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JEAN-CLAUDE VILLAIN, damier de silence et de parole

De
140 pages
La poésie de Jean-Claude Villain suit un itinéraire toposensible qui le conduit des terres foides - Mâcon où il est né - au rivage méditerranéen. Il effectue un voyage tant mental que géographique qui le conduit des ténèbres à la lumière. Cheminement langagier aussi de ce poète qui, d'une écriture lyrique, vient à une plus grande sobriété qui côtoie l'indicible, une rétention du dit qui suspend la parole pour l'engager dans le silence… juste mesure qui met en valeur ce qui a été dit et refuse le risque de pervertir le poème par l'inutile discours.
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JEAN-CLAUDE VILLAIN,
DAMIER DE SILENCE ET PAROLE

ESSAI

Autres ouvrages de Chantal DANJOU :

Aux Éditions L'Harmattan,
Le Livre de la Soif, 1993. Les Consonnes de Sel, 1995. Terres Bleues, 1998.

Paris:

Chez d'autres éditeurs:
La Cendrifère, chez l'auteur, 1980. Mythe de Migrale, Éditions Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1985.

Communication sur Jean-Claude Renard, Actes du Colloque de Thessalonique, Publication collective de l'Université de Pau, 1995.
Muse au beau visage penché, Éditions Encres Vives, Colomiers, 1996.

La Fendillée, livre d'artiste, sur des gravures de Liliane Aziosmanoff, 1999.

Chantal DANJOU

JEAN-CLAUDE VILLAIN,
DAMIER DE SILENCE ET PAROLE

ESSAI

L' HarIIlattan

Collection Espaces Littéraires dirigée par Maguy Albet

Dernières parutions

Jacques LAYANI, Ecrivains contemporains: M Bourdouxhe, P. Guimard, M Pons, R. Vaillard, 1999. Emmanuel RICHON, Jeanne Duval et Charles Baudelaire, Belle d'abandon, 1999. Martine SAGAERT,Histoire littéraire des mères de 1890 à 1920, 1999. Aïcha EL BASRI, L'imaginaire carcéral de Jean Genet. Henri AGEL, De l'Iliade à Malraux: destin, destinée. Martine GARTNER, Balzac et l'Allemagne, 1999. Linda PIPET, L'indicible, 2000. Jean-Michel DEVÉSA, Correspondance de René Crevel à Gertrude Stein, 2000. André DJIFFACK, Mongd Beti, la quête de la liberté, 2000. Frédéric CANOYAS, L'écriture rêvée, 2000. Gérard PEYLET, J.-K. Huysmans: la double quête. Vers une vision synthétique de l'œuvre, 2000. Nédim GÜRSEL, Yachar Kémal, le roman d'une transition, 2001. Odile SILVA, La fortune des Misérables de Victor Hugo au Portugal, 2001.

à Raphaël,

pour son aide, ses encouragements

et sa présence.

@

L'Harmattan,

2001

5-7, rue de l'École-Polytechnique 75005 Paris - France LIHarmattan, Inc. 55, rue Saint-Jacques, Montréal (Qc) Canada H2Y 1K9 L'Harmattan, Italia s.r.l. Via Bava 37 10124 Torino L'Harmattan Hongrie Hargita u. 3 1026 Budapest ISBN: 2-7475-0746-7

LIMINAIRE

"Notre temps manque singulièrement

d'espace et de respiration"

1

Cette citation pourrait sembler paradoxale devant la vaste maison de Jean-Claude Villain, située au milieu d'une olivaie, avec, de la terrasse, vue sur un delta foisonnant d'arbres que le ciel encercle tel un bras de mer... Mais c'est à Paris qu'eut lieu notre première rencontre avec le poète. Il nous laissa l'impression d'un homme pressé qui courait d'un rendez-vous à un autre. Nous avions invité l'un de ses amis écrivains, Jean-Max Tixier, à venir parler et lire ses textes dans le cadre de La Roue Traversière, association qui a pour but de promouvoir la poésie contemporaine. Or Jean-Claude Villain ne disposait que de peu de temps. Bref échange de coordonnées et... quel étonnement d'apprendre que cet homme, si bousculé dans son emploi du temps, habitait une olivaie dans le Var! Nous entendons par "habiter" - comme cela fut compris plus tard, c'était son cas - intégrer le paysage dans son vécu, s'en nournr, s'exposer à toutes ses contradictions de lumières et d'ombres, d'arrière-pays montagneux et de rivage méditerranéen.

1

L'esprit nomade, Kenneth White, Éd. Grasset, 1987, p.9.

Il

Comment pouvait-il concilier "un lieu d'espace et de respiration" 2 - pour reprendre les termes de Kenneth White - et cette hâte, la multiplicité de ses engagements, ce regret de ne pouvoir assister à la présentation poétique d'un ami ? Cela piqua notre curiosité! Nous allions petit à petit, grâce d'abord à la lecture de ses textes, ensuite par nos entretiens, découvrir la retraite toute secrète et intérieure que conservait jalousement Jean-Claude Villain. Il s'agissait d'une chose apparemment très simple: se donner le temps du silence, de l'espace (plus mental que géographique), de la respiration. D'après lui, nous appartenons au temps qui "gère" à la manière d'une machine infernale, nos moments de travail et de loisir, mais nous n'avons plus le temps de... Nous vivons dans une société qui ronge nos énergies potentielles en délimitant de plus en plus les terres sauvages - nous songeons en écrivant cela au Massif des Maures que notre poète a la chance rare et précieuse de côtoyer - pour créer des lieux artificiels de vacances, de détente. Or l'esprit du poète, qui entre souvent en contradiction avec le rythme que lui impose la vie, ne peut que se rebeller contre un tel état de choses, surtout s'il en est la victime, se réservant des plages de silence, de retraite au sens latin du terme: un éloignement des tracas citadins. À cet égard nous pensons au cri d'angoisse et de libération que pousse à la fin du film l'un des héros de THÉORÈME de Pier Paolo Pasolini, ce personnage qui est au départ un riche bourgeois de la société industrielle, se retrouve dénudé physiquement et moralement dans le désert : "11m'est impossible de dire quelle sorte de hurlement je pousse là... C'est un hurlement qui veut signifier, en ce lieu inhabité, que
j'existe, et même que non seulement j'existe, mais que je sais."
3

Un poète tel que l'est Jean-Claude Villain s'apparente au héros de Pasolini. TIprend conscience de l'enjeu vital que constitue le dépouillement, la sobriété tant existentielle que scripturale, le
2 L'esprit nomade, opus cité, p.9. 3 Théorème, Pier Paolo Pasolini, Éd. Gallimard,

coll. Futuropolis,

1992, p.134.

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"connais-toi toi-même" socratique avec la nécessaire nudité. "Le grand bénéfice des pertes" - comme il nous l'a souvent répétéc'est se désencombrer l'esprit, émonder sa bibliothèque et pour éviter le trop-plein occidental se tourner vers la sagesse du Tao. La poésie de Jean-Claude Villain suit bien un itinéraire topo sensible qui le conduit de terres froides, terres grasses, alourdies de présences familiales et ancestrales - Mâcon où il est né - au rivage méditerranéen, dans le Var, dans cette olivaie où il vit à présent au contact des éléments premiers, avec la mer Méditerranée qui se laisse pressentir derrière la colline chargée de pins et d'oliviers. Il effectue dès lors un voyage tant mental que géographique qui, comparable à celui que vécut Icare dans son accession à la connaissance, le conduit inlassablement des ténèbres à la lumière, vers ce soleil tantôt malfaisant, entraînant la brûlure et la mort paradoxale du héros, expression du tragique méditerranéen, tantôt bienfaisant par la lucidité qu'il dispense. Cheminement langagier aussi de ce poète qui d'une écriture lyrique, du chant inscrit dans le désert, vient à une plus grande sobriété qui côtoie l'indicible, une rétention du dit qui suspend la parole pour l'engager dans le silence... juste mesure qui met en valeur ce qui a été dit et refuse le risque de pervertir le poème par l'inutile discours. Jean-Claude Villain en vient, après avoir longtemps manifesté son attachement au végétal, à cette olivaie à laquelle le poète voue un culte particulier jusqu'à déposer au pied de chaque arbre une bougie rituelle, à vouloir dépasser cet ancrage terrien. Son environnement actuel ne suffit plus à son désir de fusion cosmique, de mer, qu'accompagne un délestage: dans les mots, il recourt à la rétention linguistique; dans la vie, il s'abandonne à cette proximité maritime qui l'oblige à laisser bien des choses derrière lui, à mieux cerner ses choix amicaux. Peut-être le silence actuel qui sous-tend son œuvre seraitil :
"La participation
4 L'esprit nomade, opus cité, p.158.

au soi universel.

4

13

C'est sans doute pour toutes ces raisons que nous avons choisi de travailler sur l'œuvre de Jean-Claude Villain en développant tout d'abord le thème des "confins" où viennent s'inscrire le désert et le temps; ensuite s'élèvent "le chant et le désir" exprimés par les figures de la femme et de l'étranger; enfin le double thème "du cri et du silence" conduisant à l'aveuglement, au mutisme et au mythe. Le titre donné à cet essai: DAMIER DE SILENCE ET PAROLE veut rendre compte du jeu conjoint des correspondances auditives et visuelles; prenons l'exemple du silence, il peut aussi être rendu à l'aide d'une recherche de la spatialisation, effet poétique visuel sensible dans les derniers recueils publiés par JeanClaude Villain. Après une première partie analytique qui développe les thèmes énoncés plus haut, une seconde comporte les entretiens que nous avons eus avec Jean-Claude Villain. Le choix de l'entretien s'est imposé, se voulant l'expression d'une parole libre, vécue d'une manière sensible, et non un commentaire critique quelque peu dépersonnalisé. Suivit le désir de privilégier ce qu'un échange entre deux sensibilités poétiques du Sud peut avoir de vif, de spontané, tout ce qui fait de l'entretien une constante provocation à dire - dire plus - à interroger et à s'interroger.

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