L'Autonomie algérienne et la république fédérale, par P. Fawtier

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L. Marle (Constantine). 1871. In-8° , VIII-23 p..
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Publié le : dimanche 1 janvier 1871
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L'AUTONOMIE
ALGERIENNE
ET
PAR
P. FAWTIER.
CONSTANTINE
CHEZ. L. MARLE, LIBRAIRE
2, rue d'Aumale, 2.
PARIS
CHEZ CHALLAMEL, LIBRAIRE
30, rue des Boulangers, 30.
187 1
ALGERIENNE
ET
PAR
P. FAWTIBR.
CONSTANTINE
CHEZ. L. MARLE, LIBRAIRE
2, rue d'Aumale, 2.
PARIS
CHEZ CHALLAMEL, LIBRAIRE
30, rue des Boulangers, 30.
18 7 1
AVANT-PROPOS.
Jusqu'à ce jour, nous avions espéré que le
temps aidant, l'influence de nos travaux, le bien-
être matériel et moral, les bons exemples et tout
ce qui constitue le progrès, viendraient à bout
de cet instinct sauvage qui fait de l'arabe un en-
nemi juré de notre race conquérante et chré-
tienne, celle qu'il désigne sous le nom de
Roumi (Romains).
Au point de vue économique et humanitaire ,
l'Arabe est un être productif et perfectible, notre
auxiliaire naturel sur cet immense territoire.
Nous avions pensé que, si mauvais que fût
l'outil, si gangrené que fût l'homme, nous par-
viendrions à l'améliorer et à en tirer un profit
pour la consommation et la production française.
Je ne m'étendrai pas sur le rôle civilisateur de
la France en Algérie ; il était admirable, mais
nous l'avons bien mal compris.
Nous avons été tantôt conquérants et cruels,
tantôt faibles jusqu'à la sottise ; nous nous
sommes constamment égarés dans des change-
ments de systèmes, tandis qu'il fallait simple-
— IV —
ment fixer l'arabe au sol par la propriété indivi-
duelle, perfectionner les usages municipaux des
djemmâas et supprimer d'un seul coup cette féo-
dalité des chefs indigènes, qui n'a été pour nous
qu'une source d'abus et de corruption.
Ce régime des bureaux arabes, s'étayant sur
la féodalité et l'exploitation du khammès par le
chef : ce mélange des systèmes turc et anglais a
produit les malheureux effets que nous connais-
sons. Le pays était riche, les arabes avaient tous
le bien-être matériel ; depuis la conquête, la pro-
duction a considérablement augmenté, et cepen-
dant l'indigène est maintenant ruiné.
Ceux qui avaient de l'aisance ou de la fortune
ont tout perdu, il ne reste aujourd'hui de fortune
que chez les arabes occupant ou ayant occupé
des fonctions publiques. Comme conséquence de
cette ruine, nous avons eu la famine, le typhus
et le choléra, en territoire militaire surtout.
Quant à l'insurrection actuelle qui menace
d'embrasser tous les massifs montagneux de
l'Algérie, elle est simplement la résultante des
efforts combinés de tous ceux qui, de près ou de
loin, tiennent au système condamné des bureaux
arabes et des chefs indigènes.
Voici la cause, le moyen est encore plus
simple.
La guerre avec la Prusse terminée, l'armée
était immédiatement disponible ; sans l'attentat
criminel de l'Assemblée contre la République,
l'administration militaire était maîtresse de l'in-
surrection d'une manière presque mathématique.
Il n'y avait donc aucun inconvénient grave à
user du procédé des insurrections arabes, qui,
bien que rebattu, n'avait jamais manqué son effet
sous le gouvernement déchu,
Le signal de l'insurrection part de Soukahras,
à propos d'un différend entre l'autorité militaire
et les spahis d'une smala. Ceux-ci massacrent
quelques colons et brûlent des fermes, M. Pouget
remporte un semblant de victoire et l'on pardonne
aux spahis révoltés. Encouragée par l'impunité,
toute l'Algérie prend successivement feu au souf-
fle embrasé du fanatisme religieux. La Confrérie
des Khouans, sorte de maçonnerie armée qui
s'étend sur tout le massif du Jurjura, compte
d'innombrables adeptes, depuis le Maroc jusqu'en
Tunisie ; presque tous les chefs indigènes sont
affiliés à cette secte religieuse et sacrée. Elle fut
l'agent, le propagateur de cette insurrection
de 1871.
Quant au but, le voici :
Prouver à la France la nécessité du maintien
des bureaux arabes dans un pays constamment
en insurrection, et l'utilité d'une main de fer
qui ne se rencontre que dans l'armée, symbole
du despotisme, pour briser ces populations
indomptables.
Aujourd'hui, nul ne sait où s'arrêtera l'insur-
rection ; il en est de cela comme des incendies
de forets, le vent du désert dirige le feu qui dé-
vore devant lui tant qu'il rencontre un aliment.
Les Khouans incendiaires en 1863 et 1865 sont
encore aujourd'hui les promoteurs de la guerre
sainte ; ils viennent de la Mecque aux frais de
l'État pour produire ces agitations religieuses
dans toute l'Algérie, et cela chaque fois que les
bureaux arabes ont besoin de se remettre en selle.
— VI —
L'immigration a toujours été un sujet de ter-
reur pour l'administration algérienne qui craint
la lumière.
Depuis le maréchal de France jusqu'au der-
nier sous-lieutenant de bureau arabe, tous les
employés et fonctionnaires civils sous leur inspi-
ration, toute l'administration algérienne en un
mot, lutte contre la colonisation européenne. Ils
savent que la colonisation est destinée à rem-
placer tôt ou tard le régime exceptionnel par un
gouvernement normal du pays par lui-même,
à les supplanter finalement.
Les victimes de la guerre, auxquelles de pres-
sants appels avaient été adressés par les Algé-
riens, allaient émigrer en masse ; elles venaient
augmenter le nombre et la force de cette démo-
cratie impatiente de rentrer en possession d'elle-
même et pressée de jouir de ses droits poli-
tiques.
Cette immigration menaçait le pouvoir mili-
taire, il fallait l'empêcher à son début.
L'insurrection l'arrêta spontanément.
Quant au colon, il ne se rebute devant aucun
obstacle, la résistance du parti militaire augmente
son énergie, il cherche, malgré le sang et les
ruines, la solution du problème algérien.
Les événements politiques, qui troublent si
profondément la société française en ce moment,
me semblent de nature à nous fournir cette
solution.
Sans entrer dans des appréciations qui ne sau-
raient influencer la solution de ce que, dès au-
jourd'hui, nous pouvons considérer comme une
— VII —
Révolution complète et radicale, nous dirons
que l'autonomie communale et provinciale, c'est-
à-dire la fédération des provinces françaises,
serait le salut de la République, et que la France
n'a pas d'autre moyen de sortir de l'état de dé-
moralisation dans lequel l'a plongé l'Empire.
Nous ne reconnaissons à aucun gouvernement
républicain, le droit de s'opposer à ce que Paris
jouisse librement de son autonomie communale,
aussi bien que toutes les autres communes fran-
çaises.
La liberté est une comme le droit, et « si au-
» cune portion du peuple ne peut exercer la
» puissance du peuple entier, chaque section du
» souverain assemblé doit jouir du droit d'expri-
» mer sa volonté. » Et surtout, pour ses intérêts
particuliers, en tant qu'il se conforme aux lois.
Paris, comme toute section du souverain, a le
droit de revendiquer ses franchises communales.
« La souveraineté réside dans le peuple ; elle
» est une, indivisible, imprescriptible, inaliéna-
» ble, » c'est vrai ; mais elle est limitée aux
affaires générales de la nation.
La Commune est le degré d'association au-des-
sus de la famille; elle jouit des mêmes droits que
la famille de se conduire à sa guise, tant qu'elle
se conforme aux lois et respecte la liberté des
autres communes.
La fédération des communes, groupées suivant
leurs besoins, leur sympathie, leur position géo-
graphique, leurs productions, (et cela non point
à leur gré, mais d'après une décision de l'Assem-
blée Nationale), formera, non pas trente-six
mille Républiques, comme le dit malignement
— VIII —
M. Thiers, mais bien des provinces ou états, qui,
fédéralisés entre eux, formeront la République
fédérale.
Pourquoi le gouvernement de Versailles cher-
che-t-il à dénaturer le sens du mouvement de
Paris ?
Parce que c'est l'avènement définitif de la
République, basé sur l'autonomie communale,
l'autorité venant d'en bas, pour parler le langage
de Sieyès.
Parce que le véritable gouvernement de tous
par tous et non par quelques-uns, fait son appa-
rition dans la révolution du 18 mars.
L'Algérie, si franchement républicaine, veut,
elle aussi, entrer dans la grande voie du progrès :
elle aspire à l'émancipation complète de la com-
mune et de la province. La fédération sera le
dernier mot de la colonisation algérienne. C'est
là notre conviction.
Et tout en ayant la conscience de l'importance
du sujet que nous abordons, nous prions nos
amis politiques d'y voir, non point une preuve
de témérité, mais l'accomplissement d'un de-
voir.
A de plus autorisés que nous-même, reve-
nait le soin de traiter une question aussi grave ;
nous comptons sur leur indulgence et nous les
prions de relever les erreurs que nous aurions
pu commettre.
Philippeville, 1er Mai 1871.
P. FAWTIER.
L'AUTONOMIE ALGERIENNE
ET
I
Autonomie.
Autonomie (autos, soi-même ;
nomos, loi), étal d'une pro-
vince qui se gouverne d'après
ses propres lois.
Les Romains appelaient villes autonomes les
cités grecques qui, sous leur domination, avaient
conservé le droit d'avoir leur législation et leur
administration particulières. Ces villes choisis-
saient elles-mêmes leurs magistrats, et ne dépen-
daient du gouverneur romain que pour les affai-
res majeures intéressant directement l'Etat.
Les villes autonomes nommaient à l'élection
les chefs qui devaient commander leurs contin-
gents pendant la guerre ; comme aussi leurs ju-
— 2 —
ges pendant la paix. La durée de l'autorité de
ces fonctionnaires publics était subordonnée à la
volonté des citoyens qui leur avaient conféré ces
pouvoirs à l'élection.
L'autonomie se retrouve à toutes les époques
de l'histoire ; elle est le principe fondamental de
la fédération républicaine.
C'est à l'aide de cette organisation, qui relève
l'individualité humaine, que l'Algérie, comme la
France, pourra sortir de l'ornière dans laquelle
la centralisation et la routine l'ont plongée.
En effet, la centralisation excessive, cet ins-
trument de tous les despotismes, annihile toute
initiative individuelle au profit du gouvernement,
et, si elle fait un instant la force du pouvoir
central, un jour arrive bientôt, où ces mêmes
individualités disparaissent, étouffées.
Alors, la nation affaiblie se dessèche, comme
un arbre dont les racines, jadis nombreuses et
puissantes, ne trouvent plus d'aliment dans le
sol appauvri, elle meurt d'inanition.
L'existence communale, avec ses attributions
les plus étendues, est la source vive qui alimente
la démocratie et lui fournit des citoyens dévoués,
des hommes publics intègres ; c'est la véritable
école d'où sortiront les hommes libres, capables
de représenter leurs concitoyens, et de mainte-
nir la République fédérale au-dessus des coups
d'Etat des intrigants et des ambitieux.
— 3 —
II
Assimilation.
Assimilation. ( Similis, semblable.)
Confusion qui s'établit entre deux
peuples, auxquels on donne les
mêmes lois, les mêmes droits.
Sous l'empire autoritaire, les colons algériens,
écrasés par le joug effrayant des bureaux arabes,
menacés de l'idée monstrueuse du Royaume
arabe, n'avaient rien trouvé de plus simple que
de supplier le Corps législatif de leur accorder
le droit commun : l'assimilation pure et simple
à la France.
Les Algériens demandaient donc à être con-
fondus avec la population de la métropole dans
une même législation, partageant les mêmes
droits et les mêmes charges.
Ce système avait surtout le mérite de la sim-
plicité, ce qui était indispensable avec des Cham-
bres aussi aveugles que celles de l'Empire, Cham-
bres dans lesquelles il eut été impossible de pro-
noncer même le mot d'autonomie, sous peine
d'être conspué.
L'assimilation à la France, admise en prin-
cipe, était tout simplement inapplicable à l'Al-
gérie, nous allons le prouver plus loin. La seule
qui fut possible ici, c'était l'assimilation de la
race indigène à la race conquérante.
L'occupation d'abord restreinte d'une partie
du territoire conquis, s'étendant ensuite de pro-
che en proche jusqu'à devenir générale, s'appelle
aussi de l'assimilation : c'est à peu près l'idée
— 4 —
appliquée en Algérie pour les territoires civils
restreints.
C'est la marche de toute colonisation qui ne
veut pas procéder par voie d'extermination des
premiers occupants.
C'est évidemment la solution la plus philan-
tropique ; mais elle a ses cruels inconvénients,
dont nous sommes encore les victimes, après
quarante années d'occupation.
Lorsque la conquête n'a point pour résultat
immédiat le désarmement général des vaincus,
accompagné de mesures et d'institutions équita-
bles, destinées à façonner les populations au-
tochtones à leur nouvelle condition politique, il
est impossible d'obtenir la sécurité, sans laquelle
il n'y a point de colonisation durable.
III
Impossibilité de l'assimilation à la France
appliquée à l'Algérie.
Pour que l'assimilation à la France soit possi-
ble en Algérie, il aurait fallu une similitude com-
plète de races, de besoins, d'usages et de carac-
tères entre la population indigène et la race
conquérante. Or, que trouvons-nous en Algérie
dès notre arrivée ?
Nous rencontrons : 1° Une population musul-
mane compacte, dont les coutumes, les lois, les
moeurs et la religion sont en contradiction com-
plète avec les nôtres ; 2° Une population israélite
indigène, privée de tous droits politiques, ré-

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