IdentitéS

De
La femme lisant dans le vent, peut-être attend-elle quelqu’un qui ne viendra pas, quelqu’un qu’elle cherche dans ce livre qu’elle serre entre ses mains. Tremblante et tragique, sans doute accomplit-elle une prophétie inéluctable, une fuite dont les courbes s’inscrivent dans les lignes du métal, dans la blancheur aveuglante du béton faisant contraste au foulard noir qu’elle a noué sur ses lunettes et qui lui fouette le visage. Le reste de ses vêtements fait corps étroit avec elle, le temps s’écoule sublime, la lumière se perd en elle et le livre qu’elle tient l’excuse du monde des vivants.
«IdentitéS» est le neuvième d’une série de douze ouvrages intitulée «Autoportrait», publiés au rythme d’un par mois en 2014. Chaque ouvrage répond à une consigne singulière et son titre débute par une lettre du prénom de l’auteur.
De ce projet inusité, l’auteur dit «[…] l’armature du texte était de prendre mon nom, qui a douze lettres, de le décomposer sur douze mois. Douze, c’est un chiffre mystique aussi […].»
Publié le : jeudi 18 septembre 2014
Lecture(s) : 1
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782897440039
Nombre de pages : 50
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I d e n t i t é S
HERMÉNÉGILDECHIASSON
IdentitéS IX A U TO P O RT R A I T
PîŝE DEparole Récits
Ancrées dans le NouvelOntario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine.
Éditions Prise de parole C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca
Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du livre du Canada (FLC), du programme Dévelop pement des communautés de langue officielle de Patrimoine canadien, et du Conseil des Arts du Canada pour nos activités d’édition. La maison d’édition remercie également le Conseil des Arts de l’Ontario et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
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P Solstices, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2009. Béatitudes, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2007, prix Champlain. ConversationsBCF », 2006 [1999], prix du, Sudbury, Éditions Prise de parole, « Gouverneur général. Parcours, Moncton, Éditions PerceNeige, 2005. Répertoire, TroisRivières, Écrits des Forges / ChaillésouslesOrmeaux (France), Le dé bleu, 2003. L’oiseau tatoué, Montréal, La courte échelle, 2003. Émergences(réédition deMourir à ScoudoucetRapport sur l’état de mes illusions), Ottawa, Éditions L’Interligne, « BCF », 2003 [1974] [1976]. Légendes,Québec, Éditions J’ai vu, 2000. Actions, Montréal, Éditions Trait d’union, 2000. Brunante, Montréal, Éditions XYZ, 2000, prix Éloizes. Climats, Moncton, Éditions d’Acadie, 1996. Miniatures, Moncton, Éditions PerceNeige, 1995, prix de poésie des Terrasses SaintSulpice / Estuaire. Vermeer, Moncton, Éditions PerceNeige /TroisRivières, Écrits des Forges, 1992. Existences, Moncton, Éditions PerceNeige /TroisRivières, Écrits des Forges, 1991. Vous, Moncton, Éditions d’Acadie, 1991, prix FranceAcadie. Prophéties, Moncton, Éditions Michel Henry, 1986. Rapport sur l’état de mes illusions, Moncton, Éditions d’Acadie, 1976. Mourir à Scoudouc, Moncton, Éditions d’Acadie, 1974.
T Laurie ou la vie de galerie, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2013 [2001]. Pierre, Hélène & Michaelsuivi deCap Enragé, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2012. Avec LouisDominique Lavigne,Le cœur de la tempête, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2011. Le Christ est apparu au Gun Club, Sudbury, Éditions Prise de parole, 2005. Aliénor, Moncton, Éditions d’Acadie, 1998. L’exil d’Alexa, Moncton, Éditions PerceNeige, 1993.
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L’événement Rimbaud, avec Gérald Leblanc et Claude Beausoleil, poésie, Moncton, Éditions PerceNeige /TroisRivières, Écrits des Forges, 1991. Le tapis de GrandPré, avec Réjean Aucoin et JeanClaude Tremblay, illustrateur, Éditions pédagogiques de la NouvelleÉcosse, 1986, prix FranceAcadie. L’antilivre, avec Jacques Savoie et Gilles Savoie, illustrateur, Moncton, Éditions de l’étoile magannée, 1972.
HerménégildeCHiasson
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a u to p o rt r a i tiX Éditions Prise de parole Sudbury 2014
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L’auteur remercie le Département de français de l’Université d’Ottawa pour la résidence d’écriture au cours de laquelle il a crééIdentités. Ce livre est le pre mier de la sérieAutoportraità avoir été conçu et rédigé, et ce, au cours du mois de septembre.
Réalisation de la première de couverture : Olivier Lasser Conception de la couverture et mise en pages d’après une idée originale d’Herménégilde Chiasson.
Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Imprimé au Canada. Copyright © Ottawa, 2014
Diffusion au Canada : Dimedia
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Chiasson, Herménégilde, 1946, auteur Identités/Herménégilde Chiasson. (Autoportrait ; 9) Poèmes et écrits en prose. Publié en formats imprimé(s) et électronique(s). ISBN 9782894239247. – ISBN 9782894237649 (pdf ).– ISBN 9782897440039 (epub) I. Titre. II. Collection : Chiasson, Herménégilde, 1946 . Autoportrait ; 9. PS8555.H465I34 2014 C841’.54 C20149042396  C2014904240X
ISBN 9782894239247 (Papier) ISBN 9782894237649 (PDF) ISBN 9782897440039 (ePub)
People are strange when you’re a stranger Faces look ugly when you’re alone Women seem wicked when you’re unwanted Streets are uneven when you’re down Jim Morrison
La femme près de l’homme à la chemise bleue à pois blancsa un tatouage sur l’épaule droite et un sac en jute qu’elle a dû acheter dans un marché aux puces. Elle regarde, l’air intrigué, quelqu’un lire des choses qu’elle ne comprend visiblement pas et elle sourit dans une sorte d’anticipation, de confiance aveugle dans ce qu’elle entend, certaine qu’un jour les portes de la nuit s’ouvriront, qu’elle enlèvera ses vêtements et sera enfin délivrée de ses doutes et de l’inquiétude qui la fait sourire, qui donne à son visage une beauté semblable à la brise d’été quand il fait très chaud et qu’on anticipe une certaine délivrance. On pourrait dire qu’elle est imperméable au regard des autres. Elle ne remarque pas la femme aux lunettes exagérées qui s’ennuie par consentement, ni l’homme aux lunettes roses qui s’ennuie par obligation, et encore moins l’homme qui meurt de soif près de la source en ébullition de son désir, non plus que l’homme à la chemise mauve qui arpente le décor, se demandant avec qui il pourrait bien passer la nuit. Elle se concentre sur le son des mots, sur l’air du temps et sur la lumière ambiante qui lui fait cligner des yeux. Elle ne veut rien perdre de cet aprèsmidi de millénaire débutant. Voyageuse appliquée, elle s’imprègne de toutes les voix. Elle croit qu’il y aura une suite à tout cela. On pourrait dire qu’elle correspond à l’idée qu’on se fait de la beauté et qu’il vaut mieux ne pas trop s’en approcher. Estce pour cette raison qu’elle cligne des yeux quand elle entend des choses qu’elle ne comprend pas ?
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La femme qui danse en chandail jaunetient un verre à la main. Des femmes laregardent, intriguées par l’intérêt qu’elle suscite. Elle fixe un point dans l’espace et elle sourit, et l’on comprend qu’il a fallu des siècles pour en arriver là. Ce n’est pas de sa faute. Elle n’a probablement rien fait pour se trouver coincée dans pareille position. La posture qu’elle prend semble provenir d’une époque illuminée par la grâce et l’on chercherait en vain son métissage dans une quelconque représentation mystique d’une quelconque époque lointaine. Elle est un pur produit de son siècle. Elle fait partie d’une vague confrérie informatique. Quand elle a chaud, elle enlève son chandail jaune et fait la promotion de ses courbes, qui n’ont rien à voir avec l’effet numérique qui se produit quand on agrandit les images de ce siècle. C’est en vain que l’on voudrait accéder à son essence. Tous les agrandissements sont décevants. C’est un fait. Toutes les images finissent par s’enfoncer dans la matière qui les contient. Les photos dans les sels d’argent. Les peintures dans la pâte colorée. Elle ne fait aucun compromis ni ne révèle l’exigence qui lui sert de prétexte. Elle s’amuse du temps qui passe, de la musique qui la recouvre, de la nuit qui l’enrobe, des voix qui l’entourent, de son propre mystère. Et elle danse avec précaution, au point où l’on croirait qu’elle ne fait que marcher au moyen de légers mouvements qui viennent modifier imperceptiblement l’axe de son regard. Une promesse à peine perceptible.
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