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I2 (i carré)

De
164 pages
Couples, amis, parents et enfants, voisins, collègues, amants et inconnus, tous les protagonistes, narrateur compris, s’assemblent et s’additionnent dans ce qui n’est pas assez, ou déjà plus, trop ou trop peu. Au lieu-dit des malaises muets, le réel répand ses largesses : rivalité, tromperie, méprise, mensonge, humiliation, imposture, ignorance, incommunicabilité… Parce qu’il a besoin de sentir palpiter la vie « dans une forme dont le pouls est si évidemment rapide », l’écrivain choisit la nouvelle brève : dense, exiguë, concentrée, rusée, épicée, mordante, fine dans l’humour autant que dans l’émotion. En soixante-six textes, il puise sans relâche dans le rapport de force entre l’impondérable et l’intelligence des mots.
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2 I (I CARRÉ)
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Du même auteur :
Chez le même éditeur : Ni le lieu ni l’heure,nouvelles, 1987 (2004). Principe d’extorsion,nouvelles, 1991. Je reviens avec la nuit,nouvelles, 1992. Québec. Des écrivains dans la ville,coédition avec le Musée du Québec, en essai, 1995. Dix ans de nouvelles. Une anthologie québécoise,1996. Nous aurions un petit genre. Publier des nouvelles,essai, 1997. Récits d’une passion. Florilège du français au Québec,essai. 1997. La mèche courte. Le français, la culture et la littérature,essai, 2002. Anthologie de la nouvelle québécoise actuelle,2003. ï (i tréma),nouvelles, 2004. Lumières du Nord,correspondance avec Stefan Hertmans, 2007. Où tu vas quand tu dors en marchant ? Un théâtre, une ville,en collaboration avec Chantal Poirier et Philippe Mottet, essai, 2010. Sous haute surveillance, le Moulin à paroles, en collaboration avec Brigitte Haentjens, Sébastien Ricard, Biz, PierreLaval Pineault et Yannick Saint Germain, essai, 2010. Vingtcinq ans de nouvelles. Une anthologie québécoise,en collaboration avec Philippe Mottet, 2011. Manifeste pour l’hospitalité des langues,en collaboration avecThierry Auzer, Patrice MeyerBisch, Wilfried N’Sondé, JeanLuc Raharimanana, Boualem Sansal, Katerina Stenou et Henriette Walter, en coédition avec la Passe du Vent, essai, 2012.
Chez d’autres éditeurs : Les sporadiques aventures de Guillaume Untel,nouvelles, Asticou, 1982 (1989). Carnets du SaintLaurent,en collaboration avec Gilles Matte, Les heures bleues, 1999. Le VieuxQuébec sous la neige,en collaboration avec Claudel Huot et Michel Lessard, L’Homme, 2003. Grandir dans la neige,pour enfants, Musée national des beauxarts du récit Québec, 2007.
GILLES PELLERIN
2 i (i carré)
nouvelles
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Maquette de la couverture : AnneMarie Jacques Photographie de la couverture : Gilles Pellerin Photocomposition : CompoMagny enr. Distribution pour le Québec : Diffusion Dimedia 539, boulevard Lebeau Montréal (Québec) H4N 1S2 Distribution pour la France : DNM – Distribution du Nouveau Monde © Les éditions de L’instant même, 2012 L’instant même 865, avenue Moncton Québec (Québec) G1S 2Y4 info@instantmeme.com www.instantmeme.com Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, 2012
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et Bibliothèque et Archives Canada Pellerin, Gilles, 1954 2 I (i carré) ISBN 9782895022657 I. Titre. II. Titre : I exposant deux. PS8581.E394I22 2012 C843’.54 C20129420565 PS9581.E394I22 2012
L’instant même remercie le Conseil des Arts du Canada, le gouvernement du Canada (Fonds du livre du Canada), le gouvernement du Québec (Programme de crédit d’impôt pour l’édition de livres – Gestion SODEC) et la Société de développement des entreprises culturelles du Québec.
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Chacun se prenait pour un baryton
hacun se prenait pour un baryton, il n’y avait plus ni panCcartes, des feux de joie. Ils ne célébraient pas la déroute de hommes ni femmes. Que des révolutionnaires. Çà et là, ils avaient allumé des feux de rebuts, des feux de leurs adversaires, mais leur propre victoire. Toute la nuit, ils seraient purs. Toute la vie, ils se rappelleraient avoir été purs. Je rentrais à l’hôtel, croisant des groupes qui chantaient à tuetête leur hymne de libération, tous barytons pour la circonstance. Je comprenais ce que leur jeunesse pouvait avoir d’in disposant. J’ai pensé à tous ceux d’entre les miens qui n’ont jamais voulu cela, l’enthousiasme, la confiance, l’avenir, la foi. J’ai été triste d’avoir atteint l’âge où l’on ne peut plus attendre la jeunesse que des autres, que des jeunes, parce qu’en soi le bois a durci, tout gris. Mais la joie qui me montait au cœur, comme une ivresse, me disait que je n’avais pas encore atteint l’âge où l’on désespère.
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Brouillés
u moment qu’ils se sont brouillés, ils se sont mis à me estcDe que je lui avais parlé ? Au début, je répondais non.«Je téléphoner sans arrêt. Avec la même demande :«As  tu vul’autre?»– le prénom même était proscrit –, suis très occupé, toujours sur la trotte.»je ne me suis Or, jamais résolu à me procurer un cellulaire, me contentant d’une ligne fixe à la maison. Au bureau, on ne doit sous aucun motif autre que professionnel me passer un coup de fil, la chose est universellement connue. Je raccrocherais immédiatement au nez de qui ferait entorse à ce principe, voudraiton m’annoncer le début de la Troisième Guerre mondiale. Je me suis inventé une vie trépidante :«La saison théâtrale est grandiose, je sors beaucoup, rentre tard et me couche aussitôt. – Seul ? – Évidemment.»Sur ce point, je ne mentais pas : plus seul même que le pronom personnelje,qui au moins comporte deux lettres. Moi : le cas parfait duj’,de l’homme sans histoire – ici aussi le singulier est de mise. C’était la Troisième Guerre mondiale : les deux belligérants avaient choisi d’étendre leur querelle à l’ensemble de leurs relations et de constituer chacun ses alliances. La zone des combats s’était vite propagée à tout l’univers connu. Un peu plus
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Brouillés
et je demandais s’il ne conviendrait pas aux uns et aux autres de porter des couleurs distinctes afin que chacun se reconnaisse et sache à cent mètres d’avis s’il fallait sourire ou tourner les talons quand on rencontrait l’une de leurs connaissances. À la longue, je me suis rendu compte que leur inimitié me minait : appels et rencontres avec elle ou lui ne portaient que sur les torts et les défauts del’autre. Engager le combat et entretenir sa hargne sont plus faciles que de déposer les armes. J’en ai appris au delà de ce qui est raisonnable, j’avais droit à des largesses qui me faisaient l’effet de potsdevin. C’est moi qui mourrais bientôt de leur guerre. Du coup, j’ai multiplié les soirées au théâtre et au concert : personne ne peut vous rejoindre au milieu du parterre. Comme j’étais leur seul confident commun, je me suis retrouvé dans leno man’s land et suis devenu suspect aux yeux des membres des deux Saintes Alliances. L’un et l’autre finissaient tout de même par me rejoindre au téléphone ou au café. J’ai alors eu l’idée d’inventer des obligeances discrètes que l’un aurait manifestées à l’égard de l’autre, de timides appels de phares dont j’aurais été témoin et qu’il me semblait indispensable de transmettre au bénéfice de la paix à retrouver. Je n’ai jamais eu d’imagination : ce que je racontais était crédible, avait l’air réel. J’ai dosé ces soidisant confidences sur le mode du crescendo, prêté à l’absent ce que j’avais moimême le goût de dire au nom de notre ancienne amitié. Après avoir laissé filtrer les bonnes dispositions de l’autre, je redevenais moi :«Je m’ennuie du temps où nous nous retrouvions tous les trois, te rappellestu la fois où… ?» Je raccrochais ou me levais de table sur le désir inavoué mais profond de l’autre de tout effacer de cette brouille, de tout recommencer. Je tenais une histoire, pas la mienne, certes, mais une belle histoire de réconciliation dont nous bénéficierions tous.
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J’ai peu à peu senti que je m’en sortais : l’agressivité s’est estompée, la cadence des appels et des rencontres au café a diminué, au point que le téléphone ne sonne plus. Les réseaux se sont réconciliés, en me voyant chacun tourne les talons. Blâmes, travers, vilenies, petitesses, on a tout enterré, et moi avec, qui ai tout entendu.
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