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Publié le : jeudi 21 juillet 2011
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The Project Gutenberg EBook of Jean-nu-pieds, Vol. 2, by Albert Delpit This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with almost no restrictions whatsoever. You may copy it, give it away or re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included with this eBook or online at www.gutenberg.org Title: Jean-nu-pieds, Vol. 2 chronique de 1832 Author: Albert Delpit Release Date: April 3, 2006 [EBook #18108] Language: French *** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK JEAN-NU-PIEDS, VOL. 2 *** Produced by Carlo Traverso, Eric Vautier and the Online Distributed Proofreaders Europe at http://dp.rastko.net. This file was produced from images generously made available by the Bibliothèque nationale de France (BnF/Gallica) JEAN-NU-PIEDS PAR ALBERT DELPIT TOME DEUXIÈME PARIS E. DENTU, LIBRAIRE-ÉDITEUR 1876 I LA RENCONTRE A quelques pas de cette ferme où Madame et les siens s'étaient réfugiés, s'élève l'église modeste du village de Rassé. Il serait bien difficile d'établir quel architecte exotique a pu dessiner le plan de ce monument ridicule. Mais la religion prête à ces ogives grotesques je ne sais quel aspect artistique plus grand que les pierres taillées de Donatello et de Brunelleschi. Entrons dans l'église. Tout y est commun, vulgaire, et pourtant tout y est charmant. Le bois jaune-brun des bancs est troué par les mites d'une infinité de trous; le petit banc pour les genoux est rugueux au toucher. Il n'y a qu'une seule chose de prix dans l'église; il est vrai qu'elle est d'un prix inestimable, et qu'elle enrichirait Notre-Dame et Saint- Pierre. C'est une tapisserie merveilleuse, faite au petit point, qui rappelle à s'y méprendre, tant le travail est admirable de fini et d'art, les ravissantes miniatures qu'expose madame Marie de Chevarier, dans son atelier du boulevard Haussmann. Cette tapisserie représente plusieurs sujets religieux du pape saint Pie V. Pie V avait dans son oratoire un crucifix d'ivoire qu'il affectionnait particulièrement. Quand il priait, il avait coutume de baiser plusieurs fois les pieds du Christ. Or, un jour, ses ennemis versent du poison sur ces pieds d'ivoire, de manière que le Saint-Père bût la mort, à son insu, en embrassant les plaies du Sauveur. Mais Dieu veillait sur son serviteur. Quand déjà Pie V avançait les lèvres, le Christ, immobile sur sa croix d'ébène, recula, et ne voulut pas donner la mort à celui qui lui demandait la vie. Or, le soir même de la bataille de Vieillevigne, au moment où Madame ordonnait à Jean-Nu-Pieds d'aller en reconnaissance du côté du château de la Pénissière, une jeune femme priait au pied du maître autel de la petite église. Cette jeune femme était Fernande, qui venait de quitter pour toujours les vêtements de Pinson et avait repris ceux de mademoiselle Grégoire. Elle priait avec ferveur, ses yeux étaient inondés de larmes. —O mon Dieu! dit-elle en regardant la tapisserie, vous qui avez fait un miracle pour sauver votre glorieux serviteur, ô mon Dieu! faites qu'il s'en accomplisse un aussi pour me sauver, moi si obscure, mais si infortunée! J'ai souffert, mais j'ai lutté, mais j'ai triomphé… J'ai étreint mon cœur dans ma poitrine, en lui refusant le droit de battre… J'ai défendu à ma faiblesse de prendre le dessus sur ma force. O mon Dieu! ayez pitié de moi. La malheureuse enfant pleurait à chaudes larmes. Quelle que soit l'énergie d'une créature humaine, elle décroît en face de Dieu, car l'âme intelligente sait qu'il suffirait de la volonté de Celui qu'on implore pour changer sa souffrance en joie. Il régnait dans l'église une obscurité douce qui teintait en noir tous les objets. Fernande ne s'aperçut pas qu'elle n'était plus seule. Un paysan, de très-petite taille, le corps déguisé sous un manteau, et la tête découverte, venait d'entrer, et, debout, comme perdu dans une extase, se tenait immobile derrière la jeune fille. Fernande, ne l'ayant pas entendu venir, ne pouvait pas l'apercevoir, car ce fidèle attardé était enveloppé par l'ombre de l'église qui le cachait entièrement. Mais, s'il n'était pas vu, lui voyait. Son attention fut attirée par les gémissements étouffés qu'il entendait à côté de lui. Fernande priait toujours. —Seigneur! je suis lasse; Seigneur, prenez-moi dans vos bras, car j'ai trop souffert, et je ne pourrais plus souffrir encore; mon Dieu, je suis impie, peut-être, en vous implorant dans ce lieu pour les angoisses et les douleurs d'un amour humain; mais votre souveraine justice est faite de souveraine bonté… vous aurez pitié de moi!… Je ne me suis pas rendue sans combat: j'ai voulu vaincre, et puis j'ai été vaincue. Je vous implore; ayez pitié de votre enfant! Les premières paroles de la jeune fille avaient touché le paysan. Il écoutait plus attentivement. Fernande reprit d'une voix plus basse: —Mère, mère chérie, tu m'as dit en mourant de venir causer avec toi… Hélas! je suis bien loin de ta tombe, je suis bien éloignée de la pierre blanche où j'allais m'agenouiller… Mère, je t'ai interrogée quand j'ai senti que je l'aimais, et ma conscience m'a répondu que j'avais raison. Pourquoi m'abandonnes-tu maintenant? Toi qui es une sainte au ciel, tu pourrais implorer Dieu pour moi, et Dieu ne te refuserait point. Ses larmes la reprirent. Triste chemin de croix de cette pauvre fille! Elle aimait, elle avait cru que l'amour était fait de joies et d'espérances, et depuis le premier jour, elle n'y avait rencontré que la douleur. Le paysan s'était un peu reculé dans l'ombre comme si, malgré l'obscurité de l'église, il eût craint d'être reconnu à sa tête découverte. Fernande se leva: —Mon sort sera décidé dans une heure, pensa-t-elle. Elle jeta un dernier regard à la croix de bois grossier qui pendait au-dessus de l'autel. Puis, à pas lents, elle traversa l'église. Le paysan, étouffant ses pas, la suivait. Quand elle se retourna pour faire le signe de croix, elle le trouva à côté d'elle. Elle jeta un faible cri d'effroi, et recula; mais celui-ci trempa ses doigts dans l'eau bénite, et les tendit à la jeune fille. Elle ne pouvait distinguer les traits du visage de l'inconnu. Mais sa taille n'avait rien d'effrayant; c'était celle d'un enfant, presque d'un adolescent peut-être. Ils sortirent ensemble; mais à peine hors l'église, le paysan couvrit sa tête d'un épais chapeau qui cachait entièrement le visage. Fernande s'approcha de lui: —Mon ami, voudriez-vous me conduire à la ferme de Rassé? lui dit-elle. —A la ferme? —Ma demande vous étonne! —Oui, madame… Il semblait assez embarrassé. Il se pencha vers elle et lui murmura à l'oreille un mot de passe auquel Fernande répondit sans hésiter. —Alors, c'est différent!… si vous êtes des nôtres, je vais vous conduire. —Merci. —Seulement je vous préviens que je suis forcé de prendre le plus long. Nous avons des postes à côté de la route de Clisson: il faut que j'y donne un coup d'œil en passant. —Comme vous voudrez… Ils marchèrent à côté l'un de l'autre, en silence; en ce moment ils traversaient un chemin creux. —Et qu'est-ce que vous allez faire à Rassé, madame? continua le paysan… Je vous fait cette question, parce que… si quelqu'un ne vous y connaît pas, je doute qu'on vous laisse entrer dans la ferme… —A cause de
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