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Impromptus italiens

De
464 pages
ce livre, conçu comme un éventail d'impromptus saisis sur le vif à l'endroit même où ils sont vécus, nous mène à la rencontre des habitants et des lieux qui livrent peu à peu leurs secrets (Places, cafés, églises, palias, de Venise, Milan, Turin, Rome). Les espaces publics et privés dessinent des représentations qui provoquent notre regard entre impertinence et ouverture sur le monde italien d'hier et d'aujourd'hui.
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rre Pelo
Impromptus italiens
collection Amarante
 IMPROMPTUS ITALIENS
Amarante Cette collection est consacrée aux textes de création littéraire contemporaine francophone. Elle accueille les œuvres de fiction (romans et recueils de nouvelles) ainsi que des essais littéraires et quelques récits intimistes. La liste des parutions, avec une courte présentation du contenu des ouvrages, peut être consultée sur le sitewww.harmattan.fr
Pierre Pelou
 Impromptus italiens
 L’Harmattan
Du même auteur Florilèges italiens, L’Âge d’Homme, 2010 L’Arbre et le paysage,L’itinéraire d’un postier rouergat, 1907-1981, L’Harmattan, 2011 Les photographies sont de l’auteur. Copyright : Pierre Pelou Couverture: Fontaine de Diane et Actéon, jardin du château de Caserta, Campanie
© L’Harmattan, 2013 5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr ISBN : 978-2-336-29036-2 EAN : 9782336290362
Avant-propos
DansFlorilèges italiens, je m’attachais aux villes d’Italie. J’entendais montrer ma manière d’aspirer leur vie en leur donnant des articulations personnelles et des regards, mêlant l’essentiel à l’accessoire. La ville, pensais-je, est un tout qui ne se divise pas. Elle a une présence qui lui appartient, des forces et des tonalités. Elle accueille ses habitants dans un dialogue qui les fondent, leur ouvrant l’espace et le temps de sa représentation. L’histoire de l’art, l’esthétique ou la philosophie de l’art doivent se fondre dans l’esprit de la cité. La ville est un être vivant.  Ce second volet de mes impressions veut être à la fois plus précis et aléatoire. Ce sont des impromptus qui surgissent de mes rencontres, comme des flashes qui éclairent ma vision de l’Italie. Ils ont besoin d’être approfondis, explicités ou resitués. Plusieurs catégories d’intérêt bousculent mon entendement. Ce sont tout d’abord les places, les cafés et les fontaines qui fournissent à la ville ou au village leur extériorité travaillée. La place crée l’identité de la ville par son espace de rencontre. Le café est le lieu de la parole où la détente voisine avec la douceur de vivre, ensemble ou séparément. La fontaine est un discours sur l’eau. Elle illustre la garantie de la survie. Chacun de ces trois éléments se retrouve dans ou avec les autres comme le discours signifiant de la ville. Ils sont inséparables. La place accueille le café et la fontaine leur donne l’eau ou la fraîcheur. Si la place San Carlo de Turin est avare en fontaine, elle est riche de ses cafés historiques. La place du Dôme à Milan ne vit que par la cathédrale, trop puissante pour partager le pouvoir. Elle s’appuie sur la galerie Victor-Emmanuel pour faire ses civilités. La place Navone à Rome est la place des fontaines et des cafés, exemple ultime de leur nécessaire rencontre. Elle concentre toutes les figures, de l’église sainte Agnès au palais des Pamphili, des fontaines du Bernin aux cafés et restaurants, gardant même l’esprit initial du lieu fait de fêtes et de jeux. Ce sont ensuite les églises et les palais représentant le pouvoir religieux et le pouvoir civil. La multitude d’églises que l’Italie présente est une révélation en soi. Elles imprègnent tout le tissu de la ville comme le discours obligatoire de la religion aux fidèles. Les meilleurs architectes,
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les plus grands artistes, peintres ou sculpteurs, ont été convoqués à leur réalisation. Aujourd’hui, le discours de Dieu est partout et nulle part, sauf à évoquer l’esprit historique d’une ville et sa mémoire éternelle. À Lecce, les églises baroques sont plus inventives que les palais. Les places leur servent d’appel à la prière, préparant le discours de Dieu. À Orvieto, la cathédrale domine la ville de sa présence, sa façade portant l’explication de la chrétienté. Toutes les rues irradient la cité à partir d’elle, comme un soleil qui répand ses rayons bienfaisants. À Assise, la ville n’existe que par la basilique, celle-ci protégeant celle-là de toute mauvaise rencontre. Le palais ne saurait contredire l’église. Il en est le fidèle serviteur, quoiqu’enclin à quelques caprices luxueux. Chacun a son âme et son histoire, souvent bousculées par la vie et les strates successives de la descendance. Si l’église n’a qu’un seul propriétaire, Dieu, le palais invente des lignées et s’accorde des transformations impromptues. L’église conte l’histoire de la chrétienté tandis que le palais décore la vie de ses habitants et révèle leur statut. Peu d’églises deviennent des banques, comme le palais Zevallos Stigliano de Naples. Certains gardent l’esprit du lieu. C’est le cas du palais Barolo de Turin, toujours tourné vers l’humanitaire chrétien de la marquise Giulia di Barolo. D’autres deviennent des musées comme le palais Barberini à Rome, préservant l’esprit de la famille Barberini et la mémoire du pape Urbain VIII ; ou encore le palais Vitelli alla Cannoneria de Città di Castello, marqué par la légende ducondottiere Alexandre au service des Médicis. Il m’arrive de penser qu’en Italie le palais est l’église civile quand l’église est le palais de la chrétienté. En Toscane, toutefois, on ne pouvait construire des tours que si leur hauteur était inférieure au campanile, révérence du pouvoir civil au pouvoir religieux. Après les places, les cafés et les fontaines (figures de l’espace public), les églises et les palais (manifestations de l’espace privé), voici la toute-puissance de l’art. L’art est à l’Italie ce que la lumière est au soleil. L’esprit de la Renaissance domine avec des rappels à l’Antiquité, source d’inspiration et de beauté. La Renaissance est l’espace éclairé des représentations, de la religion à la mythologie, avec des rappels et des e e implications de la société civile à leur exercice. Les XV et XVI siècles sont porteurs d’une nouvelle inventivité malgré les guerres intestines des États et la concurrence des cours. Le pouvoir autoritaire est tempéré, parfois éclairé, par la représentation artistique. La Renaissance est un moment décisif de l’histoire de l’art, car elle utilise les œuvres comme ferment ou ciment de la société. Art et société sont intrinsèquement liés. En art, disait Wilhelm Worringer dansAbstraction et Einfühlung, il ne faut
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pas surestimer les moments subalternes, mais privilégier le « vouloir artistique absolu ». Il ne faut pas voir la Renaissance telle qu’elle se réfléchit dans nos esprits, mais comme une intégration dans une époque. « L’histoire de l’art revêt une importance presque égale à la religion ». Si l’art est une explication avec la nature et avec l’homme, il est surtout une histoire du sentiment du monde. C’est pourquoi il faut fréquenter les œuvres elles-mêmes, les voir et les revoir, dans le milieu pour lequel elles ont été élaborées dans le meilleur des cas, dans les musées faute de mieux où elles sont comparées donc surjouées. Mon maître, Henry Maldiney, disait : « Une œuvre d’art est le là de sa propre ouverture… l’origine et l’issue de l’œuvre d’art, c’est l’art… l’être-œuvre est du même ordre que l’existence ». Je le dévoierai volontiers en parlant du de la présence, mais aussi dulacomme une note de musique. L’œuvre d’art est souvent lelad’une société, notamment à la Renaissance, la note qui lui donne sa tonalité. Aussi, me glisserai-je dans l’invention du Tintoret, le sublime de Bellini, l’humour de Signorelli, tout en sachant que Giorgione était sans doute le plus proche de l’art comme sentiment du monde, mêlant habilement peinture et musique. Giorgione était lelamusical des artistes de son temps. Je poursuis mon propos avec d’autres artistes italiens qui tissent leur toile à la manière de Véronèse explicitant la dialectique pour le doge de Venise. C’est en 1600 la peinture de paysage avec Annibal Carrache, qui décora magnifiquement le palais Farnese à Rome. C’est aussi la fréquentation de l’Italie par les peintres européens tels Poussin, Cretey ou le Lorrain pour la France, Beckmann pour l’Allemagne, définissant un idéalisme par l’image. C’est, plus près de nous, des artistes qui donnent sens à leur origine régionale, Guttuso pour la Sicile et Lodola pour la Lombardie. À Milan, je suis sensible au design de Castiglioni, à la sculpture de Fontana, artistes qui réinventent l’objet et lui donnent sens. À Rome, je me laisse porter par les fontaines et les sculptures du Bernin réinventant l’espace. Ce sont des moments d’exaltation, voire des incises qui régissent mon inconscient voyeur. Pourquoi tel ou tel artiste ? Parce que j’aime les regarder et que, ce faisant, ils m’offrent des parcours, me rappelant la mission de l’art : jouir du temps, entre universalité et éternité. Je convoquerai alors les écrivains à l’évocation de ces trois orientations. Me calfeutrant dans leur écriture, je ramènerai Lampedusa et Carlo Levi à la dure terre de l’Italie, du Risorgimento au fascisme. Tel un voyageur, je me glisserai entre Montaigne et le Président de Brosses. Je me réfèrerai aux plus illustres qui, de Goethe à Stendhal, ont su capter
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