Idéales poésies, par Alfred Blot

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Librairie internationale (Paris). 1870. In-8° , 154 p..
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Publié le : samedi 1 janvier 1870
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R FERRET 1978
IDEALES
POESIES
PAR ALFRED BLOT
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
15, Boulevart Montmartre, à Paris.
A. LACROIX, VERBOECKHOVEN et Cie, ÉDITEURS
à Bruxelles, à Leipzig, à Livourne.
POÉSIES
IDÉALES
POÉSIES
PAR ALFRED BLOT
LIBRAIRIE INTERNATIONALE
15, Boulevart Montmartre, à Paris.
A. LACROIX, VERBOECKHOVEN et Cie, ÉDITEURS
à Bruxelles, à Leipzig, à Livourne.
1870
LE JEUNE SÉMINARISTE
à E Delignières.
A l'heure où la campagne est belle et solitaire,
Où le jour, à regret abandonnant la terre,
Comme un signe amical qu'il nous prolonge encor,
Agite à l'horizon un dernier rayon d'or ;
A l'heure où la nature un moment recueillie,
Avant de se voiler dans sa mélancolie,
Semble promettre au ciel l'hommage d'un beau soir,
Un jeune homme, vêtu d'un long vêtement noir,
Errait seul. Il tenait un livre de prière,
2
Mais il ne lisait point : car la nature entière
Plus belle, plus touchante, à cette heure d'adieu,
Semble prendre une voix pour vous parler de Dieu.
Il avait vingt-deux ans, et sa sainte pensée
De l'amour de Dieu seul avait été bercée ;
Son coeur n'avait jamais soupiré qu'en priant
Soudain, à quelque pas, près du sentier riant,
Il voit deux jeunes gens, jeune homme et jeune fille,
Seuls, et tout près assis, dont le doux regard brille,
Dont s'enlacent les bras en anneaux amoureux,
Et qui causent tout bas, et qui semblent heureux.
Il s'arrête, il écoute, et croit entendre même
Un mot qu'ils se disaient l'un à d'autre : « Je t'aime ! »
A ce mot il tressaille et, détournant les yeux,
Il s'éloigne étouffant ses pas silencieux!
On dit que, quand sa main couvrit le bréviaire,
Une larme roulait au bord de sa paupière.
1856.
PRIMAVERA
Un soir, j'étais assis au flanc d'une colline,
J'écoutais près de moi frissonner le bouleau :
Mes yeux sur un buisson virent une aubépine ;
Mourante, elle tremblait sur le frêle arbrisseau.
Son front était penché, comme une jeune fille
Qui, sachant qu'elle est belle et qu'elle va mourir,
Regrette les beaux jours rêvés sous la charmille
Et l'amant entrevu dans un doux avenir.
4
Le lendemain, j'allai revoir l'infortunée : —
Elle avait relevé sa couronne inclinée ;
Fraîche, elle respirait le souffle d'un beau jour.
Et depuis, dans la fleur s'ouvrant au jour qu'elle aime,
Mon esprit attendri crut trouver un emblème :
C'est le coeur abattu qui renaît à l'amour.
Juin 1857.
PROFESSION DE FOI
Ils me disaient : « Travaille, et tu seras heureux ;
« Ton esprit est léger, fixe son inconstance ;
» Au lieu de te bercer de rêves dangereux,
» Cherche la vérité, demande à la science
» De te dévoiler l'homme et de t'ouvrir les cieux. »
Et mon coeur, écoutant les sages de la terre,
Mon coeur qu'on accusait, de ses illusions,
De ses rêves flétris secoua la poussière,
6
Et partit en chantant vers d'autres régions
Croyant à la raison, étoile mensongère.
J'allai. — Tout ici-bas comparut devant moi.
C'est ainsi qu'à tâtons j'arrivai jusqu'à l'Être ;
« Existes-tu? lui dis-je, et comment? et pourquoi ? »
Il ne répondit rien, ou ce seul mot : « Peut-être. »
Et la raison m'apprit à douter de ma foi.
Voilà pourquoi, lassé de la sagesse humaine,
Je laisse ma croyance errer à tous les vents,
Ne sachant ici-bas de science certaine
Que de suivre au hasard le troupeau des vivants,
Allant avec la foule où le siècle m'entraîne.
Voilà pourquoi, lassé comme le voyageur
Qu'ont fatigué longtemps des courses inutiles,
Laissant la vérité combattre avec l'erreur,
La raison agiter ses discordes civiles,
Je me suis retiré dans l'ombre de mon coeur.
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Là, j'ai la poésie : elle est pure, elle est belle !
C'est elle que les Grecs disaient fille des dieux,
Déesse aux chants plus doux que ceux de Philomèle
Et, depuis ces instants coulés sous d'autres deux,
Rien d'humain n'a flétri cette vierge immortelle.
C'est elle qui répand le baume de l'oubli
Comme un génie ami sur les douleurs humaines,
Qui, montrant aux vieillards, fantôme rajeuni,
L'aube des jours voilée et les amours lointaines,
Déroule aux jeunes gens l'avenir infini.
C'est elle qui le soir verse la rêverie
Quand le vallon n'entend que le bruit du ruisseau,
Qui suspend l'hirondelle au ciel de la prairie,
Et, nous montrant du doigt une tombe, un berceau,
Elle nous fait pleurer en quittant la patrie.
O poésie, ô source, ô tabernacle saint
Des nobles sentiments qui sont sur cette terre,
8
Puisque le siècle passe et te laisse en chemin,
Laisse-moi t'abriter dans mon coeur solitaire,
Comme des dieux proscrits qu'on cache dans son sein.
Si mon esprit flottant suit le courant du monde,
Adorateur obscur de ton culte oublié
Mon coeur est à toi seule, immortelle et féconde,
A tes divins enfants, l'amour et l'amitié,
Seuls vrais soleils : le reste est une nuit profonde !
Juin 1857.
CAPRICE:
Allons !.,, une caresse,
Enfant, à ma tendresse
Livre ta joue en fleur :
Tu vas partir, ma reine,
Quand j'ai l'âme encore pleine
Des rayons de ton coeur.
Pose, ô ma blonde aimée,
Ta tête parfumée,
10
Sur mon front inquiet ;
Il faut rompre le charme.
Un sourire... une larme,
Le monde est ainsi fait.
Il faut que tout se brise :
Adieu !... c'est la devise
De notre humanité.
Il faut que l'églantine
Meure sur la colline
Qu'enivrait sa beauté.
Adieu !... ce fut un songe
Qui berça, doux mensonge,
Nos deux coeurs de vingt ans.
Va, pars, ma toute belle ;
Mais, songe à l'hirondelle
Qui revient au printemps.
LE FIL DE LA VIERGE
(LÉGENDE.)
Le vent d'hiver passait gémissant sur les toits ;
Chacun avait pris place au foyer qui pétille,
Et l'aïeule, au milieu de la jeune famille,
Contait, et tous restaient suspendus à sa voix :
Il était autrefois dans un humble village
Une enfant de seize ans. Grand'mère aux cheveux blancs
Adorait ce doux front, triste et vivante image
D'un fils, qui reposait sous les cyprès tremblants.
12
C'était la fleur d'avril de cette âme flétrie.
On l'entendait souvent dire : « Merci, Dieu bon !
» Vous me laissez la vue, oh ! je vous remercie !
» Bienheureuse je suis, je puis voir ma Lucie !
» Quand je ne pourrai plus sortir de la maison
» Pour m'aller dans le bois promener avec elle,
» Je la verrai du moins, ma fille, et sa chanson
Réjouira mon coeur comme un chant d'hirondelle ! »
Ainsi disait grand'mère. Elle ne vivait plus,
Hélas ! elle portait quatre-vingts ans et plus ;
Pour elle, cependant, peu lourde la vieillesse :
Elle ne comptait plus tous les ans qu'elle avait ;
Heureuse, elle riait, causait de sa jeunesse ...
Lucie avait seize ans, grand'mère revivait.
Et Lucie était belle, elle était blonde et pâle,
Comme un jasmin en fleur ; la peau d'un blanc d'opale,
De longs cils ombrageant un regard plus profond,
Simple, candide enfin, et l'âme sur le front ;
Elle chantait toujours ; le rouet monotone
Accompagnait sa voix douce, douce à ravir,
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Et l'aube, en souriant, surprenait la Mignonne
Mêlant sa chanson fraîche aux fraîcheurs du zéphyr.
Chante enfant !... Bien des fois, enivrée, attentive,
Oubliant le tricot arrêté sous ses doigts,
Grand'maman écouta la note fugitive
Que tu jetais à l'air tout ému de ta voix...
Mais elle n'est pas seule : à deux pas sur la route,
Il est aussi quelqu'un d'arrêté tout lé jour,
Pensif, les yeux brillants, et celui-là t'écoute ;
On dirait que son sein palpite... c'est d'amour?
Oh ! tu ne le sais point, enfant naïve encore !
Mais que vois-je ? aujourd'hui, quoi ? ton front se colore,
Tu détournes de lui ton regard incliné !
Il ne te veut rien, va !... l'aurais-tu deviné ?
Et depuis ce jour-là, l'enfant, plus recueillie,
Laissa voir sur son front de la mélancolie ;
Elle sentait parfois tout son coeur se serrer :
La jeune fille alors se cachait pour pleurer !
14
Grand'mère pensa bien qu'on avait quelque chose ;
Du trouble de sa fille elle chercha la cause,
L'interrogea d'abord, attendant des aveux ;
Puis prit un air sévère, ajoutant : « Je le veux. »
Mais la vierge dit non, car son âme innocente
Ne connaît même pas le mal qui la tourmente.
C'est en vain qu'elle prie aux pieds du crucifix,
C'est en vain qu'elle égrène en ses doigts le rosaire ;
Les pleurs ne voilent plus ses regards attendris ;
Elle ne trouve plus de charme à la prière..
« Qu'ai-je donc, se dit-elle, et quel trouble secret
» Même devant l'autel rend mon coeur inquiet?
» La fête approche, et moi, le coeur plein de tristesse,
» Je ne saurais aller me joindre à la jeunesse,
» Joie et pleurs ne vont pas ! Dieu méchant et cruel !
» Mais, hélas! c'est peut-être une épreuve du ciel;
» Je veux me résigner. » Elle pencha la tête
Et pria. —
Mais déjà, voici venir la fête ;
Voici lès jeux finis ; et c'est le tour du bal....
C'était à qui pourrait danser avec Lucie !
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La vierge répondait : « Non, je vous remercie. »
Elle disait à tous qu'elle se sentait mal.
Tout à coup, cependant, elle essuie une larme;
Plus belle après les pleurs, qui lui prêtent leur charme,
Son front a rayonné; qu'a-t-elle vu là-bas?
Un jeune homme s'approche, un beau garçon ; il semble
Toutefois qu'il hésite ou n'ose, sa main tremble ;
Il la tend à la vierge en ne lui disant rien ;
Mais son regard parlait, elle le comprit bien.
Elle se retourna vers grand'maman assise,
En l'implorant des yeux.; celle-ci sans surprise
Lui dit : « Va, mon enfant, jeunesse aime gaîté ;
Je l'aimai, je fus jeune aussi. » Dans sa bonté,
Elle se souvenait qu'elle l'avait été !
Et Jacque était joyeux, car il aimait Lucie;
Il pressait tendrement la main de son amie,
Et puis avec amour tous deux se regardaient,
Cependant qu'autour d'eux les autres chuchotaient.
Jacque, enfin, lui donnant un peu plus de courage,
Entraîna son amie, et tous deux, à pas lents,
Se glissèrent sans bruit derrière le feuillage
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Pour se promener seuls sous les rameaux tremblants.
Ce qui se passa là, l'homme ne peut le dire :
C'étaient des demi-mots palpitants de délire,
Et tout l'enivrement de ces aveux muets
Où le coeur dit au coeur d'ineffables secrets.
Soudain, un bruit léger a fait tressaillir l'ombre,
Est-ce le vent du soir?... on dirait un baiser.
Un homme qui passait près du feuillage sombre,
Soutint qu'il avait vu deux Esprits s'embrasser.
Le lendemain, Lucie était plus belle encore ;
Ses yeux d'azur étaient plus brillants qu'autrefois,
Plus languissants ses pas sur l'argile sonore,
Plus vermeille sa joue et plus douce sa voix.
Seule elle se prenait quelquefois à sourire,
A s'accouder pensive et regardant les cieux :
Quelquefois tout à coup elle baissait les yeux
Confuse, et la rougeur passait comme un zéphyre
Rose sur son front blanc. Elle avait donc trouvé
Ce que rêve à seize ans une âme chaste et pure,
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L'amour, et dans son coeur frais comme la nature
Cet astre du bonheur s'était enfin levé.
Je ne vous dirai point comme elle était heureuse
Lorsqu'entre tous les pas sonnant sur le chemin,
Elle reconnaissait... Alors, toute joyeuse,
De son rideau, sans bruit, elle écartait le coin.
C'était un doux salut, un regard, un sourire ;
Un geste de la main, à l'aller, au retour,
Un baiser qui disait tout ce qu'on pouvait dire,
Et puis, de temps en temps, à la chute du jour,
Sous les rameaux tremblants un rendez-vous d'amour.
Le printemps se passa, l'été vit sa couronne
S'effeuiller en tombant au souffle de l'automne,
Et l'heureuse Lucie adorait son amant,
Fidèle, ainsi qu'au jour de son premier serment ;
Et l'on parlait déjà d'un prochain mariage.
Hélas ! vous allez voir combien l'homme est volage !
Au lieu du rendez-vous elle attendait un soir,
Et se berçait déjà du plaisir de revoir :
Jacque ne venait pas ; et l'heure suivait l'heure ;
Bien souvent elle crut reconnaître ses pas ;
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Mais la nuit s'avança, Jacque ne venait pas.
Lucie enfin rentra, triste, dans sa demeure,
Et, cachant dans ses mains son front inanimé,
Elle maudissait Jacque et l'appelait parjure ;
Et puis, se repentant bientôt de cette injure,
L'amante répétait le nom du bien-aimé,
Comme un baume secret pour calmer sa blessure.
Le sommeil, cette fois, ne ferma point ses yeux ;
Elle pleura, pria; seule, sa triste couche
Entendit les sanglots qui sortaient de sa bouche ;
Mais sa douleur émut les anges dans les cieux.
La lune s'abaissait, et l'horloge rustique
Avait sonné minuit dans le clocher gothique ;
Elle pleurait encor; soudain, elle entendit
Un bruit inusité glisser près de son lit.
C'était un bruit de robe, un frôlement étrange.
Elle leva ses yeux mouillés, et vit un ange
Debout à son chevet; il semblait triste aussi :
« Pauvre enfant, lui dit-il en se penchant vers elle,
» Celui que tu chéris, ton Jacque, est infidèle ;
» Tiens, reçois de mes mains l'écheveau que voici ;
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» C'est un fil précieux ; je l'ai filé moi-même
» Pour les robes d'azur des chérubins que j'aime ;
» Ton amour m'a touché ; reçois ce talisman :
» Il te rattachera le coeur de ton amant.
» Pour cela, dès demain, au lever de l'aurore,
» Suspends trois de ces fils aux arbres du chemin :
» Ton Jacque reviendra. S'il te délaisse encore,
» Fais ainsi que j'ai dit. » Il étendit la main ;
La vierge prit les fils, et vit, comme un nuage,
L'ange s'évanouir dans un parfum d'encens.
L'ivresse du sommeil s'empara de ses sens,
Et dans ses rêves d'or elle entrevit l'image
De Jacque repentant qui baisait ses genoux.
Le lendemain, à l'heure où chante la mésange,
Elle suspend ses fils, et, comme avait dit l'ange,
Jacque fut le premier le soir au rendez-vous.
Ils s'aimèrent encore, et la vierge adorée
Pensa que son bonheur ne devait plus finir ;
Car Jacque repentant pria pour obtenir
Le pardon de son âme un moment égarée.
Elle pardonna tout.
Mais, hélas ! son amant,
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De rechef infidèle, oublia sa promesse !
Elle eut encor recours au divin talisman ;
Jacque revint encore aux pieds de sa maîtresse.
Mais il recommença deux fois, trois fois, et plus,
L'ingrat ! et l'écheveau, diminuant sans cesse,
Se trouve usé ; dès lors, Jacque ne revint plus !
Je ne vous dirai point la douleur de Lucie ;
On la vit s'abîmer dans sa mélancolie.,.
Un jour, on vit passer dans le village en deuil
Des femmes qui pleuraient sur un double cercueil.
Des jeunes gens suivaient la foule inanimée,
Et murmuraient tout bas : « Je l'aurais tant aimée ! »
Jacque ne suivait point. On m'a dit cependant
Qu'il se souvint alors de son premier serment,
Et qu'en passant devant la maison solitaire,
Des pleurs de repentir mouillèrent sa paupière :
Faible expiation, hélas ! L'ange éploré
Accompagna de loin le cortége sacré ;
Quand il eut posé dans sa couche dernière
La vierge de seize ans auprès de la grand'mère,
Il s'en fut, mais avant de remonter aux cieux,
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Il suivit les chemins, répandant en tous lieux
Ces fils dont l'automne aime à faire ses parures.
D'un malheureux amour ces tristes monuments
Devaient apprendre aux amantes futures
A se défier des amants.
Et l'aïeule se tut. Plus d'une jeune fille
Avait senti couler des larmes sur ses doigts.
Tous restèrent pensifs au foyer qui pétille ;
Le vent d'hiver passait gémissant sur les toits.
1857.
QUESTION
Votre bandeau noir cache un front charmant,
Je tiens à le dire ;
Mais, sans m'écouter, à ce compliment
Je vous vois sourire.
Sans trop vous fâcher, pardonnez-le moi :
Si donner son coeur est une folie,
Ce n'est pas ma faute, hélas ! et pourquoi,
Dites-moi pourquoi vous êtes jolie ?
Vos deux yeux brillants font mon désespoir.
Lutin, ange ou femme,
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Tous les saints du ciel pour ce sourcil noir
Damneraient leur âme !
Qu'un regard d'amour y brille pour moi !...
Vous ne voulez pas que l'amour y brille ;
Mais alors pourquoi,
Dites-moi pourquoi vous êtes gentille ?
Quand vous voulez prendre un maintien boudeur
Pour faire la moue.
Ou lorsque, pudique, une humble rougeur
Voile votre joue,
Alors tout l'enfer vient loger en moi !
Je voudrais, pour vous, faire une folie :
Car enfin, pourquoi,
Dites-moi pourquoi vous êtes jolie ?
1857.
IDEAL
O toi que j'ai tant aimée,
O solitude des bois,
Brise, haleine parfumée
Qui gémis comme une voix ;
Et vous ondes murmurantes,
Soupirs des nuits odorantes,
Silences mystérieux ;
Pure fraîcheur matinale,
Toi que la prairie exhale
Comme un souffle vers les cieux ;
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Et toi, qu'on voit de la route,
Toi, que surmonte une croix,
O clocher bleu dont j'écoute,
Arrêté, la sainte voix,
Soit que ta cloche sonore
Laisse échapper dès l'aurore
L'humble essaim des Angelus,
Soit que sa triple volée
Annonce dans la vallée
Le malheureux qui n'est plus !
Et toi, blanche maisonnette
Q'on aperçoit du chemin,
Seuil où le pauvre s'arrête
Pour prendre un morceau de pain ;
D'où je voyais, les dimanches,
Les filles aux robes blanches
Passer le soir lentement,
Et, quand sonnait la prière,
Revenir à la chaumière
Dans un doux chuchotement !
27
Ombre des bois, ma compagne,
Que je cherchais si souvent,
Pour suivre dans la campagne
L'oiseau qui passe, ou le vent ;
Nature, harpe vivante,
Dont mon âme adolescente
Croyait comprendre l'accent...
Hélas ! vous faites silence !
Où donc mon adolescence ?
Où donc mes larmes d'enfant ?
O mon âme, es-tu partie ?
Si tu m'entends, réponds moi !
Ah ! si tu n'es qu'endormie,
Mon âme, réveille-toi !
Livre au souffle qui t'inspire
Tes accords, comme une lyre
Qu'effleure le vent du soir.
Vois, tout rit, sur la colline
Se balance l'aubépine,
Chante la fille au lavoir.
28
Qu'avez-vous, ô mon amie !
Mon âme, quel changement !
Où donc votre poésie
Qui croissait comme un lis blanc ?
Vous passez sous les ombrages
Comme ces peuples sauvages
Toujours errants sous les cieux !
Il leur faut des champs arides,
Et des déserts aussi vides
Que les idoles, leurs dieux !
L'AME.
Oui, l'arbre livre en silence
Sa tendre feuille au chevreau !
Le vent attiédi balance
Le bourgeon, comme un berceau !
La resplendissante aurore
S'étend, souriante encore,
29
Sur le dôme des forêts ;
Tout est beau dans la nature,
Tout soupire, tout murmure,
Et cependant je me tais !
La cloche au battant sonore
Réveille encor le Matin ;
La maison s'étend encore
Sur le bord du grand chemin :
La fauvette des collines,
Gazouille, ivre d'aubépines,
Sa chanson, et cependant
Je suis comme ces peuplades
Plantant leurs tentes nomades
Au gré du sort et du vent !
Autrefois, enfant naïve,
Pour rêver, j'ai bien des fois
Cherché l'onde fugitive,
Le silence au fond des bois.
30
La nature au front splendide
Me remplissait, urne vide,
De mille bonheurs confus !
Je me sentais vivre en elle ;
Mais maintenant sa mamelle
A l'enfant ne suffit plus !
Et que m'importent la terre,
La nature, les humains !
Je suis comme une étrangère
Qui passe sur les chemins ;
Gomme la tribu chérie
Qui, n'ayant plus de patrie,
Ecoutait gémir le vent !
Brisant sa harpe captive,
Sous les saules de la rive
Elle s'assit en pleurant !
Quand l'aiglon se sent des ailes
Egales à sa fierté,
31
C'est aux voûtes éternelles
Qu'il porte sa royauté !
Et moi, de race divine,
J'aspire à mon origine
Comme cet enfant du ciel !
L'immensité me dévore,
Je veux l'éternelle aurore,
Je veux l'amour éternel !
1858.
HELENA
Dédicace.
Mes Vers à Mlle Lucile R***.
Au retour des beaux jours, voyez les hirondelles
Quitter pour nos climats des rivages lointains ;
Vous êtes le printemps, recevez-nous comme elles ;
C'est le plus charmant nid, ouvrez-nous vos deux mains.
S'il arrivait qu'à peine au seuil de cette vie,
On nous trouvât mauvais (le monde a ses hasards),
34
Pour nous rendre touchants et beaux à faire envie,
Regardez-nous un peu ; comme la poésie,
La beauté descendra dans un de vos regards !
Ouvrez-nous ces deux mains, nous resterons au gîte ;
Nous nous y coucherons calmes, joyeux et doux,
Et si l'on vous demande, en vous parlant de nous,
Quel auteur fit ces vers peut-être un peu sans suite,
Répondez seulement qu'il eut le seul mérite
De les faire en pensant à vous.
Juin 1859.
HELENA
La vieillesse est un âge où l'on ne vit plus
que de souvenirs.
CHATEAUBRIAND.
« Enfant, dit le vieillard d'une tremblante voix,
Je ne fus pas toujours ainsi que tu me vois.
Si j'arrive à la fin de mon pélerinage,
Si mes cheveux sont blancs, va, mon fils, j'eus ton âge ;
Comme toi je fus jeune, et je crus comme toi
Qu'un brillant avenir se lèverait pour moi ;
Je m'endormis aussi bercé par la Jeunesse ;
De ses illusions, je bus toute l'ivresse :
36
L'espoir me souriait, mais court fut mon sommeil,
Et la réalité m'attendait au réveil,
Douloureuse... O mon fils, que j'ai versé de larmes !
Mes jours se sont usés dans de longues alarmes ;
Ma pensée, à genoux devant un souvenir,
N'espéra désormais plus rien de l'avenir.
Triste, mais résigné, je traînai sur la terre
Jusqu'à mes cheveux blancs, mon deuil et ma misère.
L'heure approche où je vais sur le bord du tombeau,
Ainsi qu'un voyageur, déposer mon fardeau !...
Bientôt !... » — Et le vieillard, levant sa main flétrie,
Montrait du doigt le ciel, la commune patrie...
« Puisse-tu, me dit-il, au terme du chemin,
Ne pas pleurer le soir tes rêves du matin ! »
Puis il continua : « Tout jeune encor, mon père
Mourut;... je restai seul enfant avec ma mère.
De ce soutien chéri, privée en un moment,
Elle se concentra dans mon attachement.
Aussi, pour m'élever, comme la jeune fille,
Sa blanche main apprit à manier l'aiguille !
37
Pauvre mère, mon Dieu ! Travaillait nuit et jour,
Sa force n'était pas égale à son amour ;
Elle tomba malade : oh ! je la vois encore,
Triste, penchant son front que la fièvre colore,
Sourire cependant, m'entourer de ses bras,
Avec de longs baisers qu'elle ne comptait pas.
Dans la même maison se trouvait une dame,
Noble, au coeur généreux et dévoué ; son âme
S'émut lorsqu'elle apprit qu'une femme souffrait,
Mère, avec son enfant, et qu'elle l'ignorait.
Elle vint, consola ma mère, tendre amie,
Et, l'aidant à souffrir, la rendit à la vie ;
Puis, pour mettre le comble à ces soins généreux,
Elle la fit entrer chez monsieur de Chevreux :
C'était pour prendre soin d'un château de famille
Que l'hiver on quittait pour venir à la ville.
Là, pour ma mère et moi, nulle société,
Hors, après les longs soirs, quand revenait l'été ;
Car la famille alors rentrait à la campagne,
Pour jouir d'un ciel pur, de l'air de la montagne,
Des grands bois ;... ou plutôt, ce que j'ai su depuis,
38
Pour faire comme fait le grand monde à Paris.
Ah ! ce n'est pas ainsi que j'aime la nature !
Madame de Chevreux, coquette toute pure,
Ne pouvait se douter qu'on l'aimât autrement.
Elle ne connaissait de noble sentiment
Que cet amour mondain qui fait tourner la tête
Pour un long cachemire ou pour une toilette !
Comme elle différait de son unique enfant,
Dont l'âme était toujours ouverte au dévoûment,
Oubliant ses chagrins pour compatir aux vôtres,
Comme si notre coeur était fait pour les autres.
Quand je lève parfois le voile du passé,
Quand mon coeur par le froid du vieil âge glacé,
Comme aux derniers rayons de nos tièdes journées,
Se réchauffe au soleil de ses jeunes années,
Je la revois encore en souvenir, au temps
Où, petits tous les deux, nous n'avions que sept ans.
Oh ! les beaux jours que ceux de l'enfance innocente !
C'était une enfant blonde, à la peau transparente,
Aux longs cheveux bouclés roulant sur un cou blanc,
Au regard azuré tantôt vif et brillant,
39
Et puis tantôt plus doux qu'un regard de gazelle ;
Et tous disaient : « Un jour comme elle sera belle ! »
Voyant dans l'avenir le monde l'adorer,
Sa mère de ses mains aimait à la parer
De colliers, de rubans ; mais la petite fille
Courait vers moi, disant : « Me trouves-tu gentille ? »
Et quand j'avais dit oui, reprenant son chemin,
Allait dire à sa mère : « Ernest me trouve bien ! »
Tantôt c'étaient des jeux, des courses dans la plaine,
Le livre qu'on épelle à l'ombre du grand chêne ;
Tantôt des frais vallons nous rapportions des fleurs :
Les roses du jardin variaient les couleurs
Des grands bluets des champs aux teintes monotones,
Et mes petites mains lui tressaient des couronnes.
Nos jours coulaient ainsi calmes, pleins de douceur,
Et je m'habituais à l'appeler ma soeur.
« Mais l'enfance passa ; je fus mis au collège.
Là, j'appris le latin, le grec, enfin que sais-je ?
Tout ce que l'on apprend à de petits enfants
Dont on voudrait bientôt faire de grands savants.
40
Hélas ! j'étais distrait à l'heure de l'étude,
Car mon coeur attristé rêvait la solitude.
Oh ! que de fois à l'heure où la lampe du soir
De ses pâles lueurs éclairait le dortoir,
Me levant doucement pour ouvrir la fenêtre,
Mon esprit m'emportait où mon coeur voulait être ;
Voyant surgir au loin l'image d'Heléna
Pensif, je murmurais : « Tout mon bonheur est là ! »
Un jour je m'en souviens, nous expliquions Virgile ;
Il disait le bonheur du paysan tranquille
Dont les modestes voeux ne passent point le champ,
Et le sort me donna ce passage touchant :
« Où sont les bois obscurs qui pendent des montagnes,
» Le ruisseau qui serpente à travers les campagnes ?
» Où donc le Sperchius, le Taigète, l'Hémus,
» Et l'Echo résonnant des fêtes de Bacchus ?
» Rendez-moi, rendez-moi mon vallon frais et sombre
» Où les arbres que j'aime étendent leur grande ombre ! »
Tout mon bonheur passé se leva dans ces mots,
Et ma voix qui tremblait s'éteignit en sanglots.
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Cependant,- chaque mois, sur sa pente inclinée
Glissait, et je touchais à ma dernière année.
Elle parut bien longue à mes désirs ardents.
Dans quels transports je vis paraître le printemps !
Un mois s'enfuit, un autre, et puis un autre encore ;
Enfin, du dernier jour, je saluai l'aurore ;
Je pris mon vol plus gai, plus libre, plus joyeux
Que l'oiseau qui s'élève en chantant sous les cieux...
« Quand je revis Hélène, elle était grande et belle ;
Je la reconnus bien, car c'était toujours elle ;
Ses longs cheveux roulaient toujours sur son cou blanc,
Son oeil seul, plus craintif, n'était plus si brillant :
C'est qu'elle avait seize ans, et sur la blanche étoile,
La Chasteté rêveuse avait posé son voile.
Sa beauté rayonnait d'un charme si profond,
Qu'il me semblait lui voir une auréole au front.
» Et je fus inondé de délices nouvelles :
Les cieux étaient plus purs, les fleurs étaient plus belles,
Les bois plus parfumés, les coteaux nuageux
Semblaient plus doucement se fondre avec les cieux.
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Je sentis tout à coup se dilater mon être ;
Je me trouvai plus fort ; en moi je sentis naître
De nouveaux sentiments : j'étais pur, généreux ;
Je souffrais en voyant souffrir des malheureux !
Un bonheur vague, immense, emplissait ma pensée ;
Je répandais des pleurs plus doux que la rosée ;
Et quand près d'elle assis je lisais à l'écart,
Je croyais voir le ciel briller dans son regard !
Ce n'étaient plus alors les courses dans la plaine,
L'alphabet qu'on épelle à l'ombre du grand chêne,
Les couronnes de fleurs, les rires, ni les jeux !
C'étaient des livres mûrs, des travaux sérieux,
Corneille, Fénélon, ou le tendre Racine,
Les Adieux de Gilbert, la jeune Tarentine
Ou la Jeune Captive, ange d'André Chénier,
Qui d'un cachot sut faire un ciel au prisonnier !
Elle écoutait pensive, et quand ma voix tremblante
Venait de lire, émue, une page touchante,
Un mot parti du coeur, nos yeux se soulevant
Se rencontraient toujours plus humides qu'avant.
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Nous trouvâmes un jour un Paul et Virginie ;
Je lui lus cette histoire. Hélène en fut ravie.
Ce qu'elle aima le mieux, fut l'endroit où l'amant
Dépeint sans le savoir son amour innocent.
« Quand je suis fatigué, dit-il, ô jeune fille,
» Je me sens ranimé par un regard de toi ;
» Moins doux est le parfum de la douce vanille
» Qu'un baiser de ta bouche, et je ne sais pourquoi.
» J'aime, ô ma Virginie, à marcher sur tes traces ;
» J'aime à boire à la source où tu bus avant moi ;
» Un parfum se répand dans les airs où tu passes,
» Sur tout ce qui te touche, et je ne sais pourquoi.
» Je te vois quand je dors, je te vois quand je veille,
» Je frémis quand le vent m'apporte un chant de toi ;
» La voix des bengalis est douce à mon oreille,
» Mais plus douce est la tienne et je ne sais pourquoi. »
Lorsque j'eus achevé ce ravissant passage,
Je ne pus détacher mes regards de la page ;
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Il me semblait que Paul n'était autre que moi :
Je me sentis heureux, je ne savais pourquoi !
Cependant, au milieu de ce moment d'ivresse,
Je fus pris tout à coup d'une vague tristesse ;
Une voix me disait : « Que fais-tu malheureux !
Elle est riche.... » Des pleurs me montèrent aux yeux :
Heléna me surprit et parut inquiète ;
Par-dessus mon épaule elle pencha la tête ;
Et puis m'enveloppant de ses longs regards bleus,
Elle me dit : « Pourquoi ces larmes dans tes yeux,
» Que peux-tu craindre, dis?... Si le ciel nous rassemble,
» C'est que sans doute il veut nous voir heureux ensemble. »
Et me prenant le cou qu'elle fesait pencher,
Je sentis d'un baiser mes larmes se sécher.
Tout ce que j'éprouvai dans cet instant d'ivresse,
Je ne puis aujourd'hui l'exprimer. La vieillesse,
Comme ces vents glacés qui flétrissent les fleurs,
En passant sur nos fronts vient dessécher nos coeurs.
Ce que j'en conservai dans mon âme ravie,
C'est que, dès ce moment, Heléna fut ma vie.
Je m'enivrai, bercé par ce brillant réveil,
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Comme la fleur des blés dans un flot de soleil ;
Elle-même, toujours caressante, attentive,
Me comblait des trésors de son âme naïve,
Et quand je m'asseyais pour lire à ses genonx,
Malgré moi j'oubliais la distance entre nous,
Et-de tant de bonheur mon âme était remplie,
Que je ne pensais pas qu'il finît de ma vie...
» Il finit cependant : la joie et les douleurs
Semblent se partager nos jours comme deux soeurs.
Ces délices d'un jour, devant mes pas levées,
Celles que tant de fois enfant j'avais rêvées,
Comme un songe léger fuirent en un moment
De ce coeur étonné de son isolement.
» Madame de Chevreux vit, femme raisonnable,
Dans cet amour naissant un sentiment coupable,
Et sans s'inquiéter de notre pauvre coeur,
Le brisa sans pitié comme on brise une fleur.
» Un jour, on m'annonça qu'Hélène était partie,
Que je ne la verrais plus jamais de ma vie,
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Et je n'avais pas eu, dans cet affreux départ,
La consolation de son dernier regard !
Je me précipitai dans la chambre déserte ;
J'aperçus dans un livre une feuille entr'ouverte :
« Cher Ernest, disait-elle, on m'arrache à ce lieu,
« Et l'on ne permet pas que je te dise adieu ! »
Hélas ! telle était donc la fin de notre histoire !
Mais à tant de malheurs je ne pouvais pas croire.
Je l'avais tellement présente au souvenir,
Qu'il me semblait toujours qu'elle allait revenir.
J'attendis... Les longs jours passés sans l'avoir vue
Me prouvèrent bientôt que je l'avais perdue.
Mon coeur fut le tombeau de mon cher avenir,
Et je sus à seize ans ce que c'est que souffrir !
Il ne me restait plus que l'amour de ma mère :
Près d'elle encor ma vie eût été moins amère.
Hélas ! elle mourut en m'appelant son fils,
Et je fus orphelin... Le ciel l'avait permis !
» Rien ne m'attachait plus désormais à la terre :
Je quittai la maison qui m'était étrangère ;
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Je me souvins d'Hélène et n'ayant pas d'état,
Je vendis ma jeunesse et je me fis soldat.
Lorsque sous les drapeaux je m'éloignai de France,
Je quittai mon pays, mais non pas ma souffrance.
J'espérais que la mort, belle dans les combats,
Par pitié de mes maux ne m'épargnerait pas....
Je vis mes compagnons tomber dans la poussière :
L'un au dernier moment nommait encor sa mère,
L'autre disait un nom de femme en expirant,
Ou couvrait de baisers le portrait d'un enfant !
Et moi, qui demandais la mort comme une grâce,
Je n'eus pas le bonheur de tomber à leur place....
Je gagnai les galons et j'achevai mon temps ;
Puis, las de vivre encor, j'abandonnai les camps.
Je repartis un jour, à pied, pour le village
Où s'étaient écoulés les jours de mon jeune âge :
On ne peut oublier les lieux où l'on aima ;
L'âme est comme un ramier, et revient toujours là.
» Par un beau soir d'automne, à l'heure où le silence
Sur les vallons déserts étend son voile immense,
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Je reconnus de loin le clocher du hameau,
Le chemin blanc qui tourne au penchant du coteau,
Et le bois où, ma main reposant dans la sienne,
J'avais tout oublié sous un regard d'Hélène.
Alors je me souvins : son visage effacé
Retrouva dans mon coeur la forme du passé ;
Sa bouche souriait ; il me sembla l'entendre ;
Je crus voir sur mon front son regard bleu descendre ;
Je voulus lui parler, mais je la vis s'enfuir,
Et je ne trouvai plus rien dans mon souvenir ;
Sans doute maintenant, par un époux charmée,
Elle ne songeait pas que je l'avais aimée...
Je me souvins aussi de ma mère ; sa mort
Dans son dernier baiser m'apparaissait encor ;
Voulant à son tombeau donner une prière,
Je suivis le sentier qui mène au cimetière.
Je revenais.... hélas ! de tout ce qui m'aimait,
Une morte était là, seule, qui m'attendait.
J'entrai... mais tout à coup je vois derrière un arbre,
Blanche, comme la neige, une tombe de marbre.
Je m'approche. Grand Dieu !... quoi !... ce nom... Heléna!..

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