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Israël

De
288 pages

« Bonport, anciennement Latronicia, chef-lieu du département d’Isle-et-Garonne, à 598 kilomètres de Paris. Autrefois capitale de la Gascogne occidentale ; métropole du S.-O. Archevêché, cour d’appel, académie. Rade magnifique au confluent de la Garonne et de l’Isle, 194,056 habitants. L’arrondissement comprend 18 cantons, 158 communes... etc., etc. » LAROUSSE, Dictionnaire géographique.

Or, ce jour-là, Bonport était en fête !

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


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À propos deCollection XIX
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Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
G. Lafargue-Decazes
Israël
Son Excellence le citoyen Vénal
I
« Bonport,anciennementLatronicia,chef-lieu du département d’Isle-et-Garonne, à 598 kilomètres de Paris. Autrefois capitale de la Gascogne occidentale ; métropole du S.-O. Archevêché, cour d’appel, académie. Rade magnifique au confluent de la Garonne et de l’Isle, 194,056 habitants. L’arrondissement comprend 18 cantons, 158 communes... etc., etc. » LAROUSSE,Dictionnaire géographique. Or, ce jour-là, Bonport était en fête ! Son Excellence M. Samuel Vénal, le nouveau ministre des Affaires-Diverses, leleader du ministère, le confident de l’illustre Brouillot, l’enfant, l’orgueil et la joie de Bonport, devait faire, dans sa bonne ville, une entrée officielle et triomphale. M. le ministre venait présider à l’inauguration d’u ne petite ligne d’intérêt électoral. Il arrivait par eau — sans doute pour varier les plais irs et montrer que sa sollicitude n’excluait aucune sorte de locomotion. L’effet, d’ailleurs, devait être majestueux. Revêtu de velours grenat — la livrée officielle des monuments publics — le ponton de laCompagnie fluviale de l’Isle-et-Garonneétait brillamment pavoisé. Partout de la verdure, des écussons, des trophées, des tentures, dont les crépines étincelaient sous le clair soleil de juin. Puis un va-et-vient de gens hâtifs : notabilités administratives, corps constitués, encombrant l’emb arcadère de fracs et de chapeaux archaïques, d’uniformes professionnels, rigides de broderies, au collet monstrueux, tels qu’en peignit jadis le baron Gros. Sur le quai, devant l’hôtel de la Monnaie et sur le cours du Manteau-Vert — la Cannebière de Bonport — les troupes équestres et pédestres de la garnison se tenaient massées, en grande tenue de service. Derrière elles , la foule énorme des badauds, pressée le long des trottoirs ou péniblement accrochée aux saillies des maisons. Les fenêtres, abondamment décorées d’oriflammes et de drapeaux, étaient noires de têtes aux yeux écarquillés par la curiosité. Même affluence et même décor près de la Préfecture, à l’extrémité du Manteau-Vert où, la circulation ayant été interrompue, des grappes de spectateurs s’échelonnaient au faîte des voitures et sur l’impériale des tramways. Au premier coup de cinq heures, sonné à l’horloge de la Monnaie, une salve d’artillerie éclata soudain. Le vapeur qui portait Son Excellenc e et sa fortune venait d’apparaître dans les brumes légères de l’horizon. Dix coups de canon retentirent encore, à de courts intervalles ;l’Albatrosétait en rade, Les clairons sonnèrent, les tambours battirent aux champs, les dos s’agitèrent, un remous se produisit en les rangs compacts de la foule écrasée dans la rue. Le vapeur, faisant machine en arrière, accosta le ponton : Vénal apparut au bout de la passerelle, digne dans sa tenue sombre ; avec un pâle sourire sur sa figure de beau juif. Toutes les épaules trémolisèrent ; quelques zélés b randirent leurs couvre-chefs. Une Marseillaisefuribonde déchira les airs ! Le ministre allait s’engager sur la passerelle pour aborder le cortège officiel lorsqu’il fit un faux pas — tel Alexandre le Grand foulant la rive du Granique — mais un personnage bizarre, surmonté d’un « haut-de-forme » quadragéna ire dont chaque poil semblait en insurrection, et tenant son habit sous le bras — au contraire des hussards
d’Augereau — se précipita la main tendue : As pas pur, moun homme !cria-t-il à pleins poumons, dans ce langage étonnant et détonnant des bords de la Garonne,suey aqui, jou ;les bateaux, ah, ça !... ça me et connaît ! Ce bolide gascon, c’était le père Rameau, le direct eur de la Compagnie fluviale de l’Isle-et-Garonne, un vieux loup... de rivière qui, dans les circonstances importantes, reprenait volontiers la barre de pilote. Vénal, avec son sourire de commande, accepta la main du vieux Rameau qui débitait déjà sa petite histoire ordinaire :  — Ah ! Monsieur le Ministre, j’en ai conduit sur m es vapeurs, des souverains, des présidents et des hommes d’Etat ! J’ai conduit le M aréchal, j’ai conduit l’Empereur, j’ai conduit les fils de Philippe ; ils y ont tous passé, sur ce ponton, et moi... j’y suis toujours. Son Excellence continuait à sourire bienveillamment dans sa barbe ondulée de prophète. Tout en parlant, le brave marin d’eau douce avait enfilé sa solide redingote de gala, à la boutonnière de laquelle s’épanouissait le ruban rouge, souvenir d’un de ceux qui « y avaient passé ». Cependant Vénal venait d’atteindre le groupe offici el ; il recevait une bordée de bienvenues manuscrites et de congratulations improvisées — depuis quinze jours. II secouait les phalanges émues du préfet, du génér al, du grand-rabbin. C’était un concert de compliments réciproques, bruyamment rythmés par les accents furieux de la Marseillaiseà sa troisième reprise. Chacun avait à cœur de saluer, à l’apogée de sa for tune politique, le « compatriote éminent, » l’homme d’Etat « Providence » en qui tout Bonport plaçait ses espérances les plus chères... et les moins désintéressées. Car, il faudrait n’avoir pas connu de brave Tartarin, ce bon Roumestan, cet excellent Cadet, pour ignorer à quel point le pays du soleil professe le respect des grandeurs, le e e culte de l’autorité et l’enthousiasme du pompon. Entre le 42 et le 45 degré de latitude, le galon brille davantage, le portefeuille scintille, et le sceptre éblouit. Mais la foule officielle s’écarta bientôt, avec une nuance de respect, devant un sexagénaire gros et court, qui, la mine hilare, le teint coloré, s’avançait précipitamment à la rencontre du ministre. — Ah ! mon cher Chapaillou, fit Vénal, tombant dans les bras du nouvel arrivant, que je suis donc heureux de vous voir ! — Toutes mes félicitations, cher ami !... Les deux hommes s’étreignirent encore, puis échangèrent quelques mots, à voix basse. C’est que Chapaillou n’était pas un personnage de m ince importance. Plusieurs fois millionnaire, directeur del’Impartial de Bonport,faisait la pluie et le beau temps il électoral dans toute la région garonnaise, où les plaisants le surnommaient le « Warwick de la Démocratie. » Vénal était sa créature, sa chose ; il l’avait fabriqué à coups d’articles et de réclames, puis établi comme chef de l’opportunisme dans le département. Quittant le ministre, Chapaillou se dirigea vers un épais jeune homme, irrégulièrement barbu, affligé d’une formidable paire de lunettes, qui gravait, d’un crayon agile, des tirades de notes sur son calepin. Il lui glissa quelques recommandations : — Surtout n’oubliez personne... mettez même les absents, et, filez vite au journal. — Entendu ! Chapaillou revint sur ses pas : — Hé ! Chicot, dit-il au reporter, comment s’est passée la manifestation, à l’arrivée ?
— Euh ! Euh !...  — Très bien ! Ecrivez : Cris mille fois répétés de : « Vive Vénal ! », « Vive la République ! » Pour l’instant, Vénal était la proie d’une tribu de vieilles dames qui l’entouraient de gloussements admiratifs. C’était la famille ; non la sienne — il n’en avait guère — mais celle du richissime Joas Kadoc, son coreligionnaire et son associé commercial. Ces mûres beautés, au nez en parabole, aux yeux ten drement bridés, Rachels surannées d’Opéra, piliers de synagogues, ne pouvai ent se rassasier de ce « maniement » ministériel. Il était de leur sang, ce beau ministre, devant leq uel se courbaient toutes les échines gouvernementales. Il était juif, bien juif, ce trio mphateur au char duquel s’attelaient les bêtes de somme officielles et la multitude domptée de ces « goïms » insolents. Et devant les fonctionnaires impassibles, devant les représen tants graves de la magistrature, de l’armée, de l’administration, elles buvaient le délicieux plaisir de jouer les grands rôles : — « C’est nous qui sont les princesses !... » Le cortège s’organisa. Un peloton de cavalerie, sabre au clair, ouvrait la marche. Le ministre venait ensuite, dans un landau de noce, entouré des principales autorités. Suivait une file de véhicules du même style, dans lesquels s’empilaient les fracs municipaux et les uniformes inscrits au budget. Enfin, terminant la cavalcade, immédiatement avant le second piquet d’escorte, s’avançait la daumont de la tribu Kadoc. Sur le parcours, le long du Manteau-Vert, la masse des curieux — et des blouses grises — prodigua tout haut des signes non équivoques de satisfaction. Ce fut du délire. Tout bas, cependant, on échangeait des commentaires en sens divers : — Quel veinard, ce Vénal ! Le voilà ministre ! — Certes, il a de la chance. — Il est si capable ! — Bah ! sans Chapaillou, il serait resté petit employé à 1,200 francs. — C’est les curés qui disent ça. On les reconnaît bien là. — C’est égal : un négociant ! il va négliger ses affaires. — Allons donc ! Et les fournitures forcées. Il faudra bien que les compagnies avalent son bois de Belgique et son fer de Suède. Té !je ne le blâme point. Chacun s’arrange comme il peut ; à sa place, moi... Ainsi se résume la morale de Bonport qui n’estime rien au-dessus du million. Les villes de haut commerce ont de ces amnisties latentes.  — Tous les jours, disait à son fils, le vénérable Laplaine, président de la Compagnie Bonportaise de Barbotage à Vapeur, ex-président de la Chambre de commerce, tous les jours, il passe uncou... onsur le pont de Bonport. Le tout : c’est de mettre la main dessus Voilà, mon fils l’image du commerce !... Bonport, on le voit, était restéLatronicia. Aussi la foule considérait-elle Vénal comme un malin qui allait « en gagner gros » et d’instinct elle se prosternait devant cette idole d ’Aaron. Le veau d’or passait ; et le ministre recueillait des acclamations qu’on eût refusé à sa politique, mais qu’on accordait volontiers à sa fortune future. L’homme d’Etat profitait de la popularité du capitaliste. Devant la Préfecture, le cortège stoppa. La musique des sapeurs-pompiers mitrailla Son Excellence d’une vingtième reprise de l aMarseillaise.e Pollet, le chef Vénal fut honoré de ce fameux solo d’ophicléide qu vénéré de la fanfare, réserve aux grands de la terre en tournée dans le Sud-ouest.
Comme le vieux Rameau : — « Ils y ont tous passé... . » soufflait-il dans son instrument. Et c’est au milieu des applaudissements, arrachés à la population dilettante de Bonport, par les arpèges du brillant virtuose, que le ministre des Affaires Diverses franchit le seuil de l’hôtel du Proconsulat.
II
Le banquet officiel venait de se terminer. Vénal avait lâché son discours-programme qui roulai t déjà sous les presses de l’Impartial,ent escrimés à couvrir lela première édition. D’autres orateurs s’étai  pour ministre des fleurs les plus parfumées de la rhétorique locale. Son Excellence avait porté la santé obligatoire du chef de l’Etat, promis le concours du gouvernement à toutes les entreprises bonportaises et chaleureusement remercié ses hôtes de leurs témoignages de sympathie. Les conviv es, ragaillardis par ces douches d’éloquence mêlées aux flots du Rœderer administrat if, se levaient délicieusement impressionnés, en chantant, à l’unisson, les louanges du grand homme. La réception commençait. Une mer humaine roulait dans les vastes salons de la Préfecture. Tout ce que Bonport comptait de politiciens endurcis, de vieilles-barbes opportunistes, de « victimes du Deux-Décembre » était là, mendiant un regard du ministre , faisant la chasse au plateau des rafraîchissements. Entouré de son état-major politique, Vénal dut serrer cent douzaines de mains plus ou moins loyales, reconnaître un millier d’inconnus, e ngager sa parole à soixante-douze quémandeurs de places, protester de son dévouement à tous. Incommodé par une digestion laborieuse, dont la cha leur étouffante aggravait encore le travail, fatigué du voyage, rassasié de politesses, lassé de sourire et de répondre des banalités, le pauvre ministre priaitin pettole Dieu d’Israël d’abréger son supplice. Chapaillou, qui s’aperçut de ce malaise, s’inquiéta : — Vous ôtes souffrant, cher ? — Oh ! rien, une indisposition passagère, la température... — Venez là vous reposer un instant.Nousferons les honneurs en votre absence. Et Chapaillou, tenant Vénal sous le bras, avec une sollicitude quasi-paternelle, traversa les groupes pour conduire son cher grand citoyen dans les appartements privés du préfet. Un candélabre à la main, il suivait les couloirs, t raversait les pièces, en homme qui connaît les êtres de la maison et se sent chez lui : — Voici le cabinet de Servat, dit-il. Ici, mon cher Samuel, vous ne serez point dérangé. Je viendrai vous prendre dans un moment. Désirez-vous du thé... un grog ? — Non, merci, je me trouve mieux. — Alors, je vous laisse pour aller rassurer nos amis. Chapaillou, après avoir ouvert la fenêtre, arrangé les coussins sous la tête de Vénal, regagna les salons. Resté seul, le ministre, goûta quelques instants de repos, puis, se leva pour aller respirer plus librement sur le balcon. Le cours du Manteau-Vert, si plein d’animation dura nt l’après-midi, était maintenant d’un calme plat. Aucun bruit, si ce n’est le roulem ent sourd de quelques rares voitures. Sur le pavé, le pas hâtif d’un piéton attardé et la marche régulière de la sentinelle, montant la garde, en bas, devant la porte cochère de l’hôtel. Saisi par cette impression de douce tranquillité, par la poésie de cette belle nuit, Vénal s’accouda sur la rampe du balcon et se prit à rêver, sous les étoiles. Toutes les phases marquantes de sa vie reparaissaie nt dans son esprit, comme une sorte de vision intime, revue d’inspection des souvenirs. Il se revoyait d’abord, là-bas, bien loin dans le temps, alors que, gamin sans souci, il achevait, sur les bancs de l’école communale, les culottes paternelles désaffectées à son
usage. Moins favorisé que tant d’autres, en effet, il n’avait pas eu, pour son alimentation intellectuelle, les conserves duConcioneset la mousse des murs collégiaux. Il ne s’était point, dès l’enfance, créé des devoirs de reconnais sance à l’égard de l’Université. Son instruction, limitée au nord par la lecture et la calligraphie, au sud par les quatre règles, témoignait de la liberté dans laquelle ses jeunes ans avaient été laissés. Ah ! c’était un étrange roman, que celui de cette scorie d’Israël jetée à la voirie ! Dans sa marche audacieuse du ruisseau au Capitole, que de luttes pour l’existence ! « Tout pour l’honneur ! » disaient les preux. « Tout pour l’argent ! » disait le juif. Petit commis, saute-ruisseau, camelot, plaçant du vin, de la houille, de la dentelle et des cigares de contrebande, vendant de tout, juif dans les moelles, juif du Midi, avec une apparence de franchise, une face fleurie et railleuse, il en était vite arrivé à la pratique de cet axiôme de sa race : « La vie est un marché, et le monde un bazar où tout se vend, même l’honneur... surtout quand on n’en a pas. » A dix-huit ans, il s’était jeté sur la littérature en livraisons, choisissant surtout les publications révolutionnaires qui donnent du ton et de l’audace au lecteur « fort en gueule ». A vingt ans, il connaissait à fond tout l e répertoire des Mirabeau, des Vergniaud, des Robespierre et des Danton. Mais, tout en lisant, le jeune Vénal ne s’emballait pas. Esprit pratique, il ne cherchait point, dans l’épopée de 1789-93, les grandes figures ou les déclamations sonores ; il n’admirait que faiblement les héros passant à la guillotine ; son admiration était réservée pour ceux qui... passaient à la caisse. L’année après, faisant la nique à la conscription, le prudent Samuel devenait titulaire d’une place de scribe dans les bureaux peuplés de l a Compagnie des Chemins de fer occidentaux. Tenant, sur son rond de cuir comme l’oiseau sur la branche, il sentait bouillonner trop d’idées dans sa cervelle, grandir trop de désirs dans son cœur, pour limiter son ambition aux inquiétudes d’un lent avancement, aux jouissances d’une maigre retraite. Ce fut le temps horrible de la misère, des savates éculées, des chapeaux invraisemblables et des dîners à vingt-trois sous. Et pourtant l’homme d’Etat ne se rappelait pas sans un âpre plaisir cette période de sa vie, car, de cette époque mémorable datait son entrée dans la politique. Le petit restaurant des environs de la gare Sainte-Agathe, dans lequel il fréquentait, à l’heure des repas, fut effectivement le berceau de sa popularité. C’est là que, le touchant au front de leur doigt prophétique, les anabaptiste s d’alors lui chantèrent en chœur : « Jean, tu régneras ! » Et Samuel rêva d’un sceptre d’or..... C’était sous la fin de l’Empire ; le claque-dent vo ué par destination au civet hypothétique et à la grillade de vache enragée, com ptait, comme clientèle, les employés de la Compagnie dont Samuel faisait l’ornement. Un unique garçon, à face jaune et bouffie, terminée par un menton de galoche, était a ffecté au service de ces bruyants. consommateurs. On imagine la joie des habitués, lorsque Vénal, le boute-en-train de la bande, tablant sur la vague ressemblance de cet esclave avec une figure célèbre, hurlait de sa voix de stentor enroué : — Holà, Plon-Plon ! une portion de haricots..... et soignée ! Des tonnerres de bravos, des éclats de rire saccadé s accueillaient toujours cette plaisanterie souvent rééditée. Le vent étant à l’op position, la galerie voyait dans cette farce innocente une hardiesse, une insulte aux puissants du jour... elle espérait peut-être que l’écho de ces terribles ironies allait vibrer jusqu’aux Tuileries. — Holà, Plon-Plon ! une portion de haricots..... et soignée !
C’est aussi vers cette époque décisive que Vénal rencontra l’occasion, qui se présente à tout individu « débrouillard », de mettre le pied à l’étrier. L’occasion pour lui s’appelait Alice Pingouin. Elle était opulente et chevelue : i l la saisit, au passage, par son noir catogan.