Inauguration du barrage de Rochetaillée : fête du 28 octobre 1866 à Saint-Etienne

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Impr. de Ve Théolier (Saint-Etienne). 1866. Saint-Etienne (France). 1 vol. (52 p.) ; 22 cm.
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Publié le : lundi 1 janvier 1866
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FÊTE DU 28 OCTOBRE 1860
A SAINT-ETIENNE
INAUGURATION
DU
BAMÂGE DE ItOCHETAILLÉE
SAINT-ETIENNE
IMPRIMBIIIE DE V* THÉOLIER ET C'\
Hue Gérentel, 43.
18G6
FÊTE DU 28 OCTOBRE 1866
A SAINT-ETIENNE
INAUGURATION
DU
BARRAGE DE ROCHETAILLÉE
La jouméo du 28 octobre, consacrée à l'inau-
guration du barrage de Fochelaillée, a été pour
Saint-Etienne une fête exceptionnelle.
Tout I'H favorisée, tout a réussi à souhait. Le
beau temps, l'empressement des citoyens, la gatlé
générale, la sagesse et l'habileté des mesures qui
avaient é\é prises, le charme d'une excursion d9ns
des gorges superbes, aux aspects pittoresques
et variés, tout a contribué à lui donner un en-
train et un éclat qui en fixeront la date dans la
mémoire de notre génération.
L'arrivée du général Montauban, comte de Pa-
l.kao, en a été le premier épisode.
A dix heures, une salve d'artillerie a annoncé
l'entrée du général à Saint-Etienne.
4
Il était attendu a la gare de Château Creux
par les autorités civiles et militaires; la compa-
gnie des sapeurs-pompiers s'y trouvait sous les
armes, et l'on y remarquait, au milieu d'une af-
fluence considérable, le pensionnat du Lyc< ) et
les Ecoles communales.
Un des élèves du Lycée a adressé un compliment
au général, qui y a gracieusement répondu par un
congé pour le reste de la journée. Puis le comte
de Palikao est monté dans la voiture de M. Levert,
préfet de la Loire, et a pris la direction de l'Hôtel-
de-Ville, précédé d'un piquet de gendarmes a
cheval.
Les deux bataillons du 16e de ligne, le dépôt
du 18e étaient échelonnés par compagnies et par
pelotons le long de la rue Royale. Les soldats ac-
cueillaient le général au cri de : Vive de l'Empe-
reur !
La gare avait été ornée de drapeaux.
Six mâts pavoises formaient une avenue à l'en-
trée de la rue Royale, et portaient des écussons où
on lisait : PÉ-KING, PA-LI-KAO. Des guirlandes de
lauriers peintes couraient d'un mât à l'autre, et sur
les faces regardant l'est et l'ouest on voyait les
armes du général, au-dessus de ces inscrip-
tions :
AU VAINQUEUR HE LA CHINE
LA VILLE DE SAINT-ETIENNE.
LA CHINE OUVERTE PAR LE GÉNÉRAL COMTE DE PALI-
KAO AU COMMERCE STÉPHANOIS.
5
A la vue de ces glorieux et touchants souvenirs,
le général s'est découvert.
Sur la place du Marché, en face du poids pu-
blio, le général a passé sous un trophée d'armes
ingénieusement disposées.
Quatre colonnesaufùt de mousquetons, de fusils
de munition et de carabines, supportaient autant de
frises dessinées avec des sabres-baïonnettes, des
pistolets d'arçon et des baïonnettes triangu-
laires.
Aux quatre angles, au-dessus de faisceaux de
drapeaux, se dressaient d'anciennes armures de
bataille ou de tournoi, empruntées au Musée d'ar-
tillerie. L'une d'elles a authentiquement appar-
tenu au comte Montecuculli, le rival de Turenne
et de Condé. Le souvenir des gloires de l'ancienne
France revenait ainsi à l'esprit et s'y mêlait
aux gloires de la France nouvelle, noblement re-
présentées en ce jour par le vainqueur du Céleste-
Empire.
An-dessus de la frise tournée du côté de la rue
Royale, l'aigle impériale déployait ses larges ailes
formées de sabres de cavalerie et de talons de
crosse en cuivre.
Elle était surmontée d'une bannière en soie,
aux armes de la ville inscrites en or sur fondblane.
Au midi, la médaille militaire, et au couchant,
l'étoile de la Légion d'Honneur couronnaient les
frises.
Fourreaux en tôle, pistolets d'arçon, batteries,
chiens et pontets de sous-garde, pommeaux de pis-
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tolets et capuches de mousquetons, en un mot les
nombreuses pièces qui entrent dans le montage
d'une arme blanche ou d'une arme à feu, avaient
été disposées de manière à rendre les détails et les
effets multiples de cette décoration guerrière.
La bannière de François Ier que l'on voit au
Musée et sur laquelle brillent la salamandre elle*
fleurs de lys d'or, flottait au-dessus de la croix dô la
Légion d'Honneur.
Sous le plafond de drapeaux et d'oriflammes tri-
colores tendus d'une colonne à l'autre, des fais-
ceaux de hallebardes implantées dans des cui-
rasses s'étalaient à droite et à gauche.
Les deux jolies pièces bavaroises en bronze
qu'on admire dans le vestibule du Musée avaient
été braquées en avant des colonnes, du côté de
Lyon, adossées à des fusils formés en faisceaux.
Aux angles du trophée, on lisait ces mots à
jamais glorieux :
PÉ-KING, TA-KOU, PA-LI-KIAO, CHANG-KIA-VAN.
Au-dessous de l'aigle une couronne de chêne
enlaçait cette inscription :
Les ouvriers armuriers
au général comte de Palikao,
vainqueur de la Chine.
Il n'avait fallu que dix-huit heures aux ouvriers
armuriers pour tracer ces combinaisons compli-
quées et dresser cet élégant échafaudage d'armes
7
anciennes et d'armes modernes, qui vont, elles
aussi, malgré leur date réoente, passer dans le do*
maine de l'archéologie, grâce au prestige domina-
teur des Dreyse, des Ghassepot et des Snyders.
Arrivé en face de l'aro de triomphe, le cortège
a été arrêté par une foule compacte, dont il était
impossible de percer les rangs épais.
Un ouvrier de la manufacture d'armes, M. Abrial,
s'est avancé, a offert au comte de Palikao un ma-
gnifique bouquet, et lui a adressé les paroles sui-
vantes Î
Général,
Les ouvriers armuriers de Saint-Etienne
sont heureux de vous voir dans leur ville.
Depuis longtemps nous vous connaissons
de réputation. Nos camarades, les anciens
militaires, nous ont dit que vous étiez bon
pour le soldat. La renommée nous a appris
vos victoires en Afrique et en Chine. Nous
souhaitons la bienvenue au vainqueur de
Pékin.
Nous vivons de la fabrication des armes.
Pour votre part, Général, vous avez glorieuse-
ment poussé à la consommation. Nous vous
en remercions. En faisant les affaires de la
France, vous avez fait les nôtres.
On dit, Général, que vous voyez souvent
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l'Empereur* Quand vous en trouverez l'occa-
sion, dites-lui que vous avez rencontré ici des
ouvriers laborieux et dévoués qui, dans leur
intérêt, ne détestent pas la guerre au dehors,
mais qui aiment avant tout la paix au dedans.
Si jamais Sa Majesté, ou son fils, avait besoin
des armuriers de Saint-Etienne, nous sommes
habitués à manier le fer et la poudre, et nous
formerions, pour défendre la France et les
Napoléon, un fameux régiment, à qui les
fusils à aiguille ne feraient pas peur!
Vive l'Empereur !
Vive le Général!
Cette allocution aélétrès*biendile et prononcée
avec beaucoup de fermeté. Elle a produit sur la
foule un effet superbe, et les cris de Vive l'Em-
pereur! Vive te Général! ont longuement retenti.
Le général qui, pressé par les ouvriers, n'avait
pu mettre pied à terre, a fait de son siège une cor-
diale et chaleureuse réponse.
Rappelant d'abord aveo le plus heureux à-pro*
pos qu'il y avait cinq ans, ce même jour 28 octo-
bre, l'armée française entrait victorieuse à
Pékin, et qu'elle devait ses succès à l'excellence
des armés fabriquées par les ouvriers stéphanois,
il s'est félicité d'à Voir contribué à ouvrir un im-
portant débouché au commerce de notre indus-
trieuse cité.
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Il a ajouté qu'il n'avait pas attendu de venir à
Saint-Etienne pour appeler la sollicitude de
l'Empereur sur notre fabrique d'armes, et que
celle-ci pouvait compter sur un avenir de prospé-
rité, grâce à la haute protection qui lui est assurée
de la part du chef de l'Etat,
« L'Empereur, qui connaît bien votre ca-
« ractère, a-til dit, m'a parlé quelquefois
a de vous.
* Je vous rappellerai à lui; je lui rapporte-
« rai vos paroles et vos voeux
* Je puis dire que Sa Majesté, aussi bien
« que moi, ne doute pas de votre dévoû-
« ment à la France et à sa personne. Çomp-
« tez donc sur sa protection et sur la mienne.
« D'ailleurs, entre les mains d'un homme
« aussi actif, aussi dévoué que celui qui di-
« rige vos travaux, tout ne peut que bien al-
« 1er pour vous. »
Se tournant vers l'employé qui lui avait adressé
la parole, il lui a dit avec effusion :
« Je suis heureux de l'accueil que je rc-
« çois de tous à Saint-Etienne.
« Vous remercierez pour moi tous les ou-
« vriers armuriers de Saint-Etienne. »
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Cette manifestation des ouvriers armuriers de
Saint-Etienne a eu surtout ceci do remarquable
qu'elle a été entièrement spontanée. Elle n'avait
été précédée ni d'affiches, ni de placards, ni d'avis
officiel.
Agissant en dehors de toute inspiration, les
ouvriers ont obéi à un élan de leur âme. Ils ont
voulu attester leur patriotisme et prouver combien
ils sont sensibles à l'honneur de notre drapeau,
aux gloires de la patrie. Ces sentiments et le té-
moignage éclatant qu'ils en ont donné ont dû vi-
vement toucher le coeur du comte de Palikao.
Il était dix heures quand le cortège est entré à
la Préfecture. Pendant le trajet de la gare 5 l'Hôtel-
de-Ville, plusieurs musiques se sont fait entendre
en différents endroits. La Fanfare des pompiers
suivait le corlége; la Lyre stéphanoise stationnait
à côté de l'arc de triomphe et le corps des musi-
ciens du 16° de ligne se trouvait sous les fenêtres
du Grand Cercle.
A midi, ont eu lieu les réceptions officielles Les
autorités, les corps constitués, le clergé, la magis-
trature civile et consulaire, le conseil de préfec-
ture, les hauts fonctionnaires, les chefs et les mem-
bres des diverses administrations publiques, les.
officiers de la manufacture et de la garnison, ont été
présentés au comte de Palikao par M. Levert
et M. le général de Garondelet.
M. Charvet, maire de Saint-Etienne, accompa-
gné de ses adjoints et d'un grand nombre de con-
seillers municipaux, est venu offrir les hommages
il
de la cité au soldat illustre qui a porté jusqu'aux
extrémités de l'Asie la gloire et la civilisation fran-
çaises. Il l'a complimenté en ces termes :
Monsieur le Général,
En venant visiter pour la première fois
cette ville qui s'honore d'être placée sous
votre commandement militaire, vous avez
voulu célébrer avec, nous l'heureux achève-
ment d'une entreprise des plus profitables à
notre contrée. Vous avez voulu nous prou-
ver que la rude école de la guerre n'avait
point exclu de votre coeur l'amour des triom-
phes pacifiques, l'intérêt aux oeuvres de
la science et aux patientes conquêtes de la
civilisation sur la nature!
Au nom du corps municipal dont je suis
entouré, au nom de tous mes concitoyens,
je vous remercie de ce sympathique témoi-
gnage. La ville de Saint-Etienne est fière de
recevoir aujourd'hui le vainqueur de Ta-Kou,
de Chang-Kiaway, de Palikao et de Péking.
Quand nous apprîmes que le drapeau
français flottait sur les murs de celte capi-
tale, quand le pays, tout entier applaudis-
sait à la nouvelle de votre rapide et brillante
campagne, les habitants de notre cité labo-
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rieuse ne furent pas les derniers à se ré-
jouir. Ils étaient profondément émus du
succès de nos armes. Ils acclamaient les ex-
ploits héroïques de leurs frères; mais en
même temps ils voyaient s'ouvrir des hori-
zons immenses devant leur puissante acti-
vité, ils comprenaient qu'un monde nou-
veau était livré à notre vieille industrie, et ils
ne doutaient pas qu'un avenir plus prospère
compensât bientôt les années difficiles qui
venaient d'être traversées!... Dans peu de
temps sans doute il leur sera donné de re-
cueillir tous les fruits de votre courageuse
expédition.
Aujourd'hui que vous êtes de retour dans
la patrie, l'Empereur vous a confié l'un de
ses plus grands commandements dont fait
partie la ville de Saint-Etienne.
Nous voudrions, Monsieur le Général, que
votre séjour en notre cité put se prolon-
ger; mais des soins incessants vous récla-
ment, et c'est déjà pour nous une fortune
inespérée que d'avoir pu vous apporter ici
un témoignage de notre haute admiration.
Nous ne saluons pas seulement en votre
personne le héros d'un des plus grands faits
d'armes do notre époque, nous honorons
i3
aussi le représentant d'un Souverain dont
la gloire militaire n'a d'égale que sa sollici-
tude pour les grandes industries nationales.
NAPOLÉON III se préoccupe toujours de con-
cilier le triomphe des armes avec la satis-
faction des intérêts commerciaux, le déve-
loppement de la richesse matérielle et le
bien-être moral du pays !! Voilà pourquoi il
peut compter sur notre dévouement.
M. le comte de Palikao a répondu en quelques
chaleureuses paroles parties du coeur. lia remercié
M. le Maire et témoigné ses profondes sympa-
thies pour Saint-Etienne et ses nombreuses indus-
tries. Tous ceux qui, pendant la réception, ont
conversé avej M. le comte de Palikao, ont été
charmés de son affabilité, de sa bonne grâce, de
la bienveillante vivacité de son esprit.
11 était près d'une heure quand a eu lieu le dé-
part pour Rochetaillée. Une soixantaine de voi-
lures ont emporté au grand trot les autorités et les
principales notabilités de la ville. La voiture de
M. le Préfet de la Loire, où se trouvaient M. le
duo de Persigny, MM. le comte de Palikao et le
général de Garondelet, ouvrait la marche, pré-
cédée d'un détachement de gendarmes à cheval.
Dans celles qui suivaient, nous avons remarqué
M. Francisque Balay, député de la Loire, les
membres do la municipalité, MM, Graëff et de
Montgolfler, ingénieurs des ponts et chaussées,
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presque tous les fonctionnaires et chefs de service
de Saint-Etienne.
La distance entre Saint-Etienne et Rochelaillée
a été franchie en trois quarts d'heure. A mesure
qu'on approchait de cette dernière localité, on
voyait peu à peu se dessiner plus distinctement
un interminable cordon de promeneurs qui se ren-
daient au barrage par le chemin que l'aque-
duc lui-même forme dans le milieu de la mon-
tagne.
A Rochelaillée, on est descendu de voilure et
l'on s'est dirigé à pied vers lebirrage. Cette pro-
menade, qui a duré près d'une demi-heure, a
permis d'apprécier la beauté de ces sites admira-
bles où la nature semble s'être complue à se boule-
verser elle -même, comme pour rendre plus diffi-
cile et plus méritoire le travail gigantesque qui a
vaincu les obstacles accumulés dans ces lieux de-
puis des siècles.
A quelques centaines de mètres du barrage, le
u^ectacle avait un caractère saisissant de gran-
deur. Une foule immense, innombrable, que les
gens expérimentés ont évaluée à quarante mille
personnes, couvrait les versants des montagnes
environnantes; de grands drapeaux tricolores
avaient été, par un prodige de hardiesse, hissés
sur des pics escarpés, sur les sommets de rochers
élancés se dressant comme des aiguilles dans les
airs; la cascade déroutait son long ruban de
mousse jaillissante, à côté du rempart du bar-
rage, géant de pierre qui à jamais emprisonne
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les eaux; dans le fond de la vallée résonnait le
son éclatant du clairon; dans le haut, les tambours
battaient aux champs, et le canon faisait entendre
de seconde en seconde sa voix formidable réper-
cutée par les échos. C'était imposant et solennel.
Sur la plate-forme qui précède le barrage, M.
le duc de Persigny, M. le comte de Palikao et le
cortège des autorités ont trouvé la municipalité et
le clergé de Rochetaillée. M. Vital de Roche-
taillée, maire, leur a adressé une chaleureuse ha-
rangue qui a été accueillie par d'unanimes appro-
bations. Voici comment il s'est exprimé :
Messieurs,
Les habitants de Rochetaillée sont heureux
de témoigner leur reconnaissance à ceux qui
ont bien voulu venir augmenter l'éclat et la
solennité de cette fête par leur présence au
milieu de nous.
Monsieur le Duc,
Votre zèle infatigable vous a fait oublier
un instant vos nombreuses occupations. Vous
êtes venu dans nos montagnes inaugurer cette
digue élevée par le travail et le génie de
l'homme pour préserver notre pays de ces
désastres qui tout récemment encore ont
affligé une trop grande partie de nos départe-
ments.
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Vous avez daigné, Monsieur le Général, ho-
norer de votre présence celte fête toute pacifi-
que. C'est avec orgueil que nous saluons en
vous celui qui a porté jusque sur les murs de
Pékin le drapeau toujours victorieux de la
France.
C'est à vous, Monsieur le Préfet, que nous
devons celte solennité; par là, vous nous don-
nez une preuve de la sollicitude du gouverne-
ment de l'Empereur pour tout ce qui regarde
les intérêts de nos populations; par là, vous
immortalisez les noms de tous ceux qui ont
contribué au succès de ce hardi et magnifique
travail.
A côté de ce barrage, qui frappe tous les
regards par sa masse, sa grandeur et ses
belles proportions, il existe un autre monu-
ment plus modeste dans son apparence, mais
aussi admirable dans son exécution, aussi
fécond dans ses résultats. Je veux parler,
Messieurs, de cet aqueduc dont les nombreux
réseaux vont chercher les sources de nos
montagnes pour les réunir dans de vastes
réservoirs souterrains et les distribuer en-
suite dans la ville do Saint-Etienne.
Ces travaux nous rappellent ceux que fai-
saient les Romains ppur entretenir dm s leur
17
capitale ces fontaines qui attirent encore au-
jourd'hui l'admiration des étrangers.
Depuis quelque temps déjà Saint-Etienne
jouit des bienfaits de cet aqueduc. Les eaux
fraîches et limpides de nos sources ont rem-
placé celles des puits, rendues souvent mal-
saines par la proximité des mines. Peut-être
nous est-il permis d'espérer que cette amé-
lioration introduite dans l'hygiène de nos
compatriotes éloignera ces épidémies qui sont
venues trop souvent jeter le deuil dans notre
cité.
Par d'heureuses combinaisons, les eaux du
barrage. peuvent, en temps de sécheresse,
être introduites dans l'aqueduc pour aug-
menter son volume d'eau parfois insuffisant ;
de même, en cas d'incendie, les sources
peuvent être déversées dans le Furens, pour
envoyer à Saint Etienne de plus prompts et
plus abondants secours.
Par ce travail, aussi bien exécuté que bien
Conçu, Messieurs les ingénieurs se sont ac-
is, à juste titre, l'admiration de nombreux
'fa'sj s.
'■J> M\ nt son séjour dans nos montagnes,.
;i'uh dS x a su s'attirer par sa bienveillance
le!s,sym athics de toutes nos populations.
n- v 2 •
18
Puissent les habitants de Rochetaillée con-
server toujours le souvenir du temps Irop
court qu'il a passé au milieu d'eux ; comme
vous tous, Messieurs, nous conserverons la
mémoire du jour qui a réuni en ces lieux les
gloires du gouvernement et de l'armée.
Après ce discours, M. le curé de Rochetaillée,
revêtu de ses ornements sacerdotaux, a prononcé
les paroles suivantes :
Messieurs,
La Religion, fille du Ciel et amie du pro-
grès, se plaît à bénir tous les travaux utiles
au bien de la société ; elle a pour mission,
sur la terre, non-seulement d'unir l'homme à
la divinité par les doux liens de l'amour et de
l'adoration, mais encore d'ad:nirer et d'en-
courager toutes les grandes et utiles entre-
prises.
Aussi est-ce avec bonheur que je viens, au
nom de cette religion divine, louer et féliciter
l'illustre général qui, après avoir traversé la
Chine en vainqueur, est allé, à pareil jour,
planter à Pékin, sur nos autels restaurés, le
noble étendard de la croix. Je loue et je féli-
cito également M. le Préfet d'avoir compris
19
que la religion, loin d'abaisser le génie de
l'homme, ne fait que l'élever et l'agrandir en
éclairant ses pensées d'une nouvelle lumière.
Je remercie tous les habiles ingénieurs qui
ont préparé et dirigé le beau travail du bar-
rage ; mais je félicite surtout leur illustre chef
d'avoir prouvé, par sa noble conduite, que la
religion, crue et pratiquée, ne fait que donner
un nouveau lustre à la science et au mérite.
Je remercie aussi toutes les autorités distin-
guées qui sont venues, par leur honorable
présence, embellir cette fête patriotique et
religieuse.
Mais, comme l'Ecriture-Sainte nous dit que
c'est en vain que l'homme bâtit si Dieu ne
bénit son oeuvre, unis de coeur et de senti-
ments, demandons tous ensemble les béné-
dictions du ciel.
0 Dieu puissant qui commandez aux flots
et aux tempêtes, bénissez cette oeuvre admi-
rable qui racontera aux générations futures la
gloire de notre siècle ; faites que les eaux du
Furcns, gonflées par les pluies, trouvent tou-
jours dans le barrage une barrière infranchis-
sable; faites que ces eaux, conservées dans
cet immense réservoir, n'en sortent plus que
pour porter dans les campagnes la fécondité,
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dans les usines la prospérité, et dans la ville
la fraîcheur et la salubrité!
Bénissez notre illustre Empereur qui fait,
sur tous les rivages du monde, respecter le
nom et le drapeau de la France ; bénissez
tous ceux qui ont contribué à élever ce beau
monument d'utilité publique ; bénissez enfin
tous les habitants des rives du Furens, afin
que, délivrés de la crainte des inondations, ils
vous rendent toujours amour, hommage et
reconnaissance !
M. le curé de Rochetaillée a fait suivre ce dis-
cours de prières de circonstance et a béni solen-
nellement le barrage, au milieu du recueillement
universel.
Celle cérémonie accomplie, le cortège a tra-
versé le pont qui est situé sur le barrage même.
A l'extrémité du pont qui, d'un côté, s'appuie sur
le territoire de Rochetaillée, de l'autre sur celui
de Planfoy, le cortège était attendu par îb clergé
de cette dernière commune, venu processionnel-
lement, et M. le curé de Planfoy a harangué les
vl&ileurs.
On est ensuite revenu au milieu du pont ; un
cercle s'est formé autour dés autorités, et S. Exe.
M. le duc de Persigny a prononcé le discours sui-
vant i

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