L'Artillerie du 15e corps pendant la campagne de 1870-1871 , par le général de Blois

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J. Dumaine (Paris). 1871. In-8°.
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L'ARTILLERIE DU 15e CORPS
PENDANT LA
CAMPAGNE DE 1870-1871
L'ARTILLERIE DU 15e CORPS
PENDANT LA
CAMPAGNE DE 1870-1871
PAR
GÉNÉRAL DE BLOTt
« Autant sont communs les livres qui
« traitent en grand de l'art militaire, au-
« tant sont rares ceux qui sont écrits en
« Tue du service de l'artillerie. »
(Page 105.)
PARIS
LIBRAIRIE MILITAIRE DE J. DUMAINE
LIBRAIRE-ÉDITEUR
30, Rue et Passage Dauphine, 30
1871
1872
Ce récit, simple et abrégé des péniMes
épreuves qu'eut à subir l'artillerie du 15' corps
dans la guerre de 1870, n'est point l'ouvrage
d'une seule personne. Afin de donner un plus
grand degré d'authenticité aux relations des
événements, on les a fait raconter par des
témoins aussi bien placés que possible pour
tout observer; c'est-à-dire que l'on a repro-
duit le texte des rapports des officiers supé-
rieurs qui commandaient les batteries de la
réserve et des divisions, sans oublier les rap-
ports des capitaines qui ont opéré isolément.
On peut affirmer que, dans le cours de cette
guerre, les officiers de tous grades, les sous-
officiers, ainsi que les jeunes canonniers, ont
honorablement rempli leur devoir et ont mé-
rité des éloges, soit pour leur constance à sup-
porter les privations, les frimas et les revers,
soit pour le courage dont ils ont fait preuve sur
— G —
les champs de bataille de Coulmiers, d'Or-
léans et de Montbéliard.
Un personnel aussi brave, aussi dévoué, a
dû naturellement rendre bien facile la tâche
du commandement : cette circonstance permet
d'expliquer comment le chef de cette artille-
rie, au déclin de ses jours et après sept ans
passés au cadre de réserve, a pu, avec l'aide
de Dieu, conserver assez de forces physiques
et morales pour supporter jusqu'au bout les
fatigues et les soucis de cette rude campagne.
Il sera facile de relever une foule d'omis-
sions dans ce travail; mais il ne faut pas
perdre de vue que ce n'est qu'un résumé, qui
paraîtra sans doute trop long à beaucoup de
lecteurs.
Tous les documents relatifs au commandement de l'artillerie
du 15e corps, tels que registres, lettres, rapports, cartes, etc.,
sont déposés anx archives du dépôt central et pourront servir
à contrôler l'exactitude des faits consignés dans ce volume.
L'ARTILLERIE DU 15e CORPS
PENDANT LA
CAMP AGNE DE 1870-1871
Organisation du 15e Corps.
Par décret du 21 septembre 1870, ce corps
fut créé à Bourges et placé sous les ordres du
général de division de la Motterouge, ayant
pour son chef d'état-major le général de bri-
gade Borel. L'artillerie était commandée par
le général de brigade de Blois, et le colonel
Gobert remplissait les fonctions de chef d'état-
major de cette arme. Le service du génie était
dirigé par le colonel de Marsilly, dont le chef
d'état-major était le lieutenant-colonel Bar-
rabé. L'intendant militaire Bouché était le chef
du service administratif du corps d'armée, et
le chef d'escadron de gendarmerie Démons en
— 8 —
était le prévôt. Telle était la composition de
l'état-major général du 15e corps.
Les troupes se composaient :
1" De trois divisions d'infanterie comman-
dées par les généraux de division des Pail-
lères, Martineau-Deschesnez et Peitavin. Cha-
cune d'elles était appuyée par trois batteries
de six canons de 4 rayé, sous le commande-
ment supérieur d'un chef d'escadron d'artil-
lerie.
2° D'une division de cavalerie de deux bri-
gades, placée sous les ordres du général de
■ division Reyau. Deux brigades isolées, com-
mandées par les généraux Michel et de Nan-
souty, complétaient l'effectif des troupes à
cheval. Il n'y avait point de bouches à feu
affectées en permanence à la cavalerie.
3° Enfin, le corps d'armée comptait encore
à l'origine, une division mixte formée d'une
brigade d'infanterie et d'une brigade de cava-
lerie. Cette division était également privée
d'artillerie.
En dehors des neuf batteries divisionnaires,
l'artillerie du 15e corps possédait une réserve,
composée de six batteries montées ou mixtes
de 8 rayé de campagne et de deux batteries à
— 9 —
cheval de 4 rayé (ces deux dernières à quatre
pièces).
Le parc d'artillerie, placé sous les ordres
d'un colonel, comprenait trois réserves divi-
sionnaires de douze voitures chacune, desti-
nées à accompagner les divisions, et portant,
dans leurs dix caissons à quatre roues, envi-
ron 285,000 cartouches, modèle 1866. Le parc,
proprement dit, composé de 163 voitures, était
affecté aux approvisionnements des batteries
divisionnaires et de celles de la réserve, et
pouvait, suivant les besoins résultant des opé-
rations militaires, être réparti entre des divi-
sions agissant isolément.
Outre ce parc, qui constituait un approvi-
sionnement roulant, trois dépôts de munitions
mises à la disposition du colonel directeur,
devaient être établis à Angers, à Bourges et à
Lyon.
Il résulte des indications précédentes que le
nombre des bouches à feu destinées au 15e corps
se montait à 98; le ministre avait décidé en
plus qu'un équipage de pont de corps d'armée
serait mis à la disposition du général de la
Motterouge et ferait partie du parc de ce corps.
L'équipage, en voie de formation à Tours,
était commandé par le capitaine Ploton, et
devait ensuite rester, jusqu'à nouvel ordre, à
— iO-
la gare de Saint-Pierre-les-Corps, près de la
ville.
Ajoutons, pour compléter ce que nous avons
à dire sur la composition de la partie militante
du 15e corps, que les troupes du génie affec-
tées tant aux divisions qu'à la réserve de ce
service, se composaient de deux compagnies
et d'un détachement de conducteurs.
D'après cette formation, le chiffre des com-
battants faisant partie du 15e corps, s'élevait
à 60,000 hommes.
Le général commandant l'artillerie se rap-
pela que Napoléon Ier avait reconnu la néces-
sité de forcer d'autant plus la proportion de
bouches à feu dans une armée, que les soldats
en étaient plus faibles et moins aguerris; il
n'ignorait pas, en outre, que nos ennemis, mal-
gré la solidité de leurs, troupes, emploient
d'habitude le chiffre de trois canons par mille
hommes. En conséquence, il regarda comme
insuffisant le nombre des bouches à feu don-
nées par le ministre au 15e corps, et crut
devoir soumettre les observations suivantes au
général qui le commandait en chef :
« L'effectif total du 15e corps d'armée étant
« approximativement de 60,000 hommes, il se-
« rait très-désirable d'y porter de deux à trois
3 octobre.
— H —
« le nombre de bouches à feu par mille hom-
« mes, afin de nous rapprocher de la propor-
« tion observée par l'ennemi, et d'inspirer de
« la confiance aux troupes peu aguerries qui
« composent le 15e corps.
« D'après la première décision du ministre,
« 98 bouches à feu avaient été affectées au
« 15e corps; par sa dépêche du 21 novembre,
« il nous annonce une augmentation de deux
« batteries de 8, de trois batteries de canons
? à balles (mitrailleuses) et de deux batteries à
« cheval de quatre pièces, dans le cas où le
« général en chef voudrait appuyer par de
a l'artillerie la brigade de cavalerie opérant
« isolément; soit un total de 136 bouches à
« feu que nous possédons ou qui nous sont
« promises. Pour atteindre le chiffre de 180,
« représentant trois pièces par mille hommes,
« il nous en manquerait donc 44, ou environ
« sept batteries. 9
« J'ai, en conséquence, l'honneur de vous
« prier, mon général, de vouloir bien deman-
« der au ministre que sept nouvelles batteries
« nous soient accordées, pour donner au
« 15e corps une force en artillerie qui lui per-
« mette d'agir vigoureusement dans toutes les
« circonstances de la guerre. »
Mais le ministre répondit au général de la
— i2 —
Motterouge : « Que ses ressources actuelles
ne permettaient pas de dépasser le nombre de
136 bouches à feu possédées ou attendues par
le 15e corps, soit environ deux par mille hom-
o mes. Ce n'était sans doute pas la proportion
désirable; mais il ne fallait pas perdre de vue
que le gouvernement s'était trouvé dans la
nécessité, sans qu'il lui restât un seul cadre de
batterie montée, de créer l'artillerie des 12e,
13% 14e, 15e et 16e corps ainsi que celle de la
défense mobile de Paris. Le harnachement
faisait défaut pour atteler un grand nombre de
batteries, et l'organisation du 16e corps allait.
encore diminuer les ressources de l'État. »
Cette réponse suffit sans doute pour nous
donner une preuve de la grande activité dé-
ployée par les chefs du service de l'artillerie
dans ces circonstances difficiles; mais il n'en
était pas moins vrai que le 15e corps allait
marcher à l'ennemi et lui livrer combat à
armes très-inégales. Ce déficit de bouches à
feu est la cause principale des revers que,
malgré tous nos efforts, nous avons subis de-
Tant Orléans, lorsque nous y fûmes attaqués
par toutes les armées prussiennes concentrées
autour de cette place.
En exécution d'ordres ultérieurs et pour
— 13 —
.réaliser une promesse faite par le ministre,
le 15e corps reçut, le i2 octobre, une batterie
de six canons à balles commandée par le capi-
taine André; elle fut affectée à la première
division. Plus tard, le 12 novembre, une autre
batterie de huit canons à balles (capitaine
Ruhlmann) arriva au corps et fut annexée à la
réserve, ainsi que la 15e batterie du 19e (quatre
pièces de 4 rayé, capitaine Decreuse).
Cette réserve fut encore augmentée de deux
batteries de 8 fournies par l'artillerie de ma-
rine, arrivées le 19 octobre, sous les ordres des
capitaines Bourdiaux et Choffel, et sous le
commandement supérieur du chef d'escadron
Chaillon.
Avec ces accroissements, l'artillerie du 45e
corps put conduire sur le champ de bataille
Il 428 bouches à feu, dont 14 canons à balles.
En même temps qu'une demande d'augmen-
tation de l'artillerie avait été adressée au mi-
nistre, on avait témoigné le désir de recevoir
des caissons en assez grand nombre, pour
qu'une quantité de vingt-cinq cartouches par
homme pût accompagner les troupes dans
7 octobre.
— 14 —
leurs marches. Mais ce chiffre ayant été réduit..
à sept, le général commandant l'artillerie du
corps d'armée s'adressa au général en chef, et
lui fit observer que cette diminution qui nous
était imposée nous mettait dans la nécessité
de faire tous nos efforts pour ménager ces
précieuses munitions. Il y aurait donc lieu de
recommander aux officiers d'infanterie d'user
de leur influence pour modérer la vivacité, de
leurs feux, résultat assez difficile à obtenir de
soldats inexpérimentés.
En outre, les officiers généraux et supérieurs
devraient recevoir l'ordre de ne jamais com-
mencer leur tir avant l'arrivée de leurs troupes
à bonne distance de l'ennemi, tous les coups
- partis de plus loin étant sans effet et constituant
une consommation inutile de cartouches.
L'artillerie du 15e corps avait une tâche bien
difficile à remplir dans cette guerre terrible et
imprévue. Personnel et matériel, tout était
nouveau, tout laissait à désirer. Décrié par les
journaux et déclaré en toutes circonstances
inférieur en justesse et en portée au canon se
chargeant par la culasse qui lui était opposé,
— io —
notre calibre de 4 ne devait pas être vu d'un
bon œil par ceux qui allaient être réduits à
s'en servir. On comprend donc combien il était
nécessaire de faire concevoir à nos comman-
dants de batteries une opinion plus avanta-
geuse de leur arme.
Pour atteindre ce but, nous possédions un
précieux moyen d'information et qui nous a
été très-utile. Plusieurs de nos officiers, té-
moins de la catastrophe de Sedan, d'où ils
* avaient pu s'évader au risque de leur vie,
s'étaient ainsi trouvés en position d'observer le
fonctionnement de la nouvelle artillerie sur le
champ de bataille. Nous devons citer en tête
le colonel Chappe, commandant la réserve, le
colonel Gobert, chef d'état-major de l'artil-
lerie, le capitaine Morel (Pierre-Émile), faisant
partie de cet état-major, et le capitaine de
Marmiès, commandant la 18e batterie du 13
régiment. Les renseignements fournis par ces
Draves officiers s'accordaient à merveille et
étaient de nature à inspirer une confiance
absolue en leurs assertions. Aussi le général
n'hésita pas, après avoir invoqué leur témoi-
gnage, à donner les conseils suivants aux offi-
ciers supérieurs sous ses ordres :
« Puisque vous n'avez que du calibre de 4,
9 octobre.
— 6 ,
u il faut vous y résigner et tâcher, en
« bons artilleurs, d'en tirer tout le parti pos-
(l sible.
« Voici, sur cette bouche à feu et sur ses
« projectiles, l'opinion de camarades qui ont
« pris part aux premières opérations de la
« guerre.
« La portée absolue du canon de 4 est incon-
« testablement plus faible que celle du canon
« de 6. Admettons que cette différence soit de
« 700 à 800 mètres. Il y aura sur le champ de
« bataille une certaine surface dans l'étendue
« de laquelle la batterie de 4 recevra des pro"
« jectiles de 6 sans pouvoir envoyer les siens
« à l'ennemi, à cause de la différence des
« portées.
« Eh bien ! toutes les fois que vos batteries
« se trouveront dans cette position, le bon
« sens dit qu'il n'y a qu'un seul parti à pren-
Il dre : c'est de quitter au plus vite cet empla-
« cement désavantageux pour vous porter en
« avant à une distance telle de l'ennemi, que
* vos projectiles puissent l'atteindre. Légèreté
« et rapidité de tir, tels sont les avantages du 4
« sur le 6 ; sachez en profiter.
« Ceux de nos officiers qui ont été témoins
« de pareils faits, affirment que l'artillerie
« prussienne a rarement résisté à cet acte de
- 17 —
2
« bravoure qui déjoue tous ses calculs 5e dis-
et tance : elle se retire presque toujours.
c Les fusées des obus prussiens éclatent en
« frappant le sol, et leurs effets ne se font
« sentir qu'à une distance assez faible (1) ;
« tandis que nos fusées fusantes, si l'on n'en
a débouche pas les évents correspondants aux
« petites distances (ce qu'il faut généralement
« éviter), agissent comme projectiles pleins
« aux premiers points de chute, et tant qu'ils
ce n'ont pas éclaté inquiètent l'ennemi, même
cc au delà de ses lignes. Cette disposition assure
« une supériorité marquée aux projectiles
« francais. ,
« j'espère que vous voudrez bien donner les
_« explications qui précèdent aux officiers de
< vos batteries divisionnaires. Il importe, en
« effet, au succès de nos opérations, que votre
« personnel ait foi dans la puissance de la
« bouche à feu qui lui est confiée par l'État.,
« et dont nos camarades ont su tirer un bon
« - parti depuis le commencement de la
« guerre. » • "--
(1) Si cette lettre eût été écrite quelques semaines plus
tard, on eût pu ajouter que les fusées percutantes prussiennes
éclataient rarement dans la terre moUe et détrempée.
— —
PREMIERS COMBATS DEVANT ORLÉANS
La formation du 15" corps en était encore à
ses débuts, lorsque ses bouches à feu parurent
pour la première fois devant l'ennemi. Le
général commandant l'artillerie apprit, en
arrivant à Bourges, que deux des batteries de
la 211 division, 18e du 13e (capitaine de Marmiès)
et 14e de l'ex-garde (capitaine Chastang), re-
quises par le général de Polhès, commandant
la 19e division militaire, étaient parties pour
Orléans avec le chef d'escadron Tricoche, qui
les avait sous ses ordres. Deux autres batteries
de 8, 15® et 16e mixtes, du 3e régiment (capi-
taines Faivre et Boutolle), commandées par le
chef d'escadron Tessier, se joignirent aux
premières; et le reste de la réserve se mit en
route le 9 octobre par les voies ferrées.
Le général de la Motterouge fut bientôt
appelé à succéder au général de Polhès dans
le commandement des troupes de défense
d'Orléans. Jugeant que les soins à donner à
l'organisation de l'artillerie de son 15e corps
étaient la principale affaire du moment, il
s'abstint d'appeler à lui l'état-major de cette
arme et le laissa à Bourges. Nous ne pûmes
12 octobre.
— 19 —
donc connaître les événements accomplis que
par les rapports des chefs d'escadron qui
prirent part à ces combats.
Avant d'aller plus loin, nous devons rappeler
combien il est important que ces moyens d'in-
formation soient d'une exactitude irrépro-
chable. Leurs auteurs doivent donc s'imposer
le devoir de respecter la vérité et de ne lui
porter aucune atteinte, soit en l'exagérant,
soit en l'atténuant. Faute de remplir cette
condition, les rapports perdent tout crédit et
peuvent même être nuisibles à l'État, en
inspirant à ses agents une sécurité trompeuse,
ou en signalant comme aptes à l'avancement
ou aux récompenses des hommes indignes d'en
recevoir. Rien ne porte une plus vive atteinte
au moral de l'armée que les inj ustices; aussi
les auteurs de rapports mensongers ne
peuvent-ils manquer à la longue de perdre
l'estime de leurs soldats.
Il est évident que des jeunes gens qui
paraissent pour la première fois devant l'en-
nemi peuvent fort bien, sans être entachés
du crime de lâcheté pour toute leur vie, ne
pas faire tout aussi bonne contenance que des
vétérans. En pareil cas, un moment d'hési-
tation se comprend à merveille et doit s'ex-
cuser de même. Témoins de ce trouble, les
— 20 —
chefs peuvent sans crainte le signaler au
général, qui prendra note du fait et tâchera
de trouver le moyen d'empêcher qu'il ne se
reproduise.
- Le commandant Tricoche a très-bien compris
son devoir dans cette circonstance; on doit lui
en savoir gré. Voici l'extrait de son compte
rendu des premières affaires :
f
Rapport sur le combat du 24 septembre
- à Artenay.
« Le colonel Tillion du 6e dragon's, à la dispo-
« sition duquel avaient été mises les sections
« Derennes et Teillard (régiment à pied de
« l'ex-garde, 14e batterie) sous les ordres du
« capitaine Chastang (même régiment), partit
« d'Artenay pour aller à la rencontre de l'en-
« nemi avec trois escadrons (6e hussards et
« 6e dragons) et la section Derennes.
« On aperçut la cavalerie prussienne vers
« trois heures et demie, à 2 kilomètres envi-
« ron du village. Elle poursuivait mollement
« nos troupes qui, après une pointe sur Ba-
« zoches, se repliaient sur Artenay. On pouvait
« évaluer les forces ennemies à 2,400 uhlans
« et cuirassiers blancs soutenus par 10 bouches
— 21 —
« à feu, s'avançant sur deux colonnes à droite
« de la route de Paris.
a A 2,000 mètrçs, la section Derennes ouvrit
a un feu bien dirigé qui arrêta l'ennemi. Ce
« dernier forma bientôt sur sa droite une troi-
« sième colonne, longeant la chaussée même
« de la route où la section s'était mise en bat-
« terie; et les trois colonnes reprirent leur
« marche en avant. -'
« Le capitaine Chastang fit tirer sur la nou-
« velle colonne qui appuyait sur notre gauche
« dans l'intention probable de nous tourner ;
« et cette colonne disparut aussitôt derrière
« les bois et les maisons. Le tir de la section
« fut alors dirigé sur les deux autres colonnes
« qui' vers cinq heures, se retirèrent en bon
« ordre.
« L'artillerie ennemie n'avait lancé qu'un
« petit nombre d'obus, tous trop courts, et ne
« nous avait fait aucun mal.
« L'attitude de la troupe a été satisfaisante ;
« cependant on a remarqué chez un certain
« nombre de servants à pied, venus du 13e ré-
« giment, une hésitation dont je ne parlerais
« pas s'il n'était pas de mon devoir de signaler
« l'énergie avec laquelle cette hésitation a été
« réprimée par les sous-officiers et brigadiers,
« qui ont pris avec entrain les fonctions des
— 22 —
a servants et ont ramené ainsi la confiance
« dans les jeunes troupes.
Conahat du à oetobre à Toury.
« Le 2 octobre, je reçus l'ordre de mettre
« M. le lieutenant Derennes avec une demi-
« batterie, à la disposition de M. le général
« de Longuerue qui se dirigeait sur Chevilly
« (15 kilomètres nord d'Orléans). La colonne
« se composait du 9\ dragons et du 6e hus-
« sards.
« Partie d'Orléans à sept heures, elle arriva
« à midi seulement à Chevilly, où elle trouva
« quelques compagnies d'un bataillon de chas-
« seurs à pied et du 29e régiment d'infanterie
te. de marche.
« Le 5 octobre, à trois heures du matin, la
* colonne partit de Chevilly, se dirigeant sur
« Toury, où elle arriva à septheures du matin.
« Le général déploya les chasseurs à pied
* en tirailleurs sur la gauche de la route de
« Paris. La cavalerie quitta la route et se rangea
« en bataille derrière les tirailleurs.
« Vers sept heures un quart, M, Derennes
« reçut l'ordre de se porter en avant avec une
« section seulement : le général fit mettre en
— 23 -
« batterie sur la chaussée, à 1,000 mètres en-
II viron de l'ennemi, placé en avant du chemin
« qui mène de Janville à la route de Paris.
II La cavalerie prussienne était déployée en
« bataille. La section fit feu sur elle et la força
« de se replier derrière Janville. Dans ce mou-
« vement, une batterie prussienne de 6 pièces
« se trouva démasquée; elle ouvrit immédia-
« tement son feu, mais sans aucun succès.
« Vers sept heures et demie, une autre bat-
« te rie prussienne de 4 pièces vint s'établir à la
« droite de la première, dans une direction
« perpendiculaire. Cette nouvelle batterie prit
« nos deux pièces d'écharpe ; et son tir, d'une
« admirable précision, nous fit éprouver des
« pertes sensibles. Dès les premiers coups,
- « M. le lieutenant Derennes fut blessé à la
« main par un éclat d'obus et à la cuisse gauche
« par une balle ; presque au même moment,
« son - cheval recevait au poitrail un éclat
« d'obus qui le blessait mortellement. Deux
« servants de la première pièce étaient tués,
K ainsi que cinq chevaux ; enfin un artificier,
« trois servants, un conducteur et trois che-
« vaux étaient blessés dangereusement.
« La position n'était pas tenable, et la sec-
a tion dut se retirer.
« A ce moment, le sang-froid dont les
— 24 —
« hommes avaient fait preuve pendant l'action,
« fit place à une émotion qu'explique jusqu'à
ci un certain point la pluie de projectiles qui
« tombait sur la section. Les caissons s'éloi-
« gnèrent rapidement sans commandement,
« ainsi que la pièce de gauche ; la pièce de
« droite, placée assez en avant de celle de
a gauche, ne pouvait être remise sur sonavant-
« train, dont les chevaux de derrière étaient
« blessés. -. , n
• «
« M. Derennes à pied près de cette pièce,
« s'occupait à prendre les mesures nécessaires,
« lorsqu'il s'aperçut du mouvement précipité
« des voitures dé la section.
« Des - six servants de la pièce de droite,
« deux avaient été tùés et deux blessés; les
« deux autres avaient suivi le mouvement de
n retraite. Seul, le chef de pièce, le maréchal
« des' logis Michoulier, était - resté à son
-- ,.,. 1
« poste." ; t » -,
- ': « M. Derennes arrêta que lques chasseurs à
« pied et les employa à emmener la pièce à
« 200 mètres en arrière. : .,
- « Pendant ce temps, le conducteur de der-
a rière de l'avant-train, Cadio, blessé à la
« jambe, mettait ses harnais sur les chevaux
« de devant, et la pièce fut bientôt replacée
« sur son avant-train.
-25 -
« L'adjudant Ducatez, laissé en arrière avec
« la - troisième pièce, avait réussi à arrêter les
« voitures; et l'ordre fut promptement ré-
« tabli. -
- « Vers huit heures et demie, le mouvement
« de retraite de la colonne du général de Lon-,
« guerue s'arrêta. A dix heures, cette colonne
« se reporta en avant sur Toury; elle traversa
« ce village vers onze heures et aperçut-l'en-
« nemi qui opérait sa retraite en bon ordre.
« Elle s'arrêta elle-même et, vers midi, re-
« broussa chemin pour revenir à Chevilly, où
« elle arriva à cinq heures. * - -
- « Le lendemain 6, M. Dererines reçut l'ordre
« de rentrer à Orléans avec sa demi-batterie. »
-
■L r - ,
On doit s'attendre à de pareilles pertes
toutes les fois que l'on abordera l'ennemi avec
une artillerie insuffisante.
- Cependant la demi-batterie de gauche (18e
du 13e, lieutenant Lacor) fut moins maltraitée
à ce même combat de Toury. -
« A trois heures du matin, le général Ressayre
II était parti de Chevilly avec une brigade de
« cuirassiers, un bataillon de turcos et sa
« demi-batterie. Il se dirigea sur Artenay et
« de là à Tivernon (9 kilomètres nord d'Ar-
— 2G —
« tenay), où quatre fantassins prussiens furent
« faits prisonni ers.
« A sept heures et demie, la colonne arrivait
« dans la plaine qui s'étend en avant de Toury
« (4 kilomètres nord de Tivernon) : il y avait
« de la brume, et l'on distinguait à peine
a l'ennemi.
« Les turcos, déployés en tirailleurs, ou-
« vrirent un feu de mousqueterie assez vif
« et sans résultat appréciable. L'artillerie en-
« nemie se fit entendre, mais évidemment di-
« rigée sur un autre point, car aucun projectile
« n'atteignit les troupes.
« Le général Ressayre fit avancer l'artillerie
« qui. ouvrit le feu à environ 2,000 mètres;
« les premiers coups furent bons, et la cavalerie
« ennemie se retira. A ce moment, l'artillerie
« ennemie fit feu sur la nôtre; mais ses coups
« furent trop longs, et elle ne nous fit aucun
« mal. Elle changea alors de position, se mas-
« qua d'un pli de terrain et reprit le feu avec
« une grande précision.
« Le capitaine de Marmiès eut promptement
« un homme et deux chevaux blessés; le gé-
a néral Ressayre fit retirer la demi-batterie. Ce
« mouvement de retraite, toujours difficile
« surtout avec des troupes inexpérimentées,
« s'effectua d'autant plus rapidement, que les
— 27 —
« obus à balles pleuvaient sur la batterie ; le
« capitaine de Marmiès dut employer toute son
« autorité pour arrêter le mouvement, afin de
« relever le blessé qu'il alla chercher lui-même
« avec un avant-train.
« Vers neuf heures, la cavalerie ennemie se
« déploya en bataille devant le village de
« Toury, et le capitaine de Marmiès reçut
« l'ordre de faire feu sur elle : une vingtaine
« de coups suffirent pour la chasser de sa pc-
« sition.
t A onze heures et demie, toutes les troupes
« ennemies se retirèrent ; les nôtres en firent
« autant, et la position disputée se trouva
« complètement abandonnée. A quatre heures,
« la colonne Ressayre était de retour à Ar-
« tenay. »
Le capitaine Chastang, avec une demi-bat-
terie de l'ex-garde, prit également part à
l'affaire de Toury, sous les ordres du général
Michel qui marchait avec trois régiments de
cavalerie. Ils arrivèrent à ce village le 5 oc-
tobre, à sept heures et demie du matin.
« Ils entendirent à leur droite un feu assez
« vif de mousqueterie, puis le bruit du canon.
« A huitheures, le général voyant une colonne
— - 8 —
« de cavalerie ennemie se porter vers sa droite
« à 600 mètres, lui fit lancer quelques obus à
« balles, qui la forcèrent de battre en retraite.
« L'artillerie ennemie ne répondit pas à la
« nôtre.
« Le général Michel tenta alors de se porter
« en avant pour tourner l'ennemi par sa
a droite; mais il fut arrêté dans ce mouvement
« par de fortes colonnes de cavalerie ennemie
t< qui se montrèrent à 1,600 mètres environ.
« Alors le capitaine Chastang reçut l'ordre de
« faire feu; l'artillerie prussienne lui répondit,
« mais sans succès, ses coups étant trop
« courts.
« La cavalerie française se porta en avant.
« A son approche, l'ennemi se replia et aban-
« donna Toury. Le capitaine Chastang le pour-
« suivit, le canonna vigoureusement, et nous
« restâmes maîtres de la position. Dans la
« journée, la colonne se retira à Artenay sans
« aucun motif apparent. »
Ces premiers rapports étaient de nature à
éveiller l'attention de l'état-major de l'artillerie.
Ils faisaient ressortir, jusqu'à l'évidence, un
défaut de fermeté assez naturel dans une masse
de jeunes canonniers qui n'avaient pas encore
vu le feu. Il fallait chercher le moyen de pré-
!
- 29 -
venir ces hésitations et les mouvements désor-
donnés qui en pouvaient être la conséquence.
Tels furent les motifs qui donnèrent lieu [h
l'ordre suivant :
- « Le général commandant l'artillerie du 15e
u corps prescrit aux officiers sous ses ordres
a de faire mettre pied à terre aux conducteurs
« des avant-trains - et des caissons pendant
« l'exécution des feux devant l'ennemi, toutes
« les fois que des motifs graves ne s'y oppose-
« ront pas. Ces hommes devront se tenir à la
a tète de leurs chevaux, et ils y seront moins
« exposés que s'ils restaient à cheval.
« Les mouvements de retraite devront tou-
« jours s'effectuer aupas, avecheaucoup d'ordre
« et de calme : un officier se portera en avant
« des caissons pour les empêcher de se retirer
« précipitamment. »
Cet ordre fut ponctuellement exécuté pen-
dant toute la durée de la campagne.
Les combats précédents n'avaient eu pour
objet - que de repousser une reconnaissance
ennemie sur Orléans ; mais ceux. du 10 et du
11 furent beaucoup plus sérieux : c'était une
véritable attaque qui fut couronnée de succès,
nos troupes ayant évacué la ville.
Il ottohre.
- 30 —
Rapport du colonel Chappe, commandant la réserver
sur le combat d'Artenay, livré le 10 octobre.
« Dix pièces de 8, commandées par MM. les
« capitaines Faivre et Boutolle, sous le com-
« mandèment supérieur de M. le chef d'esca-
« dronTessier, prirent position, vers dix heures
« du matin, en avant de la Croix-Briquet, et
« à 3 kilomètres environ en deçà d'Artenay r
« quatre d'entre elles à cheval sur la route
« d'Orléans; les six autres plus à gauche, ayant
« pour objectif à la fois le centre et la droite
« de l'armée ennemie.
« Elles ouvrirent le feu à onze heures ; or*
« y répondit de suite, et l'action ainsi engagée
« continua très-vivement de part et d'autre
« sans amener de résultat décisif. Jusque vers
« trois heures de l'après-midi, l'artillerie prus-
« sienne nous avait fait peu de mal, quoiqu'elle
« fût supérieure en nombre à la nôtre, son tir
« pendant les premières heures n'ayant eu
« aucun effet par défaut de portée : nos pertes
« se réduisaient à deux chevaux tués et un*
« caisson hors de service. Autant que nous
« avons pu en juger par le silence momentané
« de quelques-unes de ses pièces, nous avons.
« dû infliger des pertes sensibles à l'ennemi.
- 31 —
« Vers trois heures, un mouvement tournant
« exécuté par lui sur notre gauche avec de la
« cavalerie et de l'artillerie, détermina l'armée
« à se replier : l'artillerie eut alors pour mis-
« sion de soutenir la retraite, ce qu'elle a fait
« avec vigueur et sang-froid.
« Après avoir, sous le double feu des batte-
« ries de position et des batteries mobiles de
« l'ennemi, cédé le terrain assez lentement
« pour que le gros de l'armée pût se replier,
« l'artillerie à son tour s'est trouvée compro-
« mise, n'ayant pas toujours eu à sa portée des
« troupes de soutien suffisantes.
« Les batteries mobiles lancées à notre pour-
« suite avaient sur les nôtres l'avantage de la
« vitesse. Pour ne pas nous exposer à perdre
« notre matériel en entier, il fallut à deux re-
« prises faire tête à l'ennemi, en mettant en
« batterie quelques pièces destinées à le con-
« tenir, pendant que le reste de la colonne
« opérait sa retraite. Ces pièces, naturellement
« très-exposées, n'ont eu pour les défendre au
« moment décisif, contre les charges réitérées
« de la cavalerie prussienne, que les canonniers
« eux-mêmes et un peloton de dragons que
u nous avons vu mettre pied à terre et faire
« feu très-utilement pour nous (1). Nous avons
(1) La conduite honorable du capitaine Renoult, comman-
— 32 —
« eu le regret de perdre ainsi trois canons;
« un quatrième, enlevé d'abord, a été repris et
« ramené brêlé à l'avant-train, son affût ayant
« été brisé. : c
- « En résumé, quoique la journée n'ait pas été
« heureuse, l'artillerie a la conscience d'avoir
« fait son devoir. »
On peut remarquer ici que l'armée ennemie,
avec son calibre de 6, s'est trouvée vis-à-vis
des canons de 8 du colonel Chappe dans la
situation ordinaire de nos batteries de 4 contre
le 6 des Prussiens. Mais les pièces de position
qu'avait l'ennemi tinrent tête à nos canons de
8, tandis que ces derniers se trouvèrent har-
celés par les batteries mobiles prussiennes, qui
possédaient sur eux l'avantage de la vitesse.
Rapport du chef d'escadron Poizat, commandant
Vartillerie de la 3e division, sur le combat
d'Ormes.
- « Le 11 octobre, vers six heures du matin,
« le capitaine Chauliaguet, - de la 18e batterie
a du 10e régiment, reçut l'ordre de M. le gé-
dant le détachement de dragons et chevalier de la Légion
d'honneur, a été signalée au général Reyau, qui a bien voulu
demander pour lui la croix d'officier, en récompense de ce beau
trait de confraternité militaire. (Note A.)
— 33 —
3
(f néral Peitavill, commandant la 3e division,
« de se rendre avec sa batterie au village
« d'Ormes, à 7 kilomètres d'Orléans, sur la
« route de Patay. Arrivé à neuf heures, le ca-
« pitaine Chauliaguet fit placer sa 3e section à
« gauche, derrière un épaulement en terre, et
« conserva les autres pièces sous son comman-
p dement plus direct, près de l'église, battant
« bien la plaine en avant et un bois situé à
u 2,200 mètres à gauche.
« Le feu de ces pièces arrêta la marche de
& l'infanterie et de la cavalerie ennemie ; mais
« bientôt l'artillerie prussienne, en nombre bien
« supérieur (24 pièces environ), ouvrit un feu
« très-vif sur elle. Dès les premiers coups, M. le
« lieutenant en premier Coffinières eut le bras
« fracturé par un éclat d'obus. Les quatre che-
« vaux d'un caisson furent tués et plusieurs
« hommes blessés. Les quatre pièces durent
« faire un mouvement en arrière : elles s'éta-
it blirent près d'un moulin à vent et recommen-
« cèrent leur feu. Au bout d'une demi-heure,
o leur nouvelle position n'était plus tenable ;
« on dut la quitter pour reformer les servants
II et les attelages. La retraite se fit alors très-
« régulièrement par la route d'Ingré et le
« faubourg de la Madeleine.
« Pendant ce temps, la 3e section, dirigée
— 31 -
« par son chef, M. de Lândrevie, avait conti-
« nué un feu énergique; et elle dut se retirer,
« après l'abandon par l'infanterie des retran-
« chements qui la couvraient très-peu. Le tir
« de la section a été maintenu avec une téna-
« cité remarquable.
« Elle a éprouvé des pertes sensiblès :
t< 1 maréchal des logis blessé, 6 hommes tués
« ou blessés, 10 chevaux hors de combat, un
« affût hors de service ; les pièces ont été
a ramenées par des chevaux blessés. Le
« lieutenant et un maréchal des logis poussaient
« aux roues.
« Telle est la part prise par la 18e batterie
« du 10e régiment au combat d'Ormes, sous
« les yeux de M. le général Peitavin, qui m'a
« témoigné lui-même sa satisfaction sur le
« calme, la solidité des hommes et les résultats
« obtenus par la batterie. »
Les relations précédentes présentées par
ordre de dates ont paru dignes d'intérêt, en ce
qu'elles permettent de constater la rapidité des
progrès du moral de nos canonniers, dont le
courage ne s'est pas une seule fois démenti
dans le cours de cette guerre. L'intrépidité de
ces - hommes est d'autant plus remarquable,
qu'elle présente un contraste frappant avec la
— ù;) -
conduite sur le champ de bataille de certains
corps de nouvelle formation.
Ainsi, dans son rapport sur le combat très-
sérieux qu'il eut à soutenir devant Artenay, le
commandant de la réserve, forcé de battre en
retraite, se plaint d'avoir été complétement
abandonné par les troupes qui devaient le
soutenir ; et par suite de cet acte de faiblesse,
d'avoir vu ses canonniers obligés de pourvoir,
dans les derniers moments, à leur défense
personnelle. En pareille circonstance, des
bouches à feu doivent presque infailliblement
tomber aux mains de l'ennemi.
Afin d'éviter à l'avenir les conséquences de
semblables défections, on reconnut la nécessité
de subordonner les troupes de soutien aux
commandants de l'artillerie qu'elles devaient
défendre. Ce principe, posé en présence du
général en chef et des généraux de divisions,
fut adopté par eux ; ils en comprirent l'im-
portance. Entrant plus avant dans cette voie,
deux des généraux commandant les divisions
se déclarèrent disposés à affecter un personnel
spécial et permanent à la protection de leur
artillerie ; et cette mesure a produit d'excellents
effets (i).
(i) Une très-vive sympathie ne tarda pas à se développer
entre les cannonniers et les fantassins. Elle dut s'accroître en-
— 36-
Avis des dispositions adoptées fut donné en
ces termes aux commandants de l'artillerie des
divisions et de la réserve :
« Les combats devant, en général, s'engager
« par un feu d'artillerie, il est essentiel que
u les batteries soient très-vigoureusement
« soutenues.
« Dans les rapports adressés au général par
« les officiers supérieurs après une affaire, on
« ne. manquera pas de signaler de quelle
« manière, soit en bien, soit en mal, le per-
it sonnel chargé de ce service aura rempli sa
« mission.
« Le général attache une importance toute
« spéciale à la stricte exécution de cette me-
« sure, de laquelle peuvent dépendre la con-
« servation et les bons effets de l'artillerie sur
« les champs de bataille. Les chefs de service
« donneront connaissance du présent ordre
« aux commandants de leurs troupes de sou-
« tien. »
Les combats qui venaient d'être livrés au-
tour d'Orléans avaient donné aux officiers des
core lorrque ceux-ci, à la suite de combats où ils avaient fait
bravement leur devoir, reçurent les récompenses dues à leur
courage et réclamées par les chefs de l'artillerie.
18 octobre.
— 37 —
batteries une habitude suffisante de la guerre,
pour qu'il fût possible de les consulter sur des
questions importantes relatives à remploi des
munitions. Ainsi, le ministre ayant expédié au
parc un approvisionnement de fusées percu-
tantes destinées à être réparties dans les bat-
teries, à raison de 90 par canon de 4 et de 70
par canon de 8, cet envoi qui permettait aux
batteries d'employer le tir aux grandes dis-
tances, fut parfaitement accueilli; et après
avoir pris l'avis des officiers supérieurs, le gé-
néral adopta cette disposition :
« Tous les obus ordinaires contenus dans le
« demi-coffre de gauche des avant-trains de 4
« et de 8, seront armés de fusées percutantes.
u MM. les chefs de service prendront les me-
« sures nécessaires pour éviter toutes chances
« d'accident dans le chargement des fusées.
« Au premier engagement qui aura lieu,
« MM. les commandants de batterie feront leur
« observation sur la proportion et le place-
« ment des obus percutants, et adresseront
c à ce sujet leur avis au général, par l'inter-
« médiaire des chefs de service. »
- L'impossibilité de ne mettre les fusées" per-
cutantes en place qu'au dernier moment étant
10 octobre.
20 octobre.
— 33 —
bien reconnue, il devenait nécessaire d'intro-
duire dans les coffres un certain nombre d'o-
bus ainsi chargés à l'avance. L'expérience a
confirmé la bonté de cette mesure.; car aucun
accident n'est arrivé, bien que des caissons qui
renfermaient de ces obus aient versé en cage.
On jugea en outre que l'emploi des fusées
percutantes donnait un bon moyen d'apprécier
les distances, puisque le point de chute devient
visible par la fumée que produit l'éclatement.
Les uns furent d'avis que dix obus à percussion
suffiraient pour les demi-eoffres ; les autres en
demandèrent seize : la question ne fut pas
tranchée.
Plus tard, notamment à la bataille de Coul-
miers, on constata que nos fusées fusantes
donnaient de très-nombreux éclatements pré-
maturés, même lorsque les batteries s'étaient
portées en avant pour diminuer leur distance à
l'ennemi, conformément à l'ordre du 9 octo-
bre. Si donc on veut continuer à faire usage
des fusées fusantes pour le tir à grande dis-
tance, il sera indispensable de les modifier.
Une prescription relative au harnachement
fut faite à la même époque :
« Les directions d'artillerie se trouvant au-
« jourd'hui dans l'impossibilité de fournir aux
— 39 —
« corps les effets de harnachement qui leur
« sont nécessaires, il est expressément enjoint
< aux commandants de batteries, de faire tous
« leurs efforts pour en laisser le moins possible
a sur le champ de bataille. Après chaque com-
< bat, on aura soin d'envoyer sur les lieux
« des corvées chargées de recueillir les harnais
li que l'on n'aura pu enlever au moment de
Il l'action. 9
L'exécution de cet ordre eut san doute pour
conséquence d'accroître le chargement des
voitures, mais non d'un poids inutile ; nos
batteries y trouvèrent de précieuses ressources.
Lorsque l'on se porte en avant sur le champ
de bataille, l'enlèvement des harnais est une
opération facile à exécuter : il n'en est plus de
même lorsqu'il faut battre en retraite ; c'est
surtout alors que le dévouement des hommes
est mis à l'épreuve !
L'évacuation d'Orléans, au 12 octobre, n'au-
rait probablement pas eu lieu, si l'ordre de se
porter en avant avec tout son corps d'armée
eût été donné en temps opportun au général
— 40 —
de la Motterouge, car une partie seulement
de ses troupes purent être engagées. Néan-
moins, l'échec qu'elles subirent détermina le
remplacement de cet officier général par le
général d'Aurelle de Paladines. Après les re-
grets sincères donnés à notre ancien chef, dont
l'esprit ferme et conciliant eût été pour nous
une garantie de succès, si nous nous fussions
trouvés dans de bonnes circonstances pour en
obtenir, nous saluâmes notre nouveau géné-
ral. Nous le trouvâmes préoccupé, dès son arri-
vée, des moyens de doter les troupes placées
sous ses ordres des vertus militaires dont elles
étaient privées. « L'élan et le patriotisme ne
« suffisent pas, leur disait-il dans une procla-
« mation énergiquement libellée; mais la pré-
« mière condition du succès est la discipline,
(c sans laquelle il n'y a pas d'armée possible. »
Une institution nouvelle lui vint bientôt en
aide, dans son projet de régénération du corps
d'armée qu'il commandait. En vertu du décret
du 16 octobre, les cours martiales furent or-
ganisées dans les divisions et dans la réserve
d'artillerie. L'influence de ces tribunaux mili-
taires sur le rétablissement de la discipline fut
aussi efficace que rapide : on en eut la preuve
quelques semaines plus tard, lorsque le 15e
corps se mit en marche pour arriver sur le
13 octobre.
— 41 —
champ de bataille de Coulmiers. La transfor-
mation était complète et la bonne tenue de la
troupe frappait tous les yeux : on ne voyait
pasun traînard derrière les lignes, et après une
marche irréprochable, nos soldats abordèrent
l'ennemi sans hésitation. Ces bons effets de la
discipline ne coûtèrent pas cher ; c'est tout au -
plus si vingt hommes dans tout le corps d'armée
tombèrent frappés par les jugements de nos
cours martiales.
Par ordre du général d'Aurelle, on devait
commander en permanence dans chaque bat-
terie un nombre d'hommes de piquet assez
considérable, pour que la batterie de combat
pût être instantanément attelée et prête à mar-
cher. Les chevaux ne devaient être conduits
que successivement à l'abreuvoir, de façon à
conserver toujours disponible la batterie de
combat. Les batteries qui n'avaient pas de ré-
serve devaient également être toujours en me-
sure de pouvoir atteler leurs pièces.
CAMP DE SALBRIS
Les troupes du 15e corps quittèrent la Motte-
Beuvron pour se rendre à Salbris. Aux envi-
rons de ce village campèrent l'état-major gé-
— 42 —
néral, la 2e et 3e divisions d'infanterie, toute la
cavalerie et la réserve d'artillerie du corps
d'armée. La lre division, forte de 25,000
hommes, surveillait à Argent les passages de
la Loire.
Le mode de campement appliqué à l'artille-
rie pendant son séjour à la Motte-Beuvron,
n'ayant pas paru présenter les garanties suffi-
santes pour la sécurité du personnel et du ma-
tériel, il fut décidé qu'un capitaine d'artillerie
serait, en cas du tracé d'un camp, adjoint à l'of-
ficier supérieur d'état-major chargé de ce tra-
vail. Cette mesure, consciencieusement appli-
quée, produisit de bons effets; elle eut en même
temps l'avantage de former le coup d'œil mili-
taire de ceux qui y prirent part et de leur faire
acquérir par l'étude la connaissance du-terrain.
Les précautions de cette nature n'étaient rien
moins qu'inutiles ; en effet, un décret du mi-
nistre de l'intérieur et de la guerre venait de
stipuler : que tout chef de corps ou de détache-
ment qui se laisserait surprendre par l'ennemi
serait passible d'un conseil de guerre. La
pensée était bonne, mais cette menace ne fut
jamais suivie d'effet.
On a dit précédemment que le colonel
Chappe, commandant les batteries de la ré-
serve et doué d'un esprit observateur, avait
— 43 —
eu, dans la part qu'il a prise aux premières opé-
rations de la guerre, plus d'une occasion d'ob-
server la manière dont les Prussiens, à proxi-
mité de l'ennemi, disposent leur artillerie. Ils
lui assignent presque toujours des positions do-
minantes qui lui permettent de faire arriver
ses projectiles aux grandes distances. Quand
ils le peuvent, ils placent leurs canons derrière
des épaulements construits pendant la nuit, ce
qui leur donne le moyen d'agir, dès le matin,
sur la ligne de bataille ennemie, et de lutter
avec avantage contre les batteries qui leur sont
opposées. Si le temps leur manque pour con-
struire des épaulements, ils réussissent à couvrir
leurs pièces, en les plaçant au delà, par rap-
port à l'ennemi, du point culminant des col-
lines ou en arrière des plis de terrain, en sorte
que le matériel placé sur le revers échappe
aux vues de l'armée qui leur fait face : les ca-
nonniers sont alors aussi bien à couvert que
derrière un épaulement.
Les Prussiens profitent aussi de la lisière des
bois pour y placer de l'artillerie ; seulement,
ils ont soin de la tenir assez éloignée du
bord extérieur, pour que les feuilles et les
branchages puissent suffisamment cacher les
hommes et les voitures.
Ces principes ont été appliqués à l'établisse-
— 44 —
ment du camp de Salbris. Les batteries divi-
sionnaires, sans quitter les troupes qu'elles
protégeaient, étaient placées à petite distance
du lieu qu'elles devaient occuper en cas d'at-
taque; les batteries de la réserve étaient rap-
prochées du quartier général, où les grands
coups devaient être frappés dans l'hypothèse
d'une attaque ennemie.
L'ennemi n'approcha pas du camp de Salbris :
la bonne contenance des troupes du camp, et,
d'autre part, le peu de ressources que pouvaient
offrir les plaines arides de la Sologne, le re-
tinrent à distance.
L'équipage de pont de corps d'armée affecté
au 15e corps arriva à Salbris le 23 octobre et
fut campé près de la réserve d'artillerie, afin
de se trouver à portée de la rivière et d'y pou- ■
voir exécuter ses exercices de pontage.
Pendant l'attaque d'Orléans, une faute avait
été commise sur la rive droite de la Loire : on
avait attaché à une brigade de cavalerie une
section de canons de 8. A cette occasion, le
général commandant le corps d'armée reçut
la lettre suivante du commandant de l'artil-
lerie :
« Je suis informé que la section de 8 de la
« 16e batterie du 3e régiment, appartenant à la
22 octobre.
— 45 —
« réserve et détachée avec une brigade de ca-
« yalerie, se trouvait à Gien le 16 courant.
« Les chevaux de cette section sont dans un
« état déplorable et ne peuvent plus tirer ; le
« matériel de la section est traîné par des che-
« vaux de réquisition. Plusieurs hommes sont
« entrés à l'hôpital. Tous les maréchaux des
« logis, sauf un, sont démontés. »
Par suite de cet état de choses, la section
rentra à Salbris pour être réorganisée ; et l'on
cessa désormais de faire escorter la cavalerie
aux vives allures par notre matériel le plus
lourd.
Cependant, il devenait indispensable de se
préoccuper de l'état des chevaux et de les
maintenir au complet, afin de pouvoir faire
marcher l'artillerie. Plusieurs causes nuisibles
tendaient à en diminuer le nombre, telles que
le changement de saison, la continuité des mau-
- vais temps pendant le séjour à Salbris, les fa-
tigues supportées par ces animaux déjà affai-
blis dès les débuts de la guerre, la diminution
imposée à la ration du fourrage par la force
des circonstances. A ces influences funestes
Tenaient s'ajouter les effets d'une épidémie de
morre, qui avait fait une trentaine de victimes
— 43 —
parmi les chevaux âgés, malgré toutes les pré-
cautions prises pour atténuer ce fléau. Les si-
tuations journalières comparées à celles des
premiers jours, accusaient une diminution de
cent vingt chevaux, qui furent demandés au
ministre en même temps que cinq cents
hommes : nous obtînmes ces ressources le 6
novembre.
Dès le 27 octobre, on avait adressé une de-
mande tendant à créer pour nos chevaux ma-
lades un petit dépôt dans une ville à proxi-
mité de nos opérations. Le ministre ayant ré-
pondu que le départ de Bourges du dépôt du
13' d'artillerie rendait impossible l'installation
réclamée, on crut devoir revenir à la charge
dans la lettre suivante :
« Beaucoup de chevaux appartenant à l'ar-
« tillerie du 15e corps, fortement éprouvés par
« les fatigues, la rigueur de la saison et l'insuffi-
« sancede nourriture, pourraient se remettre et
« rendre encore de bons services, si on les tenait
« à l'abri dans des écuries où ils recevraient les
« soins nécessaires. Je crois donc que, dans
« l'intérêt de l'État, il serait désirable d'orga-
« niser un petit dépôt pour les chevaux de
« notre artillerie. Dans votre lettre du 2 no-
2 novembre.
5 novembre.
« vembre, en réponse à une demande tendant
« au même but, vous m'informez que Bourges
« ne peut plus être choisi pour y placer cet
« établissement; ne serait-il pas possible de
<r l'installer à Poitiers, où sé trouve maintenant
« le 2e régiment du train d'artillerie ?
* Cette ville est en communication par voie
« ferrée avec notre emplacement actuel; et
a les frais de transports seraient largement
« compensés par la conservation d'animaux
« qui, dans les conditions présentes, sont des-
« tinés à périr.
« Si vous consentiez à l'installation de ce dé-
(c pot, nous dirigerions une ou deux fois par
« mois nos chevaux malades sur Poitiers ; et
« les hommes qui les conduiraient ramène-
« raient ceux rétablis par suite du repos et
« des soins qu'ils auraient reçus. Les demandes
« nécessaires pour entretenir nos effectifs se
« trouveraient diminuées d'autant.
« L'effectif en hommes du dépôt du 2e régi-
« ment du train, par suite de l'appel de la
« classe de 1870, doit être assez considérable
« pour que nous n'ayons pas besoin d'affecter
« un grand nombre de conducteurs au service
« des chevaux malades ; circonstance très-im-
» portante pour nous, à cause de l'exiguïté de
— 48 -
te nos effectifs qui tendent de plus en plus à
» diminuer. »
La mesure proposée fut acceptée par le mi-
nistre qui répondit en ces termes :
« J'ai l'honneur de vous faire connaître que,
« d'après votre demande du 5 novembre cou-
« rant, je vous autorise à faire diriger sur le
« 26 régiment du train d'artillerie à Poitiers,
« vos chevaux momentanément indisponibles.
« Le détachement de conduite prendra en
« échange audit régiment des chevaux en état
« de servir. »
Cette mesure reçut son exécution ; et comme
on le verra plus loin, le ministre, qui était
informé en temps utile de nos pertes, eut con-
stamment soin de maintenir au complet les che-
vaux de selle et de trait nécessaires à l'artil-
lerie,
Salbris fut évacué le 27 octobre par les
troupes; qui l'occupaient et qui se dirigèrent sur
Vierzon pour y prendre le chemin de [fer. La
-49 -
4
mauvaise disposition des quais de la gare et
l'insuffisance des trains retardèrent l'embarque-
ment des batteries divisionnaires et de celles
de la réserve. Toutefois, les temps d'arrêt furent
ici beaucoup moins longs que ceux que nous
devions subir plus tard dans le département du
Doubs. Les trains qui transportaient notre
artillerie, après avoir traversé le fleuve à Tours,
la déposèrent près de la ville de Mer (Loir-et-
Cher), où le quartier général et le nôtre s'éta-
blirent.
Le parc d'artillerie et l'équipage de pont de
-corps d'armée partirent sur la même voie et
s'arrêtèrent à Blois.
En principe général, le parc devait se tenir
à une étape en arrière, par rapport à l'ennemi,
de la ligne de bataille ; et toutes les fois que le
corps faisait un mouvement, soit en avant, so it
en retraite, l'état-major général fixait le lieu
de campement du parc, dont les divisions ainsi
que la réserve devaient être exactement infor-
mées, afin qu'elles puissent s'y approvisionner -
en cas d'attaque imprévue ou de lutte pro-
longée. Dans certains cas, le parc était frac-
tionné entre les divisions, conformément à
l'ordre ministériel du 22 septembre qui l'a
créé.
Le colonel Hugon, directeur de ce parc, en
— 50 -
avait si bien organisé le service que, malgré
les incidents et les complications de chaque
jour, jamais pendant toute la durée de la
guerre, aucune fraction du corps d'armée ne
s'est trouvée à court de munitions.
BATAILLE DE COULMIERS
Un brusqùe changement dans la tactique se
manifeste quelquefois pendant le cours d'une
guerre. Alors les conséquences de ce progrès
deviennent fatales à celle des deux armées qui
y étant étrangère, a continué à combattre en
suivant l'ancienne méthode.
Après les premiers moments de surprise et
de trouble, les chefs de l'armée vaincue, con-
traints de poursuivre la lutte, se recueillent,
méditent sur les échecs qu'ils ont subis,
cherchent à en découvrir les causes et à trou-
ver le moyen, en adoptant des combinaisons
nouvelles, d'épargner dans l'avenir de nou-
veaux malheurs à leur pays.
Un officier n'a pas besoin d'avoir vu par lui-
même de pareils faits, pour en acquérir une
idée exacte. Il lui suffit d'écouter les récits de
personnes dignes de confiance qui se sont
trouvées sur les lieux. Aussi, était-ce avec une
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attention soutenue et le plus vif intérêt, que le
général commandant l'artillerie interrogeait
ceux de ses officiers qui avaient eu le bonheur
de s'échapper des mains des Prussiens, après
avoir été témoins de nos premières défaites.
Voici le résumé des renseignements qui lui
furent alors fournis par les colonels Gobert et
Chappe, les capitaines Morel, de Marmiès et
plusieurs autres.
Jusqu'à présent, notre mode d'attaque avait
consisté, conformément aux traditions du pre-
mier empire, à ouvrir le combat, en engageant
d'abord nos lignes d'infanterie soutenues par
leurs canons. On espérait ainsi jeter le désordre
dans les rangs de l'ennemi ; puis, quand le mo-
ment de frapper les grands coups était arrivé,
on appelait la réserve d'artillerie dont l'in-
tervention déterminait la victoire.
Mais les Prussiens, dans la guerre actuelle,
ont opposé à cette tactique bien connue un
procédé nouveau qui a complétement boule-
versé nos combinaisons.
Leur règle a été de ne jamais ouvrir le feu
sans avoir une artillerie beaucoup plus puis-
sante et plus nombreuse que la nôtre. On n'a-
perçoit point leur infanterie sur les champs de
bataille, soit parce qu'ils savent que leur fusil
est inférieur au nôtre,'soit parce qu'ils tiennent
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à éviter les charges à la baïonnette, comme
celles de nos deux divisions du 12° corps à
Sedan.
Dès le commencement du combat, les Prus-
siens s'attachaient à démonter notre artillerie,
ce qui durait peu de temps, grâce à la supé-
riorité de la leur ; cela fait, ils écrasaient nos
lignes sous un feu de mitraille des plus
intenses.
Tout en agissant directement sur notre ligne
de bataille, ils cherchaient à exécuter un
mouvement tournant contre notre droite ou
contre; notre gauche, au moyen de troupes
tenues en réserve et dont nous ne pouvions
soupçonner la présence. Alors, sur un terrain.
déjà reconnu, les canons prussiens se met-
taient en batterie, et nous prenaient de flanc
ou d'écharpe.
On a vu, pendant un de ces engagements,
la réserve d'artillerie française se portant en
avant, arrêtée dans sa course par des masses
de fuyards de l'infanterie qui abandonnaient
leurs lignes, et qui, poursuivis par la mitraille
ennemie, se précipitaient sur les canons et leur
barraient le passage. La réserve se trouvait
alors dans l'impuissance d'agir.
- On doit tirer de ces faits une conséquence
très-importante pour nos Sl. ?cès ultérieurs.

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