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L'écriture de l'espace dans les littératures africaine et créoliste

De
256 pages
Cet ouvrage offre une analyse critique de la représentation de l'espace existentiel et identitaire chez Aminata Sow Fall, Mongo Beti, Ahmadou Kourouma et Patrick Chamoiseau. Il souligne la mise en scène d'une polarité spatiale et son dépassement à travers l'hybridité linguistique, la poétique de la réconciliation et la quête d'un autre espace alternatif. En effet, ces auteurs pratiquent une écriture qui valorise un espace identitaire pour la plupart. Cependant, celle-ci consacre finalement la nécessité de transcender le paradigme des chocs d'identités divergentes et spatialement polarisées.
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Mouhamédoul A. Niang
L’ÉCRITURE DE L’ESPACE DANS LES LITTÉRATURES AFRICAINE ET CRÉOLISTE
De la polarité à sa transcendance
Études transnationales, francophones et comparées Transnational, Francophone, and Comparative Studies
/¶pFULWXUH GH O¶HVSDFH GDQV OHV OLWWpUDWXUHV DIULFDLQH HW FUpROLVWH
« Études transnationales, francophones et comparées »Transnational, Francophone and Comparative Studies Collection dirigée par /Book Series Directed byHafid Gafaïti /HV PRXYHPHQWV PLJUDWRLUHV GDQV OH PRQGH RQW GRQQp QDLVVDQFH j GHV GLDVSRUDV HW GHV FXOWXUHV LPPLJUpHV TXL VLPXOWDQpPHQW WUDQVIRUPHQW OHV VRFLpWpV HW OHV LPPLJUpV HWcontribuent à la formation d’identités et de cultures globales ou transnationales. Le but de cette collection est d’explorer les SURFHVVXV j SDUWLU GHVTXHOV FHV SKpQRPqQHV RQW GRQQp QDLVVDQFH j GHV FXOWXUHV nationales et transnationales ainsi que d’analysHU OHV PRGDOLWpV VHORQ OHVTXHOOHV OHV GLDVSRUDV FRQWULEXHQW j OD SURGXFWLRQ GH QRXYHOOHV LGHQWLWpV HW discours qui défient les modes de pensée traditionnels sur l’identité, la nation, l’histoire, la littérature, l’art et la culture dans le contexte postcolRQLDO (OOH YLVH j FRQWULEXHU DX[ GpEDWV VXU FHV SKpQRPqQHV OHXUV SUREOpPDWLTXHV HW discours à partir d’une perspective interdisciplinaire et plurilingue auGHOj GHV FORLVRQQHPHQWV LGpRORJLTXHV SROLWLTXHV RX WKpRULTXHV (OOH D pJDOHPHQW SRXU EXW GH UHQIRUFHU OHV OLHQV HQWUH OD WKpRULH FULWLTXH HW OHV pWXGHV FXOWXUHOOHV )LQDOHPHQW VRQ REMHFWLI HVW GH GpYHORSSHU OHV UHODWLRQV HQWUH OHV pWXGHV IUDQFRSKRQHV DQJORSKRQHV HW FRPSDUpHV GDQV XQ FDGUH WUDQVQDWLRQDO  &HWWH FROOHFWLRQ WHQWH GH PXOWLSOLHU OHV pFKDQJHV HQWUH OHV XQLYHUVLWDLUHV HW pWXGLDQWV IUDQFRSKRQHV DQJORSKRQHV HW DXWUHV HW GH WUDQVFHQGHU OHV EDUULqUHV FXOWXUHOOHV HW OLQJXLVWLTXHV TXL FDUDFWpULVHQW HQFRUH QRPEUH GH SXEOLFDWLRQV  Migratory movements in the world have led to the formation of Diasporas and immigrant cultures that transform both societies and immigrants themselves, while contributing to global or transnational identities and cultures. The aim of this book series is to explore the processes by which these phenomena led to the constitution of national and transnational cultures. In addition, it studies how Diasporas contribute to the construction of new identities and discourses that challenge traditional ways of thinking about identity, nation, history, literature, art and culture in the postcolonial context. It aims to contribute to the discussion of these issues from an interdisciplinary and multilingual perspective beyond ideological, political and theoretical exclusions. Its objective is to reinforce the links between critical theory and cultural studies and to develop the relations between Francophone and comparative studies in a transnational framework.  This book series attempts, on the one hand, to enhance the communication and to strengthen the relations between Francophone, Anglophone and other scholars and students and, on the other hand, to transcend the cultural and linguistic barriers that still characterize many publications.
0RXKDPpGRXO $ 1,$1*(&5,785( '( /(63$&('$16 /(6 /,77(5$785(6$)5,&$,1( (7 &5(2/,67(De la polarité à sa transcendance /¶+DUPDWWDQ
‹ /¶+DUPDWWDQ   UXH GH O¶eFROH3RO\WHFKQLTXH   3DULV KWWSZZZHGLWLRQVKDUPDWWDQIU ,6%1   ($1  
INTRODUCTIONSelon Michel Foucault, si la plus grande obsession du 19eme siècle fut l’histoire, celle de l’époque présente sera l’espace1986 : 22). Foucault ne pensait (Foucault sûrement pas à la littérature francophone subsaharienne et martiniquaise en émettant de tels propos. Pourtant, 1 l’événement qu’est la colonisation, une sort deBig Bang, et que Bouda Etemad décrit comme «l’une des ruptures majeures de l’histoire de l’humani», prit de l’ ampleur dans la deuxième moitié de ce siècle après la deuxième Conférence de Berlin qui imposa un paradigme existentiel et un statut spatial sans précédent à cette partie de l’Afrique surtout et à la Martinique ou Madinina bien avant ce partage (Corcoran 2006 : 61). Ainsi, le fait colonial a non seulement créé ces espaces avec les termes dialectiques de colonie, de périphérie et de plantation, mais son discours et ses politiques ont contribué au façonnement de certaines réalités de l’aire post-coloniale. Le livre culte d’Yves Valentin Mudimbe,The Invention of Africa(1988), nous éclaire sur cet état de choses. L’émergence d’une théorie postcoloniale, qui est en partie due à cet événement historique, constitue un exemple de cet héritage comme l’est d’ailleurs l’objet de son étude. L’aveu des auteurs deThe Empire Writes Backet (1989), selon lequel le terme « post-colonial » est utilisé « to cover all the culture affected by the imperial process from the moment of colonization to the present day, » semble très significatif à cet égard (Ascroft etal1989 :2). Cet effet se ressent même jusque dans le champ littéraire d’après le bilan qu’en donne Jonathan Ngaté :« francophone African literature has been, in effect, a continuous attempt at fleeing from its Western models » (Ngaté 1988 : 18). 1 J’emploie ce terme pour magnifier l’ampleur de cet événement dans l’histoire de l’Afrique, en particulier.7
Tel qu’il apparaît dans les rapports que les écrivains francophones ont avec la littérature occidentale introduite en Afrique francophone et aux Antilles depuis la colonisation, ce modèle relationnel, source d’inspiration pour beaucoup d’écrivains, suppose la prééminence de l’espace d’origine du colonisateur. Lilyan Kesteloot constate ce qu’elle voit comme un problème entre deux espaces pour ensuite relever la façon dont il a été transcendé : Depuis plusd’un siècle ([…]) existait aux Antilles une littérature non sans qualité, mais entièrement subjuguée par le prestige des œuvres de la métropole. Le mouvement actuel produit des chefs-d’œuvre en français dans la mesure où l’écrivain noir, retrouvant son authenticité, ([…]) ne se soucie plus d’imiterles classiques européens ! (Kesteloot 2001 : 10) La déconstruction de ce modèle s’effectuera ironiquement par ce sur quoi le discours colonial fut basé, à savoir la polarité et la polarisation. C’est à la lumière de ce fait que ce présent propos de Robert Young est d’une grande signification : « It [the postcolonial] is concerned with colonial history [...] to the extent that the anti-colonial liberation movements remain the source and inspiration of its politics » (Postcolonialism4). Il y a en effet un rapport entre le discours colonial sur l’espace et la représentation de l’espace dans les littératures francophones subsaharienne et martiniquaise. L’espace prendra une part très importante dans le détour esthétique et thématique opéré à l’intérieur de celles-ci.  Dans son analyse du postcolonial, Jean Bessière revient sur la réticence des auteurs francophones à adopter ce vocable pour la simple raison qu’il semble donner tout le crédit à la colonisation :
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[O]n sait que les écrivains des pays francophones anciennement colonisés récusent le plus souvent le terme de postcolonial pour la raison que ce terme ferait supposer que l’histoire de ces pays se définirait essentiellement par la colonisation et par ses suites et serait, en conséquence, à peine antécédent à cette
colonisation. (Bessière 2006 : 14) Le terme francophone n’est pas unanimement remis en cause par ces mêmes auteurs en dépit du fait qu’il véhicule une polarité reposant sur des différences socioculturelle et spatiale entre le pays colonisateur et ses anciennes 2 colonies.L’objectif de cette présente étude n’est pas de poser les littératures francophones subsahariennes et créoliste postcoloniales comme un continuum de la pensée occidentale de la colonisation même si cet épisode historique fut déterminant dans l’élaboration des bases opératoires de cette littérature résistante, novatrice et engagée. S’inspirant de la bonne foi de Robert Young pour qui « [t]he postcolonial does not privilege the colonial, » ce travail tient à préciser que l’usage du terme postcolonial pour la qualifier n’en fait pas un espace littéraire purement héritant, sans mérite et sans dynamisme (Postcolonialism 2001 : 4). Il vise à élucider le dynamisme même du caractère postcolonial de cette littérature par ses façons de représenter l’espace. Quant à l’usage qu’il fait du terme
2  Voir Charles Fordsick and David Murphy, eds., « The case for Francophone Postcolonial Studies » inPostcolonial Francophone Studies. A Critical Edition,London, Arnold, 2003, p. 7. Voir aussi Guy Ossito Modiohuan,L’Idéologie dans la littérature négro-africaine d’expression française, Paris, L’Harmattan, 1986, p. 21. Pour une critique des mots « francophone » et « francophonie », voir Tahar Ben Jelloun, « Ces « Métèques » qui illustrent la littérature française : On ne parle pas le francophone. » http : //www.monde diplomatique.fr/2007/05/BEN_JELLOUN/14715 et Pour une littérature-monde, sous la direction de Jean Rouad et Michel Le Bris, Paris, Gallimard, 2007.
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