L'argent, l'urgence

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Ce premier roman raconte l'histoire d'une femme qui accepte d'intégrer une grande entreprise pour sortir son couple de la précarité. Ses revenus ne suffisent pas. Son compagnon échoue à trouver un emploi. C'est très bien payé. Que faire d'autre pour leur assurer la sécurité? Elle n'a pas le choix, croit-elle. L'argent, l'urgence... Indépendante, habituée à travailler seule dans son atelier, elle découvre l'enfer des relations sociales contraintes, de la hiérarchie, des jeux de pouvoir et d'un travail dépourvu de sens. Elle finira par reprendre, à tous égards, sa liberté. Louise Desbrusses a réussi à la fois à raconter la vie quotidienne de cette femme dans son couple et dans son travail, de manière très objective, et précise, sans lyrisme ni fioritures, et, par un habile dispositif de parenthèses, à y instiller un commentaire corrosif qui, au choix, peut aussi bien être la conscience lucide de l’héroïne,que la voix impitoyable d’un narrateur à qui rien n’échappe des faux-semblant et des complaisances.
Publié le : jeudi 3 juin 2010
Lecture(s) : 65
Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9782818003992
Nombre de pages : 172
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L’argent, l’urgence
Louise Desbrusses
L’argent, l’urgence
Roman
P.O.L e 33, rue SaintAndrédesArts, Paris 6
© P.O.L éditeur, 2006 ISBN : 2846821240 www.polediteur.fr
À m.l.c. & v.l.c.
Quai désert. Wagons vides. Une place. Laquelle ? Toutes pareilles. Partout il vous semble qu’on peut se glisser dans votre dos pour vous étrangler. Surtout dans le sens de la marche. Pas envie de renoncer au sens de la marche ? Ça vous regarde. Vous ôtez votre écharpe (ne tenter per sonne). Ah, le signal d’alarme. Pouvezvous l’atteindre d’ici ? Le pourrezvous ? La main gauche est un peu lente. Là. C’est mieux. Autre question : êtesvous (encore) assez souple pour donner un coup de pied (ou de genou) au visage de l’agres seur ? Le dos bien calé à la banquette, vous répétez ces gestes mentalement. Ça devrait aller. Bonne idée le pantalon ample. Les chaussures plates moins. Un talon aiguille peut se transformer en arme. Pas la peine de regretter, vous ne possédez
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pas cet article. Griffer. Vous pourriez griffer. Oui, vous le pourrez. Peutêtre serace l’occasion de répondre à cette question : y atil du plaisir ou seu lement du dégoût à arracher (crever, etc.) un œil quand on est en état de légitime défense ? Inspec tion des ongles : un peu courts. Coupés hier. Mais pas limés, acérés (manque de patience). Vous le regrettez. Presque autant que votre peu d’intérêt pour les cours de jiujitsu auxquels votre mère (pré voyante après tout) vous avait inscrite à l’adoles cence. Une station. Une autre. Puis encore une. Un homme. Un seul. Il monte. Il est pour vous. Vous le savez. Vous le sentez. Gagné (perdu, oui). Il s’assoit en face de vous. Fatigue. Il vous regarde. Vous regardez le tunnel défiler. Passionnant. Il se penche. Encombre l’espace. (Où apprennentils ça : prendre autant de place, se dilater ?) L’homme marmotte quelques mots puis tripote votre genou. Lassitude. Colère. Jamais tranquille. Qu’allezvous dire ? Qu’allezvous faire ? À force, vous devez avoir trouvé quelque chose, hein ? Non. Non ? Non. Tou jours pas. Non. Vous en êtes (restée) à ce que l’on vous a appris (à ce qui se fait). Derrière votre masque vous soupirez. L’air neutre vous vous levez. Sans expression vous vous éloignez. Là, debout face à la porte, vous surveillez son reflet dans la vitre (on ne sait jamais). Salope, crietil. Que répondez vous ? Rien. Rien à répondre ? Depuis le temps vous
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