L'échiquier d'Howard Gray

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Après un carnage à l’explosif dans le métro parisien, la France vit dans la terreur d’un terroriste Iranien ; Racheed Al’Wesan. La police piétine. Alors comme elle en a pris l’habitude pour pallier à son manque d’effectifs et de moyens, elle fait appel à un partenaire privé pour l’aider. C’est ainsi que l’ ombrageux et alcoolique Gino Paradio, lieutenant défroqué de la Police Judiciaire, devenu détective désargenté, se voit confier des recherches par son ancien chef de service.

Des terroristes islamiques, des tueurs à gage, un conseiller présidentiel, un mercenaire, un hacker, des criminels sordides, un patron du CAC 40, la mafia calabraise : Gino Paradio, dit « le Pit’ » va devoir abandonner une vengeance personnelle pour débrouiller l’écheveau compliqué de cette traque sanglante à l’ennemi public N°1.

Mais comment distinguer, sur l’échiquier, les pièces blanches des noires, et qui sont les joueurs ?


Publié le : vendredi 28 mars 2014
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Licence : Tous droits réservés
EAN13 : 9791092981131
Nombre de pages : 486
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L’auteur Naissance à Firminy le 22 mars 1976. Florent Marotta passe son enfance dans la Loire, dans une petite ville proche de Saint-Étienne. Il se met à lire sur le tard, préférant l’écriture et les histoires qu’il s’invente alors, empreintes de mondes et de créatures imaginaires. Il crée les personnages qui le font rêver, qu’il aimerait croiser. Il admire au collège les enquêtes au climat si particulier d’Agatha Christie, dontDix petits nègres, le font frissonner, et Sherlock Holmes parfois y pointe également le bout de son nez, plus tard apparaît Elizabeth George. Sa scolarité est inégale, pour ne pas dire inachevée. Il met un point d’honneur à obtenir son baccalauréat littéraire bien des années après en candidat libre, sans réellement savoir pourquoi. C’est le début pour lui d’un goût certain pour le savoir. Florent Marotta est un autodidacte. Il préfère de loin apprendre ce qu’il veut comme il l’entend et perdre cinq euros en frais de retard à la bibliothèque qu’en une éducation inadaptée. Il se met à écrire en 1997 à vingt et un ans. Un roman de fantasy, encore aujourd’hui inachevé, dont l’inspiration lui vient au gré des lectures des livres de Tolkien, Eddings, Grimbert, Jordan et bien d’autres encore. Et puis il découvre la littérature noire, le polar et son cortège d’écrivains tous plus ingénieux les uns que les autres. Il débusque les "Séries noires" de Gallimard avec Carlotto, Shagan et Deming pour ne citer qu’eux. Une vraie saveur, du vrai noir. Il s’aventure aussi sur le terrain du thriller et du complot avec Umberto Eco, Dan Brown, Ian Caldwell et même Henri Lœvenbruck. Dans un autre genre Roger Jon Ellory le subjugue, Fred Vargas l’accompagne, Gillian Flynn le laisse perplexe et Pierre Lemaître pantelant Ses influences sont multiples et trahissent son désir de ne pas se cantonner à un seul genre. De ce mélange de saveurs est né son désir d’écrire, de raconter des histoires. Le choix du thriller et du polar s’impose. Son expérience professionnelle y est probablement pour beaucoup. Il arpente les terrains de jeu pas toujours très reluisants du monde. Il est successivement militaire, soldat de l’O.N.U. dans une ex-Yougoslavie agonisante, enquêteur en police judiciaire et maintenant il goûte une vie plus calme dans une mairie de la Loire.
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Ouvrage publié sous la direction de Marc Louboutin
© Visuel de couverture : © ENKY /123RF.com Conception/Réalisation :Rouge Sang éditions Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous pays. ©Rouge Sang éditions 2014
Florent MAROTTA L’échiquier d’Howard Gray www.rouge-sang-editions.com
Chapitre un
Le temps était cotonneux et la neige s’étendait comme un manteau de ouate, à la fois dense et légère. Les flocons virevoltaient en rangs serrés, promettant un lendemain des plus hivernal, et la lune ascendante peinait à percer de ses rayons l’épais voile de nuages. La région était propice au temps d’hiver qui bloquait les routes, et, au grand bonheur des enfants scolarisés, forçait tout le monde à rester chez soi. Pourtant, ces dernières années la neige s’était faite rare, mais depuis une semaine, elle tombait sans discontinuer comme pour rattraper son retard. Les petites routes qui serpentaient au milieu des immenses arbres de la forêt disparaissaient complètement sous l’épais linceul blanc. Les cimes des conifères accusaient le coup et se plaignaient en émettant de longs grincements de bois. La nuit avait cela de profond que peu de lumière illuminait le ciel d’un noir imperturbable. La campagne s’était tue à mesure que l’eau gelée recouvrait ses champs, ses forêts et ses rares toits de lauses. D’une immense bâtisse qui accusait plus d’un siècle s’élevait un discret panache de fumée. Le bâtiment de deux étages ressemblait à une ancienne ferme et ne comptait pas moins de dix fenêtres par niveau. La façade ne dérogeait pas au style de la région avec ses pierres apparentes inégales et son ciment grossier. Les toits, accrochés à des hauteurs différentes, permettaient de distinguer le bâtiment principal de ses annexes, au centre desquelles s’ouvrait une cour. De discrètes lumières scintillaient çà et là, faibles halos dans l’immensité de la pierre. De temps en temps, des pans entiers de neige se décrochaient du toit et atterrissaient dans un bruit étouffé sur le sol, faisant parfois s’enfuir une bête aventurée trop près du monde des hommes. Une nuit à se blottir sous une couette auprès du feu. Une nuit propice aux rêves de neige, d’hiver et de jour de l’an. Ceux de l’homme enfermé derrière l’un des murs épais de l’ancienne ferme n’étaient pas de ceux que l’on qualifiait de rêves, mais plutôt de cauchemars. D’interminables scènes de poursuite, et le danger à ses trousses qui se rapprochait sans cesse pour inexorablement le rattraper. Il finissait toujours par se faire jeter en prison et hurlait alors que les grilles se refermaient sur lui, le souffle court. Au réveil, son esprit lui jouait le même tour, chaque fois.Et si tout ceci n’était qu’un rêve ?à mesure qu’il Mais passait du monde onirique à celui bien réel de sa cellule, l’homme se maudissait, lui et cet espoir qui grandissait après chaque cauchemar, réduisant ensuite son moral à néant. C’était un de ces moments-là. Son corps s’agitait, allongé sur son lit dans son pyjama de coton blanc. Signe inéluctable de la fin d’un rêve mouvementé où il allait de nouveau se faire jeter en prison comme à chaque fois depuis des mois, des années, sauf quand la drogue annihilait même sa capacité à rêver. Le même processus, tout le temps. Le choc des émotions, intense, projeta l’esprit de l’homme aux frontières du réveil, qu’il franchit sans s’en rendre compte. L’espoir. Il savait que ce sentiment n’allait pas durer, mais à ce moment-là, la logique ne pouvait donner l’alerte, si bien que ce sentiment pervers l’inonda. Lentement, ses paupières remuèrent, laissant passer un mince rai de lumière. Une luminosité blafarde, provenant des néons un peu plus loin derrière la vitre. La vitre. Le mot pénétra son univers et fit voler en éclats les minces barrières de l’onirisme qui retenaient prisonnière sa faculté de réflexion. Il referma les yeux et des larmes perlèrent sur ses joues. Au bout de quelques secondes et d’un effort surhumain pour ne pas replonger dans une crise, il se hissa sur ses coudes et s’assit contre les montants du lit. La pièce était plongée dans une semi-obscurité, éclairée par la lumière verdâtre des néons qui pénétrait péniblement son espace. De l’autre côté de la vitre, un couloir sombre s’étirait sur une dizaine de mètres avant de bifurquer sur la droite. Dans l’angle, le contrôle lumineux d’une caméra clignotait. L’homme promena son regard dans la pièce, comme si son rêve répétait en écho que ce qu’il voyait n’était pas la réalité. Pourtant, devant lui, les neuf mètres carrés de sa
cellule témoignaient d’une autre vérité. Les murs étaient entièrement capitonnés d’une matière qu’il n’avait pas réussi à identifier, à la fois moelleuse et résistante. La dernière face du cube était formée d’une vitre, elle aussi très solide. L’homme l’avait mise à rude épreuve, et ses assauts répétés à la manière d’un bélier, ou avec quelques objets pointus qu’il avait réussi à se procurer, n’avaient en rien abîmé cette foutue vitre. Tout avait été étudié. La pièce comprenait un lit, une table et un tabouret, chacun d’entre eux étant fixé au sol. Même les couvertures étaient rivetées sur les côtés du lit. Les toilettes ne dérogeaient pas à la règle en étant scellées contre le mur. Pour compléter ce sombre tableau, pas une fenêtre ne venait agrémenter le capiton des murs. Celui qui avait conçu cette cellule avait dû croire de bon goût le blanc immaculé qui était la note de fond de la pièce. Sûrement l’apport d’un de ces connards de psychologues qui croyait avoir trouvé la couleur parfaite. Tout était d’une blancheur criarde, presque aveuglante, les murs, les meubles et même le couloir derrière la vitre. L’autre avait dû lui répondre que le blanc avait des vertus, qu’il apaisait, et qu’ainsi la gestion des détenus s’en trouvait simplifiée. Sauf que ce psychologue n’avait sûrement jamais passé ses jours et ses nuits en taule, avec pour seuls murs des capitons blancs dignes des cellules pour dangereux psychopathes. Et la vitre était le pire de tout. Une grande baie vitrée en somme, qui le faisait se sentir comme un animal en cage, un cobaye prêt à partir pour la vivisection du jour. Elle courait sur toute la longueur, et seule sa porte, elle aussi en verre, cassait la platitude de sa surface avec ses gros gonds en fer d’une couleur aluminium. Personne, pas même le psychologue présumé, n’avait songé au peu d’intimité qu’offrait une baie vitrée donnant sur les chiottes ! Assis sur le bord de son lit, l’homme regardait les paumes de ses mains qui bien souvent lui servaient à enfouir son visage et pleurer. Il ne passait pas une nuit sans faire d’horribles cauchemars. Pas moyen de trouver le repos, même dans le sommeil, pas plus pendant la journée qu’il passait à angoisser et à attendre. Ces derniers temps, son esprit se perdait dans ses pensées et il se rendait compte que parfois, il abandonnait toute cohérence. Si sa situation n’évoluait pas bientôt, il allait sombrer dans la folie derrière cette fichue vitre à la vue de ces connards qui le gardaient enfermé. Il n’avait rien ici qui lui permette de tenir le coup, de se raccrocher à son ancienne vie. À ces pensées, ses yeux s’emplirent de larmes et il dut se focaliser sur autre chose pour ne pas éclater en sanglots. C’était la seule méthode qu’il avait trouvée pour ne pas être dans la déprime permanente, et souvent il échouait. Il se demanda quelle période de la journée il était. Même des choses aussi simples que de regarder l’heure lui étaient impossibles. Sa montre lui avait été enlevée, ainsi que tous ses biens personnels. Il avait totalement perdu la notion du temps, enfermé dans sa cage sans un seul indicateur extérieur. Parfois, il lui semblait sentir cette odeur de pluie ou de neige, quand plus loin, quelqu’un devait ouvrir une porte donnant sur l’extérieur. Mais il se demandait s’il pouvait encore se fier à ses sens. Sans en être totalement sûr, il supputait que c’était la nuit. L’activité cessait dans le couloir, seules régnaient l’obscurité et la lumière glaciale des néons. Puis, sur ce qu’il imaginait être le matin, les va-et-vient reprenaient. Pas une lueur du jour cependant, l’éclairage était totalement artificiel et ne variait jamais d’un pouce. L’homme songea qu’il devait être au milieu de la nuit. C’était le seul constat dont il était capable. Impossible de deviner le mois ni même l’année. Il avait bien tenté de tenir le compte des jours au début de sa captivité, mais il avait vite perdu le fil. L’incompréhension puis le désarroi avaient muselé sa lucidité, plus tard, ce fut la drogue. De jour en jour, le temps filait comme de l’eau au creux des mains, inéluctable. S’il se basait sur son ressenti, il serait tenté de dire qu’il était là depuis un an et demi, deux ans peut-être. Rien que d’y penser, l’abattement qui le guettait en profita pour fondre sur sa proie. L’homme se laissa glisser le long de son matelas et se retrouva assis par terre sur le sol froid, carrelé, et évidemment blanc. Les larmes montèrent et perlèrent à nouveau le long de ses joues sans qu’il fasse un effort pour les retenir. Des images dansèrent devant ses paupières closes, douloureuse sarabande d’êtres auxquels il tenait plus
qu’à sa propre vie. Le visage rieur de Luca succéda à la moue espiègle d’Hugo et à celui de sa femme, maternelle et aimante. Le flot de larmes ne tarit pas et des odeurs envahirent ses sens. Celles de ses enfants qu’il avait respirées avec tant de passion quand il les embrassait dans le cou. Et sa femme, Virginie, qui aimait se blottir contre sa poitrine, son refuge préféré. Comment la vie pouvait-elle être aussi cruelle ? Toute sa vie il avait eu peur pour les siens, il songeait parfois à la douleur foudroyante que devait être la perte d’un enfant. Ne plus voir leurs visages, ne plus les toucher, les sentir. Il pensait alors que cela le détruirait, et c’était ce qui lui arrivait aujourd’hui. Sa situation paraissait dérisoire en regard de cette question : qu’étaient-ils devenus ? La souffrance était insupportable et lui avait même fait faire ce dont il ne se serait jamais cru capable. Au début, il s’était forcé à prendre sa détention avec philosophie. Tôt ou tard, quelqu’un s’apercevrait de son erreur et il serait relâché. Les jours et les mois avaient défilé sans que personne ne lui adresse plus d’un mot ou deux. Du personnel, qui ressemblait plus à des militaires qu’à des gardiens de prison, lui apportait à manger, un autre venait le laver.Humiliant.jamais un mot sur sa situation. Mais Aucune réponse à ses interrogations. Il avait supporté cela un temps incertain pour son esprit déboussolé. Et puis un jour, il avait craqué, tous les plombs avaient sauté, aucune lumière à l’étage. Il avait bondi avec une rage démente contre la vitre, écrasant ses poings contre le verre incassable avec une violence inouïe. Inébranlable, la vitre ne trembla même pas et sa surface se constella de projections de sang, le sien. Il redoubla de violence avec sa tête. L’adrénaline qui affluait dans ses veines l’empêchait de sentir la douleur. Mais de l’autre côté, les gardes n’avaient pas apprécié son petit spectacle. Ils tapotèrent sur un boîtier et les lourds gonds pivotèrent. Trois hommes armés pénétrèrent dans la pièce alors qu’il hurlait à la mort en percutant la vitre de son front ensanglanté. Il se souvenait du regard de ses geôliers quand ils virent ses yeux déments avec ses cheveux plaqués contre son front par le sang poisseux. Détaché, avait-il songé, professionnel, du genre de ceux qui en ont vu d’autres. Ils n’avaient pas hésité une seule seconde et avaient fondu sur lui tous ensemble. Ils l’avaient projeté sur le sol sans ménagement et une pluie de coups de pieds s’était abattue sur lui. Recroquevillé sur lui-même, il avait encaissé sans ressentir de douleur. Déjà son esprit s’aventurait vers une frontière dangereuse qui l’attirait. La folie le guettait sur la rive de l’autre côté du fleuve de l’espoir. Il ne se rappelait pas à quel moment il avait perdu connaissance, ni même des soins qu’on lui avait prodigués. À son réveil, il n’y avait pratiquement aucune partie de son corps qui n’était pas douloureuse, mais ses plaies avaient été soigneusement pansées et on l’avait allongé dans son lit. D’un naturel pacifique, il s’était résolu alors à plus de contrôle. Céder à la violence n’avait pas été la bonne solution. De plus, chaque fois que la colère montait en lui, il sentait les berges de la folie se rapprocher un peu plus. Il devait bien y avoir une explication à tout cela, et ce n’était pas en s’abîmant contre la vitre qu’il la trouverait. Pourquoiétait la seule et unique question. Hormis la nature de sa détention, il n’y avait rien à redire sur ses conditions. Il était bien traité, si on mettait de côté l’épisode douloureux de son passage à tabac. Il mangeait à sa faim à heures régulières, un plateau-repas qu’un garde lui déposait avec un livre ou un magazine. Mais ce traitement amenait d’autres questions. Pourquoi autant d’attentions ? Que signifiait ce silence ? Quand il se plongeait dans les innombrables tentatives d’analyse de sa situation, il en venait à la conclusion que le silence des gardes était le pire. Plusieurs fois il avait essayé de les questionner, mais il suffisait d’un regard appuyé pour que renaisse l’angoisse d’une correction. Et puis il y avait eu les sorties, dont les premiers souvenirs restaient imprécis. Un nouveau rituel s’était installé. À chaque fois qu’on allait l’emmener pour leurs petites mascarades, quelqu’un venait lui faire avaler un comprimé. Les gardes veillaient à lui inspecter le moindre recoin de la bouche. Quelques minutes plus tard, la drogue faisait son effet et c’était le black-out. Au début, le déroulement était toujours le même. Drogue, extinction des feux de son esprit et puis réveil dans un état proche de la gueule de bois, allongé sur son lit. Combien de temps s’était-il écoulé ? Que s’était-il passé ? Autant de questions qui demeuraient sans réponses.
Avec la maestria et l’adaptabilité dont le corps humain était capable, son organisme s’était habitué à la drogue. Les effets tardaient à se faire sentir et la camisole chimique perdait de son efficacité. Au réveil, des images floues affluaient, des fragments d’une réalité bien difficile à différencier du rêve. Mais l’essentiel n’était pas là, il était dans l’espoir. L’espoir que de temps en temps il quittait sa cellule et qu’il devait bien y avoir un moyen de s’échapper. Il y avait toujours un moyen. Pour l’heure, ses pensées se focalisèrent sur les sorties sous l’emprise de ce composé chimique dont l’accoutumance lui avait permis d’avoir l’esprit moins engourdi. Il n’était pas seul. La surprise avait été totale quand ses souvenirs lui rapportèrent l’image improbable d’une colonne de drogués suivant leurs geôliers comme les moutons leur berger. Combien étaient-ils ? Cela, il ne pouvait pas le savoir, les images étaient encore trop floues, le souvenir trop évanescent pour en tirer des conclusions fiables. Néanmoins, il n’était pas seul et il ne savait qu’en penser. D’autant plus qu’il y avait ce vieil homme. Il avait mis longtemps avant de le reconnaître, passant et repassant sans cesse son image mentale à la lumière de son esprit débarrassé de toute chimie. Comment se pouvait-il qu’il soit enfermé avec ce dément ?
Le format ePub a été réalisé par LEC Digital Books
Pour le compte de ROUGE SANG éditions 39 rue Jean Jaurès 29730 LE GUILVINEC www.rouge-sang-editions.com
Dépôt légal mars 2014 N°d’éditeur : 979-10-92981 ISBN : 979-10-92981-13-1
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