Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 1,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : EPUB - MOBI

sans DRM

L'Affaire numéro 112

De
215 pages

Par une froide soirée de novembre, par un brouillard intense, une femme en noir saisissait le marteau de la porte cochère du magnifique hôtel de Bassonville, situé au cœur du faubourg Saint-Germain et le faisait retentir d’un coup sec, contre le vaste panneau de chêne.

Un grand suisse, infatué de sa personne et de sa position sociale (comme ils le sont tous à de rares exceptions), entr’ouvrit la porte et demanda d’une voix rauque ce que voulait la visiteuse.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins

Vous aimerez aussi

À propos deCollection XIX
Collection XIXest éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.
Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF,Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes class iques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse… Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces e fonds publiés au XIX , les ebooks deCollection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.
Robert de Fauconnet
L'Affaire numéro 112
L’AFFAIRE NUMÉRO 112
Un joli petit village de la Varenne, bien propre, b ien frais, bien ombragé, situation agréable, et où tout commerçant retiré des affaires ne demanderait pas mieux que de finir ses jours ! Ce charmant réduit, où n’auraient dû naître que des fées ou des amours, enfanta un monstre. Quoique l’expression soit forte je ne retire pas le mot, car il est encore au-dessous de ce que l’on peut imaginer. En l’année 18.., eut lieu à la Varenne, le baptême de Julie-Antonine-Marie Touzis, fille de Antoine Touzis, et d’Anastasie Malouet, son épouse. L’enfance de la petite Julie n’offre rien de bien saillant, sinon qu’elle était réputée pour posséder un caractère envieux et méchant. Dès l’âge de sept ans, elle se querellait avec ses petites camarades, et, bien souvent, n’étant pas la plus forte, se servait, soit d’un ba ttoir, soit d’une pierre pour frapper les enfants de son âge. Plusieurs réclamations arrivèrent ;. mais fille unique, elle était tellement chérie et gâtée, que le brave forgeron payait les dégâts, et allait offrir une bouteille aux parents des enfants battus. Plus Marie avançait en âge, plus son caractère devint insupportable. Placée au couvent des Ursulines de la ville voisine , elle y fut exécrée pour son hypocrisie, mais fut en même temps l’orgueil de son village ; car tous les ans elle y revenait couverte de lauriers. A dix-huit ans, ayant obtenu, à force de travail, s on diplôme de sous-maîtresse, elle rentra définitivement au foyer paternel : et c’est de là que nous allons la prendre, et la suivre, dans sa vie, qui fut une série de débauches, et de crimes. Marie, à dix-huitans, était une grande et belle personne, largement bâtie, d’une riche et plantureuse carnation, d’une figure énergique quoique un peu chiffonnée ; le tout relevé par un petit nez à la Roxelane qui faisait, ma foi, bon effet, et plus d’une personne en la voyant n’hésitait pas à la trouver jolie. Mais quelle âme de feu, et quel esprit de démon cachait cette riche enveloppe ! Courtisée par tous les gars du village elle se trou vait trop fière pour les accepter, et refusa, malgré les efforts de son père, les premiers partis de l’endroit. Un seul eut grâce à ses yeux, non qu’elle songeât à l’épouser, elle voulait seulement s’en servir comme jouet, et. faire la coquette. Nicolas Flamel, fils d’un riche fermier des environs, possédant bonne bourse, bon air, et surtout réputé pour sa force, obtint la permission d’approcher la belle Marie. Qui s’y chauffe s’y pique. Deux mois après la première entrevue, Marie, surprise en flagrant délit par, son père, fut chassée impitoyablement de la maison paternelle. Inutile de dire que le beau Nicolas avait pris de s on côté la poudre d’escampette, craignant la charge de la fille et la colère du père. Réduite à ses propres ressources, notre héroïne se dirigeait vers Paris, objet de tous ses désirs, lorsqu’elle fit, à Fontainebleau, la re ncontre d’une troupe de comédiens regagnant la capitale. Devenue la maîtresse du Don Juan, joli garçon, mais fort volage, elle suivit sa fortune : cela dura ce que dure une fleur ! Las de toujours traîner à sa suite une bouche inutile, le Don Juan la lâcha, lui volant ce
qu’elle possédait, et. la laissant sur le pavé de la grande ville. Une seule profession lui restait ; elle entra hardiment dans cette voie. Les premiers pas furent rudes, mais peu à peu elle s’y façonna ; son énergie et sa fatale beauté la firent remarquer ; aussi sortit-elle rapidement de la masse. Le vicomte de Ramon, Espagnol d’une grande naissanc e, possesseur d’une grande fortune, lui offrit un hôtel accompagné d’un grand train. Comme de juste, elle accepta et fut bientôt une des premières impures des Champs-Elysées. Qui ne l’a pas aperçue, il y a de cela une trentaine d’années ; se pavanant majestueusement dans un magnifique huit-ressorts traîné à la Daumont ? Les folies qu’elle fit à cette époque furent innombrables. L’audacieux. et téméraire vicomte fut bientôt sur le pavé, criblé de dettes, et poursuivi par ses créanciers. Un faux qu’elle lui avait fait faire dans un moment de gêne, allait lui ouvrir la porte du bagne, lorsqu’il se tua aux pied s de celle qui avait été la cause de sa ruine. De remords point ; elle résolut seulement de trouver au défunt un remplaçant qui ne se fit pas attendre. Cette catastrophe avait fait sa réputation et l’avait, d’un seul coup, lancé hors du cercle de l’ordinaire. Lord Burton, riche Anglais, jetant sa fortune à tous les vents, résolut de s’atteler à son char. Malgré la richesse et la haute position de l’Anglais Q elle fit la difficile et ne capitula qu’après deux mois de cour assidue. Les dents de la courtisane étaient longues et bien pointues, les livres steerling furent vite croquées. La fortune de l’outre-mer allait y passer, lorsqu’un soir en rentrant chez lui à l’improviste, il trouva la courtisane en tête-à-t ête brûlant avec un sous-lieutenant de chasseurs. Les cartes furent échangées ; comme il arrive toujours en pareil cas, l’Anglais fut tué. La commotion fut violente à l’hôtel ; mais un malhe ur bien plus grand vint bientôt fondre sur la pécheresse. La petite vérole venait de se déclarer et faisait de rapides progrès sur son beau visage déjà fatigué par les veilles et les orgies. Marie Touzis resta trente et un jours entre la vie et la mort. Quand il lui fut enfin permis de se relever, son premier mouvement fut de demander un miroir ; mise en possession de ce réflecteur de tou tes les grâces, elle poussa un cri d’horreur. Elle était défigurée ! Adieu donc ses beaux rêves ! adieu la débauche ! Que ferait-elle ? Tout à coup une pensée infernale germe dans son esp rit, sa face hideuse s’éclaire d’un rayon lumineux, son plan se trouve fixé. Qu’allait-elle faire ?
I
Par une froide soirée de novembre, par un brouillar d intense, une femme en noir saisissait le marteau de la porte cochère du magnif ique hôtel de Bassonville, situé au cœur du faubourg Saint-Germain et le faisait retent ir d’un coup sec, contre le vaste panneau de chêne. Un grand suisse, infatué de sa personne et de sa po sition sociale (comme ils le sont tous à de rares exceptions), entr’ouvrit la porte e t demanda d’une voix rauque ce que voulait la visiteuse. Monsieur le comte de Bassonville, dit-elle ; je suis attendue. La lourde porte roula sur ses gonds et livra passage à cette visiteuse tardive qui, cinq minutes après, était introduite dans un grand et splendide bureau orné de panneaux en chêne sculptés, et dont les meubles étaient surmont és des armes de la famille de Bassonville. Un homme d’une quarantaine d’années était assis devant, une large table couverte de papiers ; il était enveloppé dans une vaste robe de chambre et paraissait absorbé par le travail. Au bruit que fit le valet en laissant retomber la l ourde portière, il leva la tête ; en apercevant une femme, il repoussa son fauteuil et s’avança au devant d’elle. Le comte était de haute taille, possesseur de traits durs et hautains qui lui donnaitent un grand air de noblesse ; du reste, descendant d’une grande race, il en possédait tous les avantages. Les de Bassonville avaient fait les Croisades et s’ étaient toujours montrés fidèles serviteurs de leur roi. A l’époque de la Révolution , le père de celui-ci s’était retiré en Angleterre avec son fils et sa fille. En 1794, il n’avait pas hésité à se joindre aux étr angers et aux autres émigrés qui tentèrent d’envahir la France. Il était de l’expédition de Quiberon. où l’armée royaliste fut complétement détruite. Épargné par les balles pendant le combat, il fut pris cherchant à gagner la côte où les croiseurs anglais l’attendaient. Ramené à la ville voisine, il fut fusillé ainsi que trente gentilshommes. C’est la tête haute et aux cris de vive le roi qu’ils roulèrent s anglants. Bon nombre n’ayant été que blessés furent achevés à coups de bayonnette. Après la Révolution, le frère et la sœur, c’est-à-d ire le fils et la fille du fusillé de Quiberon revinrent en France. De hautes protections leur firent rendre leurs biens. Mlle de Bassonville se maria peu après à un jeune attaché d’ambassade et partit pour l’Autriche où résidait son mari. Le comte fit de nombreux voyages, et enfin, las d’une vie vagabonde, revint se fixer à Paris et résolut de se marier. Le tout était de trouver.
Un pour Un
Permettre à tous d'accéder à la lecture
Pour chaque accès à la bibliothèque, YouScribe donne un accès à une personne dans le besoin