Italie. Souvenirs poétiques

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Ponthieu (Paris). 1826. In-8°.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1826
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{SOUVENIRS
Dis pietas mea,
Et nrasa çordi est.
HOK. .
PONTHIEU, \ ,„ . '■...„ ,
CHEZ? Libraire»; Palais-Royal.
C ( DEL4UNAY, j /
1826.
PAMS, iaiPHIMEBIE DE GAWLTIER-iAGWIQIÏIE.
Dans un nuage d'or et de pourpre et d'azur,
Le Dieu du jour, brillant de l'éclat le plus pur,
À des fiers Apennins franchi l'immense chaîne,
Et ses derniers regards ont salué la plaine.
La nymphe de l'Arno, sur ses bords ombragés,
A vu de la cité l'opulente noblesse
Promener ses loisirs, son orgueil, sa mollesse,
Dans des chars élégans, sur deux files rangés,
Sans pouvoir échapper à l'ennui qui l'oppresse.
De tant d'objets nouveaux admirant la beauté,
Plongé dans une douce et tendre rêverie,
Portant avec gaîté le fardeau de la vie,
L'étranger solitaire, errant en liberté,
$■• . a -SOUVENIRS
D'un pied vif et léger foule encor la prairie
Où les troupeaux bêlants paissent l'herbe fleurie,
Et s'arrache à regret de ces lieux enchantés,
Où l'amour, en secret, tient ses pas arrêtés.
Mais bientôt, de Phéhé céleste avant-courrière,
L'étoile de Vénus brille sur l'horizon ;
Du sommet des coteaux une vapeur légère,
Comme un ypile d'argent, s'étend sur le vallon,
Embrasse les hameaux, les palais, les décombres,
Et répand la;fraîcheur, le repos et les ombres :
Les oiseaux, de leurs chants ont cessé les. concerts,
Un dernier son lointain expire dans les airs :
Il semble en ce moment que la nature entière,
Dans un recueillement profond et solennel,
Par la voix du silence adresse à l'Éternel. ;
De la création la sublime prière,
O toi qui du néant fis sortir la matière,
D'un seul mat à la fois créas les élémens,
De mondes, de soleils:semas les firmamens,
Donnas l'ombre à la nuit^comme, au jour.Ia lumière,
POÉTIQUES. ;g
Prends pitié du mortel dont l'esprit égaré,
Rebelle à tes bienfaits, aux passions livré,
D'un oeil indifférent contemple ces merveilles,
Fatigue son génie, et le consume en veilles
Pour nier ta présence, et dans son fol orgueil
Prétend exiler Dieu de l'univers en deuil !
Du côté du couchant s'élève une colline
Dont les flancs ombragés par un bois d'olivier
S'étendent jusqu'aux murs de la ville voisine,
Et dont l'humble sommet sur la plaine domine.
Par de vagues pensers absorbé tout entier,
Vers ces lieux lentement alors je m'achemine.
A peine ai-je arrêté mes pas sous un laurier,
Que du flambeau des nuits la clarté vive et pure,
Derrière un mont voisin se levant par degré,
Répand un jour nouveau sur toute la nature.
De la voûte étoilée ornement admiré,
Salut, astre divin dont la seule présence,
Exerce sur les coeurs une douce influence !
Salut! si par la nuit aux amours consacré,
io SOUVENIRS
Tu peux même au plaisir prêter de nouveaux charmes,
Si partout on bénit ton retour désiré,
Tu sais aussi par fois apaiser les alarmes,
Écouter les soupirs et recueillir les larmes
De l'être malheureux dont le coeur déchiré,
Déplorable jouet des passions humaines,
N'a confié qu'à toi le secret de ses peines !
Ainsi, tout à la fois tu souris aujaonheur,
Et, comme un tendre ami, veilles près du malheur:
Tel ce phare allumé sur un rocher sauvage
Dont la mer vainement bat les flancs escarpés,
Signale aux matelots du naufrage échappés
L'objet de tous leurs voeux, le prix de leur courage;
Ou, dans l'obscurité d'une nuit sans orage,
Quand sur l'onde immobile il vogue sans danger,
Frappe l'oeil incertain du pilote étranger,
Et lui montre de loin le port et le rivage.
Objets d'étonnemens à nos sens confondus,
Tous ces globes de feu dans les cienx répandus,
Sans jamais s'écarter de leurs routes prescrites
POETIQUES. ii
D'un mouvement égal roulent dans leurs orbites.
Dans ce bois d'oranger, sous ces berceaux en fleurs ,
Dont la brise de nuit m'apporte les odeurs,
Seule sur un rameau, Philomèle plaintive,
Enchaîne à ses concerts mon oreille attentive.
L'Arno coule à mes pieds, et son paisible cours
Embellit les jardins, ornement de sa rive,
Et féconde la plaine où, par mille détours,
Le laboureur, de l'art empruntant le secours,
Dans vingt canaux étroits tient son onde captive.
Cependant, accablé sous le poids des travaux,
Le moissonneur, content au sein de son ménage,
Dans les bras du sommeil vient oublier ses maux,
Et sur la foi d'un songe accroît son héritage.
Rêvant à ses filets, sa joie et son bonheur,
Sans souci du présent, le tranquille pêcheur,
Sur un lit de roseaux couché dans sa nacelle,
Pour sortir du repos attend l'aube nouvelle,
Tandis qu'en son palais le riche ambitieux,
Tourmenté des succès d'un rival odieux,
ia SOUVENIRS
Du pouvoir qui le fuit poursuivant la chimère,
Languit sur le duvet sans fermer la paupière.
Que j'aime à contempler ce bois délicieux
Dont les rameaux courbés pendent sur la rivière!
Combien de fois, le soir, libre et silencieux,
Sous ces ombrages frais, asiles du mystère,
J'ai porté de mon coeur le rêve solitaire,
Interrogeant la vie et la mort et les cieux!
Hélas! quand, malgré moi, m'arrachant à ces lieux,
Il me faudra quitter cette rive étrangère,
A l'espoir du retour bornant mes simples voeux,
Une dernière fois, loin des profanes yeux,
Je viendrai soupirer mes adieux aux Cachines.
Par delà ces coteaux où, parmi les ruines,
De l'antique Fiésole oh voit blanchir la tour,
Dont le faîte élancé dans le ciel se dessine,
Au sein d'une vallée, agréable séjour,
Mes pensers vont chercher le parc de Pratoline.
Magnifiques jardins, oeuvre des Médicis,
Dessinés par le goût, par les arts embellis,
POÉTIQUES. i3
Sur vos gazons fleuris, à l'ombre hospitalière
De vos bois toujours verts, vous avez vu naguère
Au sein d'un pur amour deux amans confondus,
Parcourir du bonheur les sentiers peu connus.
Du Zéphyre amoureux l'haleine parfumée
S'échappant à regret du calice des fleurs,
D'un soleil trop brûlant dissipant les ardeurs,
Courbait légèrement la plante ranimée,-
Lui rendait son éclat, sa vie et ses couleurs,
Et répandait au loin sur la plaine charmée
Des plus douces odeurs la vapeur embaumée.
Le limpide ruisseau qui tombe du rocher
Dans un large bassin entouré de verdure,
Arrosait la prairie, et courait se cacher
Sous des touffes d'iris qui croissent sans culture
A l'ombre des lilas, et sous la grotte obscure
Dont la pudeur tremblante ose à peine approcher.
Le cygne, avec orgueil, de son aile argentée,
Du lac en se jouant frappait l'onde agitée;
Le rossignol chantait; mille oiseaux amoureux
14 SOUVENIRS
Célébraient dans les bois leurs plaisirs et leurs jeux.
Quel charme répandu dans la nature entière!....
Sous les traits les plus doux, sous la forme légère
D'une nymphe, d'un ange.... O moment enchanteur!
Sans rêver, près de moi, je crus voir le bonheur.
Mais, pendant que bercée en sa douce chimère,
Mon ame s'endormait dans un espoir trompeur,
Le ciel, prenant pitié de ma trop longue erreur,
Semblait vouloir m'instruire à prévoir ma misère.
Du soleil obscurci la rougeâtr/e lumière
<Laissait apercevoir, à travers les vapeurs,
De la tempête au loin lés signes précurseurs :
Des éclairs redoublés la lueur passagère,
De la foudre suivie, embrasant l'atmosphère,
Amoncelait alors au bout de l'horizon
Des nuages épais poussés par l'aquilon :
L'orage éclate enfin. Du sommet des montagnes
Les torrens débordés roulent dans les campagnes,
Tout a fui : dans les champs les troupeaux dispersés
Vont chercher un abri sous leurs toits renversés ;
POÉTIQUES. i5
Sous le poids des grêlons la moisson est couchée ;
Aux arbres des vergers la fleur est arrachée;
Et les vents furieux, roulés en tourbillons,
Font voler dans les airs les trésors des sillons ;
La terre en un moment de débris est jonchée.
Nous-mêmes, jusqu'alors au désastre échappés,
Nous sommes tout-à-coup surpris, enveloppés :
Ainsi, dans cette vie en orages féconde,
Comme l'éclair qui luit dans une nuit profonde,
La joie et le plaisir ne brillent qu'un instant.
Je m'égare, et mon coeur, avide d'espérance,
Porte mes souvenirs vers ce lieu séduisant,
Tandis que dans son cours ; qu'il achève en silence,
L'astre éclatant des nuits, sur l'antique Florence,
De ses plus beaux rayons verse les flots d'argent.
Du sein de la cité, dans le sommeil plongée,
S'élèvent vers les cieux cette tour alongée
Dont le bizarre aspect vient captiver les yeux;
Ces superbes clochers, ces temples fastueux,
Ces immenses palais, ces dômes magnifiques,
ï6 SOUVENIRS
Ouvrages merveilleux de ces siècles gothiques ' ;
Où la religion, animant nos aïeux,
Sublime sans effort, enfanta ces prodiges
Qui de l'art des anciens remplacent les vestiges. '
Protecteurs éclairés du goût et des beaux arts,
Plus grands par leurs bienfaits que par l'éclat du trône,
Là , portèrent jadis le sceptre et la couronne,
Ces princes citoyens qui sous leurs étendards
Enrôlaient le génie et méritaient la gloire
D'être inscrits par sa main au temple de mémoire.
Là, vous dormez en paix dans vos riches tombeaux,
Des Médicis éteints famille tout entière !
Là, sous mes yeux naguère, entrant dans ces caveaux,
D'un de vos successeurs la dépouille dernière
Du sépulcre a troublé la royale poussière.
O mortel généreux! les pleurs de tés sujets,
Par ta mort condamnés à d'éternels regrets,
Ont dignement orné ta pompe funéraire!
Les larmes des enfans sont l'éloge d'un père.
D'un peuple tout entier quel hommage flatteur !
-1
;■! POÉTIQUES. 17
«Pour son jeune héritier quel deuil consolateur!
: Mais, sans quitter ces lieux, loin du siècle où nous sommes^
: jetons sur le passé des regards scrutateurs.
|;.jQizel pays fut jamais plus fertile en grands hommes?
M
poètes immortels, hardis navigateurs,
Historiens, savans, astronomes, sculpteurs,
Philosophes profonds et peintres qu'on renomme
jA l'égal des plus grands et d'Athène et de Rome,
(Voilà ce que Florence oppose avec fierté
|A tout ce qu'a jamais produit l'antiquité.
Vous dirai-je leurs noms? A leur tête est le Dante,
pont l'esprit créateur, dans sa course brûlante,
JNfous transporte au séjour de la Divinité,
fËt, traversant de Dieu la double éternité,
Révèle des enfers l'horreur et l'épouvante :
^Pétrarque, de sa Laure amant infortuné,
|Au bruit acclamateur de Rome qui l'appelle,
Du Capitole fier de sa gloire nouvelle
En triomphe descend de lauriers couronné :
fSon rival, son ami, l'ingénieux Rocace
i8 SOUVENIRS
Fait briller sa gaîté, son esprit et sa grâce :
Illustrant d'un grand coeur la noble ambition,
Améric, en joignant le bonheur à 'l'audace,
Voit la moitié du globe hériter de son nom :
Dévoilant à grands traits d'une main énergique
Les plus secrets ressorts du code politique,
Modèle d'éloquence apparaît Machiavel :
Galilée expiant dans un exil mortel
Le crime impardonnable aux yeux du fanatique
D'avoir su dérober ses mystères au ciel :
Léonard, si fécond, dont le pinceau magique
Mérita d'un grand roi l'hommage solennel :
Génie universel, sublime Michel-Ange
Dont le nom, le seul nom suffit à la louange !
O vous qu'ont illustrés tant de talens divers,
Et dont la renommée > écho de l'univers,
A proclamé la gloire, immortelle phalange,
Agréez en tribut mon encens et mes vers!
De la voûte céleste admirant l'harmonie,
Par degrés au passé je deviens étranger;
POETIQUES. i9
D'un espoir.enchanteur la douceur infinie,
En captivant mon coeur, semble me dégager
Des souvenirs cruels qui tourmentent ma vie.
Sous de blanches vapeurs, voiles mystérieux,
Une étoile nouvelle a brillé dans les cieux :
Telle une jeune vierge à l'autel amenée,
Sous de longs vêtemens éclatans de blancheur,
Symboles d'innocence, images de candeur,
De sa pudeur mourante uniquement ornée,
Vient consacrer ses jours au dieu de l'hyménée,
Et prononce un serment que répète son coeur....
Mais quel bruit tout-à-coup a frappé mon oreille ?
Comme un homme qui rêve en sursaut je m'éveille.
Je me lève à regret ; les àccens redoublés
De l'airain balancé dans les airs ébranlés,
Attristant la forêt d'un son mélancolique,
Détruisent de mes sens l'illusion magique,
Et répandent l'effroi dans mes esprits troublés.
Ah! serait-ce du tems une voix prophétique?....
Au sein d'un bois épais de chênes toujours verts,
2.
ao SOUVENIRS
Je dirige mes pas. D'un monastère antique
Je vois le temple saint et la flèche gothique
Au-dessus des cyprès s'élançant dans les airs.
Je m'approche : à travers ces immenses portiques
Par la religion à l'innocence ouverts,
Des vierges du Seigneur j'entends les voix mystiques,
Des coeurs des Séraphins imitant les concerts,
Soupirer de Sion les célestes cantiques, .
Et rendre un pur hommage au Dieu de l'univers.
Des rigueurs de vos voeux courageuses victimes,
Méditant le néant des choses d'ici-bas,
Des plus rares vertus les exemples sublimes
Vous paraissent des jeux, et vos coeurs magnanimes
Dans l'oubli de la vie aspirent au trépas.
Les chants avaient cessé, que j'écoutais encore,
L'oeil levé vers le ciel,que ma faiblesse implore,
Quand aux pieds des autels parés avec splendeur
Tout-à-coup j'aperçois deux vierges prosternées,
De guirlandes de fleurs victimes couronnées :
Mes esprits en secret sont frappés de terreur.
POÉTIQUES. ai
Sur leurs fronts déjà ceints du bandeau funéraire,
Comme un voile de mort, on étend un linceuil;
Je crois voir s'entr'ouvrir la pierre du cercueil.
Comme un bruit souterrain, du fond du sanctuaire
Une voix sépulcrale a murmuré tout bas
Des mots mystérieux que je ne comprends pas.
La voix meurt.... Au milieu du lugubre silence
Qui du temple muet remplit le vide immense,
Du pied de l'autel même un soupir échappé
Fait tressaillir d'effroi mon coeur préoccupé.
Le signal est donné : de ces vierges tremblantes
La plus jeune, élevant ses mains obéissantes,
Va renoncer au monde, et, par un triple voeu,
A la fleur de ses ans se consacrer à Dieu.
Au moment solennel où sa bouche prononce
Ce triste et dernier oui, son unique réponse,
Faible comme un soupir de l'enfant qui s'endort,
Le murmure expirant d'une voix adorée
A glacé tout mon sang comme un arrêt de mort.
Immobile, muet, dans mon ame éplorée

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