L'Algérie assimilée : Etude sur la constitution et la réorganisation de l'Algérie / par un chef de bureau arabe

Publié par

Challamel (Paris). 1871. Algérie (1830-1962). France -- Colonies. VII-160 p. ; In-8.
Les Documents issus des collections de la BnF ne peuvent faire l’objet que d’une utilisation privée, toute autre réutilisation des Documents doit faire l’objet d’une licence contractée avec la BnF.
Publié le : dimanche 1 janvier 1871
Lecture(s) : 23
Source : BnF/Gallica
Licence : En savoir +
Paternité, pas d'utilisation commerciale, partage des conditions initiales à l'identique
Nombre de pages : 156
Voir plus Voir moins
Cette publication est uniquement disponible à l'achat

ÉTUDE
SUR
LA CONSTITUTION ET LA RÉORGANISATION
DE L'ALGERIE
PAR
UN CHEF DE BUREAU ARABE.
CONSTANTINE
CHEZ. L. MARLE, LIBRAIRE
2, rue d'Aumale, 2.
PARIS
CHEZ CHALLAMEL, LIBRAIRE
30, rue des Boulangers, 30.
1871
AVERTISSEMENT.
Ce livre n'est pas un ouvrage de polémique, mais
bien une oeuvre d'étude. Je le soumets à l'apprécia-
tion des Algériens éclairés, je l'offre à l'examen des
députés, qui, à l'Assemblée nationale, vont être appelés
à discuter les lois organiques de l'Algérie, et je m'es-
timerai heureux si ces quelques pages leur paraissent
utiles à consulter.
PRÉFACÉ.
L'ancienne administration militaire méritait, en raison des
services qu'elle a rendus à l'Algérie, un peu plus de recon-
naissance, ou du moins un peu plus de justice.
Il nous a toujours paru, en effet, souverainement injuste
de l'avoir rendue responsable des erreurs et des fautes d'un
gouvernement despotique qui pesait sur elle comme surtout
le pays.
Les officiers des bureaux arabes, eux-mêmes, étaient
presque tous animés d'un esprit très-libéral, parce que leurs
études spéciales les amenaient forcément à être les admira-
teurs et les adeptes du seul homme qui ait véritablement
connu l'Algérie et dont le libéralisme et la compétence en
matière d'administration et de politique ne sont discutés par
personne.
Nous avons nommé le maréchal Bugeaud, dont l'esprit
pratique, avant même que la conquête, ne fût terminée,
s'était déjà tourné vers la colonisation et l'assimilation future
de l'Algérie. Dans l'étude des questions algériennes, aussi
bien que dans l'art militaire, l'illustre maréchal avait apporté
« la sincérité de son patriotisme, la fermeté de son incom-
» parable bon sens, l'ampleur de ses vues, et la richesse de
» son expérience, (1) » et de son travail était résulté, épars
(1) Général Trochu, Armée Française, 1867.
— VI —
dans des circulaires et dans des brochures, une série de
principes féconds en résultats et marqués au coin du génie.
Malheureusement, ces principes, qui, de son vivant, ne
pouvaient être tous appliqués, ont été complètement oubliés
ou méconnus lors des diverses réorganisations, qui depuis
1848, sont venues éprouver la vitalité de l'Algérie, et
éloigner les immigrants et les capitaux dont elle a tant
besoin.
C'est sur ces principes du maréchal Bugeaud que je compte
m'appuyer dans le courant de cet ouvrage pour discuter les
principales réformes que je proposerai.
Chef de bureau arabe depuis plusieurs années, j'ai, pour
parler, le droit que me donnent et mon expérience des
affaires indigènes que je manie depuis longtemps, et la con-
naissance que j'ai acquise des besoins des colons ruraux avec
lesquels, pendant mes nombreuses tournées, j'ai été assez
souvent en contact, pour pouvoir étudier et apprendre ; et
de ces relations, je dirai de suite qu'il est resté pour moi la
conviction bien arrêtée, que, bien mieux que les citadins, les
colons ruraux savent allier aux idées les plus libérales, un
grand sens pratique des besoins, des intérêts et des néces-
sités de l'Algérie.
Bien qu'à diverses reprises, et notamment dans les pre-
miers et derniers chapitres, je formule mon opinion en
dispositions législatives, je n'ai nullement la prétention
d'avoir posé les termes d'une loi organique ; la solution
d'une pareille question ne peut être trouvée qu'après que
toutes les opinions auront été étudiées dans nos conseils
généraux et discutées publiquement dans l'Assemblée
Nationale. Mon but est simplement d'indiquer les procédés
qui me paraissent les plus pratiques pour arriver aux résul-
tats suivants :
1° Assurer l'unité de territoire et d'administration pour les
colons et les indigènes ;
2° Supprimer les lois d'exception, et, le plus possible, les
fonctions qui n'existent pas dans la métropole ; par suite,
— VII —
arriver à l'unité, à la simplicité, et à la fixité dans les règles,
tant pour les européens que pour les indigènes ;
3° Assurer la sécurité absolue des colons ruraux et la
tranquillité des tribus ;
4° Assurer sur tous les points des territoires algériens,
pour les colons, comme pour les indigènes, l'action de la
justice et des lois françaises;
5° Trouver une combinaison simple, rationnelle et en
rapport avec la nature mixte du pays, pour favoriser la
marche progressive de l'administration vers l'assimilation
presque absolue, et permettre, à un moment donné, d'ob-
tenir ce résultat du jour au lendemain, sans difficulté au-
cune, sans déplacer un fonctionnaire, sans faire enfin la
moindre réorganisation ;
6° Donner aux magistrats, préfets et maires, un puissant
moyen d'action sur les indigènes et une force effective qui
les aide et leur facilite leur mission sans pouvoir jamais les
embarrasser ni les entraver ;
7° Fournir à l'autorité militaire commandant une colonne,
ou placée à la tête d'un territoire mis en état de siège, des
officiers d'état-major et des guides ayant une connaissance
approfondie du pays.
Tel est le programme que je crois possible d'exécuter par
les moyens que j'indique ; les lecteurs apprécieront.
PREMIÈRE PARTIE.
ASSIMILATION POLITIQUE DE L'ALGÉRIE
EN CE QUI CONCERNE SES RAPPORTS AVEC LA FRANCE.
CHAPITRE PREMIER.
URGENCE D'ÉTABLIR L'UNITÉ DE TERRITOIRE
ET L'UNITÉ D'ADMINISTRATION.
Au début de l'occupation française, alors que les
indigènes parquaient la colonisation autour de quelques
bourgades du littoral, il était d'absolue nécessité que
l'autorité militaire fût souveraine maîtresse de tout le
pays et eût même la haute main sur les petits
groupes européens installés à l'abri de ses baïonnettes.
C'était l'ère de la Conquête.
Plus tard, sous l'habile administration du maréchal
Bugeaud et des princes d'Orléans, ces groupes se dé-
veloppèrent rapidement et formèrent des villes et des
villages. Les habitants réclamèrent aussitôt les libertés
politiques, municipales et individuelles, auxquelles ils
avaient droit en France et dont la privation ne se
justifiait plus. Pendant ce temps, les indigènes
s'étaient éloignés des villes en se resserrant sur les
tribus voisines, mais ils n'avaient pas fait le moindre
progrès, non pas vers l'assimilation qui ne peut être
que l'oeuvre de plusieurs générations, mais simple-
ment vers l'état de calme et de résignation dans lequel
ils sont aujourd'hui. Les esprits travaillaient toujours,
— 4 —
et si la paix existait de fait, chacun sentait qu'elle
était tout-à-fait précaire et momentanée.
C'est en présence de cette situatien difficile qu'on
fut amené par la force des choses à diviser l'Algérie
en deux zones, l'une dite des Territoires civils, l'autre
dite des Territoires militaires (1).
C'était là un expédient et rien de plus. Il a pu avoir
sa raison d'être, et même produire d'excellents
résultats, pendant les quelques années qui constituent
ce qu'on peut appeler l'ère de la pacification ; mais il
devait disparaître le jour où la soumission était géné-
rale et la pacification en bonne voie d'achèvement,
c'est-à-dire vers 1860 environ.
Avoir fait de cet expédient la base de ses diverses
réorganisations politiques et administratives, fut en
Algérie une des grandes fautes du gouvernement
impérial.
Ce n'est cependant pas d'aujourd'hui que l' expédient
de la dualité de territoire et d'administration est
reconnu mauvais. En 1847, à une époque où il était
encore nécessaire de l'employer, le maréchal Bugeaud
écrivait les lignes suivantes que je cite, entièrement,
malgré leur longueur, parce qu'elles sont instructives
d'un bout à l'autre (2). «..... Si l'on ne peut refouler
(1) L'ordonnance royale du 15 avril — 31 août 1845, avait divisé
l'Algérie en trois zones, territoires civils, territoires mixtes, territoires
arabes. En réalité, ces deux derniers territoires n'en faisaient qu'un
dans la pratique ; mais ce ne fut réellement que trois ans plus tard
que la République de 1848 établit officiellement la division de l'Algérie
en territoires civils et territoires militaires. (Arrêté du Président du
pouvoir exécutif, en date du 9 décembre 1848, promulgué le 16
mars 1849).
(2) De la Colonisation de l'Algérie, par le maréchal Bugeaud. —
Paris, 1847. — A. Guyot, imprimeur du roi, rue Neuve-des-Mathurins.
» graduellement le peuple arabe, ni le refouler
» brusquement, ni l'exterminer, il faut se résigner à
» vivre avec lui.
« Nous devons tendre par toits les moyens possibles
» à nous assimiler les arabes, à modifier graduelle-
» ment leurs moeurs. Nous ne devons pas prétendre
» à leur attachement, du moins, ce résultat ne peut
» être obtenu qu'après plusieurs générations. Mais, en
» leur rendant notre joug tolérable, nous affaiblirons
» beaucoup l'esprit de révolte dont ils ont toujours été
» animés sous tous les dominateurs. Pour atteindre
» ce but, il ne faut pas selon nous, les mettre dans
» une zone et nous dans une autre. Cela serait
» d'ailleurs matériellement et moralement imprati-
» cable. On peut resserrer chaque tribu sur son terri-
» toire, mais on ne peut pas, sans amener immédia-
» tement la guerre, jeter plusieurs tribus sur le
» territoire de leur voisin. D'ailleurs, en cantonnant
» ainsi les arabes, séparément, on formerait deux
» camps ennemis en présence l'un de l'autre ; l'agglo-
» mération des individus ferait fermenter les esprits,
» et sans se compter, ils se croiraient capables de
» seconer le joug, surtout s'ils se voyaient en face
» d'une société aussi mal constituée que celle que
» nous leur avons présentée jusqu'à présent.
« Il nous paraît infiniment plus sage de les mêler
» à notre société et de les faire jouir de tous les
» avantages qu'elle comporte. C'est par ce contact
» continuel que leurs moeurs se modifieront, qu'ils
» prendront d'autres habitudes agricoles ; le goût de
» la propriété bâtie et des cultures sédentaires et soi-
» gnées leur viendra par l'exemple. Quand ils
» l'auront, ce goût, il y aura un grand pas de fait,
» sinon vers la fusion des deux peuples, du moins
— 6 —
» vers un état de résignation et de calme. On tient à
» sa maison, à ses arbres, à ses vergers, à ses prai-
» ries, et l'on est bien moins disposé à se jeter dans
» les aventures de l'insurrection.
« D'après ces grandes considérations, nous voudrions
» voir marcher de front la colonisation arabe avec la
» colonisation européenne.... etc. »
Le moyen d'obtenir pareil résultat si nous éterni-
sons côte à côte deux administrations distinctes, l'une
pour les colons, l'autre pour les indigènes ; et cepen-
dant, c'est ce que l'on a fait jusqu'ici, même en terri-
toire civil, où l'on avait inventé pour les indigènes, la
juridiction exceptionnelle des bureaux arabes dépar-
tementaux.
Qu'avons-nous vu, en effet, depuis vingt-cinq ans?
Tantôt l'autorité civile avait la haute main, tantôt
c'était l'autorité militaire, mais si l'unité d'impulsion
existait parfois en principe dans les hautes sphères
gouvernementales, dans le domaine de la pratique des
faits, la dualité du gouvernement et de l'administration
était toujours maintenue, et même elle augmentait
chaque jour.
Plus on élargissait le cercle des rares libertés
octroyées aux colons français, et plus on agrandissait
les territoires civils, plus on isolait les deux gouver-
nements et les deux administrations. On laissait l'auto-
rité civile se tirer d'affaire comme elle pouvait dans
son département ou sa commune, et on ne lui donnait
pas plus de moyens d'action qu'en France.
Naturellement, vis-à-vis des indigènes, elle manquait
de force et aussi d'expérience, et cela d'autant plus
que les hommes qui auraient pu l'aider utilement, lui
faisaient complètement défaut; les militaires versés
dans les affaires du pays faisaient tout-à-coup place
— 7 —
à des employés inexpérimentés, et en même temps,
les chefs indigènes qui, par leur naissance et leur
influence sur les tribus, auraient pu lui prêter un
concours des plus précieux, s'éloignaient d'elle, parce
que nos institutions démocratiques, effrayaient leurs
moeurs aristocratiques et guerrières, tandis qu'à côté
d'eux, ils voyaient leurs priviléges féodaux maintenus
et même augmentés par l'autorité militaire (1).
Ne pouvant sulfire à sa tâche par les moyens régu-
liers, l'autorité civile eut recours à l'emploi de mesures
d'exception vis-à-vis des indigènes, qu'elle plaça sous
la dépendance des bureaux arabes civils, institution
qui avait tous les inconvénients des bureaux arabes
militaires, sans en avoir un seul des avantages; le
prestige du sabre et le concours des chefs indigènes
lui faisant toujours défaut.
Dans les territoires militaires, les choses ne mar-
chaient pas mieux.
Les commandants supérieurs n'étaient là que les
exécuteurs des décrets, ordres et consignes émanant
du ministère de la guerre et parfois du gouvernement
général. Bien qu'armés en apparence de pouvoirs
très-étendus, ils ne pouvaient avoir la moindre initia-
tive, l'abus de la centralisation les absorbait et les
annihilait complètement.
Vis-à-vis des colons, ils ne pouvaient qu'adoucir les
consignes reçues ; vis-à-vis des indigènes, ils ne pou-
(1) Bon nombre de caïds de grande famille ont résilié leurs fonctions
le jour où leur commandement passait en territoire civil ; ils sont en-
suite venus offrir leurs, services à l'autorité militaire qui les a acceptés
et s'en est bien trouvée. Beldia, Kabyles, Beni-Mzab, Israélites, peuvent
aimer nos institutions civiles, l'arabe de grande tente, celui qui en-
traîne les masses derrière lui, celui-là les craint et les déteste, car il
sait qu'elles seront la ruine de ses priviléges et de son influence.
— 8 —
vaient qu'appliquer la politique rétrograde imposée par
un gouvernement qui ne voyait et n'entendait que par
les chefs indigènes.
Les bureaux arabes qui comptaient bon nombre
d'officiers animés de sentiments très-libéraux, et qui,
d'ailleurs, voyaient les choses de plus près que les
commandants supérieurs, essayèrent bien des fois de
faire changer un pareil état ce choses, mais on coupa
vite court à ces tendances d'opposition, en imposant
presque partout des commandants supérieurs tirés
directement des corps de troupes, et n'ayant pas passé
par les bureaux arabes.
Ces commandants, habitués à la discipline hiérar-
chique des régiments, exécutaient militairement les
ordres reçus, sans faire la moindre objection, sans
oser prendre l'initiative d'une simple observation ;
aussi, étaient-ils bien mieux vus de l'autorité supé-
rieure que ceux qui, sortant des affaires arabes et
connaissant le pays, avaient un esprit de critique et
d'initiative qui déplaisait souverainement.
Bref, à des administrateurs rompus aux affaires du
pays et osant parler, le gouvernement substituait des
chefs militaires qui ne savaient que rendre compte,
obéir et commander. Si parfois, un officier essayait de
sortir de ce rôle passif, et émettait dans un rapport,
soit une opinion contraire à celles qui avaient cours
officiellement, soit une proposition ayant un caractère
d'utilité générale, on ne lui répondait pas, ou si on le
faisait, c'était pour l'engager poliment à « ne pas
» sortir de ses attributions, l'autorité supérieure étant
» seule à même de pouvoir sainement apprécier la
» question d'ensemble, et de juger du moment oppor-
» tun pour telle ou telle mesure. »
Tel est en résumé l'exposé de la situation créée par
— 9 —
cette dualité de territoire. Ajoutons que dans les deux
territoires, les questions les plus simples, relatives à
l'administration, la justice, les finances, et surtout la
police judiciaire (question vitale en Algérie), néces-
sitaient de longues et stériles correspondances, chaque
fois que l'affaire était plus ou moins connexe aux
deux territoires.
Il n'était pas rare qu'il y eût des conflits entre les
deux administrations, mais ces conflits, dont la solu-
tion était toujours possible pour l'autorité supérieure,
étaient certes moins graves que l'espèce d'isolement
qui s'accusait chaque jour davantage entre les fonction-
naires de l'autorité civile et ceux de l'autorité mili-
taire. Chacun d'eux, jaloux d'éviter jusqu'à l'apparence
d'un conflit, se renfermait strictement dans ses attri-
butions réglementaires, travaillait avec zèle, intelli-
gence et talent, mais sans s'occuper de son voisin ; il
semblait que chacun fût plus soucieux de bien exé-
cuter ses règlements respectifs, que de faire les
affaires du pays. Aussi, de tout ce travail, de toute
cette activité, ne sortaient le plus souvent que des
correspondances, des rapports, des dossiers, d'une
utilité et d'une valeur incontestables, comme docu-
ments, mais sans résultat immédiat et pratique pour
le bien de la chose publique.
Bref, les deux administrations, au lieu d'être les
rouages combinés d'une même machine, constituaient
deux machines complètement différentes ; la haute
direction de ces deux machines était, il est vrai,
confiée à un seul mécanicien, qui était le gouverneur-
général, mais quelque grandes que fussent ses capa-
cités, il ne pouvait guère les faire concourir à un but
unique, et d'une façon absolue, il lui était impossible
d'obtenir l'unité d'action.
— 10 —
En présence d'une situation telle que celle que nous
venons d'exposer, on comprend facilement qu'il est
urgent de mettre fin au plus vite à cette distinction
de territoire qui n'a plus sa raison d'être, et que
l'expérience nous a montré être aujourd'hui plus nui-
sible qu'utile. Pour y arriver, il est logique et
rationnel de supprimer cette nomination absurde de
territoire militaire (1), et de n'avoir qu'un seul et
unique territoire, soumis à une administration essen-
tiellement civile et de droit commun. Nous croyons
avoir démontré la nécessité d'une pareille réforme ;
nous espérons démontrer également son opportunité
et sa possibilité.
(1) En bon français, les mots territoire militaire indiquent les ter-
rains possédés par l'État, et affectés à un service militaire, (emplace-
ments de camps, casernes, fortifications, gîtes d'étape, etc.), de même
que les mots administration militaire, impliquent l'idée d'administra-
tion des militaires.
CHAPITRE II.
DE L'ÉTABLISSEMENT DES INSTITUTIONS CIVILES.
OPPORTUNITÉ ET POSSIBILITÉ.
Cédant arma Togae.
En 1847, le maréchal Bugeaud repoussait l'établis-
sement d'un gouvernement civil en Algérie comme
prématuré, et posait en ces termes la question, d'op-
portunité : « Quand l'État aura fait le cadre vigoureux
» de colonisation militaire et civile que je demande,
» quand il aura exécuté les grands travaux de pre-
» mière urgence; quand les cases du cadre auront
» été remplies en partie par les intérêts individuels
» arrivant librement et d'eux-mêmes, quand les arabes,
» de toute part enlacés par notre colonisation, se
» seront résignés à accepter notre joug, le moment
» sera venu d'établir partout l'administration civile de
» la France (1). »
Vingt-trois ans se sont écoulés depuis le jour
où ces lignes ont été écrites. Où en sommes-nous?
Le moment prévu et défini par l'illustre maréchal
est caractérisé par quatre conditions.
Les trois premières de ces conditions sont accom-
(1) De la Colonisation en Algérie, Paris, 1847, page 57.
— 12 —
plies depuis longtemps, il n'est pas besoin d'insis-
ter.
Là quatrième, au contraire, ne l'est que très-impar-
faitement. S'il est bien vrai que les indigènes se sont
résignés à accepter notre joug, ce n'est pas sans
de nombreuses restrictions ; la soumission existe et
est complète, mais elle a encore besoin d'être main-
tenue par la force, ce que nous développerons plus
loin.
D'autre part, la colonisation, bien loin d'enserrer
partout les indigènes, est encore presque partout
enserrée par eux ; généralement réduite à des îlots
d'étendue variable, elle manque encore de force et de
cohésion.
Quelle que soit l'organisation appliquée au pays,
nous n'arriverons pas d'ici longtemps encore à chan-
ger cette situation, parce qu'il nous faudrait pour cela
modifier complètement les moeurs des indigènes et
improviser des colons et des villes, toutes choses qui
sont l'oeuvre du temps et ne peuvent se faire par un
décret ; « on n'improvise pas une grande société,
» mais on peut en accélérer beaucoup le pro-
» grès (1). »
Est-ce là une raison pour ajourner indéfiniment le
régime civil, comme le veulent certaines personnes.
Nous ne le pensons pas, outre la question de principes
et celle de nécessité absolue, il y a, selon nous, pos-
sibilité pratique de le faire immédiatement.
En effet, la dernière des conditions énoncée dans le
programme du maréchal se résume à ceci : « être
» assez fort vis-à-vis des arabes. » Lui-même prend
soin plus loin de développer cette idée quand il
(1) Maréchal Bugeaud. Loco Cilato.
— 13 —
dit (1) : « Vous êtes en présence d'un peuple fier,
» belliqueux, admirablement constitué pour la guerre,
» toujours prêt à combattre, jaloux de son indépen-
» dance, ainsi que toute son histoire le prouve. Pour
» le dominer, le modifier, le spolier au profit du
» peuple nouveau, que vous voulez introduire dans
» son sein, il faut que vous soyez toujours fort, soit
» par une armée permanente, soit par la constitution
» du peuple dominateur. »
L'armée, nous l'avons, et nous l'aurons toujours,
quel que soit le régime politique de l'Algérie, quelle
que soit l'organisation militaire de la France ; la
constitution, nous l'aurons le jour où nous serons unis
et où nous étudierons nos affaires algériennes,
au lieu de nous diviser et de nous griser de nos
paroles.
Nous avons dit que nous aurions toujours en per-
manence une armée en Algérie, c'est qu'en effet, ce
pays restera longtemps le meilleur camp d'instruction
et de manoeuvre que nous puissions trouver, non pas
tant en raison des combats qui s'y livrent (nous espé-
rons bien que ce temps est passé), qu'en raison des
marches, campements, bivouacs et colonnes mobiles
qui seront encore longtemps nécessaires, et qui forme-
ront nos chefs et nos soldats, bien mieux que ne le
ferait l'oisiveté des garnisons de France ou le désordre
d'une grande guerre, ce C'est la paix utilisée comme
» il convient, qui fait les bonnes armées, c'est la
» guerre, surtout quand elle se prolonge, qui les
» désorganise (2). »
Si notre organisation militaire est modifiée et si
(1) Page 69 de la brochure précitée.
(2) Général Trochu, Armée française, 1867.
— 14 —
notre armée devient une armée de citoyens, la pré-
sence de troupes en Algérie serait encore mieux
assurée, parce qu'il faudrait pour compléter l'instruc-
tion sommaire de nos soldats-citoyens et de leurs
chefs, les dépayser un peu, et les faire passer à tour
de rôle par les dures conditions du service de guerre
en Algérie (1).
Ainsi donc, nous avons la force qui peut et doit
compléter la soumission des indigènes, tout, en per-
mettant de suppléer à l'insuffisance actuelle de l'élé-
ment colonisateur; partant, les quatre conditions
énoncées dans le programme du maréchal Bugeaud,
peuvent être considérées comme étant suffisamment
remplies, et nous sommes en droit de dire que la
question d'opportunité est résolue en principe, puisque,
à peu de chose près, nous nous trouvons dans les
conditions prévues et définies par les militaires eux-
mêmes, comme devant mettre fin à leurs pouvoirs
exceptionnels, et permettre l'établissement en Algérie
des institutions civiles de la métropole.
Mais, de ce qu'en principe, cette question est
résolue et même reconnue comme possible et oppor-
tune, il ne s'ensuit pas qu'il faille immédiatement
détruire les institutions militaires qui sont passées
dans les moeurs des indigènes et qui constituent une
portion énorme de notre force vis-à-vis d'eux. Avant
de nous priver de cette force, que représentent les
bureaux arabes, il faut être en mesure de la remplaer
par « quelque chose » qui soit aussi fort et qui puisse
(1) Le maréchal Bugeaud voulait que tous les régiments de France,
sans exception, passent en Algérie. Pour une armée de citoyens, cela
serait encore plus nécessaire et cela aurait en outre l'avantage de faire
connaître l'Algérie à un grand nombre de gens de toute fortune et de
toute profession.
— 15 —
être accepté par les indigènes eux-mêmes, comme un
progrès réel et non comme une nouveauté inquiétante.
Pour y arriver, il ne suffit pas d'insulter un passé que
l'on ne connaît pas, et de jeter en l'air de grands
mots sonores que l'on ne comprend pas ; il faut, au
contraire, étudier le passé, éviter de se payer de mots
vides de sens, et dans de simples questions d'affaires,
ne pas faire intervenir les passions politiques. Il faut
aller au fond de toutes les questions importantes, les
étudier, les discuter froidement, et ne procéder aux
réformes que lorsque, se basant sur des faits d'obser-
vation et sur l'expérience du passé, on est à peu près
certain de marcher à coup sûr et de réussir dans les
limites du possible. Car, si en Algérie, il est permis
jusqu'à un certain point de se montrer hardi en ce
qui concerne les questions purement gouvernemen-
tales, qui n'intéressent pas immédiatement les indigè-
nes, il n'en est pas de même dès qu'il s'agit de rema-
nier les institutions qui les régissent directement. Dans
l'intérêt même de nôtre domination en Algérie et de
notre mission civilisatrice, il nous faut largement
tenir compte des besoins et des aspirations du peuple
vaincu.
CHAPITRE III.
ASSIMILATION POLITIQUE DE L'ALGÉRIE. — CONSTITUTION
DE SON GOUVERNEMENT.
La législation, comme la guerre, ne doit-
elle pas se conformer aux temps, aux lieux,
aux circonstances?
Maréchal BUGEAUD.
L'adoption en Algérie du principe de l'établissement
des institutions civiles de la France, doit-elle avoir
pour conséquence immédiate de donner à la totalité
du territoire algérien, la constitution de la France ?
Évidemment, non. « La législation, comme la guerre,
» doit se conformer aux temps, aux lieux et aux cir-
» constances. »
L'assimilation pure et simple, celle qui ne tient
compte, ni des indigènes, ni des conditions spéciales
du pays, a pu trouver quelques partisans parmi les
théoriciens et les colons citadins, qui, à l'abri de
solides murailles et défendus par une bonne garnison,
jouissent dès à présent de toutes les libertés et de
toutes les commodités qu'ils avaient en France ; mais
cette idée n'a jamais eu un seul partisan parmi les
gens pratiques, que leur profession, leur devoir ou
leurs intérêts ont mis en contact sérieux avec les tri-
bus quelque peu éloignées des centres. L'immense
— 18 —
majorité des Algériens a toujours été d'avis, qu'il y
avait en ce pays des besoins spéciaux et des nécessi-
tés dont il fallait tenir compte.
En effet, la constitution de la France, quelle qu'elle
soit, est toujours faite en vue d'une population exclu-
sivement française, homogène , agglomérée, bien
assise, et n'ayant pas affaire avec un peuple vaincu,
plus nombreux qu'elle et l'enserrant de toute part.
Cette constitution ne peut donc convenir d'une façon
absolue à l'Algérie où les conditions sont tout autres
qu'en France.
La majorité de la population algérienne est composée
d'indigènes que nous avons promis de traiter en amis,
et non en vaincus, d'indigènes que nous avons déclaré
vouloir élever jusqu'à nous, et retirer de la position
inférieure où nous les avons trouvés.
Ces indigènes ont des moeurs, des coutumes des
aspirations et des intérêts complètement différents des
nôtres, il faut un pouvoir concialateur qui, à un
moment donné, puisse faire entendre sa voix au nom
des indigènes, au nom des étrangers aussi, car ni les
uns ni les autres, ne peuvent être représentés
à l'Assemblée Nationale, maîtresse des destinées de
l'Algérie (1).
(1) Je sais bien que les députés algériens se feront un point d'hon-
neur de parler au nom de la civilisation, aussi bien qu'au nom de
leurs commettants, et qu'ils sauvegarderont le plus possible les intérêts
des indigènes. Je ne doute ni de leurs intentions, ni de leur bonne vo-
lonté, mais ils seront juges et partie dans leur propre cause, et cela
leur créera une position fausse, dont leurs adversaires politiques ne
manqueront pas de profiter, au détriment parfois des véritables intérêts
du pays. Ne peut-il pas arriver d'ailleurs, qu'au moment des élections,
une question de politique essentiellement française, n'exalte les colons
algériens et ne leur fasse nommer des hommes politiques, plutôt que
des hommes d'affaires. Nous venons d'en avoir un exemple frappant.
— 19 —
Il faut sur les lieux-mêmes, un pouvoir spécial qui
soit tout à la fois suffisamment éclairé sur les
questions d'ensemble, et en même temps, suffisam-
ment désintéressé de toute question de clocher, pour
pouvoir donner aux différentes populations algériennes
et aux différents services publics, la cohésion, l'impul-
sion et surtout l'unité qui leur manque et dont ils ont
tant besoin.
Il faut aussi qu'à un moment donné, ce pouvoir
représente la France vis-à-vis des indigènes et ait une
autorité et une force suffisantes pour faire face à
toutes les éventualités, et au besoin pour gouverner
le pays, que la rupture d'un câble ou une guerre ma-
ritime peut laisser isolé entre la mer, le désert,
et les populations hostiles du Maroc et de la Tunisie.
Est-ce à dire qu'il faille maintenir à Alger un gou-
verneur général dans des conditions analogues à celles
qui existaient il y a quelques mois? Évidemment,
non. Un gouverneur général implique pour l'Algérie
un gouvernement distinct de celui de la métropole,
c'est-à-dire un régime d'exception, et, quelque bon
qu'il soit, il n'arriverait jamais à produire cette assi-
milation politique et administrative, que nous devons
poursuivre par tous les moyens, parce qu'elle est la
sauvegarde des droits des colons, parce qu'elle seule,
Certes, nous nous inclinons avec respect devant le sentiment essen-
tiellement français, qui, des rives africaines, a fait jeter à la face des
Prussiens et de l'homme de Sedan, les noms de Gambetta et de
Garibaldi, et ceux non moins significatifs d'honorables victimes du
deux décembre ; mais, en quoi cela fait-il les affaires de l'Algérie ?
Avec six députés, l'Algérie ne peut prétendre jouer un rôle prépondé-
rant dans les destinées de la France. N'eût-il pas été plus sage et plus
utile pour elle, de nommer exclusivement des capacités reconnues, qui,
par leur passé algérien, et par leur connaissance du pays, s'imposaient
naturellement aux électeurs ?
— 20 —
peut assurer l'avenir de nos départements d'outre-
mer.
Il ne faut donc pas isoler et séparer l'Algérie de la
France par des institutions gouvernementales qui ne
seraient pas en complète harmonie avec celles de la
mère-patrie, et qui par suite, continueraient à faire de
l'Algérie une colonie, alors que par son étendue et
par sa position à quarante-huit heures de Marseille,
elle est en droit de se considérer comme partie inté-
grante du territoire français.
Pour cela, la première réforme à apporter à la
constitution de l'Algérie, est de ne plus la faire
dépendre exclusivement de tel ou tel ministère.
Le ministère de l'Algérie implique la consécration
du régime exceptionnel, tout autant qu'un gouverne-
ment général.
Le ministère de la guerre n'a plus sa raison d'être ;
la conquête est faite, l'oeuvre de guerre est terminée,
et déjà depuis plusieurs années, c'est une véritable
anomalie que de voir en pleine paix, des départe-
ments et des administrations civiles, recevoir les
ordres et les consignes du ministère de la guerre.
Le ministère de l'intérieur ne vaudrait pas mieux,
parce que l'armée proprement dite, ne peut en
dépendre, non plus que la marine, les finances,
l'instruction publique et les autres départements mi-
nistériels.
Il faut pour qu'il n'y ait ni anomalie, ni régime
d'exception qu'en Algérie comme en France, chaque
service général fasse retour à son ministère respectif.
Cette idée qui n'a jamais été appliquée complète-
ment, est cependant des plus simples et des plus pra-
tiques ; elle n'est pas nouvelle, et elle a été développée
avec talent, il y a déjà vingt ans aujourd'hui, par un
— 21 —
militaire qui avait pour parler une grande autorité de
position, car il était à la fois représentant du peuple
et gouverneur de l'Algérie : nous avons nommé le
général d'Hautpoul.
Son programme, très-bon en 1850, n'est plus au-
jourd'hui à la hauteur des besoins du pays, mais il
mérite, d'être rappelé brièvement, parce qu'il contient
des idées et des appréciations très-justes et encore
très-vraies en 1871.
Ce programme, le général le résumait en disant
qu'il fallait établir « la répartition de tous les services
» entre les divers ministères, le gouverneur général
» servant d'intermédiaire à tous ;» et il ajoutait:
« Rattacher chaque service au ministère compétent,
» c'est assimiler, admettre le gouverneur général
» comme intermédiaire oblige entre chaque service et
» le département ministériel dont il dépend ; c'est
» maintenir l'unité, l'autorité.
« Chaque ministre sera ainsi amené à s'occuper de
» l'Algérie, à introduire dans l'administration de ce
» pays, les règles tutélaires de la métropole, à fondre
» ses intérêts avec ceux de la France ; mais en même
» temps, le gouverneur général chargé du comman-
» dement centralisera, sur les lieux, ces diverses
» branches de l'administration générale, les fera
» converger vers l'intérêt commun, et leur servira de
» tempérament et de lien, jusqu'à ce que le dévelop-
» pement progressif de la colonisation, la fusion et la
» solidarité des intérêts des deux races, aient rendu
» possible une assimilation plus complète. »
Ce programme du général d'Haut poul, contient
deux choses : un principe et un mode d'application.
Le principe, nous en demandons le maintien, parce
qu'il constitue en quelque sorte un axiome de droit
— 22 —
politique et qu'il fait rentrer l'Algérie dans le droit
commun. Quant au mode d'application, il ne nous pa-
raît plus acceptable aujourd'hui, parce qu'il est trop
centralisateur et trop autoritaire, et qu'il créé un in-
termédiaire obligatoire, dangereux, vexatoire et inu-
tile ; dangereux, parce qu'il constitue une centralisa-
tion nuisible à la bonne et à la prompte expédition
des affaires ; dangereux, parce qu'il encouragerait les
tendances autoritaires, en mettant en permanence
entre les mains d'un seul homme une trop grande
concentration de pouvoirs ; vexatoire, parce qu'il pro-
voque dans les affaires de détail ou dans les spéciali-
tés, une ingérence susceptible de froisser les chefs de
services généraux, en ne leur laissant pas la pléni-
tude de leurs pouvoirs et le droit absolu de ne relever
que de leur ministre respectif (1).
Inutile, parce que les tendances autoritaires écar-
tées, cet intermédiaire n'est, la plupart du temps,
qu'un rouage de transmission, c'est-à-dire une inu-
tilité.
Je n'insisterai pas davantage sur un programme qui
n'est plus en harmonie avec les progrès accomplis, et
avec la situation actuelle de l'Algérie ; je ne l'ai cité
que pour en dégager le principe vraiment libéral qui
s'y trouve, et qui, au fond et dans la pensée de son
auteur, consiste ce à rattacher tous les services à leur
» ministère respectif, » tout en laissant une certaine
action à l'autorité qu'il est nécessaire de placer à la
tête de l'Algérie.
(1) Déjà, sous le régime déchu, l'instruction publique, la justice et les
cultes étaient en partie affranchis de l'immixtion du gouverneur géné-
ral dans leurs divers services. Je dis en partie, car en ce qui concerne
les indigènes, le gouverneur général en était seul chargé.
— 23 —
Cette idée est la nôtre, et nous allons exposer com-
ment il nous semble possible de la réaliser pratique-
ment, tout en évitant les écueils signalés plus haut.
Nous allons formuler les bases d'un projet de loi or-
ganique dans lequel nous avons cherché à poser des
principes fixes et bien définis, tout en laissant une
immense latitude pour augmenter ou restreindre les
pouvoirs délégués au premier fonctionnaire de
l'Algérie, pensant qu'une des conditions essentielles
de toute bonne constitution ou de toute loi organique,
est d'éviter de tomber dans les détails législatifs qui
doivent forcément varier avec les besoins spéciaux ou
les nécessités du moment. Nous analyserons sommai-
rement chacun des différents articles pour en dégager
l'idée principale, laissant à de plus habiles et à de
plus expérimentés le soin d'améliorer la forme aussi
bien que le fond.
Bases d'un projet de Constitution pour l'Algérie.
TITRE Ier.
PRINCIPES GÉNÉRAUX.
1. L'Algérie est déclarée partie intégrante du terri-
toire de la France.
(1) Cet article n'est qu'une affirmation de principes, toutefois, sa
rédaction nous paraît préférable à celle adoptée par la Constitution de
1849 qui, assimilant l'Algérie aux colonies, en faisait simplement un
territoire français. La rédaction que nous proposons fait l'Algérie par-
tie intégrante de la France, au même titre que les îles côtières de la
Corse.
— 24 —
2. Elle n'a pas de gouvernement particulier.
3. Les lois de la métropole y sont exécutoires par
le seul fait, de leur promulgation, sauf disposition
contraire, (restrictive ou suspensive), édictée dans le
corps même de la loi.
4. L'Assemblée peut faire des lois spéciales à
l'Algérie pour toutes les affaires communes à des eu-
ropéens et des indigènes, ou n'intéressant que les
étrangers ou les indigènes.
5. L'action du gouvernement métropolitain s'exerce
directement sur les départements algériens en vertu
des mêmes principes et de la même manière que sur
les autres départements, sauf la modification suivante :
6. Les différents ministres, en vertu des lois spé-
(2) L'article 2 et les articles 3, 4 et 5 ne sont que la conséquence
logique des articles énoncés dans l'article 1.
(3 et 4) Sont conçus de manière à affirmer toujours le principe de
l'assimilation politique, tout en faisant une part très-large aux besoins
spéciaux de l'Algérie.
(5) L'article 5 énonce d'une façon explicite et absolue l'application
à l'Algérie de. nos institutions civiles et de droit commun en matière
de gouvernement ; par suite, il énonce implicitement qu'en Al-
gérie, les différents services généraux relèveront directement de leur
ministère respectif.
(6) L'article 6 ne crée pas une exception, mais un mode d'applica-
tion spéciale de la règle commune. Toute l'économie du projet dont
nous indiquons les bases en ce moment, est contenue dans cet article
6, qui pour nous, se résume ainsi : Des délégations de pouvoirs régu-
liers et ordinaires sont confiés sur les lieux-mêmes à un fonctionnaire
commis par le gouvernement pour faire exécuter la loi commune, ces
délégations sont conférées par la loi d'abord, et au besoin par les di-
vers ministres qui, dans tous les cas, restent toujours responsables des
faits et gestes de leur délégué, forcé par la nature même de son titre
et de ses fonctions, à leur rendre compte de tout ce qu'il fait en leur
nom, et de prendre leurs ordres et instructions, en tant que ligne de
conduite à suivre dans l'application de ces pouvoirs délégués.
Substituer des délégations de pouvoir à l'autorité personnelle, spéciale
— 25 —
ciales, ou sous leurs responsabilités respectives,
peuvent, dans l'intérêt du service, déléguer totalité ou
partie de leurs pouvoirs à un haut fonctionnaire spé-
cial résidant en Algérie et dénommé commissaire gé-
néral du gouvernement.
TITRE II.
DU COMMISSAIRE GÉNÉRAL.
7. Le commissaire général a rang de ministre, sa
nomination et sa révocation sont soumises aux mêmes
lois et aux mêmes principes que ceux des ministres
titulaires.
et exceptionnelle, dont étaient jadis investis les gouverneurs ; ou
ministres de l'Algérie, nous paraît être un progrès véritable, et cela
d'autant mieux, que par ce moyen, les pouvoirs confiés au commissaire
général, peuvent être étendus ou diminués selon les circonstances,
sans rien modifier dans la constitution du pays ou dans la marche des
affaires.
Les différents services dépendent uniquement de leur ministre. Voilà
le principe et la règle, mais comme il importe en Algérie que certaines
questions reçoivent une solution très-prompte, et qu'il importe aussi à
l'ordre général de ne pas donner aux chefs de service résidant
en Algérie des pouvoirs exceptionnels, le ministre compétent peut, sous
sa responsabilité, et ceci est essentiel, donner telle délégation qu'il ju-
gera convenable au bien du service qu'il dirige.
(7) Donner au commissaire général le rang de ministre, c'est défi-
nir sa position, c'est lui donner devant le pays, devant l'Assemblée,
devant les ministres titulaires et enfin devant les indigènes, le prestige
et le pouvoir nécessaires pour sauvegarder en toutes circonstances, les
libertés et les intérêts de l'Algérie.
Faire nommer le commissaire général de la même façon que les mi-
nistres titulaires, c'est d'abord une conséquence logique de la position
qui lui est faite, mais c'est surtout une garantie donnée à l'unité poli-
tique de l'action gouvernementale, c'est assurer l'harmonie nécessaire
entre les ministres titulaires et leur délégué. Avec un cabinet libéral,
— 26 —
8. Il peut faire partie du conseil des ministres, mais
avec voix consultative seulement.
9. Le commissaire général est responsable devant
l'Assemblée Nationale de la situation politique,
morale et matérielle des départements algériens.
10. Des délégations permanentes des ministres
il faudra nécessairement un délégué libéral, et avec un cabinet conser-
vateur, un délégué conservateur, sinon il y aura des tiraillements et
des impossibilités pratiques, le rôle de commissaire général étant bien
plus politique qu'administratif.
En outre, ce mode de nomination proposé pour le commissaire gé-
néral, implique dans notre esprit, l'idée qu'il sera toujours nommé
parmi les députés dont le passé algérien et les capacités reconnues
s'imposeront au choix de la Chambre et du pouvoir exécutif. Ce sera
une garantie donnée aux intérêts collectifs des départements de la
France algérienne.
(8) Le commissaire général n'a ni portefeuille ni ministère spécial,
il n'a la direction suprême d'aucun service général, ce n'est pas un
ministre véritable, puisque son influence, son action, quelque grande
qu'elle puisse être momentanément, ne s'étend jamais à la totalité du
territoire de la France; il est donc rationnel et logique de ne pas lui
laisser voix délibérative, dans un conseil de ministres ; mais d'autre
part, on ne peut pas non plus lui fermer l'entrée de ce conseil où son
rang lui donne droit d'assister, et où ses connaissances spéciales
peuvent, à un moment donné, le rendre extrêmement utile aux ministres
titulaires. L'article 8 n'a d'autre but que de résumer ces considérations
sommaires et de définir nettement la situation faite à ce délégué ayant
rang de ministre.
(9) Cet article donne au commissaire général une responsabilité bien
définie et bien tranchée ; responsabilité qui, pour la situation politique,
morale et matérielle de l'Algérie, est identique à celle des ministres
titulaires et a la même sanction.
Les articles suivants donnent au commissaire général les moyens
d'action nécessaires pour faire face à cette lourde responsabilité.
(10) Énonciation pure et simple des moyens matériels mis à la
disposition du commissaire général, contre l'insurrection qu'il faut tou-
jours prévoir, si on veut être sûr de l'éviter tout-à-fait. L'armée, la
flotte, ont leur devoir tout tracé par des règlements spéciaux, quant à
— 27 —
compétents, mettent à sa disposition et dans des condi-
tions déterminées par des lois spéciales :
1° Un général de division, commandant en chef des
forces de terre et de mer.
2° Un général inspecteur permanent de la gendar-
merie algérienne.
11. Le commissaire général peut se faire assister
par un conseil consultatif, dont la composition est ré-
glée par la présente loi.
12. Le commissaire général reçoit le double de tous
les rapports adressés par les chefs des différents ser-
vices à leurs ministres respectifs. Il peut, lorsqu'il le
juge convenable, leur demander des rapports spé-
ciaux.
13. En cas d'urgence, et sous sa responsabilité per-
la gendarmgrie, nous verrons plus tard quel rôle important elle est
appelée à jouer en Algérie.
(11) La question du conseil consultatif sera étudiée dans un chapitre
spécial en raison de son importance. (Voir page 29).
(12) Les questions générales ont en Algérie une importance excep-
tionnelle, parce que d'ici longtemps, il y aura encore à créer, à inven-
ter, à organiser; elles ont de plus une portée politique qui peut influer
sur l'avenir du pays et sur sa tranquillité présente, en raison des inté-
rêts des indigènes que ces questions touchent plus ou moins directe-
ment. Aussi, le commissaire général est-il tenu au courant de tout ce
qui est d'intérêt public, et a-t-il la faculté de se faire renseigner sur
un point spécial. Ainsi, instruit des choses du pays, il est toujours à
même d'agir auprès du ministre compétent, pour appuyer ou rectifier
l'appréciation d'un chef de service qui aurait des idées trop absolues
ou en opposition avec les intérêts généraux du pays. En un mot, il est
mis à même d'exercer un contrôle efficace sur les affaires de l'Algérie,
et d'éclairer le ministre responsable. Le commissaire général a lui-
même sa responsabilité engagée par l'exécution des diverses mesures
générales, puisque c'est de leur ensemble que résulte la situation poli-
tique, morale et matérielle dont il est personnellement responsable de-
vant le pays. (Art. 9).
(13) Cet article donne au Commissaire général la facilité de parer à
— 28 —
sonnelle devant l'Assemblée Nationale, le commissaire
général peut, le conseil consultatif entendu, prendre
et ordonner provisoirement les mesures qu'il croit in-
dispensables à la tranquillité et à la sécurité du pays.
Il en rend compte immédiatement à l'Assemblée et
aux ministres compétents.
14. Tout conflit, toute difficulté entre le commissaire
général et un ministre seront tranchés par l'Assemblée
Nationale.
toutes les éventualités que peuvent faire naître subitement dans la
France algérienne, une insurrection imprévue, une rupture de câble,
une guerre maritime, etc. Dans ces cas de nécessité absolue, les pou-
voirs qu'exerce le commissaire général sont tout à fait exceptionnels,
aussi, sa responsabilité est-elle directement engagée, bien que les me-
sures qu'il prend pour assurer, soit l'ordre, soit l'action du gouverne-
ment, soient essentiellement provisoires. Parmi les mesures exception-
nelles prises en vertu de l'article 13, une des plus ordinaires, pourra
être la mise en état de siége d'une tribu ou d'un pays subitement
insurgé. Par cela même que les institutions civiles fonctionneront d'une
façon générale en Algérie, il faudra, à un moment donné, avoir sous la
main une force instantanée, qui permette à l'autorité militaire locale,
d'agir énergiquement et sans retard. En pareil cas, l'avis du conseil
consultatif sera pour le commissaire général un auxiliaire précieux.
(14) Article tout de précaution. Dans le cas où le commissaire gé-
néral réclamerait des délégations de pouvoirs qui lui seraient refusées
par le ministre, et dans le cas aussi où le ministre voudrait imposer
une délégation que le commissaire général refuserait d'accepter, le
différend serait soumis à la Chambre, qui prononcerait. En dehors de
ces questions, les conflits seront rares, parce que le commissaire gé-
néral sera toujours en communion d'idées avec le cabinet qui l'a agréé
comme délégué ; il pourrait cependant se faire que le délégué soit dé-
savoué et persiste dans sa manière de voir ; mais dans ce cas, la Chambre
est armée de moyens suffisants pour élucider le différend et au besoin
pour le trancher.
CHAPITRE IV.
DU CONSEIL CONSULTATIF.
L'Algérie diffère tellement de la France qu'il lui
faudra longtemps encore, pour ne pas dire toujours,
non pas des lois d'exception, — nous n'en voulons
pour personne, — mais des lois spéciales appropriées
à ses besoins spéciaux.
En droit et en fait, les députés algériens pourront
demander ces lois, les conseils généraux pourront
émettre des voeux tendant à provoquer l'initiative de
leurs représentants à la Chambre, mais, dans la pra-
tique, il se présentera souvent des difficultés, par
suite des divergences qui pourront se produire dans
les voeux des divers conseils généraux et dans les
opinions des divers députés.
L'Algérie en effet est immense et peu peuplée ; elle
offre une grande variété de pays, dont les intérêts et
les besoins sont différents, parfois même opposés. La
province de Constantine a de grandes ressources fo-
restières et industrielles, l'élément kabyle y domine,
les étrangers qui y affluent sont surtout anglo-maltais
et italiens. La province d'Oran est dénudée, plutôt
agricole qu'industrielle, l'élément arabe y domine, et
— 30 —
à côté se groupe une nombreuse population espagnole
ou mahonaise (1).
En raison des distances à parcourir et de la diffi-
culté des communications, la plupart des conseillers
généraux ne connaissent guère que leur département,
parfois même, ils ne connaissent bien que leur « pays, »
leur région.
Les députés sont souvent dans le même cas, il en
résulte que les questions générales, sont le plus habi-
tuellement, en Algérie même, discutées et étudiées à
un point de vue trop local et trop exclusif ; le même
fait se produira à la Chambre, l'Assemblée ; peu expé-
rimentée en fait d'affaires algériennes, ne saura trop
que décider en présence des divergences d'opinion,
qui forcément se produiront quelque jour entre les
députés algériens ; l'éloquence et la politique inter-
viendront alors, et joueront le plus grand rôle dans
l'examen des questions algériennes, qui aujourd'hui,
pour nous autres français, ne sont et surtout ne
doivent être que des questions d'affaires.
Cet exposé sommaire qui n'est pas une appréciation,
mais bien une constatation, nous montre que les
questions d'ensemble, et que les mesures générales
intéressant toute l'Algérie, ont besoin d'être étudiées
et discutées par des gens appartenant aux diverses
régions de l'Algérie, momentanément réunis ensemble,
et au besoin assistés de spécialités au courant des
affaires des trois départements.
Aussi, de tout temps, cette nécessité d'un conseil
central a été reconnue. Le gouvernement de Louis-
(1) En fait, ce qu'en Algérie on dénomme habituellement départe-
ment, est un groupement administratif, de ce qu'en France on appelle
encore province ou pays. Un même cercle militaire contient quelque-
fois plusieurs de ces provinces ou pays.
— 31 —
Philippe (1) en avait posé les bases en créant un
conseil d'administration devenu sous la République
de 1848, conseil du gouvernement (2), nom que lui a
conservé l'empire (3). Jusqu'en 1861 (4), ce conseil
fut exclusivement composé de fonctionnaires. En 1861,
l'élément non fonctionnaire (5) y fut timidement
introduit par la création d'un conseil supérieur, uni-
quement chargé de l'examen du budget de l'Algérie.
En réalité, ce conseil supérieur n'était qu'une annexe
du conseil de gouvernement, c'est-à-dire une institu-
tion centralisatrice et autoritaire ; l'élément non-
fonctionnaire n'y figurait que pour six membres, tan-
dis que les fonctionnaires y avaient vingt-et-un
membres, et que l'élément indigène n'y était pas
admis.
Nous n'insisterons pas plus longtemps sur la néces-
sité d'un conseil consultatif établi sur des bases autre-
ment libérales que celles qui jusqu'ici ont présidé à sa
formation; tout le monde est d'accord là-dessus, et ce
conseil au fond n'est autre chose qu'une de ces assem-
blées provinciales, dont l'établissement en France est
réclamé par un certain nombre d'économistes et de
publicistes distingués.
Dans ce conseil consulatif, tout en maintenant la
présence de membres fonctionnaires, dont les connais-
sances techniques sont indispensables dans un pays
(1) Ordonnance royale du 22 juillet 1834 et du 15 avril 1845.
(2) Arrêtés du président du pouvoir exécutif du 9 décembre 1848 et
16 décembre 1848.
(3) Après l'avoir appelé quelques années conseil consultatif et aussi
comité consultatif.
(4) Décret du 10 décembre 1860.
(5) On ne peut pas dire l'élément élu, puisque les membres non
fonctionnaires étaient choisis par des conseillers-généraux non élus.
— 32 —
qui s'organise, nous voudrions qu'une très-large part
fût faite à l'élément élu, et puisque son rôle serait
surtout consultatif, nous ne voyons pas pourquoi on
n'y introduirait pas, dans de certaines limités, l'élé-
ment indigène.
Si nous voulons réellement faire pénétrer en Algérie
nos institutions démocratiques, il faut, pour être-
conséquent avec nous-mêmes, appeler les indigènes à
donner librement leur avis, en tout ce qui est question
purement algérienne ; nous l'avons d'ailleurs compris
déjà depuis longtemps, puisque nous appelons les in-
digènes dans nos conseils généraux et dans nos
conseils municipaux. Soyons conséquents jusqu'au
bout, et admettons-les dans ce conseil consultatif,
appelé à chaque instant à donner son avis sur des
questions qui touchent les indigènes autant et quel-
quefois plus que les européens.
Cette introduction de l'élément indigène, loin d'être
un danger ou un affaiblissement, sera une force et un
appui ; le principe de l'autorité française sera d'autant
mieux mis hors de discussion chez les masses indi-
gènes, qu'elles verront les indigènes les plus influents
et les plus notables franchement associés à la politique
de notre gouvernement, et concourant par leurs
conseils, aux mesures générales intéressant l'Algérie.
Jusqu'ici, nous n'avons mêlé les indigènes qu'à
notre vie administrative, et la noblesse arabe n'aime
ni ne comprend l'administration. Nuls ou embarras-
sants comme administrateurs, les grands chefs arabes,
comme hommes politiques, montrent souvent beau-
coup de sagesse et d'intelligence. Leur grande expé-
rience des hommes et des choses, en font des hommes
précieux dans le conseil. Les admettre à donner libre-
ment leur avis, sera à la fois un acte de bonne poli-
— 33 —
tique et un acte de justice. Puisque nous voulons
battre en brèche la féodalité arabe, sur laquelle nous
nous sommes appuyés jusqu'ici, il faut donner cer-
taines compensations morales à ceux qui, nous ayant
loyalement servis pendant quarante ans, vont se voir
frappés et diminués par l'extension donnée à nos
institutions démocratiques. Ne sera-ce pas une com-
pensation à la fois équitable et rationnelle, que de les
appeler au nom de ces mêmes principes démocra-
tiques, à la haute faveur de donner librement et direc-
ment leurs avis et conseils sur toutes les grandes
questions algériennes, et de les faire siéger dans les
plus hauts conseils du gouvernement français en
Algérie?
C'est en nous inspirant des considérations ci-dessus
exposées, que nous avons rédigé les bases d'un projet
de réorganisation du conseil supérieur actuel, pour
faire suite au projet de constitution dont les bases ont
été indiquées plus haut.
TITRE III.
DU CONSEIL CONSULTATIF.
15. Le conseil consultatif émet des avis motivés sur
toutes les questions, projets, règlements, etc., qui
sont soumis à son examen par le gouvernement. Il
peut proposer des amendements et ajouter des dispo-
sitions additionnelles, mais dans aucun cas, il ne peut
prendre l'initiative de quoi que ce soit.
(15) Cette initiative restant la prérogative exclusive des députés, du
gouvernement et des conseils généraux. (Ces derniers n'ayant l'initia-
tive que des voeux qu'ils émettent).
— 34 —
16. Le conseil consultatif est présidé par le commis-
saire général.
17. Les députés algériens sont membres de droit
du conseil consultatif, ils comptent en sus du nombre
fixé par le gouvernement.
18. Il se compose de deux cinquièmes de fonction-
naires, deux cinquièmes de conseillers généraux fran-
çais, un cinquième de conseillers généraux indigènes.
19. Le nombre total des membres du conseil consul-
tatif est fixé par le gouvernement.
20. Les conseillers français sont délégués en nombre
égal dans chaque département par les membres fran-
çais du conseil général. Le même mode de procéder
est applicable aux conseillers indigènes.
21. Les fonctionnaires membres du conseil sont :
1° Ceux dont l'action s'étend à toute l'Algérie.
(Membres de droit).
2° Les chefs des services généraux (désignés par le
gouvernement).
Ces derniers seront choisis autant que possible en
nombre égal dans chaque département.
(18) Cette proportion est tout-à-fait arbitraire, elle pourrait être
fixée autrement, l'essentiel est que : 1° les français aient toujours une
forte majorité ; 2° que les indigènes puissent directement et librement
se faire entendre et discuter leurs intérêts, en étant assez nombreux
pour que la lumière se fasse le plus possible. La proportion indiquée
nous paraît bonne, mais c'est une affaire d'appréciation.
(19) Il pourrait être aujourd'hui de trente. Soit douze fonctionnaires,
douze membres français (quatre par département) et six indigènes,
(deux par département).
(20) L'élection ne peut être directe, car il faut d'une façon absolue
que le conseil facultatif ne soit jamais en dissidence avec les conseils
généraux, et il faut aussi que ce conseil soit composé de capacités.
L'élection au second degré (par des conseillers généraux élus) nous
semble présenter des garanties très-suffisantes.
— 35 —
22. Les fonctionnaires membres du conseil peuvent
se faire remplacer dans ce conseil par un des fonction-
naires placés sous leurs ordres. Le principe étant que
la spécialité technique soit toujours représentée.
23. Le conseil est constitué en permanence à
Alger.
24. Les membres élus sont délégués pour un an ;
mais leur mandat peut être renouvelé par leurs
commettants.
(22) Ce qu'il faut avant tout à l'Algérie, ce sont des hommes
compétents et expérimentés dans les affaires algériennes. Pour telle
question spéciale, le supérieur aura tout intérêt à déléguer un de
ses employés, plus spécialiste que lui.
DEUXIEME PARTIE.
ORGANISATION INTÉRIEURE DE L'ALGÉRIE.
LIVRE PREMIER.
EXPOSÉ DE LA SITUATION MORALE ET POLITIQUE
DES DIVERSES POPULATIONS ALGÉRIENNES. ;
CHAPITRE PREMIER.
DÉFINITION ET CLASSIFICATION DES ÉLÉMENTS DONT SE
COMPOSENT
LES DIVERSES POPULATIONS ALGÉRIENNES.
Nous n'avons jusqu'ici considéré l'Algérie qu'au
point de vue de ses rapports avec le gouvernement
métropolitain. Il nous reste maintenant à examiner
quel sera, dans le pays même, le mode d'administra-
tion qui, tout en restant en harmonie avec nos insti-
tutions nationales, donnera le mieux satisfaction aux
besoins, aux intérêts et aux aspirations des diverses
populations algériennes.
Pour cela, la première chose à faire est de définir
et d'étudier les divers éléments qui peuplent l'Algérie,
et lorsque nous les connaîtrons bien, nous pourrons
— 40 —
indiquer les réformes qui nous semblent opportunes.
Le plus souvent, on se borne à ne considérer en
Algérie que deux classes d'individus : les européens
et les indigènes. En ce qui concerne le choix des
moyens administratifs, ces deux grandes divisions ne
suffisent pas, chacun de ces deux groupes contenant
des catégories complètement séparées et parfaitement
distinctes.
Ainsi, parmi les européens, le négociant ou l'indus-
triel d'une ville n'a ni les mêmes besoins, ni les
mêmes intérêts que le colon isolé ou le colon rural ;
et parmi les indigènes, le kabyle n'a ni les mêmes
moeurs, ni le même langage, ni les mêmes intérêts,
ni les mêmes aspirations que l'arabe, qu'il déteste
profondément. Enfin, parmi les indigènes, les israëlites
forment une classe à part, les Beldia ou Hadar, (vul-
gairement les Maures) en forment une autre, distincte
elle-même de celle des Mozabites.
De ces trois dernières classes, nous ne dirons rien,
les israëlites indigènes, dès qu'ils sont un peu en
contact suivi avec des européens, se relèvent bien vite
de l'état d'abaissement où ils végètent encore au milieu
des arabes ; et par leurs moeurs honnêtes, laborieuses,
commerciales et paisibles, ils ont depuis longtemps
mérité d'être traités comme des européens. Aussi,
sauf les questions d'état et de famille, la loi française
leur est déjà appliquée partout (1), et cela n'est que
justice.
(1) Dernièrement même, un décret du gouvernement de Tours les a
fait tous citoyens français. Quoique la question d'opportunité n'ait pas.
été suffisamment pesée, ce décret est certainement, en ce qui concerne
l'Algérie, le meilleur de ceux rendus par la délégation du gouverne-
ment de la défense nationale, peut-être bien parce qu'il est dû à l'ini-
tiative de M. Crémieux, tandis que les autres décrets algériens ne sont
— 41 —
Quant aux maures et mozabites, ils n'ont aucune
importance politique ; nos lois et nos usages peuvent
leur être appliqués sans aucun inconvénient.
Nous laisserons donc de côté les israëlites, maures
et mozabites, et nous ne nous occuperons que des in-
digènes kabyles et arabes ; nous entrerons même à
leur sujet dans quelques détails, parce que générale-
ment, dans le public, on a des idées très-fausses sur
les indigènes, ce qui vient surtout de ce que, en
Afrique, la plupart de ceux qui écrivent, ne savent
pas assez, alors que ceux qui savent n'écrivent pas
assez.
En effet, en dehors des colons ruraux, des officiers
des affaires arabes et de ceux des corps indigènes, en
dehors aussi d'un petit nombre de fonctionnaires ou
agents appelés par leurs fonctions à voyager et à
séjourner dans l'intérieur des tribus, peu de per-
sonnes connaissent bien les indigènes.
Trop souvent aussi, les appréciations publiées sur
ces indigènes, proviennent de citadins qui les jugent
tous d'après ce qu'ils voient autour d'eux, c'est-à-dire,
soit d'après ces maures dont nous avons signalé l'in-
signifiance, soit encore d'après ces kabyles (1) intelli-
gents et madrés, qui comme chez nous, les auver-
gnats, viennent dans les villes pour ramasser un petit
pécule et retourner au village acheter un lopin de
terre ou quelques palmiers.
Ces indigènes éclairés par le contact de notre civi-
dûs qu'aux importunités de quelques intrigants algériens, sans mission
légale et sans valeur morale.
(1) Les kabyles ou berbères comprennent: les kabyles (ouvriers,
portefaix ou décrotteurs). Les biskri ou berbères des Ksour, du
Sahara (portefaix, porteurs d'eau, manoeuvres). Les mozabites (mar-
chands), sont aussi de race berbère.
— 42 —
lisation, ou moralises dans de certaines limites par le
travail qu'ils viennent chercher volontairement, libres
d'ailleurs de raconter ce qu'ils veulent des abus de
leurs chefs et magistrats, sans avoir à craindre d'être
seulement contrôlés, ces indigènes, disons-nous, ne
ressemblent pas plus aux indigènes des tribus, que
nos ouvriers des villes ne ressemblent aux paysans
arriérés de certaines campagnes. Juger la masse indi-
gène par ces quelques exceptions, c'est là une faute
que commettent chaque jour des citadins, d'ailleurs
très-intelligents, et qui de très-bonne foi, demandent
des réformes radicales, dont l'énoncé seul fait bondir
de crainte ou sourire de pitié les colons ruraux, qui
cependant ne le cèdent en rien à leurs compatriotes
des villes en patriotisme et en idées libérales et
avancées.
Une autre cause aussi des opinions erronées que
l'on a généralement sur les indigènes, provient du dé-
faut absolu de publicité officielle en ce qui concerne
les affaires indigènes. Les journaux en sont réduits à
des racontar plus ou moins dénaturés, quand il serait
si facile et si honorable pour l'autorité supérieure et
pour les administrations locales, si elles y étaient au-
torisées, de publier et de dire tout ce qu'elles savent,
tout ce qu'elles font en matière d'affaires indigènes.
Chacun y gagnerait: l'administration, mieux connue,
serait moins décriée; les colons, mieux éclairés, seraient
moins injustes, et le sens politique des algériens se
formerait et se développerait bien plus rapidement
qu'il ne l'a fait jusqu'ici, avec le système de mystère
qui a toujours prévalu en Algérie, dans les sphères
gouvernementales et administratives.
CHAPITRE II.
CITADINS ALGÉRIENS.
A l'abri derrière de bons remparts, gardé par une
garnison qui ne nuit pas à son commerce, le citadin
algérien se meut libre et tranquille, au milieu des
institutions communales, qui aujourd'hui fonctionnent
dans presque toutes les villes et villages du littoral et
du Tell, exactement comme dans la mère-patrie.
A l'exception des fonctionnaires et des quelques
personnes appartenant aux professions libérales, le
citadin algérien est généralement un marchand ou un
industriel qui gagne de l'argent sans avoir d'autres
chances à courir que celles inhérentes partout au
commerce et à l'industrie.
Au moral, le citadin algérien se dit républicain, et
il croit le prouver en déblatérant à tort et à travers
contre toutes les autorités (1) sans exception ; mais
surtout contre le « régime du sabre et l'arbitraire des
» bureaux arabes. » Et cependant, par position, le
citadin n'a absolument rien à démêler avec ces deux
fantômes, nés de son imagination.
Parfois pourtant, le citadin algérien a un moulin ou
une ferme à quelques kilomètres de la ville. Sur son
(1) Les honorables MM. Warnier et Lucet, les deux premiers préfets
républicains qu'ait eu l'Algérie, sont là pour affirmer la vérité de ce
que j'avance; leurs convictions bien connues, leur mérite et leurs capa-
cités bien réelles, n'ont cependant pas trouvé grâce devant les citadins
d'Alger et de Coustantine,
— 44 —
domaine rural, le républicain de la ville se transforme
en autocrate vis-à-vis des indigènes qui le servent ou
l'approchent, et avec lesquels il est toujours en
discussions ou en mauvais termes. Habitué aux
affaires, il marche toujours le code à la main, oubliant
que ces droits lui créent des devoirs et des obligations
qu'il feint d'ignorer et n'aime pas à se voir rappeler.
Bref, il se sent fort, et est toujours tenté d'abuser de
sa force contre l'indigène, que trop souvent il exploite
en le manaçant à chaque instant des tribunaux, de
l'huissier et des gendarmes.
Le plus souvent, ces difficultés proviennent surtout
de ce que le propriétaire citadin abandonne sa ferme
à des employés subalternes sans intelligence, sans
expérience et parfois même sans moralité. Ces em-
ployés se créent avec les indigènes des difficultés que
le propriétaire saurait éviter, s'il consacrait à sa ferme
la moitié du temps et de l'intelligence qu'il déploie en
ville pour son commerce ou son industrie. Car, si le
citadin algérien a ses défauts, il a aussi des qualités ;
il est surtout intelligent, actif, laborieux, adroit en
tout ce qui concerne ses affaires d'intérêt.
Les habitants des villes jouent certes un rôle très-
important dans la colonisation du pays, parce qu'en
cherchant à faire leur fortune particulière, ils
augmentent et consolident la fortune publique.
Nous n'insisterons pas cependant sur les détails
concernant les citadins algériens ; leurs aspirations po-
litiques et leurs besoins sociaux sont aujourd'hui
presque satisfaits, et l'assimilation que nous poursui-
vons pour l'Algérie entière, est déjà pour eux un fait
accompli. Ils ont d'ailleurs le temps et les moyens de
soutenir eux-mêmes leurs intérêts et nous n'avons pas
à redouter leur silence,
CHAPITRE III.
COLONS ISOLÉS ET COLONS RURAUX.
Notre intention est d'établir que le
peuple indigène ne repousse pas la
colonisation ; qu'au contraire, il est le
premier à apprécier le mérite d'éta-
blissements qui, sons le gêner, lui ■
procurent presque toujours de grands
avantages de main-d'oeuvre, de place-
ment ou de transformation de ses
produits.
Docteur WARNIER.
Le véritable colon, celui qui peut se dire réellement
« le pionnier de la civilisation, » ne réside pas dans
les centres urbains, il est dans les villages, les fermes,
les usines et les exploitations isolées. Chaque jour, il
s'avance dans les tribus, défriche, plante, bâtit assai-
nit, jalonne l'emplacement des villes à créer, étend le
domaine de la colonisation, fait connaître la France,
vulgarise nos procédés agricoles et nos produits ma-
nufacturés.
Vis-à-vis de l'indigène, le rôle du colon rural est
bien différent de celui du citadin ; tandis que ce der-
nier, en rendant facile à l'indigène l'achat d'articles
devenus pour lui une nécessité, tend à appauvrir la
tribu, le colon rural, lui, répand le numéraire dans
cette même tribu, car il donne de l'argent à l'indigène
en échange de son travail, de la location de ses bêtes,
— 46 —
de l'achat de ses grains, de ses bestiaux et même de
ses terres. Les exploitations de mines ou de forêts,
les minoteries, les fabriques d'huile, etc., enrichissent
les tribus où elles se trouvent et y développent le luxe
et le bien-être. Or, chez l'indigène, l'argent qu'il
gagne avec nous est un appui puissant pour notre do-
mination. « Chaque arabe qui s'enrichira deviendra
» notre partisan ; c'est un ennemi de moins et un allié
» de plus. Le joug de la force auquel ils se résignent
» si facilement, servira de prétexte à leur sou-
» mission, l'intérêt en sera le véritable mobile. » (1)
Toujours en contact avec les indigènes, le colon ru-
ral apprend à les connaître, il sait s'en faire respecter,
et souvent, surtout quand il est marié et que sa famille
l'aide dans ses relations, il sait se faire aimer de ses
ouvriers et de ses voisins. D'ailleurs, éloigné des
centres, habitant lui-même son exploitation (ou la
faisant gérer par un tenancier sérieux), son isolement
lui conseille la prudence, et lui fait mettre une cer-
taine circonspection dans ses affaires avec les indi-
gènes. Il a besoin d'eux,, il les ménage, n'est pas
agressif et réussit facilement à trouver des associés,
des khamès, des ouvriers, et enfin des muletiers ou
des chameliers. Il connaît les kebars (2), les chioukhs (3),
le caïd, tous les personnages influents, il leur sert vo-
lontiers d'intermédiaire officieux, s'ils ont quelque
(1) Maréchal Bugeaud. L'Algérie. Paris, 1842. Dentu.
(2) Kebar, pluriel de kebir, grand, pris ici dans le sens de
« notable. »
(3) Chiouckh, pluriel de cheïkr, d'où nous avons fait officiellement
cheik, mot qui n'est ni arabe ni français. Le sens du mot cheik est
« vénérable, » c'est non-seulement un titre de fonctions, mais c'est
aussi une épithète honorifique. On dit : « ech cheikh el cadi » le vé-
nérable, le cadi, etc.,
-47-
affaire en ville ; bref, il sait se mettre bien avec eux
et il ne nécessite que rarement l'intervention de l'au-
torité administrative ou judiciaire.
Le plus souvent, quand par hasard cette interven-
tion est nécessaire, elle est très-bien accueillie, quoi-
que, le plus souvent, l'autorité soit représentée par un
officier du' bureau arabe. Il est vrai de dire que cet
officier fait toujours de son mieux et que le colon,
comprenant très-bien qu'à cette distance des centres,
il ne peut demander le bien absolu, se prête à des ar-
rangements à l'amiable et à des concessions réci-
proques qui assurent la paix et le calme, sans
nécessiter une action judiciaire, toujours irritante et
onéreuse.
La présence d'un officier dans la maison du colon
rural produit, en outre, sur la masse des indigènes un
effet moral des plus salutaires, soit que cet officier
vienne régler une question administrative intéressant
le colon ouïes indigènes, soit même qu'il vienne sim-
plement opérer des arrestations ou infliger des
amendes. Cela tient surtout à ce que toute la tribu
assiste aux débats et aux pourpalers, ce qui est un
vieil usage particulièrement cher aux indigènes, en
raison des garanties qu'il donne aux individus.
Malheureusement, cet intermédiaire de l'officier ne
peut pas toujours être efficace, parce que, de par les
règlements, le bureau arabe n'a pas qualité pour
connaître des contestations judiciaires que peut avoir
un européen ; l'officier n'a qualité que pour dresser
des procès-verbaux sur des faits qualifiés crimes ou
délits ; son rôle en matière de contestation est donc
purement officieux, son arbitrage peut être rejeté aussi
bien par l'indigène que par le colon, et, dans ce cas,
la juridiction qui est appelée à prononcer, même sur
— 48 —
des choses insignifiantes, peut être située à soixante-
dix ou quatre-vingts lieues (1) de la résidence des
parties.
D'autre part, la présence de l'officier ne peut pas
toujours avoir lieu en temps opportun ; il y a des
cercles militaires ou les colons isolés résident à deux
et trois jours de marche du. chef-lieu du cercle, dans
ce cas, non-seulement l'action de l'officier ne peut
jamais être préventive, mais encore elle n'est géné-
ralement pas assez rapide pour être efficacement
coërcitive (2).
Ce défaut de protection opportune et efficace que
nous venons de constater pour le colon isolé, n'est
pas le seul côté malheureux de sa position ; pour lui,
aucun des besoins sociaux les plus élémentaires ne
sont satisfaits, même dans la limite du possible. État-
civil, relations postales ou télégraphiques, actes nota-
riés , enregistrement, légalisation de signatures,
instruction publique, culte, élections, adjudications
publiques, effets de commerce, etc., sont autant de
choses qui,, pour le colon rural, sont extrêmement
précaires, laborieuses et difficiles, quand elles ne sont
pas matériellement impossibles, ce qui arrive souvent.
Telle est, en résumé, la triste situation faite au co-
(1) Un mouton volé à un colon de Bouçaada, Biskra, Tébessa, en-
traîne légalement la comparution des prévenus, des témoins et de la
partie civile devant le conseil de guerre, siégeant à Constantine. Une'
action au pétitoire dans les mêmes villes entré européens et indigènes,
ressortit aux tribunaux de Sétif et de Constantine avec faculté d'appel
à Alger ! — Voir plus loin, livre 3, chap. 1.
(2) Et cependant, Dieu sait les courses que font habituellement les
officiers des affaires arabes. Où la cavalerie fait deux ou trois étapes
ordinaires, l'officier des affaires arabes ne fait jamais qu'une journée
de marche. En général, quand il va quelque part, il marche toute la
journée et ne s'arrête qu'à la nuit.
— 49 —
Ion rural par l'organisation actuellement existante, et
cependant, nous l'avons dit et ne saurions trop le ré-
péter, le colon rural est celui qui est le plus digne
d'intérêt et d'encouragement, parce que c'est le pro-
ducteur par excellence, parce que c'est le plus tra-
vailleur, le plus actif, le plus courageux, et générale-
ment le plus moral des immigrants algériens.
Cette situation a cependant bien des solutions pos-
sibles, nous en indiquerons une plus loin ; bornons-
nous pour l'instant à rappeler que le gouvernement
de l'empire en avait trouvé une héroïque : c'était de
n'avoir autant que possible que des colons citadins,
ne dépassant pas les banlieues des villes, et par suite,
toujours sous la main de l'administration ; ce gouver- .
nement eût voulu réglementer l'expansion de la colo-
nisation, « la grouper autour des trois chefs-lieux de
» département, et ramener à prix d'argent ceux qui
» se sont égarés au loin (1). » C'est-à-dire, toujours
la même séparation du colon et de l'indigène, le dé-
partement français à côté du royaume arabe, en un
mot, la négation absolue de l'oeuvre d'émancipation et
de progrès que la France s'est imposée en Algérie,
au nom de la civilisation et de l'humanité.
Pour nous, nous pensons au contraire qu'il faut
non-seulement multiplier les moyens de contact entre
les colons et les indigènes, mais encore les dissémi-
ner, un seul colon ayant une exploitation rurale au
milieu des indigènes, faisant plus pour le rapproche-
ment des deux races que deux ou trois villes exclusif
ment françaises, dans lesquelles, les indigènes des
tribus, venus pour leurs affaires, se trouvent perdus,
dépaysés, mal à l'aise et méfiants.
(1) Lettre de l'empereur au maréchal de Mac-Mahon, pages 44 et
fin de 53.

Soyez le premier à déposer un commentaire !

17/1000 caractères maximum.