L’autrement pareille

De
L'auteure observe avec lucidité une relation tendre et tendue entre une mère et sa fille. Devant une mélancolie envahissante, elle fait appel à la joie pour inventer la mélanjoie. « L'autrement pareille » est une fine exploration des émotions et du quotidien des femmes, à travers le langage qui renvoie aux structures sociales de dominance.
Publié le : jeudi 30 avril 2015
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EAN13 : 9782897440206
Nombre de pages : 99
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De la même auteure
Paul Claudel et l’Allemagne, Ottawa, Éditions de l’Université d’Ottawa, 1965.
Mother was not a person, Montréal, Black Rose Books, 1972 et 1975.
De mémoire de femme, Montréal, Les Quinze, 1982. Prix du Journal de Montréal 1983 (jeunes écrivains).
Catalogage avant publication de Bibliothèque et Archives Canada Distribution au Canada : Dimedia Ancrées dans le Nouvel-Ontario, les Éditions Prise de parole appuient les auteurs et les créateurs d’expression et de culture françaises au Canada, en privilégiant des œuvres de facture contemporaine. La maison d’édition remercie le Conseil des Arts de l’Ontario, le Conseil des Arts du Canada, le Patrimoine canadien (Programme d’appui aux langues officielles et Programme d’aide au développement de l’industrie de l’édition) et la Ville du Grand Sudbury de leur appui financier.
Illustration de la couverture : Annyse Belzile Photo de l’auteure : Tinnish Tous droits de traduction, de reproduction et d’adaptation réservés pour tous pays. Copyright © Ottawa, 1984 Éditions Prise de Parole, C.P. 550, Sudbury (Ontario) Canada P3E 4R2 www.prisedeparole.ca ISBN 0-920814-63-8 (première édition - Papier) ISBN 978-0-920814-63-5 (Papier) ISBN 978-2-89423-604-8 (PDF) ISBN 978-2-89744-020-6 (ePub)
L’AUTREMENT PAREILLE
MARGUERITE ANDERSEN
PRISE DE PAROLE 1984
À NICOLE BROSSARD
Ma vie est suspendue à la sienne
George Sand, parlant de sa petite-fille Aurore, dans une lettre à Flaubert, le 31 août 1872.
Textes qui se sont faits au fur et à mesure que de mère indispensable je devenais ladispensable : multicolères. Larmes. Fuites vers le pays de l’enfance, la mère, puis vers la recherche au loin de l’imaginaire de celle qui pour nous toutes osa tuer le ventre.
Distance, apaisement, correspondance. Désir d’amitié. La mère différente est-elle possible? Demande. Exigence de ma pareille et de moi-même : elle doit l’être.
Non, n’aie crainte, je ne te dirai pas ce qui s’est passé. Moi réelle à toi réelle je parlerai de ce qui est plus fort, plus sombre, caché, de ce qui tourne, tourbillonne, tourmente, fait penser à toi, ma réelle et aux autres, réelles aussi et pourtant irréelles. Non, je ne t’appellerai pas au secours ni à moi. Je parlerai d’une voix douce doucement, là, à l’intérieur de la maison et de moi-même, j’irai par les chemins de montagne dont aucun ne monte en ligne droite.
Les mots qui en lignes droites descendent vers le bas de la page sont obstacle mais ma seule façon. Je les retournerai, les renverserai, les ferai monter à toi, ma réelle et aux autres, par amour, par souci, par joie et par tendresse. Les mots te toucheront là où je ne te toucherai pas, de ma bouche et de ma main ils iront à toi, du bas de la page aux hauts lieux de ton corps, ils te caresseront, ils te feront jouir, ils te diront que La neige est toute blanche dans mon jardin calme et tranquille sous le ciel à peine bleu, les arbres immobiles, les buissons nus. Me coucherai-je dans cette eau solidifiée Mais déjà le chauffage se rallume et je n’irai pas imprimer mon corps dans la neige docile, séparée du froid par la vitre, le mur, le plancher et le toit, dans cette maison douce je rêve Maison imaginaire, maison de sable, de cartes, d’eau et d’air, sans serrure, ouverte, lieu d’arrivée et de départ, de calme et d’inquiétude, la cheminée envoie son signal de fumée qui dit vivre et chaleur, la bouilloire siffle, je bois le thé à la mangue, potion magique, j’imagine les images, je tresse les lignes de mots comme les jeunes mères tressent les longs cheveux de leurs filles
Posées sur ma table de travail, mes lunettes se reflètent dans son poli tout en captant dans leurs verres le rideau qui voile la fenêtre ainsi que ma main qui guide le stylo du commencement de la ligne à sa fin. Rien d’autre ne bouge, ni dans la pièce ni dans la double image encadrée par les minces cercles de plastique, ni dans celle plus grande multipliant par son reflet la scène tout entière. Seule la pointe du stylo trace magiquement les mots, seul moyen pour moi de retenir ce moment qui veut se remplir de toi mais que je tâche de garder plus neutre en me concentrant sur ses données extérieures emboîtées de façon à me faire saisir la profondeur complexe du simple objet et de toute filliation.
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