L'ambulance n° 5 , par G. Peltier,...

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Delahaye (Paris). 1871. In-8°.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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PUBLICATIONS DU MOUVEMENT MÉDICAL
L'AMBULANCE No 5
PAR
/G. PELTIER
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'M e chirurgien de la ambulance internatioi,a!e
PARIS
ADRIEN DELAHAYE, LIBRAIRE-ÉDITEUR
PLACE DE L'ECOLE-DE-MÉDECINE
1871
OUVRAGES DU MÊME AUTEUR
De la cécité congénitale. Paris, 1869, in-8 de 36 pages.
Étude sur les épanchements traumatiques pri-
mitifs de sérosité, suivie d'une note sur les divisions
complètes delà langue chez les enfants. Paris, 1870, in-8
de 64 pages.
L'AMBULANCE N" a
NOTES POUR SERVIR A L'HISTOIRE MÉDICO-CHIRUR-
GICALE DE LA GUERRE FRANCO-PRUSSIENNE
(1870-1871)
INTRODUCTION
Ce fut dans le terrible conflit qui vient d'avoir
une "fin si funeste que l'on vit à l'œuvre, pour la
première fois, les ambulances françaises de la
Société internationale.
Sans doute, la Société de secours aux blessés
tiendra à honneur de publier les nombreux do-
cuments statistiques qui ont été recueillis, et de
donner les principaux résultats qui ont été ob-
servés. Cette œuvre d'ensemble sera, nous n'en
doutons pas, d'une remarquable utilité, et sera
accueillie avec empressement par le monde mé-
dical.
Quant à nous qui faisions partie de Y Ambu-
lance no 5, nous désirons seulement donner un
4
aperçu de son organisation (4 ), de la marche
qu'elle a suivie, des blessés qu'elle a traités, des
services qu'elle a rendus. Nous nous attacherons
donc surtout à la relation médicale, et nous divi-
serons notre travail en deux parties :
Dans la première, nous nous occuperons de
l'ambulance n° 5 en elle-même.
Dans la seconde, nous présenterons quelques
remarques sur les plaies par armes de guerre,
ainsi que sur les opérations et le traitement
qu'elles nécessitent.
CHAPITRE l
DE PARIS A BEAUMONT
L'ambulanee n* 5. Son départ de Paris.
Composition de son personnel. Sa marche
avec l'armée française jusques au 30 août.
Lorsqu'au mois de juillet 4870, la déclaration
de guerre vint nous étonner par sa soudaineté
imprévue, elle prit, pour ainsi dire à l'improviste,
la Société de secours aux blessés, qui n'existait
que de nom. Il fallut avoir recours aux souscrip-
tions, faire des appels réitérés pour pouvoir or-
ganiser quelques ambulances, et la première put
enfin se mettre en route dans les premiers jours
du mois d'août.
Quant à l'ambulance n° 5, la seule dont nous
(1) Nous passerons rapidement sur ce point; nous ne
nous occuperons même pas de la question du matériel qui,
pour le dire en passant, avait été assez mal compris par
quelques organisateurs incompétents. Ce sera là une partie
dans laquelle il faudra faire des réformes complètes.
s
voulons nous occuper, elle partit de Paris dans
la soirée du 20 août. Son personnel était nom-
breux; il ne comprenait pas moins de 40 chirur-
giens, 3 aumôniers, 6 comptables, 105 infirmiers.
Nous allons en donner la liste nominative :
PERSONNEL DE L'AMBULANCE N° 6.
Chirurgien en chef : M Trélat.
Chirurgiens : MM. Delens, Lucas-Championnière, Pe-
nières, Terrier, ex-internes des hôpi-
taux.
Aides : M. le docteur Menière, MM. Bassereau, Chal-
land, Culot, Hervey, Hybord, Grancher,
Lamblin, Malassez, Muron, Peltier et Thaon,
internes des hôpitaux.
Sous-aides : MM. les docteurs Pontou et Stéphanesco;
MM. Boissier, Delanney, Duboux, Du-
coudray, Kœnig, Lavigne, Leloup, Le-
maître, Martin, Mazelet, Mathieu, Mu-
zelier, Meunier, Moreau, Nadaud, Pa-
geot, Passaquay, Perriquet, Pietzvilch,
Robin, Thénard.
Pharmacien: M. Burck.
Aumôniers : MM. les abbés Blanc et Leveillé; M. le
pasteur Larchevêque.
Comptables: M. Deschamps, comptable chef; M. Mul-
ler,deuxième comptable ; M. Mougin,
caissier; MM. Robert, Maufus, em-
ployés à la comptabilité, etc., etc.
L'ambulance n° 5 partit donc de Paris le 20 août,
se dirigeant vers Châlons où elle devait rejoindre
le gros de l'armée française commandée par le
maréchal Mac-Mahon. Après quelques ennuis,
quelques retards causés par le nombre considé-
6
rable de trains dont était encombrée la voie du
chemin de fer, nous arrivâmes à Rheims, et là
nous fûmes, pour ainsi dire, officiellement atta-
chés au premier corps d'armée, commandé par
le général Ducrot. C'est là que nous rencontrâmes
pour la première fois les troupes françaises. Quel
spectacle ! Combien il différait de celui que pré-
sente habituellement notre magnifique armée !
Composées en partie de recrues nouvelles et de
soldats de la réserve, en partie de soldats échap-
pés aux sanglantes journées de Wœrth et de Vis-
sembourg, les troupes manquaient de cet ensem-
ble que donne l'exercice journalier des devoirs
militaires; elles manquaient surtout de cette dis-
cipline de fer, qui, soutenue par le nombre
des combattants, a conduit, dès le début de la
campagne, les Prussiens à des victoires rapides
et inespérées.
Nous suivîmes l'armée, à peu près étape par
étape. M. le duc de Fitz-James était officiellement
chargé de nous mettre en rapport avec le quartier
général et de nous indiquer la route que nous
devions suivre. C'est ainsi que nous allâmes suc-
cessivement à Pontfaverger, à Bethniville, et
que, pénérant dans le département des Ardennes,
nous passâmes à Machault, à Attigny, à Semuy,
à Neuville, au Chesne, où nous eûmes à soigner
15 soldats malades auprès desquels nous lais-
sâmes deux infirmiers, aux Grandes-Armoises, à
Stonne, à la Besace, où nous séjournâmes la nuit
du 29 au 30 août.
C'était le lendemain, mardi 30 août, que devait
commencer, pour la France, une immense suite
7
de désastres, et pour l'ambulance les devoirs sa-
crés qu'elle avait à remplir.
CHAPITRE II
L'AMBULANCE D'AUTRECOURT
Départ de la Besace. Surprise de Beaumont.
L'ambulance n° 5 reçoit ses premiers blessés.
Elle soigne 221 blessés allemands et 124
blessés français Violation de la convention
de Genève par le général Schuler.
Le matin du 30 août nous trouva donc à la
Besace, à quelques kilomètres de Beaumont.
L'ordre nous fut donné d'aller camper le soir à
Mouzon, et nous nous mîmes en marche vers
9 heures. A 41 heures, le canon grondait sur nos
derrières; c'était le prélude de ce qu'on a appelé
avec grande raison la surprise de Beaumont.
Nous continuâmes notre marche, et vers deux
heures de l'après-midi, la fusillade se rappro-
chait de plus en plus. Bientôt nous eûmes à
craindre d'être coupés et de nous trouver au mi-
lieu de l'action; nous prîmes alors un chemin
qui se trouvait à notre gauche, et nous nous ren-
dîmes à Au trecourt où le maire, M. Pasquier, nous
offrit l'hospitalité. Ce fut la que nous attendîmes
l's événements. Bientôt devant nos yeux appa-
rurent les Français opérant une retraite préci-
pitée, et c'est à ce moment que nous reçûmes
les premiers blessés. ,
Il fallut dès lors détacher nos regards du triste
spectacle qui se déroulait devant nous : il fallut
8
songer aux victimes de la guerre. Les premiers
malades nous arrivèrent d'eux-mêmes; leurs
blessures étaient généralement peu graves ; bien-
tôt d'autres suivirent, transportés par leurs ca-
marades. Opérations, extractions de balles, am-
putations, pansements se succédèrent alors sans
interruption jusques à la nuit complète.
Le soir nous nous rendîmes sur le champ de
bataille, et jusques à minuit nous fûmes occupés
à panser et à faire transporter les blessés. Quel-
ques chirurgiens se rendirent également au mou-
lin de Pourron, à peu de distance d'Autrecourt,
et y pansèrent 4 6 blessés allemands qui furent
ensuite dirigés sur une ambulance prussienne.
Le jour de la bataille de Beaumont, l'ambu-
lance avait été organisée à la hâte ; les blessés
furent entassés dans les granges, les hangars,
l'église du village ; mais dès le,lendemain on
s'occupa de leur placement dans diverses mai-
sons du voisinage où ils demeurèrent jusques
au moment où nous quittâmes Autrecourt, c'est-
à-dire le 19 septembre et même à cette époque,
les blessés en traitement furent remis aux mains
de M. le docteur Sautereau qui continua à leur
donner les soins que nécessitait leur état.
Nous allons à présent donner autant que nous
le pouvons le nombre des blessés, tant français
que prussiens ; nous essaierons de classer les
blessures suivant leur siège, suivant leur na-
ture, suivant leur gravité. Plus tard, nous es-
saierons d'en faire ressortir quelques remarques
générales et d'en tirer quelques conclusions.
9
AMBULANCE D'AUTRECOURT
(Du 30 août au 19 septembre 4 870.)
BLESSÉS DE L'ARMÉE ALLEMANDE
A l'ambulance d'Autrecourt (1), nous eûmes à
soigner 224 Allemands ; toutes les blessures
avaient été produites par des armes à feu ; il n'y
avait aucune plaie par armes blanches. Les
blessures, quant au siège, se répartissent de la
manière suivante :
Tête. 8. De ces huit blessures de tête, une seule
intéressait le crâne, une le nez, une l'œil droit ; cette
dernière était une plaie contuse avec lésion du globe
oculaire et épanchement sanguin dans les milieux de
l'œil. Les autres plaies intéressaient/la face propre-
ment dite ; dans un cas, la balle entrée au niveau du
nez était sortie vers la région parotidienne droite ; il
y eut paralysie facile ; le blessé guérit. Dans un au-
tre cas, il y avait fracture du bord alvéolaire du ma-
xillaire inférieur, et blessure de la langue. Il y eut
aussi deux fractures du maxillaire supérieur; dans
un cas, le blessé guérit ; dans l'autre, le blessé mou-
rut le quinzième jour. Il s'agissait d'une fracture du
maxillaire supérieur et du temporal du côté droit ; il
y eut des hémorrhagies consécutives le 10, le 41 et
Je 42 septembre. M. Terrier fit la ligature de la caro-
tide primitive droite, mais le blessé mourut le 14 sep-
tembre, après une autre hémorrhagie.
(1) Après le départ d'une partie du personnel pour Se-
dan, l'ambulance d'Autrecourt fut placée sous la directe n
de M. Terrier, à l'obligeance duquel nous sommes rede-
vable de la plupart des renseignements que l'on trouvera
dans cette relation.
16
Cou. 4 Plaie légère du cou par éclat d'obus.
Région claviculaire. 2. Plaie légère de la région
claviculaire gauche.
- Epaule.. 9. Nous avons à noter 4 blessures de
l'épaule droite, dont une luxation que l'on réduisit à
l'entrée du blessé à l'ambulance, 3 blessures de l'é-
paule gauche, 2 de l'épaule". Tous ces blessés guéri-
rent ou étaient en voie de guérison. Il n'y avait d'ail-
leurs aucune plaie pénétrante de l'articulation.
Bras. 44. Parmi cos onze blessures du bras, cinq
intéressaient le bras droit ; il y avait deux plaies en
séton et dans un seul cas, fracture de l'humérus. Le
bras gauche compta quatre blessures sans fracture de
l'humérus. Enfin notons encore deux plaies en séton
du bras ? Parmi ces blessés nous n'avons à signaler
aucun cas de mort.
Coude. 2. Parmi ces deux blessures du coude,
l'une non pénétrante intéressait le côlé gauche, l'au-
tre pénétrante avec fracture commiutive, intéressait
le côté droit; elle nécessita l'amputation immédiate
du bras, et le blessé guérit. (Voir plus loin : opé-
rations).
Avant-bras. 2. Nous avons à noter : 4° une
plaie en séton de l'avant-bras droit, plaie par une
balle et qui marcha rapidement vers la guérison ;
2° une plaie en séton de l'avant-bras gauche, avec
fracture du radius ; on appliqua un appareil inamo-
- vible plâtré, et le blessé guérit.
Main. 11. - Parmi ces onze blessures, signalons
quelques blessures légères du poignet, du pouce ainsi
que du médius et de l'annulaire droit ; notons une
amputation traumatique de l'index gauche, une autre
du médius gauche; signalons surtout une plaie con-
tuse avec fracture du pouce droit, blessure pour la-
quelle un chirurgien bavarois avait fait le jour même
la désarticulation du premier métacarpien.
11
Hanche. 0.
Cuisse. 27. Dans ce total de 27 blessures, nous
notons : blessures de la cuisse droite avec fracture,
une ; sans fracture, neuf; dont quatre plaies en séton :
blessures de la cuisse gauche avec fracture, deux ; sans
fracture, sept : blessures de la cuisse? (plaies légères
pour la plupart) six : blessures intéressant à la fois les
deux cuisses, deux. Pour ces divers cas, on fit une
seule amputation ; il s'agissait d'une fracture commi-
nutive du fémur gauche. L'opération (amputation im-
médiate), fut pratiquée par la méthode circulaire. Le
blessé mourut le 19 septembre 1870. Des autres bles-
sés, aucun n'était mort lorsque nous quittâmes Au-
trecourt, mais quelques-uns (plaies avec fracture)
étaient encore dans un état grave.
Genou. 8. 11 y eut un seul cas de plaie péné-
trante du genou droit, traitée par un appareil inamo-
vible; quoique, à notre départ, le blessé ne fût pas
hors de danger, on était en droit d'espérer la guérison.
Il en était de même de trois cas de plaies non péné-
trantes dont un seul donna lieu à des aecidents inflam-
matoires peri-articulaires assez inquiétants. Le ge-
nou gauche présenta un seul cas de plaie non péné-
trante. Enfin, notons encore trois cas de plaies
non pénétrantes du genou ? plaies en voie de guéri-
son.
Jambe. 29. La jambe est la partie du corps qui
nous donna le plus de blessures. La jambe droite fut
intéressée dix fois, et deux fois, il y avait fracture du
tibia et du péroné. Un de ces cas nécessita l'amputa-
tion de la jambe qui fut faite au lieu d'élection
24 heures après la blessure, le 1er septembre. Lo
malade mourut le dix-huitième jour, d'infection pu-
rulente. La jambe gauche nous donna neuf cas de
blessures, dont deux avec fracture ; pour un seul, on
fit l'amputation de la cuisse ; à notre départ, le
- 12
blessé était en voie de guérison. Notons encore trois
plaies du mollet droit, quatre du mollet gauche ; si-
gnalons le trajet d'une balle qui, entrée à la région su-
périeure et externe de la jambe droite, fut extraite
quelques jours après par une incision faite dans la
région du tarse ; enfin notons pour terminer, une
plaie par balle de la région poplitée, à la suite de la-
quelle il y eut arthrite et osteo-myélite du fémur. Le
blessé laissé en traitement à Autrecourt, est mort
plus tard.
Pied. 48. Notons dix blessures du pied droit,
dont trois plaies contuses du gros orteil, un furoncle
du dos du pied, plusieurs abcès des orteils, trois
plaies du talon par suite de fatigues ; huit blessures
du pied gauche, dont une seule intéressant l'articula-
tion tibio-tarsienne. Nous n'avons sur ces différents
blessés aucun cas de mort à signaler.
Poitrine. 43. Nous avons à noter six plaies
pénétrantes de poitrine et sept non pénétrantes, dont
une avec fracture de côtes. Les plaies pénétrantes don-
nèrent trois cas de mort, un au bout de 24 heures, un
autre au bout de 48 heures. Le troisième cas consis-
tait en une plaie pénétrante de poitrine par une balle
qui entrée vers le bord droit du sternum, au niveau
du deuxième espace intercostal, avait lésé l'artère
mammaire interne. Le blessé eut des hémorrhagies
le 13 et le 45, et il mourut le 46, à la suite d'une nou-
velle hémorrahagie. Les autres blessés, en voie de
guérison, furent évacués sur Sedan, le 16 sep-
tembre 1870.
Abdomen. Plaie non pénétrante; guérison.
Dos. 4. Plaie légère ; guérison.
Fesse. 0.
Bourses. 6. Tous les blessés guérirent.
lIIedecine. 5. Notons seulement cinq cas de mé-
déoine proprement dite, un cas de bronchite, un cas
-13 -
d'affaiblissement suite de fatigues, un cas de diarrhée,
deux cas de fièvre typhoïde dont l'un paraissait assez
grave.
Nous ne voulons pas terminer cette nomencla-
ture sans citer les soins donnés à 67 Prussiens,
Bavarois ou Badois, blessés la plupart légère-
ment et qui le troisième jour, furent évacués sur
une ambulance allemande.
Si nous récapitulons maintenant, nous aurons
le tableau suivant :
Guéris on évacués
Siège de la blenure. Noabre. en Etat grave. Mort.
voie de guérison.
Tête. 8 6 1 1
Cou., 1 1 » »
Région claviculaire. 2 2 » »
Epaule. 9 9 » »
Bras. 11 10 1 »
Coude. 2 2 » »
Avant-bras. 2 2 » »
Main. 11 11 » »
Hanche » » » »
Cuisse. 27 23 3 1
Genou. 8 7 1 »
Jambe. 29 26 1 2
Pied. 4 8 18 » »
Poitrine. 13 10 » »
Abdomen. 1 1 » »
Dos 1 1 ? M
Fesses » » » *
Bourses. 6 6 » »
Médecine. 5 4 1 »
Divers. 67 67 » »
Total. 221 206 8 7
Tel est malheureusement avec nombre de la-
1 IL. -
cunes, le_ bilan des blessés allemands ; nous
allons à présent, procéder dans le même ordre
pour les blessés de l'armée française.
BLESSÉS FRANÇAIS
Sur les 424 blessés français que nous eûmes à
soigner à Autrecourt, toutes les plaies avaient
été produites par les armes à feu (canon et fusil) ;
dans un seul cas, nous observâmes un coup de
baïonnette au côté gauche, plaie légère qui guérit
rapidement. Quant aux blessures par armes à feu,
elles se répartissaient de la manière suivante :
Tête, 9. Il y avait 5 plaies du crâne, dont 4 non
pénétrantes; l'autre, pénétrante, produite par une
balle ne causa aucun accident primitif; il y avait quel-
ques esquilles osseuses qui étaient mobiles au moment
de son évacuation le 15 septembre. Parmi les autres
plaies, citons 4° une contusion de l'œil droit; 2° une
plaie de la face et du nez pour laquelle on fit la suture;
30 une plaie de la lèvre inférieure avec fracture du
maxillaire supérieur, 4° une plaie en séton au niveau
du menton, avec fracture d'une incisive.
Cou, 0.
Épaule, 4 4. Épaule droite 5 ; épaule gauche 4;
épaule? 2. Parmi ces blessures, il faut signaler particu-
lièrement une plaie de l'épaule droite avec fracture de
l'omoplate par éclat d'obus : une plaie en séton au
niveau de l'articulation de l'épaule droite, et enfin une
plaie de l'épaule gauche, par une balle, avec fracture
de l'omoplate.
Bras, 43. Parmi ces 13 blessures du bras, 5 sié-
gaient au bras droit ; une seule était compliquée de
fracture de l'humérus, 4 siégaient au bras gauche,
et 2 étaient avec fracture. Notons encore 4 cas de
15
plaies légères du bras? Aucune de ces blessures, la
plupart en sétôn, ne nécessita d'opération grave, et
tous les malades furent évacués dans un état satisfai-
sant.
Coude, 6. Les blessures du coude présentèrent
un caractère grave ; 4 étaient pénétrantes et avec
fracture comminutive; 2 étaient non pénétrantes;
elles guérirent rapidement. Quant anx 4 plaies péné-
trantes du coude, 3 siégeaient au coude gauche, une au
coude droit; dans 3 cas, on fit l'amputation du bras
(2 amputations immédiates, une secondaire); tous ces
blessés étaient en bonne voie, lors de notre départ.
Avant-bras, 9. L'avant-bras droit fut 5 fois in-
téressé : une fois, il y avait fracture des deux os ;
2 fois, fracture du cubitus seul ; 2 fois il n'y avait pas
de fracture. L'avant-bras gauche présenta un cas de
plaie avec fracture du cubitus et un cas de plaie sim-
ple. Citons encore 2 autres cas de plaies de l'avant-
bras? qui guérirent rapidement.
Main, 9. Parmi ces 9 blessures, signalons sur-
tout 4° l'enlèvement de l'auriculaire droit par une
balle, 2° l'amputation traumatique de l'annulaire et de
l'auriculaire droit, 3° une fracture du médius droit,
4° une plaie du poignet gauche.
Hanche, 1. Plaie légère de la hanche droite.
Cuisse, 18. La cuisse fut intéressée 48 fois. No-
tons : plaie de la cuisse droite avec fracture du fémur :
4 cas ; sans fracture ; 5 cas. Plaie de la cuisse gau-
che, avec fracture du fémur : 3 cas ; sans fracture :
2 cas. Plaie de la cuisse? avec fracture: un cas ; sans
fracture: 2 cas. Plaie en séton, par une balle, inté-
ressant les deux cuisses, un cas. Pour 3 des plaies de
la cuisse droite avec fracture du fémur, 3 amputations
furent faites; l'une le 2 septembre, et le blessé mourut
le 19 d'infection purulente; un aùtre amputé avait
lors de notre départ, des frissons d'infection puru-
16 -
lenle; il mourut peu de temps après; le 3e blessé eut
d'abord des accidents hémorrhagiques qui nécessitè-
rent la ligature de la fémorale le 17 septembre, puis
l'amputation de la cuisse le 18; le 19 septembre, nous
le laissâmes dans un état assez satisfaisant, mais il
mourut plus tard d'infection purulente.
Parmi les 5 fractures de cuisse dont nous tentàmes
la conservation du membre, un seul blessé a succombé
le 17e jour; le 19 septembre, quand nous avons
quille Autrecourt, trois au moins étaient dans un état
assez satisfaisant.
Genou, 1. Il n'y eut à noter qu'une seule plaie
pénétrante de l'articulation du genou droit ; on tenta
d'abord la conservation ; mais des accidents survinrent
qui nécessitèrent l'amputation de la cuisse. L'opéra-
tion fut faite le 17e jour et le blessé mourut le 19e jour.
Jambe, 18. Sur ce total de 18 blessures à la
jambe nous avons à citer : jambe droite avec fracture
2 cas ; sans fracture, 4 cas ; jambe gauche avec frac-
ture, 3 cas, sans fracture, 3 cas. A ce bilan, ajoutons
encore 4 plaies en séton du mollet, dont 2 au mollet
droit et 2 au mollet gauche.
Parmi les fractures de la jambe droite, une néces-
sita l'amputation de la cuisse, et le malade était en
voie de guérison. Quant aux 3 fractures compliquées
de la jambe gauche, deux siégeaient assez bas, et
dans les 3 cas, l'amputation fut jugée nécessaire ; une
fois, on fit l'amputation de la cuisse (méthode circu-
laire) le jour même de la blessure et le blessé était en
voie de guérison très-avancée ; dans le deuxième cas,
on fit l'opération circulaire de la jambe, et le blessé
guérit, enfin dans le troisième cas, l'amputation fut
faite deux jours après la blessure (méthode à lambeau
postérieur) ; l'opéré mourut le dix-huitième jour
d'infection purulente,
Pied, 7. Commençons par signaler une plaie
17
2
avec fracture du pied droit, pour laquelle fut faite une
amputation sus-malléolaire dont le malade guérit. Ci-
tons encore une autre blessure simple du pied droit,
une du pied gauche, une plaie non pénétrante de
l'articulation tibio-tarsienne, une angioleucite du
pied, suite de marche, une entorse. Terminons par un
malheureux blessé par éclat d'obus, et auquel on fit,
à droite, une amputation sus-malléolaire, el à gauche,
une résection des deuxième et troisième métatarsiens.
U était d'ailleurs en voie de guérison.
Poitrine, 4. Sur ces quatre plaies il y en avait
deux pénétrantes, et les blessés furent évacués sur
Sedan, le 1 + septembre, en voie de guérison. Les deux
autres plaies, non pénétrantes, étaient, l'une une
plaie en séton du thorax à droite, l'autre une plaie
contuse par éclat d'obus à gauche.
Abdomen, 4. Plaie en séton de la paroi abdomi-
nale, non pénétrante. Guérison.
Dos, 1. Contusion lombaire légère par éclat
d'obus. –Guérison rapide.
Fesses, P. - Trois fois la fesse droite fut intéressée, et
les blessures ne présentèrent pas de gravité; une
fois, il y avait une plaie en séton des deux fesses ; en-
fin, dans un autre cas, la fesse gauche fut frappée par
une balle qu'on ne put extraire, mais qui ne produisit
pas d'accidents.
Bourses, 1. Contusion simple par éclat d'obus.
Blessures multiples, 5. Nous notons sous cette
rubrique un certain nombre de contusions dans di-
verses parties du corps, et qui marchèrent rapidement
vers la guérison.
Divers, 5. Diarrhée, 3 cas ; fatigues, 2 cas.
Nous pouvons à présent récapituler ces di-
verses blessures, comme nous l'avons fait pré-
cédemment, et nous aurons le tableau suivant :
18
BLESSÉS FRANÇAIS : 124.
Guéris on évacués
Siég® de la blessure. Nombre en État grave. Mort.
voie de guérin.
Tête 9 8 1 »
Cou. » » » »
Région claviculaire. » » » »
Epaule. Il H » »
Bras 1 a 13. » IJ
Coude. ti 6 » »
Avant-bras. 9 l) » »
Main. , , , SI 9 » »
Hanche. 1 » »
Cuisse 48 13 1 4
Genou. 4 » » 4
Jambe 48 16 4 4
Pied. 7 7 » »
Poitrine. 4 4 » »
Abdomen 4 1 » »
Dos. 1 4 » »
Fesses 5 5 » 1
Bourses. 1 4 » »
Plaies multiples. 5 5 » »
Divers 5 5 » Il
Total 124 415 3 6
Ainsi donc, à Autrecourt, 221 blessés alle-
mands et 424 blessés français furent soignés
par l'ambulance no 5, du 30 août au 19 septem-
bre 1870. Pendant ce laps de temps, 19 grandes
opérations furent pratiquées. Nous passons sous
silence les nombreuses extractions de balles et
d'éclats d'obus qui furent faites; malheureuse-
ment, on ne put en relever le compte exact, et de
nombreuses lacunes existent à ce sujet. Ici donc,
19
comme d'ailleurs pour les autres lieux où nous
établîmes des ambulances, nous ne relèverons
avec soin dans un tableau spécial, que les ligatu-
res et les amputations ou résections. A Autre-
court, les opérations nous donneront le tableau
suivant :
§ 1. OPÉRATIONS PRATIQUÉES SUR LES BLESSÉS
ALLEMANDS
4. lUTG Julius, (34 ans, 96e rég. inf.allemande, lieu-
tenant). Fracture compliquée de la jambe
gauche ; fracture compliquée de la jambe
droite.
Amputation de la jambe droite au lieu
d'élection, 24 heures après la blessure, le
4 septembre. Mort d'infection purulente le
le 4 8 septembre.
2. KAHLENBURG, Hermann, (sous-officier allemand).
Fracture comminutive de la jambe gau-
che.
Amputation de la cuisse; voie de guérison.
3. (soldat prussien). - Fracture comminutive
du fémur gauche. Amputation immédiate
(méthode circulaire). Mort le 19 sept.
4. * (soldat bavarois). Plaie contuse et frac-
ture du pouce droit. Plaie en séton du bras
droit.
Amputation immédiate du pouce droit.
Guérison.
5, KUHLER, Gustave, 22 ans (7e régiment Altembourg).
Fracture comminutive du coude droit.
Amputation du bras. Méthode circulaire.
Guérison.
9. NICKLAUS, Émile, (96e régiment inf. allemande,
sous -officier). - Plaie de la face. Fracture
20
du maxillaire supérieur. Hémorrhagies con-
sécutives, les 4 0, 44 el 42 sept.
Ligature de la carotide primitive le 12 sept.
Mort le 44.
§ 2. OPÉRATIONS PRATIQUÉES SUR LES BLESSÉS
FRANÇAIS.
4. CHADRIN, Jean, 22 ans, (58e de ligne). Fracture
comminutive du coude gauche.
Amputation du bras (méthode circulaire).
Voie de guérison.
2. BOUILLON, 26 ans, (4 4 e deligne). Fracture com-
minutive du coude gauche.
Amputation du bras. Guérison très-avan-
cée..
3. BERTRAND, Louis, 22 ans, (58e de ligne). Plaie
et fracture comminutive du coude droit.
Amputation immédiate du bras (méth.
circulaire). Voie de guérison avancée.
4. MENJAUD, Èmile, 25 ans, (22E de ligne). - Frac-
ture comminutive du fémur droit, avec plaie.
Amputation de la cuisse , 30 heures après
la blessure.
Mort le 4 9 septembre d'infection purulente.
5. COUDRAY, Jean, 24 ans, (20e de ligne). Fracture
comminutive avec plaie de la cuisse droite.
Amputation de la cuisse, frisson d'infec-
tion purulente.
Est mort après le départ de l'ambulance.
6. DREANO, Billy, 25 ans, (34" de ligne). Fracture
comminutive de la cuisse droite. Hémorrha-
gies consécutives.
Ligature de la fémorale le 47 septembre,
à la base du triangle de Scarpa.
Amputation de la cuisse le 48 septembre.
21 -
Le blessé a succombé après le départ de
l'ambulance.
7. DELCAIN, Jean, 26 ans, (58e de ligne). Fracture
comminutive de la jambe gauche.
Amputation de cuisse immédiate (méthode
circulaire) Voie de guérison avancée.
8. BEAUMONT, Jean-Marie, 24 ans. Fracture com-
pliquée de la jambe droite.
Amputation de la cuisse. Voie de guéri-
son.
9. MONTMORY, Ernest, 29 ans, (53e de ligne.) Plaie
et fracture de la jambe gauche.
Amputation circulaire de la jambe.
Voie de guérison.
<0. ROMÉAND, Louis-Ernest, 24 ans, (20e de ligne,
sergent-major). Fracture avec plaie de
la jambe gauche.
Amputation trois jours après la blessure
(méthode à lambeau postérieur (3 sept.).
Mort le 4 8 septembre, d'infection purulente.
<4. LATE, Pierre, 23 ans, (58E de ligne). jPlaie péné-
trante de l'articulation du genou droit.
Amputation de la cuisse, après 48 jours.
Mort le 19 septembre.
42. LANTSCHE, Jacob, 22 ans, (27E de ligne). Frac-
ture du pied droit par éclat d'obus.
Amputation sus-malléolaire ; va très-bien.
43. GAILLARD, Auguste, 26 ans, (4 4e de ligne).
Plaies des deux pieds par éclats d'obus.
Amputation sus-malléolaire à droite (im-
médiate). Résection des 2e et 3° métatarsiens
à gauche. Voie de guérison avancée.
Nous ne pouvons quitter l'Ambulance d'Autre-
court sans parler d'une violation de la Conven-
tion de Genève par l'armée allemande. C'était,
22
si nous ne nous trompons, le lendemain du com-
bat de Beaumont ; le général Schuller vint avec
un corps de troupes séjournerà Autrecourt. M. le
maire, dans l'habitation duquel l'ambulance était
installée, fut requis par le commandant d'avoir
à lui servir à déjeuner pour quelques personnes.
« Les officiers prussiens (c'est un fait d'observa-
tion) sont souvent polis quand le dîner est bon et
qu'on ne décline pas, fût-ce en cas d'impossibi-
lité, leurs demandes de Champagne, cap ils sont
persuadés qu'il coule en France comme l'eau des
fleuves. » Le repas préparé par les soins du
maire, ne fut pas, paraît-il, du goût du général
Schuller qui donna l'ordre à 200 soldats d'occu-
per militairement la maison du fonctionnaire
français. L'ordre fut bientôt exécuté. C'est en vain
que M. Trélat fit observer que l'habitation était
occupée par une ambulance constituée et fonc-
tionnant régulièrement, et que les appartements
étaient remplis de blessés; on ne voulut pas faire
droit à ses justes réclamations. C'est alors que,
pour lui dénoncer cette violation d'un traité signé
par la Prusse, on rédigea une protestation adres-
sée au roi Guillaume. Quelques heures plus
tard cependant, la réflexion vint probablement
au commandant prussien qui fit retirer ses trou-
pes., et qui sans doute passa sur d'autres la mau-
vaise humeur et le mauvais vouloir qu'il ue cessa
de nous montrer pendant son court séjour dans
le village d'Autrecourt.
- In -
CHAPITRE III
L'AMBULANCE DE LA RAMAURIE
Bataille de Sedan Une partie de l'ambulance
n° 5 se transporte à la Ramaurie. Réponse à
qprelqiiee acensnticiH lancées «nrire 'les ambu-
luncfS inteioatioiiaies.
Telle était l'ambulance d'Autrecourt; mais,
comme on le sait, la bataille de Beaumont eut
son lendemain. Mouzon, Rernilly, Bazeilles, La-
moncelle, Givonne, Sedan devinrent le théâtre
4e nouvelles luttes ; leurs champs furent couverts
de nouveaux blessés. M. Trélat détacha alors
une partie de l'ambulance vers Sedan, et le 3
septembre nous allions nous établir à la Ra-
maurie, vaste propriété située à environ 3 kilo-
mètres de la ville.
A la Ramaurie de même qu'à Autrecourt, les
blessés ne nous firent pas défaut ; nous en eûmes
bientôt près de deux cents. Les ambulances ce-
pendant étaient nombreuses; elles arrivèrent
d'ailleurs successivement et c'est ainsi que nous
trouvâmes bientôt autour de nous les ambulan-
ces numéros 2, 3, 6, 7, 10, 11, etc. Toutes ces am-
bulances, nous osons le dire, ont rendu de grands
services et ne méritèrent pas les reproches for-
mulés à la bâte par un correspondant de journal
en quête de nouvelles, reproches qui d'ailleurs fu-
rent repoussés avec énergie.
Voici d'ailleurs le cas auquel nous faisons
allusion. Le 15 septembre nous trouvâmes dans
24
l'Echo du Parlement (journal belge) l'article sui-
vant reproduit d'un journal anglais, le Daily Te-
legraph.
Je crains beaucoup, et en parlant ainsi je crois
parler dans l'intérêt des deux partis, que, dans l'ap-
plication des immenses souscriptions faites par la So-
ciété internationale, le public charitable de l'Europe
soit quelque peu induit en erreur. Dans toutes les villes
et dans chaque hôtel des villes que j'ai visitées durant
ces derniers mois, il se trouve beaucoup d'hommes de
ces ambulances prenant leurs aises, n'accomplissant
rien de l'œuvre qu'ils se sont volontairement engagés
à faire.
Par exemple, il y a ici, près de Bouillon, un village
appelé Givonne, sur la route de Sedan et à environ
3 milles de cette dernière place. A Givonne, il y a peut-
être 280 ou 300 blessés, dont une centaine sont Prus-
siens. Ceux-ci ont leurs propres chirurgiens militaires,
leurs propres ambulances, le tout admirablement or-
ganisé.
Leur armée est entrée en campagne, complétement
préparée à soigner ses propres blessés. Les Français
sont arrivés comme d'habitude, se fiant au hasard et
à la Providence, n'ayant aucun hôpital à eux apparte-
nant. A Givonne. ils se sont fiés aveuglément, comme
ils paraissent l'avoir fait pour toutes choses pendant
cette guerre, aux bons offices des autres.
On s'attend à ce que la Société internationale prenne
à sa charge ces blessés, mais elle ne le fait pas.
J'ai vu une centaine de membres de la Sociélé in-
ternationale qui rôdaient autour des hôtels de Sedan,
Charleville, Bouillon, Francheville et autres lieux,
pendant ces derniers jours. Au moment où j'écris, il
y en a 7 ou 8 qui bavardent sur les marches de l'hôtel.
Il y a 24 heures que je suis ici, et j'ai vu passer trois
2o
vagons d'ambulances chargés d'objets destinés à sou-
lager les blessés. Mais ces messieurs ne se dirigent
guère vers les blessés eux-mêmes.
L'église de Givonne est pleine de ces malheureux
étendus sur la paille humide, sans nourriture, sans
médicaments, privés de lits et de tout ce qui peut les
aider. Le seul secours médical que reçoivent les bles-
sés français leur est donné par les médecins allemands
et les médecins civils de Bouillon. En présence de
l'énorme quantité d'argent souscrite pour cette oeuvre,
je n'ai jamais vu de scènes plus inutiles. Je ne suis
qu'un oiseau de passage ; dans 24 heures, je serai bien
loin de Bouillon, mais je ne puis assez recommander
à la Société internationale d'envoyer ici un homme de
confiance pour surveiller ce qui se passe. Ces mes-
sieurs parcourent le pays, passent leur temps à faire
de l'embarras dans les hôtels, à chanter leurs propres
louanges et à faire très-peu de chose.
Ce n'est pas mon opinion à moi seul ; aujourd'hui
même, pendant que trois correspondants des journaux
auglais et le correspondant du principal journal de
New-York déjeunaient ensemble, quelques Français
s'approchèrent d'eux et les supplièrent d'écrire et de
faire connaître à leurs journaux l'état des ambulances
• de la Société internationale et la façon d'agir de gens
qui s'imaginent n'avoir autre chose à faire que de se
promener de ville en ville et parler de ce qu'il y a à
faire.
Les militaires français et allemands sont d'accord
sur ce point. Dans aucune de ces ambulances, aucun
de ces infirmiers amateurs n'a jamais ôté son habit
pour se mettre à l'ouvrage. Je ne fais exception que
pour quelques volontaires allemands qui sont venus à
la frontière pour prêter leur concours dans les hôpi-
taux. Ceux-là sont forcés de travailler sous l'œil des
autorités allemandes et sous peine d'être mis à la porte.
26
Les sœurs de charité françaises ou allemandes sont,
comme toujours, prêtes à tout. Quelles femmes admi-
rables ! celles-là agissent et ne parlent pas. Mais je
vous assure que, grâce au nombre de flâneurs qui por-
tent le brassard de la croix rouge et qu'on rencontre
à la porte de tous les hôtels de l'Alsace, des Ardennes
et de la frontière belge, la Société internationale est
en train de devenir une triste plaisanterie sur le théâ-
tre de la guerre.
Je suis heureux que, dans cette mêlée, il y ait peu
d'Anglais. Ce sont pour la plupart des Français, et des
Parisiens, qui, en vestons de velours bien coupés,
chaussés de guêtres élégantes et coiffés de casquettes
à la croix rouge, des brassards au bras, de prodigieux
havre-sacs et des gourdes à la ceinture, se croient à
un agréable pique-nique.
Ils vous racontent de longues histoires sur les hor-
reurs des champs de bataille dont ils n'ont jamais ap-
proché et les dangers des bombes qu'ils n'ont jamais
vues. De temps en temps ils vont visiter les ambulan-
ces établies dans les villes; mais ces messieurs en guê-
tres trouvent toujours qu'il n'y a rien à faire et s'en
vont un peu plus loin. Comment se fait-il que quatre
ou cinq de leurs ambulances aient passé par ici et aient
laissé ces 200 blessés de Givonne mourir de besoin?
La Société internationale est sans doute une excel-
lente institution, mais elle engendre de grands abus.
Sans doute quelques-unes des ambulances ont fait
leur devoir, mais je suis certain, et tous ceux qui ont
visité les lignes françaises confirmeront mon dire,
qu'il y a un désordre énorme dans la plupart et, bien
qu'on ait souscrit deux fois l'argent nécessaire pour
pourvoir à tous les besoins, des centaines de blessés
meurent littéralement de faim, de soif eL d'abandon,
pendant qu'ils souffrent de leurs blessures ouvertes et
de leurs membres amputés.
27
J'engage vivement la Société internationale à orga-
niser, en Belgique ou en France, quelque chose de
pratique et à éloigner des hôpitaux tous ces amateurs.
Les malades n'ont pas besoin des jeunes gens à guê-
tres élégantes ou des femmes fortes des îles Britanni-
ques ; qu'on leur envoie de bons chirurgiens bien
rémunérés, des sœurs de charité comme il y en a par-
tout. Dès l'instant où la femme amateur est admise
dans un hôpital, il en résolledes inconvénients sans fin.
J'ai vu à Metz, dans un hôpital, un amateur prus-
sien, suivi de deux femmes habillées en homme, et
toutes deux étaient de celles que je ne présenterais ni
à ma femme ni à ma fille. Les sœurs de charité ne
demandent pas d'argent; elles se contentent de la
nourriture, du logement et d'un léger cadeau à leur
couvent. Qu'on n'oublie pas non plus que beaucoup
de ces hôpitaux devront garder leurs malades pendant
des mois. La plupart doivent être permanents. Il faut
le dire, les Français n'ont eu aucun souci de ce que
deviendraient leurs blessés. Si la plupart de leurs me-
sures ont été détestables, en ce qui concerne les bles-
sés, elles ont été simplement indignes.
Commencer une guerre et laisser à l'ennemi le soin
de traiter les victimes, est une des choses les plus in-
humaines que l'on ait eu jamais à enregistrer dans les
annales de la guerre.
(Echo du Parlement, 15 septembre 1870.)
Cet article ne pouvait rester sans réponse et
voici, en effet, ce que nous lisons dans le numéro
du 20 septembre 1871 :
« Les deux lettres suivantes, qui nous sont adressées
de Sedan, contiennent des protestations énergiques
contre les observations d'un correspondant du Daily
Télégraphe confirmées depuis par un correspondant
28
du Times et par d'autres journaux encore, au sujet de
la conduite de certains individus qui, sur les champs
de bataille, compromettent le brassard de la croix
rouge.
« On remarquera que les auteurs des deux lettres qu
suivent reconnaissent eux-mêmes l'existence de ces
abus. La reproduction des lettres du Daily Telegraph
et du Times dans nos colonnes n'a eu d'autre but que
d'attirer l'attention de la Société Internationale sur
des actes qu'il doit être en son pouvoir d'empêcher
dans une certaine mesure, en refusant impitoyable-
ment le brassard aux personnes qui n'en sont pas
dignes et en exerçant une surveillance sévère sur
ceux qui en abusent.
« Pour le reste, il va de soi qu'il n'est pas plus
entré dans les intentions des journaux anglais que
dans les nôtres de diminuer en quoi que ce soit le
mérite de ceux qui se dévouent et qui acquièrent
ainsi des titres à la profonde reconnaissance de tous
les cœurs charitables.
« Cela dit, voici les lettres qui nous sont adres-
sées : »
Sedan, 17 septembre.
A Monsieur le Rédacteur en chef de
l'Echo du Parlement.
Monsieur,
Yolre numéro du 45 ne nous parvient qu'aujour-
d'hui, car nous n'avons ici de journaux, de lettres ou
enfin de nouvelles que par les communications offi-
cieuses.
Nous y lisons avec un profond étonnement l'article
adressée au Daily Telegraph, en date de Bouillon, et
relatif aux ambulances internationales.
Bien que notre temps soit employé à agir et non à
29
écrire, nous voulons, ou plutôt je viens, de mon propre
mouvement, au nom de mes concitoyens, protester
contre l'appréciation faite des comités d'ambulance
ou de leurs membres en particulier par l'auteur de
cet article-
Je ne crois ni à de la mauvaise foi ni à un parti
pris de dénigrement, mais alors il existe une grande
confusion dans son esprit entre les porteurs de croix
reuge, qu'on rencontre, il est vrai, en grand nombre
sans emploi ni mandat, et les hommes qui avec cet
insigne du droit international, se dévouent corps et
âme au soin de tous les malheureux blessés.
Il y a une foule d'ambulances qui rivalisent de
peine et d'abnégation pour elles-mêmes, mais de
soins, d'attentions et de dons pour les blessés.
Si avec une légèreté que tous les gens sérieux re-
grettent, on a laissé porter à des touristes plus ou
moins indifférents ou viveurs, nn brassard qui signifie
dévouement, humanité et oubli de soi-même, il ne
faut pas faire retomber le fâcheux effet de cette faute
sur ceux qui méritent, au contraire, l'estime et la re-
connaissance à tous égards.
Nous ne voulons désigner aucune ambulance, car
si certaines étaient mieux fournies en approvisionne-
ment, en vivres, en argent, en matériel de pansement,
toutes ont fait avec le même dévouement leur œuvre
de peine et de désintéressement. Certains de leur
membres ont déjà payé de leur santé et même de leur
vie, une existence pénible dans un air empoisonné, et
si quelques-uns ont apporté, comme le dit le Daily
Telegraph, des guêtres neuves, ils les emporteront
couvertes d'une poussière et d'un sang qui leur rap-
pelleront de tristes et de sérieux souvenirs.
Quant aux buveurs de champagne vus à Givonne ou
aux environs, ceux-là n'avaient de nos sauveurs que les
insignes trompeurs, et personne ici ne s'y est mépris.
30
Je m'arrête, car les moments sont précieux, mais
je vous serai reconnaissant d'accueillir en échange de
l'article en question cette simple lettre qui n'est qu'un
faible écho d'une reconnaissance partagée par tous.
Agréez, M. le Rédacteur, l'expression de mes meil-
leurs sentiments. Un SEDANAIS,
qui voit de près les ambulances.
La Ramaurie, près Sedan, samedi 17 septembre.
Monsieur le Rédacteur,
Votre numéro du 15 septembre contient une corres-
pondance, adressée de Bouillon au Daüy Tekgraph
sur le rôle des ambulances de la Société Internatio-
nale pendant les six dernières semaines. Je vous de-
mande, Monsieur, de publier dans votre journal une
courte réponse à cet acte d'accusation lancé avec une
déplorable légèreté par un rédacteur qui déclare
n'être qu'un oiseau de passage, et qui a trouvé le dé-
nigrement systématique plus court et plus facile que
l'examen consciencieux.
Le correspondant du journal anglais confond les
ambulances volontaires de la Société Internationale
avec les ambulances de l'armée française. Ce3 der-
nières appellent une réforme profonde, déjà étudiée
dans notre pays, et dont la nécessité est rendue évi-
dente par les derniers événements. Je me hâle d'a-
jouter que cette réforme doit porter sur l'organisation
qui est vicieuse, et non sur le personnel.
Quant aux ambulances civiles, je ne sais vraiment
où le malveillant reporter a pu faire ses observations.
Oui, certes, il est vrai qu'au premier moment, nous
avons manqué presque de tout pour nos blessés ; mais
nousavonssouffert nous-mêmes de la même pénurie, et
coupés de nos centres d'approvisionnements , installés
dans un pays ravagé, n'ayant que de faibles moyens
31 -
de transport, il nous a fallu chercher au loin un ra-
vitaillement difficile.
C'est alors que nous avons trouvé le concours em-
pressé des Belges, des Luxembourgeois, et même celui
des chevaliers de Saint-Jean. Que tous ceux-là soient
publiquement remerciés, vous surtout, Belges et
Luxembourgeois dont la sympathie a été si douce à
nos immenses douleurs.
Est-ce à dire, cependant, que nous ayons laissé à la
charge d'autrui nos blessés dénués de tout ? Le cor-
respondant le dit. C'est un odieux, je dirais presque
un lâche mensonge. Partout où nous avons séjourné,
nous avons nourri les malades et bien souvent les ha-
bitants.
Notre première ambulance est enfermée à Metz et
ne doit. pas manquer de travail. La seconde a soigné
600 blessés à Mouzon. La troisième, difficilement
échappée de l'armée du général Steinmetz qui l'a
maltraitée, a 150 blessés au château de Lamécourt,
mis à sa disposition par M. de Montagnac. La qua-
trième a eu 1,200 blessés à Beaumont. La cinquième
que je dirige a eu 300 blessés à Autrecourt, près
Mouzon et 200 à la Ramaurie, près de Sedan. La
sixième se partage entre Douzy, Remilly et Sedan où
ses blessés sont remarquablement installés.
le ne vous parlerai pas des autres ambulances dont
je connais moins bien la situation, car j'ai l'habitude
de ne parler que de ce que je sais ; mais j'ai tout lieu
de croire que toutes ces fables de vestons courts bien
coupés, de flâneries dans les hôtels, doivent être
rejetés sur ces nuées de flâneurs à brassard, prome-
neurs timorés et curieux qui, en effet, inondent les
routes et les villes..
C'est à eux sans doute qu'il faut adresser cette pa-
role dure « qu'aucun de ces infirmiers amateurs n'a
même ôlé son habit pour se mettre à l'ouvrage. »
32 -
Mais pour nous, Monsieur, c'est une erreur à ajouter
à toutes celles qui composent cette triste correspon-
dance. Depuis que nous avons quitté Paris, c'est-à-
dire depuis un mois, nous n'avons eu qu'un but :
aider et secourir, et nous l'avons poursuivi dans la
limite de nos forces. Bien que nous soyons de simples
volontaires, nullement préparés et nullement con-
traints à cette vie, nous avons vécu d'une vie dure ;
les champs de bataille nous ont eu pour premiers
visiteurs ; nous avons soigné, pansé, opéré nos blessés;
nous avons enterré nos morts et les sifflements de la
mitraille sont connus de nos oreilles.
Veuillez, Monsieur le Rédacteur, insérer cette lettre.
C'est assez de supporter les douleurs réelles, sans
avoir à subir la calomnie. Je suis persuadé que vous
partagerez ce sentiment et je vous prie d'agréer l'ex-
pression de ma parfaite considération.
U. TRÉLAT,
Chirurgien en chef de la 5e ambulance, chi-
rurgien de l'hôpital de la Pitié à Paris,
professeur agrégé à la Faculté, etc.
Nous avons tenu à rapporter ces différents in-
cidents ; il faut, en effet, que l'on sache que les
ambulances internationales n'ont pas été au-des-
sous de leur tâche, et qu'autant qu'il fut en leur
pouvoir, les chirurgiens volontaires eurent à
cœur d'adoucir les malheurs de la patrie et se
vouèrent tout entiers à la mission qu'ils avaient
entreprise.
33
3
CHAPITRE IV
L'AMBULANCE DE LA RAMAURIE
La Ramaurie. Disposition des locaux. Les
plaies se comportent moins bien qu'à l'ambu-
lance d'Autrecourt.– 1 blessé allemand et 1.35
blessés français sont soignés du 3 au 19 sep-
tembre 1870.
La Ramaurie est une vaste propriété occupée à
présent par une filature dirigée par MM. Gaillard
père et fils. Cet établissement, traversé par un
cours d'eau et comprenant un parc considérable,
laissait quelque peu à désirer au point de vue de
la commodité de l'installation des blessés et au
point de vue de l'hygiène et de la salubrité. L'hu-
midité du sol, en effet, était grande, l'aération
des locaux insuffisante, et c'est probablement à
ces causes que l'on doit s'en rapporter, si l'on
veut expliquer les résultats qui furent notés, ré-
sultats relativement moins satisfaisants que ceux
que l'on observa à l'ambulance d'Autrecourt. Les
plaies marchaient lentement vers la cicatrisa-
tion; leur teinte était blafarde, la suppuration
abondante; les blessés se relevaient difficilement
de l'abattement, de la torpeur dans lesquels ils
étaient plongés, et l'on eut à noter plusieurs
morts causées par l'infection putride. Les toni-
ques cependant ne manquaient pas; le vin, l'al-
cool abondaient par suite de la généreuse libéra-
lité de nos voisins, les Belges et les Luxembour-
geois. qui nous furent d'un immense secours,
alors que nous étions privés des envois du co-
34
mité central, et que nous étions installés dans un
pays complétement ravagé.
Un seul blessé allemand et 135 blessés français
furent traités à l'ambulance de la Ramaurie; le
blessé allemand avait une plaie pénétrante de
poitrine ; il mourut le troisième jour; quant aux
Français, ils avaient tous des blessures produites
par des armes à feu, blessures que, eu égard au
siége,on pouvait répartir de la manière suivaute:
Tête 43. Les ble-suivs dj tête étaient générale-
ment d'une gravité exceptionnelle; il suffit, pour le dé-
montrer de dire que nous perdîmes 9 malades. hfnle-
ment guérirent ou étaient en voie de guérison. Ces
plaies, pour la plupart, étaient compliquées de frac-
tures du crâne dont plusieurs avec issue de substance
cérébrale. Une plaie de tête était produite par une
balle entrée dans la région temporale gauche et sortie
vers la joue droite ; le blessé avait un exophthalmos
considérable. Lors de notre départ, il n'avait pas eu
d'accidents graves. De ces blessés, 6 moururent le
second jour de notre arrivée, 4 le quatrième jour, un
autre le sixième, et enfin le dernier, le huitième jour.
Cou 1. Plaie produite per une balle. Foiml
d'accidents graves.– Guérison.
Région claviculaire 0.–
Epaule 3. 2 plaies en séton et 4 contusion ; les
trois blessés guérirent.
Bras 6.– Le bras droit fut intéressé deux fois ; une
fois la plaie était simple ; l'autre fois elle était compli-
quée de fracture de l'humérus ; le blessé guérit.
Le bras gauche fut intéressé 4 fois ; deux fois, il y
avait fracture; deux fois, les plaies étaient de sim-
ples sétons. Tous ces blessés étaient dans un état sa-
tisfaisant.
35
Coude 1. Nous n'avons à noter qu'une blessure
du coude gauche ; blessure grave avec fracture com-
minutive. L'amputation ne fut pas faite ; on mit le
blessé dans un appareil inamovible plâtré ; mais
bientôt il y eut des décollements assez considérables,
une suppuration abondante, et on évacua le malade
le 17 septembre dans un état grave.
Avant-bras 0.
Main 5. 5 blessures de la -main, dont 4 de la
main gauche. Toutes guérirent.
Il anche 1. Contusion qui guérit rapidement.
Cuisse. Les blessures de la cuisse présentaient
presque toutes une gravité exceptionnelle ; toutes,
excepté 6 qui guérirent, étaient compliquées de frac-
ture du fémur.
Notons d'abord G fractures compliquées de la cuisse
droite dont deux nécessitèrent l'amputation; un des
opérés mourut le 14 septembre; l'autre le 15; un
troisième non opéré, mourut le 42 septembre.
Notons encore 7 fractures compliquées de la cuisse
gauche, pour lesquelles furent faites deux amputations
de cuisse et une désarticulation de la hanche. Tous
ces opérés moururent rapidement ; le dernier même
survécut à peine une heure à la désarticulation.
Pour finir, citons encore 3 blessés avec fracture de
cuisse, et qui furent évacués le 16 septembre, dans
un état assez grave.
Genou 4. Citons une fracture du genou droit, et
trois plaies non pénétrantes du genou gauche. Ces
trois derniers furent évacués en pleine voie de gué-
rion ; le premier mis dans un appareil inamovible
plâtré, n'avait eu, au 4 9 septembre, c'est-à-dire
18 jours après sa blessure, aucun accident grave.
Jambe i7. Les blessures de la jambe étaient gé-
néralement moins graves que cel!es de la cuisse;
ainsi à la jambe gauche, il y eut 9 plaies sans frac-
36
ture qui guérirent rapidement. Notons cependant
trois cas de fractures compliquées ; dans l'un, l'am-
putation de la jambe fut faite par la méthode circu-
laire un peu au-dessus de la partie moyenne et le
blessé mourut le cinquième jour ; dans un autre cas,
on fit d'abord la ligature de la fémorale, le 15 sep-
tembre au soir, puis l'amputation de la cuisse le len-
demain, mais l'opéré mourut le 48 septembre; dans
le troisième cas, aucune opération ne fut faite ; on
mit seulement le malade dans un appareil inamovible.
Cinq fois seulement la jambe droite fut intéressée ;
deux fois il y avait fracture, et dans un cas, on fut
obligé d'avoir recours à l'amputation qui futfaiteau lieu
d'élection le sixième jour après la blessure ; le blessé
mourut le dix-septième jour d'infection purulente.
Pied 6. Citons : talon droit 4 ; talon gauche 2 ;
cou de pied 2. Toutes blessures légères. Notons
seulement une plaie pénétrante de l'articulation tibio-
tarsienne pour laquelle fut faite une amputation sus-
malléolaire de la jambe droite, parla méthode à lam-
beau postérieur ; bientôt il y eut gangrène du
lambeau ; l'opéré s'affaiblit, il n'était cependant pas
mort, lors de notre départ, le 49 septembre, mais il
était dans un état très-grave.
Poitrine 40. Les blessures de poitrine furent
au nombre de 40 dont 4 non pénétrantes qui guéri-
rent ; sur les 6 autres blessés, nous eûmes à constater
3 rrorts.
Abdomen 2. Deux fois, l'abdomen fut intéressé
et d'une manière grave; une fois, blessure des reins;
l'autre fois de la vessie et des intestins. Les deux
blessés moururent ; l'un résista assez longtemps; il ne
mourut que le dixième jour de péritonite généralisée.
Fesses 4. Parmi les blessures des fesses, no-
tons une blessure considérable par éclat d'obus avec
fracture du sacrum. Le blessé mourut.
37
Blessures multiples 8. - 7 guérisons, 1 décès.
A ce bilan, ajoutons 32 blessés qui furent ou soi-
gnés à Lamoncelle (21 blessés), en dehors de l'ambu-
lance, ou qui furent évacués dans les premiers jours
de septembre (11 blessés) sans que nous en ayons
pris une note exacte.
Nous allons à présent donner le tableau des
diverses blessures, et nous allons noter de suite
le blessé allemand qui mourut le troisième jour
d'une plaie pénétrante de poitrine.
BLESSÉS"FRANÇAIS : 135.
Guéris ou évacués
Siége de la blessure. Noubre. en Etat grave. Mort.
voie de guérison.
Tête. 13 4 » 9
Cou., 1 1 » 3
Région claviculaire. » » » »
Epaule. 3 3 » »
Bras. 6 6 » Il
Coude. 1 » 1 »
Avant-bras » » » »
Main. 5 5 » »
Hanche., 1 1 » »
Cuisse. 22 10 6 6
Genou. 4 3 1 »
Jambe. 17 12 2 3
Pied. 6 5 1 »
Poitrine 10 7 » 3
Abdomen. 2 » » 2
Fesses. 4 3 » 1
Plaies multiples. 8 7 » 1
Divers. 32 32? » »
Total. 135 99 11 25
38
A l'ambulance de la Ramaurie, neuf grande
opérations furent pratiquées; nous allons les
mettre sans les yeux de nos lecteurs dans la
tableau-suivant :
OPÉRATIONS PRATIQUÉES SUR LES BLESSÉS FRANÇAIS
4. PERRET (sergent-fourrier). –Fracture compliquée
de la partie inférieure de la ewsse, par une
balte.
Amputation de la cuisse gauche, à. la par-
tie moyenne (méthode à lambeaux, antérieur
et postérieur). Opération pratiquée le sep-
tième jour. Mort le 12 seplembre.
2. LASTAX. Fracture compliquée de la cuisse à la
partie moyenne.
Amputation de la cuisse droite à la partie
supérieure (méthode à lambeaux, antérieur et
postérieur). Opération pratiquée le 8 sep-
tembre (huitième jour). Mort le 15 sep-
tembre.
3. Fracture compliquée de la cuisse droite.
Amputation de la cuisse à la partie
moyenne (méthode à lambeaux, antérieur et
postérieur). Opération le 8 septembre.
Mort le 14 septembre.
4. Fracture compliquée de la partie in,
férieure de la cuisse gauche.
Amputation à la partie moyenne (méthode
à deux lambeaux). Mort d'infection puru-
lente.
5. Fracture de la partie moyenne de la
cuisse et esquilles nombreuses.
Désarticulation de la hanche gauche, le
40 septembre. Mort d'épuisement une
heure après l'opération.
39
6. Fracture compliquée de la partie
moyenne de la jambe drohc.
Amputation au lieu d'élection. - Opéra-
tion pratiquée le sixième jour. - Mort le
dix-septième jour d'infection purulente.
7 (maréchal-des-logis d'artillerie). Frac-
ture compliquée de la partie inférieure de la
jambe gauche..
Amputation circulaire un peu au-dessus
de la partie moyenne. Mort.
8 Plaie pénétrante de l'articulation tibio-
tarsienne droite.
Amputation sus-malléolaire. Gangrène
du lambeau. Etat grave.
9. Fracture compliquée de la jambe gau-
che. Hémorrhagies consécutives. Ligature
de la fémorale le quinzième jour.
Amputation de la cuisse le seizième jour.
Mort le dix huitième jour.
On voit, par ces tableaux, que nous perdîmes
un nombre relativement considérable de blessés
à l'ambulance de la Ramaurie. Deux causes prin-
cipales peuvent expliquer cette grande mortalité:
d'abord, comme nous l'avons dit, l'insuffisance
des locaux et par suite l'insalubrité, l'accumula-
tion et l'encombrement; en second lieu, nous
devons dire que les blessés que nous réunîmes à
la Ramaurie étaient presque tous dans un état
très-grave, et qu'il faut moins s'étonner si l'on
eut des résultats si peu satisfaisants et si diffé-
rents de ceux que l'on observa à Autrecourt et
dans quelques autres ambulances.
40
CHAPITRE V
L'AMBULANCE D'AUVILLIERS
L'ambulance u* 5 quitte Autrecourt et la Ra-
ntaui-ie. Elle passe par la Belgique et vient
se mettre à la disposition de l'armée de la
Loire. Combat d'Artenay. L'ambulanee
recueille et soigne 31 blessés bavarois et 1.51
blessés français, du 10 au 30 octobre 1870.
Le lundi 19 septembre, l'ambulance ne 5 quitta
Autrecourt et la Ramaurie et se dirigea vers la
Belgique. Après avoir passé successivement à
Namur, Bruxelles, Mons, Valenciennes, Douai,
Arras, Amiens, Rouen, Lizieux, Alençon, le
Mans, Tours, elle arriva à Blois le mercredi
27 septembre. Là, elle attendit les ordres du co-
mité de Tours; bientôt Orléans lui fut désigné
comme lieu de destination. L'ambulance n° 5
devait dès lors suivre l'armée de la Loire.
Nous nous installâmes pour quelques jours au
séminaire de la Chapelle, et bientôt nous nous
rendîmes à Orléans où nous séjournâmes jus-
qu'au 9 octobre. Nous allâmes alors au château
d'Auvilliers, près d'Artenay, là où les armées en
présence paraissaient devoir en venir aux mains.
Le lendemain, en effet, commença la canon-
nade, et bientôt nous fûmes environnés par une
fusillade incessante. C'était le combat d'Artenay
qui dura presque toute la journée, et au centre
duquel nous fûmes constamment placés. Le soir,
41 -
nos troupes, inférieures en nombre, durent se
replier, et nous recueillîmes alors les blessés.
Presque tous étaient français, car les Bavarois
enlevèrent les leurs rapidement et les soignèrent
dans des ambulances qu'ils établirent à Arte-
nay.
Auvilliers, où nous établîmes notre ambu-
lance, est un de ces anciens manoirs, que les vi-
cissitudes du temps avaient fait successivement
déchoir jusqu'à le transformer en exploitation
agricole. Il y avait quelques belles pièces, bien
aérées, bien disposées, mais elles ne purent con-
tenir qu'un nombre insuffisant de malades et
l'on en fut réduit à en placer une partie dans les
granges et les écuries.
Les blessures que nous rencontrâmes à Auvil-
liers différaient de celles que nous avions jus-
qu'alors observées. A Autrecourt, en effet, à
Sedan, il n'y avait aucune plaie par arme blan-
che; ici au contraire, nous eûmes bon nombre
de plaies produites par des coups de sabre ou
de lance, alors que la cavalerie bavaroise assail-
lit nos malheureux soldats (turcos, chasseurs à
pied, mobiles de la Nièvre), qui n'avaient pu
échapper à un mouvement tournant de l'en-
nemi.
Voici d'ailleurs comment se répartissaient les
blessés et les blessures :
SOLDATS DE L'ARMÉE BAVAROISE : 34.
A l'ambulance d'Auvilliers, nous eûmes à soi-
gner 34 Bavarois ; toutes les blessures avaient
42
été produites par des armes à feu ; quant au
siège, elles se divisaient de la manière sui-
vante :
Tête, 3. Plaie de tête, 4 ; de la bouche, 2.–
Guérisons rapides.
Epaule, 2. Une plaie par balle dans le muscle
deltoïde et une contusion simple. Evacués en voie
de guérison.
Bras, 5. - Plaies en séton, sans fracture de l'hu-
mérus, trois au bras droit, 2 au bras gauche. Eva-
cués en voie de guérison.
Main, 1. Fracture de l'index gauche. Evacué
le troisième jour sur une ambulance allemande.
Cuisse, 3. La cuisse droite fut intéressée deux
fois ; la cuisse gauche une fois. Point de fracture.
Jambe, 5. Il y avait 3 plaies de la jambe droite,
dont 1 avec fracture. Un lieutenant, qui avait
une balle dans le mollet, mourut le treizième jour,
après avoir eu le tétanos pendant trois jours, et
avoir été traité par le cliloral. Les deux plaies de
la jambe gauche étaient des sétons superficiels et gué-
rirent rapidement.
Pied, 5. Pied droit, 1 ; pied gauche, 4. Bles-
sures peu graves.
Poitrine, 2. Une plaie non pénétrante par éclat
d'obus dans le côté gauche, et une autre, non péné-
trante en avant.
Fesses, 1. - Contusion simple à la fesse gauche.
Divers, 4. - Contusions légères dans diverses par-
ties du corps.
Ces 34 blessés nous donnent le tableau sui-
vant:
43
BLESSÉS BAVAROIS : 3.
Guéris ou évacués
Siège de la blessure. Nombre. en État graie. Mort,
voie de guérison.
Tête. 3 3 » »
Epaule. 2 2 » »
Bras. 5 5 » »
Main. 1 4 » »
Cuisse. 3 3 » »
.Jambe. 5 4 « 4
Pied. 5 5 » »
Poitrine 2 2 » »
Fesses. 1 4 » »
Divers. 4 4 » »
Total 31 30 » 4
Nous allons à présent passer aux blessés fran-
çais et nous en ferons deux catégories :
I. Blessés par armes à feu : 72
TI. Blessés par armes blanches: 79
§ I. BLISSÉS PAR ARMES A FEU.
Nous eûmes à soigner, à l'ambulance d'Auvil-
liers, 72 Français blessés par des armes à feu ;
leurs blessures, quant au siège, se divisaient de
la manière suivante :
Tête, 9. De ces diverses plaies par balles et
éclats d'obus, une seule causa la mort; quelques
autres cependant étaient très-graves ; citons, par
exemple, le cas d'un tirailleur algérien qui avait une
plaie de tête par balle avec issue d'une parcelle de
substance cérébrale vers le milieu de la région fron-

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