L'Académie de la peinture. Nouvellement mis au jour pour instruire la jeunesse à bien peindre en huile et en mignature... - Des couleurs qu'il faut pour la peinture à l'huile, et la manière de les préparer

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J.-B. Loyson (Paris). 1679. Peinture -- Enseignement -- Ouvrages avant 1700. 2 parties en 1 vol. ([XXII]-96, 72 p.) ; in-8.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1679
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L'ACADEMIE
DE LA'
PEINTVRE
NOVVELLEMENT
mis au jour pour inftruire la
jeuneiïe à bien Peindre en
huile & en Mignature.
Et qui enfeigne le mélange des Couleurs
aVec U manière de les bien préparer
pour imiter la Nature.
ner la force aux Figures, où il ej$
ttecejfiire &* à faire les Teintes»?
les lours, O* Les Ombres,
̃ Enfcmblc les Noms des fameux Pcinrrts > Jcuî-^ j
teurs, Architedcs,& G faveurs > qui ont ̃
Técufousle Regnede Louys XIII. Se -:i-
M. D C. L X X I X.
Avtt Trlwltgt du
dt y.
A MESÏRE
CHARLES DE SAINTE
Maure Duc 0& Pair de
France Seigneur de
Monraufïer, Chevalier
desOrdres du R.oy, Lieu-
tenant General pour fa
Ma j efté en Normandie,
& Gouverneur de Mon-
feigneur le D'auphin.
ONSEIGNEfR,
Tout le monde, fçait que you
E 1 É T R E.
chéri Jf es le s" Sciences & que
l>ous faites beaucoup d'eflime des
Hommes qui les ont aquifes, &
qui fuhitnf quelques partie5 des
Yertus qttilious accompagnent, (g*
que
ment que tous les plus faces du
Siecle admirent ces hautes lita.
lit es^ dont Vojlre jîme t fi pour-
~)eUe le n'ay pas fa foin d'e Re-
thorique pour perfiader aux 'ber-
tuettx cette verité puis que le
Xoy luj même la fait ajje^ con-
mifire toute la France par le
choix qu'il a fait de Voflre Il-
lufire PerfÔHtte pour Conduite
& Educutisn du plus Grand
Prince de l'Europe auquel 'vous
infufeT^ toutes les 1/ertus, que doit
alfoir un Prince bien accomply.
Toute la Cour' eji perfuaiée des
EPHTJ E.
ic iij
foins que. 'vous prenez^ pour ache-
ver une fi jr'oriettfe tntreprife.
Les Mafes rires
tlls qui font en- "Vous 5 font dans
l impatience de 1/oir Fofire Gran-
deur fur le P&vnaffè fur ce mont
fi renommé a fin de vous rendre
un refpeétueux hommage & de
lions témoigner leurs jtifles ref-
fentiment des faveurs que "\ious
leur faites d'aimer les beaux
Ans & pdrticulierement ceux
de la Poifiês <& ceux de la Pein-
ture qui.font deux Sœurs infe-
parables dont l'une eft parlante
& l'autre obftrlie un eternel j-
lence, cefi là Peinture dont Vô-
tre Grandeur a beaucoup de con.
noeance & qui m'oblige de
prendre la liberté t Monfeigneur
de 'Yous prefenter les Traités de
B^B 1 ̃ ST R E.
Cette belle science qui fans dou-
te donnera beaucoup d'intelligen-
ce a ceux qui f tondront entre..
tenir de cette noble "Vertu > "Vo«*
y ')errés l'excellunce des plut eele.
bres &> plus fçayans Peintres de
V Antiquité & celle des plus
lllufites modernes du siecle. Ie
l'ay fait pour le ferliice des lett-
res "Vertueux Amateurs de ce no-
Me Art où le prétend les
injlvuire au meflange des Cou-
leurs a l4 force des Teintes
à l'union des jours gp des ombres
que les Romains nomment clair-
obfcur je l'ay ttuffi fait en fa*
")/eur des nouveaux curieux, qui
apprendront 4 connoifireles di~Ver-
fes manieres des bons Mdiftrts->
leurs coloris leurs touches &*
manimrnt du pinceau tUur or.-
E P î S T R Ê,
a ïq
dpnnances & ta beauté de leurs
de/feins. Recelez le donc s'il
vous pldift, Monfeignenr gp luy
offroyées 1/qjlre protection fous
laquelle fans doute il fera recru
favorablement des Perfonnes de
Conditionnera en feront beaucoup
plus d'eftime "Voyant fur fon
frond les marques de Vofire Ve-
nerable Nom) &> qui ne dôute
ront point de fin mérite fi Vo-
tre Grandeur me permet de ms
dire publiquement.
de Vofire Grandeur
Le très humble, très obcïfant.îr
tres fidelle fervireur
DE LA FONTAINE,.
PREFACE
AU LECTEUR.
MY Le&eur, voicy
un tramé de la Pein-
ture que je mets au-
jour pour faùsfaireà
la promeuve que i'ay faite à
quantité de perfonnes de
Condition amateurs de cet
Arc ) & curieux des belles
chofes ) & encor pour les
jeunes tant de l'un que de
l'autre tèxe, aufquels je don-
ne avis & Confeil pour le
PREFACE.
conduire à cette noble vertu
au meflange des couleurs &
à terpreparer pour en faire.
des ouvrages bien condition-
nées & qu'ayant une belle
vnion que les iours & les om-
bres foient tellement conjoin-
tes, qu'on ne fçache ny ou eft
falTe les Groupes dans )c: Ta-
bleau qui feront jufques
trois fans plus que la figure
du fujet & toujours la plus
en veüe qu'il eftpoffiblcque
les difgreffions y foient bien.
obfervées, afin que la veiie ne
fe làfle de voir toujours un
même fujetr Nous avons enfei-
gné la façon de Peindre à
fhuille en détrempe à la
P R El A C JE.'
frefque au au
& noir en Mineature nous
avons en(eigné à polcr les
figures au devant du Tableau
plus forts pour faire fuite cel-
les du derriere & à leur don-
ner la hauteur felun leu« en-
foncetnenc perpeflives', qu'un
Peintre doit fçavoir neceffai-
rement par théorie & prati-
que ) car un Peintre ne doit
point (e fervir de compas, &
font fes yeux qui fupplaient au
défaut dieeiuy il ny à rien
de plus charment que de voir
dans un Tableau, qui n'eft
qu'un plan des figures toutes
rondes & d'une hauteur ne-
eeffaire fortant d'iceluy &
des lointains à perte de veiie,
dans un petit morceau de
toille, cela eft une magie fort
agréable.
La Sculpture n'eft pas moins
furprcnaccejcar unbôouvrier
«n cet Art peuc faire une
groupe de figures dans un
morceau de marbre ou de
de pierre ou il aura défignè
plufieurs figures lefquelles
citant ébochées& enfin polies,
il les fera toucher les extré-
mités de la pierre fans les
eftropier Et comme il ny à
qu'un point de veuë à la Pein-
ture>il y en à un grand nom-
bre en la Sculpture,car on la
peut voir comme une Acade-
mie, qui eft une autre efpecc
de Magie A toutes ces cho^
p n e f ac e.
Ces nous avons donné les -Li-
vres .ncceflaire.s pour le fer-
vice de ces deux Arts & la
la façon de s'en bien fervir.
Voila cher, Ledeur l'avis que
je doane, ADIEV.
TABLE
é
TABLE
DES TRAITTEZ
contenuës en cette
Ouvrage.
PREMIER PARTIE.
de la Peinture &
de fon Objets, pag. i.
De l'Objet de la Peinturé,
Page 3.
înftrudion aux jeunes Pein-
tres, Pag9-
Mefcire du corps humain,
pag, éi.
TABLE.
Du Meilange des Couleurs,
pag. 64.
Les Couleurs pour la Minia-
ture,fonds verdaftrepi 6$i
Four une gloire p. 70.
Fond d'Horifon. Idem.
Pour les Nuages, idem.
Fond d'un Ciel de Nui&, pag,
71-
Draperie couleut de chaire,
Idem.
Draperie noir & blanc, page
Draperie blanche de laine,
Idem.
Le Coloris blanc, idem.
DraperieMinime, p. 77.
Draperie Changeante, Idem,
Draperie Sales, idem:
Draperie de Linge, idem.
Pour faire le point de Fran-
TABLE.
ë ij
ce, p. 74*
Fourure Brune, idem.
Pour faire une Couleur Ar-
chheâure de Picrre page
Quand l'Architecture eft de
bois pag. 7<5
A faire couleur de Roche)
Idem.
Autre couleurde Pierre, pa-
ge 77-
Autre couleur de Pierre
idem,
Couleur de bois, p. 78
Couleur de Coiomne) Idem.
Teinte de Pierre, idem.
Autre Teinte de Pierre, Idem;
Couleur à dorer, P«79
Carnations pour 'ies femmes
& les en fans, Idem..
Carnations pour Yhome jdtm.
T A B L Ev
Teinte jauaaftie pag. 80
Pour les Carnatipns» idem»
Pour les Che,veux, pag.83
Couleur d'un mort, pag. 84.
Bouche de Mort. p .85
Pour reprefenter une Cou-
ronne d'Epine» idem.
Poui faire du feu de flamme,
page 86
Couleur de fumée, ideml
Des Perles, pag. 96
Couleur de Diamans, p.. 8.7
Payfages, idem.
Pour Peindre les herbes &
autres feù-jllages, p, 8-8
Des Rochers, p-8^
Forid pour les Fleurs. page
Valeur des Couleurs, p, 54,
TABLE:.
c i>j
SECONDE PARTIE.
Es Couleurs en gène-
rai qu'il faut pour la
Peinture à l'huile > & la ma-
nière de la préparer par
ge 3.
,€'eft pour un tein délicat
page 1
Troifieime Carnation, Idem:
QHatrieiTme, pag. 6
Les féconds ideni.
<Pour les Morefqaes pag. 7.
Pour les habits, idem.
Couleur de Vermillon) pag S
;Le bleu, pag. 9
Aut rebleu, p; 10
Le ver d, idem.
Autre, p. ir
.Pour faire un Orangé, p. n
Pour leboisj p. 13
TABLE.
Huille graffe pour faire fei-
cher les couleurs, p.iy
Beau fecret pour faire feicher
Je blanc de plomb fans
changer, Idem.
Pour empefcher qu'elle ne
coule, p. 16
Pour netoyer lesTableaux,
pag. 17.
Pour le Vernir, p.t8
Autre Idem..
Pour faire des Bandolieres que
l'on porte aux pains bénite
pag. Zi
Pour un morceau de Pierre
de corniche rompu, p. 2.3
Pour faire une claireté jau-
riaftre» idem.
Pour les rayons que l'on faic
deflus les couleurs, Idem.
Pour bronzcr & pour la Dra.-
TABLE.
e il il
perie, p. 24
Pour faire du Taffetas >pag. 2$
Pour faire de î'ombrage dy-
voir, p. 16
Pourjmprimer le bois à pein-
dre, p. 27
Pour le cuivre, p. 18.
Pour faire de la couleur de
Citron, p. 19
Là Méthode pour accommo-
der 1 es couleurs,en détrem-
pe pour la Mignature, p.31
Pour l'ornement des habits»
P3g-33-
Pour travailler» p. 37
Les couleurs qui font propres
pag. 38.
Pour les vifages, p. 40
Pour faire de la couleur mi-
nime, p. 41
Pour les huilles p. 41
TABLE.
Four accommoder toilles
peindre. p.. 43
Pour l'or couleur p. 44
Pour accommoder une bor-
dure d'or» p. 49,
Pour Azurer du bois ou plat.
Pour faire du verd qui foit
beau à la pluye foit fur le
bois, ou fur du fer, p. 48
Pour appliqu er de l'or en co-
quille fur marbre ou pier-
re fine, p«49
Le Verny de Venife, p. 50
Pour peindre une perfonne
morte, p* ^r.
Pour les payfages, p. 63
Des Mères & Vaifleaux-Z«fc»
Des peintures fouftenus^gra-
des de l'Italie, p. 64.
Des 1 pièces de peinture de
TABLE.
ce temps. p.^S
Suite d'Italie, p. 69
Du reftabliflejnent de la pein-
ture en France, p.70
Des Enlumineurs, ideirn.
Suite pour la France, p. 71
Du Règne de Louys XML
idem*
UN.
vé d'imprimer à peine de
cinq cens livres d'amende»
connfcation des Exemplaires
contrefaits & de tous def
pens dommages & intereils,
ainfi qu'il en: plus amplement
porte efdites Lettres qui fe-
ront tenues pour deiiment fi-
gnifiés pour chaque partie de
fes Oeuvres en vertu dû pre-
fent Extrait.
l'ay cedë& tranfporté au
fieur -Jean Baptise Loyfon
Marchand Libraire à Paris,
Vn Traité de ma compofition
jntjtulé; Delà Mignaturc (Tvcc
le Mejiange des Couleurs a hutl*
le que celles de Id
pour le temps & etpace de
lept années ainfi qu'il efl:
porté dans mon privilège
qu'il a pieu au Roy m'accor-
der de toutes mes Oeuvrés.
Fait à paris ce premier jour
de Iuin 1678.
DE LA Fontaine.
Achevé d'imprimer pour la
premier fois le dernier
Avril 107p.
A
TRAITE'
DELAPEINTVRE
ET DE SON OBJET.
rjlvec l'inftruBion pour le mélange des
Couleurs dtnnet la force aux
Tigmtstqtà font fur le devant du
Tableau pour faire fuir celles du
derrière, faire les teintes, les
jours &• les Ombresji tendres,qu'on
me puife connoiftre leur ctnjonèlion,
qui efi ce je ne ffay quoy<que les I{e-
màiis nomment Clair- obfcur. La
manière de l'un préparer les Cou-
leurs pour imiter la Nature qui eft
le fujet de cet tsirt.
R comme leDeflein eft
lame de la Peinture, les
couleurs en font le corps
qui produifent d'agrea-
hies effets; eftant touchée d'une
2 Traits de la Teinture,
artifte main fi bien que le mélange
des lours & des Ombres, c'eft à
dire une conion&ion d'un Clair-
Obfcrrr qui eft imperceptible, &
qui eft difficile à connojflre com-
me il fe voit en plufieurs Tableaux,
& comme on a vu dans vn Tableau
du Titin, où il a fait une Danaé
couchée fur le dos,fon fein décou-
vert au grand jour, qui paroifloit
rond,fans qu'on apperçoiye aucun
ombre, c'eft une chofe atfez fur-
prenante.
Les jeunes gens qui ont inclina-
tion à cette vertu, y trouveront
beaucoup de fatisfa&ion, s'ils y
veulent employer le remps, foit à
la Peinture huile, à la détrempe,
au Paftel, au blanc & noir, ou Mi-
gnatxare qui eft une ehofe fort
agréable, & particulierement pour
les Filles qui font curieuses de la
iettu, & qui veulent employer le
temps à des divertilïemens inno-
cens&charmans.
&defon Objet. 3
Aij
DE L'OBJET DE
LA PEINTURE.
L'Objet de la PeinmM eft tout
ce que Dieu a. creé dans le
Monde.
A fçavoit les Animaux.tant Qua-
'drupeaes, Volatilles, que Reptiles,
Amphibies & toutes les lottes
d'Inférés.
Les PoifTons des eaux Calées, &
ceuxdeseaux douces.
Les Planres à fçavoir les Her-
bes, Arbriffeaux & Arbres les
Fruits & toutes les racines qui
naiffent dans la terre pour l'ufage
de l'homme; Dieu ayant produit
les Métaux dans les entrailles de li
terre, afin que l'homme les décou-
vrant n'en ? point mauvais ufage.
4 Trait f de la Viinttm
Cette armonie des Cieux cette
voûte azurée, ce Ciel écoillé tout
brillant de feux.
Ces deux grands Luminaires, ce
Soleil l'oeil du monde, qui commu-
nique fa lumière par tout l'Vni-
vitSy & qui donne la vie à toutes
les créatures.
Cette Lune qui gouverne les flots,
maritimes, & quifert de flambeau
aux Mariniers.pout découvrir les
Routes, & pour s'écarter des bans
defable des rochers & des abyf-
mes qui s'y trouvent.
La diverfiré des Meteores qui fe
voient dans les trois régions, hau-
te., moyenne & baffe comme la
grefle, la neige la pluye, les fri-
mas, la rofée le tonnerre, les
éclairs, le Ciel enflamé, les Cornet-
tes, les Lances & Sommiers de feu,
l'Arc-en-Ciel & plufieurs autres fi-
gures qui fé forment dans les nues,
cnmme il s'en forma une en 1616..
& de [on Objet. 5
A iij
reprefentant une bataille rangée,
qui paroifloi: fur Meudon, & qui
demeura prés de deux heures dans
la nuë fans fe rompre, tant que
l'air eftoit calnne laquelle nuë &
tout le corps de l'Armée nous pa-
roiffoient fi tendres que le:; plus
fçavan* en Peinture enflent eu de la
peine à l'imiter. Il arrive quelque-
fois des orages fi impétueux &
des coups de tonnerre fi violens,
qu'ils portenr leurs feux au travers
de* Forefts, & qu'ils fonr bien de la
peine aux honnies qui fe trouvent
à leur violences toutes lefquelles
chofes donneroient bien de la peine
à un Peintre.s'il ne les avoit remar-
qué -s après nature.
Ceux qui ai ̃nentl» païfawe,doi-.
vent confiderer la beauté d'un So-
leil levant dans un air calme &
doux celle d'un Soleil cou «.liant,
qui nous fait voir une nuée déchar-
gée de matière épailïe & grofsie-
6 Traité de la Teinture
re, formant par occident des fige
res. tres agréables & tendres,& des
petits feux derriere qui accompa-
gnent cette tendrefTe fi bien que
le Peintre y trouve de L'employa
Il n'v a pas moins de remarquas
à faire fur la mer, qui eft quelque-
fois agitée par la tous même, autre-
fois fort calme & plâtre. C'eft en
ce temps qu'on doit confiderer les
Vai(Teaux& les dcfigner avec out
leur attirail & dans la tourmente.
On doit defigner les vagues qui
font des montagnes d'eau & qui
fontperirles Vaifleauxfouvenc dans.
le port.
Toutes lefquelles cliofes fer/en,
aux P?intres,comme aufsi les mon
tagnes, lesvalons les entremon-
wgws, Les forefls, les prairies les
Neuves, i;s campagne, las bois..
taillis, les plans de plufi. les ver-
gers, fruitiers tes plans d'épines,
les plans de vignes, les coftes Ma-
e*r t onO ief. 7
A iii
titimes. les Ifles, les Caps, les Pro-
montoires,les Ifthmes ouprefqu I-
les, les Illiotes & Langues déterre,
les bayes & mouillages qui fetiou-
vent aux coites de la mer.
L'Eternel ayant crée toutes cho-
Ces pour l'ufage & fervice de
l'homme, il le crea le dernier/elon
qu'il eft écrit dans lâ Gênent! bien
qu'il trouvala nappe mife arrivant
au monde car les fruits eftoient
murs & prefts à manger. C'eft pour-
quoy les Philofophes tiennent que
le monde fut creéau mois de Sep-
tembre car s'il euft efté créé au
mois de Mars, comme difent quel-
ques Docteurs, il eu(1 falu atten-
dre.fîx mois pour jouir des fruits
de la terre.
Dieu ayant fait toutes chofes pat
nambce, poids & tnefure, prift plai-
fir de donnera l'homme les di men-
tions & proportions fi belles & fi
avantageufes pour [onces chofes,
8 Trait f âe la*Ptïnttire\
que l'homme mefine eft oblige
d'emprunter fur foy des propof-
tions,pour orner les plus riches )Se
importât» Ouvrages, pour leur
donner une belle fîmétt v ,& les
rendre agréables la veuë comme
ïls'eft veuauttefois aux Ouvrageas
antiques des Grecs & des Ro-
mains, & comme il fo voit à pre-
lent dans la France où noftre in-
comparable Monarque occupe
grand nombre de fes Sujets à baftir
de fupetbes édifices,qui font hon-
te à ceux de l'Antiquité pour eftre
fans comparaifdn beaucoup plus
commodes dans leurs difttibutions,
dans leurs fimetries dans leurs
étendues & dans leurs otnemens
internes & externes,tant pour l'Ar-
chitecture qui- pour la Sculpture,*
encore pour les ncru'lTe-s inconce-
vables t|ui font au dedans, qui leur
fervent d'o':ne:ienc toutes lequel.
les chofes font Objets de la Peintu^
te.
e£* de/on Objet. o
Itf STK VCTION
aux jeunes "Peintres.
TOut ce que vous avez à re-
marquer eu. d'obferver la no-
bleflfe&la grâce, & que vos Figures
foient ornées des vertus, comme
font celles des Sciences, de la Phi-
lofop.hie, & de la Rhétorique ou
bien de la Guerre des Sacrifices
des Alliances des Amours &
des Maufolées.
Vous devez confiderer le lieu oïl
doit eftre la Scene de voftre Ta-
bfëau, la nation d'où font ceux que
vous y voulez faire paroiftre, leur
maniere d'agir,leurs habits, con.
noiflre leurs Loix, & ce qui fait.
Ieur bienfeance.
10 Trait f de la Teinture
C'cil une chofe tres-difficile &
tin prefent bien rare, que l'homme
reçoit plutoft du Ciel que de fon
Eih.de.
Le Peintre doit fuivre en toutes
chofes l'ordre de la Nature c'eft
pourquoy gardez-vous bien de
eiadre les Meteores dans les lam-
bris qui font foulez aux pieds ay
les eaux dans les plafons & ainû
d'aucres chofes Mais vous ferez
en forte Que tous les divers genres»
foient pofées aux lieux qui leur font
convenables.
Mais encore d'exprimer oucre tout
cela les mouvemens des efprits
& les affections qui ont lïur fiege
dans le cœur. En un mot de faire
avec un peu de couleurs que a.
me nous foit vifible pat ladiveflïté
de fes pallions, c'eft ou confifte la
plus grande difficulté, car afluci-
ment il s'en trouve fort peu pîif-
qu'i.l n'appartient qu'aux Efprits
& de {011 Objet. Il
qui participent en quelque chofe
de la Divinité à découvrit de fi
grandes merveilles.
Les Philofophes dirent que les
mouvemens de qui
tudiez, ne font jamais fi naturels
que ceux qui fe voyent dans la cha-
leur d'une veritable paillon. Vn
Peintre qui a un grand genie, & qui
fçait la Phyfionojnie,peut marquer
fur le vifage de l'homme quelques
pafllons qu'il peut avoir dans l'a-
me, comme la Ioye, la Triftefle, la
Colere, la Fureur le Chagrin, la
Melancholic, 1 Avarice, l'Envie, le
Mépris, la douleur,&c.
La fin des Portraits n'eft pas
comme beaucoup fe l'imaginent de
donner avec la reffemblance un air
riant & agréable :C'eft bien quel-
que chofe mais ce n'eft pas affez.
II faut exprimer le véritable tem-
perament des perfonnes que Ton
reprefente,& 3 faire voir leur pbj»
n Traitéde la Peinture,
fionomie. Si la perfonne que vous
peignez, par exemple, eft naturel-
lemenc trifte prenez garde de
luy donner de la gayeté, quife-
toit toujours quelque chofe d'é-
tranger fur fonvifage.
Si elleeft enjoiiéeilfaut faire pa-
roiftre cettebelle humeur ,parl'ex-
prefiion des parties où elle agit 8c
où elle fe montre. Si elle eft grave
& maje(hieufe,les ris tropfenfibles
rendent cette rnajefté fade & niai-
fe Enfuie Peintre qui a de fefprit
doit faire le difcernement de tou-
tes ces chofes & s'il fçait la phy-
fionomie il aura bien plus de faci-
lité & reiiffira bien mieux qu'un
autre.
L'Hiftoire dit qu'Apelles faifoic
fes Portraits fi rcfTemblans qu'un
certain Phyfionomifte difoit en les
voyanr, le temps que de voit arriver
la mort des perfonnes à qui ils
teferabloient ou en quel temps s
<& e on 0 ut. it
9
elle eftoit arrivée, fi ces perfonnes
n'eftoient plus au monde.
Cet Hiftoire eft alfez difficile à
croire, puifque la Phyfionomie eft
une Science fort incertaine, & par-
ticulièrement celle d'un portrait
d'un mort ou d'un homme vivant.
Car les portraits, quoy qu'ils foient
bien relfemblans, ne font pourtant
que copies auxquelles on ne peut
affeoir un jugement fol i de, puif
qu'on n'en peut rien afleurer fur
l'original.
Le Peintre fans doure peut di*
couvrir beaucoup de chofes certai-
nes fut la face d'un homme, com-
me la melancholie,la jovialité Ses
humeurs comme s'il eft chuleri-
qae, prompt & fanguin, bilieux &
attrabilere fournois & fongeart,
ayant toùjouts l'efprit embaraffc-,
& ainfi d'autres chofes externes.^ui
peuvent eftte véritables Mais pour
juger despenfées du cœur, il faut
r4 T ra Hf de la Teinture j
avouer qu'il n'y a que Dieu qui
pu ne connojftreie cœur de l'hom-
me"
l'a y viî un jeunehommelemiïux
fait & le plus beau de fon temps
qui étroit agreable dans les compa-
gnies, & d'une bonne conyerfa.
tion en coutes fes actions apparen-
tes, & neanmoins eftoit un voleur
de grands chemins, accompagné de
douze ou quinze voleurs, qui vo-
loiea & ailaflfnoient les Mar-
chands, & ce miferable commerce
a duré cinq à fix ans au bout def-
quels il futpris avec quatre autres,
& amenez à Paris oti ils furent
rouez la Croix du Tiroir fur les
huit heures du foir.
Aitïfi la Phyfionornien'eftfas fort
certaine, c'eft pourquoy il ne s'y
faut pas arrefler. On d:t d'ordinai-
re qii't')/ un he.iu corps loge une bel-
le a mais cela n'eft pas tous jours
véritable. On fe fort de la Geo-
if
B ij
mance, pour découvrir les tniferes
de la vie de l'homme, mais ceux
qui s'y fondent fi trouvent trom-
pez; car il n'y a rien de plus ridicu-
le de mefme de la Nomie que les
Egyptiens ont inventée qui tft une
folie toute pure. On. fe fert encore
de la Queromancie, ou Science de
la 'main pour eonnoiftre les acci-
dens de la vie par le moyen des li-
gnes naturelles quife trouvent dans
la Paume de la main. Celle- cy bien
entendue a quelque chofe de véri-
table& d'effentiel comme eftanc
naturelle.
L'Aftroiogie Iudiriere eil fautle
en toutes fes parcies c'eft pour-
quoy je donne avis aux jeunes Pein-
tres de ne point s'etnbaraflèr à fix
fortes de Sciences qui font, i.
l'Aftrologie ludiciere..
2.- La Pierre Philofophale.
3. La M;gi?.
^}. Le Mouvemenr perpétuel.
\6 Traite dt la Peinture
j. La Quadrature du Cercle.
6. Ec la Mulciplicacion du Cube.
Qui font chofes qui engagent les
Efprits, Se. qui leur font perdre le
Wrtipsfans aucun fruit.
Les études d'un Peintge pour foa
'Art,, font la Géométrie ,-i'Ortha.
graphie ou élévation des Baftimens
fur leur plan la Senographie ou
Pérfpe&ive la Gnomonique on
l'ufage des Cadrans Solaires en
'quelque ficuation qu'ils jpuiflèntf
sttre, foit en France Italie, Chal-
dée, & Syriaques. Et pour cet effet,
il faut fçavoir les Dodecacemories
ou Divifions du Cercle du Zodia-
que en douzeSignes, pour les mat.
quer dans les Cadrans.
Il doit fçavoir l'Architecture
les Fortifications la doctrine des
Triangles reélilignes & fpheriques,
pour prendre l'étendue des lignes-
droites & finueufes.
Il doit fçavoir la Geographie, la
17
Biy
(^orographie & la Topographie.
11 doit bien fçavoir ,1a Sphère &
l'ufage des Globes, & il ne doit
pas ignorer Lidrographie qui eu
une étude très-belle & affez parti-
culière..
II faut qu'il fçache parfaitement
l'Anatomie, & qu'il conooilfe l'ef-
fer des Mufcles,des Anerres, lafi-
tuation des Veines & qu'il imite
tant qu'il luy fera poffible Miche!
Lange, qui eftoit bon Peintre, bon
Sculpteur & bon Architecte.
Les Avis que je vous donne font
affez bons poûïvous en bien fervir,
& en faire voflte profit.
Peignez le plus tendrement qu'il'
vous fera poflible, fans fairemou-
rir vos couleurs à force de les tour-
menter. Meilez Issle plus propre-
ment qae vous pourrez & tachez
de faire en forte que vous ne re-
touchiez pas deux fois au mefme
endroit, Cherchez tout ce qui aide
ï8 Traité âc Id feintare
à voftte Art Se. qui lay convient, 8c
fuyez tout ee qui tuy eft contrai-
Les corps de diverfe nature
meûez enfemble font agréables
à la veue, comme les Fleurs & le»
Fruits, les Animaux les Efteffes t
les Satins, les Velous les diverfes
teintes des chairs, les Argenteries»
les Armures, les Inltrumens de Mu.,
fique, les Ornemens des. Sacrifices
antiques, & mille autres diverfitez
•greables dont le Peintre poutfa
s'advifer.
Il eftcertain que ladiverfité des,
Objets recrée la veuë quand ils
font fans confufion & qu'ils ne di-
minuent en rien la forée du fujet
que l'on traite.
L'expérience nous apprend que
Ifoeii felaff^ de voir toujours les
jriefnes chofes. non feulement dans
un Tableau » mats encore dans la
ou il fe trouve tant
jîts feœbkbles.
& d* [on Objet If
B ii:)
Àinfipour fatisfaire Pœildï L'en-
tendement, les meilleurs tuteurs
ont eul'adrefle de fenvet leatxs Ou-
vrages de difgr'*(Hons agreables
pour delaffer l'efprit. La prudence
en cflaeft un Qran gu de car les
dif^reffions qui font trop kn» tes
font fans raifon » puifqu'ils fcnt
txouver des vsjrietez dans un Ta-
bleau, qui altèrent la vérité de l'Hi*
ftoire & qui rendent le tout rili»
c;ule.
La facilité attire nos yeuxSr nos
:-efprits eftant à prefumer quJ ;tt
b au travail qui nous par jift facile»
vient d'une ma n fç»vaiue & cotir.
fomraéeen cet Art C'^ft dans cet-
te partie «ruM pelles fe (eniok pltw
fort que Proto^^ne lorfou'il le
Waftnoic de ne ponwotf retirer fa,
maio de d.effus fon tableau & te
eonfommej trop' de temps à Cou
ouvrage: Et cVft pour cela ^ù'il;
d-ifoic que ce qui peu toit plus de
2ô TrâUÏde la Peintura,
prejudice aux Peintres, eftoic "le
trop de temps qu'ils donnoient à'
leurs ouvrages, ne fçacbant pas ce
qui eft ..4 ():̃ ce mot ̃à'ijjez cft'
difficile à connoiftre. Il faut bi?ri'
penfer voftre Sujet, & de qu°lle
maniere vous le traitez fdon vos
Règles & 'a force de voftre genie,.
& eofuite de travailler avec toure
lafa.iiité&|eoute la promptitude
dont vous vous fentez capable,fans
faire naiftredes difficultezdans vô-
tre ouvrage. Mais il eft impoffible
d'avoir cette facilité fans pufleder
toures les Règles de fArt Car la;
facilité confifte à nefaire précifé-
ment que l'ouvrage qu'il faut ,& à
mettre chaque chofedans fa place
fort ce qui ne fe peut
faire fans les Rentes, qui font desf
moyens alTurez pour vous condui-
re, & terminer vos ouvrages avec-
plaifir. ̃*
Si vous voulez avoir de la fatiî*
<& de (on Oh jet. zi
fanion en peignant vôftre ouvra-
ge, qu'il foit entièrement fait &
difpofé dans voftre teftc avant
qu'il foit commencé fur le Tableau,
prévoyant l'effet des grouppes le
Fond & le Clair obfcut de chaque
chofe, l'armoaie des couleurs, &
l'intelligence Ai tout le fujet En
forte que ce qu vous mettez fur la
Toile,nefoic qui la copie de ce que
vous avez dans l'çfprit.
Si vous vous feriez de cette con«
duite, vous n'aurez pas la peine de
changer & rechanger vos ouvrit-.
ges.
Tirez voftre-profit des a.vis des
gens fçavans & ne méprifez pas.
avec arrogance d'apprendre les
chofes qui regardent voftreArt.
Ceux qui fouffremplus volontiers
d'être cepris,(bnc ceux-là qui l'on
trouve beaucoup moins rcptëdre
qu'aux autres. Lyfippuseftok ravy
qu'Apelles luy dift fon fentisaent,
2.t Trait/ de la Teinture,
comme Apelles recevoit celuy de
Lyfippus.
On fçait ce qu'Apelles faifoiï
quand il avoit achevé un Tableau,
il'l'expofoit auxpaifans, & fe ca-
choit derrière pour écouter fes dé-
fauts à\deffein d'en profiter quand
on les luy auroit fait connoiftre
fçachant bien que le peuple les exa-
mineroit ;plus rigouteufement que
luy & ne pardonneroient pas la..
moindre faute.
Les avis & confeils de plufieurs
enfemble font tou1jours préféra-
bles à l'avis d'un particulier i: Il y
en a beaucoup qui par prefon,ption
ou par honte d'être repris, ne font
pas voirleurs ouvrages mais il n'y
a rien de pire Car le vice fe nour-"
rit & s'augmente qnand on le-rient
caché, il n'y a que les fouls à qui
la honte fait celer leurs ulceres, ait
lieu de les montrer pour les faire
guérir.
eîr de [on Objet,
Si vous voulez vous mettre en
quelque eftime ,& vous aquerir de
la réputation par vos ouvrages il
n'y a pas de meilleur moyen que
de les faire voir à ceux qui s'y con-
noillent, &-xecevoir leurs avis avec
la mefme douceur & la mefme ci-
vilité.que vous les avez priez de
vous le dire Vous devez mefme
eftre induftrieux pour découvrir le
ï'entiment de vos ennemis q'ïii eff
fouvent le plus veritable car vous
elles alTeuré qu'ils ne vous pardcn-
neront oas, & qu'ils ne donneront
rien à la coniplarfance.
Nos productions ne nous flatent
que trop ,il eft impoffible dene les
pas aimer au moment de leur naif
fance ce fout des enfans dans un
âge tendre, qui ne font pas capa-
bles d'attirer uoftre haine.
On dit que les Singes fi toft qu'ils
ont cris leurs petits au monde, ont
toujours les yeux fur eux & ne
2f. Traité de la Teinture,
fçauroient fe d'en admirer 1
beauté, tant la nature eft amoureu
fe de ce quelle produit.
On ne doit rien entreprendre a
deflus de fes forces, on doit s'étu
dier à les connoiftre :C eft une pru-
dence de laquelle dépend noftre
réputation parce quelle nous fait
voir dans noftre luflre. C'efl enco-
re une bienfeance que nous ferons
facilement paroiftre fi nous fouî-
mes foigneux de cultiver ce que la
nature nous a donné comme en pro-
pre, pourveuquecene foit pas un
vice ou une imperfection.
Ne pailez aucun jour fans tra-
vailler envoftreAtc, foit au Def-
fein ou à la Peinture car il eft im-
pofîible que vous foyez habille
homme fans une infinité d'Aâes,&
fansprati<;uer ccnrinuelleinent.
Dans tous les Arts, les preceptes
S'apprennent en peu de temps,mais
la perfection ne s'acquiert que pair
une
e^1 de [on Objet. 2$
Ca
longue pratique & par une grande
diligence Il ne s'eft jamais vu que
la pa^elTe nous ait produit rien de
bon.
Les Arts ont tiré leur commen-
cement de la Nature, le befoin que
l'on en a dunné fujec aux hom-
fnes de rechercher les moyens de
s'y rendre habilles par l'exercice
qui les perfectionne.
La plus belle & la meilleure par-
tie de nosjours eft celle du matin,
pour ce qui regarde nos ouvrages,
parce que l'imagination n'en: pas
oftufquêe par la vapeur des viandes,
ny djftraite par les vifites qui fe
font d'ordinaire l'aprefdinée.
Le plus beau d t nos travaux eft
dans les matinées; fur tout qu'au.
cun jour ne Ce page fans travailler,
foit.du Pinceau ou du Crayon. Ce
précepte eft tiré d'Apelles.
La Peinture eft un Art de longue
«haleine & qui ne s'apprend qu'à
zG Traite de la Teinture,
force de le pratiquer Michel Lan-
ge à l'âge de quatre-vingts ans di-
foit qu'il apprenoit tous les jours.
Le Peintre allant à la campagne,
doiceftre fomny de Tablettes & de
Crayon, pour remarquer les chofes
qu'il voit en eftre dignes comme
ont fait le Titien les Caraches &
auttes bons Maiftres comme il fe
vo i tentre les mains des Curieux de
la Peinture quantité d'Etudes &
de R emarques que fes grands Hom-
mes ont faites fur des fuëilles Se
fur des Livres en tablettes qu'ils
portoient toujours fur eux.
le ne parle point ky des premiers
commencemens du deffein, com-
me du maniement du Crayon du
juile rapport que doit avoir la co-
pie avec fon original.
le fuppofe avant que de commen-
cer fes Efiudcs, que l'on doit avoir
une facilité dans la main, pour imi
ter les beaux Deilèins les beau
de (on Objet, ij
C ij
Tableaux & laRonde-bofle Que
l'on doit enfin avoir la Clef du def-
fein, pour en profiter felon nos
foins & noftre genie.
Il faut commencer par la Géo-
métrie parce que c'eft le fonde-»
ment de la perspective fans la-
quelle vous ne pouvez rien faire en
peinture. La Geometrie eft encore
très-utile pour l'Architecture &
pour tout ce qui en ;dépend. Elle
eft /fpecialement neceffaire aux
Sculpteurs.
Dans les premiers principes, les
Eftudians n'ont pas tant befoin de
precepte, comme de prarique,& les
Antiques eftant la regle de la beau-
té, l'on peur s'exercera les imiter,
fans qu'il y ait rien à craindre du
cofté des manvaifes habitudes &
des mauvaifes idées, qui fe peuvent
former dans un jeune efprit.
On a befoin d'avoir l'efprit for-
mé& le jugement meur, pour faire
2 Traité de la Teinture,
l'application de fes regles fur de
bons Tableaux, & pour n'en pren-
dre que le bon Car il y en a qui
s'imaginent que tout ce qui fe trou-
ve dans un tableau d'un Maiflre
qui a de la reputation doit eftre
bon/Ces gens-là ne manquent ja-
mais en copiant de s'attacher aux
mauvaifes chofes comme aux bon-
nes,& les remarquent d'autant plus
quelles leurs paroilfent extraordi-
naires, & en fuite de s'en faire une
loy & un précepte. Il ne faut pas
auffi en prendre le bon d'une ma-
nisre creuë & grofïîere en forte
qu\l*on reconnoifile dans vos Ou-
vrages, qne ce qui eft de plus beau
r vient d'aprés un tel Maiflre mais
imitez en cecy les Abeilles qui
vont dans les campagnes cueiller
de chaque fleur ce qu'elles trou-
vent de plus propre pour en faire le
miel: Ainfi il faut que le jeune Pein-
Ire ramalîe de plufieurs Tableaux

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