Kafka

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En suivant le chemin solitaire et silencieux au fond de lui-même, afin d'exprimer et de donner forme à ce qu'il perçoit, ressent et pense, Kafka descend en fait dans les galeries souterraines du réel dont le commun des mortels n'aperçoit hâtivement que le déroulement superficiel. Dans les profondeurs nocturnes où il a vécu plus que tout autre, prend naissance le rêve, tel que la psychanalyse l'a explicité. Cependant, les contenus des rêves de Kafka débordent de toutes parts les schémas psychanalytiques.
Publié le : dimanche 1 juin 2014
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EAN13 : 9782336350158
Nombre de pages : 228
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Rosemarie FERENCZI
KAFKA
Subjectivité, histoire et structures
Dans la solitude de sa chambre de travail, acharné à donner forme à son univers, KAFKA l’auteur s’abstrait du monde. Tout semble lui être indifférent, hormis l’œuvre à faire.
Mais c’est là une apparence trompeuse. À l’écoute de sa propre voix, de son imagination
unique, il est encore à l’écoute du monde extérieur, dont sa subjectivité porte la marque
singulière, et qui existe en lui sous une forme intériorisée. En suivant le chemin solitaire Subjectivité, histoire et structures
et silencieux au fond de lui-même, afn d’exprimer et de donner forme à ce qu’il perçoit,
ressent et pense, il descend en fait dans les galeries souterraines du réel dont le commun
des mortels n’aperçoit hâtivement que le déroulement superfciel. Il descend dans les
abîmes et s’aventure les yeux ouverts dans l’obscurité des profondeurs inexplorées, où
il découvre des sens du réel vécu par tous, mais dont l’apparence immédiate porte des
masques trompeurs.
Dans les profondeurs nocturnes où Kafka a vécu plus que tout autre, prend naissance
le rêve, tel que la psychanalyse l’a explicité. Le rêve avec sa logique rapide et infaillible,
ses images et ses paroles où le hasard est aboli, une totalité vécue, vue, sentie, dans le
laps de temps le plus bref.
Cependant, les contenus des rêves de Kafka débordent de toutes parts les schémas
psychanalytiques. Réduire les images signifantes des textes de Kafka à l’explication
de confits d’ordre strictement individuel et intime (Kafka et le Père, ou Felice, ou
Milena, etc.), s’avère très vite comme un tour de force impossible. En vérité, ces images,
ou la plupart d’entre elles, renvoient à des situations historiques, au monde extérieur,
intensément observé et ressenti par Kafka, et dont il donne une vision surréelle,
c’est-à-dire traversée des sens qu’il en a perçus avec une acuité impitoyable dans les
profondeurs nocturnes où il faisait jaillir comme un éclair, la lumière crue de ses œuvres.
Rosemarie Ferenczi est née le 24 février 1923 à Winterthur (Suisse).
Après une Licence ès Lettres à l’université de Genève et un mémoire de
philosophie sur la raison pratique de Kant (1947), elle rédige une étude
sur Kierkegaard, commence ses recherches sur Kafka et rencontre
Jean Wahl à Paris, avec lequel elle collabore au Collège philosophique.
Elle travaille au Centre Alexandre Koyré dès sa création (1958),
soutient un Doctorat en philosophie (esthétique) en 1972, et collabore
au séminaire de son directeur de thèse Gaëtan Picon, sur les revues littéraires au
exix siècle. En 1976, publication de son livre sur Kafka chez Klincksieck, épuisé.
En 1981, elle crée son propre séminaire à l’EHESS, l’atelier Proudhon, et propose à
Patrice Vermeren, directeur de cette collection, d’être son chargé de conférences, poste
auquel lui succèderont Georges Navet et Jean-Paul Thomas. Elle est membre fondateur
de la Société Proudhon. Elle meurt à Paris, le 15 Mars 2010, laissant trois études inédites.
Préface de Béatrice Ferenczi-Gomes
L A P H I L O S O P H I E E N C O M M U N
Collection dirigée par Stéphane Douailler, Jacques Poulain et Patrice Vermeren
En couverture : Refets dans la Moldau (Vltava),
© Béatrice Ferenczi.
ISBN : 978-2-343-03351-8
23,50 €
KAFKA
Rosemarie Ferenczi
Subjectivité, histoire et structures








KAFKA

Subjectivité, histoire
et structuresLa Philosophie en commun
Collection dirigée par Stéphane Douailler,
Jacques Poulain, Patrice Vermeren

Nourrie trop exclusivement par la vie solitaire de la pensée,
l'exercice de la réflexion a souvent voué les philosophes à un
individualisme forcené, renforcé par le culte de l'écriture. Les
querelles engendrées par l'adulation de l'originalité y ont trop aisément
supplanté tout débat politique théorique.
Notre siècle a découvert l'enracinement de la pensée dans le langage.
S'invalidait et tombait du même coup en désuétude cet étrange usage
du jugement où le désir de tout soumettre à la critique du vrai y
soustrayait royalement ses propres résultats. Condamnées également à
l'éclatement, les diverses traditions philosophiques se voyaient
contraintes de franchir les frontières de langue et de culture qui les
enserraient encore. La crise des fondements scientifiques, la
falsification des divers régimes politiques, la neutralisation des
sciences humaines et l'explosion technologique ont fait apparaître de
leur côté leurs faillites, induisant à reporter leurs espoirs sur la
philosophie, autorisant à attendre du partage critique de la vérité
jusqu'à la satisfaction des exigences sociales de justice et de liberté. Le
débat critique se reconnaissait être une forme de vie.
Ce bouleversement en profondeur de la culture a ramené les
philosophes à la pratique orale de l'argumentation, faisant surgir des
institutions comme l'École de Korcula (Yougoslavie), le Collège de
Philosophie (Paris) ou l'Institut de Philosophie (Madrid). L'objectif de
cette collection est de rendre accessibles les fruits de ce partage en
commun du jugement de vérité. Il est d'affronter et de surmonter ce
qui, dans la crise de civilisation que nous vivons tous, dérive de la
dénégation et du refoulement de ce partage du jugement.

Dernières parutions

María Beatriz GRECO, Une autorité émancipatrice, Un parcours de
la pensée de l’égalité chez Jacques Rancière, 2014.
Auguste EYENE ESSONO, Le mythe, l’écriture et la technique, 2014.
Michaela FIŠEROVÁ, Partager le visible, Repenser Foucault, 2013.
Marc LE NY, Hannah Arendt ; le temps politiques des hommes, 2013.
Geoffroy MANNET, L’impureté politique. La sociologie de Pierre
Bourdieu au miroir de la pensée politique de Jacques Rancière, 2013.
In-Suk CHA, Essais sur la mondialisation de notre demeure : Vers
une éthique transculturelle, 2013.
Jean-Claude BOURDIN (dir.), Les politiques de réconciliation.
Analyses, expériences, bilans, 2013. Rosemarie FERENCZI





KAFKA


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Subjectivité, histoire
et structures



















L’HARMATTAN








































© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris

www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-343-03351-8
EAN : 9782343033518



L’éclat précurseur de l’art est lui-même ce signe saisissable, parce que le
métier de l’artiste, qui est d’achever l’inachevé, s’exerce dans un espace dia-
lectiquement ouvert, où chaque objet se prête à une représentation esthé-
tique, c’est-à-dire à une représentation immanente plus réussie, plus
parfaite dans ses formes, plus conforme à sa réalité, que son apparence im-
médiate, qu’elle soit sensible ou historique.
Cette mise en forme est encore apparence, même lorsqu’elle devient signe
précurseur, mais elle n’est plus illusion… L’art demeure virtuel, mais au
sens où l’image reflétée par le miroir est virtuelle, c’est-à-dire renvoyée sur
la surface réfléchissante avec ses dimensions profondes, tout en étant exté-
rieure à elle-même.
Ainsi, l’art est non-illusion. Il agit dans le prolongement de ce qui est déjà
devenu, en cherchant à lui donner des formes plus conformes.

Ernst Bloch, L’Homme est tendu en avant
(Traduit de l’allemand par Rosemarie Ferenczi)
  

PRÉFACE


Rééditer le livre de ma mère Rosemie, Kafka, subjectivité, histoire et
structures (éditions Klincksieck 1975, coll. « Critères »), revêt beaucoup de
sens, représente beaucoup de temps et tant d’amour.
J’ai grandi avec Kafka, j’aimais bien son nom avec deux k et deux a et
sur les photos, ce visage à la fois sombre et lumineux me rassurait, il
faisait partie de la famille. Kafka était jeune et je l’aimais bien d’autant
que Rosemie « l’étudiait ».
J’essayais de partager ce qu’elle aimait, mais pour une enfant comme
moi qui ne savait pas encore lire, Kafka c’était la bibliothèque avec plein
de livres dont les noms m’étaient déjà familiers : Max Brod, Karel Capek,
Masaryk, Politzer, Marthe Robert, Robert Musil, Hermann Broch, Klaus
Wagenbach, Martin Walser, Robert Walser, Kierkegard, Jean Wahl,
Alexandre Koyré, Ernst Bloch, pour moi ils étaient tous de la famille
Kafka, et j’aimais leurs noms pleins de lettres si jolies, j’étais fière d’avoir
des amis comme ça. Mon amie inséparable d’enfance s’appelait Frédé-
rique Baltaksé, avec les lettres de mes amis, j’étais bien entourée.
Quand je tombe sur une photo de Kafka, je plonge dans mon enfance
et dans la bibliothèque de Rosemie.
À Prague, j’ai rencontré Véra (la fille d’Ottla) et ses enfants. Rosemie
s’était liée d’amitié avec elle au cours de ses recherches à Prague, elles
riaient ensemble, parlaient de Kafka, des kafkologues, et Véra devait
toujours aller acheter du lait pour les nombreux enfants de la maison.
De nouveau, je me retrouvais dans une bibliothèque avec Kafka au
centre.
Je n’étais plus une enfant et avec Véra, le soir autour d’une tasse de
café, nous parlions.
Avec ses enfants, je me promenais dans Prague, avec l’impression
étrange d’être déjà venue.
Ma mère travaillait beaucoup, elle était chef de travaux à la cinquième
section, à l’école pratique des hautes études et l’institutrice, quand nous
devions inscrire la profession de nos parents, s’étonnait qu’une femme
puisse conduire des camions ou des tracteurs sur un chantier. Rosemie trouvait toujours du temps, de l’énergie et de l’enthousiasme 
pour ses recherches personnelles entre les pique‐niques mémorables dans 
la forêt de Rambouillet et les marchés du dimanche, nous étions une 
« famille nombreuse », elle écrivait le soir sur sa machine Underwood, 
une musique de l’écriture !  
Je suis retournée à la bibliothèque de mon enfance et, fait très étrange, 
elle n’était plus vivante non plus, elle ne respirait plus, elle était comme 
éteinte, les livres étaient épars, silencieux, muets. J’ai longtemps cherché 
la photo de Kafka que je préférais. 
Une bibliothèque s’éteint‐elle en même temps que son créateur ?  
Sur un rayon, il y avait le livre de Rosemie. Il était là, un peu penché 
comme le visage de Rosemie rêvant éveillée et attendait une nouvelle vie. 
C’est cela qui s’est produit quand j’ai eu le livre dans mes mains.  
Son collègue et ami Patrice Vermeren ne pouvait lui rendre plus grand 
hommage que de proposer la réédition de son livre aujourd’hui épuisé.  
Ce furent ses premiers mots lors de notre entretien téléphonique après 
la mort de ma mère et j’ai été très contente car les livres ont une vie qui va 
renaissant avec de nouveaux lecteurs.  
La vie professionnelle de ma mère était une forme de défi permanent 
(papiers, statuts, naturalisation toujours retardée) autant qu’une passion, 
celle de la philosophie, de la littérature, de l’art.  
Pour elle, la littérature est le cœur vers lequel nous projetons nos 
ombres, elle est le lieu de rencontre de notre mystérieuse expérience de 
l’existence  et  de  la  création  artistique  dans  son  sens  le  plus  fort,  les 
artistes ont cette faculté de voyant, de visionnaires. Elle me citait souvent 
cette phrase de Kafka : « Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée 
en nous. Voilà ce que je crois ».  
Son livre témoigne d’une connaissance profonde de l’œuvre de Franz 
Kafka, l’exégèse du texte, rien d’autre que le texte en soi, qu’elle a étudié 
dans  sa  langue  maternelle,  l’allemand.  Il  est  aussi  le  témoignage  de 
l’époque sur la minorité juive de langue allemande dans l’empire austro‐
hongrois où les procès des meurtres rituels accusant les juifs de meurtres 
d’enfants annonçaient le pire à venir. Les sœurs de Kafka ont été dépor‐
tées et assassinées. 
Pour ma mère la Justice est une des Lois fondatrices de la Démocratie, 
c’est la Loi. Son étude montre le rôle de l’écrivain, pour qui l’art n’a pas pour 
mission la distraction, mais la secousse presque physique de l’esprit, une 
« morsure »,  une  crevasse :  il  dénonce  l’esclavage,  l’antisémitisme,  les 
violences, le mal à travers une œuvre qui agit sur le « corps » du lecteur. 
La structure de l’œuvre ne peut avoir sens que replacée dans son 
contexte historique. Kafka a créé une œuvre étrange et puissante, un 
univers romanesque et littéraire extraordinaire, ancrée dans l’histoire de 
son  époque  et  dans  les  époques  futures  comme  mettant  en  garde  le 
lecteur contre les perversions du pouvoir et ses atrocités. 
Rosemie suivra inlassablement l’idée de la Justice, de la préservation 
d’une conscience subjective inaliénable comme étant le fondement de la 
liberté, de la création, de la vie sociale et de l’engagement. Elle a créé 
« l’atelier Proudhon » à l’école pratique des hautes études, et sera l’une 
des co‐fondatrices de La Société Proudhon. Elle commencera un nouveau 
livre sur Proudhon, l’art et le peuple qu’elle n’aura la force d’achever. Le 
choix de son étude révèle encore une pensée habitée par la question de la 
Justice, de la mission de l’art et de la Vérité.  
La force mystérieuse de Kafka demeure cependant entière, elle ne 
disparaît pas sous l’éxégèse, elle se révèle à nous et apparaît dans une 
logique pure, implacable. 
Après avoir lu le livre, nous n’avons qu’une envie, c’est de nous re‐
plonger dans son œuvre. 
Rosemie était une lectrice remarquable, elle nous communiquait tou‐
jours avec enthousiasme ses découvertes et ses relectures. 
Elle aimait décrypter les textes, dévoiler des vérités insoupçonnables à 
travers les mots, la langue, le style, le ton. Par sa grande pédagogie, elle 
savait faire partager et circuler les idées.  
Nous riions beaucoup. Son rire aussi était une poursuite de l’art de 
vivre qu’elle avait en elle.  
Malgré les embûches de la vie, elle ne désistait pas de la Joie même 
dans le silence.  
 
 
Béatrice Ferenczi‐Gomes 
Lisbonne, 15 décembre 2010 
  
Rosemarie Ferenczi, colloque international de Genève, 1958,
« L’Homme et l'atome »

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