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Jugement dernier

De
129 pages
Portrait sombre et lumineux d'un bon fils de famille, bon élève, travailleur, ce premier roman explore la trajectoire alambiquée d'un personnage qui va, peu à peu, se transformer en funambule, dans une société qui le rejette. Cela se noue sur une trame réaliste, voire autobiographique; la métamorphose tient tant au détachement, opéré par l'écriture, qu'au parti-pris du conte métaphorique, crépusculaire et extatique.
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JUGEMENT DERNIER
Daniel Cohen éditeur
Littératures, une collection dirigée par Daniel Cohen
Littératuresest une collection ouverte, tout entière, àl’écrire, quelle qu’en soit la forme : roman, récit, nouvelles, autofiction, journal ; démarche éditoriale aussi vieille que l’édition elle-même. S’il est difficile de blâmer les ténors de celle-ci d’avoir eu le goût des genres qui lui ont rallié un large public, il reste que prescripteurs ici, concepteurs de la forme romanesque là, comptables de ces prescriptions et de ces conceptions ailleurs, ont, jusqu’à un degré critique, asséché le vivier des talents. L’approche deLittératures, chez Orizons, est sim-ple — il eût été vain de l’indiquer en d’autres temps — : publier des auteurs que leur force personnelle, leur attachement aux formes multiples du littéraire, ont conduits au désir de faire partager leur expérience intérieure. Du texte dépouil-lé à l’écrit porté par le souffle de l’aventure mentale et physique, nous vénérons, entre tous les critères supposant déterminer l’œuvre littéraire, le style. Flaubert écrivant : « J’estime par-dessus tout d’abord le style, et en-suite le vrai », il savait avoir raison contre tous les dépérissements. Nous en faisons notre credo. D.C.
Dans la même collection :
Farid Adafer,Jugement dernier, 2008 Bertrand du Chambon,Loin de V"r"nas#, 2008 Odette David,Le Maître-Mot, 2008 Jacqueline De Clercq,Le Dit d’Ariane, 2008 Toufic El-Khoury,Beyrouth pantomime, 2008 Maurice Elia,Dernier tango à Beyrouth, 2008 Pierre Fréha,La conquête de l’oued, 2008 Gérard Gantet,Les hauts cris, 2008 Gérard Glatt,Comme une poupée dans un fauteuil, 2008 Henri Heinemann,L’Éternité pliée, Journal, édition intégrale. Gérard Laplace,La Pierre à boire, 2008 Enza Palamara,Rassembler les traits épars, 2008
ISBN 978-2-296-04688-7
© Orizons, chez L’Harmattan, Paris, 2008
Farid Adafer
Jugement dernier
roman
2008
Le maître dit : « Qui s’élève au-dessus de la moyenne peut entendre les enseignements élevés ». Confucius,Entretiens
Première partie Jugement premier
eaubourg est une ville magnifique. Le temps y sem-B ble suspendu, filant au ralenti, tissant sa toile comme ce jeu de bilboquet paisible inventé par quelques jeunes chevelus à l’avenir incertain et au look alter. Même la source de la cathédrale semble capter le cliquetis de l’eau dévalant sur une petite mousse géné-reuse. Tout, ici, n’est encore que servitude de la vie. Les vieilles personnes, comme ragaillardies d’une nouvelle jeunesse, viennent guincher et se toisent amoureuse-ment sur un air de valse musette, tandis que, de l’autre côté du parc, des trentenaires débonnaires étrennent leur progéniture sur des manèges enchantés. J’aime cette ville car y marcher relève du désarroi historique. Comment ne pas se draper devant les vestiges de gran-deur d’un temps révolu, comme la caresse d’un temps prophétique et fier, bâtisseur et visionnaire ?Comment ne pas remercier les artistes, les architectes pour leur délectable héritage, sacrifiés ici et là, éparpillés dans
10FARIDADAFER
l’ignorance et l’incontinence contemporaines ?Com-ment ne pas regarder la cathédrale comme un Titanic flottant au vent, saluant avec bravoure le soleil décli-nant d’un Octobre rouge, comme une fronde perma-nente au temps et à son dérèglement ?Comment ne pas voir, dans cette immense bâtisse, aux mille formes les forces qui s’agitent ici bas, figées entre la crainte d’une percée maléfique et l’apaisement magnifique des anges qui l’habitent ?Comme une volonté irréelle et marquée de ne pas céder.Comment ne pas se plier mentalement devant cette rudesse, cette inscription dans l’espace que la tour, levée au front, rend éter-nelle ? La cathédrale SaintAntoine est le repère de Beaubourg ; de quelque côté de la ville qu’on l’aper-çoive, c’est un signe apaisant, faisant toujours bonne figure pour nous indiquer, telle une boussole, la marche à suivre.Construite comme l’Arc de triomphe cerné de ses sept avenues, elle est aussi inédite suivant ses points de relecture et d’arrivée. Tantôt massive par son centre, elle se découvre, rocher resplendissant, sculptée dans une histoire éternelle si on s’aventure dans ses jardins, ou plus sombre et énigmatique si l’on en vient par la rue d’Attifeuil… En la longeant par l’allée de l’hôtel de ville, elle défie, avec son fronton aiguillé et ses arcs-boutants, le ciel duBerthoux, véhémente dans sa verticalité.Épais dans ses autres contours, le bâtiment ressemble à un