Jupiter et les Centaures

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Jupiter est l'ultime frontière, le nouveau territoire à défricher, à explorer. Une planète qui reste cependant plus que hostile aux humains. Ceux-ci ont contourné la difficulté ; ils ont créé des êtres synthétiques, pilotés par la pensée depuis une station orbitale. Anglesey, biophysicien devenu handicapé à la suite d’un accident, contrôle ainsi le premier de ces êtres artificiels, Joey, et retrouve goût à la vie…
Publié le : jeudi 27 septembre 2012
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EAN13 : 9782843444609
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Jupiter et les centaures
Poul Anderson
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Nouvelle extraite du recueilLe Chant du barde, les meilleurs récits de Poul Andersonproposé et dirigé par Jean-Daniel Brèque. ISBN : 978-2-84344-459-3 Parution : septembre 2012 Version : 1.0 — 26/09/2012 © 1960 by Poul Anderson. © 2010, Le Bélial’ pour la traduction française © 2012, Le Bélial’, pour la présente édition Illustration de couverture © 2010, Caza.
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Jupiter et les centaures
Titre original :Call Me JoeInAstounding Science Fiction, avril 1957 Première publication française : inGrandsFiction Spécial n° 16 – Classiques de la science-fiction, 1ère série(juillet 1970) Nouvelle traduite de l’américain par Bruno Martin Traduction révisée par Jean-Daniel Brèque pour la présente édition
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
Dans cette nouvelle, très populaire en son temps, Poul Anderson — peut-être inspiré par un épisode duDemain les chiens de son ami Clifford D. Simak —, nous montre comment les perceptions extrasensorielles permettent d’aborder sous un jour nouveau la colonisation de planètes hostiles. En présentant sa réédition en 1981, il écrivait : « Ce récit est basé sur les connaissances astronomiques de l’époque de sa rédaction. Les découvertes ultérieures ont profondément modifié notre conception de Jupiter et de ses lunes ; mais ce type d’obsolescence est inévitable tant que la science continuera à progresser, et cela n’a pas condamné aux oubliettes les récits qui en sont 1 frappés . » Comme on le découvrira à sa lecture, «Jupiter et les centaures» a très certainement marqué le scénariste d’un film récent. À noter que Poul Anderson en a lui-même revisité l’un des motifs, celui d’un explorateur s’introduisant dans le corps d’un indigène afin de mieux le connaître, mais en l’inversant — c’était l’extraterrestre qui devenait humain —, dans un roman paru en 1978 et intitulé…The Avatar.
1 Introduction àThe Dark Between the Stars(1981). (N. d. É.)
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Poul Anderson – Le Chant du Barde
L E VENT SURGIT DU FONDdes ténèbres à l’est, précédé par un nuage de poussière d’ammoniac. En quelques minutes, Edward Anglesey se retrouva aveuglé. Il s’agrippa des quatre pieds dans les éclats de glace qui constituaient le sol, se courba et ramassa à tâtons son petit creuset. Le vent rugissait dans son crâne comme un basson pris de folie. Quelque chose lui fouetta le dos, entamant la peau jusqu’au sang : un arbre déraciné qui avait volé plus de cent kilomètres. Très haut dans le ciel, parmi les nuages bouillonnants, les éclairs zébraient la nuit. En contrepoint, le tonnerre gronda parmi les montagnes de glace, une boule de flammes rouges entra en éruption, le flanc d’une colline s’abattit avec fracas, se répandant dans la vallée. Le sol trembla. Explosion de sodium, songea Anglesey dans le tumulte tambourinant. Il localisa son matériel à la lueur des flammes et des éclairs. De ses mains musclées, il rassembla ses outils, de sa queue, il souleva la cuve, puis, luttant contre la tempête, il regagna le tunnel menant à sa tanière. Les murs et le plafond étaient en eau, une eau congelée par l’éloignement du soleil et densifiée par une pression atmosphérique de plusieurs tonnes par centimètre carré. Ventilée par un étroit conduit de fumée, une lampe à huile végétale brûlant dans l’hydrogène répandait une pâle clarté dans la pièce. Haletant, Anglesey étendit son corps bleu ardoise sur le sol. Inutile de pester contre la tempête. Ces ouragans d’ammoniac étaient fréquents au crépuscule et on ne pouvait rien y faire, excepté attendre qu’ils se soient dissipés. De toute façon, il était fatigué. Dans cinq heures, ce serait le matin. Il avait espéré fondre ce même soir une tête de hache, la toute première, mais peut-être valait-il mieux attendre le jour pour accomplir cette tâche. Il prit sur une étagère le corps d’un décapode dont il dévora la chair crue, s’interrompant parfois pour boire de longues gorgées de méthane liquide à même la cruche. La situation s’améliorerait dès qu’il posséderait de bons outils ; jusque-là, il ne disposait que d’un équipement de fortune,
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péniblement façonné avec ses crocs et ses griffes, parfois taillé dans des éclats de glace… et aussi à partir des fragments fragiles et cassants des débris du spationef. Encore quelques années, et il vivrait comme doit vivre un homme. Il soupira, s’étira et s’étendit pour dormir. À un peu plus de cent soixante-quinze mille kilomètres de là, Edward Anglesey ôta son casque. Il regarda autour de lui en battant des paupières. Après la surface de Jupiter, le calme, la propreté et l’ordre du poste de contrôle paraissaient toujours un peu irréels. Il avait les muscles endoloris. Ce n’était pas normal. Il n’avait pas vraiment lutté contre un vent de plusieurs centaines de kilomètres à l’heure, sous une pesanteur de 3 g, par une température de 140 kelvins. Il était resté ici, dans la gravité à peu près nulle de Jupiter V, à respirer un mélange d’azote et d’oxygène. C’était Joe qui vivait là-bas et s’emplissait les poumons d’hydrogène et d’hélium, sous une pression qu’on pouvait seulement estimer, étant donné qu’elle faisait exploser les baromètres anéroïdes et perturbait les cristaux piézo-électriques. Néanmoins, il se sentait fatigué, courbatu. La tension, sans doute — un trouble psychosomatique. En définitive, cela faisait plusieurs heures qu’il était Joe, dans un certain sens, et Joe avait travaillé dur. Débarrassé de son casque, Anglesey n’était plus accroché que par un fil à l’identité de Joe. Le projecteur psi, toujours réglé sur le cerveau de ce dernier, n’était plus relié au sien. Au fond de sa conscience, il percevait une indescriptible sensation de sommeil. De temps à autre, des formes et des couleurs indistinctes dérivaient dans le noir velouté… des rêves ? Il n’était pas impossible que le cerveau de Joe rêvât un peu quand l’esprit d’Anglesey cessait de le manipuler. Un voyant rouge s’alluma sur la console du projecteur psi et une sonnerie lança un cri de terreur électronique. Anglesey poussa un juron. Activant de ses doigts longilignes les commandes de son fauteuil, il fit demi-tour et fonça vers la console. Oui, là… le tube K se remettait à osciller ! Le circuit grilla. Il arracha la glace de protection d’une main tout en fouillant de l’autre dans un tiroir. Dans son esprit, il sentait s’amenuiser le contact avec Joe. S’il le laissait échapper entièrement, il ne le récupérerait jamais. Et Joe représentait un investissement de plusieurs millions de dollars et de bon nombre d’années de travail hautement spécialisé. Anglesey tira le tube K défectueux de sa douille et le jeta par terre. Le verre implosa. Sa colère en fut un instant soulagée, juste ce qu’il fallait pour trouver la pièce de rechange, la mettre en place et rétablir le courant. À
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mesure que la machine chauffait, amplifiant à nouveau le signal, la conscience de Joe se raffermit dans le noir dédale des profondeurs de son esprit. Alors, lentement, l’homme assis dans le fauteuil roulant à propulsion électrique sortit du poste de contrôle pour gagner la coursive. Qu’un autre balaie les débris de verre. Au diable tout cela ! Au diable tout le monde ! Jan Cornelius n’avait jamais quitté la Terre, excepté pour séjourner dans un hôtel de luxe sur la Lune. Il se sentit donc brimé quand la Société psionique lui imposa un exil de treize mois. Le fait qu’il était un des meilleurs spécialistes des projecteurs psi et de leurs entrailles fantasques ne constituait pas à ses yeux une excuse valable. Pourquoi envoyer quiconque ? À quoi bon ? De toute évidence, le Service scientifique de la Fédération était d’un avis opposé. Apparemment, il avait signé un chèque en blanc à ces ermites barbus, et aux frais des contribuables par-dessus le marché. Ainsi grommelait Cornelius sur le long trajet hyperbolique qui le menait à Jupiter. Ensuite, les variations d’accélération à l’approche du minuscule satellite intérieur le mirent hors d’état de se plaindre. Et lorsque, juste avant le débarquement, il se rendit dans la serre pour contempler Jupiter, il ne dit pas un mot. La première fois, personne ne parle. Arne Viken attendit patiemment que Cornelius ait achevé sa contemplation.Moi aussi, ça me prend toujours à la gorge, se rappela-t-il.J’ai parfois peur de regarder.Cornelius finit par se retourner. De taille imposante, un peu ventripotent, il présentait une vague ressemblance avec Jupiter. « Je n’avais pas idée, murmura-t-il. Je n’aurais jamais cru… J’avais vu des images, mais… » Viken acquiesça. « Bien sûr, docteur Cornelius. Les images ne traduisent pas tout. » D’où ils se tenaient, ils avaient vue sur le satellite, une plaine sombre et hérissée de rochers, qui prenait naissance à une courte distance de l’aire d’atterrissage pour être ensuite tranchée net. Cette lune était à peine une plate-forme, semblait-il, et de froides constellations tournoyaient autour d’elle. Jupiter occupait un cinquième du ciel, disque d’ambre pâle, barré de bandes de couleur, parsemé de taches d’ombre projetées par des lunes grosses comme des planètes, et d’ouragans aussi larges que la Terre. S’il avait existé une gravité sensible, Cornelius aurait cru d’instinct que l’énorme planète fondait sur lui. Dans son état présent, il se sentait aspiré vers le haut, jusqu’à en avoir les paumes endolories tant il se cramponnait à la barre d’appui. « Et vous vivez ici… tout seuls… avec ça ? fit-il d’une voix ténue.
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