//img.uscri.be/pth/831a7dfc75e6819e34154f82828d246511c6bb3e
Cette publication ne fait pas partie de la bibliothèque YouScribe
Elle est disponible uniquement à l'achat (la librairie de YouScribe)
Achetez pour : 3,49 € Lire un extrait

Téléchargement

Format(s) : MOBI - EPUB

sans DRM

L'Énivrante Angoisse

De
181 pages

Mon âme de tendresse et de joie est remplie’

Pour des jours et des jours...

Jardin de solitude et de mélancolie,

Je t’offre nos amours.

Mais l’amour est un hôte infidèle, qui passe

Et ne nous revient pas ;

Jardin, rappelle-toi ses rires et sa grâce :

Tu me les rediras.

Tous les ans, au moment que les jeunes haleines

Des printemps réveillés

Feront chanter sans fin les oiseaux, à voix pleines

A travers les halliers,

Je viendrai, pèlerin douloureux et fidèle,

A l’ombre de tes bois,

Et là j’écouterai longtemps me parler d’elle

Tes innombrables voix.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.


Voir plus Voir moins
Illustration

À propos de Collection XIX

Collection XIX est éditée par BnF-Partenariats, filiale de la Bibliothèque nationale de France.

Fruit d’une sélection réalisée au sein des prestigieux fonds de la BnF, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques de la littérature, mais aussi des livres d’histoire, récits de voyage, portraits et mémoires ou livres pour la jeunesse…

Édités dans la meilleure qualité possible, eu égard au caractère patrimonial de ces fonds publiés au XIXe, les ebooks de Collection XIX sont proposés dans le format ePub3 pour rendre ces ouvrages accessibles au plus grand nombre, sur tous les supports de lecture.

Charles Derennes

L'Énivrante Angoisse

A

 

MADAME MATHIEU DE NOAILLES

 

qui a laissé tomber sur la Nature et la Vie
l’ardente clarté de son rêve,
j’offre ce livre, pieusement.

 

CH.D.

STANCES

Mon âme de tendresse et de joie est remplie’

Pour des jours et des jours...

Jardin de solitude et de mélancolie,

Je t’offre nos amours.

 

 

Mais l’amour est un hôte infidèle, qui passe

Et ne nous revient pas ;

Jardin, rappelle-toi ses rires et sa grâce :

Tu me les rediras.

 

 

Tous les ans, au moment que les jeunes haleines

Des printemps réveillés

Feront chanter sans fin les oiseaux, à voix pleines

A travers les halliers,

 

 

Je viendrai, pèlerin douloureux et fidèle,

A l’ombre de tes bois,

Et là j’écouterai longtemps me parler d’elle

Tes innombrables voix.

 

 

Où sera-t-elle alors ? Hélas ! morte peut-être

Ou perdue à jamais ;

Mais je croirai toujours la voir ici paraître

Telle que je l’aimais,

 

 

Et quand j’irai mirer mon visage sur l’onde

Des bassins endormis,

J’y verrai près de moi sa chevelure blonde

Et ses beaux yeux amis.

 

 

Dans l’odorante paix de l’heure attiédie,

O jardin, pour toujours

Mon cœur reconnaissant aujourd’hui te dédie

Nos fragiles amours,

 

 

 — O jardin bienveillant qui vit ses lèvres roses

A mes lèvres s’unir, — 

Car c’est au cœur glacé des impassibles choses

Que vit le souvenir.

NOCTURNE

Était-ce Nine, était-ce Line ?
Mon cœur ne se rappelle plus ;
Elle avait des rires ténus
Et des gestes de mousseline,

 

 

Un joli chapeau tout en fleur
Sur sa tête couleur d’automne ;
Et puis la nuit nous fit l’aumône
De sa bienveillante douceur.

 

 

Elle chantait : « Que l’on m’apporte
Mon voile et ma robe de deuil :
C’est ce soir que ma-mère est morte ;
Elle a bien froid dans son cercueil. »

 

 

Elle chantait, presque craintive,
Sur des modes apitoyés,
Et les ruisseaux à la dérive
Traînaient des vers luisants noyés.

 

 

Elle semblait toute petite ;
Puis la nuit, loin de ses yeux d’or,
S’envola comme l’eau bénite
Qu’on jette sur le front d’un mort.

 

 

Le fleuve blanc roulait des brumes
Auprès des grêles peupliers.
Mon cœur volait comme des plumes
De colombes ou de ramiers.

 

 

Et ce fut la fraîcheur de l’aube ;
Le ciel souriait tendre et las,
Sur mes lèvres et sur sa robe
Passait le parfum des lilas...

 

 

Etait-ce Line, était-ce Nine ?
On voyait au flanc des coteaux
Les taillis blancs sous l’aubépine,
Les bergers noirs sous leurs manteaux.

 

 

 — D’autres, plus faibles ou plus douces
Me souriront et passeront ;
Mais j’irai souvent sur les mousses
Rafraîchir mes yeux et mon front,

 

 

Je reviendrai voir sur la berge
Auprès des grêles peupliers
La rosée aux fils de la Vierge
Pendre ses fragiles colliers ; — 

 

 

Dans le jardin de mes pensées
Sous les ombrages les plus doux
Aux heures noires ou lassées
J’irai vous retrouver, ô vous

 

 

Qui, tandis que la campanule
Au vent balançait son grelot,
Regardiez dans le crépuscule
Mourir les étoiles sur l’eau.

IDYLLE

C’est bien toujours l’enfant que nous ayons connue,
Relevant ses cheveux trop lourds de sa main nue,
Ou poursuivant, joyeuse et folles dès l’aurore,
L’essaim des papillons dans la forêt sonore.
Mais quand le soir en pleurs rôde dans les prairies,
Sa frêle âme a déjà l’amour des songeries,
Et quand l’angélus sonne au clocher du village
Le rêve vient frôler son front clair d’enfant sage.

 

O Nine, toi qui vas sous tes lourds cheveux blonds,
O Nine, toi qui vas t’accouder aux balcons
Pour voir s’épanouir aux seins des cieux féconds
Les calices étincelants des fleurs de feu,
Quitte la maison blanche et quitte le seuil bleu.
Que ta petite main se confie à ma main,
Car je veux te mener le long du noir chemin
Qui va vers la colline où naîtra le matin.

 

Fuis la maison. Auprès du perron et des portes
Rôdent sans fin d’obscurs, fantômes d’amours mortes.
Ton cœur y devina des espérances vaines
Dont le sanglot se mêle à la voix des fontaines.
C’est là que tout le long des jours, tristes et seules,
Et le long de la vie ont filé tes aïeules ;
Et quand le vent se joue à travers les charmilles
On dirait des chuchotements de jeunes filles.

 

Trop de bonheurs perdus avant que d’être nés,
Trop de pleurs vite éclos sur des yeux étonnés,
Et trop. de pauvres petits cœurs abandonnés
Dans leur détresse et dans leur songe puéril,
Trop de baisers en deuil et d’amours en exil,
O Nine, il ne faut rien entendre ni rien voir
Quand, surgissant soudain du fond du tombeau noir,
Le passé ressuscite à l’approche du soir.

 

O cœur léger comme un duvet de tourterelle,
Crois que la vie est bonne et bienveillante et belle ;
Garde toujours ta joie et ton âme enfantine.
Je sais une maison, auprès de la colline,
Où fleurit l’iris doux et l’amère lavande :
Nous y serons heureux quand tu seras plus grande,
Nine, et pour toi la vie entière sera faite
De baisers sur ta bouche et de ciel sur ta tête.

 

Oh ! Nine, mes baisers cherchant vos baisers frais,
Et l’enclos lumineux à côté des forêts,
Et le verger ployant sous les fruits, et les rais
Du soleil embrouillés dans vos grands cheveux d’or !
La bonté de la terre et celle de l’amour,
Oh ! Nine, ce sera le bonheur, jusqu’au jour
Où vous irez dormir sous terre à votre tour...
Mais vous serez bien vieille, et moi je serai mort.

MURMURES DANS LE SOIR

Taisez-vous, cher petit cœur,
Taisez-vous et soyons sages.
Mon âme a la fraîche odeur

Des roses sauvages ;

 

 

Mon âme, ce soir, est si
Petite fille, et si frêle !
J’ai peur que l’amour aussi

Ne pèse sur elle...

 

 

Tous mes songes sont frôlés
En ces tendres crépuscules
Par des ailes d’oiselets

Et de libellules ;

 

 

Pas de vaines larmes ; pas
De baisers ni de paroles ;
Ne troublons point le trépas

Léger des corolles

 

 

Que le vent muet fait choir
Au pied des fleurs balancées ;
Et que la couleur du soir

Teinte nos pensées.

LA VEILLÉE D’AMOUR

Oui, te voilà ; voilà tes cheveux et tes yeux,
Tes yeux d’eau vive, et tes cheveux chauds et soyeux,
Tes cheveux, leur odeur de fougère au soleil ;
Et te voilà ! voilà ton sourire, pareil
A du sang mêlé de lumière, où mon baiser
Impatient et doux va venir se poser.
Te voilà près de mon visage, comme hier ;
Tes cheveux sont un rayon d’or sur ton front clair,