Insulte à la gent

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Ce roman est une satire ; or s’il n’est rien de plus sérieux qu’une satire, cela n’empêche pas de rire un peu.

Le désir d’Insulte m’est venu à la lecture du livre d’un auteur américain à succès dont je ne me rappelle pas le nom (mauvaise conscience) malgré tous mes efforts. Le héros souffrant du syndrome de Gilles de la Tourette arpente le pavé de Brooklyn en éjaculant fort mal à propos des propos [sic] qui ne lui apportent que désagréments dans ce milieu de la petite pègre où il s’agite.

« Puis-je transposer ce concept sans faire de tort à cet écrivain respectable et me voir traîné devant les tribunaux pour plagiat manifeste ? » me demandais-je ; « et puis, quoi faire de ce tic, comment le transposer ? »

Après deux ou trois ans de vague maturation, la chose exigea d’être couchée par écrit.

— Ne vous inquiétez pas Madame Bellon, ne vous inquiétez pas, cela me ferait de la peine. Ce n’est rien. De temps à autre, figurez-vous... ce n’est rien, cela me prend parfois de dire un mot ou deux dans le vide. Ils ne sont adressés à personne en particulier voyez-vous... à personne je vous rassure. Ce sont... juste des mots qu’il m’arrive de prononcer à voix haute comme pour les essayer dans l’air vous voyez ? Pour savoir comment cela sonne, comment cela s’entend, les mots. Il ne faut pas faire attention, c’est un test, un test à tétons — à tâtons veux-je dire. Un test que je tente rarement, le plus rarement possible à vrai dire, afin de ne déranger personne, mais il arrive que malgré tous mes efforts, toute ma contention, un ou deux mots m’échappent, sans intention particulière, comme à un poète il faut dire à voix haute ses vers pour les comprendre, savoir s’ils chantent ou pas, vous comprenez ? Je vous prie de ne pas vous inquiéter, cela ne se reproduira plus, je vous assure, je ne tiens pas à vous faire perdre votre clientèle de tap — tapinois-tapis-persan ! vous aimez les tapis noirs ? Je vais de ce pas vous en acheter un beau pour me faire pardonner cette incartade, je me sentirai mieux, cela me fera plaisir. Cela vous plairait-il ? Je l’espère. Cela me redonnera le courage d’apparaître devant mes semblables sans mourir de la honte d’avoir dû... de la honte d’avoir dû un court instant m’écarter d’eux et leur donner à croire à mon insu qu’ils s’écartaient de moi, ce qui est un sentiment pénible lorsqu’on saperlipopute ! » « Pardonnez-moi, c’est une crise de mots, je me retire, j’ai tout lâché... Une bonne journée Magame, une bonne journée ! J’ai des médicamenteurs dans ma trousse, cela va passer tout de suite et mon cul dans ton cuuuuul, met ta main dans la mieeeeenne... ! »

Vaincu par le parasite, je m’étais mis à vocaliser comme à l’opéra.

Du même auteur en ebooks : Couleur locale, Cantine, LOUIS, Hébride Nouvelle, mour.

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Publié le : mardi 18 août 2015
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EAN13 : 9782368451731
Nombre de pages : non-communiqué
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© Mehmet Lapoul, 2015.

 

Édition des versions numériques : IS Edition, Marseille.

www.is-edition.com

 

ISBN (eBooks) : 978-2-36845-173-1

 

Couverture : Mehmet Lapoul

 

« Toute représentation ou reproduction, intégrale ou partielle, par quelque procédé que ce soit, faite sans le consentement de l’auteur ou de ses ayants droit, ou ayants cause, est illicite (Loi du 11 mars 1957, alinéa 1er de l’article 40. Cette représentation ou reproduction, par quelque procédé que ce soit, constituerait une contrefaçon sanctionnée par les articles 425 et suivants du Code Pénal. La loi du 11 mars 1957 n’autorise, au terme des alinéas 2 et 3 de l’article 41, que les copies ou reproductions strictement réservées à l’usage privé du copiste et non destinées à une utilisation collective d’une part, et d’autre part, que les analyses et les courtes citations dans un but d’exemple et d’illustrations. »

Et il est bien permis de pousser un soupir quand on s’aperçoit qu’il est ainsi donné à certains hommes de faire surgir, véritablement, sans aucune peine, les connaissances les plus profondes du tourbillon de leurs propres sentiments, alors que nous autres, pour y parvenir, devons nous frayer la voie en tâtonnant sans relâche au milieu de la plus cruelle incertitude.

 

Sigmund Freud

1

Longtemps, Dominique Tober s’était levée tôt sans que l’on sût pourquoi, sans nécessité ni contraintes d’aucune sorte ; et ce n’étaient pas les oiseaux saluant l’aurore qui pouvaient la déranger tant leurs pépiements étouffés perçaient avec difficulté les ramages épais du jardin silencieux dégouttant de rosée ; mais à peine le jour s’insinuait-il entre mur et rideau en produisant à l’intérieur de la pièce une espèce de tremblement fuligineux de l’obscurité, un frisson anticipant la mise en lambeaux de la nuit, qu’elle commençait à s’agiter dans son petit lit et à rejeter draps et couverture. Bientôt, elle n’en pouvait plus. Elle s’efforçait, pourtant, de différer son impatience en attachant son regard sur tel ou tel détail de la chambre, en contemplant telle lumière, tel angle, en suivant la progression d’une lueur le long d’une moulure… Mais après un long moment de supplice, à bout, il lui fallait impérativement se lever, en catimini, afin de respecter le sommeil de ceux de la maisonnée qui dormaient encore.

D’ailleurs, durant toutes ces années, jamais il ne se trouva quiconque pour se plaindre d’elle et de cette coutume, tant elle était précautionneuse. S’habillant à tâtons pour ne pas faire jouer le commutateur trop bruyant dont le claquement retentissait à ses oreilles comme un coup de tonnerre, évitant avec soin de faire craquer le plancher en ne marchant que sur certaines lattes dont elle savait l’inertie, le mutisme, elle se dirigeait vers la porte laissée entrebâillée la veille, traversait le palier donnant sur les chambres distribuées de part et d’autre d’un long couloir étroit, et descendait le grand escalier de chêne gris telle une ombre d’enfant légère, ton sur ton, en direction du rez-de-chaussée, de la cuisine.

Et c’est fort occupée déjà que l’y trouvait en arrivant la cuisinière, une Margaux, qui s’émerveillait à raison et avec bonne humeur d’une petite fille aussi lève-tôt.

— Elle a des fourmis dans les jambes, cette enfant ! » disait-elle en souriant avec complaisance, comme sourient en acquiesçant trop les domestiques, les chiens et les esclaves qui, tout en ne craignant a priori plus rien de par la force de l’habitude, sachant que leur renvoi priverait plus les maîtres de bons et loyaux services qu’eux-mêmes d’un emploi qu’ils ne tarderaient pas à retrouver ailleurs étant donné leurs états de service, n’en conservent pas moins à l’abri de leur âme une secrète inquiétude qui les force à donner dans l’indulgence, dans la flatterie (si jamais… si jamais on les dépouillait brutalement de quelque chose qu’ils auraient eu jusqu’alors à disposition gratis et sans devoir en rendre compte, sans même s’en rendre compte, et dont seul un manque brutal, cruel, permettrait de réaliser l’importance… ((car on aime ses aises, avoir son territoire et jouir de ce qu’il soit reconnu de tous, quand bien même il n’est nôtre que de manière toute fictive, symbolique et pour un temps donné, ne nous appartenant pas réellement, qu’on vous a alloué en quelque sorte en échange de services pour lesquels on vous paie, sachant que cette parcelle de puissance nous est indispensable afin de mener à bien la mission que l’on vous a confiée, selon les règles stipulées par le contrat papier et celui implicite, qui se passe non seulement d’écrit mais aussi de paroles ((sans doute de tous les ordres de grandeur le plus élevé dans ces sortes de choses)) ; mais si l’on prend plaisir à se voir ainsi reconnu((e)) pour des qualités spéciales ((un gratin exceptionnel et que l’on réussit à merveille, par exemple)), des résultats pour lesquels on vous fournit tout l’espace, tous les moyens, toute l’aide que l’on veut, il advient souvent que l’on finit par ne plus apprécier ces conditions particulières à leur juste valeur, le tragique de cette valeur, et que l’on oublie que seule notre habileté nous fait ici traiter en reine, en roi, qu’il suffirait de très peu, d’un faux pas, d’un poignet foulé durablement pour que le carrosse s’effondre et nous fasse rouler dans la boue, magicien sans baguette, sans pouvoir, sans rien, et à nouveau Peau d’âne. Les avantages tiennent à des riens : on les accepte, on se les accapare avec une facilité déconcertante, comme s’ils vous étaient dus de toute éternité, comme s’ils relevaient d’une qualité foncière, inséparable de notre être, de notre âme, comme si l’on était venu au monde avec, comme par enchantement. Toutefois, par-delà cette autosatisfaction qui nous guette et qui nous aveugle, cette folie d’accepter comme de droit divin ce qui ne nous est attribué qu’en fonction de mérites destinés aux plaisirs de nos maîtres et de leurs invités, pour l’égoïste réjouissance d’étrangers dont il nous faut au préalable, en agréant avec fierté ce qui n’est au bout du compte qu’une obole pour services restants à rendre, prévenir l’indifférence, il arrive qu’on entende à certains moments, par certains murmures, certains reflux du silence, pour peu que la vanité ne nous ait pas entièrement rendus sourds, un grignotement suspect, l’activité subreptice, malfaisante, de l’insecte rongeant dans l’obscurité le pied de la tablette supportant des joyaux dont on a oublié jusqu’à l’existence du fait de trop d’usage, de trop de quotidien, d’un trop de tradition. Et ce tout petit bruit auquel on ne peut pourtant plus attacher de menace, suffit à faire planer sur nos têtes un danger imprécis, mais constant, dont on a perdu l’origine, la raison, dont on ne peut plus rejoindre la cause et qui nous tient néanmoins en haleine, en respect, ce quand même on en repousse chaque jour que Dieu fait l’évidence par la considération sentimentale et attendrie des bienfaits dont on nous comble, dont nous préférons méconnaître l’arbitraire.), voire dans l’indulgence hypocrite, trop voyante, sans se rendre compte que c’est parfois précisément à cause de celle-ci que leur employeur les prend en grippe et les remercie, mais ne dévions pas de notre propos.

« Passé cinq heures du matin, il lui fallait toujours bouger », dirait plus tard sa mère avec un étonnement admiratif dissimulant un petit soupir dont on ne sut jamais si c’était par jalousie d’avoir une fille aussi entreprenante qu’elle le poussait, ou par regret que celle-ci ne dormît pas autant qu’elle-même, ce qui la forçait à se lever plus tôt qu’elle eût aimé à la seule fin d’être « à la hauteur » de sa progéniture et de « ne pas se laisser dépasser », comme elle affirmait avoir pour principe en ne faisant que répéter les devises d’un mari dont elle avait par affection et par faiblesse recopié jusqu’aux formules, quoique en s’en défendant par souci d’indépendance. Longtemps, ce fut Dominique qui prépara le café matinal, ce qu’elle sut bientôt très bien faire, c’est-à-dire assez fort mais sans acidité ni amertume, ainsi qu’il plaisait à ses parents qu’il fût, sans être autorisée à y goûter elle-même tant on craignait les effets de l’excitant sur une enfant aussi « nerveuse », et qu’elle ne dormît plus du tout ! Elle apprit donc à concocter le chaud breuvage parfumé sur la seule base des retours et des conseils de ses parents, acceptant avec docilité les critiques de son père, sourcilleux sur le chapitre du café, en consommant lui-même beaucoup et ayant les moyens d’en acheter du bon, mais détestant, comme il le disait en homme d’affaires avisé, « gâcher la marchandise » ; et l’expression un peu triviale ne manquait pas de faire plisser un instant les paupières de sa femme, qui s’exprimait avec mesure et pondération comme on lui avait appris dans son enfance qu’il fallait faire. Mais monsieur Tober n’était pas le genre d’homme dont on peut réformer le langage en clignant simplement des yeux, et « côté café comme côté finances » il ne fallait pas lui en promettre ; il instruisit sa fille à merveille en dressant jour après jour un tableau des résultats et des progrès en la matière. Dominique, attentive et prenant la chose très au sérieux, devint experte en préparation d’une boisson dont elle ne connaissait pas le goût, sinon dénaturé par le sucre et sous la forme d’un « canard » (terme qui faisait cligner les yeux de Madame) de temps à autre, destiné autant à la récompenser qu’à la guider dans la voie du perfectionnement. Mais on ne lui en accordait jamais le soir, pour cette raison d’une santé qu’on estimait fragile sans en avoir pourtant reçu la moindre preuve, car de fait Dominique n’était à peu près jamais malade, contrairement à sa mère et à son frère aîné qui, lui, prenait plutôt du thé le matin. Il souffrit d’ailleurs longtemps d’asthme et « d’angines à répétition » durant les froids mois d’hiver, mais il faisait face à tous ces désagréments avec un courage remarquable, de l’avis de tous. La brave Margaux disait là encore quelque chose de plaisant à ce sujet, mais je ne me rappelle pas quoi ; elle avait toujours un mot admiratif pour chacun de toute façon, cette pauve cronne.

Marie-Catherine Tober, née Bonnetou, leur mère, endurait les formes diverses de mystérieuses maladies de femmes qui la clouaient au lit parfois une semaine entière avant que la force lui revînt, et le désir de se lever. Suite à quoi se répandait à nouveau dans la maison le souffle impalpable de cette humeur qui était la sienne : souriante mais non dépourvue de gravité, indulgente, mais subtilement nostalgique et veillant à ne pas se laisser dépasser, ce qui de la part d’une mère n’est peut-être pas ce que l’on peut faire de mieux puisque si l’ordre est respecté, alors l’affection parfois fait défaut, manque, semble manquer, ou bien ne se manifeste pas suffisamment, ce qui peut engendrer des répercussions dans le ressenti comme chacun sait, des désagréments, voire purement et simplement des accès psychotiques caractérisés dans le pire des cas, tant notre machine est fragile et régie invisiblement par une série de mécanismes emboîtés et interdépendants, qu’un grain de sable enraye. Et peut-être cette humeur de la mère, tumeur de la mère tu meurs de la mère ne fut pas sans conséquence sur le destin de chacun des enfants, entre autres facteurs. Quant au troisième enfant, le dernier, un garçon également, la question ne se posait pas de connaître ses goûts et ses préférences relativement à la mouture, au degré de torréfaction, au dosage adéquat : il noyait ingénument son café de lait sans se poser de questions, et il arrivait à cette occasion que Dominique lui adressât un regard noir, froissée qu’elle était par l’indifférence manifeste dont il faisait preuve envers l’objet de tous ses soins. Naturellement, outre l’élaboration du café, c’était également Dominique, « Domi », comme on disait autant par tendresse que pour abréger, qui disposait ces napperons qu’on appellerait alors des sets, les cuillères, les tasses, et qui plaçait dans l’antique grille-pain les tranches de brioche aux raisins qu’elle mettrait à griller à l’entrée de ses parents ensommeillés, après avoir disposé beurre et confiture d’abricot dorée sur la table, dans la pièce illuminée par une vaste baie donnant sur le jardin, une ouverture généreuse dont le tiers inférieur projetait au plafond une fraîcheur comme verte, issue du rebond de la lumière sur la pelouse, et le tiers supérieur un impalpable et souple mantelet d’azur qui se déposait par la grâce du ciel sur la vaste nappe blanche à en être bleutée, le tiers restant, central, étant traversé de regards véhiculant de l’un à l’autre des convives la paisible conversation familiale. Disons tout de suite que ce naturel matinal de leur fille n’était pas pour autant le signe d’une suractivité glandulaire plus ou moins pathologique ni celui d’une avidité particulière, d’une sorte de « faim de lumière », d’une nervosité suspecte, mystique ; simplement, il lui fallait se lever tôt, mais c’était tout ; pour le reste, c’était une enfant docile et affectueuse, en un mot comme en cent, tout à fait normale.

Son café bu, son toast avalé, après avoir parcouru le journal apporté par la cuisinière (qui passait devant le kiosque de la gare), comme on consulte entre expectative et anticipation frémissante un oracle qu’on sait n’être pas entièrement « à la hauteur », mais dont on croit pouvoir aménager au prix de quelques efforts les prédictions généralement pessimistes, l’époux et père partait à ses affaires, qui le retenaient parfois fort tard et leur assuraient bon an mal an des revenus, des commodités, un confort qui n’était pas à la portée de tous les foyers. C’était une bulle de paix enclose dans une époque de troubles et comme un autre temps pris dans un présent à évolution rapide. La souplesse de l’enveloppe chatoyante, bulle de savon susceptible des déformations les plus étonnantes, capable d’épouser des contraintes, des pressions, d’affronter des souffles contraires qu’on aurait pu à première vue croire fatals, retrouvait au premier redoux sa rondeur élastique protectrice et rassurante ; tel un legs dont on jouit sans le savoir et qui vous vient des grands-parents et des parents de ceux-ci, une culture dont on ne sait rien mais qui est là, dans le moindre objet, dans la façon de s’en servir, un argent sur lequel on sait pouvoir compter sans avoir à le compter soi-même. Ceci dit, il n’était pas pour autant question de ne rien faire et de « se laisser vivre », et Joseph Tober, en industriel éclairé conscient de l’inéluctable évolution de la société, lui-même à cheval sur deux mondes dont la désunion progressive le contraignait à un grand écart d’année en année plus acrobatique, s’efforça de favoriser l’adaptation de ses enfants aux règles en vigueur, au futur tel qu’il lui semblait que celui-ci se dessinait. Il leur fit faire des études qui, espérait-il, leur permettraient d’accéder à un statut et à une aisance suffisant à préserver le capital qu’il allait leur transmettre. Il savait par expérience, d’avoir vu chuter un oncle cher, qui pour des raisons sentimentales était tombé dans l’alcool, les femmes et le jeu, à quelle vitesse les fortunes les plus solides s’évaporent on ne sait comment, en à peine quelques années.

Dominique arrivait toujours la première en cours sans être pour autant animée d’un désir de savoir inextinguible, mais plutôt par simple commodité personnelle, afin de n’avoir pas à piétiner inutilement à la maison en attendant l’heure de partir. Sa mère, instruite de toujours de cette singularité, ne se faisait pas d’illusions quant à cette assiduité remarquable, mais lui paya des études complètes (nous verrons que Dominique ne parcourut pas le cursus entier) pour honorer le vœu qu’elle avait fait à son mari sur son lit de mort, quoiqu’en se disant que pour une fille le moyen le plus sûr ici-bas consistait tout de même à trouver un mari entreprenant et ou fortuné, ainsi qu’elle avait fait elle-même. Elle possédait, cette dame de souche bourgeoise et de tradition conservatrice, un esprit pratique et comme un don de courte vue qui, au sein du milieu qui était le sien, n’était pas sans passer pour du solide bon sens. On la consultait même à l’occasion, comme on irait voir la voyante. Elle conseillait avec prudence ; une telle prudence qu’il importait peu de suivre ou non ses conseils, mais qu’il n’advint jamais rien de mauvais de l’avoir fait, ce qui accrut sa réputation. Pour un peu, on lui eut aussi demandé de tirer les cartes, ç’aurait pu être un petit « revenu ». Mai 68 craquela peu ses certitudes mais la fit s’enfermer plus souvent et plus volontiers dans le bastion de province, entre ses dentelles et la photo du défunt regretté, on se demande pourquoi.

C’est à l’université, entre deux amphis de psychologie générale, que Dominique Tober fit la connaissance d’André Murnot qui, trois ans après cette rencontre décisive allait devenir son époux. La mère de Dominique venant de mourir n’opposa aucun obstacle à cette union qui ne lui eut sans doute pas plu et dont les prémisses lui avaient fait l’impression d’un déclassement potentiel regrettable. Ce qu’elle avait vu en André Murnot, un été, comme il avait poussé l’audace jusqu’à se faire présenter sans en avoir été prié, n’avait pas été à son avantage… mais elle avait appris de bonne heure à se taire et son désaccord ne s’exprima que par une rechute sérieuse dans une de ces maladies de femmes qui devaient à la longue l’emporter.

Le prétendant, moins à l’aise financièrement que sa future, doté de parents d’extraction modeste, de tempérament studieux, plus intellectuel, plus « cultivé », aussi, cherchait sa voie entre Histoire et Sociologie. Des rencontres de hasard, des amitiés l’orientèrent peu à peu vers les journaux, les revues, la culture. Il lisait beaucoup, visitait les expos, rencontrait des artistes, écrivait des articles dans des revues éphémères. Avec le temps cette activité devint suffisamment rémunératrice pour qu’on pût l’appeler métier. Il était fréquentable, régionalement parlant : on faisait appel à ses services, il en rendait volontiers. Finalement, un périodique d’envergure nationale lui fit signer un contrat à tant la ligne le laissant libre d’employer encore ses talents ailleurs, tant et si bien qu’à force de cocktails, de salutations, de sourires, de compliments et de petits fours, il finit par connaître du monde et à être reconnu par lui pour ce qu’il était devenu : un journaliste spécialisé ; un journaliste spécialiste de culture générale ; et cela peut toujours servir, un journaliste, ce d’autant qu’il était empressé, aimable, et qu’il se rendait utile à l’occasion en citant ceci ou cela à la demande à peine exprimée d’Untel ou d’Unetelle, ce qui facilitait une vente, un don, une élection, que sais-je. Il s’installa dans cette carrière comme il avait vécu jusqu’alors, poussé par la nécessité de gagner sa vie et d’avoir ses aises, mais sans ambition bien définie par ailleurs. Il se tenait minutieusement au courant de ce dont il fallait qu’il fût et remplissait son devoir sans passion excessive, voire sans passion du tout. Il aurait pu faire autre chose, toute autre chose : vendre des voitures de qualité à de jeunes couples un peu lancés en instance d’enfant (sécurité, confort, statut), par exemple, ou servir d’interface et de porte-parole à un « poids lourd » socialiste, peu importe ; ça n’était pas un défaut, plutôt une qualité ; dans ce milieu de l’info où journaliste et interviewé font semblant de se dévêtir mutuellement au cours de la plus putassière des exhibitions publiques, c’était qu’on le sentit interchangeable qui le rendait unique. Il fit son trou dans ce gruyère comme il en eut rongé un autre et Dominique, que la fortune de son père dispensait de trouver un emploi rémunéré de son temps, de même qu’elle l’avait dispensée, voire dissuadée de poursuivre des études qui l’ennuyaient, n’eut plus au bout de quelque temps à assurer plus de la moitié de leur entretien courant, ce qu’elle faisait du reste volontiers grâce à l’héritage qu’une telle ponction ne diminuait en rien du fait de placements rentables.

Elle conçut sur le doux fond nocturne des toits de Florence, l’été où ils étaient allés en Italie jouir des premiers jours de leur union légitime, durant leur voyage de noces. Ce fut la grande joie de sa vie que d’apercevoir les toits de Florence à l’envers à cet instant précis de l’intromission décisive. Un « velours étoilé », un « doux velours étoilé », telle était l’image une fois traduite et versée dans les mots comme le lait de son frère dans le café matinal (volutes de semence projetées dans la nuit de l’âme). Un psychanalyste idiot lui eut sans doute demandé : « Et quel est ce flot rance ? », mais Dominique n’avait jamais éprouvé le besoin de se confier au point de se rendre au cabinet (on lui avait indiqué une adresse). C’était une image d’une douceur singulière et qui l’accompagnerait toute sa vie, un trésor tout à elle et qu’elle ne partagerait avec personne. Deux heures à peine avant de perdre définitivement conscience, bien des années plus tard, l’image surgirait et la bercerait une fois de plus de sa douceur rêveuse avant de disparaître à jamais elle aussi tout comme elle, etc. Elle avait pris la pilule en rencontrant son futur et s’en était dispensée passé un moment. « Advienne que pourra ! » s’était-elle dit en allumant effrontément une cigarette. Elle enfanta son premier enfant comme elle était âgée de vingt-huit ans ; le second survint cinq ans plus tard : elle s’installa sans remords et même avec un certain plaisir, tout comme avait fait sa mère, dans une existence organisée de mère de famille, quoique un peu « déclassée » se disait-elle, mais enfin, « plus libre » ; du moins en jugeait-elle ainsi à l’époque, vouée qu’elle était à l’éducation de ses enfants, à l’amour de son mari et à la gestion de ses biens.

Leur maison, leur villa, autrefois propriété d’un courtier en assurances que des déboires avaient acculé à la faillite, dressait en banlieue aisée sa solidité rassurante, ses murs montés à l’ancienne, le blanc craquant de ses hautes croisées, un grand balcon courant à flanc de façade, des massifs distingués et une terrasse de pierre bleue belge du plus bel effet. Ils prirent du personnel, mais rien de tapageur, juste pour aider, pour ainsi dire par tradition. L’héritage de Dominique eut suffi à payer la maison d’un coup sans s’en trouver durablement égratigné, les dividendes des sommes placées ici et là avec cet instinct de conservation et de propriété très sûr qu’elle tenait de son père eussent tôt fait de combler le trou, mais son mari insista pour qu’ils fissent « comme tout le monde » (nouveau grincement de dents et battement de paupières, les réticences de classe, les goûts, les dégoûts et les choix se transmettant parfaitement de mère à fille) et pour payer au jour le jour sa « part » ! Ils prirent un crédit dans une banque, celle de Dominique où ils étaient clients, où ils avaient leurs comptes, et sur la base de leur prospérité patente, avérée, certaine, également de leur mode de vie sans tapage et sans ostentation, sans dépenses excessives (ils avaient renoncé à la piscine après avoir quelque temps caressé cette hypothèse, tant à cause du dérangement que les travaux auraient engendré six mois durant d’après l’expert, « pour un bassin de cette taille », que par un flair certain qui leur laissait entendre que ce serait vu comme se hausser du col et se conduire en parvenus du haut du second étage des élégantes demeures environnantes, dont les propriétaires ignorant les piscines leur étaient connus de près ou de loin, et qu’une telle opinion, répétée, répandue, pouvait générer des difficultés… ((de même qu’ils avaient compris, avertis en cela par le subtil ennui qu’ils sentaient filtrer au travers des cloisons de leur couple sans avoir à en débattre, qu’une fois la piscine creusée, banchée, carrelée, remplie, utilisée, entretenue, et après deux étés d’enthousiasme joué à se débattre dans sa transparence, ils allaient inévitablement s’en lasser et ne pourraient plus très vite la voir même en peinture, même bâchée))), celui-ci leur fut accordé sans balancer par le directeur en personne qui les reçut fort aimablement, prévenant, digne, tiré à quatre épingles dans son bureau aux boiseries claires empreintes du meilleur goût, pour un banquier.

— Madame et Monsieur Murnot, leur dit-il, c’est toujours un plaisir de recevoir votre visite. Notre modeste cité peut s’enorgueillir de vous compter parmi ses habitants, ses membres, ses fidèles, et je sais qu’elle n’y manque pas.

Leur premier garçon, Dominique, vit le jour un 15 janvier au petit matin dans une salle d’accouchement du premier étage de la clinique du Bon Séjour. Tout s’était bien passé et la maman regagna le domicile conjugal où allaient défiler en bon ordre et à intervalles espacés d’à peine quelques heures différents membres des familles respectives (également des amis et voisins), venus féliciter la mère, admirer l’enfant avec ostentation, bref, faire la connaissance d’une descendance à laquelle ils se sentiraient désormais plus ou moins liés. D’un naturel réservé, presque timide, mais déterminé, Dominique, lève-tôt comme sa mère, après des années d’enfance paisibles, solitaires et studieuses, entreprit des études d’avocat de société sur ces mêmes bancs et dans ces mêmes amphithéâtres hantés autrefois par ses parents. Il fréquentait peu les filles et ne leur accordait que peu d’attention. On lui attribuait à cause de cela une intellectualité d’ordre supérieur, des qualités de poète, de penseur, voire d’artiste, toutes qualités que la voie qu’il avait choisie semblait contredire, mais allez savoir. Une fois son diplôme obtenu, avec mention, il fut accepté en qualité de stagiaire rémunéré avec des perspectives par un gros cabinet parisien auprès duquel il avait postulé, parmi d’autres réputés auxquels il avait présenté ses lettres de créance (et notamment celle, élogieuse, d’un de ses professeurs, un avocat influent persuadé de ses qualités, et qui l’avait pris sous son aile, si l’on peut dire la chose ainsi), décrit ses motivations d’une manière précise, succincte, claire, demandé qu’on voulût bien lui accorder un entretien, etc. — « Putain, ça marche… » — avait-il murmuré en terminant la lecture de la lettre comblant ses attentes. Installé bientôt dans un studio au sixième étage du 12 rue de la Folie-Regnault dans le onzième arrondissement de la capitale, ses prestations furent remarquées et suivies d’une embauche en bonne et due forme. Il emménagea deux ans plus tard dans un deux-pièces à Pernety, s’acheta une Smart, idéale pour les grandes villes, et chaque samedi soir, travesti et méconnaissable, allait s’offrir « pour le plaisir » aux amateurs de toutes tendances, au Bois. Mais un professionnel, karatéka de surcroît, agacé(e) par cette concurrence plus que déloyale, vicieuse, puisque gratuite, l’envoya à l’hôpital avec un bras cassé ; une mauvaise fracture au coude dont il se remit lentement et qui l’éloigna quelques semaines. Ici et là, coté cour et coté jardin, sur la base de jalousies de mauvais aloi qui laissaient intentionnellement sourdre à l’attention de certaines oreilles doutes et insinuations, sa réputation commença de s’effriter sans que rien parût au grand jour dans un premier temps. Il faut toujours réserver le ragot, c’est réchauffé qu’il est le meilleur.

Son père ne sut rien de ses tribulations, étant alors séparé des siens et ne tenant pas à reprendre contact, ou ne le pouvant pas. On était sans échos de lui, on ignorait où il était, on ne savait pas ce qu’il y faisait, on ne savait rien, sinon qu’il avait plié bagage un jour et n’était pas revenu. Dominique (sa femme) se sentait très seule et pour tout dire abandonnée. Il faut noter que Dominique lui-même, une fois monté à la capitale, avait fini au bout d’un an par ne presque plus donner de nouvelles. Ils se voyaient néanmoins à la Noël, lorsqu’il descendait les voir, et rien dans son attitude ne laissait alors supposer qu’il se sentît privé de tendresse pour eux ni pour son jeune frère, Mathieu, qu’il inondait de cadeaux pour l’occasion. La fuite de son père, qui lui avait été cachée un an plein par sa mère pour de pures raisons de convenances présentées plus tard comme de l’affection, brisa peut-être quelque chose de fragile en lui. Se confiant peu depuis toujours, il se confiait moins encore, et cette disposition grandissante au mutisme le desservit dans son travail, tout comme elle avait suscité des incompréhensions au sein de sa famille.

Ayant perdu son emploi et se prostituant pour survivre, Dominique Murnot mourut victime du VIH.

En pénétrant dans la propriété, la camionnette de la Gendarmerie nationale fit crisser le gravier d’une façon qui parut prémonitoire à sa mère, debout derrière une fenêtre au premier étage, qui se demanda dans un premier temps ce qu’avait pu encore faire Mathieu, avant d’entendre au travers de la vitre le roulement de tambour du destin. C’est à ce moment que Dominique Murnot, affectée par cette perte irréparable aggravant l’abandon où l’avait jetée seulement quelques années plus tôt la disparition de son mari, cessa de se lever tôt et parut se désintéresser d’elle-même, mais également de son second fils, Mathieu, compositeur (décompositeur ?), bassiste et chanteur du groupe Tod Recall dont les manifestations publiques aussi bruyantes que grossièrement provocantes n’avaient pas, c’est le moins qu’on puisse dire, fait l’unanimité d’une communauté préoccupée plutôt de faire de l’argent que de repousser le mur du son et dont le bon goût résultant de cette orientation générale mon général ne pouvait que se sentir souffleté par une telle débauche d’insultes et de méga basses. Les visages se fermaient à son approche, et rares furent ceux qui persistèrent à faire comme si de rien n’était, tant sa réputation, son comportement, son uniforme de militaire irakien et son béret surdimensionné à insigne gamma semblaient infecter tout ce avec quoi il entrait en contact. Les frasques de Mathieu contribuèrent à leur isolement. Sa mère subit ce contrecoup fâcheux avec une apparente indifférence, presque de l’insensibilité. Elle paraissait avoir baissé les bras devant tant d’injustice, mais la rancœur l’étouffait. Les voisins ne téléphonaient plus, on ne venait plus la voir, elle se levait de plus en plus tard et déléguait beaucoup. Margaux, la Margaux de l’enfance, avait vieilli, s’étant lentement usée au service de ses maîtres, était partie, était morte. D’autres lui avaient succédé, qui partirent à leur tour, pour d’autres raisons qu’une honnête retraite, attirés par des gains plus substantiels ailleurs, se mariant, etc. Ainsi Amélie, qu’on aurait cru d’une fidélité à toute épreuve, vieille paysanne des environs qui faisait chaque jour et depuis tant d’années six kilomètres aller six kilomètres retour et ce par tous les temps pour venir faire la cuisine et tenir la maison dans la mesure où ses forces déclinantes suffisaient à la tâche, se désista un soir en reprenant son vélo, prétextant des douleurs articulaires, et ne reparut plus. Après avoir sans trop y croire demandé en vain des nouvelles de sa santé par téléphone, Dominique réalisa pleinement pourquoi celle-ci ne l’avait pas regardée dans les yeux en prenant congé (son mari, la religion, Mathieu, le curé, Chabot), et lui expédia son chèque par la poste accompagné de ses vœux de prompt rétablissement et de retour rapide.

Amélie ne revint jamais. On s’adressa à une agence qui envoya une fille de cuisine relativement capable et polie, mais dont il n’y avait rien à tirer en dehors d’un service minimum, obsédée qu’elle semblait être avant tout par les bretelles de son corsage. La maîtresse de maison la renvoya peu après s’être aperçue en émergeant d’un verre, et peu avant de replonger dans le suivant, que Mathieu et cette « fille » semblaient s’accorder en secret sur d’autres points que la gibelotte, ce qui lui fit peur. Apprendre par la bande que son fils frayait avec Amélie au point de l’avoir « mise en cloque », ç’aurait été la fin de tout… Elle se voyait déjà au pilori, au purgatoire, et même en enfer, prit illico rendez-vous avec l’agence, se prépara laborieusement, tanguant devant sa psyché, faillit verser dans le fossé avec la lourde Mercedes, mais revint rassérénée s’en jeter un derrière la cravate pour fêter ça. Et le lendemain arrivait un lourdaud du nom d’Antoine qu’elle estimait ne pas pouvoir plaire à Mathieu et qui fit ce qu’on lui demandait. C’était un animal au front bas, à l’œil morne, d’une lenteur exaspérante, mais qui pour peu qu’on s’y prît à temps, la veille pour le lendemain, donnait plus ou moins satisfaction.

Le jardinier Chabot, lui, qui ne venait qu’un jour la semaine et ignorait Mathieu, ne s’estima pas suffisamment contaminé ou en danger de l’être : il resta, et son pick-up Peugeot se garait en brinqueballant chaque vendredi fin de matinée dans la cour tout comme à l’accoutumée. Sa constance fut récompensée par des gages inespérés. Il serait resté sans rien recevoir de plus que ses appointements, étant correctement rémunéré, mais, vénal par nature, ne refusa pas le petit cadeau qu’il estimait lui revenir comme un juste salaire, quoiqu’en extra, dans la mesure où il couchait avec la maîtresse de maison depuis cinq ans. On a rien sans rien… se disait-il, négligeant la négation ; « Baise-moi », lui disait-elle en s’étendant au travers du couvre-lit chaque fin de semaine à seize heures, son verre à la main, désespérant du fin velours étoilé dont l’absence chaque fois manifeste l’enfonçait plus avant dans la nuit. Ils ne parvenaient pas à se rappeler, cherchant chacun de son côté sans se le dire, comment cette histoire avait commencé, si c’était elle ou lui qui avait fait le premier pas en direction de la chambre. Mais lorsqu’on se pose cette question, c’est déjà un peu tard, et puis il y a toujours un problème dans cette configuration du jardinier et de la patronne : un déséquilibre ; c’est un exutoire, un expédient, un pis-aller, une forme de boiterie qui peut durer un temps à la rigueur, la preuve, mais la corpulence de Dominique, son laisser-aller vestimentaire et verbal, ainsi que son penchant vertigineux pour les alcools forts et sirupeux répugnaient de plus en plus à son amant du vendredi, un petit brun sec et mal marié qui se sentait perdu, débordé par tant d’excès de parole, de liquide et de chair. L’argent le réconforta, mais n’étaya pas son désir défaillant. Il lui arrivait de se décommander, soit avant, soit pendant, soit après, pour la fois suivante. Dominique le soupçonnait d’avoir une liaison et lui faisait des scènes avinées qui confortaient son aversion : il en vint à penser à son employeuse et maîtresse comme à une seule et unique « grosse vache », ce en quoi il répétait sans s’en douter les mots du mari disparu. Ils se disputaient parfois comme des chiffonniers en l’absence présumée de Mathieu, lui-même tellement défoncé à l’herbe et aux amphètes, bouclé dans sa chambre d’adolescent attardé, bouclé en lui-même et bouché à clé, que même à supposer qu’il eût ôté de ses tympans martyrisés ses oreillettes, il n’eût rien entendu de ce qui ne l’intéressait nullement.

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