Il y a longtemps

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Lib. française et étrangère (Paris). 1867. J. M. A.. In-18. Pièce.
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Publié le : mardi 1 janvier 1867
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IL Y A LONGTEMPS
COl;I.OMMM::ns. TYPOGRAPHIE DE A. MOUSSA
IL Y A
LONGTEMPS
r. tt
PARIS
LIBRAIRIE FRANÇAISE ET ÉTRANGÈRE
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1--, -
IL Y A LONGTEMPS
Oui, mon cher lecteur, il y a longtemps que J. M. A.
est entré dans son repos! Mais qu'importe! En rappelant
sa mémoire, je n'ai pas la pensée d'éveiller votre atten-
tion sur les intérêts du temps présent : ceux-là ne sont
que pour un temps! Je désire l'attirer vers les choses
qui sont en .haut; celles-là sont éternelles.
Qu'importe, en effet, l'époque à laquelle une âme
est entrée en possession de l'héritage que Christ lui a
• acquis? Ce qui importe pour elle, c'est qu'elle possède
cet héritage, et pour vous qu'il vous soit offert et
assuré si vous l'acceptez. Cher lecteur, je vous sup-
plie d'être attentif au récit que vous allez lire : il
n'était pas destiné à la publicité ; ces lettres, écrites
par un fidèle serviteur de Dieu n'avaient été connues
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que d'un petit nombre de personnes; depuis bientôt
vingt ans, elles sont restées enfouies comme un trésor
de famille; recherchées dernièrement pour être lues à
une âme angoissée, elles lui ont été en bénédiction. Com-
ment ne pas espérer alors qu'elles pourront faire du bien
à d'autres âmes; c'est cette espérance qui en a décidé
l'impression. Que Dieu, dans sa grande Miséricorde,
daigne en bénir la lecture pour/tous ceux qui les liront.
DEUX LETTRES
SUR LA. MORT DE J. M. A.
Heureux sont dès à présent ceux
qui meurent au Seigneur.
( Apocalypse, cbap. xiv. )
PREMIÈRE LETTRE
Août 18.
Mon cher ami,
Je veux vous entretenir d'une mort chrétienne que
j'ai suivie de près comme pasteur et comme ami, et qui
a produit une sensation particulière dans le cercle, assez
restreint, il est vrai, où elle a été bien connue, soit par
la position religieuse et sociale du défunt, soit surtout
par les caractères édifiants que sa fin a présentés.
N'allez pas croire, d'après ce commencement, que
S IL Y A LONGTEMPS
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j'aie à vous raconter ce qu'on a coutume d'appeler une
mort triomphante. Cette joie vive, cette espérance glo-
rieuse, cette confession abondante, que Dieu accorde
quelquefois à ses serviteurs mourants, et où les puis-
sances du monde invisible deviennent visibles dans la
destruction de la chair, je ne les ai point trouvées dans la
mort de J. M. A. ; mais j'y ai trouvé autre chose, je ne
dis ni plus, ni moins, mais autre chose qui a laissé dans
mon âme une impression aussi douce que profonde.
Peut-être me sera-t-il difficile de communiquer -cette
impression; car ce qui a caractérisé la mort de notre
ami, c'est précisément qu'elle n'a eu rien de saillant ni
d'extraordinaire. C'est l'Évangile sous sa forme la plus
simple, la plus modeste et même la plus silencieuse ;
mais je ne l'en estime pas pour cela moins agréable
devant Dieu ni moins remplie à ses yeux de la vertu de
son esprit; et, quant aux hommes, elle mérite peut-être
d'autant plus d'être remarquée, que le genre de victoire
paisible de la foi pourrait échapper à l'attention de plu-
sieurs, trop exclusivement attirés par ce qui se fait avec
bruit et avec éclat.
Au surplus, telle vie, telle mort. La mort de J. M. A.
devait être telle que je viens de dire pour répondre à sa
vie. Telle aussi avait été le commencement de sa vie re-
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ligieuse; et l'on trouvera, je crois, en général, qu'il y a
de singuliers rapports entre la transition par laquelle
Dieu fait passer l'un de ses enfants de l'incrédulitq à la
ici, et celle par laquelle il le fait passer de cette vie à
l'autre. Aussi bien ce ne sont que deux manières diffé-
rentes de c passer de ce monde au Père. » La vraie con-
version tient de la mort; et une mort chrétienne met le
sceau à la conversion.
C'est quej)ieu, dont toutes les œuvres sont merveil-
leusement liées entre elles, ne fait pas abstraction de la
nature, même dans son action la, plus surnaturelle. Le
naturel d'un apôtre se sent sous l'inspiration même la
plus élevée; comment le naturel d'un disciple ne se
sentirait-il pas dans sa conversion, dans sa mort, dans
toute son histoire spirituelle?
J. M. A. était un homme naturellement doux, tran-
quille, égal dans son humeur, mais peu expressif en
général dans ses sentiments. Par le genre même de son
changement religieux, il serait malaisé de dire quand et
comment il a eu lieu. Les données fort imparfaites que
l'on possède à cet égard, ont été fournies en partie par
sa mort; son testament l'a montré occupé des choses de
Dieu plus anciennement et plus sérieusement que ne
l'avaient soupçonné jusque-là même les personnes qui
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étaient entrées le plus avant dans son intimité, et jus-
qu'à sa femme, avec laquelle il était uni de l'affection la
plus tendre et la plus confiante.
L'influence de cette servante du Seigneur a été grande
sans doute ainsi qu'il se plaisait à le reconnaître lui-
même. Mais ce que je tiens surtout à témoigner ici,
c'est l'esprit dans lequel la conversion de J. M. A.
s'est accomplie. On peut y voir une confirmation
nouvelle de cette parole profonde du Seigneur : Si
quelqu'un veut faire la volonté àe Dieu, il recon-
naîtra si ma doctrine est de Dieu, ou si je parle de
mon chef (Jean, VII). Ce n'est ni par une illumina-
tion soudaine, ni par de douloureux combats, ni par
une brusque transformation de sentiments ou de vie,
que M. *** est venu à la foi; c'est par le développement
graduel de la lumière divine reçue dans un cœur humble
et droit. Là, comme dans la mort de notre ami, on a pu
reconnaître la bénédiction que Dieu attache à la bonne
volonté de croire, à la recherche simple de la vérité, et
à l'accomplissement fidèle du devoir, en rapport avec la
mesure de grâce reçue.
Au reste, c'est son testament, écrit en 18**, et récrit
deux ans plus tard, qui seul permet de fixer approxima-
tivement l'époque à laquelle ce changement intérieur
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remonte. Le premier de ces testaments commence par
ces mots : Etant sain de corps et d'esprit, mais son-
geant à la fragilité de la vie humaine, etc., et finit par
ceux-ci : J'espère que Dieu me pardonnera mes trans-
gressions multipliées, mais je sais que je n'ai pas de droit
à cette grâce, qui ne peut découler que de son inépuisa-
ble bonté, à laquelle je me recommande humblement.
Dans le second testament, le sentiment chrétien est en-
core plus visible que dans le premier; on s'étonnera peut-
être de n'y pas trouver non plus que dans le premier le
nom de Jésus-Christ. Il semble qu'à cette période encore
peu avancée de son développement religieux, il ait été
plus frappé de la gratuité de la grâce divine, que du
rapport que l'Évangile nous révèle entre cette grâce et la
rédemption de Jésus-Christ. Quoiqu'il en soit, comment
méconnaître en lui une vraie piété, lorsqu'après avoir
exprimé, de l'abondance de son cœur, son affection pour
sa famille, et le bonheur qu'il trouve dans l'union de ses
membres, où il les exhorte à persévérer après sa mort, il
prend congé d'eux en disant : Je ne terminerai pas ces
adieux aux tendres objets de mon affection, sans expri-
mer envers Dieu ma profonde reconnaissance pour tou-
tes les bénédictions dont il m'a comblé si gratuitement,
n'ayant rien fait qui pût me les mériter; je me confie
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en sa gratuité infinie et lui demande de fortifier ma foi,
encore si faible, quoique les témoignages ne m'aient ja-
mais manqué. Ce second testament contient des legs
nombreux, dont les moindres sont de 500 fr. et les plus
élevés de 5,000 fr. en faveur de presque toutes nos ins-
titutions religieuses, dont il commençait alors à s'occu-
per avec intérêt. Deux ou trois au plus d'entre elles ne
sont pas mentionnées; mais c'est évidemment un pur
oubli et cet oubli sera réparé par sa famille, d'autant
plus qu'il a pris soin d'expliquer, dans ee même testa-
ment, qu'en cas d'incertitude sur sa pensée (vraie), on
l'obligerait en l'interprétant dans le sens le plus large.
Les personnes qui ont suivi de près J. M. A. se rap-
pellent que vers la même époque à laquelle se rappor-
tent ces deux testaments, séparés seulement par un in-
tervalle de deux années, on le vit peu à peu se renfermer
dans le cercle étroit de sa famille et d'une société intime,
et s'éloigner des plaisirs du monde, parce qu'il en avait
reconnu, à l'expérience, la vanité et les dangers, pour
lui-même et pour les siens.
Depuis cette même époque, on vit croître peu à peu
son zèle pour toutes les œuvres religieuses et charita-
bles. On remarqua avec édification l'esprit de largeur
chrétienne et de vraie fraternité qui lui faisait approuver
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et seconder, à la fois, toutes les œuvres conduites dans
un esprit de largeur évangélique, malgré leurs diver-
gences secondaires.
Entre les traits qui ont caractérisé ce développement
lent, mais singulièremeat consciencieux, et où M. ***
suivait pas à pas sa lumière, tout en évitant de la dépas-
ser, je n'en citerai que deux.
Le premier était sa persévérance soutenue dans la
distribution des traités religieux. Il ne sortait jamais
sans en emporter quelques-uns, et rentrait rarement
chez lui sans en avoir disposé. Bien qu'il les distribuât
plus spécialement aux ouvriers et aux pauvres, il sai-
sissait aussi les occasions qui lui étaient naturellement
offertes pour en donner à des personnes de toutes condi-
tions.
Le second était sa fidélité scrupuleuse, courageuse
pour un homme placé comme il l'était, dans l'observa-
tion du jour du Seigneur. Dès l'année 18**, il fit com-
prendre à ses amis qu'il Be pouvait accepter aucune in-
vitation pour le dimanche. On était frappé aussi de
l'empressement calme, mais constant, avec lequel il re-
cherchait toutes les instructions religieuses; ne man-
quant jamais le culte, ne se mettant jamais en voyage le
dimanche, goûtant les réunions religieuses les plus sim-

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