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Il était une fois, en forêt d'Orléans...

De
350 pages

1936...
En France, le Front Populaire,
la semaine de quarante heures,
les congés payés et autres,
font espérer une vie meilleure.

À côté, les Allemands entrent
en Rhénanie, la guerre d’Espagne
débute et Hitler commence à
montrer ses griffes.

Pendant ce temps, en forêt d’Orléans,
dans un château imaginaire,
des héros de la légende arthurienne
sont incarnés en domestiques.

Une fine équipe composée d’une fée,
de Merlin l’enchanteur et du magicien
Maugis, va alors faire des siennes.

Et les conséquences de l’achat par les
châtelains d’une bicyclette enchantée par
ces trois-là inspireront à Pierre Deloire
un conte fantastique, humoristique,
moral et hors des sentiers battus.


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Copyright

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Cet ouvrage a été composé par Edilivre

175, boulevard Anatole France – 93200 Saint-Denis

Tél. : 01 41 62 14 40 – Fax : 01 41 62 14 50

Mail : client@edilivre.com

www.edilivre.com

 

Tous droits de reproduction, d’adaptation et de traduction,

intégrale ou partielle réservés pour tous pays.

 

ISBN numérique : 978-2-332-74719-8

 

© Edilivre, 2014

Du même auteur

Du même auteur :

Le Dictionnaire humoristique, incomplet et inexact du professeur Chondar. 232 pages.

Éditions Edilivre. 2013.

La Jarretière et la Corde
(ou la vie édifiante de Thérèse de Bellemotte)

Roman de mœurs du XVIIIe siècle. 907 pages.

À paraître.

Dédicace

 

 

À nos lointains ancêtres qui ont nourri de légendes merveilleuses leurs rudes vies.

À mon père, qui sut réaliser ses rêves, et m’en fit partager certains.

*
* *

Remerciements

À Madame Muguette Rigaud, pour son aimable autorisation d’insérer une des illustrations de son ouvrage cité en référence au cours du récit.

À John P. Noiron, héraldiste, pour le dessin du très évocateur blason du germanophile personnage imaginaire Charles Léon de Sanfrin.

Avis au lecteur

Ami, tu vas entrer dans un récit où se mêlent :

– l’actualité de l’an 1936 en Europe,

– la légende du roi Arthur1, adaptée sous forme humoristique au monde moderne,

– les aventures inattendues, singulières, oniriques, voire surréalistes d’une bicyclette.

En effet, figure-toi qu’une fée lui a conféré de tels dons que moi, l’auteur, j’ai pu faire de cette machine le personnage principal de ma fiction !

Prépare-toi donc à lire les véridiques mémoires d’une bicyclette enchantée.

Libère-toi du carcan de la réalité et laisse-toi aller à la magie de ce conte.

Rêve bien !


1. Si tu as vu le dessin animé de Walt Disney intitulé Merlin l’enchanteur (sorti en France en 1964) tu ne seras pas désemparé.

Préface

Si Geoffrey de Monmouth et Chrétien de Troyes, (auxquels, moi, Arthur, roi, je dois de m’avoir fait connaître), savaient que j’apparais réincarné dans Il était une fois, en 1936… la surprenante fiction de Pierre Deloire, sans doute demanderaient-ils à la lire.

Ils me verraient alors tombé au rang de domestique gagé, fût-il garde-chasse, et cela pourrait être jugé peu flatteur pour un roi de légende.

Ce serait oublier que l’action de cette aimable histoire se déroule à l’époque moderne, dans un pays, la France, qui a autrefois coupé (très proprement, je le reconnais) le col à l’un de ses rois, de même que cela se fit (mais de barbare façon) en Angleterre, un pays que je connais plutôt sous le nom de Grande Bretagne.

Sans parler du mode de gouvernement de la France, que l’on nomme République, un terme dérivé du latin et signifiant ChosePublique, et qui est à mon sens une aberration.

D’ailleurs, dans quatre années à compter de celle du récit de Deloire, la France va chèrement payer de ne pas avoir été sous l’autorité d’un monarque tel que moi-même, preux chevalier et doté d’une intelligence stratégique remarquable, ceci dit sans me vanter.

Certes, l’auteur aurait pu me faire revivre en général en chef des Armées françaises, mais comme le cours de l’Histoire avec un grand H (et en 1940, avec un grand « Ach ! »1) passée ou à venir, ne peut être changé, on m’aurait fait porter le poids de la défaite.

Me connaissant tel que je suis, je me serais alors certainement réfugié en Angleterre afin d’y rassembler un nombre suffisant de chevaliers francs et une flotte impressionnante de nefs à voile pour libérer le territoire envahi par les Germains, dès les vents favorables.

L’étrange, dans la fiction de Deloire, réside en la présence d’une sorte de cheval mécanique nommé bicyclette, ou parfois bécane ou même vélo, dont Madame Élaine2 de Sanfrin, une orgueilleuse aristocrate, royaliste, bigote mais adultère, germanophile et anti-sémite, a fait l’acquisition pour se distraire.

Cet engin, impropre à jouter en lice autant qu’à charger la cavalerie ennemie, a néanmoins l’avantage sur le cheval de ne réclamer que de l’air dans ses boyaux pour pouvoir être utilisé.

Un avantage considérable qui allègerait favorablement la logistique des armées en campagne et pourrait décider de la victoire, n’était la fragilité de la bicyclette au regard du poids énorme des approvisionnements nécessaires à nos bien-aimés cousins et fidèles chevaliers.

Là où l’auteur pousse le merveilleux au-delà de ce que j’ai pu connaître, c’est en faisant intervenir une fée, ancienne Parque3, associée avec Merlin l’enchanteur et Maugis4 le magicien, qui dote cette bicyclette de pouvoirs tels que la pensée et la télépathie, dont la machine se sert pour exercer sa volonté sur certains Humains et les faire agir selon son vœu.

Je la jalouserais volontiers pour la télépathie, car vous voyez bien ce qu’un roi pourrait obtenir de ses sujets par ce moyen.

En ce qui me concerne encore, il est rassurant de rencontrer dans ce récit des personnages qui me sont familiers, entre autres mon épouse, Guenièvre, alias Geneviève, qui me fait encore une fois cocu avec Lancelot du Lac, même si Deloire a joué un sale tour à ce chevalier en l’incarnant en chien de chasse, (ce qui me venge bien), et l’oblige à attendre la nuit et mon sommeil pour redevenir un chevalier et faire la cour à ma Guenièvre…

Ensuite il y a les fées, dont certaines incarnées en servantes, à savoir Viviane, qui aime à plonger dans l’étang du château, au fond duquel elle a son secret, et Morgane, une séductrice à fort tempérament.

De son côté, Morgause, la méchante sœur de cette dernière, tient avec notre fils Mordred (ce traître !) une misérable petite taverne isolée dans les bois et où l’on ne sert qu’à boire5.

Pour sa part, Hector, pourtant chevalier de la Table Ronde, est ici un bon à pas grand chose, dont l’auteur a fait le minus habens du château des Sanfrin.

Situé au milieu d’une vaste forêt6 abritant sans doute des lutins et peut-être un cerf blanc7, ce château n’est pas sans rappeler celui de Comper8 et la forêt celle de Brocéliande.

Le lac légendaire est réduit à un petit étang, et les châtelains mêlent aussi un peu ma légende à celle des Quatre Fils Aymon.

En effet, Charles de Sanfrin, magnat de l’industrie sidérurgique, se prend si bien pour un empereur que ses larbins le surnomment Charlemagne, lequel ne joue un rôle que dans la dite légende des fils Aymon.

Et Hildegarde de Vintzgrau, une bavaroise qui fut dans la réalité historique la seconde épouse de Charlemagne, fera un bref séjour au château, dans le rôle d’intendante autoritaire, alors que la femme de Charles, Élaine, a sombré dans la folie.

Mais rassure-toi, aimable lecteur, on ne s’y perd pas :

Pierre Deloire jongle très bien avec les légendes et l’Histoire.

Il satisfait aussi les bons chrétiens (et pas seulement de Troyes !) en revisitant la Genèse, puis l’Annonciation, avec l’archange Gabriel, incarné en jardinier, immatériel et insaisissable quand il le faut, et qui manie la bêche comme un brave mortel à d’autres moments.

Et bien entendu, dans le respect de ma légende, Deloire me fait m’entre-tuer avec Mordred, mon fils déjà cité, né d’une relation incestueuse avec Morgause.

Modernité l’y obligeant, c’est en nous fusillant réciproquement au cours d’une battue aux lapins que cela se produit et non pas à coups d’épées pendant la bataille de Camlann.

Mais je ne vais pas déflorer le sujet, d’autant que je sens l’auteur à bout de patience, vu la longueur de cette préface.

Alors, cher lecteur du XXIe siècle, bonne plongée dans le Merveilleux, comme dirait la Dame du Lac !

Pour un moment, cette lecture te fera d’oublier la T.V.A., la C.S.G, le R.D.S., la taxe foncière, enfin toutes ces ponctions que j’aurais bien dû instaurer dans mon royaume.

Allez ! Dieu te garde ! Je retourne au tombeau.

Arthur Pendragon

Roi de Logres en Grande Bretagne, d’Islande, de Norvège et d’autres contrées.


1. Ach ! exclamation germanique !

2Élaine : orthographe de la légende, où elle est la veuve du roi Ban de Benoïc et mère de Lancelot.

3Parques : trois déesses du polythéisme grec et latin qui présidaient à la destinée des hommes en filant, dévidant et coupant le fil de leur vie. Dans la mythologie grecque, elles étaient appelées Clotho (qui filait. C’est la fée de ce récit, laquelle, à cause de sa tâche, s’y métamorphose en araignée), Lachésis (qui dévidait) et Atropos (qui coupait le fil). Dictionnaire Littré. Édition de 1863-1877.

Leurs noms latins étaient Nona, Decima et Morta.

4Maugis est le magicien de la légende des Quatre Fils Aymon, dont il sera question dans le récit.

5Taverne : le terme est méprisant lorsqu’il s’agit d’un lieu où l’on ne sert qu’à boire. Dictionnaire Littré. Édition de 1863-1877.

6. Il s’agit de la forêt d’Orléans.

7Cerf blanc : le lendemain du mariage du roi Arthur avec Guenièvre, une jeune fille chevauchant un cheval blanc arriva à la cour, accompagnée d’un cerf blanc et d’un chien braque ou d’une chienne blanche qui disparurent ensuite. Le Moyen Âge fantastiqueou la Petite Histoire du Merveilleux. Alix Ducret. Éditions Terre de Brume. Bibliothèque du Merveilleux. 2012. Le même auteur indique que le blanc est la couleur des créatures de l’Autre Monde, précision que l’on rappellera dans le récit.

8Comper : à l’origine forteresse médiévale bâtie en forêt de Paimpont, parfois assimilée à celle de Brocéliande. Le château de Comper serait le lieu de naissance et la demeure de la fée Viviane.

Chapitre premier

Mon éveil au monde des Humains.
La prédiction de la fée se réalise.
Je quitte Léon pour aller vivre ma vie.
Je suis contente de mon sort,
et j’ai grande envie de m’instruire.

Il était une fois… une bicyclette de femme, c’est-à-dire moi-même, « née » en 1936 (peu après la grande grève ouvrière du mois de mai) à la Clinique du vélocipède1, rue des Frères Michaux2, dans l’atelier de la boutique ainsi nommée d’un petit marchand et réparateur de cycles d’une ville riveraine3 de la Loire, un brave homme dont l’épouse d’origine paysanne faisait aussi commerce d’asticots, d’hameçons de toutes sortes et de fil de pêche.

Mon futur père, un vélo d’homme, sportif par nécessité, avait été longtemps au service d’un porteur de télégrammes, un de ces jeunes postiers appelés familièrement petitstélégraphistes.

Ils partageaient avec les facteurs le privilège de voir s’ouvrir pour eux, des portes d’appartements, de villas ou de fermes, où on leur offrait volontiers, et suivant la saison, un verre de vin ou une tasse de café.

Et la tournée de distribution prenait alors un certain retard.

En cette époque bénie où des troubles sociaux parfois violents avaient paralysé le pays mais ramené la semaine de travail à quarante heures, aussi fait instaurer les congés payés et où il y avait encore deux distributions quotidiennes du courrier, les facteurs avaient l’avantage sur les télégraphistes d’être des personnages familiers, surtout dans les campagnes.

Avec le jeune porteur de télégrammes sur son dos, entendez sa selle, mon père avait parcouru la ville presque dans tous les sens et aussi fait nombre de stations devant des entrées d’immeubles ou de bistrots de quartier, au soleil ou sous la pluie.

Lorsque je fus conçue (pardon, on dit assemblée ou montée pour les bicyclettes), papa venait de recevoir des chambres à air et des pneus neufs, c’est dire s’il était en bonne forme. Pourtant la Poste ne voulait pas le conserver et mon marchand l’acheta au cours d’une grande vente de matériel dit usagé quoique encore en assez bon état ou ne présentant que des défauts sans grande importance.

Malheureusement, mon marchand ignorait que cette vaillante bicyclette mâle souffrait d’un handicap : une sorte de hoquet chronique faisait sauter sa chaîne et avait été plusieurs fois la cause de chutes de son télégraphiste cavalier, chutes dangereuses surtout dans les montées s’il pédalait comme on dit en danseuse.

Alors que l’administration des Postes, Télégraphes et Téléphone n’en avait pas cherché la raison, le bon mécanicien se pencha sur la question, et découvrit que plusieurs dents du pignon arrière étaient usées.

Sa mauvaise surprise passée, et peu désireux d’effectuer un coûteux échange de pièce, notre réparateur avait d’abord mis le vélo à la retraite, tout comme l’administration postale.

Mais après réflexion, il décida de lui donner une descendance car la maladie ne se transmettrait pas si l’on prenait la précaution de ne pas greffer ce pignon sur le corps de la bicyclette à naître.

Je tiens donc de lui mes deux roues avec garde-boue, mon guidon avec sa sonnette ainsi que mes deux pédales et ma pompe, tandis que ma selle, mon cadre, mon grand disque denté avant, le pignon arrière (bien sain celui-là) et ma chaîne me viennent de ma mère, une bicyclette de femme plutôt démodée mais encore assez avenante.

Mes parents m’ayant donné plus ou moins la moitié d’eux-mêmes, je pourrais dire que je suis la fille de deux hémicycles si j’étais sûre de la justesse de ce dernier mot.

Je suis venue à terme, repeinte en blanc, avec tous mes écrous, mes câbles et mes patins de freins à leur place, mais après s’être réjoui de m’avoir finie, le couple de marchands se chamailla un peu pour me choisir un nom.

Lui qui savait de l’anglais proposa de m’appeler Bike, et conseilla de dire baïke avec l’accent britannique, pour faire bien devant les clients, mais elle en trouva la prononciation trop rude.

En fin de compte, ils se décidèrent pour Bikette (baïkette) plus féminin.

Pour ma part, je ne fus guère satisfaite de ce prénom car je me doutai qu’il serait vite altéré en un ridicule Biquette, ce qui ne manqua pas de se produire.

La généreuse épouse du marchand réparateur auquel je dois la vie voulut qu’il m’offre un porte-bagages avec sacoches en faux cuir et un éclairage complet de luxe (à deux phares jumelés du plus bel effet) en cadeau de baptême, et je reçus l’onction traditionnelle de graisse et d’huile lorsque ces accessoires fort utiles eurent été installés à leurs places respectives, ainsi que la plaque en métal léger gravée à mon nom, dont on entoura le haut du tube vertical support du guidon.

Je fus contente de l’éclairage, que je trouvai élégant, mais il me sembla que les sacoches me faisaient de grosses hanches. Néanmoins, comme dans ce magasin je n’avais pas de bicyclette fille rivale, j’en pris mon parti.

Après cet habillage, je passai mon temps à me prélasser dans le magasin en la compagnie silencieuse d’autres vélos, à écouter les clients de mon marchand et à regarder à travers la vitrine les Humains aller et venir dans la rue, comme on observe des poissons rouges dans un bocal, sans que l’on s’occupât de moi pour autre chose que me dépoussiérer les jours de ménage.

Par télépathie à défaut de pouvoir parler, j’essayai de lier conversation avec mes semblables car je commençais à m’ennuyer, malgré la venue de chalands parfois d’une grande originalité.

Hélas, ce fut en vain.

J’en conclus que soit dans cette boutique les ondes ne passaient pas, soit ces vélos ne comprenaient pas mon langage (pourtant du plus pur deux-roues français, du moins le croyais-je) ou au pire, ces machines ne pensaient ni ne parlaient et sans doute ne me voyaient-elles même pas.

Un soir, alors que le couple s’apprêtait à fermer le magasin, le marchand s’approcha de moi, posa familièrement une main sur ma selle, la caressa un peu, et raconta ce qui suit à son épouse.

« Figure-toi que pendant la nuit d’après notre décision de faire cette bicyclette avec les pièces des deux autres, comme qui dirait d’accoupler le mâle et la femelle, j’ai rêvé qu’une grosse araignée m’apparaissait dans l’atelier, qu’elle se changeait4 d’un coup en une sorte de fée en robe blanche, une belle fille ma foi, toute auréolée de rayons de roues dorés, et celle-là me disait que ce bon sang de vélo d’femme que j’allais monter y faudrait le peindre en blanc5 et elle me prédit qu’alors cette bécane serait douée de la faculté de penser, et d’voir, et d’lire, et d’sentir aussi bien les odeurs que le contact d’objets ou d’êtres vivants !

– Ah ! ben ça alors ! Une bécane qui penserait parce qu’elle s’rait peinte en blanc ! Et p’is qu’y senturait [sic] ! Et comment qu’on saura c’qu’elle pense ou c’qu’elle sent ? Al’ te l’a pas dit ta fée ? Non ? Pas étonnant puisque c’est pas possib’e !

– Pour sûr, c’est c’que j’me suis dit le lendemain. Et va savoir pourquoi j’te raconte ça ce soir… Ça s’trouve, ma bécane, elle est là qu’elle nous r’garde et nous écoute…

– Allez, oublie c’te bêtise, Léon, et baisse le rideau d’fer, qu’on aille dîner. »

Cette révélation inespérée éclairait tout !

J’étais une bicyclette hors du commun ! Aucune autre n’était capable de la moindre pensée ni du moindre regard, et au sens propre la Petite Reine c’était bien moi et moi seule.

Une brève réaction d’orgueil fit monter la pression dans mes chambres à air, aussitôt suivie d’une non moins brève colère pour m’être entendu traiter de bécane et de vélo.

Ces deux réactions dissipées, je retrouvai mon calme. Seule l’idée d’être enfermée dans mes pensées, puisque incapable de les communiquer par la parole, m’attrista.

Par contre, l’impossibilité de me déplacer par mes propres moyens qui me désolait jusqu’alors ne me parut plus être qu’un inconvénient mineur.

Certes, j’étais condamnée à dépendre d’un être humain pour aller et venir, et ce sans pouvoir choisir ni la destination ni le moment de mes déplacements, mais au moins j’étais une mécanique pensante, unique en son genre.

Je me surpris même à espérer qu’un jour viendrait où je pourrais m’exprimer et raconter mon histoire.

Et puis je regardai avec nostalgie deux reproductions d’affiches anciennes placées au mur derrière la caisse de la boutique et qui représentaient mes ancêtres de la préhistoire des bicyclettes : le Célérifère6 de 1791 (l’image montrait un cheval en bois à deux roues, mais j’avais entendu dire que l’on en trouvait sous d’autres formes d’animaux) et la Draisienne (inventée par Karl Drais) de 1818.

J’aurais bien aimé qu’elles sachent qu’une de leurs descendantes était douée de pouvoirs extraordinaires, dont la Pensée, jusqu’à présent réservée aux seuls Humains, et je me consolai de cette impossibilité en me disant que s’il existait un AU-DELÀ pour les cycles défunts, alors peut-être me regardaient-elles.

Je me promis donc d’être digne d’elles et de leur faire honneur.

Et puis, durant la guerre de 1914-18, dont j’avais souvent entendu parler dans la boutique par des Humains qui l’avaient faite, des bicyclettes n’étaient-elles pas allées au front avec leurs vaillants soldats ? Combien d’entre elles en étaient revenues intactes ? Combien avaient péri, disloquées par les tirs d’artillerie ?

Et en été, des bicyclettes, spécialisées dans le sport celles-là, ne gravissaient-elles pas, en plein soleil, des cols de montagnes d’une hauteur inimaginable, subissant sur leurs pédales la pression terrible des jambes des coureurs, pour ensuite dévaler les pentes à grande vitesse, au risque de chutes meurtrières pour leurs organes mécaniques ?

Je crois même avoir entendu dire que le train d’atterrissage des tout premiers avions était fait de roues de bicyclettes !

Alors moi, hier encore jeune bicyclette de femme de rien du tout, et qui n’était remarquée que grâce à mon écriteau À vendre fixé devant mon guidon, je n’avais qu’à bien me tenir en mémoire de toutes mes consœurs éprouvées, torturées, blessées ou même mortes à la tâche ou à la guerre.

Pour le moment, et en attendant qu’une créature féminine m’achète et me fasse vivre sa vie, il ne me restait qu’à m’armer de patience.

J’en profitai pour m’essayer à concevoir quelques pensées poétiques, inspirée par les gracieux papillons que mon marchand avait utilisés pour fixer mes roues aux fourches avant et arrière.

J’eus une fausse joie, un matin, lorsqu’un monsieur assez élégant s’intéressa à mon anatomie et que mon marchand le présenta à son épouse comme étant un chef de rayon des Galeries.

Pour moi, encore bien ignorante, je voyais rayons au pluriel et il ne pouvait s’agir que d’un homme puissant régnant sur un empire industriel spécialisé dans la production intensive de ces indispensables tiges métalliques sans lesquelles nos roues seraient pleines ou étoilées de grossiers rayons en bois ou en métal épais, et donc lourdes à mouvoir.

Ce magnat des fins rayons voulait une bicyclette pour sa fille, mais je fus déclarée trop haute pour la mignonne, même en baissant ma selle, d’où ma déception.

Celle-ci fut vite compensée par ce que j’appris en écoutant la conversation qui suivit mon rejet : Môssieur n’était qu’un petit cadre (et même pas de bicyclette !) salarié dans une sorte de grand bazar du nom que j’avais déjà entendu à son arrivée, à savoir les Galeries.

Je jugeai mon erreur bien pardonnable puisque, n’étant jamais sortie de notre magasin depuis ma naissance, je ne pouvais connaître l’existence d’un tel établissement où, d’après Maurice Bouchon, dit Maumau ou La Pression, patron du café de la place Marcel Tourneron7, des chefaillons de rayon-au-singulier8 tourmentaient d’innocentes vendeuses et peut-être même leur faisaient d’immondes chantages pour parvenir à jouir de leurs charmes.

Je n’ignorais pas que cette dernière expression faisait référence à des pratiques particulières aux Humains, mais n’en sachant pas plus que ce que j’avais déjà entendu évoquer par Léon, le coiffeur Mario et Léa Lespine, une cliente de ce dernier, une grosse fille court vêtue qui faisait le trottoir rue John Dunlop9, non loin de là, j’imaginais que cela devait tenir du fonctionnement du piston de la pompe à vélo.

Je conçus donc un juste mépris pour l’homme de proie des Galeries, et me réjouis de n’être pas entrée dans sa famille.

À l’opposé, et bien que surprise par l’extrême liberté avec laquelle la Léa en question traitait mes deux compères, je ne pensais pas à mal car pour moi faire le trottoir c’était le nettoyer. Tandis que les tapineuses de la rue Brisemiche (célébrées par l’intarissable Mario, qui montait parfois à Paris) semblaient avoir renoncé à faire les tapis au profit de la vente de leurs appas, un commerce bien apprécié de notre coiffeur.

Me remémorant certains propos de ce même voisin, je vis se confirmer, et ce bien au-delà de mes espérances, la prédiction de la fée apparue en rêve à Léon.

Certes, j’avais des capacités autres que de penser, mais sans aucun doute, pour l’odorat j’étais ce que les parfumeurs appellent unnez, c’est-à-dire que mon guidon pouvait analyser une odeur et reconnaître l’origine de ses molécules les plus subtiles.

Je savais ce qu’était un nez parce que l’artiste capillaire en avait parlé de nombreuses fois, avec sa faconde très méridionale.

C’était toujours la même histoire.

Il était de Grasse, la capitale mondiale des parfumeurs, d’après lui le Vatican des chimistes en parfums, et son père vendait les meilleurs, et adolescent il l’accompagnait chez ces véritables magiciens en chimie qui les élaboraient à partir de la distillation des essences de fleurs, et il avait appris leurs secrets, et son père voulait qu’il embrasse cette profession mais par la faute d’un charlatan qui lui avait massacré le nez en l’opérant des végétations, son odorat n’avait plus la finesse nécessaire.

Alors il était devenu coiffeur pour dames, un très bon et très réputé.

Mais qu’on se rassure : au fil des ans son odorat s’était rééduqué. Certes, il n’était pas un nez, mais, par Saint Léonard10 ! il était tout à fait capable de distinguer le fromage Vieux-Boulogne du Numéro 5 de Coco Chanel, même les yeux bandés.

Et là, il éclatait de rire !

J’avais appris aussi, et de sa bouche même, que son invocation de Saint Léonard était à double sens. Non seulement elle faisait référence au traitement particulier du fromage en question, lequel dégageait une odeur des plus fortes, mais aussi elle exprimait sa vénération pour les Léonard célèbres.

Ce germanophobe coiffeur féru d’Histoire en avait expliqué les raisons un soir à mon vendeur de bicyclettes : en l’an 499, au côté de Clovis, Léonard avait combattu et vaincu les Allemands à Reims.

D’après lui, si en 1814 Napoléon ne s’était pas inspiré de cette bataille, il n’aurait pas, à son tour et à Reims aussi, battu les Germains et leurs alliés communistes russes11.

D’ailleurs, le coiffeur de la reine Marie-Antoinette était peut-être bien un descendant de saint Léonard.

Peu importait à notre artiste capillaire qu’à l’époque de Clovis le nom d’allemand n’ait pas encore été donné à ce peuple, et que le lien entre le saint et le coiffeur Jean François Autier dit Léonard, né en 1758, ne fût qu’une hypothèse frisant le ridicule.

En tout cas, le vin de Saint-Jean-de-Braye que mon marchand et le coiffeur dégustaient autour de la caisse du magasin, à l’occasion des visites de ce bavard, semblait permettre les anachronismes et les projets les plus farfelus.

Léon (dit Léonidas par le boucher d’en face dont le fils apprenait le grec ancien au Lycée) avait pris l’habitude de commencer les libations en déclamant le premier vers d’une ode en l’honneur du vin rouge susnommé, ode écrite en 1822 par Jean Fidel Constant Blanvillain, un lettré d’Orléans.

Ne connaissant que ce vers, Léon le disait d’abord en français, puis, pour se faire valoir, dans un horrible latin déformé par sa médiocre mémoire et son ignorance de cette belle langue.

Il le déclamait en levant son verre :

« Accordons les honneurs suprêmes à l’excellente bouteille, présent du divin. »

Cela dit, et le vin bu d’un trait, il s’en reversait pour la suite.

Et comme il ne sentait pas que la phrase n’était pas terminée, il croyait que la fin signifiait présent de Dieu et adoptait le ton adéquat pour arrêter là sa citation.

Suivait alors le latin, et au lieu de :

« Suavem, tergeminis tollite honoribus12… »

on entendait :

« Soifem, tergerminis tolite honori rebus… »

Le désaccord avec la traduction française ne lui apparaissait pas, puisque parlant du vin soifem s’imposait, tergerminis (probablement mis pour dire terragerminis) désignait sans doute la terre féconde, et l’allusion à l’explosif nommé tolite était une belle image pour montrer la puissance de ce jus de la treille.

Honori allait de soi, et rebus concernait peut-être les impénétrables Voies du Divin.

Bref, à ses yeux, la traduction française n’était qu’une pâle et imprécise version latine.

Il en avait été ainsi jusqu’à ce que le professeur de Lettres classiques du fils du boucher vienne acheter un raccord de pompe à vélo, une belle occasion pour Léon Léonidas de déboucher une nouvelle bouteille.

Décrire la scène qui suivit sa traditionnelle déclamation me paraît inutile. Je dirai simplement, et pour rester dans le domaine des cycles, que mon marchand se dégonfla à jamais d’une certaine prétention à la culture latine.

Le lecteur critique pourrait, avec juste raison, se demander comment, à l’époque de pareille anecdote, je pouvais en goûter le sel, puisque je n’avais encore ni expérience ni savoir.

Qu’il veuille bien comprendre alors que mon récit est écrit avec le recul des ans et donc se trouve riche des connaissances que j’ai acquises tout au long de ma vie.

Cela précisé une fois pour toutes, je n’y reviendrai pas.

Mais reparlons des projets farfelus évoqués ci-dessus.

En effet, mon pacifiste marchand voyait dans la bicyclette le moyen de faire fraterniser tous les peuples de la planète.

L’Internationale récrite chanterait alors la gloire de ce modeste véhicule, pour peu que tous les cyclistes veuillent bien se donner la main (sans tomber) et faire une ronde autour de la Terre.

Il fallait créer un mouvement de paix universelle, et Léon en avait trouvé le nom, inspiré par le sigle d’un très célèbre syndicat : les C.G.T. soit les Cyclistes Globe Trotters.

D’ailleurs, ils parcourraient facilement le Monde grâce à un viaduc cyclable13 monté sur piliers de bambou, un projet annoncé en 1896 dans le Journal (une publication au sérieux garanti par la participation à sa rédaction de Monsieur Alphonse Allais) mais sans doute trop tôt puisque ce viaduc14 n’avait pas encore été construit.

Néanmoins, avec ou sans viaduc, les cyclistes du syndicat s’affranchiraient des frontières, pour porter la bonne parole (à peu près l’évangile selon Léon) et il n’y aurait plus jamais de conflits armés, plus de destructions épouvantables ni de victimes innocentes.

Bref, il était tout le contraire du coiffeur va-t-en-guerre qui voulait que l’on envahisse l’Allemagne suite à sa violation du traité de Versailles et à son occupation de la Rhénanie en mars dernier.

Ensuite, les salons de coiffure allemands seraient nationalisés au profit de la France, et dans les régions les plus saines du territoire occupé on créerait des camps pour y envoyer en vacances, et par trains gratuits, certes, mais en wagons de marchandises, ceux des Français qui sembleraient un peu déprimés, tels que l’étaient déjà aujourd’hui les Cohen, ses voisins de palier, inquiétés par les nouvelles d’Allemagne, ou des nerveux comme les Moreau, membres actifs de la Section Française de l’Internationale Communiste, qui auraient besoin de repos après s’être beaucoup agités pendant les grèves de mai dernier.

À force de voir tous les habitués du magasin venir faire la causette avec mon Léon et son épouse, j’en arrivai à considérer le quartier comme une sorte de petit village que la grande cité aurait encerclé.

Et comme je l’ai dit, les personnages pittoresques ne manquaient pas, non plus que l’humour.

Le charcutier avait depuis longtemps surnommé la grosse boulangère boule-en-chair, et le marchand d’accessoires électriques et de batteries était appelé Sparte-accus, une plaisanterie revendiquée par le boucher, alors que, comme Léon Léonidas, elle était de son lycéen de fils.

Et Mario n’avait-il pas dit au cafetier surnommé La Pression (dont j’ai déjà parlé) :

« Toi, La Pression, quand on t’mettra en bière, j’veux être là pour voir ça ! »

Lorsque le vieux curé de l’église voisine venait faire réparer sa bicyclette hors d’âge victime d’une crevaison, Léon l’accueillait toujours par la même blague :

« Alors, Monsieur l’curé, vous voulez encore que je donne la communion à votre chambre à air avec une de mes hosties adhésives ? Allez, confiez-moi votre bicyclette, que j’l’emmène dans ma sacristie. »

Et il ajoutait même parfois :

« Ça va finir que c’est les derniers sacrements que j’vais devoir leur administrer, à vos boyaux ! »

Il va sans dire que si par un mauvais hasard une bigote entendait cela, on ne la revoyait jamais plus. Et peut-être Léon le faisait-il exprès !

Le curé, lui, se contentait de se signer, et revenait chez mon marchand réparateur parce qu’il travaillait bien, et lui faisait un prix, pour se faire pardonner de ne pas payer le denier du culte.

Le religieux ignorait toutefois, que, dans le secret de son atelier de réparation (sa sacristie !), Léon l’appelait l’abbécane, et son vélo, cycle-amen15, en détachant les deux moitiés du mot.

Pour comble de coïncidence, un jour, la bonne de ce même curé, déléguée par lui pour conduire une nouvelle fois sa machine chez Léon, raconta à ce dernier, et sous serment de ne jamais le répéter, qu’au moment où elle s’apprêtait à venir ici, son prêtre lui avait dit :

« Vous savez, ma bonne, en quel piteux état est mon pauvre vélo. Hé bien ! je ne l’enfourche plus sans penser Amen et même depuis peu cyclamen, dans l’esprit de advienne que pourra avec cette bécane !

Et la brave femme d’ajouter, au moment de sortir du magasin :

« C’est qu’c’est un sacré blagueur, Monsieur l’curé ! Y n’en faudrait beaucoup comme lui, moi j’vous l’dis comme je l’pense. »

À peine la porte refermée sur elle, j’entendis mon Léon murmurer pour lui-même :

« Chapeau, la calotte ! L’a d’l’idée, l’curé ! Y’m’ressemble ! »

J’ai aussi le souvenir de la plaisanterie faite un matin, à l’ouverture du magasin, par le jeune médecin généraliste qui s’en allait visiter ses patients.

Il était entré en demandant :

« Bonjour, Monsieur Léon. Avez-vous de belles selles, bien moulées ? Montrez-m’en ! »

Surpris, mon marchand avait hésité un petit instant avant de comprendre…

Enfin, entre le 7 juillet et le 2 août, à savoir pendant le Tour de France, l’animation atteignit son maximum dans la boutique.

Pronostics, paris, critiques, enthousiasmes, déceptions, alternaient sans cesse, la radio qui diffusait les reportages et les résultats me cassait… les oreilles, et pour être franche, je fus plutôt contente lorsque l’épreuve sportive prit fin, en même temps d’ailleurs qu’arrivait à épuisement la réserve de vin de Saint-Jean-de Braye.

À tout cela, il faut ajouter l’ambiance particulière du 14 juillet de cette année-là, qui vit le triomphe du FrontPopulaireun an après le serment de ses membres (d’après ce que j’entendis rappeler) avec son excitation ouvrière, perceptible jusque dans notre petite rue d’habitude tranquille, et qui me fit un peu peur.

Mon imprudent Léon n’ayant pas pris la précaution de baisser son rideau métallique, je craignis même, plusieurs fois de suite, de voir la vitrine brisée et nous autres, les bicyclettes, renversées, cassées ou volées…

Je reconnais, néanmoins, avoir été impressionnée par le courage et l’endurance de mes sœurs sportives engagées dans le Tour : 4438 km. parcourus à plus de 31 km/heure de moyenne ! Avec grimpette à 601 mètres d’altitude pour passer à Digne-les-Bains, et jusqu’à 1326 m. pour Briançon !

Ah ! Il leur en fallait du cran et du cœur dans le pédalier, à ces championnes !

Comme disait Léon : « De l’endurance ? Un pneu mon n’veu qu’il en faut pour le Tour ! ».

Et tiens, en évoquant cela, je réalise que mon marchand ne vendait pas de vélos de course… Lui qui avait pourtant punaisé au mur la photo dédicacée d’Antonin Magne, vainqueur du Grand Prix des Nations en 1935…

Il vendait, néanmoins, une sorte de monstre qui était comme deux bicyclettes au montage desquelles il aurait manqué deux roues et qui seraient restées soudées l’une derrière l’autre, un peu comme certains bébés humains nommés jumeaux et nés collés par une hanche, comme j’en avais entendu parler par le médecin client de notre boutique. Léon appelait cette horreur un tandem et paraissait même fier d’en exposer un spécimen.

Je compris, dès le 3 août, à voir l’intérêt de tous se reporter sur les Jeux Olympiques de Berlin, ouverts seulement depuis le 1er de ce mois, que la paix ne reviendrait pas de si tôt dans le magasin de Léon.

D’abord il y eut des épreuves de cyclisme, et puis des mauvaises langues, dont Mario, prétendirent que les Allemands, et parmi eux Monsieur Adolf Hitler, voulaient profiter de ces jeux pour démontrer la supériorité des blondinets aux yeux bleus sur tous les autres hommes de la Terre.

Dans un bel élan de solidarité, la petite bande des habitués de la boutique se cotisa pour acheter les quotidiens Le Petit Parisien et Le Petit Journal (certains voulurent aussi La Croix, mais ce fut refusé à la majorité des voix) racheter du vin, et la fièvre remonta comme pendant le Tour.

Par dépit de voir que la France ne récoltait pas autant de médailles que souhaité, j’entendis soutenir les thèses les plus folles.

Les Allemands gagnaient des épreuves de course à pied parce qu’ils buvaient de l’urine de cheval !

Mario accusait même leurs boulangers de préparer un pain particulier pour les athlètes français, dans lequel (de l’avis de son beau-frère qui connaissait des recettes maléfiques africaines) ils mêlaient de la cendre de chair de tortue...