soit ici, soit d'autre part, pour m'iminiscer dans la vente des hy-
pophosphites ou pour en retirer un bénéfice en la patronant même indirecte-
ment (1).
(1) Sans parler des propositions qui me sont venues de l'étranger, j'en ai reçu de plusieurs
maisons de Paris pour me demander l'autorisation d'exploiter la vente des liypophos-
phites en' annonçant ces sels sous mon nom et avec mon patronage. Il suffit de jeter les
yeux sur la quatrième page des journaux, et même des journaux de médecine, pour voir
que cette manière de procéder est non-seulement admise, mais encouragée par les noms
de plusieurs de ceux qui ont la prétention de se compter parmi les élus du corps médical.
Ajoutons cependant qu'elle est réprouvée par l'immense majorité des médecins qui n'y
voient qu'une source de dommage pour le public et de déconsidération pour leur art. En
France et dans les pays où le corps médical a reçu un commencement d'organisation, la
loi refuse de reconnaître aux médicaments le caractère d'un simple produit industriel. Ils
ne peuvent être l'objet d'aucun brevet ni privilège. Il est évident que cette disposition est
conforme non-seulement à l'intérêt général, mais à la dignité de la science, à condition,
toutefois, qu'une découverte sérieuse et réelle rapporte à son auteur, en considération et à
titre d'encouragement, ce qui lui est refusé en bénéfices matériels. Aussi la même législa-
ion qui refuse aux découvertes thérapeutiques le caractère industriel a-t-elle chargé cer-
tains corps constitués de l'examen de toutes les prétentions nouvelles.
Il ne m'appartient guère de décider si les intentions du législateur ont été remplies ou
éludées. Je me contenterai de soumettre au public et au corps médical, sous forme dubi-
tative et interrogatoire, les arguments suivants , que l'on a fait valoir auprès de moi
pour m'engager à faire de ma découverte une spéculation pharmaceutique. Le fait seul de
mon refus montre le peu de valeur que je leur accorde, mais j'avoue que je n'ai pas pu ne
pas être frappé de la persistance et de la concordance avec lesquelles ces arguments m'ont
.été présenlés à plusieurs reprises par des personnes différentes, à l'insu les unes des au-
— H —
J'ai renoncé de là sorte à une source de profits considérables, parce que
j'ai toujours regardé la découverte de leurs effets thérapeutiques comme un
dépôt qui m'était confié, non pas pour mon avantage personnel, mais pour
celui de mes semblables (1 ).
très. Ceux que ces questions intéressent n'auront pas à chercher bien loin pour trouver, en
quelque sorte sous là main , les éléments d'une réponse.
Est-il vrai ou non qu'une découverte en thérapeutique, c'est-à-dire en médecine réelle-
ment pratique, n'a quelque chanceauprès des corps savants que si elle s'y présente sous une
forme industrielle, c'est-à-dire comme marchandise pharmaceutique?
Est-il vrai qu'une médication entièrement nouvelle, et qui, si elle était adoptée, équivau-
drait à une révolution dans la pratique médicale, ne trouve auprès des corps savants,
lorsqu'elle est formulée d'une manière scientifique, qu'une indifférence et une hostilité sys-
tématiques, tandis que la même idée affublée d'un plagiat, lorsqu'elle se présente sous
forme d'une drogue et d'une préparation" quasi-secrète, trouve aussitôt des avocats et des
prôneurs?
Est-il vrai qu'un médicament dont personne ne s'occupe, pour me servir des termes de
certains organes de la presse médicale, ce qui .veut dire que personne n'a annoncé à
grand renfort de réclames, a peut-être moins de chance encore auprès de l'Académie
qu'auprès du public?
.Est-il vrai que l'approbation par l'Académie d'un produit pharmaceutique, seule forme
sous laquelle une médication est approuvée par elle, lui constitue, un privilège ou une
recommandation plus qu'équivalente à l'avantage que peut donner un brevet dans les
pays où, comme en Angleterre et les États-Unis, l'exercice de la médecine n'est pas
organisé?
Est-il vrai qu'il n'y a aucune différence réelle entre les remèdes secrets, vendus dans ces
pays sous le nom de remèdes brevetés, dont la composition est presque toujours connue, et
les produits qui sont annoncés en France sous des noms qui n'en font connaître nullement
ni la nature, ni le mode de préparation?
Est-il vrai que, dans ces pays, le brevet du' gouvernement implique un privilège puremen
commercial et n'est, par suite, d'aucune recommandation auprès du public, tandis que l'ap-
probation d'une drogue par l'Académie équivaut, aux yeux des ignorants, à une garantie
scientifique de tous les mensonges de la réclame?
En un mot, est-il vrai que l'auteur d'une découverte en thérapeutique, lorsqu'il en
fait un objet de spéculation, et qu'il s'adresse uniquement à la crédulité de la foule,
trouve dans cette manière d'agir non-seulement l'avantage de sauvegarder ses pro-
pres intérêts, mais encore celui de hâter la réalisation de son idée et de contribuer au
progrès de la science mieux que lorsqu'il fait appel à,la conscience et au savoir des mé-
decins? (Voyez la note page 30.)
(1) Avant la découverte que j'ai faite de leur.action contre la phthisie, ces sels n'étaient
d'aucun usage et se trouvaient à peine comme échantillons de laboratoire. Aujourd'hui ils
se vendent on France par centaines de.kilogrammes. Pour ne parler que de Paris, une
■ — 12. —
Le temps seul fera voir si j'ai été bien inspiré en adoptant cette marche ; si
elle était réellement la mieux choisie pour hâter l'emploi général de ce traitement
par le corps médical. Des événemennts récents qui se sont produits dans des
circonstances tout opposées seraient peut-être de nature à en faire douter. Us
feraient croire que ce n'est pas lorsqu'elles sont posées uniquement sur le
terrain scientifique que les questions de thérapeutique ont le privilège d'attirer
le plus vivement l'attention des médecins. Pour ma part cependant, si j'avais
à recommencer, j'en agirais encore de même, car, quoi qu'il arrive, il me
restera toujours la satisfaction de penser qu'il n'y a jamais eu un seul
malade auquel le bienfait de ce remède aura été refusé pour mon intérêt ou
par ma faute.
Mais si je fais peu de cas du côté commercial de la question, il n'en est
pas de même du côté scientifique, et j'avoue que je désire ardemment voir les
hypophosphites employés d'une manière universelle, car je suis certain au-
jourd'hui qu'ils sont non-seulement le spécifique de la phthisie, au même
titre et à un degré égal à celui où la quinine l'est de la fièvre intermittente",
mais qu'ils en sont en même temps le remède prophylactique, et qu'ils ont
contre cette maladie une action préservatrice pareille à celle de la vaccine
contre la petite vérole.
Cette conviction qui est arrivée pour moi à l'état de vérité scientifique
démontrée, ne repose plus seulement sur les trente-quatre cas qui accom-
pagnaient la publication de ma découverte en juillet 4 857 (1 ).
Je puis maintenant en appeler à plus de cent cinquante observations de
cette maladie recueillies depuis un an à mon dispensaire public delà rue
Larrey. Ce dispensaire a été établi par moi le 2 décembre \ 857, pour le trai-
tement gratuit des maladies de poitrine, afin, d'une part, de concourir autant
seule maison de produits chimiques en a fabriqué et vendu plus de cent kilogrammes ou
cent mille doses depuis un an. Ils sont l'objet d'une exploitation sur une grande échelle aux
États-Unis et ils forment, tant en France qu'à l'étranger, la base de plusieurs produits phar-
maceutiques secrets ou quasi-secrets annoncés dans les journaux.
(2) Voyez Mémoire sur la cause immédiate et le traitement spécifique de la tuberculose
présenté à l'Académie impériale de médecine, le 21 juillet 1857.

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