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Impressions de voyage : en Suisse

De
406 pages
Dans ce deuxième tome, Alexandre Dumas cherche à comprendre l'ADN de la Suisse et s'intéresse aux spécialités culinaires, aux aspects géologiques et aux catastrophes naturelles, au mode de vie des montagnards, aux traditions populaires, aux légendes locales, aux anecdotes relatives à un lieu visité et, bien sûr, à l'histoire. Il va ainsi à la rencontre des gens simples et se prête également aux mondanités en rendant visite à des personnalités en exil (Chateaubriand, La reine Hortense).
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de couverture
t e x t e s e t c o m m e n t a i r e s
Alexandre Dumas Texte établi et présenté par Alain Chardonnens
L i t t é r a t u r e c l a s s i q u e
IMPRESSIONS DE VOYAGE : EN SUISSE
Tome 2 : Du lac des QuatreCantons au Tessin
Impressions de voyage : en Suisse
Tome 2 : Du lac des Quatre-Cantons au Tessin
Collection Littérature classique Textes et commentaires Cette collection est consacrée à la réédition, l’analyse et la présentation de textes classiques de la littérature mondiale des origines à la fin du e XIX siècle. Titres parus Alexandre DUMAS,Impressions de voyage : en Suisse. Tome 1 : en Suisse romande et dans les cantons alpins,2015. ANONYMES,Maugis d’Aigremont, chanson de gestesuivie deLa morte de Maugis, 2014. Alexandre Ivanovitch KOUPRINE,Monstres insatiables,Traduit du russe, introduit et annoté par Françoise Wintersdorff-Faivre,2013.Alain CHARDONNENS,Terreur prussienne,2012 Jacques LARDOUX,Lessonnetsde William Shakespeare,2012.
Alexandre Dumas
IMPRESSIONS DE VOYAGE: ENSUISSE
TOME2 : DU LAC DESQUATRE-CANTONS AUTESSIN
Texte établi et présenté par Alain Chardonnens
L'HARMATTAN
© L’Harmattan, 2015 57, rue de l’ÉcolePolytechnique ; 75005 Paris http://www.harmattan.fr diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978234307819-9 EAN : 9782343078199
PRÉSENTATION DU TEXTEFuyant l'épidémie de choléra et les conspirations royalistes qui sé-vissent à Paris, Alexandre Dumas quitte la ville en mai 1832 pour se rendre en Suisse. Visitant dans un premier temps les grandes villes du plateau occidental (Genève, Lausanne, Fribourg, Berne), il intrigue ses lecteurs en décrivant de quelle manière il pêche à la lanterne la nuit dans l'Aveyron ou comment il survitin extremis à une tempête de neige au Grand-Saint-Bernard. L'élément le plus marquant du séjour de Dumas est sans conteste le bifteck d'ours qu'il prétend avoir mangé dans une auberge de Martigny, en Valais, événement gastronomique qui fera beaucoup parler de son récit publié « dans le journal de Buloz, laRevue des deux mondes. C’était son premier vrai contact avec la 1 grande presse : laRevuea gagné des abonnés, augmenté son tirage. » 2 Le professeur Dominique Formaz et ses étudiants du Collège de Saint-Maurice ont démontré dans leur ouvrage l'exagération des pro-pos tenus par Alexandre Dumas, évoquant les ruses romancières pour faire parler de ses textes et ainsi étendre son lectorat. LesImpressions de voyagene se limitent pas à une description des lieux traversés. Alexandre Dumas a un projet plus vaste, celui de saisir l'identité de la Suisse dans son ensemble. Il s'intéresse ainsi aux spé-cialités culinaires, aux aspects géologiques et aux catastrophes natu-relles qui ont façonné les régions traversées, au mode de vie des mon-tagnards, au vécu de ces derniers, aux traditions populaires, aux lé-gendes locales, aux anecdotes relatives à un lieu visité et, bien sûr, à 1 BIET, Christian ; BRIGHELLI, Jean-Paul ; RISPAIL, Jean-Luc :Alexandre Dumas ou les aventures d’un romancier. Paris, Gallimard, 1986, coll. « Découvertes Galli-mard », p. 83. 2  FORMAZ, Dominique (Éd.) :Sur les traces d’Alexandre Dumas entre Léman et Grand-Saint-Bernard.Paris, Book on Demand, 2013, p. 163.
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l’histoire. Pour obtenir ces informations, il va à la rencontre des gens simples, à l'image de Jacques, le paysan schwytzois, ou de Prosper Lehmann, le chasseur glaronnais. Alexandre Dumas se prête égale-ment aux mondanités en rendant visite à des personnalités en exil (Chateaubriand à Lucerne, l’ancienne reine Hortense à Arenenberg).Travaillant à la manière d'un ethnologue, il cherche à comprendre l'ADN de la Suisse. LE MYTHE DEGUILLAUMETELL
Dans la deuxième partie de son récit, Alexandre Dumas plonge dans les racines de l'histoire suisse. Il rapporte avec délectation les e mythes de la création de la Confédération helvétique au début du XIV siècle, au premier chef desquels figurent le serment des trois conjurés et le tyrannicide perpétré par Guillaume Tell. À l'époque où Dumas voyage dans les Alpes, le mythe de Tell avait connu un regain de po-pularité grâce à la pièce de théâtre de Friedrich von Schiller en 1804 et surtout à l'opéra de Gioacchino Rossini joué dans toute l'Europe à par-tir de 1829. Dumas donne sa vision du drame dans les chapitres XXXI et XXXII. Alexandre Dumas est en phase avec la recherche historique de l’époque. La première mention de Tell apparaît dans leLivre Blancde Sarnen sous la forme de «der Thall», le simple. Ce dernier n'a pas encore de prénom attribué. Comme l'explique un collectif d'historiens suisses, il s'agit d'une « collection de documents diplomatiques com-1 prenant d'importants traités et alliances des années 1309 à 1474. » Actuellement conservé aux Archives d'État d'Obwald, ce document a été transcrit par Hans Schriber (Jean le copiste en français), chancelier d'Obwald, en deux temps (tout d'abord à la fin de l'année 1471, puis à partir de 1474). Si les anciennes chroniques de Justinger, Hemmerli, Rolevinck et Vergenhans portent essentiellement sur les tensions existant entre les comtes de Habsbourg et les communautés alpestres d'Uri, Schwytz et Unterwald, leLivre Blancde Schriber est le premier document dans lequel figurent les éléments du mythe fondateur à venir : le compor-tement arbitraire des baillis à l'encontre des paysans, le serment sur la
1  MOREROD, Jean-Daniel ; NÄF, Antoine (Éd.) : « Les plus anciens textes », dans : Guillaume Tell et la libération des Suisses.Neuchâtel, Société d'histoire de la Suisse romande, 2011, coll. « Pour Mémoire », p. 26.
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1 prairie du Rüdli [Grütli], l'antagonisme fatal entre Tell et Gessler . Les historiens contemporains s'interrogent sur l'apparition de ces nouveaux éléments : « Mais d'où Hans Schriber a-t-il sorti cette épopée ? Sous quelle forme l'a-t-il trouvée ? Est-ce qu'il s'appuie en premier lieu sur 2 des sources écrites ou des sources orales ? » Le chancelier s'est-il contenté de recopier des sources déjà existantes ? A-t-il inventé lui-e même de nouveaux éléments ? Les historiens du XXI siècle s'avan-cent avec prudence sur ces questions tant il est difficile, voire impos-sible, d'y répondre. En tous les cas, leLivre Blancrépond au « besoin de renforcer chez les Confédérés le sentiment d'appartenance à une communauté, ceci à une époque où les conflits internes mettaient en 3 danger le système d'alliance suisse. » De plus, « il s'agissait de ren-e forcer la conscience nationale naissante de la deuxième moitié du XV siècle et de faire passer la rupture avec l'Empire pour le résultat d'une 4 défense légitime contre des prétentions usurpées. » LeLivre Blancjustifie également la révolte de paysans face à la tyrannie des Habs-bourg et de leurs représentants dans la région du Gothard. Si ce docu-ment ne sera imprimé qu'en 1856, il est en revanche repris presque in-tégralement et son contenu développé à partir d'autres sources plus an-ciennes par Petermann Etterlin dans saChronique de la louable Con-5 fédération, imprimée en 1507 en langue allemande. Etterlin procède à plusieurs changements de noms des antagonistes : der Thall ou der Thaell reçoit un prénom (Wilhelm, Guillaume en allemand) ; le bailli Gessler devient Grissler ; le conjuré schwytzois Stoupacher se mue en Stauffacher. Une nouvelle évolution du mythe fondateur se réalise sous la plume de l'humaniste glaronnais Aegidius Tschudi (1505-1575). Dans saChronicon helveticum, qui repose en partie sur le texte de Etterlin en ce qui concerne la genèse de la Confédération, ce membre du Con-seil de Glaris, devenu landamman du canton de 1558 à 1560, innove en datant les événements. Ainsi, Tschudi déclare que la révolte des communautés alpestres, le serment des conjurés, le tyrannicide de Tell et la destruction des châteaux des baillis se déroulent entre 1307 et 1308. À vrai dire, comme l'affirment Rolf Duffner et Anton Rüf, le
1 Ibid, pp. 26-27. 2 Ibid., p. 27. 3 Ibid., p. 30. 4 Ibid., p. 30. 5 Kronica von der loblichen Eydtgnoschaft.
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