L'amour fantaisiste / Julien Mauvrac

De
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A. Savine (Paris). 1888. 1 vol. (318 p.) ; in-18.
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Publié le : dimanche 1 janvier 1888
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LAMOUR FANTAISISTE
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t~~mES~L 1 JC.'Imm.Uttem.
Le BIlatéraL 1
ELÉMIR BOURGES
Le CrépMmUe des dtMX. ) 1 SeM la hMhe:
CAMILLE LEMONNIER
Un B~Aie. yes poiati~ de la vte.
tf<t61)!'atnn~nda. t ~~tres de t& ~te.
ALBERT CÏM
ÏM~ttendedemetseUes. t
Iaett2ntion de demoiselles. 1 La Pe~te Fé8
Dewx MMhetu'enses. ) Pettte Fée.
JACQUES LE LORRAIN ·
NTm.
TANCRÈDE MARTEL
taNMatmxDamea. t tA~MptUUete.
JULIEN MAUVRAC
L'AmM FAM!S!STE
PARIS
MBHAtBtE NOUVBM.E PARISIENNE
ALBERT SAVINE, ÉDITEUR
i8, Bue D!'oMo<, i8
d888
Tous droits réservés.
~AYEC DESSINS INÉDITS
7 DE
~~r1n. PILLE, QU)MSAC, UZÉS
LE GENDRE A MADAME
LE GENDRE A MADAME
1
B était dans un de ces moments où l'on sent
tout craquer dans Famé. Sa nature âne, nerveuse,
presque féminine, de poète, souffrait de
cette douleur vague, conftMément poignante, ma-
cédoine de sensations pénibles, très diverses. D y a
de tout là-dedans l'amertume des déceptions~
après les grands efforts vains, une rébellion de la
pensée se refusant à suivre la volonté dans un tra-
vail entrepris, un ennui d'agent, la certitude d'être
trompé par une maîtresse tas de choses irritantes,
depuis les plus grandes jusqu'aux plus petites, qui
font, dans le cerveau endolori vibrer une gamme
douloureuse à l'excès.
Telle était ta situation d'es~t de Tancrëde Van-
dpe!!e, ce soir-là, II avait eu de la copie refusée
L'AMOUR FANTAISISTE
4
dans deux ou trois endroits. L'éditeur qui avait le
manuscrit de son roman lui avait dit de repasser.
On ne l'avait pas encore lu. Il compta. Voilà sept
mois que cela durait. Le matin, il avait cassé la
soucoupe d'une tasse à laquelle il tenait beaucoup.
Il était sorti avec sa cance et il avait plu. Un
créancier était venu le relancer. La petite modiste,
blonde assez folâtre, qui venait parfois
égayer sa solitude travailleuse, lui avait écrit. Elle
allait passer huit jours à la campagne chez une
tante. B devinait le mensonge, très agacé, au fond,
bien qu'il ne l'aimât pas, mais elle l'amusait, dans
ses loisirs. Il flairait que cette tante invraisem-
blable devait être le gros monsieur, bien mis,
qu'il avait vu rôder, certains soirs, quand il allait
attendre la petite, devant son atelier. Et puis il
avait mal d!né. L'article étogieux qu'un ami, cri-
tique innuent. lui avait promis sur son dernier
volume de vers: « Po~tcAes e< ~f~o~Mes n'avait
pas encore passé. C'était dans un grand journal. H
était allé le voir. L'autre 1m avait dit: < Ce sera r
pour la semaine prochaine, je vous le promets, a
Il y avait trois semaines que c'était renvoyé comme
ça. Toutes ces choses, se mêlant, lui mettaient de
grands découragements dans l'âme. Il avait essayé
de travailler, quelque chose de léger, pour se dis-
traire. C'était un sonnet. Une rime lui était venue
LE GENDRE A MADAME
s
qu'il avait biffée, ne la trouvant pas assez riche.
0 la consonne d'appui, qui ne venait pas 1 Ensuite,
il avait marché, des heures, sans but, cherchant le
calme dans la fatigue du corps. Son esprit avait
travaillé, pendant cette course, mais d'une façon
mauvaise, en une sorte d'analyse psychologique
dé lui-même, disséquant son moi, lui faisant voir,
%res en sombre, l'intensité de sa pensée, un rien
Bnat dans sa vie, broyant le tout dans un amal-
game dè pessimisme très vide.
A la nuit, il alla s'asseoir dans un petit café, le
cœur et tous les membres étrangement las. B but
beaucoup. C'étaient des consommations quel-
conques, très mauvaises, qui lui mirent comme un
tremblement de Sevré dans les nerfs. L'idée de
cette rime le poursuivait avec une obsession qui,
devenait fatigante la recherche de la consonne
d'appui jamais trouvée!
t J
B eût été bien embarrassé de dire comment if
éta~ entré là. ~ae folie bête des sens, tout & coup,
venant de tous ces ennuis énervants, de ce surme-~
na~de téte~ de ces boissons prises, au hasard,
sans'Besoin, pa~rage.
Citait une muison de BHe'a. Un essaim l'avait
entouré, avec dés sourires fades, de~ œillades prc-
L'AMOUR FANTAISISTE
6
vocantes d'une banalité qui l'eut écœuré, de sang-
froid. Il se laissait aller, renversé sur le sofa,
jouant avec un de ses gants retiré, dans une
nonchalance de grand seigneur blasé, regardant,
sans ardeurs, ces nudités offertes, achevant de se
griser. Il en fut pour un louis. Le Champagne,
atroce, était de cette marque, douteuse, qui s'é-
coule dans ces endroits cru spécial des grands
numéros, carte. du dispensaire. Tout autour,
comme suintant, il y avait des relents rances
de basse noce, de fumée vieille restée aux rideaux,
y mettant comme une patine sale, aux
veiours .fatigués, aux tableaux d'un mythologisme
qui restait décent.
Tancrède Vandrelle partie avec hne des'nUes. f
sans savoir même pourquoi il l'avait choisie dans
le tas, une grande brune, un peu pâle, pas trop
maquillée, qui était restée là, l'air triste, moins
agaçante que les autres, en somme, à boire avec
une tenue, presque convenable, de femme honnête
qui s'amuse, dans le monde.
Madame l'avait salué, au passage, de son sourire
engageant de commerçante pour un client bien,
qui fait des dépenses. Elle était assise devant son
petit bureau, en train de lire. Il regarda, machi-
nalement. C'était de l'André Theuriet. Cotte
pensée l'amusa. Il voyait cette grosse femme, aa
LE GENDRE A MADAME
?
t
métier malpropre, joufflue d'une bouffissure
éreintée d'ancienne tratneuse, s'isolant, r&veuse,
dans des idylles sentimentales de petite fille au
milieu d'une envolée de ciel bleu, de jolis soleils
dorés tamisant à travers des sous-bois d'une fraî-
cheur exquise, des sentiers ombreux bordés de
violettes, avec un voltigeant parfum de thym, près
de gracieux ruisseaux chantonnant entre deux
lignes vertes de mousse et de fougères, dans le
grand concert calme d'un paysage bien peigné
l'hymne des sèves et le susurrement des oiselets
sur les branches amours florianesquement
champêtres, paysanneries de la Revue des J&eMa?-
Mondes. Des bergeries, quoi! i
Et il entendait toujours, en bas, le rire, de plus
en plus abêti, alcooliquemeht éraillé des filles avec
de nouveaux venus, une espèce de grouillement
pâteux qui montait accompagné du chevrotement
cassé du piano jetant des éructations stnpides de
valse essayée, et, tranchant dessus, le bruit des
plateaux à consommation qu'on renouvelle. Des
saletés, vrai! 1
II
H se réveiUait. Une accalmie générale de ses
nerfs, mettait un grand repos dans tout son être,
après cette débauche consentie, subie plutôt v
sous l'étreinte des fébrilités maladives do la veille.
Il était presque étonné de se trouver la, pressé da 1
s'en aller, avec un dégoût, ne s'en voulant pas
trop, cependant, de cette nuit 'passée dont la
fatigue commençait & le rasséréner, lui faisant
entrevoir la vie moins sombre, comme une cam-
pagne, après quelque gros coup de mauvais temps
qui a purgé I'a!r. essuyant les verdures qui appa-
raissent, plus fratches, lavées des poussières ter-
nissantes.
Il s'aperçut que la fille lui parlait. Distrait,
presque sans l'entendre, il. l'écoutait, amusé de ces
paroles qui berçaient son rêve les travaux de
demain, la pensée qui revenait, moins rebelle,
tout un plan de choses jolies à écr!re, et, avec cela
M tHMDRE A MADAME
8
i.
des espoirs meilleurs qui naissaient, et plus de~
connance, une àpreté de courage nouvelle. Puis la
note était venue, là, subitement, quand il y'
pensait le moins, plus que riche, la fameuse
consonne d'appui qui s'était dérobée si longtemps.
Cela lui donna comme une joie qui lui 8t trouver
des tendresses pour cette fille. Us bavardèrent,
sans se lever, lui,'pris d'un besoin subit d'empan-'
sion, racontant sa vie de poète, ses luttes, ses cha-'
grins d'amour, jusqu'à ses conceptions intimes
d'enfantements littéraires futurs, ainsi qu'à une
amie d'ancienne date. Ë!Ie goûtait ses paroles, pas
habituée du tout à ces causeries où elle voyait une
tendresse qui se mêlait de respect. Il avait même
ani par lui dire son nom. ou il restait. Èlle le
trouvait très gentil, d'une beauté mâle qui lui plài-
sait, avec je ne sais quoi de câtinerie alanguie qui `
lui caressait le cceur. Dans son abjection d'ilote
femelle, elle n'avait jamais vu l'amour que comme
un mépris qui paye chez les hommes, et, chez les
femmes, une denrée qui se vend, le mieux qu'on
peut. EHese demandait si elle n'aimerait pas, 'm n
ayant peur, presque, habituée, par cette intuition
des filles, à l'analyse des choses passionnelles.
Tahcrède Vandrelle était beau. Grand, élancé,
d'un teint m&t, avec des cheveux un peu rares,
mais bien plantés, le front légèrement dégarni,–
10 L'AMOUR FANTAISISTE
un front large, bien droit, de penseur, et une
barbe noire ùisée qui lui donnait un air de jeune
dieu assyrien, le poète était fait pour plaire à une
femme. Il en avait eu plusieurs, n'en pouvant
retenir aucune, car elles se lassaient de ses brus-
queries songeuses, de ses tendresses inégales. Sans
doute, elles ne l'avaient pas compris, le quittant,
finalement, agacées de trouver le poète quand elles
cherchaient l'amant. Et puis, il n'était pas riche.
Tout d'un coup, amené à cela par ce qu'il racon-
tait, comme emballé, pensant bien plutôt
faire un monologue, il récita de ses vers. Elle
l'écoutait, bouche bée, trouvant ce qu'il disait
superbe, ayant envie de l'embrasser tant il lui
plaisait ainsi, ne l'osant faire, tant il lui parais-
sait au-dessus d'elle.
Un instant après, il était parti. Au coin de la
rue, il ne pensait déjà plus à la fille, naturelle-
ment.
nI
Maintenant, il avait repris l'équilibre normal de
sa vie, dans la régularité du travail, coupée, ça et
là, par des escarmouches copie à faire passer,
éditeurs à relancer, ces choses journalières qui
constituent la guérilla des débuts littéraires.
Les huit jours d'absence annoncés s'étaient écou-
lés. 11 n'avait pas revu sa modiste.
Au commencement de la seconde semaine, il y
eut une lettre. Elle était datée d'une plage normande.
On était en été. Il eut un rire, de ces rires faux,
comme du sucre jeté sur quelque chose d'amer.
Au fond, vraiment, il sentait'un froissement. Ce ne
devait pas être le cceur. Est-ce qu'il l'aimait ?
C'était un corps quelconque, bon à caresser, quel-
quefois, en passant, comme un cigare qu'on fume.
On se dit qu'on n'y attache pas plus d'importance.
N'importe, on est vexé. Une duperie, plate, avérée,
fait plus souffrir qu'une blessure qui vous permet
12 L'AMOUR FANTAISISTE
de rester drapé dans le manteau tragique. Même
sans galerie, on se pose en homme aux choses
fatales. Il y a dos gens qui se disent, dans ces
moments, à eux-mêmes le sonnet d'Arvers.
Tancrède, tout de môme, se sentait blessé dans
sa vanité, mais son orgueil le, consolait. H fallait
vraiment qu'elle le crut bien bête. On n'y coupe
pas dans les tantes malades 1 Dès le premier jour,
il s'en était bien douté. Et puis on n'a pas unè
tante aux bains de mer 1
Ma foi, tant pis Pour une de perdue. On en
trouve encore de trop Les femmes Mais, il n'y a
rien de plus gênant pour qui veut travailler Cela
encombre dans la vie d'un artiste. On peut être bien
sûr, quand on suit une pensée, et que l'on a une
femme près de soi, que sa pensée à elle va toujours
éclater en dissonance avec la vôtre.
ïl se rappelait aussi toutes les fois où il avait
à faire une œuvre, creuser une idée qui lui venait,
se présentant bien, et qu'il lui avait fallu courir,
parmi un tas d'endimanchés, à des spectacles d'une
ineptie qui navrait.
Et alors il se remit à la besogne, comme soulagé,
se disant que cela valait mieux. Il serait plus libre
avec, en moins sur le cerveau, le poids de cette
liaison, si légère pourtant; où il n'y avait pas
d'amour, mais qui le forçait à des contraintes
LE GENDRE A MADAME '13
un esprit gêne aux entournures Du reste, il ne
voulait plus s'analyser. Cela ne servait à rien. Il
avait raison.
C'était un grand dépit, au fond de tout cela, qu'il
eût trouvé.
Un jour, pendant qu'il était à écrire, on sonna.
Le coup était discret, faible; une sorte de tin-
tement craintif, presque suppliant. Ce ne pouvait
être un créancier. Il alla ouvrir. Dans la pénombre
de l'escalier. il vit une grande forme noire une
femme. Il ne la connaissait pas. Quelqu'un qui se
trompait, sans doute.
< Monsieur Tancrède Vandrelle ? x
a C'est moi, Madame. a
Et il la faisait entrer, tout juste poli, ne
cessant de dévisager cette ngure qu'il avait peine
à distinguer sous l'épaisseur de la voilette. La visi-
teuse la releva.
Lui, regardait, fouillant ses souvenirs, se deman-
dant où il avait vu cà, tandis qu'elle restait là,
debout, devant lui, les yeux baissés, confuse, avec
du sang qui lui venait aux joues sous ce regard fixe
et ce silence.
« Tiens c'est vous î
Ce fut tant ce qu'il trouva à dire. Il l'avait
14 L'AMOUR FANTAISISTE
reconnue. C'était la fille de J'autre nuit, dans !a
maison de la grosse dame aux églogues.
Mais, quel nom mettre sur ce souvenir d'amour
anonyme à tarif régie ? D'abord, il avait froncé le
sourcil.. Il y a des choses que l'on va chercher, mais
qu'on n'aime pas à recevoir. Qu'est-ce qu'elle
voulait ? P
Ma foi, à quoi bon être bégueule ? Un garçon et
un poète ont bien le droit, en fait de plaisirs, d'es-
sayer un peu de tout, sans pruderie. Et puis, cela
fait des documents humains. De cette visite, il vien-
drait peut-être quelque étude. II lui souriait, la
faisant asseoir près de lui sur son canapé, lui ser-
rant les mains qu'elle avait gantées. j
« Je vous demande pardon, je ne vous avais pas
reconnue. »
Ils se réveillèrent côte à côte. Lui ne semblait
pas trop s'étonner de cette aventure qu'il acceptait,
pris d'un sentiment nouveau où il ne trouvait aucun
écœurement malsain de satisfaction sensuelle qui
ne s'avoue pas. Cela ne ressemblait plus à cette
première nuit dans la maison aux volets clos. Elle,
très heureuse, sa timidité de la veille passée,
alors qu'elle craignait d'être rabrouée, buvait à
petits traits, en savourant, cette joie de se
sentir pressée contre lui, serrée dans ses bras,
tandis qu'il lui mettait un tas de petits baisers qui
la faisaient frissonner. Il se montrait empressé,
plein d'une gentillesse suppliante, très chaude,
d'amant près d'une jeune maîtresse enfin conquise.
Elle avait eu là, en se donnant, des ardeurs pâmées,
délicieusement pudiques, d'une jeune fille qui se
laisse aller, vaincue, aux embrassements d'un homme
trop aimé, triomphant elle aussi, de se sentir pos-
IV
i6 L'AMOUR FANTAISISTE
sédée par lui, lasse de ces résistances que son cceur
contredisait.
Ils restèrent longtemps, comme ça, à parler, très
rapprochés, sa frôlant les épidermes, dans un
anéantissement rafraîchi, qui leur faisait vaguer à
travers les nerfs, la torpeur exquise d'une nuit
d'amour passée. Ils avaient, au milieu de ce repos
du réveil, un échange d'expansions. Cela leur sem-
blait comme tout naturel de se faire ainsi une
masse de confidences.
Elle lui avait dit qu'elle s'appelait Jeanne, c'était
son vrai nom. Là-bas chez Madame Flaquart,
la patronne, on l'appelait Olga. Un vrai pseudo-
nyme de lupanar Un nom de plume, pensa le
poète. Puis elle raconta sa vie, l'étemelle
histoire, très banale. Une famille d'ouvriers, le père
et la mère, vivant ensemble, entre des coups
échangés et des absorptions d'alcools, les enfants
lâchés à la liberté 4u ruisseau, s'instruisant à l'école
du trottoir. Puis la séduction venue, l'abandon,
une certaine habitude de luxe acquise, tout ça
l'avait jetée à la maison d'amour parqué. Pourtant,
il y avait une chose. Ça, c'était vrai Ilpouvaitbien
la croire. Pourquoi mentirait-elle? Elle n'avait
jamais aimé. Et en disant cela elle rougissait,
cachant sa tête, aux cheveux tout embrouillés, avec
des petites moues d'une mutinerie adorable, dans
LE GENDRE A MADAME il
la poitrine de cet amant dont les lèvres,lui couraient
en zigzag, dans la nuque.
Elle sauta à bas du lit, et voulut lui faire le café
elfe-mémo.
« Ne te lève pas je vais te le porter. »
Ils ne furent habillés qu'assez avant dans l'après-
midi.
« Comme on avait Cane, tout de même Tan-
orede sortit avec cette maîtresse qu'il trouvait char-
mante, oubliant tout à fait d'où elle venait,
heureux de l'avoir à son bras, lisant un amour si
vrai, si absolument sincère, dans ses longs yeux
noirs humides de tendresse et qui le dévoraient II
l'amena diner dans un restaurant de banlieue. Cela
avait un petit air de bonne fortune cachée, tout à
fait exquis.
Des jours passèrent. Elle ne rentrait pas à la
botte. L'idylle continuait. Cette maîtresse ne la
lassait pas. Sans encombrer sa vie, elle prenait
possession desoneœnr,l'absorbantde ses tendresses
fraîches, dans l'ëclosion virginale de son cœur à elle
qui s'ouvrait, radieux, à cette aurore d'amour.
Elle avait uni par trouver qu'il valait mieux
manger chez eux. D'abord, on serait plus libre et
ça coûterait moins cher. Il avait une petite cuisine
18 L'AMOUR FANTAISISTE
qui ne servait guère que comme débarras. Elle l'ins-
talla, la rendant très propre. C'était une vraie
petite femme déménage. Elle partait le matin pour
aller au marché pendant que lui restait à travailler.
Il avait remarqué qu'elle était venue chez lui
sans rien, que ce qu'elle portait sur elle. Naturelle-
ment, elle n'avait rien pu emporter de là-bas. Un
soir, il la trouva en train d'arranger dans une com-
mode du linge de femme, quelques objets de toi-
lette. Elle lui dit que c'était une amie à qui elle
avait écrit qui lui avait apporté tout ça, oh! pas
chez lui, à un endroit où elle avait donné ren-
dez-vous.
Il comprit que ce n'était pas vrai. Ces objets
étaient neufs. Elle était sortie pour les acheter. Il
fut ennuyé, d'autant plus qu'il prouva sa bourse
qu'elle avait laissé traîner, la laissant entr'ouverte.
Il y avait pas mal d'argent dedans cela le gênait,
d'autant plus que ses ressources, à lui, dimi-
nuaient.
Il restait parfois dehors, des demi-tournées
entières, pour placer sa copie, n'y réussissant pas
toujours, ayant d'ailleurs quelque mal à être payé:
Dans cette saison, tous les gens étaient à la cam-
pagne ou aux eaux. Quand il rentrait, Jeanne
était la, toujours souriante, à le recevoir, avec des
caresses, Il lui donnait l'argent pour le ménage. Il
LE GENDRE A MADAME 19
y avait des jours où c'était bien peu. Elle s'ingé-
niait pour faire avec ça. Du reste, elle avait un tact
parfait, ne dépassant jamais la limite de l'argent
qu'il lui remettait pour faire le marché, faisant le
compte devant lui de ce qu'elle achetait, pour qu'il
vit bien qu'elle n'y mettait pas du sien. Pourtant,
si elle eût osé mais elle sèntait que cela ne se
devait pas, comprenant qu'il y avait là un honneur
d'homme que cet or sale eût souillé.
La gène, chez le poète, était quelquefois grande.
Il s'en irritait, sans le laisser voir, désireux au fond,
par pudeur, que Jeanne le quittât, pour n'en
être pas témoin. H avait de grands découragements.
La littérature, c'est si ingrat, quand on n'est pas
connu. H songeait à prendre une place, quelque
part. Au moins, c'est fixe. Ils'occupa à en chercher
une, on lui proposa un emploi à Colon, dans le
canal de Panama. Les employés se renouvellent
souvent, à cause de la fièvre jaune. Ma foi tant
pia!o'est une solution comme une autre. La vie
n'est pas si chic, après tout, pour qu'on y tienne
tant Il fat au moment d'accepter. Un soir, il en
parla à Jeanne.
Elle n'avait pas été longue, avec son flair de
femme, à s'apercevoir des énervements du poète.
Elle en devinait bien la cause.
C'était un soir, après le dtner. Ils étaient assis
L'AMOUR FANTAISISTE
20
près de la fenêtre, lui fumant sa pipe, te regard
perdu sur tous ces toits que l'on voyait, eUe occupée
à coudre. 11 avait un be: 'in de confidences dans
cette tristesse isolée, où, seule, cette fille l'aimait et
pouvait le comprendre et le plaindre.
Il lui raconta ses luttes, ses déboires, le renon-
cement auquel il était venu, prêt à quitter ses chi-
mères trop aimées, Il était à peu près résolu à
tenter l'aventure, à s'en aller là-bas, puisqu'il
n'avait pas de fortune qui lui permît d'attendre
cette chose si lente à venir la succès 1
Elle avait laissé tomber son ouvrage sur ses
genoux, le regardant, tout attendrie, ravalant ses
larmes qui venaient. Elle ne trouvait rien à dir~.
Tout un travail se faisait dans son esprit.
La nuit tombait. Jeanne ferma la fenêtre. Ils ne
disaient rien. Le poète songeait à la détermination
qu'il devait prendre demain, peut-être. Jeanne
poursuivait sa pensée, la genèse de ce système qui
lui était venu.
Ilyavait là un héroïsme inconscient. En allumant
la lampe, elle lui dit d'un àir naturel, très dégagé
« Si tu te mariais Avec une grosse dot, natu-
rellement! p
Il la regarda, tout drôle, croyant à une boutade.
Une fois qu'ils furent couchés, elle lui expliqua
son plan.
v
H y eutune grande joie chez Madame Flaquart lors-
que Jeanne revint. C'était comme le retour de l'en-
fant prodigue. On ne tua aucun veau gras, mais la
patronne paya un apéritif~ cette brebis égarée, ce
qui était un signe de grande allégresse. Ce qu'elle
était serrée, d'habitude, la directrice 1 Et puis, elle
ne frayait pas avec'son personnel, non par fierté,
mais seulement, il fallait garder son rang, autre-
ment l'on n'a plus d'autorité.
Elle avait fait asseoir Jeanne près d'elle. C'était
dans le grand salon. Toutes les autres femmes se
pressaient pour tâcher d'entendre ce qu'elles allaient
se dire toutes les deux. Jeanne souriait d'un rire
un peu contraint, enlevant son chapeau qu'elle
posait près d'elle sur le coussin d'un sofa. Sa toi-
lette sombre de ville tranchait sur la mise des
autres encore en peignoirs, des babouches aux
pieds, qui clapotaient dans un va-et-vient molasse
22 L'AMOUR FANTAISISTE
Il y avait des appels enroués. Beaucoup descen-
daient l'escalier, déjà coûtées mais pas encore
habillées, avec des bouts de cigarettes collées au
coin des bouches. On allait dîner bientôt et ce
n'était pas encore l'heure du travail. Il y en avait
qui appelaient Jeanne, la saluant à l'arrivée avec
dos « Tiens 1 te v'l& et d'autres « Tu t'en es
payé une sortie as-tu fait du pognon dehors 1 »
curieuses de voir ce que lui disait madame qui
n'était pas commode pour les incartades. « Bien
sûr qu'elle l'a engueulée ?? demandait une petite
blonde qui venait tout juste d'arriver et avait encore
ses papillotes. Deux ou trois, plus intimes s'étaient
approchées et embrassaient Jeanne.
< Quelque béguin, je parie? ? lui murmuraassez
bas la grande Blanche, une brune forte, qui faisait
une moue de jalousie fâchée en s'asseyant près
d'elle, essayant encore à se mettre plus proche,
allongeant le genou sous son peignoir très lâche,
la regardant avec un regard drôle de bouderie repro-
cheuse. Jeanne lui serra la main très amicalement
puis retourna la téte, continuant sa conversation
avec madame. La patronne lui disait des choses
banales, des détails du métier des clients qui
l'avaient demandée et qui étaient partis sans prendre
d'autres femmes, une perte sèche pour la
maison. On avait d'abord été inquiet quand on
LE GENDRE A MADAME 23
ne l'avaitpas vue rentrer après sa sortie. Est-ce que
la police l'aurait emballée? qui sait, elle avait
peut-être essayé de faire le truc dehors. Elle aurait
bien tort. Les affaires y vont moins bien qu'en
maison. La rousse est si regardante, à présent t on
fait des rafles à chaque instant.
Madame aimait beaucoup Jeanne Olga comme
on l'appeîut là, et ça l'aurait ennuyée de la
perdre. D'tdord c'était une fille courageuse, et qui
ne chignait jamais à la besogne, et puis si rangée,
jamais saoule! Aussi elle pouvait avoir
confiance en elle. C'était une femme & clientèle.
Elle savait contenter son monde et l'on revenait
toujours la voir. Elle ne ratait pas non plus le
casuel car elle était bien faite et produisait son effet
au salon avec n'importe quel costume. On la pre-
nait souvent au choix.
Le diner était sur la table. Jeanne monta se
changer. Quand elle se retrouva dans sa chambre
dé fille, où tout était comme quand elle était par-
tie, la conscience de toutes ces choses honteuses
qu'elle avait comme perdue, lui revint, avec un
dégoût d'une amertume excessivement triste. Pour-
quoi y revenir? Il le fallait. Cette clarté douoe ne
pouvait pas durer. Lui s'en serait lassé, c'était sur,
de ce roman qu'elle avait fait dans un agenouille-
ment de coour exquis. Mieux valait finir le rêve
~4 L'AMOCR FANTAISISTE
tout de suite que de le laisser s'achever dans une
froideur immanquable de mépris, ce qui serait
venu, elle sentait. Est-ce que les hommes oublient
un passé comme ça ? est-ce qu'ils le pardonnent
jamais ? Et toute cette boue remonterait au-dessus,
un jour, et lui, l'adoré, il la lui rejetterait. Avant
ça, elle préférait s'en aller, s'y remettre dans cette
saleté qu'on ne peut pas quitter pour toujours et où
l'on revient, c'est forcé.
Et c'était parce qu'elle l'aimait, son beau cher
poète bien-aimé, qu'elle revenait à ses opprobres
un suicide d'âme) Et puis, pour lui, pour son
bonheur à tout jamais, elle avait cette idée qu'elle
ne cessait de poursuivre. Dès le lendemain, elle
commencerait à poser des jalons. Elle rénéehissait
déjà par où elle commencerait l'attaque, ruminant
tout ça dans sa cervelle assagie par cet amour si
grand, pesant tout froidement.
Elle sécha ses yeux, car elle avait pleuré, se mit
un peu de rouge sur les joues et du noir aux sour-
cils, puis elle passa son maillot mauve pour des-
cendre au salon. C'était l'heure où il allait falloir
travailler.
Quinze jours après, c'était sa première sortie,
elle courut chez TancrëJe. Il était au travail.
LE GENDRE A MADAME 25
2
Elle remarqua qu'il n'y avait chez l'homme de
lettres aucune trace de femme. Cela, tout bêtement
la rendait heureuse.
Elle passa la journée près de lui et voulut faire
la cuisine, comme autrefois, puis on alla faire un
tour. Jeanne fut la première à parler de son fameux
projet. Son amant d'ailleurs n'y croyait guère, pre-
nant ça pour une lubie de fille, qui passerait, se
laissant faire tout de même, par une sorte de fata-
lisme sceptique qui lui était venu de la lassitude
des luttes.
« Oui, mon chéri, l'affaire va bien. J'ai t&té le
terrain. Je crois que nous réussirons. Tu voudras
bien que j'aille à ta noce, dis ? » Et elle se pen-
chait sur lui pour l'embrasser. Son baiser, très ar-
dent, avait comme un arriëre-gout de tristesse.
Tancrede s'était aperçu d'une larme pointant dans
un coin d'œil, au moment d'un sourire. Il la plai-
gnait, s'eBbrçant d'avoir pour elle des caresses
réconfortantes bien que, analysant trop, -il
ne cessât de voir sous cet amour un néant forcé.
Jeanne nnit par sortir tous les huit jours. C'était
le mercredi. Lui s'arrangeait pour être libre ce
jour-là. Elle lui parlait toujours de l'affaire, qui
faisait des progrès.
Tancrède s'y intéressait, maintenant, la prenant;
presque, au sérieux. Il y pensait toute la semaine
s
L'AMOUR FANTAISISTE
26
pesant les possibilités, attendant les détails nou-
veaux.
Un mercredi, Jeanne arriva, l'air très content.
< Vite 1 fais-toi bien beau. Tu vas être présente. D
Quand son amant fut habillé, eUe le conduisit à
la gare de l'Est. On prit deux billets pour le Raincy.
En route, elle lui fit la leçon.
VI
Madame Flaquart, comme bien on pense, n'avait
jamais été mariée. Mais si cela n'empêche pas les
sentiments, et le diable sait si, dans sa longue
carrière elle ne s'y était adonnée aux sentiments
sous toutes les formes, ce n'est pas là, non plus,
une raison qui fasse obstacle à l'éclosion des inat-
tendues maternités. Seulement, elle n'avait été
mère qu'une fois. Ce ne fut, ni, une première séduc-
tion, ni un entr'acte dans la vie de l'amour banal,
passé dans les rafratchissantes ivresses d'un béguin
qui vuus tient et vous fait claquer vos sous. Le
gosse vint comme ça, tout bonnement, qui pou-
vait s'y attendre? pendant qu'elle était fille
d'amour chez la mère Charles, au grand Douze
comme on disait.
Alexandrine Flaquart qui avait toujours eu
honte de son nom de baptême et qui ne s'enorgueil-
28 L'AMOUR FANTAISISTE
lissait pas de son nom de demoiselle, une vieille
noblesse de ~o:M'o~, avec, dans les ascendances,
des bâtardises tout le temps, et des choses judiciai-
res quelquefois Mazas écartelé de Saint-Lazare
la Roquette brochant sur le tout 1 nom qu'elle
ne relevait pas d'ailleurs, Atexandrine, donc, s'ap-
pelait, professionnellement, Violette.
Quand l'enfant vint au monde, et c'était une
fille, la mère chercha, comme appellation quel-
que chose de relevé, un nom qui dans son idée ne
devait rappeler, ni son origine à elle, ni son métier.
Elle trouva Zaïre. Pourquoi? Il est vraisemblable,
cependant, qu'eHo n'avait jamais lu M. Arouet de
Voltaire! 1
Et l'enfant fut déclaré à la mairie sous le nom de
Zaïre, fille d'Alexandrine Flaquart et de père
inconnu, allégation plus que vraie. Cette formule
cachait l'indéchiffrable anonymat d'un passant
quelconque.
Du reste, les devoirs nouveaux que lui créait
cette maternité assagirent peu à peu la petite cer-
velle de Violette qui n'en poursuivit pas moins sa
carrière, c'est vrai, mais avec des idées plus sérieu-
ses. Elle avait commencé par économiser sur sa
toilette pour payer les mois de nourrice de la
petite. Puis, elle en vint à songer à l'avenir. Elle eut
toujours ce rêve faire de Zaïre une femme hon-
LE GENDRE A MADAME
ae
2.
acte et qui serait mariée quelque chose de calé,
de bourgeois. Cela serait sa revanche de ces mé-
pris essuyés par elle, de cet opprobre éternel de la
fille à plaisir 1
Zaïre Flaquart achevait à présent son éducation
dans une maison religieuse de province où sa mère
l'avait mise. Elle avait dix-huit ans. L'époque était
venue où elle devait sortir du couvent pour s'établir
dans le monde. M*" Flaquart avait juste quarante
ans. Sa fortune était faite. Elle donnerait cent mille
francs de dot à sa fille. Sa vie était devenue très
régulière. Elle vivait plus ou moins, plutôt
moins, avec un homme mur et très solide qui
lui servait de. gérant. Sitôt Zaïre casée, elle
repasserait la maison à une ancienne, qui attendait
l'argent tout prêt, et qui se mettrait, à son
tour, avec le gérant qu'elle avait eu. Cette règle de
succession se pratique.
Naturellement, la mère Flaquart, avait pris soin,
de la façon la plus jalouse, de laisser sa fille
ignorante de toutes ces choses. Elle voulait con-
server son an'ection et son respect. C'était bien le
moins Cela la reposait de ce passé.
La petite n'avait jamais mis les pieds dans l'im-
meuble aux volets cadenassés. Il y avait pour les
30 L'AMOUR FANTAISISTE
effusions maternelles la petite villa du Raincy,
une occasion, achetée par M*" Flaquart, après
les bénéfices de l'Exposition.
C'est là qu'on passait les vacances. Zaïre y était
arrivée depuis quelques jours lorsqu'eut lieu la
visite de Tancrède Vandrelle..
VII
Les femmes, et surtout les femmes amoureuses,
ont une aptitude merveilleuse à la diplomatie. Les
embûches souriantes, toute la sournoiserie des
détours, la tactique des faux-fuyants, les indiffé-
rences simulées, se révèlent avec une finesse d'in-
tuition surprenante dans ces jolies petites âmes,
inquiètes et nerveuses à l'ordinaire.
Jeanne avait déployé une habileté parfaite pour
mener à bien ce qu'elle appelait son p/aM.
L'amour qu'elle avait pour le poète, et qui était
la seule affection qu'elle eût jamais connue dans sa
pauvre existence lugubre de plaisir, l'absorbait tout
entière. Elle se serait sentie capable de tout pour
cet homme, mais elle comprenait bien qu'il y avait
des choses auxquelles lui, jamais, ne viendrait.
Tout ce qu'elle avait pu lui donner c'était son
corps. Elle pensait que cela était peu. Son cœur, il
l'avait tout entier mais était-ce bien sûr, au fond,
qu'il s'en souciât beaucoup ? 't
32 L'AMOUR FANTAISISTE
Il était son Dieu. Pour cette idole, elle avait un
fanatisme de culte qui lui rendait joyeuse l'idée de
sacrifice; elle eût voulu se faire broyer sous les
roues de son char.
Le poète, c'était forcé, serait bien vite las. Déj&,
peut-être, il l'était. Souvent, depuis qu'elle le con-
naissait, elle avait vu que des soucis venaient
assombrir le front de son amant. Le patient travail
de son amour déchinra ces énigmes.
La première des choses dont se préoccupe un
homme qui travaille, c'est son avenir. Cela veut
dire l'existence définitivement établie, basée sur
des choses stables, à l'ancre L'idée de
femme ne se mêle plus ici que sous sa forme matri-
moniale de dot.
Donc, un jour ou l'autre, son amant la quitterait,
S'il ne la quittait que pour se marier, il lui sem-
blait que l'abandon serait moins amer. Alors tout
d'un coup, comme une sorte de conclusion de ce
raisonnement, il lui vint une pensée Et si c'était
moi qui le mariais! Ce fut une intuition subite.
Zaïre Flaquart et les cent mille francs dé do~ que
lui donnait Madame, mais c'était là tout l'avenir
du poète assuré H poursuivait plus facilement sa
carrière, dégagé des soucis de la petite lutte, ~e8
plus lancinants 1- Et ce serait son œuvre à elle 1
Et autrement que par des baisers, l'abandon de sa
LE GENDRE A MADAME 33
chair, une chose qu'en somme le premier venu
pouvait avoir sans qu'il en coûtât lourd, elle
prouvait à Tancrède combien elle l'aimait.
Puis, une fois que ce serait accompli, elle quitte-
rait la vie de cet homme, vie où elle n'avait fait
que passer, y laissant un souvenir doux, le par-
fum d'un dévouement, au lieu du dégoût qui nna-
lement lui serait venu, à son beau cher poète,
écœure à la longue, par ses caresses de fille, sentant
la maison où elle en vendait.
Tancrède Vandrelle n'avait pas été sans songer
au mariage. Mais, outre qu'il n'avait aucune posi-
tion fixe, ce qui fait que, sur le marché des filles à
marier, son nom ne représentait aucune valeur
négociable, il étai.t obligé de s'avouer encore qu'il
était totalement dépourvu de relations dans le
monde où l'on s'épouse.
L'idée de ce mariage que lui proposait Jeanne et
dont elle avait fini par lui faire. accepter la possi-
bilité très sérieuse, lui semblait originale, d'une
esthétique un pou perverse peut-être, pas banale du
tout, dans tous les cas. Il était décidé à tenter
l'aventure dont son scepticisme, qui souriait tou-
jours, s'accommodait fort bien. Que risquait-il ? Si
cela réussissait, que pouvait-on lui reprocher? Cette
34 L'AMOUR FANTAISISTE
Bile riche qu'il épousait, était personnellement, en
somme, une fille honnête. L'argent, rien ne le
forçait à dire d'où il venait. Il ne devait pas vivre,
d'ailleurs, en ce milieu. Combien peu il y en a, de
fortunes, qui n'ont pas à leur source, une tare. Cela
reste caché. Dans les plus jolis jardins, il y a un
chien enterré quelque part, dit le proverbe persan.
Bien sûr qu'on ne va pas en marquer l'endroit.
S'il échouait dans cette tentative financièrement
matrimoniale, eh bien, tant pis 1 Il en serait quitte
pour une veste. Une veste ignorée, cela ne compte
pas.
vin
Donc, Jeanne avait conçu cette idée de faire
épouser la fille à Madame par Tancrède Vandrelle.
Elle développa ce beau projet à son amant pen-
dant la dernière nuit qu'ils passèrent ensemble.
Le lendemain, elle rentrait chez la Flaquart.
Cela était indispensable.
De suite, elle chercha par où elle commencerait
l'attaque. Ce n'était pas facile. Le hasard vint la
servir à souhait. Le lendemain de son retour,
Madame en la rencontrant dans l'escalier lui dit
« Tenez, je viens de recevoir une lettre de la pen-
sion. Zaïre entre en vacances demain. Une religieuse
doit me l'amener. Je vais aller coucher au Raincy
ce soir. » Puis elle ajouta après une pause < tous
devriez m'accompagner, je serais moins seule. D
Jeanne avait de quoi être nattée. Jamais Madame
n'avait ment'' une de ses filles d'amour à sa maison
de campagne. On savait que c'était à cause de sa
36 L'AMOUR FANTAISISTE
fille qu'elle faisait élever très sévèrement. On lui
donnait raison. C'est quand on a des sous qu'il faut
être honnête. Toutes ces femmes, dans leur vie
passive d'esclaves, ne détachaient jamais Fidée de
leur pauvreté originelle de celle de leur métier.
L'argent amassé devait être la rédemption du vice
que la misère a créé. Elles ont toutes une philoso-
phie, comme ça, dont la logique effraie.
Jeanne alla coucher ce soir-là au Raincy avec sa
patronne. Madame lui donna le lit de Zaïre qui
n'arrivait que par un des trains du matin.
Son pensionnat se trouvait dans une petite ville
de la lignè de l'Est.
On avait diné à la villa. Alexandnne Flaquart y
entretenait une vieille bonne en qui elle avait plei-
nement confiance, et qui était chargée de la garde
de Zaïre pendant ses vacances, la mère, que ses
affaires retenaient à Paris, ne venant au Raincy que
le soir, quand elle le pouvait. Cette servante un peu
bougon, mais absolument dévouée, était une an-
cienne sous-maitresse qu'elle avait tirée d'une
fâcheuse position où elle s'était mise par rapport à
son homme. On la sauva de la prison. Cela suffit
pour la dégoûter de l'amour auquel elle renonça
pour toujours. Elle s'attacha comme un chien à
Madame, à qui elle voua une reconnaissance fé-
roce.
LE GENDRE A MADAME 37
;)
Assurément, Zaïre était bien gardée. On resta
longtemps à table, ce soir-là. La conversation entre
les deux femmes était très sérieuse. La patronne ne
parlait que do sa fille. Jeanne ouvrait peu la bouche,
réfléchissant à son projet. Par instants, la bonne,
Gabrielle, plaçait son mot une litanie louan-
geuse de Mademoiselle.
Madame racontait à Jeanne ses ennuis, ses
craintes. Voilà que Zaïre venait d'avoir dix-huit
ans. Elle était très intelligente, et son éducation
était terminée. Après les vacances, elle ne retour-
nerait plus au couvent. C'était joliment gênant, à
cet âge-là; l'esprit est déjà ouvert chez les filles.
Il y a des yeux bien frais, bien innocents, mais
qui sont interrogeants en diable. Si la petite, main-
tenant qu'elle allait rester là, se mettait à com-
prendre. Il y a des choses qu'elle ne devait jamais
savoir. Pour rien au monde la mère ne l'aurait
voulu. Pour éviter cela, il n'y avait qu'un moyen
là marier;, mais c'était bien difficile. Cette tare,
pour un épouseur, ne pourrait se cacher. Où en
trouver un, d'ailleurs? La mère voulait quelque
chose de bourgeois, <?.o sérieux, une honnêteté im-
peccable. I! y avait la dot, c'est vrai, qui permettait
de se procurer cela, mais il fallait encore rencon-
trer le mari voulu. Par les agences, par les annonces
des journaux, on pourrait chercher. Elle ne voyait
38 L'AMOUR FANTAISISTE
guère que ce moyen mais, c'était bien chanceux
on risquait de tomber mal, car on ne connaît pas
les gens. Qui sait si l'autre ne rendrait pas sa Silo
malheureuse, avec des mépris, et toutes ces choses
sales qu'il pourrait lui jeter à la figure, après avoir
mangé la dot. Pauvre petite q~i méritait tant d'être
heureuse, d'avoir un bon mari qui l'adorerait La
mère s'apitoyait par anticipation; il lui venait de
grosses larmes aux coins des yeux 1 Oh 1 vrai 1
quoi qu'on dise, ce n'est pas toujours, parce qu'on'
a de l'argent, qu'on est heureux
Jeanne était restée songeuse, laissant la patronne
parler. Elle pensa que ce moment d'attendrissement,
cet abandon de sensibilité craintive, toute cette
sollicitude endolorie la rendaient plus facile à se
laisser convaincre. La suggestion devait être plus
efficace si elle venait à présent, tout d'un coup,
sans être amenée par des circonstances détournées,
avec une franchise brutale.
Elle se rapprocha de Madame et lui prit les mains
qu'elle lui serra avec une émotion compatissante.
Ce fut à son tour de parler. Son amour avec le
poète de qui elle traça un portrait exquis, une
nature tendre, d'une honnêteté très droite, ce
renoncement que d'elle-même elle avait résolu pour
le rendre heureux, en le faisant marier avec une
LE GENDRE A MADAME 39
fille sage et qui lui apporterait l'aisance, tout' cela,
eUe le fit, longuement, défiler devant la patronne,
en des phrases d'une éloquence sincère, d'une
naïveté convaincue, qui jaillissait des meilleurs
instincts de son âme. Madame écoutait, se laissant
aller au charme de ces paroles qui vibraient à
l'unisson de ses propres mélancolies. Jeanne eut la
joie de penser qu'elle avait frappé juste.
Le matin, les deux femmes allèrent attendre au
train. Zaïre arriva escortée par la religieuse. On
prit le chemin de la villa.
La fille d'Alexandrine FIaquart était une jolie
petite blonde. Ses yeux, très bleus, étaient plutôt
penseurs que rêveurs, et avaient comme le reflet
triste d'un chagrin en dedans. Elle fit à Jeanne
l'effet d'une jeune personne posée, d'un sérieux,
prématuré peut-être, mais qui ne déplaisait pas.
Somme toute, sous son costume un peu monacal de
pensionnaire, elle était, et promettait d'être surtout,
une jolie femme, mais d'une beauté calme, reposée,
par cela seyante au mariage.
Zaïre très polie, sans expansion, avait salué la
fille d'amour que sa mère lui présentait comme une
de ses amies de Paris qui était venue la voir à la
campagne. Jeanne remarqua que la demoiselle avait
mis peu d'effusion dans ses caresses filiales, ayant
40 L'AMODR FANTAISISTE
l'air même de subir avec une gêne les baisers absor-
bants de cette bonne grosse maman. Il eût semblé
que cette petite chasteté rose et blonde, incons-
ciemment répugnât au contact des chairs mater-
nelles qu'avaient engraissées les hontes bues, trente
ans durant
La 8eeur,qui devaitprendre le train dans une heure
pour retourner au couvent, accepta, avec une
condescendance qu'elle faisait sentir, une légère
collation.
Madame lui remit encore une bourse avec quelques
louis c'était pour la chapelle du couvent. La nonne
remercia d'un sourire Sgé,–le rictus monacal,
mettant, à recevoir cet or, une humilité hautaine,.
presque méprisante. C'était le saint entré'sous
le toit de l'impie et qui tout l'heure, après avoir
passé le seuil, va secouer la poussière de ses souliers,
en criant « Raca »
Elle partit, enfouissant la bourse dans la poche
profonde de sa bure.
IX
C'était encore un jour de sortie de Jeanne. Elle
s'amena de bonne heure. Le poète la baisa au front.
Depuis que l'affaire du mariage était en train, leur
tendresse avait pris quelque chose de fraternel. La
Elle, elle, s'exerçait déjà à ce renoncement auquel
il faudrait en venir. Une fois qu'il serait marié, elle
n'aurait plus de rapports avec lui. Même elle était
bien résolue à ne plus le voir. Il le fallait. C'était
le honneur à venir de la petite, cet homme, qu'elle
aimerait, bien sûr, la chère innocente Et puis elle
l'avait juré à madame, que la pensée de cet ancien
amour avait laissée un moment très hésitante
avant de consentir. Mais non, ça serait fini, bien
fini.
Tancrède n'avait pas revu Jeanne depuis leur
visite au Raincy, quelques jours après l'arrivée de
Zaïre. C'est pourquoi il attendait sa mattresse avec
une grande impatience, que relevait cette curio-
sité savoir l'impression qu'il avait produite.
M L'AMOCR FANTAISISTE
Cette impression était très bonne. Jeanne le lui
dit, de suite, en entrant.
Voici, d'ailleurs, comment les choses s'étaient
passées
Le poète avait laissé sa maîtresse dans un café
près de la gare. Il fallait éviter que la jeune fille se
rappelât plus tard, s'il devenait officiellement son
prétendu, de. l'avoir vu avec une femme, à leur
première rencontre. La villa portait un écriteau
à louer x. M"" Flaquart ayant eu l'intention de
mener sa fille, cette année-là, aux bains de mer.
La location, cela était convenu, servit de
prétexte à la visite de Tancrède. II resta près d'une
heure et accepta un rafraîchissement. Zaïre était
présente. On causa. Ces dames le trouvèrentifort'
aimable, très spirituel. Quand il fut parti, la mère
amena, au dîner, la conversation sur le visiteur de
l'après-midi, et put se convaincre qu'il ne déplaisait
pas à sa fille.
« Tu as fait la conquête de la mère, mon
chéri. Tu seras son gendre quand tu voudras. »
Elle ajouta que madame désirait faire plus ample
connaissance. Un entretien particulier avec elle
était indispensable pour traiter à fond. L'affaire se
déciderait d'une façon définitive. Jeanne entoura
sa commission de toutes les précautions oratoires.
avec tous les arguments voulus, l'entraînant, mora-
LE GENDRE A MADAME 43
lement, pour ne pas le laisser venir à formuler un
refus qui gâterait tout. Elle le cajolait d'espérances
promises, habilement tracées, chatouillant son
égoïsmo d'homme qui voit poindre une fortune
facile enûn conquise.
Ils sortirent ensemble, vers les six heures, le jour
de cette dernière sortie.
Elle remmenait diner à la boite. Il portait son
dernier volume de vers Potiches et Majoliques.
Jeanne avait persuadé à Tancrède que madame
serait très sensible à cet hommage. Elle se piquait,
d'ailleurs, d'aimer les choses littéraires.
Le poète se rappelait ce premier soir, quand il
montait avec Jeanne. 11 avait vu la patronne qui
lisait de l'André Theuriet.
Cette ressouvenance le faisait sourire. Qui aurait
dit alors?.
On était dans un petit salon en attendant le
diner. Cette pièce faisait partie des appartements
particuliers de M"" Flaquart. Les clients n'y
entraient jamais. Jeanne venait de le dire, à demi-
voix, à son amant du laudanum pour calmer
les élancements de ses scrupules. Ils n'étaient guère
lancinants, d'ailleurs. Le poète le savait laissés à la
porte, un Rqbicon franchi avec une sérénité
44 L'AMOUR FANTAISISTE
sceptique parfaite, indifférente des morales creuses
qui ne nourrissent pas. H jetait son chapeau de
soie par-dessus les moulins majusculement
numérotés, du vice. C'était comme une fille
trop longtemps sage qui se retrousse, culbutant
sur un sofa, après des luttes, vaincue par un porte-
monnaie qui s'ouvre.
On servit le vermouth. Il en prit pas mal, se
grisant légèrement, exprès, pour chasser certaines
bouNées de pudeur qui, bien contre son gré, par
instants lui venaient. C'était idiot. Des maisons
bourgeoises, il y en a qui sont moins propres que
ça. Cent mille francs de dot, quand on n'a pas le
sou, valent bien un diner dans un bordel 1
Madamen'étaitpas encore descendue. Jeanne était
allée dans la grande salle rejoindre ses camarades.
Assis, tout en sirotant son verre, Tancrède
Vandrelle regardait machinalement par la fenêtre
qui était ouverte. Elle donnait sur une cour. Il
avait devant lui les chambres des pensionnaires.
Une grosse fille rousse chantait, en reprisant
son maillot qui devait lui servir à travailler, tout à
l'heure, une chanson sentimentale
Ne méprisez pas mon amour, ·
Soyez clément pour vous-même,
Car vous pourriez savoir un jour
Ce que l'on souffre quand on aime.
LE CENDRE A MADAME 45
3.
Une autre discutait avec son amant de cœur dont
on entendait la grosse voix dans le fond de la
pièce. Il arrivait des paroles sales échangées
questions d'argent. Monsieur s'était fait racler aux
courses. Une grande brune, tout habillée déjà,
donnait les derniers soins a sa coiffure, très com-
pliquée. Elle avait un costume fantaisiste de Japo-
naise, avec de longues aiguilles de cuivre piquées
dans les cheveux.
Le poète se rappelait ce vers de ses .Po<c~M, qui
attendaient là, sur la table
Dans un tissu serti de vagues orehidëes.
Enfin, madame arriva. Elle s'excusa de s'être
fait attendre. Le volume fut accueilli avec des
remerciements élogieux, des flatteries maladroite-
ment tournées.
On se mit à sa table. La patronne était en robe
de soie noire, surchargée de gros colliers d'or,
riches, de mauvais goût, comme la chaine de
montre qui s'étalait pompeuse sur un estomac
débordant.
Jeanne était en toiletté de ville très simple. Ils
dînèrent tous les trois seuls. On causa des arran-
gements, le mariage étant décidé, en principe, de
part et d'autre.
~6 L'AMOUR FANTAISISTE
Lorsque Tancrède s'en alla, le soir, sa maitresse
aurait bien voulu l'aceompagner. Elle le pouvait,
car c'était son jour de sortie. Mais elle n'osait pas,
à cause de madame. Quand il était entré, c'était
encore son amant à elle. Maintenant, il partait, et
c'était presque, déjà, le gendre à la patronne. Elle
comprit que l'écroulement de son amour était
arrivé. Fini d'aimer! Et elle eut un regret poignant.
d'avoir amené tout ça. Toute la nuit dans sa.
chambre, seule, elle pleura.
Tancrède eut des rêves d'avenir tranquilles et
bourgeois. L'aventure amoureuse de la maison de
filles se concluait en une idylle de pot-au-feu.
x
Quelques visites au Raincy, quelques bouquets,
des dîners avec sa~rp<eaffMe et à la villa, cette
fois, et le poète fut définitivement agréé.
D'une façon très simple et très calme, qui pou-
vait passer pour la modestie qui convient à une
jeune personne bien élevée, Zaïre accepta de deve-
nir M- Vandrelle. A partir de ce moment Tan-
crède ne retourna pins à la maison de M"" Fla-
quart. Il ne revit pas Jeanne, non plus. Elle avait
cessé ses visites des jours de sortie.
Le jour de la signature du contrat, il lui envoya
un souvenir. C'était un bijou de prix. Jeanne le lui
renvoya; elle n'avait jamais pensé à se faire payer
son amour. De tout cela il ne lui restait qu'une
blessure. Dans cette douleur qu'elle-même s'était
faite par un sentiment d'affection allant jusqu'au
sacrifice, eUe trouvait comme une douceur. Ce serait
48 L'AMOUR FANTAISISTE
là le seul souvenir à garder de ce rêve qui lui avait
embaumé le cœur.
Le mariage eut lieu et se fit au Raincy. Peu de
monde y assista. Deux amis intimes de Tancrède
lui servirent de témoins. Il leur avait dit que c'était
un mariage de raison, arrangé par des parents de
province.
Ceux de la mariée étaient deux vieux messieurs
décorés, très bien, l'air fort digne. Ils étaient venus
exprès de Paris pour la cérémonie et repartirent de
suite après. On les avait payés pour cela.
La mariée, sous son voile, était très jolie. On/ se
pressait pour la voir à la sortie de l'église. Elle
conservait son petit air froid, très décidé, d'un
comme-il-faut parfait. Quand sa fille passa devant
elle, au bras de son mari, la maman remarqua
qu'elle rougissait. <cAh! elle sera heureuse!
pensa la Flaquart elle l'aime déjà M Une
larme lui venait sous sa paupière grasse.
< Un joli garçon tout de même! Une fille
disait ça, en dévisageant le marié. Puis elle se
penchait vers sa voisine pour lui couler à l'oreille
des réflexions lestes à propos du couple qu'on
venait de bénir c'étaient des pensionnaires de la
maison, des anciennes très bien avec Madame, qui

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