Joies et larmes poétiques, par F. Girault

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Mme Dupuy (Le Mans). 1836. In-8° , 427 p..
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Publié le : vendredi 1 janvier 1836
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JOIES ET LARMES
POÉTIQUES.
11 est vrai que lajroute ardue
Souvent déchirera mes pieds,
Et que ma voix inentendue
Répandra des sons oubliés :
Mais que m'importe ? Avec droiture
J'aurai rempli ma tache obscure,
Et l'oubli m'affligera peu !
E. TORQUETY.
{Amour et Foi.)
Aftli. — 1MF&1MEIMK ET EOWDKRIE 1)1 MIONOUX ET Ce , HUE UES ïflA>C3-B0UR3EOIS-SAIHT-MICHEI. , V.
JOIES ET LARMES
POÉTIQUES.
PAR F. GIRAULT.
Êtoonk GÊDUiou,
AUCHENTKË D'DN POÈME ET DE NEUF PIÈCES HOKVEILKS.
K^-L^-y AU MANS.
CHEZ M" DUPUY, LIBRAIRE-ÉDITEUR.
PARIS.
DBLAONÀY, LIBRAIRE,
PALAIS-ROrAT..
HITERT, LIBRAIRE,
QVAI SES AffBMSTINS.
CABME Ï"KS, LIBRAIRES,
BUE POT-DE-EER, 5.,
DENTU, LIBRAIRE,
PAT.AIS-Ï6YAI-.
M DCCC xxxvi,
La poésie, comme les sciences et les arts, subit les
transformations diverses des sociétés, pour arriver, au
milieu des agitations et des bouleversements des peu-
ples, à un but marqué par une «nain providentielle.
A partir de François 1er, où nous commençâmes à
avoir une littérature, une poésie à nous, à cette époque
~*ss^©£ vj iïsfeê*-
brillante de tournois et de chevalerie, la poésie se fit
chevalière et galante ; sous Henri II et Henri III, Ra-
belais et Ronsard suivent l'impulsion donnée. Le curé
de Meudon, vif, railleur et satirique, trop souvent li-
cencieux et impie, peint, dans ses ouvrages, un côté de
son siècle étincelant et emporté, brave et dissolu ; Fau-
teur de la Franciade, le prince des poètes du temps,
comme on se plut à le nommer, avec ses odes et ses
sonnets bourrés d'érudition grecque et d'obscurités my-
thologiques , achève le tableau.
Arrive Louis XIII et son Richelieu. Corneille façonne
et enrichit la langue, crée le théâtre, et y jette ses héros
demi-dieux : son génie sublime, sententieux et régula-
teur, ouvre la grande ère de la poésie qui va suivre,
comme le génie profond et vaste du ministre-roi pré-
pare et élargit le chemin par où doit passer la gloire
d'un règne nouveau.
La lyre, à l'ombre du trône pavoisé de drapeaux de
Louis XIV, sous la main habile des Racine, des Boileau,
des Molière, s'élève à la taille du géant qui la protège,
devient noble, grandiose, homérique, comme les mille
génies qui l'inspirent-; puis, ainsi que Condé se dé-
lassant dans les allées ombreuses de Chantilly des fa-
tigues de sa renommée, elle se repose de son élan dans
les hauts cieux : on la voit tour à tour rieuse de bon
ton, spirituelle d'esquisses morales, et, sous un habit
de bal, brodé de diamants et d'or, elle cache une dague
aiguë qui perce à jour le ridicule et les vices. Et ici une
réflexion se présente. La poésie d'alors n'avait que faire
des idées de liberté qui fermentent et se croisent dans
nos tètes, pour déployer ses ailes. La vierge grandissait
aux rayons de la gloire : les bienfaits de la royauté dé-
veloppaient son essor, et son âge de puberté ne lui étant
pas révélé, elle baisa sa chaîne dé fleurs sans en sentir
le poids.
Louis XIV meurt, et emporte avec lui son siècle dans:
la tombe. La France, marquée au front, comme une
élue de tous les triomphes, saignante de cicatrices ho-
norables , les expie par d'immenses infortunes.
Louis XV, agonisant et frêle, au milieu des cercueils
de sa famille, est le symbole d'une époque atteinte
d'un paroxisme fiévreux, et qui a hâte d'expirer dans
la boue. Les roueries de la régence, le cynisme en bas
de soie de la cour, la honte qui se pavane sous les ori-
peaux du luxe, la prostitution affichée des valets de la
faveur, font éclore les poésies de Lupanar, de Piron, et
dressent le poteau d'infamie où Voltaire attache l'ama-
zone d'Orléans. La muse, auparavant embaumée de pu-
deur et de virginité, quitte son sanctuaire auguste, se
livre, nue et haletante de passions impures, aux em-
brassements de. la débauche. Venue d'en-haut, elle ou-
blie son origine, et va pourrir dans l'air étroit et dé-
létère des coulisses de l'Opéra. Quelquefois cependant
elle a comme un souvenir de ce qu'elle fut; mais ce
remords d'une heure se termine par une orgie ou un
blasphème.
Le philosophisme bâtard du patriarche de Ferney et
de ses acolytes finit par la tuer, corps et âme. Elle est
morte, et avec elle la vieille société se dissout dans l'a-
cide dévorant des doctrines encyclopédiques.
Une nouvelle génération s'élève; des idées nouvelles
de liberté bouillonnent dans son sein : mais cette géné-
ration trop ardente, poussée, comme un cheval fou-
gueux, dans des voies larges et jusqu'alors inconnues,
dévie de sa route, fait bondir des têtes royales dans le
panier du bourreau : la guillotine gouverne. La poésie
dort comme Epiménide.
Vient un homme avec une épée, qui met au cou de
la France échevelée un collier de fer. Pour assouvir sa
rage de combats, il la jette sur l'Europe, et l'Europe
plie le genou devant elle. La poésie' dort encore : les
baïonnettes du consulat et la géométrie de l'empire em-
-*as^gg ix igg&2£*-
pèchent son réveil. Enfin, le colosse, tombé dans l'At-
lantique r meurt emprisonné dans une cage anglaise.
Les germes de liberté semés dans le sillon sanglant de
1793 prennent de l'accroissement. Au xvme siècle, si
mesquin de vues rétrécies, si prosaïque dans la pen-
sée , si vide d'avenir religieux et social, à ce mannequin
doré qui sacrifiait tout à la forme et épouvantait l'âme
par l'horreur du néant, succède une époque fertile en
talents illustres, passionnée et débordante d'idées neu-
ves, dévorée d'un besoin indicible de croyances. Une
jeunesse choisie, chaude d'exaltation et de sang géné-
reux, se précipite à corps perdu dans le moyen-âge, en
compulse les ruines poudreuses, en rassemble les lam-
beaux épars, et, forte des enseignements du passé, re-
construit l'avenir sur une base divine. Dieu et la li-
berté surgissent partout, malgré les passions mauvaises
du moment qui soufflent encore çà et là, et obscurcis- '
sent la face du soleil. La poésie remonte à sa véritable
source, et se mêle à ce beau mouvement des intelli-
gences, dirigé par des génies privilégiés. Des lyres ca-
tholiques résonnent de toutes parts.
Chateaubriand, à la tête de cette noble réaction de
la littérature, nous donne ses pages immortelles, par-
fumées de poésie orientale et sainte; puis c'est Lamar-
LIVRE PREMIER.
AVENIR ET POESIE.
La littérature du jour n'a point l'allure molle et effroulée
de la Muse qui chanta le cardinal Dubois, flatta la Pompa-
dour et outragea notre Jeanne d'Arc. Elle est ce que doit
être la commune pensée d'une grande nation, après de
grandes calamités, triste, fière et religieuse.
V. HUGO.
( Littérature el Philosophie mêlées.)
A MES AMIS.
A MES AMIS.
Les voilà donc, ces vers que l'amitié réclame;
Ces jeunes fruits éclos au foyer de mon âme,
Soliloques du coeur, espoir, soupirs perdus,
Amertume et délire ensemble confondus:
De l'avenir qui bout poétiques pensées,
Pour fleurir mon chemin, sur des débris lancées ;
2
18 JOIES ET LARMES POETIQUES,
D'une main inconnue inachevé tableau,
Où l'artiste, séduit par l'idéal du beau,
Ressemble au matelot naviguant sans boussole <
Qui heurte à tous les bords sa fragile gondole !
J'ai mis ma voile au vent, mais vous l'avez voulu!
Vous avez triomphé d'un coeur irrésolu,
Et, croyant qu'à bercer toujours la vague est prête,
Vous me fîtes courir le cap de la tempête !
Eh bien ! je suis parti, je ne faiblirai pas !
Dussé-je voir craquer et s'abattre mes mâts !
Je défierai, deboutj l'onde qui se mutine,
Car le coeur me bat chaud au fond de la poitrine !
Car je compte sur vous ! Vous êtes l'aviron
Qui m'ouvrira des mers le liquide sillon,
La planche de salut, du naufrage sauvée,
L'étoile de la vie à mes yeux réservée.
Quand l'Océan trompeur, contre moi révolté,
Sur l'abîme grondant de son immensité,
Balottera mes jours, et de ma quille errante
Disjoindra le ciment, dans sa colère ardente,
LIVRE PREMIER. 19
Sans me perdre de l'oeil, votre visage ami
Réveillera soudain mon courage endormi.
Pilotes du vaisseau qui porte ma fortune,
Vous ravirez pour moi son trident à Neptune :
Sur la rive, avec vous, je reviendrai m'asseoir ;
Nous goûterons, heureux, les charmes du revoir;
Vous remettrez à neuf mes lambeaux de voilure ;
Votre sourire encore me servira d'augure ;
Mes élans grandiront, et vous ceindrez mon coeur
Du triple airain qui donne une mâle vigueur,
Et la brise soufflant dans la toile arrondie,
Je repartirai fier, et l'âme plus hardie !
LA MISSION DU POETE.
En face d'un monde qui souffre, le poète est un
médecin ; si le monde s'égare, le poète est un prêtre ; il
devrait, à ce double titre, veiller, veiller seul, debout
parmi les ruines, à ranimer le monde qui s'abîme...
(Reime européenne.)
ODE I.
LA MISSION DU POETE.
Je lisais, entraîné par la voix souveraine
De cet homme géant 1, dont la puissante haleine
Va secouant au loin la poussière des temps;
Des débris du passé construit un édifice
A la base immuable, au sacré frontispice,
Où se lit Jehovaht en mots étincelants !
' M. J. De Maistre.
24 JOIES ET LARMES POETIQUES;
Et Dieu m'a dit : Enfant, viens apporter ta pierre.
Hommage glorieux au temple séculaire
Que relèvent pour moi des bras herculéens !
Sur le faible et le fort doit tomber ma parole,
Et de la veuve en pleurs je préfère l'obole
A l'or amoncelé d'orgueilleux publicains!
Car cette oeuvre est de tous : c'est le salut du monde.
L'ouragan politique en vain rugit et gronde,
La lumière souvent a jailli du chaos;
Et ces spasmes du coeur mourant dans le suicide,
Ces poignants désespoirs et ce gouffre rapide
Menaçant d'abîmer l'Europe sous ses flots ;
La fermentation de ce monde fébrile,
Ce volcan des partis, son cratère inutile,
Ne sont qu'uu point d'appui qui fonde l'avenir !
«Vois aux pieds de la croix se presser les génies,
LIVRE PREMIER. 25
Nouveaux Mages guidés par des clartés amies,
Au berceau d'un enfant qui naquit pour, bénir! »
J'ai répondu: Marchons! saisissant ma ceinture,
Et j'ai, comme un soldat, revêtu mon armure;
Vers la crèche mon front soudain s'est prosterné
Et relevé puissant d'amour et de prière,
J'ai dit : Enrôlons-nous sous la sainte bannière !
Des combats du Seigneur la trompette a sonné!
La grande Josaphat des peuples est venue!
Un éclair d'avenir a glissé sur la nue;
Comme autrefois Dieu parle au haut du Sinaï!
Et brisant au fourreau son glaive des batailles,
Jéricho voit crouler ses superbes murailles,
Car la harpe aux sept voix célèbre Adonaï !
26 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Adonaï paraît ! Liban, courbe tes cimes !
Peuple qu'il a choisi, que tes odes sublimes
Volent de l'Est au Nord, du Couchant au Midi !
Océan, bats des mains, terre, sois dans l'ivresse!
Le ciel verse sur toi des regards de tendresse !
Sur un nouveau Tabor le Christ a resplendi !
Ses ennemis confus sur leurs sièges s'agitent;
Les Hérodes en vain le raillent et l'évitent!
Leurs trônes lézardés tremblent à son nom seul !
Ministre foudroyant, son ange porte encore
Le fouet qui flagella l'impie Héliodore !
Des drapeaux des Julien il peut faire un linceul !
« A vous donc de chantef, fils brillants de la lyre
Rois à la langue d'or, élus de son empire :
Levez-vous et montez au trépied sibyllin!
Sur les buissons d'Horeb une flamme étincelle!
LIVRE PREMIER. 27
Moïses de nos jours, Jehovah vous appelle!
Allez, rendez la vie à ce monde orphelin!
Assez longrtemps il a marché sur des ruines,
Livré son âme aux vents de toutes les doctrines,
Flotté de la misère à la servilité !
Esclave résigné, prêté ses flancs au glaive !
Poètes de Sion, que votre hymne s'élève,
Pour fêter son hymen avec la liberté !
« Bardes de l'avenir, à votre oeuvre immortelle !
Qu'un flot mélodieux de vos lyres ruisselle!
Car votre voix est forte, et vos lèvres de feu !
Criez, comme Jonas, pour convertir Ninive !
Météores, jetez une lumière vive !
Ce siècle doit élire ou le néant ou Dieu!
A. LA POLOGNE.
Les fers de nos tyrans ont-ils brisé nos mains?
Qu'il paraisse un Bru tus, il naîtra des Romains !
POTOSKI.
Croyez-vous que le lâche qui traîne en tout lieu
la chalnede l'esclave soit moins chargé quel'homme
de courage qui porte les fers du prisonnier ?
LA MENWAIS.
[Paroles d'un Croyant.)
ODE II.
A LA POLOGNE,
« Des Jagellons, ô race herculéenne,
Restes sacrés de la gloire du Nord,
Que l'espérance aujourd'hui vous soutienne.
Quand devant vous a reculé la mort!
La liberté sur votre front est reine !
Dans vos regards brille sa majesté,
32 JOiES ET LARMES POÉTIQUES.
Et le Cosaque, en rivant votre chaîne,
Quand vous tombiez, tremblait épouvanté !
Vous fûtes le rempart de l'Europe ébranlée ! '
Salut! nobles enfants d'une patrie en deuil !
Si votre mère dort encore sans mausolée,
C'est pour mieux s'élancer de la nuit du cercueil!
Car de vos fers honteux vous avez fait un glaive!
Le sang de vos martyrs retrempa son acier!
Le règne des tyrans dure un jour, puis s'achève !...
Dieu fit la liberté ; qui donc peut l'effacer ?
Qui? Le sabre des rois va se brisant contre elle,
Comme une paillé au souffle impétueux des vents!
Celui qui la combat, sur sa tête amoncelle
Des trésors de courroux, des charbons dévorants!
1 Les Polonais sauvèrent l'Europe des armés de Soliman II.
LIVRE PREMIER. 33
Son nom, qui magnétise, est semblable à cet ange
Dont l'invincible bras frappait l'Egypte au coeur;
Son nom opprime et tue, et plonge dans la fange
Tous les Sennachérib, au fer dévastateur!
Toujours le sang coula pour les grands sacrifices !
Une lance, Une croix, le monde fut sauvé !
De notre liberté le sang fut les prémices:
Elle germe en un sol de ses flots abreuvé !
Pologne, espère encor ! Ton maître te contemple;
11 a vu tes douleurs et sa voix a crié :
Dans ces lieux désolés je bâtirai mon temple ,•
Et ma Jérusalem sur ce terrain sacré!
En vain quelques puissants ' à ta gloire passée
Ont imprimé le sceau d'un égoïste oubli ;
• ' 'Dlipin et Sébastiani.
34 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Ils ont en vain souillé de leur froide pensée
Un peuple de héros par l'exil anobli !
Car l'Europe a compris que leur âme est vénale,
Que leur encens s'adresse à tout soleil levant!
Qu'ils ont dans les genoux une souplesse égale
Pour adorer tout dieu qui les couvre d'argent!
Laisse-les s'avilir par un ignoble hommage!
Assez de coeurs pour toi palpitent sans les leurs !
Laisse-les embrasser une stérile image,
Tourner dans l'atmosphère où pleuvent les faveurs!
Le piédestal des rois manque aujourd'hui de base; ';;':
Un coup de vent suffit pour qu'il tombe en éclats !
Dans sa chute toujours il emporte, il écrasé
Ces esclaves dorésqui se traînent si baâ !
Toi, cours à ton destin; il sera beau, sans doute!
Combien, du haut descieux, de braves prient pour toi!
LIVRE PREMIER. 35
A tes fi ls fugitifs, vois, ils montrent la route,
La route des combats, où doit vaincre ta foi !
N'as-tu pas sur la tête une double couronne,
Comme celle du Christ dansses jours de douleur?
Sa couronne épineuse, où ta vertu rayonne,
Sa couronne d'amour; de gloire et de candeur?
Que crains-tu? Si d'un czarles entraves iniques
Emmenottent tes mains, ton coeur l'est-il? Jamais!
Mille Malachouski ' pour toi prendront leurs piques,
Triompheront, ou bien sauront mourir en paix!
Mais il te faut d'en-haut un ordre pour éclore !
Devant l'oeil éternel, un siècle c'est si peu !
C'est moins qu'une heure à nous, qu'un instant, moins encore !
Cet ordre, il est écrit du doigt même de Dieu!
Noble vieillard polonais qui mourut devant Varsovie, les armes à la
inain, en disant : «Qui craint Dieu n'a pas peur de l'homme! »
36 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Donc, de tes Constantin^ doit se briser le trône,
Ce trône tout couvert du plus pur de ton sang!
Toi, reine par le Coeur' j mendier une aumône !...
Non î Bientôt parmi nous tu reprendras ton rang !
La Pologne des mers, ta soeur, la noble Irlande,
Qui pleure de tes pleurs, doit aussi les tarir!
L'honneur, sa pauvreté, sa foi, la feront grande,
Grande, malgré ceux-là qui veulent tout flétrir !
Frère de Nicolas, vice-roi de Pologne.
AUX IRLANDAIS.
' L'Irlande me semble devoir être la terre sainte de nous
autres catholiques des siècles froids et civilisés.
Comte DE MOiNTALEMBERT.
(L'Avenir.)
... .Car, sans la liberté, quelle union existerait entre les
hommes? Ils seraient unis comme le cheval est uni à ce-
lui qui le monte, comme le fouet du maître à la peau de
l'esclave.
DE LA MENNAIS.
(Paroles d'un Croyant.)
ODE III.
AUX IRLANDAIS.
D'où vint ce conquérant guidé par le génie,
Qui fit un jour asseoir sa grande colonie
Dans le temple capitolin?
Dont l'oeil fascinateur fixa le monde en face ?
C'était un homme obscur, qui portait la besace
Et le bâton de pèlerin.
40 JOIES ET LARMES POETIQUES.
D'un pouvoir inouï revêtu par son maître,
Des pieds d'un vil gibet il se releva prêtre,
Le pauvre pêcheur de S ion !
Et puis, sur les sommets de Rome la superbe,
Il monta : Tout à coup on vit pousser de l'herbe
Sur les dieux du vieux Panthéon !
Pierre détrôna leurs statues :
Sur leurs images abattues,
Une croix de bois domina!
Et tous les sceptres éclatèrent,
Et tous les peuples se courbèrent ]
L'univers païen frissonna !
Au luxe altier de l'opulence,
Elle opposa la pénitence
Et les pompes de la douleur !
Le sac, la cendre, les eilices.
LIVRE PREMIER. 41
Les plus étonnants sacrifices,
L'austère pauvreté du coeur |
Et je ne sais quel jet d'éclatante lumière,
S'échappa de la croix, mystérieuse chaire,
Où Dieu vint instruire et mourir!
Et ce jet s'agrandit, débordante étincelle,
Et chacun emporta là divine parcelle,
Flamme qui brûlait pour guérir !
Puis vinrent les lions et les grilles rougies.
Les cirques des Césars, sacrilèges orgies,
Où se vautrait la cruauté!
Et les têtes roulaient sous la hache fumante,
Et la main des bourreaux retombait, chancelante.
Devant ce cri : Foi, pauvreté !....
42 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Foi, pauvreté! Partout le répéta le monde,
Malgré les grincements de la haine profonde
Et des Tibère et des Néron !
Et, comme un spectre armé qu'on voit dans l'insomnie,
Ce cri puissant a fait pâlir la tyrannie
De région en région !
Et toi, qui l'as poussé vers le ciel qui l'envoie,
Sainte Irlande, reprends tes vêtements de joie,
Ce cri, nous l'avons entendu!
Du léopard anglais la rage est impuissante,
Non! tu ne mourras pas sous sa griffe sanglante !
Les nobles coeurs t'ont répondu !
Un sacerdoce vain, à l'étole usurpée,
Il est vrai, dans tes mains a rompu ton épée,
T'insulte, en étalant son or!
Mais, sépulcre blanchi, maudit dans l'Ecriture,
LIVRE PREMIER. 43
Dont les yers du tombeau font leur sale pâture,
Son haleine engendre la mort !
De ce clergé forban le monstrueux pillage
A bien pu te ravir cet antique héritage
Qu'avaient enrichi tes aïeux ;
Mais la virginité de ta longue croyance,
Et d'un réveil futur la sublime espérance.
Voilà tes richesses des cieux !
Exilée ici-bas, c'est la qu'est ton royaume!
Que je voudrais prier sous les huttes de chaume
Où le Christ vient te consoler,
Quitte ses chérubins, et descend sur la pierre
Où son immense amour te transporte au Calvaire,
Pour mieux t'apprendre 3 t'imnlolér !
44 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Oh! qu'elle est belle à voir, ta foule prosternée,
Attendant que son Dieu déchire la nuée
Qui le cache à ses yeux mortels,
Tandis que des intrus le brillant sanctuaire
Pleure de ses parvis l'enceinte solitaire
Et la honte de ses autels !
Des déserts de la vie, Agar triste et souffrante,
L'ange de l'avenir à ta soif dévorante
Offre la coupe de l'espoir !
Cours te désaltérer aux fontaines d'eau vive
Dont le flot éternel fertilise et ravive
L'âme éprise de désespoir !
Attends! La sainteté de ta cause est plaidée !
L'auguste liberté par des nains lapidée
Se rit de ses blasphémateurs !
L'exil de Sibérie et les plombs de Venise
LIVRE PREMIER. 45
La trouveront debout, forte et jamais soumise !
Elle enfante dans les douleurs!
Dieu ! Liberté ! voilà ton futur diadème !
Tout drapeau qui n'a pas dans ses plis cet emblème
Sera proscrit et déchiré !
Que des camps opposés mugisse au loin la trombe !
La fureur des partis sur eux-mêmes retombe !
Et leur cercueil est préparé!
Et que nous font, à nous, leurs despotiques joies,
Et leurs dédains moqueurs, mon Dieu, quandtu déploies
Le labarum des jours anciens !
Le gant nous est jeté ! que le lâche recule!
Jeunes, nous serons forts, quand la Foi nous stimule l
Nous combattrons avec les tiens !
L'AME.
Sic et ego habui menses vacuos, et noctes laboriosas
enumeravi mihi.
JOB, cap. VU , vers. 3.
L'AME.
J'ai quelque chose en moi, qui tantôt ritet pleure,
Qui prie et qui maudit ;
Qui consume une vie en l'espace d'une heure,
Qui chante et qui bénit :
50 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
J'ai quelque chose en moi, souffle de la tempête,
Qui s'allume grondant,
Puis, qui devient caresse, enthousiasme et fête,
Flot placide et berçant;
Et mon âme souvent, comme une mer houleuse,
S'élève en tourbillons,
Et sa vague descend, douce et voluptueuse,
Aplanit ses sillons;
Et puis, je vais au ciel sur deux brûlantes ailes,
Sur l'Amour et la Foi;
Et je m'abats, courbé sous mes chaînes mortelles,
Je retombe sur moi !
Et mon âme, en ce monde, où tout est larme et feinte,
Revient pour se meurtrir;
LIVRE PREMIER. 51
Mon âme se débat sous son aride étreinte,
Et demande à mourir!
Elle appelle à son aide et rien ne la console !
Partout, partout des cris !
Pas un regard qui plaigne, une tendre parole :
L'âme n'a point d'amis !
Et puis, quand a passé cette noire rafale
Sur sa jeunesse d'or,
Arrachée aux terreurs de cette nuit fatale,
Mon âme espère encor!
C'est que, malgré ses feux, le soleil de la terre,
N'est pas son vrai soleil;
L'ange tombé d'en haut, et privé de lumière,
Rêve un autre réveil !
52 JOIES ET LARMES POETIQUES.
C'est que, pour son essor, la terre est trop petite :
Elle en a fait le tour!
Il lui faut, dans son vol, l'infini pour limite,
Et Dieu pour son amour !
LA BRISE DU SOIR.
La mélancolie est le plaisir de ceux qui n'en ont plus.
CH. NODIER.
LA BRISE DU SOIR.
Viens ondoyer sur moi, brise capricieuse,
Viens poser sur mon front ton aile vaporeuse :
Mon âme veut rêver ! Je suis si las du jour !
La lune monte aux cieux! c'est l'heure de l'amour!
56 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Le midi trop ardent dévore mes pensées;
Oh ! viens les rafraîchir, et qu'elles soient bercées
Au pur encens des airs que tu répands sur moi!
Quand mon coeur veut chanter, jeune brise, c'est toi,
C'est ton frémissement qu'il me faut, que j'implore!
Il est plus doux pour moi qu'un regard de l'aurore,
Qu'un matin du printemps à l'éclat embaumé !
Ses feux font trop de mal quand on n'est plus aimé!
Toi seule, tu conviens à mon âme qui saigne;
Aux flots de tes parfums que cette âme se baigne !
Compagne de la nuit, tu plais à la douleur,
Et le soleil insulte à la tombe du coeur !
Caresse-moi, pour que j'oublie...,
Naguère encor j'aimais la vie,
Je me plongeais dans son lointain ;
J'y voyais des reflets magiques,
Des aspects brillants, poétiques,
Pe son lever à son déclin !
LIVRE PREMIER. 57
C'étaient des fêtes sans mélange,
Des cieùx de rayons colorés,
De douces voix de vierges, d'ange,
Et des plaisirs toujours dorés !
Et des hymnes aériennes,
Des coeurs candides, sans détour,
Et des mains qui pressaient les miennes,
Des lèvres jetant de l'amour!
Je courais à cette promesse,
Heureux, trompé, mais confiant,
Et ma trop précoce jeunesse
Déchira mon bandeau d'enfant !
Et je glissai de cette cime,
De si haut je suis descendu !
58 JOIES ET LARMES POÉTIQUES.
Et je tombai dans un abîme,
Du faîte d'un bonheur perdu !
Comme un esquif qui voit la grève
Et que la mer doit engloutir,
Je me dis : J'ai fait un beau rêve;
Le réveil vient l'anéantir!
Les illusions de mon âge
Ne sont qu'un mirage menteur;
La vie, hélas ! est un veuvage
Où rien n'est vrai que le malheur !
Le malheur! ce despote à l'oeil sanglant, cet hôte
Dont le bras nous meurtrit, qui marche côte à côte
Avec nous, dont la voix nous hurle : Je suis là !
Là, pour désenchanter, pour briser et détruire,

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